— Ouh! La couche est pleine! Allez petit boudin, on va changer tout ça! s'exclama Magnus en faisant un gros bisou bruyant sur la joue dodue de l'enfant.
— Tu veux de l'aide? demanda Alec.
— Non ça ira mon ange, vas profiter de ta famille, on revient vite.
Magnus embrassa son fiancé avant de s'éloigner, remontant la plage pour rejoindre le cirque, tout en tenant le petit garçon à bout de bras au dessus de sa tête, le faisant rire aux éclats. La nuit était tombée, laissant apparaitre les étoiles, brillantes telles des diamants sur la voûte céleste, et la lune presque pleine nimbait le paysage d'une lueur argentée. L'indonésien pouvait voir clair grâce à l'astre blanc, et tout en observant le ciel, il se disait qu'il avait hâte de se retrouver seul avec Alec afin de profiter de cette nuit magique.
Arrivé à la caravane d'Isabelle et Simon, il entra et alla déposer délicatement son filleul sur la table à langer. Tout en s'employant à le déshabiller, Magnus s'amusa à lui faire des grimaces et des chatouilles, récompensées à chaque fois par un rire cristallin. Magnus adorait s'occuper de Matthew, et il adorait les enfants de manière générale, il savait depuis plusieurs années qu'un jour il voudrait avoir ses propres enfants, et il espérait secrètement qu'Alec l'accompagnerait dans cette aventure. Il n'avait pas encore abordé le sujet avec le jeune homme, en effet ce dernier avait d'autres occupations en tête à cet instant, inutile d'ajouter à sa charge mentale. Mais Magnus gardait l'idée dans un coin de sa tête, et comptait tenter une approche une fois qu'il aurait épousé Alec.
Une fois la couche du bambin changée, Magnus lui fit un énorme bisou foireux sur le ventre, puis le rhabilla avec son joli petit costume taille bébé. Alors qu'il apportait la touche finale à la tenue de Matthew, il entendit la porte de la caravane s'ouvrir dans son dos.
— Alec? Je t'avais dit que ça irait, regardes, on a fini. dit Magnus en se retournant après avoir pris l'enfant dans ses bras.
Une main gelée se referma sur son cœur, tandis qu'une peur sourde s'épanouissait dans son ventre quand il constata que l'homme sui se tenait face à lui n'était pas Alec. En effet, l'homme face à lui arborait des cheveux blonds presque blancs, des yeux verts qui le regardaient froidement, ainsi qu'un sourire dément qui glaça le sang de l'indonésien.
— Manqué. Dommage, hein? railla Sébastien.
— Qu'est-ce que tu veux? demanda Magnus en tentant de garder son calme pour ne pas effrayer Matthew.
— A ton avis? Je suis venu récupérer ce qui m'appartient. J'ai appris qu'Alec s'en était sorti, et je dois avouer que j'ai été plutôt content de le savoir. Même si cette petite merde méritait que je le plante pour ce qu'il m'avait fait, après avoir pris un pied de malade avec son cul, il aurait été dommage de gâcher ça, tu ne crois pas?
Magnus dut se faire violence pour ne pas sauter à la gorge de ce monstre qui osait parler de son fiancé de la sorte. Il sentait une rage sourde couler dans ses veines comme un poison le brûlant de l'intérieur. Il contracta nerveusement ses mâchoires et conserva le silence non sans fusiller le blond du regard.
— Tiens, tu as perdu ta langue?
— Alec ne viendra jamais avec toi, il ne se laissera pas faire. déclara l'indonésien.
— Oh tu crois ça?
Le sourire de Sébastien s'agrandit, tandis qu'une lueur sadique passait dans ses yeux. Il glissa sa main dans son dos et en ressortit une arme qu'il pointa nonchalamment sur Magnus et son filleul. L'indonésien retint un hoquet de terreur, sentant tout son être se contracter et resserra sa prise sur le bébé qui commençait à gémir, inquiet face à la présence de cet homme qu'il ne connaissait pas et à la peur de son parrain qu'il pouvait ressentir comme s'il s'agissait de la sienne.
