Les jours passèrent, les semaines passèrent puis les mois passèrent. Ciel restait enfermé, à attendre que quelque chose se passe. C'était long. Il n'aimait pas être enfermé. Il voulait la liberté. Celle qu'il avait quand il était encore humain. Avant que la guerre commence... Tout ça, était maintenant si lointain. Il repensait à tout, son enfance, sa vie après l'incendie, tous ses serviteurs, sa famille, ses... amis. Sebastian. Ils étaient tous morts maintenant. Il s'allongea sur le sol froid de sa cage. Il n'y avait aucun bruit au-dessus. Ça devait être la nuit. Il pouvait les sentir, les élèves, les professeurs tous ces humains. Il y avait tellement de conversations, de cours, de voix qu'il était difficile de les écouté. Mais il n'avait rien d'autre à faire lors de ses longues journées, enfermé.
Quelques jours plus tard, Albus descendit le voir, portant un chat dans ses bras.
_Bonjour Ciel.
Ciel se releva et s'étira.
_Bonjour Albus, tu m'apportes à manger ?
_Je me disais que ça ne te ferait pas de mal...
Il déposa le chat dans la cage qui recula le plus possible de Ciel, le dos rond et les poils hérissés. Ciel soupira et souleva le chat pour le regarder en face. Il avait un pelage caramel avec une tâche blanche sur le front. L'animal avait peur et ça se comprenait.
_Merci.
Le démon dévora le chat sans se poser de question. Il n'avait pas beaucoup de saveur mais c'était toujours mieux que rien.
_Veux-tu faire une petite partie d'échec ?
Ciel hocha la tête.
_Tu ne préfères pas faire ça en haut plutôt que dans cette vieille prison ?
Albus haussa les épaules.
_Je ne tiens pas particulièrement à te laisser sortir pour l'instant.
Ciel soupira lourdement.
_Tu m'en veux encore pour ce que j'ai fait la dernière fois...
_Tu as changé tout les élèves et les professeurs en pierre.
_Vous vouliez quelque chose d'impressionnant ! s'exclama le démon, je ne leur faisais aucun mal ! j'avais l'intention de les détransformer de toute façon. Je ne peux pas leur faire de mal, même si je le voulais vraiment. Le pacte m'en empêche. Jamais je ne ferais de sort aussi puissant devant un élève, je ne suis pas fou, je ne veux pas être démasquer.
Albus soupira.
_Ce n'est pas uniquement pour ça que je ne veux pas te laisser sortir, même dans mon bureau...
_Pourquoi dans ce cas ?
Le directeur fixa le plafond.
_Il y a un élève... Un brillant élève malin, et fourbe, qui s'intéresse aux démons... Je pense qu'il connait ton existence et je ne veux pas qu'il en sache davantage. C'est le genre d'élève fouineur qui ne laisse rien au hasard et qui est difficile à maintenir dans le secret. Il peut être derrière une porte à nous écouter, ou envoyer un espion pour nous observer, enquêter, passer des heures à chercher la moindre information sur le moindre détail, poser des questions gênantes. Ta prison est hors d'atteinte, je suis le seul, avec Minerva à connaitre le sort pour ouvrir la porte qui mène ici. Et nous sommes assez en profondeur pour ne pas être entendu de quiconque.
Ciel fixa le sol.
_Je vois. Si ça ne tenait qu'à moi, je le tuerais et ferais disparaître son corps, mais j'imagine que jamais tu ne m'autoriseras à faire ça, n'est-ce pas ?
_Tu as tout à fait raison. Ce garçon est promis à un grand avenir. Il serait idiot qu'il meure maintenant.
Ciel renifla.
_Si tu le dis. Mais n'est-il pas prudent de le surveiller dans ce cas ?
Albus plissa les yeux.
_Le surveiller ? Qu'as-tu encore derrière la tête Ciel ?
_Je m'ennuie dans cette cellule Albus. Je veux sortir. Laisse-moi surveiller cet élève, je saurais l'approcher et le surveiller de près. J'ai déjà fait des infiltrations de ce genre, et j'ai toujours réussi à les duper et à obtenir ce que je voulais. Il ne se doutera de rien. Laisse-moi faire, Albus. Je serais prudent, personne ne soupçonnera que je ne suis pas humain.
