Chapitre 7
Les semaines, puis les mois passèrent, et la vie reprenait son cours. Albus dirigeait l'école, Minerva s'occupait de ses élèves et l'année se poursuivait. En bas, Ciel restait allongé, écoutant le brouhaha incessant de l'école, identifiant toutes les âmes des élèves, suivant leur journée comme s'il était l'un d'entre eux. Mais il finissait toujours par se rappeler qu'il était dans la prison et non dans l'école.
Albus ne revint pas.
Ciel sentait qu'il l'avait abandonné, et tentait de l'oublier. Il ne reviendrait pas. Et quelque part, le vieux sorcier lui manquait. Il lui portait régulièrement à manger d'habitude. Ils discutaient un peu et jouaient parfois une partie d'échec. Les visites étaient rares, mais assez fréquente pour que Ciel ne se sente pas seul. Cela faisait presque quinze mois qu'il n'avait rien porté à manger. L'attente était longue. Deux ans qu'il n'avait pas mangé. C'était tenable mais difficilement. Les chaînes n'aidaient pas. Ça l'affamait bien plus vite qu'en temps normal. Sans elles, il pourrait espérer tenir une bonne cinquantaine d'années sans manger, mais avec, c'était autre chose. Un an sans manger était comme dix ans. Il avait l'impression de n'avoir rien manger depuis plus de vingt ans…
Ciel soupira. Il aurait voulu alerter quelqu'un de sa présence, faire venir Albus ou Minerva juste pour sortir de l'ennui… Mais aucun d'eux ne viendrait. Ce n'était plus qu'une question de temps avant qu'il ne meure… ça prendrait peut-être dix ans, cinquante ans, un siècle… Peut-être que c'était mieux comme ça… Sa vie aurait déjà dû s'arrêter il y a bien longtemps… Sans Madame Red, sa tante, sa première crise d'asthme l'aurait tué, il était passé si proche de la mort ce jour-là… Sans Sebastian il serait mort le jour fatidique, dans cette cage… Seul. Si Claude et Alois n'avait été pas là, Sebastian aurait pris son âme après la mort de l'Ange fou. S'il n'y avait pas eu le pacte entre Alois et Hannah, il serait sans doute mort dévoré par un des deux démons. Si Sebastian ne l'avait pas aidé à s'enfuir de l'enfer, lui, le garçon humain qui avait pourri sa vie, le petit démon inexpérimenté qui était plus un fardeau qu'autre chose, si ses serviteurs ne l'avaient pas caché, ne l'avait pas aidé à encore fuir… Si Albus n'avait pas été là, l'ancien directeur l'aurait probablement laissé mourir ou l'aurait tué depuis longtemps. Il était le dernier membre de sa famille, le seul démon né humain, et le dernier démon tout court. Il aurait dû mourir tellement de fois qu'il commençait à croire que le destin s'acharnait à le garder en vie comme s'il était lié à une destinée quelconque… C'était ridicule.
Albus Dumbledore observait les notes laissées par les différents professeurs sur le jeune Jedusor. Ce garçon n'avait pas d'ami, de brillants résultats, et une fascination pour la magie noire. Ce garçon était à surveiller avec attention. Il avait le profil d'un sociopathe ou peut-être d'un psychopathe, malgré ce que pensait le professeur Slughorn. Mais les professeurs étaient limités dans leur interaction… Le seul moyen serait… demander à Ciel…
Il porta son regard vers la prison. Il avait peur de descendre. Ciel lui en voulait sûrement encore de l'avoir enfermer. Mais Ciel ne pouvait rien lui faire.
_Albus ?
Le vieux sorcier releva la tête. C'était son amie, Minerva.
_Oui, Minerva, qu'est-ce que tu as ?
Le professeur de transformation s'approcha.
_Je pensais que tu ferais entrer Ciel à Poudlard cette année… Cela fait quelques temps que tu n'en parles plus, s'est-il passé quelque chose ?
Le directeur détourna les yeux.
_Ciel est dans sa prison, tout va bien Minerva.
_Tu es sûre ? fit-elle suspicieuse, depuis combien de temps tu ne lui as pas porté à manger ?
_Pourquoi t'intéresses-tu au démon ? Ce n'est qu'une bête. Il peut-être déjà mort à l'heure qu'il est.
Minerva le regarda durement.
_Donc tu as décidé de le laisser mourir ? J'imagine que c'est une sage décision dans une certaine mesure. Mais cela ne te ressemble pas. Il est peut-être un peu impertinent et prétentieux mais il n'a jamais été irrespectueux ou mauvais. Qu'a-t-il fait pour mériter tant de mépris de ta part Albus ?
Le vieux sorcier se leva et tourna le dos à son amie.
_Répond moi Albus, répondit impérieusement la sorcière, si tu ne veux pas qu'il vive je suis en droit de savoir pourquoi.
Albus soupira.
_Il n'a rien fait de mal… Le seul fautif c'est moi.
_Que veux-tu dire ?
_Il refusait de répondre à une question… Il semblait vraiment étrange et je voulais savoir pourquoi… J'ai voulu entrer dans sa tête.
McGonagall fut choquée.
_Tu n'as quand même pas osé faire de la legilimencie sur lui ?! Albus ! C'est un démon et un enfant !
_Je sais que j'avais tort ! Je le sais !
Minerva soupira.
_Et comment a-t-il réagit ? Il a tenté de te tuer ?
Albus soupira.
_Il m'a projeté contre le mur… Il était vraiment en colère et il m'a menacé.
_Tu t'attendais vraiment à ce qu'il ne te dise rien ? C'est un enfant orgueilleux et fier, c'est normal de ne pas avoir apprécié que quelqu'un entre dans sa tête.
Dumbledore secoua la tête.
_Sa fierté est un masque. C'est un enfant brisé et fragile… Son orgueil est une manière de cacher sa faiblesse et de se maintenir loin des autres. C'est un enfant qui a besoin de se prouver qu'il vaut quelque chose parce qu'il n'a aucune confiance en lui…
Minerva fronça les sourcils, déconcertée.
_Et même en sachant ça, tu le laisses mourir dans une cage comme un animal ? ça ne te ressemble pas. D'habitude tu aides ce genre de cas ! Tu as aidé tant d'élèves dans ce genre de situation.
