Chapitre 6
Ciel dormait au fond de sa cage. Il ne rêvait pas, il se contentait de dormir.
_Ciel !
Le démon sursauta en se levant. Dumbledore était devant lui et semblait… inquiet. Ça le surprenait encore plus.
Il se releva en baillant.
_Que… Qu'est-ce qu'il se passe ?...
Albus s'approcha.
_Cela fait un mois que tu dors, j'ai fini par croire que tu étais peut-être… enfin qu'importe.
Ciel sourit.
_Tu t'ais inquiété pour moi Albus ?
Dumbledore soupira.
_Bien sûr idiot. On a un accord.
Ciel sourit simplement, visiblement réveillé.
_Je suis navré, je devais sûrement en avoir besoin…
Le petit démon se releva, époussetant ses vêtements.
_Que me veux-tu Albus ?
_Où est ta baguette ?
Ciel fouilla un peu autour de lui et prit le bout de bois pour le montrer au directeur. Albus ouvrit la cellule.
_Viens avec moi, nous allons commencer ton entraînement.
_V-Vraiment ?! dès maintenant ? s'étonna Ciel
_Bien sûr, cela fait un mois que tu es là. Allez, il y a de meilleurs endroits qu'un vieux cachot pour s'entrainer à la magie.
Le petit démon se leva et suivit Albus dans les couloirs de l'école. Ciel avait son apparence humaine avec l'uniforme de Poudlard pour passer inaperçu. Le directeur le conduit jusqu'à la salle sur demande. Au moment où ils entrèrent la salle se matérialisa en une salle de combat grande et vaste. Il y avait des mannequins d'entraînement, des rideaux et quelques meubles.
Ciel souleva un sourcil en voyant ça mais s'abstint de faire la moindre remarque. Albus se tourna vers lui en levant sa baguette.
_Sors ta baguette. Je vais commencer par voir comment tu te débrouilles pour lancer un sort.
Ciel saisit le bout de bois magique et regarda le directeur. Albus se tourna vers l'un des mannequins.
_Expelliarmus !
Le mannequin prit le coup et s'écroula. Dumbledore se tourna vers Ciel.
_à toi maintenant.
Ciel observa longuement le mannequin et s'avança doucement vers celui à côté.
_Intéressant…
Il pointa sa baguette sur le mannequin en bois.
_Expelliarmus !
Une immense quantité d'énergie sortit du bout de la baguette. Ses yeux s'agrandirent alors qu'une détonation assourdissante résonnait dans l'immense salle. Ciel fut violemment projeté tout au fond de la salle et s'encastra brutalement dans le mur. Un bruit sec résonna alors que son dos rencontrait la pierre lisse. Albus n'avait pas eu le temps de cligner des yeux que Ciel était dans le mur, encastré, à plusieurs mètres de là. Il se précipita vers lui.
_Ciel !
Le petit démon cracha une gerbe de sang et se releva en titubant. Il avait un immense morceau de pierre qui lui traversait la cage thoracique.
Albus soupira.
_C'est plutôt mal parti…
Il aida à Ciel à se stabiliser et enlever le morceau de mur dans son ventre.
_Qu'est-ce que tu as fait pour te projeter comme ça ?
Ciel essuya le sang sur sa bouche.
_J'ai juste prononcé la formule… En projetant mon énergie à travers ma baguette.
_Et le mannequin ?
Ils tournèrent tous les deux le regard vers le petit tas de cendre encore fumant qui restait du mannequin. Albus se frotta la nuque.
_J'imagine que ce qui t'a projeté en pleine face était un surplus d'énergie… Tu n'y es pas allé de main morte Ciel. Je pense qu'on va tenter de faire des sorts… moins violent pour commencer.
Ciel eut un petit sourire espiègle.
_Par simple curiosité, qu'est-ce qu'un bombarda maxima ?
Albus lui lança un regard dur.
_Un sort que je ne t'autorise pas à utiliser. Un sorcier normal peut faire exploser des murs avec ça. Tu serais capable de raser des montagnes en essayant…
Ciel gloussa légèrement.
_Sûrement oui. Je pourrais réduire ce château en cendre, avec tous ses occupants, comme ce pauvre mannequin en bois.
