Un sinistros pour ami

Harry Potter, vingt-cinq ans, vivait en France avec son fils Teddy Lupin, sept ans. A la fin de la guerre, agacé par les sollicitations incessantes, aussi bien du ministère, du peuple sorcier que de ses proches, il avait décidé de s'exiler. En fait, sa décision avait été prise quand Ginny Weasley, qui lui tournait autour depuis la bataille finale, avait exigé qu'il se débarrasse de son filleul pour qu'ils fondent enfin leur famille et parce que ça ferait tâche que le Sauveur doive s'occuper du fils d'un loup garou.

Inutile de dire qu'avant la fin de la journée, ils avaient rompu, que l'hôtel particulier de Grimmaurd Square avait été fermé ainsi que toutes les propriétés des clans Potter et Black sur le sol britannique et qu'Harry et Teddy avaient pris leurs affaires pour déménager de l'autre côté de la Manche. Et pour faire bonne mesure, le Sauveur avait écrit une lettre ouverte aux médias en indiquant sa déception de voir le peuple sorcier reproduire les mêmes erreurs qui avaient conduit à plusieurs guerres d'affilé au lieu de se remettre en question et que c'était à cause d'eux qu'il quittait le pays.

Il ne s'était pas senti concerné par le chaos qui avait suivi.

Une fois arrivé en France, il avait rejoint Fleur Delacour et son mari Bill pour leur demander s'il pouvait l'héberger le temps qu'il se retourne ainsi que les modalités pour qu'il puisse adopter officiellement Teddy. Puisque les testaments de Nymphadora Tonks et de Remus Lupin allaient en sa faveur, sans compter le lien de parrainage, l'adoption ne fut qu'une formalité et Teddy devint officiellement le jour de ses quatre ans Edward « Teddy » Remus Lupin Potter Black, fils d'Henry « Harry » James Sirius Potter Black. Ils s'installèrent dans un domaine abandonné peu après la guerre contre Grindelwald, faute de descendants vivants, non loin d'une meute de lycanthropes, et se construisirent une nouvelle vie. Il avait donné sa nouvelle adresse qu'à des personnes qui avait son entière confiance et même là, il leur indiquait qu'elle était sous fidelitas.

-Papa, papa ! s'exclama Teddy. Tu as vu mon bonhomme de neige ?

-Il est magnifique, félicita Harry.

-C'est pas le tien, c'est à nous deux ! protesta Victoire

Les deux enfants se chamaillèrent gentiment sous les regards attendris de leurs parents respectifs.

§§§§§

Ce fut un bruit qui l'alerta.

Harry était seul à la maison, Teddy passant la soirée chez les Delacour. Le couinement de douleur avait retenti dans la nuit noire avait mis le brun sur ses gardes. Il se leva et consulta un tableau magique – uniquement visible avec sa signature magique – qui listait les protections magiques et nota qu'un animal magique avait passé les barrières. Comme son domaine était étendu, il arrivait souvent qu'il ait des visiteurs. Quand il était présent, il se faisait un plaisir de les accueillir et de leur offrir le gite et le couvert, sinon, les elfes de maison qu'il avait engagés s'en chargeaient. En trois ans, son hospitalité avait dépassé les frontières et cela le ravissait car c'étaient ses propres efforts qui étaient enfin récompensés.

Pas complètement stupide, il prit sa baguette et sortit de la maison pour se mettre à la recherche de cet animal. Il ne tarda pas à tomber tout près du portail un grand chien sombre amaigri. Son cœur se serra quand il fit le parallèle avec la forme animagus de Sirius Black, son parrain. Délicatement, il le sécurisa avant de l'emmener à l'intérieur. Il se tâta quelques instants avant de s'emparer de papier et d'un stylo pour écrire un rapide message.

-Nana ?

-Maître Harry m'a appelé ? fit l'elfe de maison en apparaissant

-Pourrais-tu transporter ce message à Léon de Brume ? demanda Harry. Je viens de recueillir un animal magique blessé et je n'ai pas les compétences pour évaluer son état ni pour le soigner. S'il accepte de venir, une fois qu'il sera dans la salle des transports, amène-le ici après les vérifications d'usage.