Le sorcier se retourna vers sa collègue en criant.
_Ces élèves n'étaient pas des démons avec une force démesurée ! Ils n'avaient pas de crocs, pas de griffes, ni des cornes, ni des yeux brillants ! Ce n'était pas des créatures maléfiques capables de te maintenir par la gorge comme si tu n'étais qu'une poupée de chiffon ! Ciel est un démon, une créature dangereuse et instable capable de détruire ce château en un claquement de doigt !
Minerva resta sans voix. Albus se retourna vers la fenêtre et appuya son front contre la vitre. La sorcière s'approcha de quelques pas.
_En fait, tu as peur de lui. Il te fait peur.
Albus soupira.
_La première fois que je l'ai vu, je n'étais qu'un enfant… Nous étions en plein dans la guerre, la paranoïa régnait partout. Toute mon enfance, on me racontait que les démons étaient d'horribles créatures qui viendraient manger mon âme. J'ai rencontré Ciel lors de ma première année à Poudlard. J'étais avec Gellert, on avait fait le mur pour aller voir les licornes. Mais en allant vers la forêt on a aperçu une étrange forme noire tombée du ciel. On a découvert Ciel, inconscient par terre. Il avait un trou dans le ventre, de multiples blessures, une aile brisée et… Je crois que l'une de ses cornes était cassée. Au début on ne savait pas quoi faire. On n'avait aucune idée de ce qu'il pouvait être, on se demandait même s'il ne s'agissait pas d'un hybride étrange. On n'a pas tout de suite su que c'était un véritable démon. Il était bien trop… petit et chétif pour nous qui les avions toujours imaginés comme des créatures invincibles et imposantes. Avec des sorts un peu faiblards, on a réussi à le trainer jusqu'aux professeurs. C'est eux qui l'ont placé dans cette cage. On n'était que cinq à connaître son existence. Moi, Gellert, les deux professeurs que nous avions alertés et le directeur de l'époque. La première fois que Ciel s'est réveillé, l'école entière s'est mise à trembler. J'étais à la bibliothèque à ce moment-là. Tous les livres sont tombés, les murs ont été fissuré et tous les élèves, moi y compris, nous nous sommes enfuis le plus vite possible croyant que le château s'effondrait. Dans la panique, plusieurs personnes pensaient à une attaque de démons ou un sort lancé par les sorciers du côté des diables, on les appelait les disciples de Satan. C'est le professeur de Défense contre les forces du mal qui m'a entrainé voir Ciel à ce moment-là. Nous, nous étions enfant, nous ne savions pas. Mais eux savaient qu'ils s'agissaient de Ciel. Quand je suis descendu la première fois ici, la seule chose que j'ai vu c'était une créature maigre et blessée qui se débattait et hurlait comme un animal. Il tentait d'arracher ses chaînes, il semblait vraiment paniqué, désespéré. Il avait sans doute peur… Mais… il me faisait peur. Cette créature à l'aspect presque humain se comportait comme une bête. Une bête déchaînée qui m'inspirait la crainte, rien qu'en la regardant. J'avais si peur que ses chaînes se brisent. Je m'étais caché dans les robes de mon professeur, complètement tétanisé… Au fil des années, j'ai fini par ne plus voir Ciel comme un monstre terrifiant, j'ai même réussi à l'apprécier. Mais… la dernière fois… j'ai revu le monstre que j'avais vu dans mon enfance. C'était stupide de ma part mais… J'ai peur de le revoir. J'ai peur de le revoir en colère.
Minerva l'écouta sagement sans l'interrompre et se contenta d'un soupire.
_Il risque de l'être. Mais si tu le laisses mourir, il ne te pardonnera pas. Ce serait injuste de l'abandonner ainsi, tu ne penses pas ?
Albus ne répondit pas.
_Allons Albus ! Tu n'es plus un enfant !
Le vieux sorcier soupira.
_J'irai le voir… De toute façon j'ai besoin de lui…
_Qu'as-tu derrière la tête ?
Albus se tourna vers Minerva.
_Il intégrera Poudlard, et surveillera le jeune Jedusor…
_Tu crois qu'il sera d'accord de faire ça ? Je ne suis même pas sûre qu'il tienne toujours à intégrer l'école.
_Il n'aura pas le choix, fit durement Albus, il est obligé de m'obéir.
Minerva soupira.
_Tu devrais t'excuser plutôt que de rester sur cette position. Il ne pardonnera jamais si tu ne t'excuses pas.
_Il ne me pardonnera jamais. Que je m'excuse ou pas… Je ne peux pas supporter son regard à nouveau…
_Descend. Dit impétueusement la sorcière
_Quoi ? tout de suite ?
Minerva hocha la tête.
_Oui, tout de suite. Descend, et va t'excuser. Je peux même te donner un de mes chats qui est en fin de vie. Si tu le nourries il te pardonnera peut-être plus rapidement. Il n'a que toi Albus. Tu sembles l'oublier.
Albus ne répondit pas et Minerva partit chercher son chat. Le vieux sorcier observa la porte qui menait à la prison. Peut-être que Ciel avait écouté leur conversation. Peut-être pas. Il souleva la manche de sa robe. La marque noire était toujours là. Ciel était encore bien vivant. Sa baguette était posée sur une étagère, avec d'autres reliques et bibelots sans importance. Il la prit et la mit dans sa poche.
Minerva revint quelques minutes plus tard, un vieux chat noir dans les bras. Il le tendit à Albus.
_Tiens, essaie de ne pas être brusque, il a des problèmes cardiaques.
Le vieux sorcier prit le chat dans ses bras et se tourna vers la porte. Minerva le poussa doucement.
_Allez vas-y. Ce n'est pas toi qu'il va manger.
Albus se tourna vers elle et souleva un sourcil.
_C'est de l'humour que tu viens de tenter ?
Minerva lui envoya un regard dur et le poussa une fois de plus.
_Descend. Je t'attends ici. Je n'ai plus cours aujourd'hui.
Albus soupira et poussa la lourde porte avec difficulté. Des toiles d'araignées s'étaient formées de part et d'autre. Il regarda l'escalier en pierre s'enfonçait dans les entrailles de la terre. L'air froid et humide s'échappait du couloir comme l'haleine d'un cadavre. Il se sentait tout d'un coup prit de claustrophobie. Il ravala sa salive et posa son pied sur la première marche. Le son claqua dans l'air se répercutant sur les parois pierreuses du long sinueux couloir.