_évitons cela pour le moment. Je ne veux pas que mon école tombe en ruine…
Ciel acquiesça.
_Bien monsieur.
Albus se gratta la barbe.
_Essayons quelque chose de plus simple… Quelque chose… d'inoffensif.
Il se tourna vers le démon avec un sourire.
_Tu n'es pas allergique aux fleurs j'espère ?
Ciel hocha nonchalamment les épaules.
_Seulement aux chats dans une vie antérieure. Mais les démons n'ont aucune allergie.
_Bien ! dans ce cas, Orchideus !
Il pointa le sol avec sa baguette et matérialisa un magnifique bouquet de fleurs roses et blanches.
_C'est plutôt joli, j'imagine. Commenta Ciel
Il pointa sa baguette à côté et se concentra.
_Orchideus.
Une plante de deux mètres surgit du sol avec des feuilles violacée couvertes de sève et d'immenses fleurs ressemblant à des bouches géantes assez grandes pour engloutir un humain entier. Une goutte de sève toucha le sol créant un petit trou dans le carrelage. C'était visiblement de l'acide. C'était le genre de plante qu'on évite d'approcher. Ciel et Albus reculèrent alors que la plante prenait une place considérable dans la pièce.
Ciel eut un petit sourire gêné. Albus soupira lourdement.
_ça va être long…
Il se tourna vers le démon.
_Des fleurs… C'est pourtant inoffensif normalement… Mais… même ça…
_Je suis un démon… Pas un ange. Les fleurs… ce n'est pas mon truc.
Ciel s'approcha de sa plante.
_J'ai cru remarquer en effet… Quoi que tu lances comme sort, on dirait que tu tentes de tuer quelqu'un.
Le démon caressa les pétales vénéneux de la plante, le regard perdu dans le vide.
_Je suis fait pour tuer… Je n'ai pas d'autres instincts que de semer la mort et la désolation… C'est dans ma nature.
Albus réfléchit en observant l'immense plante. Ses vapeurs toxiques le firent tousser.
_Incendio.
La grande fleur prit feu et se dégrada peu à peu finissant par n'être plus qu'un petit tas de cendres. Albus s'approcha de Ciel.
_Il faudrait trouver un sort assez inoffensif que même un démon comme toi peut effectuer sans mettre la vie des gens autour en danger.
Ciel soupira en observant le tas de cendre. Il ferma les yeux et transforma les cendres en un magnifique bouquet de roses blanches.
Dumbledore se tourna vers lui.
_Tu as fait ça ?
Ciel hocha la tête, simplement. Albus demanda.
_Au début, lorsque tu as commencé à être un démon, as-tu dû apprendre à te servir de tes pouvoirs ?
Ciel détourna le regard, légèrement honteux.
_Oui… bien sûr que j'ai dû apprendre…
_Ce que je veux dire par là c'est… as-tu déjà dû apprendre à canaliser ton énergie pour passer de ça…
Il désigna le tas de cendres qui restait du mannequin.
_à ça, termina-t-il en désignant le bouquet de fleurs à ses pieds
Ciel soupira en se remémorant son apprentissage. Il souvenait de toutes les fois où il avait détruit un bâtiment ou tuer une des nombreuses créatures de l'enfer sans vouloir, sans parler de tout ce qu'il a fait subir à Sebastian. Il se rappelait le jour où il s'était transformé en chat sans le vouloir et qu'il n'arrivait plus à se retransformer, ça avait été le jour le plus gênant de sa vie. Il se rappelait comment, en voulant dégager un parfum attirant, il avait sécrété un gaz toxique qui avait tué tous les chats que Sebastian avait emmené en enfer… Sebastian l'avait forcé à se battre seul contre trois créatures géantes au nom imprononçable en punition. Ciel avait bien cru mourir ce jour-là. C'était il y a si longtemps maintenant…
Il regarda Albus devant lui. Ce n'était pas le même apprentissage loin de là.
_...Pas exactement non…
Albus soupira.
_C'est dommage, ça aurait pu nous aider. Mais peut-être que…
Dumbledore se tourna vers Ciel avec un œil malicieux.