Dumbledore fixa le démon sans rien dire.
_Je t'en prie ! insista le démon, je continuerais de toute façon à obéir à tes ordres ! Laisse-moi faire, au moins une année. Je le surveillerai, je le protégerai même si c'est que tu souhaites.
_Ce que tu me demandes est... délicat. Si je faisais ça, tu aurais beaucoup de liberté...
Ciel s'accrocha aux barreaux, faisant tinter ses chaînes.
_Je ne ferais rien qui puisse te compromettre, ou me compromettre. Je serais comme n'importe quel sorcier. Je te le promets.
Dumbledore soupira.
_Je ne peux pas laisser une créature aussi dangereuse que toi en liberté dans l'école...
_Arrête de me traiter comme un animal, Albus ! Je ne suis pas une bête incontrôlable.
_Tu y ressembles pourtant, dit sèchement le sorcier, une simple erreur de ta part, et c'est des milliers de vie qui sont en danger. Qui me dit que tu ne te jetteras pas sur un visiteur où un élève un peu éloigné de l'école lorsque tu auras trop faim ?
Ciel grogna en montrant ses crocs.
_Je sais bien mieux contenir ma faim que l'ensemble des humains présents dans ce château. Je peux très bien tenir dix ans sans toucher à une âme, vous le savez pourtant ? Que je sois ici ou au milieu des élèves ne changeras rien.
Albus secoua la tête.
_Désolé Ciel... Mais tu es bien trop dangereux pour être lâché dans une école.
Ciel soupira, abattu.
_Bien... Je vois.
Il retourna au fond de sa cage, en faisant trainer la lourde chaîne à sa cheville. Il s'allongea sur la pierre froide, tournant le dos au vieux sorcier. Dumbledore resta silencieux quelques instants, fixant le dos du petit démon. Il se rappelait la première fois qu'il l'avait vu. C'était une bête mutilée qui tentait de se défaire de ses chaînes. Aujourd'hui il était guéri, tout avait repoussé, il était docile, ne cherchant plus à retirer la chaîne à sa cheville. Il se frotta l'arrière de crâne en soupirant.
_Je sens que je vais regretter ça plus tard mais... j'ai un marché à te proposer Ciel.
Le petit démon se releva, regardant le vieux sorcier avec attention.
_De quoi s'agit-il ?
_Jouons une partie. Si tu gagnes je te laisserais passer un an dans l'école, mais si je gagne... tu restes ici.
Ciel sourit, amusé.
_Es-tu sûr de vouloir jouer à ça ? Tu sais bien que je gagne à chaque fois.
Albus poussa un petit rire, accordant un regard malicieux au démon.
_Cela fait quelques temps que nous n'avons pas jouer tout les deux. Je me suis peut-être amélioré ?
_Nous verrons ça ! fit Ciel avec un ton de défi dans la voix.
Il matérialisa la table, les fauteuils et le plateau. Ciel prenait les noirs et Albus les blancs. Comme d'habitude. Ils s'installèrent et commencèrent à jouer. La partie dura plusieurs heures. Albus mettait du temps pour chaque mouvement alors que quelques secondes de réflexion suffisaient à Ciel pour savoir quoi faire. Alors qu'il déplaçait son fou, Dumbledore demanda.
_Rassure-moi d'une chose Ciel, tu ne lis pas dans les pensées ?
Ciel secoua la tête, concentré sur le jeu.
_Je peux le faire si je le souhaite, mais je n'aime pas tricher. Si je lisais tes pensées le jeu serait fini depuis longtemps et ça n'aurait plus aucun intérêt. Ne t'inquiète pas, je joue dans les règles.
Ciel déplaça son cavalier et mangea la tour blanche.
_Et puis, tu es toujours aussi mauvais. Je n'ai pas besoin de tricher avec toi pour gagner.
_Ne parle pas trop vite...
La partie continua. Albus mettait de plus en plus de temps à savoir quoi faire alors que Ciel savait toujours comment réagir pour le déstabiliser. Finalement, Ciel gagna.
Il s'étira sur son fauteuil avec un sourire fier.
_Ce fut laborieux ! Mais j'ai quand même gagné Albus !