-Bien, maître Harry, s'inclina Nana avant de s'exécuter.

Une demi-heure plus tard, un lycan passa le pas de la porte, suivant de près la petite elfe de maison. Le compagnon de Gabrielle Delacour était un vétomage reconnu à travers le continent et un bon ami d'Harry.

-Sérieusement, un sinistros ? plaisanta Léon. Il n'y a que toi pour tomber sur une telle créature !

Le lycan tendit sa cape à Nana qui la récupéra puis se pencha sur l'animal, les mains luisant de magie. Il les passa longuement au-dessus de lui avant de se reculer.

-Il est simplement affamé et fatigué, annonça Léon. Je pense qu'il erre depuis de longues semaines pour être dans cet état.

-D'où est-ce qu'il peut bien venir ? demanda Harry

-Je ne t'apprends rien en te disant qu'ils sont attirés par les lieux emprunts de douleur et de tristesse, rappela Léon. Malheureusement, les braconniers le savent aussi et dès qu'il y a une catastrophe, ils viennent les capturer. Il y a eu un carambolage à une centaine de kilomètres d'ici, je pense que sa meute s'y est rendue mais qu'il a pu réchapper à la capture.

-Qu'est-ce que je fais ? soupira Harry. Est-ce que je peux au moins le garder ?

-Au moins jusqu'à ce qu'il soit guéri, répondit Léon. C'est un animal magique, tu l'es aussi donc il peut comprendre que tu es là pour l'aider. Si tu parles après sa guérison … seul lui pourra te le dire.

-Teddy sera content d'avoir un camarade de jeu, sourit Harry.

-Ma meute est toujours ravie de l'accueillir, sourit Léon. C'est l'un des nôtres, même s'il ne se transforme jamais.

-On le saura à sa puberté, fit Harry. Concernant cette boule de poils-ci, comment je m'en occupe ?

-Comme un canidé non magique, répondit Léon. Je vais te donner les potions qu'il faudra et pour son régime, des croquettes spéciales grands chiens feront l'affaire. Je pense qu'il va rester près de la cheminée pour reprendre des forces. Pour ses besoins, comme il va avoir du mal à se déplacer, soit tu le conduis deux fois par jour dehors, soit tu lui fabriques un bac dans une pièce avec un peu de terre. Je préconise la première solution, la seconde pourrait créer de mauvaises habitudes.

-Je te fais confiance, fit Harry. Tu penses qu'il s'en remettra ?

-Tu ne te rends pas compte que ta magie montre de nombreuses facettes de ta personnalité, dont ta générosité et ta bienveillance, et que c'est sûrement pour ça qu'il est venu vers toi pour l'aider ? fit Léon. C'est d'ailleurs pour cette raison que les Delacour sont fous de toi et que ton fils t'adore.

Harry haussa des épaules. Ce n'était pas la première fois qu'on lui signalait qu'outre le niveau élevé de sa puissance magique, son aura transmettait certains traits de sa personnalité qui lui permettait d'approcher les créatures magiques, un talent extrêmement envié au sein du ministère sorcier britannique qui lui avait permis de s'occuper des affaires « délicates » quand il travaillait au bureau des aurors. Un talent qu'ils avaient amèrement regretté quand il avait posé sa démission et qu'il s'était exilé …

-Si tu le dis, souffla Harry.

-On se revoit dans trois jours, une fois qu'il aura commencé à reprendre du poil de la bête, déclara Léon.

Le vétomage salua son hôte avant de se faire raccompagner tandis que le propriétaire des lieux veillait sur son nouveau locataire.

§§§§§

-Paddy ! Reviens ici !

Le sinistros se retourna, langue pendante avec un grand sourire canin, avant de reprendre son chemin, faisant pester le petit garçon qui dut s'élancer à sa poursuite.