— Et avec ça? Tu crois que je parviendrais à le convaincre?
— Tu es fou... souffla Magnus.
— Ah! Ah! Ah! Je suis pas sûr qu'il soit judicieux pour toi de m'insulter, mh? répliqua Sébastien en agitant légèrement le canon de son arme. Crois-moi, j'aimerais vraiment te tirer une balle dans la tête là, maintenant, mais sans Alec pour te voir rendre ton dernier souffle, ça ne serait pas drôle! Alors allons le retrouver, tu veux, j'ai une proposition à lui faire. acheva t'il en désignant la porte.
Magnus déglutit difficilement, il savait que Sébastien était capable de mettre sa menace à exécution, il se sentait impuissant face à la situation, pourtant il se devait de rester lucide pour protéger son filleul, car il ne faisait aucun doute que le blond se fichait bien de faire de l'enfant un dommage collatéral. Il appuya sa joue sur la petite tête brune du bébé et lui murmura doucement des paroles apaisantes, et avança lentement vers la porte sans lâcher Sébastien du regard. Une fois dehors, Magnus marqua un temps d'arrêt, il cherchait un moyen de se sortir de ce guêpier sans pour autant mettre Matthew en danger. Il fut interrompu dans sa réflexion par Sébastien qui lui enfonça le canon de son arme entre les omoplates.
— Si tu cherches un moyen de t'échapper, un bon conseil, oublies. Je n'hésiterais pas à vous abattre tout les deux si tu tentes quoi que ce soit. Maintenant avance. ordonna le blond.
L'indonésien réprima à grand peine un frisson qui menaçait de courir le long de son échine, et avança doucement en direction de la plage. Au loin, il voyait sa famille installée à table, riant, mangeant et profitant de cet instant de bonheur. Il repensa aux paroles de son amant la veille, et se fit la réflexion qu'une fois de plus alors que le bonheur s'invitait dans cette famille, le malheur n'était jamais loin, comme une ombre qui roderait attendant son heure pour faire le plus de dégâts possible. Il vit la silhouette d'Alec se redresser en l'apercevant, puis se tendre en voyant Sébastien derrière lui. A mesure que Magnus avançait, il voyait les visages de sa famille qui se tournaient vers lui, et la stupeur s'inviter sur leur traits. Isabelle et Simon se levèrent d'un même mouvement, terrifiés pour leur fils, mais ils furent bien vite rappelés à l'ordre par Sébastien qui pointa son arme sur eux avec un sourire mauvais.
— On s'assoit braves gens! Vous ne voudriez pas qu'il arrive malheur à ce joli bébé ou à ce cher Magnus n'est-ce pas?
Les jeunes mariés se rassirent, leurs mains liées, chacun cherchant de la force et un réconfort silencieux dans la poigne de l'autre.
— Monstre! Comment oses-tu menacer la vie d'un enfant?! s'écria Maryse, perdant la raison face à la situation et à sa peur pour les siens.
Cet homme avait bien failli lui enlever son garçon par le passé et maintenant il revenait et menaçait son petit fils, c'était bien au delà de ce qu'elle était capable d'endurer. Elle se leva et commença à avancer vers Sébastien et Magnus, le visage baignant de larmes de rage. Elle fut rapidement interrompue par Robert qui la retint par le bras en tentant de la raisonner. Alors que la brune se retournait vers son mari, tout se passa très vite, une détonation retentit faisant sursauter tout le monde, et Robert s'effondra au sol en criant de douleur.
— Robert! s'écria Maryse en se jetant à genoux à ses côtés.
L'homme se tenait la jambe en gémissant de douleur.