Le vieux sorcier soupira.
_J'aurais au moins essayé...
_Tu es loin d'être mauvais, mais personne ne m'a jamais battu. Je suis désolé. Je pourrais donc entrer dans ton école ?
_La prochaine année scolaire, tu pourrais entrer en première ou deuxième année... Mais tu pourrais te servir d'une baguette ? Ou faire semblant au moins ?
Ciel réfléchit.
_J'imagine oui... Vous canalisez votre magie dans ce... cette baguette ?
Albus hocha la tête en sortant sa baguette.
_ça sert à canaliser et amplifier la magie humaine.
Ciel soupira.
_J'imagine que je pourrais essayer d'en utiliser une. Mais il faudrait faire quelques essaies à cause de la différence de puissance entre un humain et moi. Ça risque de faire quelques dégâts...
_Des dégâts ?
_ça dépend du sort bien sûr, mais si j'utilise une baguette il pourrait être amplifié bien plus qu'il ne le faut.
Albus croisa les bras.
_Si tu veux que je te laisse faire une année scolaire à Poudlard, il va bien falloir que tu utilises une baguette. Sinon ce n'est même pas la peine.
_Donnez m'en une, nous verrons bien. Je peux m'entrainer avant. Ça me permettrait de savoir comment contrôler mon énergie.
Albus secoua la tête.
_Je ne peux pas t'en donner une comme ça. Ce n'est pas le sorcier qui choisit sa baguette mais la baguette qui choisit le sorcier. Demain, je te conduirai chez Ollivander. Il devrait avoir quelque chose pour toi.
_Hum... J'espère qu'une baguette voudra bien de moi.
Dumbledore haussa les épaules.
_Si Salazar Serpentard ou Gellert Grindelwald ont pu en avoir une pourquoi un démon comme toi ne pourrait pas ? Nous verrons bien !
Ciel soupira.
_J'ai bien peur que je n'aie pas la même... aura qu'un simple mauvais sorcier.
_Nous verrons ça demain.
Albus se leva et quitta la prison laissant Ciel seul.
Minerva attendait son collègue dans son bureau.
_Albus, tu es là.
_Minerva, que me vaut ce plaisir ?
La sorcière s'assit face à son ami.
_Et bien, je voulais te parler de Monsieur Hagrid, le demi-géant. Il s'est mis à beaucoup se balader dans la forêt interdite et... et bien il a été vu avec une acromentule. Je pense qu'il serait bon le surveiller un peu.
_Et bien, je pense que nous avons plus important à traiter Minerva. Rubeus Hagrid est encore en première année, laissons-lui une chance. Même si élever une acromentule n'est pas une activité très saine. Mais j'ai autre chose à dire.
_Quoi donc ?
Albus regarda son bureau, ne sachant pas comment annoncer la chose. Il soupira.
_Et bien... Je viens de porter à manger à Ciel et... il veut étudier à Poudlard pendant une année.
Minerva regarda le directeur.
_Tu n'y penses pas ?
_J'ai joué, j'ai perdu. Il fera cette année scolaire, je lui ai promis. Je tenais à t'en informer.
Minerva se leva, faisant face à Albus.
_Tu n'as quand même pas fait ça, Albus ? Enfin ! C'est un démon ! C'est dans sa nature de pas être digne de confiance ! ça va forcément mal finir...
_Je vais l'emmener voir Ollivander, pour tenter de lui trouver une baguette.
_Et si tu n'en trouves pas ? Un sorcier a toujours une baguette. S'il n'en a pas il ne pourra jamais étudier parmi les élèves.
Albus haussa les épaules d'un air désinvolte.
_Il en trouvera bien une. Il a des pouvoirs magiques après tout. Il n'y a pas de raison pour qu'il ne puisse pas en utiliser.
McGonagall soupira et retourna à ses occupations, tout comme Dumbledore.
Le lendemain, Dumbledore revint chercher le petit démon. Il défait sa chaîne et ouvrit la cage. Le garçon prit l'apparence humaine qu'il avait d'habitude, cheveux gris, peau pâle et grand yeux bleus. Il semblait plus petit sans ses ailes et ses cornes. Pourtant sa taille restait celle d'un enfant de dix ou douze ans.
