- "Cet homme doit se faire opérer ! Sans cette intervention il mourra et ce ne sont pas ses "convictions religieuses" qui le sauveront." Sûr de lui, bras croisés, le docteur Marc Sloan semblait dégoûté par ce qu'il considérait comme un signe de faiblesse. La religion, "l'opium du peuple" selon le philosophe Karl Marx... Marc n'était pas du tout marxiste bien sûr mais en tant qu'homme de science, il devait bien reconnaître que ce gars n'avait pas dit que des conneries.
Lexie qui faisait les 100 pas bras croisés, s'arrêta pour lui répondre : "Marc, il refuse toute intervention. Un patient a des droits on ne peut pas les ignorer quand ça nous chante...".
Nonchalamment assis sur un coin de la grande table de conférence, Alex ne put retenir une exclamation. Se parlant à lui-même, il ne put s'empêcher d'ironiser : " Regardez ça ! Marxie s'intéresse aux droits des patients maintenant. Quel progrès !"
Marc et Lexie se retournèrent vers lui dans un mouvement synchronisé.
- "Que ? Quoi ?" bafouilla Lexie.
- "Qu'est-ce que tu entends par là, monsieur auto-apitoiement ?" lança Marc énervé, avant de poursuivre : "Ecoute mon pote, on commence à en avoir marre de tes petites réflexions et de tes piques sournoises qui durent depuis des semaines. On t'a sauvé la vie bon sang ! Alors, je suis désolé d'avoir dû t'ouvrir sans anesthésie pour te poser ce foutu drain, je suis désolé que tu aies souffert comme un chien mais ne mélange pas tout, mec. Ce n'est pas nous qui t'avons tiré dessus, nous on t'a juste sauvés vie ! Tu aurais préféré quoi ? Qu'on te laisse crever dans ton ascenseur pendant que Lexie et moi, on se sauvait ? Ou qu'on te laisse étouffer avec un poumon collabé en te vidant de ton sang sur cette table ? Ne me fais pas regretter de t'avoir sorti de là Karev. Lexie a risqué sa vie pour toi, pour aller te chercher les litres de sang qui coulent dans tes veines de stupide égoïste insensible. C'est à croire qu'il n'y a que ta petite personne qui compte, Karev ! " Par moquerie, Marc insista sur le nom d'Alex.
Durant toute la diatribe de Marc, la colère et la honte permanentes qu'Alex ressentait depuis le jour où il s'était fait tirer dessus ne fit que de s'accroître. Alex la sentait bouillonner, et il devait serrer les dents pour la contenir. Après quelques instants, il eut un sourire narquois et, regardant au plafond, il ironisa : "Oui c'est ça, c'est moi qui suis un égoïste sans coeur, et un imbécile, bien sûr. Alors que le grand docteur Sloan a toujours raison parce qu'il sait tout. Et qu'importe ce que disent ses imbéciles de malades...". Sentant la situation déraper, Lexie intervint fermement : "Vous n'allez pas recommencer tous les deux ! Alex, je ne sais pas ce qui t'arrive, ni pour qui tu te prends mais Marc a raison, tu es insupportable depuis... depuis !" Lexie ne trouvait pas ses mots lorsqu'il s'agissait d'évoquer le jour où la tuerie de l'hôpital de Seattle Grace avait fait tant de victimes.
Profitant du désarroi de sa collègue, Alex continua "Mais vous me faites rire tous les deux, à prendre les décisions pour les autres. Tu veux savoir ce qu'il y a, Sloan ?" Alex avait pris un ton méprisant, oubliant le respect dû à un supérieur. "Tu n'as toujours pas compris ? Avec ta "grande sensibilité" et ta "super faculté d'empathie", tu n'arrives toujours pas à comprendre pourquoi je t'avais dit de ne pas m'ouvrir ?" Alex martelait ses derniers mots, haussant la voix de plus en plus. "C'est plus important pour toi d'être le héro qui sauve des vies, hein ? Tu ne m'as pas écouté parce que je n'étais plus qu'un faible idiot de patient à tes yeux... "
- "Nom de.. Alex !" explosa Marc "Je savais ce que je faisais ! Si j'avais su que tu étais suicidaire, alors crois-moi, j'aurais réfléchi à 2 fois à la possibilité de me débarrasser de toi ..." ricana Marc.