_Dis-moi Ciel, est-ce que les démons peuvent ressentir le bonheur ? N'importe lequel ?
Ciel secoua vivement la tête.
_Nous sommes damnés. Le bonheur est une émotion qui nous est interdite. Le seul moyen de ressentir une once de plaisir est de regarder la désolation et sentir une âme humaine entre nos crocs… Mais c'est très éphémère…
_Tu ne peux donc pas ressentir de bonheur ? Ou même… un sentiment d'apaisement, de paix intérieure ?
Ciel baissa les yeux.
_Non. Je vous l'ai dit… Nous sommes damnés. Nous n'avons pas droit au bonheur…
Albus semblait un peu déçu.
_C'est dommage… J'aurais aimé voir à quoi ressemble le patronus d'un démon…
_Patronus ? souleva Ciel, qu'est-ce que c'est ?
_Laisse-moi te montrer.
Dumbledore souleva sa baguette et prononça.
_Expecto Patronum
Un magnifique phénix bleu surgit de sa baguette et vola autour de lui. Ciel le regarda assez perplexe.
_C'est… un phénix ?
_Oui, en effet. C'est mon patronus.
Ciel observa la forme bleue avec une certaine curiosité et crainte. Le phénix vaporeux poussa un cri et alla se poser sur l'épaule du vieux sorcier.
_Ce sort permet d'invoquer un patronus, une sorte d'esprit protecteur contenu dans notre moi profond. Un ange gardien en quelques sortes. C'est une projection de toutes nos émotions positives, comme l'espoir, le bonheur ou juste le désir de vivre. C'est un sort assez difficile mais inoffensif sauf sur certaines créatures.
_Je sens beaucoup d'énergies positives qui se dégagent de cette… créature. Mais… je ne peux pas les ressentir…
Albus s'approcha du petit démon.
_N'as-tu donc aucun souvenir heureux ?
Ciel baissa le regard et ne répondit pas, visiblement mal à l'aise.
_Essaie. Tu ne risques rien en essayant. Il se suffit de se concentrer sur ce qui nous apporte du bonheur… Des souvenirs, une image, une sensation, n'importe quoi.
Ciel soupira et leva sa baguette. Il essaya de bon cœur de penser à quelque chose qui lui évoquer le bonheur. Il pensa à son enfance, à ses parents, mais la seule chose qu'il ressentait était une douleur. La douleur de penser au gens qu'on a perdu. Il tenta de penser à ses serviteurs, mais un sentiment de culpabilité jaillit dans son cœur à leur image. Il essaya toute ses connaissances, du prince Soma et son serviteur, à Lau puis finalement Elizabeth, sa cousine. Mais une douleur aigue lui traversa le cœur. La culpabilité, le regret, la tristesse, le manque… Toutes ses sensations accompagnaient leurs images à chacun. Il n'arrivait pas à trouver un souvenir qui le rende heureux… Il tenta de se concentrer sur le sentiment qu'il ressentait au moment où il prenait une âme mais ce n'était que la satisfaction d'un besoin primaire.
_Expecto patronum…
Rien ne sortit de sa baguette à part une fumée noire. Ciel soupira.
_Je savais que c'était inutile… Je ne peux pas être heureux.
Il ne s'en rendait pas compte, mais sa main tremblait légèrement. Ça l'avait plus rendu triste qu'autre chose. Peu importe combien il essayait de penser à quelque chose qui pourrait le rendre heureux, ça ne le faisait que souffrir.
Albus s'approcha de lui avec un regard inquiet.
_Est-ce que ça va Ciel ?