_Tu peux porter des vêtements plus classiques que cette robe d'écolier, tu sais ?
Ciel fixa le sol.
_Je ne sais pas comment s'habillent les humains maintenant...
Albus soupira.
_J'aurais dû m'en douter... Met une chemise et un pantalon et personne ne te remarquera.
Ciel s'exécuta et la seconde d'après il portait d'une ample chemise blanche ainsi qu'un pantalon noir tout ce qu'il y a de plus classique. Il portait également des gants discrets pour cacher ses ongles noirs.
_Bien, ça ira parfaitement, déclara le vieux sorcier, tu n'as jamais utilisé de la poudre de cheminette je suppose ?
Ciel secoua la tête.
_En quoi cela consiste-t-il ?
Albus l'entraîna vers la cheminée. Il y avait un petit présentoir avec un bol rempli d'une poudre étrange.
_C'est un moyen de transport.
Il prit une grande poignée de poudre et s'avança dans la cheminée.
_Il suffit de se placer au centre de la cheminée et de jeter cette poudre dans le feu après avoir annoncé l'endroit où l'on veut se rendre. Regarde et fait comme moi. Je t'attendrai là-bas.
Albus se mit au milieu de la cheminée et proclama haut et fort.
_Chemin de Traverse !
Il jeta la poudre dans le feu et disparu dans les flammes. Ciel pouvait le sentir se déplacer jusqu'à une rue lointaine. Il soupira, hésitant à faire le trajet en vitesse de démon, mais si son maître voulait qu'il utilise les moyens de transport sorciers, alors il utiliserait les moyens de transport sorciers.
Il prit de la poudre et alla se placer au centre de la cheminée. Il regarda une fois de plus le grand bureau d'Albus Dumbledore. Ça lui rappelait celui qu'il avait dans son manoir en un peu moins bien rangé mais Albus n'avait pas Sebastian pour nettoyer et ranger chaque pièce de l'école...
Ciel secoua la tête pour se remettre les idées en place et clama bien fort.
_Chemin de Traverse !
Il jeta la poudre à son tour et se laissa engloutir par les flammes vertes de la cheminée. Quelques instants plus tard, il était dans une grande rue bondée de monde. Il chercha d'un rapide regard son maître et le trouva un peu plus loin, discutant avec un vieil homme étrange. Ciel resta à une distance raisonnable, laissant le directeur échanger des banalités avec cet étrange sorcier. Puis le directeur se tourna vers lui avec un sourire.
_Ah, tu es enfin là, viens.
Ciel s'avança timidement. Il se mit à coté du directeur et observa le vieillard un instant qui saluait Dumbledore. Albus se tourna vers le petit démon.
_Allez, viens. La boutique d'Ollivander n'est pas loin d'ici.
Le garçon suivit le directeur jusqu'au petit magasin de baguette. Ils entrèrent tout les deux, faisant tinter la petite cloche. Un vieil homme se présenta, visiblement comme étant le vendeur de cet endroit. Il était vieux, ridé avec des cheveux blancs hirsutes. Il semblait surpris et heureux de voir Dumbledore et semblait ne pas avoir remarqué Ciel.
_Albus ! ça faisait longtemps que je ne t'avais pas vu ! Tu as des problèmes avec ta baguette ?
Albus aussi semblait heureux de voir le vieil homme.
_Non, tout va très bien pour moi, c'est pour ce jeune garçon que je suis là.
Ollivander remarqua alors Ciel, qui se tenait droit et calme sans laisser aucune émotion transparaître sur son visage. Avant que le fabriquant de baguette puisse parler, Dumbledore inventa une explication.
_Il n'a pas de famille ni personne alors je l'ai pris sous mon aile. J'aurais besoin d'une baguette pour lui, il va faire son entrée à Poudlard dans quelques mois.
Ollivander s'approcha de lui et l'observa de haut en bas avec un air grave.
_Tu dégages une puissante aura... Qui es-tu ?
Ciel baissa la tête.
_Je m'appelle Ciel. C'est tout.
Ollivander semblait réfléchir.
_Je ne pense pas avoir de baguettes pour quelqu'un comme toi. Il faudrait des matériaux rares. Je pourrais la faire d'ici quelques semaines, un mois maximum...