Ce son réveilla Ciel. Mais le démon ne bougea pas. Il resta inerte sur le sol. Il n'avait pas la force de se lever.
Le vieux sorcier descendit avec un vieux gros chat dans ses bras. La prison était plongée dans le noir et il n'y avait pas le moindre bruit. On aurait dit que personne n'y avait mis les pieds depuis des années. Il s'avança face à la prison de Ciel, et alluma la torche éteinte pour pouvoir le voir.
Ciel était allongé dans un coin de la cage, face au mur, recroquevillé sur le sol. Il y avait des plumes éparpillées partout par terre, comme si elles étaient tombées.
Albus se râcla la gorge.
_Je te porte à manger.
Ciel ne bougea pas. Il était aussi immobile qu'un cadavre. Une voix éraillée s'éleva du fond de sa cage.
_Je n'ai pas faim…
Albus regarda le chat. Il était lourd dans ses bras et il ne savait plus trop quoi en faire. Il le déposa pourtant dans la cage du démon.
_Je te le donne quand même. Ça te fera de la compagnie…
_Reprend le… Je n'en veux pas.
Ciel continua de rester immobile, dans son coin. Albus se gratta la nuque.
_Tu veux toujours entrer dans Poudlard ?...
Ciel soupira, se relevant difficilement, la tête basse. Il tournait toujours le dos à Albus, et le sorcier pu voir que ses ailes étaient décharnées, déplumées et ses vêtements semblaient s'être élargi.
_à quoi ça sert… ?
Le démon se tourna vers le directeur. Albus put voir la créature la plus affamée et la plus pathétique de toutes les créatures magiques. Le grand et puissant démon, Ciel Phantomhive, ressemblait à un petit chien galeux tuberculeux. Il était maigre, si maigre. Ses cheveux longs couvraient ses yeux, ne laissant pas voir son regard. Mais sa voix rouillée et tremblante était suffisante.
_Arrêtez de me faire de faux-espoirs… Arrêtez de promettre la liberté pour ensuite m'enfermer avec encore plus de chaînes… S'il vous plaît…
Il se laissa retomber lourdement sur le sol, retournant dans sa position initiale.
_Laisse moi donc mourir et va-t'en…
Albus s'approcha d'un pas.
_Tu vas donc te laisser mourir ? Si facilement ?
Ciel ne répondit rien et se recroquevilla davantage. Ses ailes se crispèrent.
_Je préfère mourir que d'être traité comme un animal…
Albus s'approcha encore plus.
_Je te laisse le choix. Tu peux croupir ici et te laisser mourir ou tenter de faire une année à Poudlard. Il va falloir que tu t'entraines, que tu travailles mais tu seras dehors.
Ciel ne bougea pas.
_à quoi bon ?... Vous allez trouver un prétexte pour me renvoyer ici… Vous allez me menotter, m'oublier pour venir me rechercher quand vous aurez besoin de moi… J'en ai assez… J'en ai assez d'être traité comme ça… Je veux juste… un peu de liberté, de considération. Est-ce trop demander ?
La voix du démon était triste et désespérée. Albus soupira et se retourna.
_Bien, dans ce cas je te laisse ici… C'est une mort triste que tu choisis mais c'est ton choix… Adieu Ciel.
Albus sortit la baguette du démon et la mit dans sa prison. Il commença à remonter les escaliers.
Ciel observa le chat à côté de lui. C'était un vieux chat malade qui en avait vécu assez pour ne pas avoir peur d'une quelconque mort. Néanmoins il semblait craindre le démon. Ciel n'avait peut-être plus beaucoup de force mais il lui en restait assez pour tuer l'animal. La tête du chat se détacha de son corps tandis que l'œil de Ciel brillait dans le noir. Ciel grogna. Même ça… Même ça il n'y arrivait plus…
La tête de l'animal finit se décrocher et roula jusqu'à ses pieds. Il n'avait même pas la force de le brûler. Son regard se tourna vers la baguette posée sur le sol. Sa minuscule aura, était à peine perceptible mais Ciel arrivait à la ressentir. C'était une douce chaleur qui s'en dégageait. Ciel pouvait s'en doute faire des ravages avec ça, il se demandait même pourquoi les démons n'avaient jamais usé de baguettes pour amplifier leur pouvoir.
Il soupira alors qu'Albus n'avait pas fini de remonter les marches. Le vieux sorcier s'arrêta et attendit quelques instants que Ciel parle.
_J'accepte de retenter d'entrer à Poudlard… Mais… à deux conditions seulement.
Albus redescendit, restant caché par les ombres. Ciel se releva, titubant légèrement et regarda le vieux sorcier de toute sa hauteur.
_Vous me laisserez faire cette année quoi qu'il arrive. Sans jamais revenir sur votre décision. Quoi qu'il arrive…
Albus hésita. Il serra les dents.
_J'imagine que c'est envisageable… Si tu ne provoques aucune catastrophe je te laisserai faire cette année scolaire sans t'embêter. Quelle est l'autre condition ?
Ciel fixa le vieux sorcier avec un regard dur et se colla aux barreaux de sa cage. Sa voix fut glaciale.
_Je veux que vous ne refassiez plus jamais ce que vous avez fait la dernière fois… Ne cherchez pas à savoir ce qu'il y a dans ma tête, ou sur mon passé. Quelques soit les moyens que vous employez, ne refaite jamais, plus jamais ça… Suis-je clair, Albus ?
Albus sentit son sang se glacer. Il répondit en baissant les yeux.
_Oui… Ciel. Je n'entrerai plus dans ta tête. Je le jure.
Ciel resserra sa prise sur le barreau.
_J'ai dit de toutes les manières possibles. Rentrer dans ma tête, sans ma permission, n'est qu'une partie de cette requête.
_Bien… Je ferai selon tes désirs…
Ciel le toisa d'un regard hautain et autoritaire.
_Promettez-le clairement.
Albus soupira.
_Je jure de te laisser faire une année scolaire à Poudlard et de ne plus tenter de savoir quoi que se soit à ton sujet. Cela te convient ?
Ciel hocha la tête, laissant échapper un sourire timide.
_J'accepte…
_Bien.