Ciel se tourna serrant les poings. Il tentait de refouler toutes ses images qui ne voulaient pas partir de son esprit. Il avait envie de s'arracher le cœur, comme si une douleur physique pouvait apaiser sa douleur intérieure. Mais il savait que c'était inutile. Cette douleur ne disparaîtrait jamais. C'était un de ses fardeaux éternels. Comment un être aussi puissant que lui ne pouvait même pas réparer ses erreurs ? Parmi tous ses pouvoirs pourquoi n'y avait-il pas un qui permettait de simplement oublier ses torts et ses malheurs…
_Ciel, fit Albus d'une voix déconcertée, tu pleures…
Le garçon s'interrompit dans ses pensées pour revenir à la réalité. Il pleurait. Des larmes coulaient de ses yeux rouges sans qu'il puisse faire quoi que ce soit pour les arrêter. Albus se tenait devant lui. A travers les larmes, il pouvait discerner de la compassion, peut-être même de la pitié dans le regard du vieillard. Mais il n'en voulait pas. Il ne voulait pas de ce regard. Il ne voulait pas de la pitié de cet homme ni de personne d'autre. Il devait inspirer la crainte, l'horreur, le dégoût mais pas… la compassion.
Ciel tenta vainement de sécher ses pleures sans y parvenir. Chaque fois qu'il essuyait une larme, une autre émergeait de ses yeux. C'était inarrêtable.
Pensant bien faire, Albus laissa son patronus traversait le corps du petit démon. Ciel fut pris d'une violente douleur au cœur alors que tous ses souvenirs ressurgissaient.
_Aaah !
Il tituba quelques pas avant de s'immobiliser, gardant ses mains près de son cœur. Des milliers d'images traversèrent son esprit, l'empêchant de réfléchir. Des visages du passé qu'il s'efforçait d'oublier.
Dumbledore fit un pas vers le démon.
_Ciel…
_N'approche pas !
Albus se stoppa devant le regard de Ciel. La souffrance et la tristesse se lisait clairement dans ses orbes rouges d'habitude si vide. Albus tenta de parler gentiment, prenant une voix douce.
_Pourquoi pleures-tu Ciel ?
Le garçon ne répondit pas, se relevant doucement, encore tremblant.
_Je… Je ne pleure pas… Je…
Ciel évita au maximum de regarder son maître. Il se tourna pour se diriger vers la porte mais Albus l'arrêta.
_Reste là, ordonna-t-il, dis-moi ce qui ne va pas Ciel.
Le garçon ne répondit pas, restant immobile.
_Ciel, insista Albus, répond-moi.
Mais Ciel restait silencieux. Il ne bougeait pas, il ne faisait que serrer les poings et les dents comme s'il se retenait encore de pleurer. Albus leva sa baguette en signe de menace.
_Dis-moi pourquoi tu es dans cet état. Je t'ai simplement demandé de penser à quelque chose d'heureux, je ne comprends pas pourquoi tu es dans cet état-là. C'est mon dernier avertissement.
Ciel baissa la tête, ne répondant toujours pas. Il ouvrit finalement la bouche et d'une voix éraillée et tremblotante il déclara.
_Je refuse de répondre… Je ne veux pas en parler…
La voix de Dumbledore se fit plus dure.
_Ciel. Je ne te demande pas ton avis, je veux une réponse et si je dois forcer pour l'obtenir je le ferai.
_Pourquoi est-ce que c'est si important… ? Tout cela ne vous regarde pas…
Albus pointa sa baguette vers Ciel.
_Je t'aurais prévenu… Legilimens.
Albus pénétra dans l'esprit de Ciel sans qu'il s'y attende.
Le vieux sorcier ne s'attendait pas à ce que, entrer dans l'esprit d'un démon soit si facile. Mais le fait que Ciel ne connaissait pas le sort avait dû aider. Il put voir sa vie défiler sous ses yeux. Ce n'était que des images floues et de vagues information mais c'était bien plus que Ciel n'en avait jamais dit. Il s'appelait Ciel Phantomhive. Il était né le 14 décembre 1875, fils de Vincent et Rachel Phantomhive. Albus voyait son visage d'enfant, des rires, il pouvait le voir jouer avec une petite fille et un grand chien noir. Sebastian. Le chien s'appelait Sebastian. Puis tout parti en flamme… Il voyait des corps, ceux de ses parents, puis une cage, il entendait des cris, des gémissements, et des rires d'hommes. Puis le sacrifice. Il voyait cette petite silhouette sur l'autel qui tendait la main vers Ciel, puis, le couteau pénétra son torse et un cri résonna. Tout devint flous. Une forme noire se tenait devant Ciel, se transformant en un grand homme en noir au sourire tellement grand qu'il ferait pâlir le chat de Cheshire. Un démon. Sebastian. Ciel avait pactisé avec ce démon qu'il avait appelé Sebastian. Puis tout s'accéléra, il voyait défiler des visages qu'il n'avait pas le temps de mémoriser à part peut-être celui de la fille aux boucles blondes. Des sourires, des rires lointains, trop lointains pour l'atteindre, puis un ange. Tower Bridge en construction, une chute. Un autre enfant, un blond, accompagné par un grand homme en noir. Un autre démon. Puis une femme à la peau brune borgne d'un œil. Il sentait le garçon en lui… cet Alois Trancy dans son corps… Puis cette phrase. « Ciel Phantomhive ne renaîtra pas en tant qu'être humain mais en tant que démon ».