- "La ferme Sloan !" debout, mâchoire serrée tenant le dossier de la chaise à pleines mains, Alex contenait maintenant difficilement sa colère. D'une voix menaçante qu'il ne reconnu pas lui-même, il continua :"Je t'avais dit de ne pas le faire mais tu m'as quand même opéré."
- "Oui ! Excuse-moi de t'avoir sauvé la vie ! Je suis désolé que tu n'aies pas supporté la douleur, je suis désolé tu aies pleuré comme un bébé devant Lexie... Timbré !" lui cracha Marc.
Alex était furieux de ne pas être écouté. Jetant soudainement la chaise à laquelle il s'accrochait sur le côté, il se redressa en serrant les poings "Vraiment ? C'est ce que tu crois ? explosa-t-il " Tu crois que je me tracassais de pleurer devant vous ? Après avoir vu Reed étendue, raide morte, un trou dans la tête, sa cervelle étalée au sol dans une mare de sang ? Après m'être pris une balle dans la poitrine à bout portant et être resté à terre, persuadé que ce cinglé allait m'achever d'une seconde à l'autre, tu crois que j'avais peur de craquer devant vous ?" Alex aurait presque rit s'il n'avait pas eu l'impression que sa tête allait exploser. Marc et Lexie le regardaient en silence.
Évidement, tout l'hôpital avait déjà débattu des centaines de fois de tout ce qui s'était passé. Ils s'étaient déjà représentés ce que les victimes avaient vécu, s'étaient imaginé ce qu'elles avaient pu ressentir... Mais c'était la première fois qu'Alex exprimait ses sentiments en-dehors du cabinet du psychologue. Dès lors, aussi remonté qu'il ait été, Marc fut déstabilisé par la vérité crue des propos d'Alex.
Celui-ci reprit mais ses pensées s'entrechoquaient après la vision de Reed qu'il venait d'avoir, encore une fois : "Je m... je me suis traîné dans cet ascenseur parce que j'avais peur qu'il revienne, et... mais aussi pour qu'on me trouve, pour que quelqu'un vienne me sortir de là et... je ne voulais pas mourir tout seul ! Et j'aurais pu crier à l'aide j'aurais pu essayer d'appeler, mais je savais que si ce cinglé m'entendait, il reviendrait m'achever ! Alors je suis resté là, dans ce maudit ascenseur à crever le martyre en silence, à essayer de respirer, et ça a duré une éternité ! Juste un souffle de plus, juste un, et puis un de plus malgré que chaque inspiration me déchirait la poitrine. J'essayais de tenir jusqu'à ce que quelqu'un me trouve parce que je ne voulais pas mourir tout seul comme un con dans cet ascenseur. Alors, oui j'avais peur, oui j'étais terrorisé. Et quand tu m'as porté dans le couloir je faisais déjà tout ce que je pouvais pour ne pas hurler de douleur, parce que je ne voulais pas qu'il revienne nous tuer tous les trois, par ma faute ! MA faute !
Et puis là, toi, tu m'annonces que tu vas m'ouvrir pour m'enfoncer 1 drain !
Mais comment tu voulais que je supporte ça en silence ? C'était pas possible, humainement, c'était impossible de me taire parce que j'avais déjà mal à m'en faire péter le cœur ! Alors oui j'étais terrorisé. Terrorisé de faire un arrêt cardiaque de douleur, terrorisé de ne même pas pouvoir hurler pour évacuer cette douleur atroce. Et au final, terrorisé de causer votre mort en plus de la mienne ! » Alex se passa la main dans les cheveux.