Mais avant qu'il ait fini de parler, Ciel se baladait dans la boutique et attrapa une boîte. Il regarda le vendeur.
_Puis-je essayer celle-ci ?
Ollivander semblait déconcerté mais hocha la tête.
_Heu... Oui.
Ciel prit la baguette et l'examina.
_Celle-ci... est vraiment intéressante. Quel est son cœur ?
Ollivander se sentait vraiment mal à l'aise face à cet enfant.
_Un cœur de licorne. Es-tu sur de vouloir celle-ci ?
Ciel fit un rapide mouvement de la main pour l'essayer et rangea le magasin en désordre.
_Je pense qu'elle est parfaite.
Ciel sourit aux deux sorciers. Albus paya la baguette et ils sortirent de la boutique. Le petit démon observait la rue bondée avec de grands yeux curieux. Tout ce monde était inconnu pour lui.
_Viens, ne nous attardons pas ici, pressa Dumbledore
Ciel hocha la tête et reparti vers Poudlard avec le directeur.
_J'imagine que tu pourrais nous ramener en quelques secondes à tire d'ailes n'est-ce pas ?
Le petit démon baissa la tête.
_ça ne serait pas très prudent, vous ne pensez pas ?
_ça ne le serait pas, admis Dumbledore, mais ça serait amusant, j'imagine.
Ciel lui accorda un regard curieux.
_C'est surprenant venant de vous.
_Tu trouves ? plaisanta le directeur, je croyais que je n'étais qu'un gamin immature à tes yeux ?
Ciel renifla.
_Oh vous l'êtes. Sans moi vous n'en seriez pas là maintenant.
Albus haussa les épaules.
_Peut-être... Peut-être pas. Allez rentrons.
Une fois à Poudlard, Dumbledore congédia Ciel dans sa prison. Le démon n'était pas content mais Albus avait du travail et personne ne devait voir Ciel ici en dehors de Minerva. Le garçon accepta finalement, remettant sa chaîne à sa cheville et s'enfermant dans sa cellule froide et sombre.
Il espérait qu'une fois l'année scolaire commencée, il pourrait avoir plus de liberté. Il espérait pouvoir retourner à Londres. Il n'avait toujours pas trouvé la tombe qu'il cherchait. Ça faisait des années qu'il avait été capturé. Combien exactement ? Il n'en savait rien. Il n'avait pas vraiment fait attention à l'année de sa capture, trop occupé à survivre et fuir. C'était après 1891, ça il en était sûr. C'est l'année où la guerre a commencé... Il s'en souvenait comme si c'était il y a quelques jours à peine. Au début il ne se rendait compte de rien. Il était en enfer à ce moment-là, à subir l'entraînement intensif et sadique de Sebastian. La nouvelle s'était répandue et les dieux de la mort étaient descendus en enfer accompagnant les anges. Ils avaient dû fuir sur Terre. Ciel avait réussi à se cacher dans son manoir avec Sebastian pour finir sa formation. Ils avaient tous réussi à échapper au flair des shinigamis et même en amadouer un au prix de la dignité de Sebastian. Ce dieu de la mort les avait couverts pendant quelques années jusqu'à ce que les anges les repèrent. Ciel se rappelait le combat. C'était la dernière fois qu'il avait vu Sebastian et le reste de ses domestiques. Il avait fui. Il avait couru, volé le plus vite que son corps le pouvait. Il avait réussi à fuir et se cacher pendant un long moment, lui semble-t-il, jusqu'à ce que la faim le frappe en plein ventre. Il avait mangé, ou plutôt dévoré, une famille entière. Il pouvait presque revoir leurs corps en charpies sur le sol.
Ciel se recroquevilla dans sa cellule. Il faisait froid mais ça ne lui faisait rien. Il aurait aimé pouvoir dormir. C'était toujours mieux que de se ressasser le passé. Mais il n'y arrivait pas. Il ne pouvait pas s'endormir. Il soupira et alluma une petite flamme pour se tenir chaud. Cette étincelle était rassurante.
Il avait réussi à s'assoupir finalement au bout de plusieurs heures.
C'était long sommeil sans rêve.
Un long très long sommeil...