Ciel hurla et projeta Albus contre le mur qui alla s'écraser lourdement. Ciel respira fortement, tremblant encore. Il avait son apparence hybride, laissant voir ses ailes, ses cornes et quelques écailles. Il se tourna vers Albus avec un regard noir. Ses yeux brillaient comme ceux d'un animal blessé et enragé. Avant que Dumbledore n'ait le temps de se relever, le démon la plaqua au sol d'une prise ferme, respirant toujours fortement. Son souffle froid accompagnait son torse qui se bombait puis descendait.
_Ne refaite plus jamais ça… Plus jamais… ordonna-t-il
Albus ne put qu'acquiescer alors que Ciel continuait de le regarder avec haine.
_Ce n'est pas parce que j'ai passé un pacte avec vous que je vous appartiens comme un jouet… Vous n'avez pas à connaître ma vie passée, ni à me forcer à la revivre. Ce que vous avez fait… est impardonnable. Albus Dumbledore. Estimez-vous chanceux que je ne vous tue pas. D'autres n'auraient pas eu cette chance…
Il se releva lentement, regardant le sorcier avec véhémence et condescendance.
_Vous n'êtes qu'un repas pour moi, cracha-t-il, un insecte insignifiant que je finirais par croquer entre mes crocs.
Le démon se retourna et se dirigea vers la sortie.
_Je ne vous ferai rien cette fois… Mais si vous osez retenter une chose pareille…
Albus se releva avec difficulté. Il devait avoir plusieurs os brisés et une ou deux côtes fêlées.
_Je voulais juste… que tu répondes… à ma question…
_TAIS-TOI !
Ciel se retourna brusquement vers le sorcier, faisant trembler le sol et même les murs. Il serrait les dents laissant apparaître ses longues canines acérées. Ses yeux brillaient de rage et de haine et ses cheveux s'enflammaient aux pointes. Albus, fut tétanisé par la peur devant ce monstre. Il avait l'impression d'être à nouveau ce garçon devant la cage de ce monstre il y a des années. Il n'osa plus bouger de peur que Ciel ne s'attaque à lui. Ciel continua, s'approchant pas à pas de Dumbledore. Le sol semblait se fissurer à chacun de ses pas.
_Vous n'aviez pas le droit de faire une chose pareille. Je devrais vous avoir tuer pour ça.
Albus rassembla tout le courage qu'il possédait pour se lever et faire face à la créature.
_Si tu n'es pas capable de respecter mes ordres, je ne veux pas que tu suives une année scolaire à Poudlard. Tu es bien trop dangereux et je ne veux pas que ce genre de chose se produise en cours.
Ciel écarquilla les yeux.
_Quoi ?! Mais-
_Il n'y a pas de mais. Tu resteras dans ta cellule et tu n'en sortiras plus à partir de maintenant. Suis-je clair ?
Le démon montra les crocs.
_C'est vous qui avez pénétré dans mon esprit sans mon autorisation ! Je n'ai fait que me défendre !
_Ciel, fit durement Dumbledore, ce n'est pas une question, c'est un ordre. Retourne dans ta cellule.
Ciel lui lança un regard noir et fronça les sourcils. Il répondit d'une voix acerbe.
_Bien… Maître…
Il jeta sa baguette sur le sol et disparut aussitôt, laissant la salle intacte, comme si rien ne s'était passé.