Albus ouvrit la cage de Ciel et lui retira ses chaînes, une par une. Ciel massa ses poignets et sourit.
_Tu vas devoir apprendre à te servir correctement d'une baguette, cependant. Sinon je serai dans l'obligation de te mettre aux corvées ménagères avec le concierge.
Le petit démon fit la moue mais hocha quand même la tête.
_... Bien, professeur…
Albus sourit et tendit sa main vers Ciel.
_Allez sors de là. La prochaine rentrée est dans quelques mois. Il n'y a pas de temps à perdre. Tu as encore beaucoup à apprendre.
Ciel s'avança, légèrement tremblant et prit la main d'Albus pour le rejoindre de l'autre côté des barreaux. Ses ailes décharnées s'agitaient un peu, laissant retomber quelques dizaines de plumes qui tenaient encore.
_Merci…de ne pas m'avoir laissé…
Soudain son visage changea. Il entrouvrit la bouche et écarquilla les yeux. Ses yeux brillèrent avant de se révulser et il tomba comme une feuille morte dans les bras de Dumbledore. Albus recueillit le corps léger du démon dans ses bras sans savoir comment réagir pendant plusieurs secondes.
Ciel venait de s'écrouler. Dans ses bras.
_C-Ciel ?!
Le petit démon poussa un gémissement et s'agrippa à ses robes. Albus l'aide à rester debout et le soutint comme il put.
_Ciel qu'est-ce que tu as ?!
Le garçon mit sa main sur la tête et se mit à trembler. Il serra les dents et s'accrocha au sorcier.
_J-J'ai… J'ai j-juste… J'ai tellement faim… aaargh…
Il manqua à nouveau de s'écrouler mais Albus le soutint. Dumbledore le souleva dans ses bras et remonta les escaliers à toute vitesse. Il ouvrit la porte sans ambages. McGonagall était toujours là, attendant qu'Albus remonte. Lorsqu'elle vit Albus tenant le petit démon dans ses bras, tout tremblant et crispé ouvrir la porte elle se précipita vers eux.
_Qu'est-ce qu'il se p-
_ELOIGNES-TOI ! cria Albus
Ciel en sentant son odeur tourna la tête dans un mouvement vif. Minerva s'éloigna en mettant la main sur cœur, prise de panique. Il ouvrit la bouche mais il se retint de se jeter sur elle. Un petit gémissement rauque animal traversa sa gorge et il se mordit la langue.
Minerva les regarda tour à tour, reculant pas à pas. Albus tenta de le maintenir dans ses bras.
_Il faut lui amener à manger. Je lui ai ordonné de ne pas faire de mal aux enseignants et aux élèves de l'école. Mais va vite chercher quelque chose de vivant… animaux, plantes ou… humain.
Minerva s'indigna.
_Il n'est pas question de tuer qui que ce soit !
Elle attrapa sa baguette et les dévisagea.
_Je vais aller voir dans la forêt interdite si je trouve quelque chose…
_Fais vite…
La sorcière transplana.
Le directeur soupira et regarda Ciel.
_Pourquoi tu n'as pas manger le chat que je t'ai porté ?!
Le petit démon se mit à respirer fortement, avalant chaque goulée d'air. Ses crocs s'allongèrent et transpercèrent ses lèvres. Il grogna.
_P-Parce que… cette âme… était répugnante…
Albus soupira lourdement.
_Répugnante ou pas tu aurais dû la manger. Regarde dans quel état tu es, tu n'arrives même pas à rester debout…
Ciel étouffa un râle et gémit, se tortillant dans les bras du sorcier.
_Je suis désolé ! aargh…
Ciel commença à convulser et Albus fut obligé de le lâcher. Il commençait à crier, à hurler de douleur et même à se griffer le ventre jusqu'à percer la chair et les muscles.
Minerva revint peu de temps avec un petit hippogriffe dans les bras. Elle jeta la créature en direction du démon.
_Tiens, c'est pour toi…
Ciel se releva difficilement et regarda la créature avec appétit. De la bave semblait couler de sa bouche.
Mais il ne se questionna pas longtemps avant de se jeter dessus. Il arracha la peau de son ventre d'un coup de dent et farfouilla dans ses entrailles alors que l'animal se débattait et hurlait de toute ses forces. Il démembra la pauvre créature, la déchira, la massacra, la déchiqueta, l'écartela, recouvrant de sang le sol et ses vêtements. Il arracha finalement l'âme de la créature de manière brutale.
Il se releva au-dessus du cadavre encore chaud, un sourire carnassier sur le visage. Il était couvert de sang des cheveux jusqu'aux bouts des ongles. Il se tourna vers les deux sorciers. Il avait le regard d'un enfant en plus d'avoir le sourire d'un fou. Ce qui ne rassurait en rien les deux mortels.
_Je peux… en avoir encore ?...
Albus secoua la tête.
_Ciel. Je t'ordonne de te calmer. Il n'y a plus rien que tu puisses manger ici…
Ciel grogna de mécontentement. Il s'approcha des deux sorciers comme un prédateur affamé.
_J'en veux plus… j'en ai besoin… Ramène moi un humain. Ou je mange ce que je trouve…
Il lança un regard vers Fumseck qui se tenait dans un coin. Le phénix apeuré semblait vouloir fuir mais à défaut de pouvoir le faire, il tentait de se cacher.
Albus n'appréciait pas du tout la menace de Ciel. Il se releva et le regarda durement.
_Tu ne bouges pas. Tu ne fais pas le moindre geste jusqu'à mon retour et tu ne touches à rien n'y personne. Je suis clair ?
Ciel le fixa quelques secondes mais hocha la tête. Albus partit aussitôt.
Le démon ne bougea pas d'un cheveu, ne clignant même pas des yeux. Son regard allait et venait entre Minerva et Fumseck comme s'il réfléchissait à qui il dévorerait en premier.
Albus ne tarda pas à revenir avec un homme. L'homme semblait être visiblement un prisonnier d'Azkaban. Il était menotté et il avait la tête recouverte par un sac.
Le professeur McGonagall écarquilla les yeux, indignée et horrifiée.
_Albus !
Le vieux sorcier maintenait le prisonnier immobile grâce à un sort mais son air grave indiqué que c'était à contre cœur.
