Les années passaient et Albus portait régulièrement des animaux à Ciel, plusieurs fois par an. Ciel semblait de plus affamé d'année en année. Mais il avait raison, Albus était plus puissant. Il lui avait fallu du temps mais il avait fini par le sentir. Cette sensation de puissance était enivrante. Il avait décidé de lui-même d'oublietter les gens au courant de l'existence du démon sous terre, une fois que la guerre fut terminée. Ciel était le dernier démon encore vivant. Mais malgré ce que lui apportait Albus il faiblissait à vue d'œil. Il s'était aménagé lui-même sa cellule avec ses pouvoirs. Il avait installé un lit, une table avec un fauteuil confortable ainsi que quelques torches supplémentaires. Tout cela apparaissait et disparaissait à la guise du démon.
Albus était directeur à présent. Il amenait cette fois un petit dragon à peine sortie de l'œuf. Le petit dragon était bien trop dangereux pour rester dans l'école. Il surprit Ciel, allongé, recroquevillé dans son lit, recouvert par ses grandes ailes. En sentant le sorcier approcher, il se releva et fit disparaître le lit dans un nuage de fumée noire.
Il s'approcha doucement, à la manière d'un animal blessé. Ses grands yeux rouges se levèrent vers les siens, puis rencontrèrent la petite créature sur le bras du sorcier.
_Un dragon ?... Né il y a quelques jours.
_Oui. J'espère que cela t'ira.
Le petit démon eut un petit sourire.
_J'imagine que oui...
Ciel attira le dragon contre les barreaux et prit sa gorge entre ses griffes. Il ouvrit la bouche alors que la petite créature gigotait et hurlait de douleur. Son agonie se termina lorsqu'une lumière bleutée sortait de sa bouche. Ciel prit la petite lumière entre ses griffes et l'attira jusqu'à ses lèvres. La lumière s'estompa lorsque les crocs aiguisés du démon se refermèrent dessus.
Les yeux du démon brillèrent durant un court instant.
_Merci pour le repas...
Le petit démon s'assit sur son fauteuil qu'il fit apparaître.
_Dis-moi Albus... En quelle année sommes-nous ?... J'ai... J'ai perdu le compte depuis que je suis enfermé ici.
Le directeur regarda la créature devant lui.
_Dis-moi, Ciel, est-ce que tu as déjà joué aux échecs ?
Une lueur d'intérêt apparut dans les yeux vifs du démon.
_Personne ne m'a encore jamais battu à ce jeu. Même si cela fait des années que je n'ai pas pu y jouer.
Albus sortit une mallette qu'il ouvrit contenant un jeu complet.
_Une partie ?
Un sourire espiègle se dessina sur les traits du garçon. Il fit apparaitre une table juste devant le sorcier ainsi qu'une chaise.
_Mais avec grand plaisir, monsieur Dumbledore.
Ils commencèrent à jouer. Les yeux du démon n'avaient plus rien à voir avec ceux d'il y a quelques instants. Ils étaient vifs et brillants, pleins d'espièglerie, de concentration, et de réflexion. Néanmoins cela ne l'empêchait pas de parler.
_Tu n'as pas répondu à ma question, Albus. En quelle année sommes-nous ? Et... la guerre ? L'école ? Je sens toutes ces âmes au-dessus de moi en perpétuel changement... il est clair que plus de vingt ans se sont écoulé...
_Nous sommes en 1933, Ciel. La guerre est déjà fini depuis longtemps, tu es le dernier démon encore en vie à ce que je sache.
Le démon leva les yeux vers le sorcier.
_Oh, je vois... Ils ont réussi à nous exterminer. D'ailleurs, tu es toujours professeur de métamorphose ?ou de Défense contre les forces du mal ? Je ne sais plus quel poste tu occupais.
_Non, je suis devenu directeur depuis deux ans.
Ciel joua sans rien dire.
_Tu as cinquante-deux ans, je me trompe ?
_Bientôt cinquante-trois... Et oui... Tu ne te sens pas seul ?
Ciel eut un regard et un ton plus dur.
_Bien sûr que je me sens seul. J'ai faim, cela fait près d'un demi-siècle que je n'ai pas vu la lumière du jour...
_Je ne peux pas te laisser sortir. Tu restes un danger pour nous tous.
Ciel leva les yeux au ciel.
_Tu me crois assez bête pour sortir ainsi ? Je me cacherais. Je sais me cacher et paraître humain.
_Avec des ailes pareilles ?
Ciel soupira d'exaspération.
_Je peux les rentrer dans mon dos. Pareil pour le reste.
_Et les yeux ?
Ciel soupira. Il fit claquer la pièce qu'il posait sur la table.
_Echec et mat, j'ai gagné.
Le petit démon se leva et voulut s'approcher des barreaux mais sa chaine l'empêcha.