Teddy Lupin Potter Black adorait ce sinistros que son père avait recueilli voilà un an. L'animal magique avait bien changé depuis qu'il était arrivé sale, amaigri et au bord de la mort. Il avait mis plusieurs semaines pour s'en remettre mais par la suite, il n'avait jamais montré de volonté de reprendre sa vie parmi les siens, poussant père et fils à l'adopter. La paire avait mis plusieurs jours à lui trouver un nom et il s'était avéré qu'il ne répondait qu'à celui de Paddy. Chacun avait apprivoisé les autres et aujourd'hui, sur le domaine du Lys Noir, il était extrêmement rare que le sinistros ne soit pas en présence de l'un des deux sorciers.

Ce jour-là, Teddy et Paddy jouaient dans le petit bois lorsque le sinistros l'abandonna sans un signe. Or, il ne faisait cela que quand Harry rentrait sur le domaine. Mais c'était le brun lui-même qui les avait envoyés dans le jardin donc il devait s'agir que de la deuxième solution : quelque chose se préparait.

Se fiant à l'instinct de son ami à quatre pattes, Teddy récupéra ses affaires et fila ventre à terre vers la maison. Il marcha rapidement vers le bureau de son père – ses tantes Fleur et Gabrielle lui avaient assez donné de leçons d'étiquette pour savoir comment se déplacer vite sans se mettre à courir – et toqua à la porte.

-Entrez, fit une voix.

En voyant son père détendu, une partie de l'angoisse de l'enfant disparut. Il s'approcha de lui et le regarda droit dans les yeux.

-Paddy m'a laissé dans les bois, annonça Teddy.

Harry fronça des sourcils. Le sinistros était un farouche protecteur du petit garçon, ne décollant de lui que quand il était sous la responsabilité d'une personne de confiance à ses yeux, soit Harry. S'il l'avait laissé sur place, c'était qu'il considérait que le bois était le moindre mal.

-Est-ce que tu sais où il est ? demanda Harry

-Non, secoua la tête Teddy.

Il était clair que l'aîné n'aimait pas ça. Les instincts liés à la guerre étaient encore là, il refusait que son fils ne soit blessé de quelque manière que ce soit.

-Nana ?

-Maître Harry m'a appelé ? demanda Nana

-Pourrais-tu me dire où se trouve Paddy ? demanda Harry

-Paddy se trouve devant le portail, répondit Nana. Il est caché dans la haie et surveille ceux qui sont de l'autre côté.

-Qui ? fit Harry en plissant des yeux

-Ginevra et Ronald Weasley ainsi qu'Hermione Granger, répondit Nana. Mais ils n'ont pas encore demandé à entrer.

Même s'il n'avait pas senti le besoin de retourner dans son pays natal, ce n'était pas pour autant qu'il ne savait pas ce qu'étaient devenus ses proches. A sa plus grande surprise, Ron avait parfaitement accepté que sa sœur n'était pas celle qui convenait à son meilleur ami. Le roux s'était aperçu que sans Harry, il pouvait enfin faire ses preuves et après un temps où il a aidé Georges avec son magasin, il avait repris ses études pour obtenir ses ASPIC puis entrer dans le programme des aurors à son tour. La remise des diplômes avait eu lieu quelques semaines plus tôt et Harry y avait assisté incognito pour le soutenir. Ginny n'avait bien entendu pas apprécié de se faire plaquer du jour au lendemain à cause d'une parole malheureuse et le fait que les journalistes suivent pas à pas tous les faits et gestes du Sauveur n'avait pas arrangé les choses puisque dès le lendemain, leur rupture était affichée dans tous les tabloïds. L'humiliation s'était poursuivie avec des photos volées de son ex avec différentes femmes, sans oublier qu'il avait donné des ordres pour que son nom ne soit pas utilisé à tort et à travers, y compris pour obtenir des faveurs. La candidature de la rousse pour intégrer les clubs de quidditch les plus prestigieux du pays sans que ses compétences soient vérifiées fut donc froidement rejetée mais également celle d'Hermione exigeant d'être ni plus ni moins directement directrice adjointe d'un département alors qu'elle n'avait aucune expérience.