« Est-ce qu'un seul instant tu as pensé aux risques que tu prenais ? À ce qui aurait pu arriver à Lexie ? Docteur Prétentieux ! Il fallait que tu joues au sauveur sans réfléchir ! Hors de question d'écouter un faiblard agonisant, hein ? Bon sang, tu l'as même laissée aller se balader dans les couloirs pour chercher du sang alors qu'un malade cherchait à la tuer ! Et c'est moi l'égoïste sans coeur ?"
Submergé par l'émotion, Alex fit une pause. Lexie était au bord des larmes. Marc, troublé, semblait découvrir les choses sous un nouvel angle, beaucoup plus perturbant.
Derrière Alex, la porte s'ouvrit soudain. Attirées par les cris d'Alex, inquiètes, Meredith et Cristina venaient voir ce qui se passait.
Marc leur jeta un regard, leur indiquant que cela allait, ils pouvaient gérer.
Alex, perdu dans ses pensées et ses émotions qui sortaient enfin, ne se rendit compte de rien et continua "Je t'avais dit non Sloan ! J'avais dit non... Jamais je n'aurais permis que Lexie sorte si j'avais pu... si... si..." La gorge serrée, Alex eut un hoquet, il ferma les yeux et secoua la tête comme pour chasser une image mentale "Ça aurait pu être Lexie avec un trou dans la tête. Et tout ça aurait été MA faute."
Les mots sortaient en vrac, Alex revivait la scène et ne contrôlait plus rien, toute la peur et la rancoeur qu'il avait ressenties et qu'il couvait depuis des semaines ressortaient dans ses mots.
Le visage de Marc se décomposait au fur et à mesure. Meredith et Cristina restaient figées, bouleversées.
Lexie était extrêmement émue. Elle tenta d'intervenir doucement "Alex, je..."
Mais Alex l'interrompit aussi doucement "Stop Lexie, stop. Je suis... désolé de t'avoir pris pour Izzy, je suis désolé de ne pas t'aimer comme tu l'aurais voulu... Mais... Mais... bon sang Lex ! Tu n'as jamais été avec moi ! Tu n'as jamais été de mon côté. Tu m'as maintenu pendant que ton ex me... découpait au scalpel et me... "poignardait" avec ses tuyaux... Tu as enfoncé délibérément une paire de gants dans ma bouche pour étouffer mes hurlements... Parce que tu devais me faire taire. Parce que... Parce que tu ne m'as pas écouté quand j'ai dit non ! Lexie ! Tu as suivi Sloan, tu t'es rangée à ses côtés ! Et comme résultat, tu as dû m'étouffer avec ces foutus gants, alors que je ne pouvais pas respirer ! Je n'arrivais pas ! à ! respirer !" martela-t-il, le stress reprenant le dessus. "Et au lieu de m'aider, de me tenir la main et de me rassurer, tu me maintenais, tu m'étouffais et tu m'ordonnais de me taire ! Bon sang mais tu es... pire que mon père..." Alex avait planté son regard dans celui de Lexie qui n'arrivait pas à s'en détacher. Les paroles horribles d'Alex lui allaient droit au cœur mais elle savait qu'il fallait que cela sorte, enfin ! Même si ça faisait mal... Ses larmes coulaient librement maintenant, elle se tenait crispée, les bras serrés contre sa poitrine comme si Alex l'avait tenue. Incapable de le faire taire, tout ce qu'elle voulait à présent, c'était qu'il arrête de lui rappeler ces moments horribles. Mais il continuait à lui jeter à la figure ce qu'elle avait fait. Elle finit par plaquer ses mains sur ses oreilles pour ne plus l'entendre, car Alex ne pouvait plus s'arrêter. Il criait "J'étais terrorisé, tu le sais. J'étais vraiment terrorisé pendant que tu m'étouffais et... si j'avais pu parler, si j'avais pu te supplier..."