_C'est un prisonnier d'Azkaban jugé pour meurtre. Il sera de toute façon pendu…
Ciel regarda l'homme avec appétit et se lécha ses babines d'un air affamé.
_Voilà enfin un vrai repas…
Albus jeta l'homme au pied de Ciel qui enleva le sac pour regarder sa victime en face. L'homme, toujours pétrifié n'arrivait même pas à parler. Sa peau était pâle et rêche, ses cheveux étaient une masse noire et graisseuse semblable à des algues. La sueur inondait son visage sale. Il avait de grands yeux noisette transpirant de peur. Ciel ricana et afficha un sourire carnassier au pauvre homme condamné.
_Bon appétit.
Ciel arracha la tête de l'homme d'un mouvement vif et précis avant de commencer le déchiqueter.
Il ne resta de l'homme que d'une immonde bouillie de chair et d'os et un bout de ses vêtements. Et du sang, beaucoup de sang. Ciel en était recouvert entièrement lorsqu'il croqua son âme. On n'arrivait presque plus à discerner la couleur de ses cheveux et de ses vêtements. Lorsqu'il eut enfin terminé, il se releva, rassasié.
Son immense sourire et ses yeux brillants avaient laissé place à un regard morne et une expression vide.
_Je suis désolé que vous ayez vu ça… ça ne me ressemble pas de me comporter… comme ça.
_Tu veux dire, comme une bête sauvage ? suggéra durement Albus
Ciel baissa les yeux et ne sembla pas apprécier le commentaire. Le directeur soupira et contempla les deux cadavres sur le sol de son bureau.
_Au moins, maintenant, tu es rassasié. J'espère.
Ciel serra les poings et se mordit la lèvre.
_Je ne voulais pas… Je ne voulais pas vous me voyez comme ça… Quand j'ai faim… Faim comme ça… Je perds le contrôle, je n'arrive plus à réfléchir, la seule chose qui occupe mon esprit est le besoin de manger, les âmes… Mais cela n'arrive jamais d'habitude ! Je sais me contrôler normalement !
Albus leva la main pour le stopper.
_Tout va bien Ciel. Tout est terminé. Heureusement que tu n'as pas fait ça dans les couloirs de l'école ou dans un lieu public… Rassure-moi, tu pourras contenir ta faim durant toute l'année scolaire ? N'est-ce pas ?
Ciel détourna le regarde et se crispa légèrement. Albus tiqua.
_Je ne sais pas Albus… Les chaînes m'affaiblissent et j'ai faim bien plus rapidement qu'en temps normal. De plus, si j'utilise la magie, j'ai peur de manquer d'énergie et d'avoir besoin de plus de nourriture que d'habitude… Vous comprenez ?
Le directeur soupira lourdement.
_Tu ne veux plus aucune chaîne si je comprends bien.
Ciel hocha la tête.
_Je ne suis pas un animal, je n'ai pas besoin de chaîne, ni même de cage.
_Après ce que nous venons de voir, j'en doute.
Ciel grogna.
_J'étais mort de faim ! Je n'aurais pas tenu encore bien longtemps si vous m'aviez laissé comme ça. Affamez un être humain et regardez s'il ne se comporte pas comme une bête lui aussi !
Minerva, qui était restée silencieuse mais attentive à la scène s'avança vers son collègue, fixant Ciel d'un regard perçant.
_Il ne faut surtout pas que ce genre d'incident se reproduise, Albus. Ne lui met plus les chaines si ça met Ciel dans cet état de… bête sauvage. Et tu devras lui apporter plus de nourriture. Et laisse-le sortir de Poudlard de temps en temps.
Le petit démon sourit. C'était une victoire d'avoir la sorcière de son côté. Cependant sa victoire ne dura pas.
Minerva se tourna vers lui avec un regard sévère, presque menaçant.
_Quant à toi, démon, tu n'as pas intérêt à recommencer. Si on doit choisir entre la sécurité de nos élèves et ta vie, le choix sera vite fait. Donc à partir de maintenant, tu devras toujours te comporter comme un humain, n'utiliser que de la magie humaine et ressembler à un humain, même en privée. Désormais tu ne seras plus un démon, mais un sorcier. Tu te comporteras comme n'importe quel élève de cet établissement et tu seras soumis aux mêmes règles. Sinon je me chargerai personnellement de te mettre les chaînes.
Ciel écarquilla les yeux.
_Qu-Quoi ?! Mais…
_Il n'y a pas de mais, jeune homme ! répéta la sorcière avec autorité, tu veux vivre parmi les humains alors comportes-toi comme l'un d'entre eux.
Cette fois, c'était au tour d'Albus de sourire. Ciel ronchonna un peu mais finit par céder.
_Bien madame…
Le regard de la sorcière s'adoucit, et d'un mouvement de baguette, elle nettoya le sol avant reporter son attention sur le petit démon, toujours recouvert de sang, ailes et cornes apparentes.
_Tu as l'intention de rester couvert de sang éternellement ? demanda-t-elle
Ciel fixa ses pieds et s'enflamma. Lorsque les flammes se dissipèrent il était propre et portait des vêtements neufs.
Minerva soupira.
_Je t'ai dit de ne pas utiliser tes pouvoirs !
_Mais ça aurait pris du temps de me laver et de changer de vêtement comme un humain ! protesta le démon
La sorcière saisit le démon par les cornes et le souleva sans problème pour qu'il la regarde dans les yeux. Ciel grimaça et se débattit légèrement mais finit par céder et regarda le professeur de transformation dans les yeux.
_Je ne veux pas le savoir, ce que tu fais dans ta prison n'a aucune importance mais dès que tu en sors tu es un humain et tu dois te comporter comme tel. Donc, pas de pouvoirs démoniaques. Si tu veux utiliser la magie il falloir apprendre à te servir d'une baguette et utiliser les sorts humains. Et je ne veux plus te voir avec des cornes, des ailes ou je ne sais quel autre appendice inhumain. Si tu veux voler tu te déplaceras en balai ou en transplanant. Là tu ressembles plus à un dragon qu'à un enfant !
Elle relâcha le petit démon qui ne semblait pas apprécier qu'on le touche ainsi.
_Je ne suis pas un enfant ! Je suis un grand démon ! et j'ai plus de soixante-dix ans !
Minerva croisa les bras et le regarda hautainement.