Leur présence devant son domaine – alors qu'il n'avait fourni à aucun d'entre eux son adresse – n'était donc pas de bon augure.

-Nana, va chercher Paddy, je veux qu'il reste avec Teddy, ordonna Harry.

-Bien, maître Harry, répondit Nana.

L'instant suivant, le sinistros se trouvait à ses côtés. Harry posa un genou à terre pour que son regard soit à la hauteur de celui de l'animal.

-Ecoute, fit Harry. Je sais que tu penses que les personnes qui sont à la porte sont dangereuses pour nous. Mais ce que je veux, c'est que tu protèges Teddy. Toi et moi, nous savons nous défendre mais pas lui.

-Papa ! protesta pour la forme Teddy

-On s'est bien compris ? demanda Harry sans tenir compte de l'interruption

Un aboiement joyeux lui répondit.

-Teddy, va t'arranger un peu, nous allons avoir de la visite, annonça Harry.

-Ils vont venir ici ? s'étonna Teddy. Mais pourquoi ?

-Teddy … gronda Harry.

-Oui papa, soupira Teddy.

Pendant que l'enfant montait à l'étage pour se changer, Harry alla préparer son bureau public, où il recevait ses rendez-vous d'affaire notamment. Ses documents les plus importants étaient conservés dans un autre bureau où il y travaillait réellement. Il partit également se changer pour une tenue plus adéquate avant de demander à Nana de conduire ses invités-surprise dans le bureau public quand ils seraient prêts. Il avait bien l'intention de régler toute histoire entre eux et de le faire vite.

Harry prit place derrière le bureau et quelques minutes plus tard, Teddy frappa à la porte pour se faire installer avec Paddy dans un coin de la pièce, où se trouvait un confortable canapé bas et une table basse.

-Je sais que c'est inhabituel mais je veux que tu sois présent, déclara Harry. Ne t'inquiète pas, il y a des runes qui te protègent totalement. Regarde.

Le brun lança un sort qui se heurta à une barrière magique irisée.

-Si les choses dégénèrent, Nana a pour ordre de vous mettre tous les deux à l'abri, déclara Harry. Sinon, il y a un passage secret derrière le canapé.

Il lui montra le mécanisme et lui permit de l'utiliser jusqu'à parfaitement le maîtriser.

-Pourquoi je dois être présent ? demanda Teddy

-Parce que tu es mon fils, sourit Harry. Et elles ici, il est hors de question que je te quitte des yeux.

Même s'il n'avait que huit ans, il avait bien compris que Ronald Weasley, s'il était un ennemi, avait la confiance d'Harry pour ne pas lui faire de mal. Conscient qu'il ne fallait pas qu'il rajoute de l'inquiétude, le petit garçon décida d'appliquer les cours d'étiquette qu'il avait dû suivre avec Victoire et Dominique Delacour. Il demanda à Nana de lui apporter son livre de chevet, se redressa et commença sa lecture. De temps à autre, il caressait Paddy qui avait posé sa tête sur sa cuisse et rapidement, il s'immergea dans sa lecture.

Harry sourit en le voyant faire. Son fils était sa fierté et il était content qu'il utilise son éducation pour se préparer à l'affrontement qui allait avoir lieu. L'étiquette sang pur avait été un point de discorde avec ses proches après la guerre car personne ne voulait comprendre que ça allait de paire avec son héritage. Heureusement d'ailleurs qu'il ne les avait écoutés, Fleur et Gabrielle lui ayant bien fait comprendre ce que son ignorance lui avait coûté et lui coûterait s'il s'enfonçait dans le déni.

D'un signe de tête, Harry enjoignit Nana de faire entrer ses invités. Il ne fut pas surpris de voir les deux jeunes femmes entrer en conquérantes, encore moins de les voir noter la présence de Teddy.