Lorsque Dumbledore revint dans son bureau il se chargea de vérifier que Ciel était bien enfermé et lui mit quatre chaînes pour être sûr qu'il ne s'échappe pas. Ciel fut surpris et tenta d'échapper aux chaînes.
_Albus, qu'est-ce que tu fais ?!
Le démon cria alors que la première chaîne attrapait sa cheville.
_Albus arrête !
Une autre chaîne enferma sa main gauche puis son autre cheville. Sa peau se mit à légèrement brûler au contact des chaînes arrachant un cri de douleur à Ciel, il regarda le sorcier et tendit sa dernière main libre vers lui, suppliant silencieusement d'arrêter ça. Mais Albus ferma les yeux et la dernière chaîne l'attrapa et le ramena contre le mur.
Ciel paniqua et regarda Albus qui baissa sa baguette, une expression impénétrable sur son visage. Il était pris au piège. Il tira sur ses chaines redevenant une bête enragée, comme la première fois qu'Albus avait vu Ciel. Il s'agitait tentant de briser ses chaînes mais rien n'y fit. Une fois qu'il fut bien attaché, Dumbledore quitta la prison sans dire un mot.
_Albus ! Reviens ici ! Relâche-moi ! Relâche-moi !
Le démon cria, hurla de le relâcher mais il ne se retourna même pas.
Ciel se laissa retomber sur le sol froid du cachot, hurlant toute sa haine, toute sa souffrance dans un long cri animal. Il se refugia dans un coin de sa cage, rapprochant ses jambes contre son torse et repliant ses ailes autour de lui. Il ferma les yeux et se roula en boule. Il sentait son énergie le quitter doucement. Ces chaînes drainaient toutes ses forces pour ne lui laisser que de quoi rester debout. Il n'était pas sûr de tenir longtemps comme ça. Il se sentait faible… Albus lui paierait ça… Il n'avait pas le droit, pas le droit de faire ça. Non seulement il pénétrait son esprit mais en plus il lui retirait toute liberté comme s'il était une vulgaire bête sauvage. Qu'avait-il fait pour mériter cela ? Il n'avait juste pas répondu à une simple question…
Ciel soupira. Cela n'avait plus d'importance… Il allait sans doute mourir si Albus ne lui portait rien d'ici… cinq, dix ans peut-être. Il voudrait tant sortir. Faire face à Dumbledore, sans que la marque du pacte ne l'empêche de faire quoi que se soit. Il pourrait lui arracher la tête, lui ouvrir les entrailles, le déchiqueter jusqu'à ce qu'il soit méconnaissable… Il dévorerait chaque âme de ce château, professeur, élève et le reste, même les fantômes. Il engloutirait Poudlard dans les flammes. Les mêmes flammes que celles qui parcouraient autrefois l'enfer. Ce serait comme rentrer à la maison… Ciel soupira. Quel drôle de démon était-il devenu ?...
Albus s'assit dans son fauteuil et regarda la baguette de Ciel. Il était dangereux, puissant, instable et incontrôlable. Il n'aurait pas faire de legilimencie sur lui. C'était une très mauvaise idée. Ce qu'il avait vu été… assez perturbant. Ciel était à peine plus âgé que lui. Il avait été changé en démon par un concours de circonstance sans possibilité de choisir. Et cet ange… Albus se demandait bien ce qu'il pouvait être. Il n'oserait jamais demander à Ciel, vu sa réaction. Enfin, dans l'hypothèse où il redescende le voir un jour. Il avait eu tellement peur… Il avait été tétanisé par Ciel, comme la première fois qu'il l'avait vu lorsqu'il n'avait encore que treize ou quatorze ans. Peut-être même plus. Il était terrifié à l'idée de le revoir. Il avait peur, si peur du démon. Il posa son regard sur la porte de la prison. Rien qu'en repensant à ses yeux, son regard meurtrier il avait peur. Il soupira.
C'était idiot, Ciel n'était pas si dangereux. C'est juste lui qui l'avait poussé à bout… Ciel ne lui ferait jamais de mal… Ce n'était qu'un enfant, il n'avait rien d'effrayant. Alors pourquoi était-il si terrifié ?