_Je suis navré de t'apprendre que tu as plus l'air d'un enfant de douze ans que d'un adulte. Même dans ton comportement tu ressembles à un enfant.
Ciel lui lança un regard noir, mais la sorcière n'en fut pas affectée.
Le garçon finit par baisser la tête et prendre une apparence plus humaine mais tout en gardant ses yeux brillants.
_Contente ?
Minerva sourit, satisfaite.
_C'est mieux oui. Il ne reste que tes yeux.
Ciel cligna plusieurs fois des yeux jusqu'à ce qu'ils deviennent bleus. La sorcière ébouriffa ses cheveux et se dirigea vers la sortie.
_Je retourne à mon travail. Bonne soirée.
La sorcière quitta le bureau alors que Ciel remettait ses cheveux en place. Une fois qu'elle fut partie le démon reprit son apparence habituelle.
_Tu ne devais pas rester « humain » Ciel ?
Ciel croisa les bras et prit une pose désinvolte, agacé.
_Si vous ne me l'ordonnez pas, je ne le ferais pas. Je veux bien prendre une apparence humaine en public, mais je ne vois pas pourquoi je le ferais ici. Et je ne veux pas me limiter à vos petits sorts ridicules alors que mes pouvoirs sont bien plus pratiques et rapides.
Albus soupira.
_Ciel… Elle n'a pas tort, tu sais ? ça serait plus prudent.
Ciel se tourna vers lui, inquiet.
_Albus tu ne vas pas…
_Je ne te l'ordonnerai pas pour l'instant. Mais si jamais tu nous causes des ennuis, j'y serais bien obligé.
Ciel bouda légèrement.
_Pourquoi faut-il que je me cache ? J'aimerais être libre d'utiliser mes pouvoirs comme je l'entends et garder le corps que je veux. Je sais que je ne suis pas en enfer, mais je ne veux pas ressembler à un enfant fragile…
_Tu ne veux pas ressembler à un enfant mais tu y ressembles. Beaucoup de gens enviraient un corps comme le tiens, tu le sais ? Tu es très beau.
Ciel détourna les yeux et dit d'une voix acerbe.
_ça m'importe peu d'être beau. Je suis un démon, les humains je les mange, je ne les séduis pas. Voir des humains me reluquer comme un morceau de viande ou un jouet très peu pour moi. Je crois que je préfère encore quand ils sont terrifiés…
Albus s'avança gentiment et lui tapota l'épaule.
_En attendant, ça ne serait pas idiot que tu apprennes à te servir d'un balai. Minerva serait sans doute mieux placé que moi pour t'apprendre, elle qui aimait tant jouer au Quidditch avant…
_Sans façon, je préfère utiliser mes ailes ou me transformer en oiseau.
Le sorcier haussa les épaules.
_Une petite balade autour du domaine ne devrait pas te faire de mal.
Ciel observa le vieux directeur un moment.
_Nous n'étions pas censés travailler ?
Albus ria, accordant un regard espiègle au démon.
_Mais l'un n'empêche pas l'autre.
Il s'empressa de prendre deux balais et conduit Ciel sur le toit. Le démon observa l'engin un moment, l'analysant comme si c'était un objet totalement inconnu.
_Je suis censé monté sur cette chose ? et ça va me faire voler ?
_Tu as peur de tomber ? demanda le vieux sorcier en enfourchant son balai
_Pas plus que ça, je me demande juste comment ça fonctionne.
Albus gloussa.
_C'est un balai enchanté par des plusieurs sorts. Ça leur permet de transporter les sorciers. C'est le moyen de locomotion le plus répandu chez nous. Tout bon sorcier se doit d'avoir son balai.
Ciel appela son balai dans sa main, l'enfourcha à son tour et observa Albus.
_Qu'est-ce que je fais maintenant ? Je saute dans le vide et me laisse porter par le vent ?
_Quelle drôle d'idée. Non, bien sûr que non, tu te propulses dans les airs avec une petite impulsion et tu diriges ton balai comme tu dirigerais n'importe quelle machine. Regarde et fait comme moi.
Albus tapa du pied et se propulsa dans les airs à quelques centimètres du sol. Il observa le démon avec un air satisfait.
_à toi maintenant.
Ciel observa le sol et tapa du pied. Son impulsion le propulsa à quelques mètres de hauteur à une vitesse prodigieuse. Ciel tenta de redescendre en douceur mais chaque mouvement était rude et brutal.
_C'est plus difficile que ce que je pensais !
_Tu y vas trop fort Ciel, le balai réagit à la magie de celui qui le manie.
Ciel essaya de dompter le balai mais ne parvint à le maîtriser qu'au bout de plusieurs minutes.
_Tu penses que tu peux voler ?
_Je ne peux pas utiliser mes ailes plutôt ? Ou juste de la magie ? S'il te plaît…
Albus gloussa.
_ Non Ciel. Tu dois savoir voler sur un balai. Aucun sorcier n'a d'ailes pour voler.
_Mais moi j'en ai… Et c'est bien mieux que ces… bouts de bois enchanté…
Albus haussa les épaules. Il monta dans les airs et Ciel le suivit sans rechigner.
_Tu maîtrises plutôt bien, finalement.
Ciel ne dit rien et se contenta de suivre son professeur. Il tenta de ne pas aller trop haut ou trop vite.
_Je maintiens que mes ailes sont plus pratiques…
Albus commença à voler autour de Poudlard avec son nouvel élève.
_Tu as appris à voler avec ? Ou ça t'est venu naturellement ?
Ciel ne sembla pas trop à l'aise avec ça.
_J'ai dû apprendre… Comme beaucoup de choses avec mes pouvoirs… Mais… disons que mon professeur avait des méthodes… radicales en matière d'éducation…
Ciel repensa à Sebastian et ses leçons particulières. En y repensant Ciel avait été brûlé, congelé, étouffé, démembré, écartelé, dévoré vivant, transformé en centaines d'animaux, et plein d'autres choses. Son éducation de démon avait très brutale mais rapide et efficace.
_Comment as-tu appris à voler la première fois ?
Ciel hésita à en parler mais soupira.