-Il n'a rien à faire là, déclara froidement Ginny. Qu'il sorte !

Hermione hocha furieusement la tête, complètement d'accord avec la rousse.

-Où sommes-nous exactement ? demanda doucement Harry

Son ton surprit les deux sorcières et fit lever les yeux au ciel les yeux de l'autre homme.

-Eh ben … nous sommes chez toi, répondit Hermione.

-Heureux de voir que vous en êtes conscientes, sourit froidement Harry. Pour commencer, il est de bon ton de saluer son hôte en arrivant, il me semble.

Elles rougirent d'avoir été prises en faute et ouvrirent la bouche mais le brun les coupa.

-Et donc JE décide qui sera présent, asséna Harry. Suis-je bien clair ?

Les deux femmes se contentèrent de renifler.

-Nous allons donc recommencer depuis le début, décréta Harry.

Les deux sorcières le regardèrent, fronçant des sourcils, ne comprenant pas vraiment. Le roux décida de prendre la main.

-Bonjour Harry, salua Ron. Je suis heureux de te revoir. Je suis désolé d'arriver à l'improviste mais je voulais sauter sur l'occasion.

-Voilà, ça ce sont de bonnes manières, railla Harry. Heureux de te voir, Ron. Installe-toi, je te prie. Une tasse de thé ?

-Volontiers, accepta Ron en prenant place. C'est Teddy ? Il a bien grandi, dis-moi !

-C'est l'âge qui fait ça, sourit Harry.

-Tu l'as gardé ? piailla Ginny

Harry lui jeta un regard noir.

-Puis-je savoir de quoi tu parles ? grogna Harry

-De ce gamin ! siffla Ginny. Tu ne vois pas que c'est un boulet qui t'empêche d'avancer.

-Si tu pouvais être plus explicite, grogna Harry.

-Ce que veut dire Ginny, c'est que sans cet enfant, tu serais encore auror et tu serais même le chef du bureau, assura Hermione. Et tu serais encore en Grande Bretagne.

-Oh, vraiment ? railla Harry. Personne ne s'est dit que Teddy n'avait rien à voir avec ma décision de m'exiler ?

-Impossible ! fit Hermione. C'est ton pays !

-Et pourtant, il n'a rien fait pour garantir ma fidélité, déclara Harry. Ce pays que tu proclames mien n'a pas hésité à mettre sur mes épaules la responsabilité de se débarrasser d'un sorcier qui le terrorisait alors que je n'étais qu'un adolescent, même, un enfant. Une fois ma mission remplie, il n'a cherché qu'à m'utiliser au lieu de me laisser tranquille. Donc non, je ne considère pas la Grande Bretagne comme un pays dont je pourrais être fier.

Les deux jeunes femmes accusèrent le coup.

-Asseyez-vous, ordonna Harry. Vous ne pourrez convaincre personne debout.

Maugréant dans leurs barbes, elles s'assirent dans le canapé mais Harry ne poussa pas la politesse à leur servir une tasse de thé.

-La présence de Teddy ici n'est pas de votre ressort donc nous pouvons passer au sujet suivant, décréta Harry. Comment m'avez-vous trouvé ?

-Il suffit d'avoir les bonnes connexions, sourit Hermione de manière hautaine.

-Ou tu as terrorisé un assistant sorcier de Gringotts Londres pour qu'il regarde dans mon dossier personnel, sourit machiavéliquement Harry. Ne t'inquiète pas, les gobelins savaient faire parler leurs suspects et surtout, établir les responsabilités de chacun.

La brune tressaillit, en proie au doute.

-Les gobelins ne peuvent rien me faire, assura Hermione d'une voix tremblante.

-Donc tu reconnais avoir corrompu un employé de Gringotts pour obtenir des informations pour ton propre profit ? pointa Harry

Hermione rougit violemment pour toute réponse.

-Bien, fit Harry, puis-je savoir ce que vous êtes venus faire ici ?

-Il est temps que tu arrêtes d'être borné et que tu reviennes à la raison, déclara Ginny.

