Tic tac tic tac
L'horloge murale sonnait doucement le passage du temps dans le bureau silencieux. Il était vingt heures passé de quelques minutes et il ne restait guère plus que Momo dans les locaux de l'agence. Ça n'avait rien d'étonnant, car aujourd'hui était un jour un peu spéciale. C'était le 14 février. En conséquence, de nombreux héros appréciaient finir plus tôt ce jour-ci. Momo en faisait partie.
En temps normal, elle serait rentrer chez elle depuis longtemps et serait maintenant en train de flâner dans les rues avec Kyoka mais un groupe de vilains avaient décidé de braquer une bijouterie dans son secteur. Elle s'y était rendu avec son coéquipier et il ne leur avait pas fallut longtemps pour maîtriser les agresseurs. De retour à l'agence, Momo avait préféré rédigé son rapport immédiatement, tant que le tout était encore frais dans son esprit, et s'employait donc à le terminer. Oh, elle aurait aussi pu le laisser de côté et s'en occuper le lendemain à la première heure mais non seulement elle avait cette habitude de ne jamais quitter le bureau en laissant du travail inachevé, mais en plus elle avait posé les deux prochains jours pour s'offrir un week-end en amoureuse avec Kyoka. Momo craignait de rendre un rapport imprécis si elle le rédigeait trois jours après les faits.
Apposant un point final, Momo entreprit de relire le document avant de le déposer sur une pile d'autres, d'enfiler son manteau et de partir, verrouillant l'agence derrière elle.
Une fois dans la rue, elle se mit à marcher vers la bouche de métro la plus proche. Dans le mouvement, elle attrapa son téléphone et envoya un message à Kyoka pour lui dire qu'elle rentrait bientôt. Momo brancha ses écouteurs, lança une playlist et rangea son téléphone dans sa poche.
Une petite demi-heure plus tard, elle poussait la porte de chez elle.
Elle marqua un temps d'arrêt en refermant la porte. Aucune lumière n'était allumé. Elle savait pourtant que Kyoka était là depuis un moment et ses clés étaient dans l'entrée alors elle était encore là.
D'un pas lent, Momo s'avança jusqu'au salon où elle se figea véritablement.
Aucune ampoule n'était allumé mais la lumière de la rue s'infiltrait dans l'appartement par les fenêtres. La luminosité était donc faible mais pas nulle. C'était suffisant pour voir la silhouette tremblante sur le canapé.
Les pires pensées passèrent dans l'esprit de Momo. Y avait-il eut un accident ? Des morts ? De complications pendant une intervention ? Il y avait presque toujours des complications. Kyoka était-elle touché, mentalement ou physiquement ?
Momo se précipita aux côtés de Kyoka mais quand elle ouvrit la bouche, aucun son n'en sorti.
Non, au lieu de ça, elle prit doucement sa petite-amie dans ses bras. Kyoka se laissa aller contre elle, le corps encore secoué par ses sanglots.
Momo savait qu'aucun mot n'aura du sens dans cette situation. Parce que ce n'était pas la première fois, que ce n'était sûrement pas la dernière, que comme à chaque fois Momo se retrouvait muette et impuissante, terriblement consciente du fait qu'elle ne pouvait rien dire pour arranger les choses, que de toute façon, dans ces moments-là, Kyoka préférait une présence silencieuse, qu'elle n'était pas la bonne personne pour elle parlait parce qu'elle ne comprenait pas. Elle savait mais elle ne comprenait.
Elle savait d'où venait les cicatrices qui couvraient les bras de Kyoka. Elle savait que ça venait par vagues, brutales et déchaînées et violentes et brèves. Elle savait que Kyoka n'avait pas le moindre contrôle là-dessus. Elle savait que ça la rongeait de l'intérieur. Elle savait que Kyoka était complètement paumée au milieu de tout ça.
Mais elle ne comprenait pas. Elle était incapable de trouver une cause, un pourquoi. Elle ne comprenait pas pourquoi, malgré l'état dans lequel elle se retrouvait à chaque fois, Kyoka continuait.
Momo savait qu'elle ne comprendrait sûrement jamais véritablement. Elle savait qu'elle ferait tout ce qu'il faudrait pour soulager, même d'un rien, le poids qui pesait sur Kyoka.
Alors, comme à chaque fois, Momo ne se décala pas d'un centimètre. Elle passa doucement sa main dans le dos de Kyoka, en des cercles régulier. Elle ignora la légère douleur là où l'étreinte de la plus petite se refermait sur elle en la serrant un peu trop fort. Elle écouta les bégaiements inconstants, du premier au dernier.
Puis, les sanglots se firent plus espacés, assez pour que Kyoka puisse à nouveau parler distinctement si elle le désirait. Elle ne le fit pas. Elle baissa les yeux, refusant de croiser ceux de Momo, et renifla.
Momo se releva, attrapa un paquet de mouchoir posé sur une étagère et retourna à sa place.
Elles ne dirent rien pendant plusieurs minutes. Kyoka parce qu'elle n'avait pas assez confiance en sa voix pour ça, Momo parce qu'elle ne voulait pas brusquer Kyoka.
Ensuite, seulement une fois qu'elles furent toutes deux réunit dans une étreinte, Momo parla.
« Je suis épuisée, je crois que j'aurai pas la force de faire à manger. On pourrait commander quelque chose ! Tu te souviens de ce restaurant, près de la gare ? Ça fait longtemps qu'on a pas mangé de leurs sandwichs, ça te dit qu'on se fasse ça ? »
Contre elle, Kyoka hocha la tête.
Une heure plus tard, elles étaient encore affalées sur ce canapé, les papiers d'emballages de leur repas étalés sur la table basse. Face à elles, sur la télé, défilaient les images du film Coco – définitivement leur Disney préféré. Elles avaient attrapés un plaid et réajustés quelques cousins et maintenant elles étaient dans un véritable petit cocon.
À chaque fois qu'un personnage se mettait à chanter, Kyoka fredonnait en cœur avec lui.
En une heure seulement, la vague avait presque complètement reflué et Kyoka était redevenue celle qu'elle était tous les jours.
Une fois le film terminée, elles ne bougèrent pas. L'appartement était plongé dans le silence. Momo savait que Kyoka s'était endormie. Elle la réveillerai sûrement si elle se relevait.
Elle tourna la tête vers la brune. Elles sortaient ensemble depuis le lycée et depuis le lycée Momo était le témoin impuissant de la souffrance de Kyoka.
Mais un jour, un jour, Kyoka arriverait à lui en parler, elle en était certaine. Un jour, elle se sentirait prête et, ensemble, elles pourraient aller de l'avant.
Fermant les yeux, Momo s'endormit sur cette pensée, consciente de se mentir à elle-même.