_Mon… professeur m'a jeté au-dessus d'un volcan. Ce n'était pas un volcan comme ici sur terre. Il était plus grand, plus profond, plus chaud. La lave était comme des sables mouvants et recouvraient l'intégralité des rebords empêchant de l'escalader. Je suis tombé dedans sans arriver à remonter. Le seul moyen de sortir de ce trou était de voler. C'était fait exprès, pour piéger des âmes humaines… Au bout de plusieurs heures j'ai réussi à sortir. Il m'a fallu cinq tentatives pour ne plus tomber dans le volcan. Puis il y a eu ce que mon professeur appelé la chasse à la souris… Je devais échapper à mon professeur le plus longtemps possible et si il me trouvait je devais me battre avec lui avec tout les moyens dont je disposais. Je suis devenu très doué à ce jeu… J'ai appris à me cacher, à fuir et à me battre en tirant avantage de mes points faibles et renforçant mes points forts. Je ne suis ni grand, ni imposant, ni fort mais je suis rapide, silencieux et sous-estimable.
Albus sourit.
_Ici ce n'est pas l'enfer. Nos méthodes sont bien plus… douce disons. On ne peut pas se permettre de tuer nos élèves !
Ciel gloussa.
_ça serait plutôt amusant de les voir tomber d'une falaise. Mais le corps humain est si fragile…
_Je ne crois pas que la torture soit une bonne manière d'apprendre Ciel.
Le démon haussa les épaules.
_ça permet d'apprendre vite. Mais ce n'était pas dans la torture dans la mesure où la douleur que je ressens est moindre. Et j'avais un avantage que les élèves de cette école n'avaient pas…
Ciel afficha un sourire inquiétant et Albus demanda.
_De quoi s'agit-il ?
Le démon afficha un petit sourire angélique et répondit d'un ton innocent.
_Je pouvais me venger sur mon professeur et lui faire faire tout ce que je voulais !
Ciel soupira.
_ça me manque un peu… Il me forçait à dompter et tuer des créatures à vingt têtes, j'empoisonnais ses chats et il redoublait d'imagination pour me donner des leçons de plus en plus dures et sadiques…
Albus leva un sourcil.
_ça te manque tant que ça ?
Ciel gloussa et regarda le vieux sorcier.
_à vrai dire je ne sais pas. C'était douloureux, j'étais toujours à bout, j'avais la sensation de mourir à chaque instant… Mais je ne m'ennuyais jamais. Soit, je devais réfléchir à comment tourmenter Sebastian en essayant à chaque fois de le surprendre, soit c'était lui qui tendait des pièges toujours plus ingénieux et je devais à chaque fois trouver le moyen de m'en sortir…
_Sebastian ? souleva Albus, ce n'était pas ton chien ?
Ciel hocha distraitement la tête.
_En effet mais c'était aussi le nom que j'avais donné au démon avec qui j'avais pactisé lorsque j'étais encore humain… C'est lui qui m'a tout appris, que ce soit quand j'étais humain ou démon il s'est toujours assuré que j'ai une éducation exemplaire. Il m'a appris à me battre, à me servir de mes pouvoirs, les contrôler, à connaître l'enfer et à y vivre. L'enfer était loin d'être un endroit agréable mais… j'avais fini par m'y sentir chez moi. Ce monde cruel où il n'y a ni soleil ni lune, où les seuls humains qui s'y trouvent sont les damnés, les mauvais, les bandits, les criminels, les psychopathes qui subissent les pires tortures qui ne serait même pas concevables par l'humain le plus imaginatif qui soit. L'enfer était divisé en sept cercles dirigés par des archidémons, les démons les plus puissants qui soient en enfer… Lucifer, Belzebuth, Méphistophélès, Lilith, Satan, Moloch et Baphomet, si on prend les noms que les humains leur ont donné. Ils se disputaient le trône du monde souterrain depuis des millénaires, mais ils ont su mettre leur querelle de côté lorsqu'il a fallu défendre l'enfer. Chacun d'entre eux régnait sur un des cercles de l'enfer auquel chaque démon avait une appartenance, même si on était libre d'aller où on voulait en enfer… Les démons avaient tous les droits. Il n'y avait ni maison, ni terre. C'était une anarchie sauvage où tout le monde se battait contre tout le monde. L'enfer était vraiment un endroit particulier, où il fallait toujours prouver qu'on était le plus fort. Mais… Maintenant, tout ça n'existe plus… Quand je suis parti il ne restait que des plaines désertiques d'âmes damnés toutes entassées ensembles. Les anges avaient déjà tué Léviathan et les gardiens de la Porte. Lucifer, Lilith et Belzébuth avait été tué au cours d'une violente bataille dans les limbes… Les anges massacraient toutes créatures de l'enfer, qu'il soit démon, ou non… J'ai dû moi aussi me battre contre un ange, seul. Je n'oublierais jamais son visage… Vois-tu Albus, les démons sont beaux, les humains les trouvent d'une beauté surnaturelle. Les anges, eux, ne sont pas seulement beaux… Ils sont purs, comme des âmes d'enfants… Leur véritable forme est plus troublante que belle…
Ciel regarda le coucher du soleil, comme si les souvenirs lui revenaient petit à petit. Ils continuaient de voler tous les deux au-dessus du château de Poudlard. Ils n'allaient pas vite, c'était juste une ballade calme sous le soleil couchant. Les reflets orangés du crépuscule sur ses cheveux donnaient l'impression qu'ils étaient en feu.
Albus regardait le petit démon un moment. Sa vie était loin d'être un fleuve tranquille, il avait vécu plus de choses que certains humains en toute une vie. Pourtant, il avait toujours l'attitude et le comportement d'un enfant. Il était impertinent et rêvant de liberté. Ça pouvait cependant se comprendre. Il n'était pas ici par choix mais parce qu'il avait fui. Si la guerre n'avait jamais eu lieu, ils ne se seraient probablement jamais rencontrés. Ciel serait resté en enfer et Albus aurait eu la vie d'un sorcier classique. Peut-être aurait-il fini professeur mais sans doute pas directeur et il n'aurait pas fait tout ce qu'il a fait. Ciel voulait sa liberté, il voulait pouvoir faire ce qu'il entend, aller où il veut, faire ce qu'il veut sans être enchaîner comme un animal. Ce n'était qu'un enfant, un enfant surpuissant et anthropophage certes, mais un enfant quand même. Il avait besoin d'apprendre à s'adapter, apprendre ce qui pouvait faire ou non. Et Albus devait aussi s'adapter à ses besoins et ses différences.