-C'est-à-dire ? demanda Harry

-Le bureau des aurors a accepté que tu prennes une longue pause mais il veut que tu reviennes, maintenant, fit Ginny. J'ai parlé avec le chef des aurors et il m'a dit qu'il accepterait ton réengagement sans problème.

-Vraiment ? fit Harry. Quel dommage que j'aie démissionné et je n'ai pas l'intention de redevenir auror. Et ça, le chef des aurors, la directrice de la justice comme le ministre le savent parfaitement. Ne crois pas que je sois parti sur un coup de tête. J'ai soigneusement préparé mon départ et tu ne pourras rien y changer.

-Tu es fait pour être auror ! protesta Ginny

-J'ai des prédispositions pour le combat, concéda Harry. Mais le bureau des aurors britanniques ne me convient pas, il ne m'a jamais convenu.

-Tu ne sais pas de quoi tu parles, fit Hermione.

-Et pourquoi donc ? demanda Harry. Qu'est-ce que je devrais faire à ton avis ?

-Tu es fait pour être auror ! assura Hermione. Tu es fait pour briller au ministère et en devenir une figure emblématique.

-Peut-être, fit Harry. Mais je n'en ai pas envie et je ne le veux pas.

-Pourquoi ? grinça Ginny. A cause de ce gosse ?

-C'est mon filleul, articula Harry. Un membre de ma famille. Et avant que tu ne le dises, il n'est pas une charge encombrante pour moi, ni aujourd'hui, ni jamais. Tiens-le-toi pour dit.

-Il ne t'apporte rien ! protesta Ginny. Tu ne vois pas ce que les gens pensent en te voyant te préoccuper plus d'un enfant loup garou au lieu de ton pays.

-J'ai dû supporter toute mon adolescence les idées fausses que les sorciers avaient sur moi et si je n'avais pas appris à ne pas en prendre compte, je doute que j'aurais réussi à vaincre Voldemort, ricana Harry en les voyant frissonner. Alors tu penses bien que leur avis ne me fait ni chaud ni froid, encore plus quand ça concerne ma famille.

-Il n'est pas ta famille ! cracha Ginny. Il n'est qu'un gosse que tu te sens obligé de t'occuper ! Tu avais des projets avant qu'il ne soit là. Avec moi !

-C'est étrange, je n'étais pas au courant, railla Harry. Il me semblait pourtant que quand nous avions rompu il y a dix ans, je refusais certes de dessiner une cible sur toi, mais à aucun moment je n'ai parlé de retourner vers toi une fois la guerre terminée. Jamais.

-Et pourtant, elle est la seule qui pourra de permettre de récupérer ta place dans la société sorcière, fit Hermione.

-Qui te dit que je l'ai perdue ? Ou même que je veuille la récupérer ? demanda Harry

-Tu ne sais … protesta Hermione.

-Peu m'importe ce que vous pouvez penser, coupa Harry. Qu'est-ce que vous faites ici ?

Les deux jeunes femmes gardèrent le silence en le fusillant du regard. Ron soupira lourdement avant de reprendre les choses en main.

-Elles ont réduit leur réputation en miette en cherchant à avoir plus que ce qu'elles pourraient obtenir par leurs propres capacités, expliqua Ron à leur plus grande fureur.

Elles voulurent l'attaquer pour l'empêcher de parler mais à leur plus grande surprise, leur magie ne leur répondit pas. Elles voulurent s'en prendre physiquement à lui mais elles restèrent collées à leur siège.

-Vous êtes ici chez moi, rappela Harry. Et je ne vous permettrai pas de mettre en danger Teddy parce que vous n'êtes pas d'accord pour que la vérité soit dévoilée. Continue, Ron, je suis tout ouïe.

-D'accord, fit Ron. Tu n'ignores pas que les différentes équipes de quidditch du pays ont refusé d'engager Ginny parce qu'elle n'avait pas assez de talent. Mais savais-tu qu'elle avait voulu faire pression en déclarant que tu serais totalement déçu si elle n'obtenait pas le poste ?