— Je vous déconseille de m'insulter à nouveau Maryse, sinon la prochaine balle sera pour votre petit fils. dit Sébastien d'une voix froide, puis retrouvant son sourire mauvais, il releva la tête vers les autres convives restés pétrifiés à table. Bien, maintenant que vous êtes au courant que je ne bluffe pas, j'aimerais avoir une discussion avec toi Alec.
Les yeux verts de Sébastien semblèrent transpercer le jeune homme qui soutint son regard. Ses peurs l'avaient assailli avec une force dévastatrice dès qu'il avait vu le blond arriver derrière Magnus. Par la suite il avait à peine eu conscience de ce qu'il se passait autours de lui tellement il était empêtré dans le tourbillon de ses sentiments. Les images de cette soirée avaient pris place devant ses yeux, l'aveuglant et l'enfermant dans un monde de peur et de tourments. C'est le coup de feu qui l'avait ramené à la réalité, son estomac s'était contracté de terreur, puis il avait vu son père s'effondrer au sol, mal en point, mais vivant. Il avait rapidement échangé un regard avec son amant qui tentait tant bien que mal de rassurer Matthew qui s'était mis à hurler de peur suite à la détonation. Alec put se rendre compte à quel point Magnus se sentait démuni face à la situation, et il aurait voulu pouvoir être là pour le rassurer. Malheureusement le fait que Sébastien n'ait pas hésité un instant à tirer sur Robert démontrait à quel point il était déterminé à arriver à ses fins, mais aussi que la folie avait complètement envahi son être. A cet instant, Alec se rendit compte que la peut qu'il éprouvait était pleinement adressée à sa famille, à Magnus et à son neveu qui étaient directement menacés par ce dégénéré. Il ne craignait plus ce que Sébastien pourrait lui faire pourvu que les siens soient saufs. Il fallait qu'il trouve une solution pour l'éloigner d'eux au plus vite avant qu'un nouveau drame ne survienne. Alors quand le blond s'adressa à lui, c'est un regard déterminé qu'il leva vers lui.
— Qu'est ce que tu veux Sébastien? demanda le jeune homme d'une voix neutre.
Un sourire cruel étira les lèvres du blond, et il plissa les yeux.
— Toi.
Le rythme cardiaque d'Alec accéléra sensiblement et son souffle se raréfia dans ses poumons. Son regard dériva vers Magnus qui l'observait attendant sa réponse. Le jeune homme ferma brièvement les yeux, priant silencieusement son amant de le pardonner, puis il reporta son attention sur Sébastien.
— D'accord.
— Quoi? Non! Alexander ne fais pas ça! s'écria Magnus.
Sébastien le rappela à l'ordre en appuyant le canon de son arme entre ses omoplates.
— Ferme-la, sinon je te jure que...
— Sébastien! coupa Alec en se levant, les mains tendues devant lui en un geste se voulant apaisant. Je t'en prie, ne leur fais pas de mal, je viendrais avec toi, je ferais ce que tu voudras, mais laisse les partir, s'il te plaît...
Les mots d'Alec lacérèrent le cœur de Magnus comme des lames chauffées à blanc. Il ne pouvait pas croire que son amant, son fiancé accepte de partir avec Sébastien, l'homme qui l'avait violé et laissé pour mort dans cette ruelle, en tout pas pas de son plein gré. Et pourtant c'était ce qui était en train de se passer juste devant lui. Il le vit avancer lentement vers eux, le regard posé sur son bourreau, puis Sébastien le poussa vers la table, lui signifiant qu'il était libre de partir. Alors comme dans un rêve, il avança à son tour vers Alec, cherchant désespérément à croiser son regard. Arrivé à sa hauteur, il s'arrêta.
— Alexander... murmura t'il d'une voix emplie de douleur.
Le jeune homme s'arrêta à son tour et le regarda enfin dans les yeux.
— Je t'en prie, ne fais pas ça...
— Il le faut Magnus, il n'y a que comme ça que vous serez en sécurité. répondit Alec dans un souffle audible uniquement par Magnus. Prends soin d'eux, s'il te plaît.