Une idée saugrenue surgit dans l'esprit d'Albus. Après tout Ciel était une créature magique. Peut-être que Norbert Dragonneau saurait quoi faire avec lui… Il irait le contacter dès que possible. Ce n'était pas le moment idéal pour aller rendre visite à son vieil ami.
Albus eut une meilleure idée pour le moment.
_Dis-moi Ciel, es-tu à l'aise avec ton balai ?
Le petit démon baissa le regard.
_Et bien… Je suppose oui…
_Dans ce cas voyons ça. Ciel Phantomhive, je te défis !
Rien qu'en entendant ces mots, les yeux du démon s'illuminèrent d'intérêt et il sourit.
_Que veux-tu que je fasse ?
Albus haussa les épaules.
_Une simple course en balai. Suis-moi.
Le vieux sorcier conduit son élève en haut des collines qui bordaient l'école. De là, ils avaient une vue d'ensemble du château de Poudlard.
_Bien et maintenant ? demanda Ciel
Albus sortit un petit sablier flottant dans le vide.
_Voilà ce que je te propose. Un simple allé. D'ici jusqu'au sommet du beffroi. Le départ sera annoncé lorsque le dernier grain du sablier tombera. Tu n'as pas le droit d'utiliser tes pouvoirs de démon ni toute sorte de sorts. Tu as juste ton balai comme outil.
_J'espère que c'est réciproque.
_Bien sûr. Ce n'est pas un combat déloyal. Voyons qui de nous deux arrivera le premier.
Ciel hocha la tête avec plaisir. Même s'il avait très envie d'utiliser ses ailes il n'allait pas le faire. Il maîtrisait plutôt bien le maniement du balai même si quelques heures d'entraînement supplémentaires ne seraient pas une mauvaise chose.
Ils guettèrent tous les deux le départ.
Finalement, le dernier grain de sable tomba et ils s'élancèrent à pleine vitesse. Albus devançait Ciel de peu mais le démon ne comptait pas se laisser battre par le vieux sorcier. Question de fierté personnelle. Il tenta d'accélérer, de faire tomber Albus mais rien n'y fit. Le vieux sorcier avait quelques centimètres d'avance. Ils étaient au coude à coude. Albus ne se gênait pas pour aussi mettre des bâtons dans les roues au petit démon en lui faisant des queues de poissons ou en essayant de le faire tomber. Mais Ciel était coriace. Il allait vite, et manier son balai comme un sorcier expérimenté. Cependant, au dernier moment, il accéléra. Il avait, sans vraiment le vouloir, mis trop d'énergie dans son balai et manqua de peu de s'écraser sur le mur du château. Légèrement perturbé par ça, il ne fit pas attention au vieux sorcier qui en profita pour le mettre un violent coup dans la tête qui le fit basculer. Ciel manqua de peu de tomber de son balai mais se reprit vite et tenta de rattraper son retard. Malheureusement, Albus était déjà en haut du beffroi.
_Pas mal pour un débutant ! nargua le professeur
Ciel se posa à côté de lui, déçu d'avoir été battu.
_Si j'avais pu utiliser mes pouvoirs je vous aurais battu à plat de couture ! Ces balais ne permettent pas d'aller assez vite…
_Ils vont assez vite pour les déplacements qu'on leur demande ! corrigea Albus, tu ne te débrouilles pas trop mal, sincèrement. Ta dernière accélération était spectaculaire. J'ai à peine pu voir le flou de tes mouvements !
Ciel grogna dans sa barbe.
_Je n'avais pas vraiment fait exprès… Si j'avais pu voler avec mes ailes… ça aurait été bien plus simple… Il ne m'aurait même pas fallu moins d'une seconde pour atteindre ce point !
Albus soupira.
_Tu ne peux pas… Je te l'ai dit, aucun sorcier n'a d'ailes dans le dos pour voler… Si tu veux tant que ça t'amuser, et bien… Soit. Mais pas ici.
Ciel pencha la tête.
_Que veux-tu dire ?
Albus se tourna vers le petit démon.
_Je me disais que tu avais passé assez de temps de ta cellule. Tu peux aller où bon te semble jusqu'au lever du jour.
Ciel papillonna plusieurs fois des yeux. L'espoir se voyait clairement dans ses grandes pupilles rouges.
_ça veut dire… Que je suis libre ?...
_Ne t'emballe pas trop ! Tu n'as pas le droit de tuer qui que ce soit, et je ne veux pas que tes… exploits soient relatés dans le journal demain matin. Sois discret et ne fais pas de bêtises. Tu as compris ?
Le petit démon hocha vigoureusement la tête.
_Oui ! Oui bien sûr ! Il en sera fait selon vos ordres, maître !
Albus ébouriffa les cheveux du démon.
_C'est… disons pour me faire pardonner de t'avoir laissé enfermer si longtemps. Tu as bien mérité de prendre un peu l'air.
_Et je ne suis pas obligé de garder une apparence humaine et n'utilisait que la magie humaine ?
Albus soupira.
_Tant que tu ne te fais pas remarquer, que tu ne fais rien de mal… Fais ce que tu veux. Tu es libre Ciel.
Le petit démon semblait vraiment heureux. Il déploya ses ailes et laissa ses petites cornes émergeaient sur sa tête. Il sourit à Albus et lui tendit le balai.
_La prochaine fois, je te battrai. Je refuse de perdre à nouveau contre toi Albus !
Le vieux sorcier soutint son regard de défi qu'il accepta avec plaisir.
_C'est ce que nous verrons. Tu es peut-être plus puissant que moi, mais je suis bien plus expérimenté que toi !
Ciel lui lança un sourire mesquin et agita ses grandes ailes qui se replièrent dans son dos.
_Nous verrons bien Albus, nous verrons bien.
Le démon sauta dans le vide, puis se propulsa dans les airs à l'aide de ses puissantes ailes noires. Un simple battement le propulsa plusieurs mètres au-dessus des nuages en une demi-seconde.
Albus le regarda s'éloigner. C'était comme regarder l'envol de dragon. Majestueux, imposant presque effrayant mais très beau. Il était certain que le garçon de l'enfer plairait à Dragonneau.
Il alla donc, dans son bureau écrire une lettre.