-J'en ai entendu parler, sourit Harry. C'est pour cela que j'ai fait cette déclaration en rappelant que Ginny ne fait pas partie de mes proches. Idem pour Hermione quand elle a voulu entrer au ministère. Visiblement, au lieu de prouver qu'elles pouvaient être à la hauteur et à s'entraîner pour l'être, elles préfèrent faire jouer leur petite réputation. Elles sont loin les sorcières qui se battaient pour sauver le monde de Voldemort …

-Je trouve aussi, fit Ron. Bref, elles pensent, chacune de leur côté, qu'en t'épousant, elles retrouveraient le prestige qu'elles croient avoir perdu.

-Chacune de leur côté ? releva Harry

Les deux jeunes femmes se fusillèrent alors du regard, furieuses du projet de l'autre.

-Toutes les deux estiment qu'elles sont les mieux placées pour devenir la prochaine lady Potter, continua Ron. Et toutes les deux sont d'accord que pour asseoir leur position, on ne doit absolument pas douter qu'elles soient la mère du prochain héritier. Ce qui veut dire, se débarrasser de Teddy au plus vite.

-Comment est-ce que tu pourrais être au courant ? siffla Hermione

-Je ne serais pas un bon auror sinon, déclara Ron en souriant et en haussant des épaules.

Tandis que la conversation dégénérait, Teddy écoutait sans un mot. Il avait peut-être seulement trois ans quand Harry et lui avaient quitté la Grande Bretagne mais il se souvenait parfaitement des mots durs de Ginny à son encontre. Ses projets n'étaient donc pas une grande surprise, d'autant plus que Fleur et Gabrielle lui avaient déclaré au détour d'un cours que tant que son père ne l'aurait pas confirmé, avec son adoption, il serait le prochain lord Potter-Black. C'était un pouvoir politique et financier auquel personne ne voudrait passer à côté, y compris Hermione Granger et Ginevra Weasley.

L'enfant n'était pas le seul à ne pas apprécier cette conversation. Paddy, à ses pieds, grondait bas depuis que les deux sorcières étaient entrées dans la pièce. C'était d'ailleurs l'une des raisons pour laquelle Harry tenait tant à ce que le sinistros reste à ses côtés. L'animal avait un instinct infaillible pour repérer les personnes qui voulait du mal à la petite famille, en plus d'être un formidable camarade de jeu, même si les gênes vélanes des Delacour avaient eu du mal à s'y habituer. Plus les voix prenaient de l'ampleur, plus son grondement augmentait. Teddy tentait de le calmer avec des caresses mais il se doutait qu'au premier geste suspect des sorcières, Paddy allait agir.

Cela ne manqua pas.

Quand Ginny voulut gifler Harry pour avoir repoussé une nouvelle fois ses avances, le sinistros s'était déplié et lui avait sauté dessus. Le hurlement strident qu'elle poussa vrilla les oreilles de tout le monde et avait poussé Hermione à reculer précipitamment. Surpris, Ron s'était redressé subitement, baguette en main et la pointait vers Paddy, au cas où il deviendrait incontrôlable.

-RETIRE CETTE HORRIBLE BÊTE DE MOI ! hurla Ginny

-Humm … non, je n'en ai pas envie, déclara Harry.

-Mais il l'a attaqué ! piailla Hermione qui avait fini par brandir elle aussi sa baguette

-Et pas elle ? commenta Ron. C'était de la légitime défense et je trouve qu'elle ne s'en tire pas trop mal.

-Mais tu es de quel côté ?! craqua Hermione

-Pas du côté de Ginny et encore moins du tien, lâcha froidement Ron. Je suis ici uniquement pour éviter qu'Harry ne soit accusé d'agression.

-Mais … protesta Hermione.