Une larme roula sur la joue de l'indonésien qui hocha doucement la tête, incapable de prononcer le moindre mot.
— Je t'aime Magnus...
Alec avait murmuré ces derniers mots avant de se remettre en marche vers Sébastien, brisant le cœur de Magnus et le sien en un millier de morceaux. Une fois à la hauteur du blond, ce dernier pointa son arme sur Alec avec un sourire victorieux.
— Tu vois Alec, je gagne toujours. Allez tirons nous d'ici, j'ai hâte de fourrer ma bite dans ton cul divin.
La mâchoire du jeune homme se contracta, mais il ne dit rien, puis sans un regard en arrière pour sa famille, il prit le chemin que Sébastien et Magnus avaient emprunté pour venir et quitta la plage, le blond sur ses talons qui maintenait le canon de son arme collé contre son dos.
Quand Magnus avait rejoint les Lightwood, Isabelle et Simon s'étaient précipités sur lui pour serrer leur fils dans leur bras. Il leur avait remis l'enfant et avait rejoint Maryse et Clary agenouillées aux côtés de Robert qui gémissait de douleur tandis que Jace tâchait de faire un garrot à sa jambe avant qu'il ne perde trop de sang.
— Il faut appeler les secours, vous devant aller à l'hôpital au plus vite Robert. dit l'indonésien d'une voix désincarnée.
— Je m'en charge. intervint Clary en se levant pour aller récupérer son téléphone.
— Appelles aussi les flics, il faut arrêter ce malade avant qu'il ne fasse du mal à Alec! fit Jace en levant le regard vers sa compagne.
— Le temps qu'ils arrivent, Sébastien et Alexander seront déjà loin... Il... Il est parti... De son plein gré... Je... On l'a perdu... souffla Magnus anéanti tout en réalisant peu à peu qu'il venait à nouveau de perdre l'amour de sa vie.
Face à la détresse de l'indonésien, Maryse se leva et vint l'étreindre avec force.
— Ne perds pas espoir mon chéri, on le retrouvera. murmura t'elle.
— Maman a raison Honey, on ne doit pas se laisser abattre, il faut qu'on le retrouve avant que cet enfoiré lui fasse quoi que ce soit! intervint Isabelle qui s'était rapprochée, Simon à ses côtés.
Magnus s'écarta de Maryse et la remercia en essuyant les quelques larmes qui avaient coulé sur ses joues.
— Vous avez raison, Alexander a fait ça pour que nous ayons tous la vie sauve. A nous maintenant de le sauver des griffes de ce malade.
— Les secours arrivent! intervint Clary.
— Les flics? demanda Jace.
— Je les ai prévenus aussi, mais ils ne seront là que d'ici une demi-heure... répondit la rousse en baissant le regard.
— On ne peut pas attendre qu'ils arrivent, dieu sait ce qui peut arriver pendant ce temps...
— Magnus a raison, il faut les retrouver, il n'y a pas une minute à perdre! s'exclama Jace. Clary, remplaces-moi, Simon, Magnus, on y va tous les trois.
La jeune femme s'agenouilla près de Robert et prit la place de son compagnon, tandis que Simon se tournait vers Isabelle pour l'embrasser.
— Soyez prudents.
Les trois hommes hochèrent la tête et prirent rapidement le chemin qu'avaient emprunté Sébastien et Alec pour quitter la plage. Alors qu'ils rejoignaient l'espace où était installé le cirque, ils marquèrent un temps d'arrêt, regardant autours d'eux à la recherche d'un indice qui pourrait leur indiquer par où étaient partis les deux hommes. Soudain, une détonation venant du secteur des caravanes retentit, brisant le silence de la nuit. Le cœur de Magnus parut s'arrêter de battre l'espace d'un instant, et il eut l'impression que ses entrailles se liquéfiaient tandis que la peur s'insinuait dans ses veines comme du poison.