Mais Lexie savait qu'il l'avait suppliée, il l'avait suppliée de son regard, alors qu'il souffrait, qu'il hurlait et qu'il étouffait. Il l'avait suppliée, elle. Mais elle, de son côté, elle avait ressenti sa propre peur, sa propre terreur plus importante que tout. Elle devait le faire taire pour ne pas se faire tuer. C'était aussi simple que cela. Elle devait le tenir et l'étouffer pour ne pas mourir. C'était cela qu'elle avait ressenti alors qu'elle regardait ses yeux suppliants. Et c'est à sa propre peur qu'elle pensait pendant que Marc ouvrait le thorax d'Alex. Marc, qui lui ordonnait encore et encore de « faire ce qu'il fallait"... Elle était médecin, elle devait sauver des vies, pas torturer des victimes pour les sauver et se sauver, elle. Elle et Marc ! Marc... La culpabilité l'envahissait.
Devant elle, le visage d'Alex était à nouveau torturé, presque comme ce jour-là, mais sa douleur était psychique maintenant. Ses yeux, plus tristes encore qu'en colère, la tenaient toujours, comme ce jour là, et comme toutes les nuits dans ses rêves depuis ce jour là... Lexie pleurait incontrôlablement mais Alex, lui, ne pleurait toujours pas. Plus calmement, il dit "Je sais pourquoi tu as pété un câble en salle d'examens le mois dernier. Ta crise d'hystérie, à propos de tuer ta patiente..." Alex et Lexie se regardaient dans les yeux. Après un moment, il dit : "A ce moment là je n'aurais pas pu t'aider Lexie, même si je l'avais voulu. C'était au-delà de mes forces et, de toute façon, je crois que mon intervention n'aurait fait qu'empirer les choses. N'est-ce pas ?" Sans répondre, Lexie lui adressa un faible sourire, lui prouvant qu'il avait eu raison.
Il sera les dents, ferma les yeux, avant de reprendre encore plus doucement "Alors oui, j'ai voulu Izzy à mes cotés, j'ai imaginé qu'elle était revenue pour moi. Dans mon esprit tordu, j'ai imaginé avoir une autre chance avec elle, que je pouvais lui demander pardon et qu'elle était avec moi, pour ne pas me sentir seul, Lexie. J'avais besoin qu'elle soit là avec moi pour ne pas mourir seul..." A présent, les larmes coulaient sur les joues d'Alex aussi, sa voix brisée sortait avec douleur de sa poitrine : "Izzy, la femme pour laquelle j'ai pleuré devant toi et pour laquelle je pleure encore aujourd'hui, la seule que j'aime plus que tout au monde..." Alex paru se perdre dans ses pensées quelques secondes "Elle est la seule..." Mais revenant au présent, il reprit "Et oui, comme tu as dit, la femme qui m'a laissé tomber comme une merde. Alors, tu peux te moquer et me traiter de looser, parce que j'en suis probablement un. Tu vois, moi aussi j'en ai rien à battre de ce que tu penses !"
Cette fois, Lexie s'écroula sur elle-même, reculant d'un pas, pliée sur ses avant-bras, succombant à l'horreur de tout ce qu'elle avait fait et dit, elle tomba assise sur sa chaise. Sortant de sa torpeur, Marc la rattrapa. Alex se frottait les yeux avec les paumes, essayant de revenir à la réalité, de sortir de ce cauchemar, de s'arrêter de pleurer et d'essuyer ses larmes. Un silence pesant envahi la pièce. Personne ne bougeait. Et puis, aussi lentement qu'un arbre qui pousse, Alex se redressa, il attendit d'avoir regagné le contrôle de sa respiration, ravala ses larmes puis jeta un regard sur Lexie, sanglotant dans les bras de Marc qui la serrait, les yeux fermement clos peut-être pour ne pas à avoir à regarder Alex. Finalement, celui-ci se retourna et découvrit Meredith et Cristina, toujours la main sur la poignée de la porte, toutes deux émues, l'expression désolée pour lui. Il passa à côté d'elles et sorti tête basse de la salle de réunion. Mais sur le seuil de la porte, il s'arrêta un instant pour lâcher, sans se retourner "Sloan, laisse monsieur Vernan décider de ce qu'il veut. Chacun a le droit de faire ses choix." puis il sorti.