-Harry ne vous aime ni l'une ni l'autre, rappela sèchement Ron. Mes sentiments pour toi se sont éteints quand j'ai réalisé que tu n'étais avec moi que parce que j'étais moins intelligent que toi. Depuis que vous vous êtes mises dans la tête que sans Harry sous votre contrôle strict, vous n'évoluez pas dans la vie. Depuis qu'Harry ne veut plus se faire dicter sa vie, vous avez l'air de penser que vous serez les seules qui pourraient le guider dans sa vie, en commençant par lui ordonner d'abandonner son propre filleul et de retourner vers un employeur qu'il méprise et qui ne voit en lui qu'une figure de proue. Maintenant, vous allez débarrasser le plancher pendant que je tente de convaincre Harry de ne pas porter plainte contre vous pour agression, sachant que les sangs purs ne vont pas vous louper pour avoir menacé un héritier.

Il fallut quelques instants pour que les deux jeunes femmes blêmirent en comprenant la portée de ses paroles.

-Ce gosse … balbutia Ginny.

-Oui, après que tu m'aies fait part des tendres sentiments que tu portais à Teddy, j'ai décidé de l'adopter, ricana Harry. Donc oui, l'enfant que tu m'ordonnais d'abandonner sans un seul regard en arrière est en fait mon fils. Maintenant, soyez de gentilles filles et foutez-moi le camp d'ici. Paddy ! Tu peux les y aider, si tu veux …

Le sinistros se recula prudemment et montra les dents tout en grognant fortement. Terrifiées, les deux jeunes femmes voulurent l'attaquer avec des sorts mais elles se souvinrent que leur magie ne leur était pas accessible. Elles reculèrent donc prudemment avant de passer la porte en courant. Nana se tenait de l'autre côté et avant même qu'elles ne puissent comprendre, elle leur prit la main pour les faire transplaner devant la propriété et les y abandonner.

-Hermione Granger Mademoiselle et Ginevra Weasley Mademoiselle sont hors du domaine, maître Harry, s'inclina Nana en revenant.

-Merci, sourit Harry. Veille à ce que leurs signatures magiques soient intégrées dans les protections comme personnes indésirables, merci. Je me chargerai de briser publiquement les liens magiques qu'elles auraient encore avec moi.

-Eh ben, tu ne fais pas les choses à moitié, siffla Ron.

-Tu les as vues ? renifla Harry. Elles sont venues ici comme si j'allais accepter avec un grand sourire de m'unir avec l'une d'entre elles ! Elles ont pris leurs rêves pour la réalité ou quoi ?

-Ce que je ne comprends pas, c'est pourquoi elles ont estimé indispensables d'utiliser ta notoriété pour construire leur carrière ? fit Ron

-Simple, répondit Harry. Je suis dans la même position que Dumbledore quand il a vaincu Grindelwald. Dans sa grande débilité, le monde sorcier va m'accorder tous mes désirs, y compris les plus farfelus. Tu t'imagines bien que mes proches vont pouvoir bénéficier de ces largesses mais surtout, s'il y a un seul pas de travers de fait, c'est sur moi que ça va retomber.

Le brun soupira lourdement et posa un genou au sol.

-Paddy ?

Le sinistros, qui était retourné auprès de Teddy après que les deux sorcières aient disparu de son champ de vision, trottina tranquillement vers le sorcier brun.

-Je te remercie, déclara Harry. J'ai toujours pensé que tu protégerais toujours Teddy et tu le fais tous les jours. Tu sais que tu n'as pas besoin de le faire pour moi, hein ?

L'aboiement qui lui répondit était presque railleur.

-Encore merci, sourit Harry en le caressant tendrement.

-Tu sais à qui il me fait penser ? fit doucement Ron. A Sirius.

-Moi aussi, confia Harry. Quand je l'ai rencontré, j'ai eu la pensée folle qu'il était revenu sous sa forme animagus pour faire ce qu'il n'avait pas réussi en tant que sorcier.

Le sinistros réussit à traîner Teddy hors de la pièce pour jouer.

-Protéger, aimer, vivre … souffla Harry.

Fin