_Cette chaine m'empêche d'utiliser mes pouvoirs... C'est à peine si je peux matérialiser des choses simples qui finissent par disparaître au bout de quelques heures... Je suis fatigué et affamé.
Il tenta de l'arracher sans succès.
_Laisse moi sortir, Albus... Au moins une journée.
_Qui me dit que tu reviendras ?
_Le pacte.
_Le pacte ? Mais... ce n'est pas dans les termes de notre contrat.
Ciel montra la marque sur son oeil. C'était exactement la même que celle qu'avait Albus sur son coude sauf que Ciel pouvait la faire apparaître à volonté.
_En réalité vous pouvez me donner deux autres commandes absolues si vous me laissez prendre votre âme à la fin de votre vie.
Ciel revint s'assoir.
_S'il te plait, Albus... Juste une nuit...
Le sorcier réfléchit un moment.
_Mon âme... hein ? J'irai en enfer ?
_Non, lorsqu'une âme est mangée par un démon elle est détruite, annihilée. Vous n'existerez plus, c'est tout.
Dumbledore réfléchit à cette proposition. Rien ne l'obligeait à le faire, il pouvait tout aussi bien laisser Ciel ici, et continuer de lui apporter à manger comme il le faisait depuis des années. Cependant avoir un démon à son service qui lui obéirait au doigt et à l'œil juste en échange de son âme et d'une nuit dehors, cela ne semblait pas être un trop grand problème. Et de toute façon Albus n'avait que faire de finir manger. Si il mourrait normalement il avait ses chances pour finir en enfer et il ne préférait pas y aller.
_Bien... J'imagine que ça me va... J'accepte ton offre. Mais ne t'attaque à aucun de mes élèves. Tu as compris ?
Les yeux du démon s'illuminèrent d'excitation. Il se courba laissant ses ailes se déployaient légèrement dans l'étroite cage.
_Quels sont vos ordres maître ?
Albus se leva et se mit face à la créature.
_Premièrement, tu t'assureras que je sois le sorcier le plus puissant du monde magique jusqu'à ma mort. Deuxièmement, tu me devras une obéissance absolue quel que soit l'ordre que je te donne sans poser de question. Pour le troisième ordre et bien... Je ne sais pas. Laisse-moi plus de temps.
Ciel se releva.
_à vos ordres, maître !
Albus tendit son bras où il avait été marqué.
_Je te libérerai au couvre-feu et tu devras revenir avant le lever du soleil.
Ciel hocha calmement la tête.
_Bien entendu, je me ferais discret ! Je ne prendrais l'âme que d'un seul humain.
Le sorcier soupira.
_Fait attention aux élèves. Qu'ils ne te voient pas.
Ciel hocha la tête. Une fois le soir venu, Dumbledore revint pour libérer le petit démon. Le diable une fois sortie de sa cage, se transforma en garçon normal habillé comme un noble du XIXe siècle. Il ressemblait vraiment à un humain. Sa peau était pâle mais n'avait rien de surprenant, il n'était pas aussi squelettique, il était seulement mince. Ses yeux étaient devenus vairons, l'un violet avec la marque du pacte visible à l'intérieur, l'autre bleu roi. Malgré ça, son sourire n'avait rien d'humain et il avait gardé ses ailes.
_Merci Albus ! Je te revaudrais ça.
Le garçon disparut aussitôt sans laisser le temps au sorcier de cligner des yeux. Albus paniqua et remonta dans son bureau avant de se mettre à la fenêtre. Il ne vit qu'une simple forme, ressemblant vaguement à un dragon volait autour de la forêt et du lac. Ses ailes géantes une fois dépliées étaient plus grandes que ce à quoi il s'attendait. Puis il disparut au loin.
Ciel volait au-dessus des étendus vertes, se laissant porter par le vent. Il fendait l'air comme une flèche. Il voulait voir le monde qu'il avait quitté. Il voulait savoir ce qu'il était advenu de ses connaissances. Il survola Londres. Ça avait tant changé. Beaucoup de bâtiments avaient été reconstruits. Il se dirigea vers l'endroit où se trouvait autrefois son manoir. Mais il ne restait que des ruines. Une bombe avait rasé ce qu'il restait de sa maison. Il se posa devant l'entrée et aperçut une tombe. Il s'approcha et se mit devant. Le nom était recouvert par la poussière. Il passa la main sur le nom et la date. C'était la tombe de Tanaka.
Ciel resta un moment devant. Il avait toujours connu Tanaka. Il avait été comme un grand père pour lui.
Lorsqu'il vit les premiers rayons du soleil colorait le ciel de lueurs voilettes, il décida qu'il était temps de partir. Il aurait voulu aller voir le cimetière et le domaine de ses cousins mais il devait rentrer. Son maître le lui avait ordonné. Mais avant, il devait manger. Il avait si faim... Les âmes des animaux ne suffisaient plus à calmer le vide dans son estomac.
