Son cœur tambourinait dans sa poitrine comme s'il voulait s'en échapper, son souffle lui brûlait les poumons à chaque inspiration et chacun de ses muscles le faisait souffrir à force d'être contracté. Alec mobilisait chaque cellule de son corps afin de ne pas céder à sa peur et cherchait un moyen de se sortir de cette situation périlleuse. Il était hors de question qu'il laisse à nouveau Sébastien abuser de lui sans se battre. Voir son compagnon et son neveu menacés par Sébastien, et le voir tirer sans la moindre hésitation sur son père lui avait fait réaliser qu'il se devait de les protéger quitte à se mettre lui même dans une position délicate. Rien ne comptait plus au monde pour lui que sa famille, ils avaient suffisamment souffert à cause de Sébastien, il avait le devoir de l'éloigner d'eux.
Arrivant au niveau du cirque après avoir quitté la plage, Sébastien indiqua au brun la route un peu plus loin.
— Ma voiture est de ce côté.
— Où est-ce qu'on va?
— Dans un hôtel à Orlando où j'ai une chambre. On va y passer la nuit, et dès demain on prendra un avion pour quitter le pays.
Le sang d'Alec se glaça, visiblement Sébastien avait parfaitement prémédité son coup afin qu'ils disparaissent sans laisser une seule chance aux autorités de leur mettre la main dessus. Il fallait donc qu'il retarde au maximum le moment de monter dans cette voiture. A l'heure qu'il est, sa famille avait probablement déjà contacté les secours ainsi que la police, il devait trouver un moyen de faire trainer les choses.
— Hum, okay, euh... dans ce cas j'aimerais passer chez moi récupérer quelques affaires. tenta Alec.
— Hors de question, on t'achètera des fringues plus tard. rétorqua Sébastien.
— D'après ce que tu m'as dit, on doit prendre l'avion demain matin, je pense pas qu'on aura le temps, je ne vais pas voyager dans ce costume. dit le jeune homme en désignant sa tenue. Je risque d'attirer l'attention.
Le blond sembla réfléchir à la question, se demandant probablement si le jeu en valait la chandelle.
— Allez, s'il te plaît, je ferais vite, promis... Et puis... Pour te remercier je ferais ce que tu voudras au lit cette nuit. acheva le brun d'une voix faussement charmeuse.
— Mh... Bien allons-y, mais pas plus de 5 minutes. avertit Sébastien.
Alec hocha la tête et partit en direction de sa caravane, son esprit tournant en continu à la recherche d'un moyen de perdre le plus de temps possible.
— Si tu savais à quel point j'ai hâte de m'occuper de ton petit cul comme il se doit, je ne rêve que de ça depuis des mois. s'exclama Sébastien.
Alec déglutit difficilement, tandis que tout son être se tendait suite aux paroles du blond, mais il garda le silence, se concentrant uniquement sur les caravanes qu'il voyait non loin devant lui. Alors qu'ils arrivaient devant le logement que le jeune homme partageait avec son fiancé, un grognement se fit entendre. Oryon qui avait vu son maitre approcher accompagné d'un homme à l'attitude ouvertement hostile avait mis tout ses sens en éveil. Il ne quittait pas le blond des yeux, lui faisant clairement comprendre qu'il n'hésiterait pas à lui sauter à la gorge.
— Maitrise ton clebs Alec si tu veux pas que j'en fasse une descente de lit. menaça Sébastien en appuyant davantage son arme dans le dos du brun.
— Calme Oryon. dit Alec d'une voix apaisante.
Le chien observa le jeune homme un instant puis se recoucha, museau contre le sol, non sans garder le blond à l'œil. Alec saisit la poignée de la caravane et se tourna vers Sébastien.
— Attends-moi ici, j'en ai pas pour longtemps.
— C'est ça oui, pour que ton chien me saute à la gorge dès que tu auras le dos tourné ou bien que tu reviennes avec une arme? Tu me prends vraiment pour un débile. Allez avance! répondit le blond en poussant Alec.
Le brun retint un juron, il avait effectivement espéré avoir suffisamment amadoué Sébastien pour pouvoir rester seul quelques instants chez lui, mais visiblement, il restait extrêmement méfiant, ce qui n'allait pas lui faciliter la tâche. Il entra dans le logement et se dirigea vers la chambre. Alors qu'il s'apprêtait à ouvrir le placard contenant ses vêtements, il entendit un feulement le faisant se retourner vivement. Il eut juste le temps de voir le "président miaou", perché sur le frigo, hérisser son poil avant de sauter au visage de Sébastien toutes griffes dehors. Ce dernier poussa un cri de surprise et laissa tomber son arme afin de se protéger du félin qui s'appliquait à lacérer son visage. Alec réagit rapidement et se jeta sur le revolver en même temps que Sébastien parvenait à se débarrasser du chat en le jetant au sol. Le blond voyant le jeune homme ramasser son arme ne lui laissa pas le temps de le pointer sur lui et se jeta sur lui, les faisant tomber à la renverse. Une lutte s'engagea entre les deux hommes, chacun tentant de rediriger le canon de l'arme vers son adversaire, puis dans un mouvement incontrôlé, Sébastien pressa les doigts du brun contre la gâchette, actionnant son mécanisme, et le coup partit...
La peur courait sur la peau de Magnus y laissant un sillon glacé tandis qu'il courait vers l'origine de la détonation. Son cœur battait tellement vite et fort que ça en était douloureux, et son estomac menaçait à tout moment de rendre son contenu. Il ne savait pas ce qu'il allait retrouver, mais il se surprit à prier pour que son compagnon soit sauf. Il pria de toute son âme pour qu'il aille bien, car il savait qu'il ne pourrait survivre dans un monde privé de la lumière d'Alexander.
Lorsqu'il parvint à hauteur des baraquements, Jace et Simon sur ses talons, des aboiements l'alertèrent. Il se tourna vers son logement et vit Oryon qui grattait à la porte de la caravane en aboyant et gémissant, cherchant désespérément à y entrer. Une main de fer se referma sur le cœur de l'indonésien qui se rua sur la porte et l'ouvrit à la volée. A l'intérieur, une paire de jambes attira immédiatement son regard, il fut soulagé de constater qu'elles appartenaient à Sébastien et que ce dernier reposant face contre terre semblait inconscient. Relevant la tête, l'indonésien chercha son compagnon et le trouva assis au sol, le dos appuyé contre un mur, les mains et son costume couverts de sang, le revolver gisant au sol devant lui.
— Mon dieu Alexander! Tu es blessé? Que s'est-il passé? s'exclama Magnus en se précipitant pour rejoindre son fiancé.
Le jeune homme leva vers lui un regard perdu.
— Magnus... souffla t'il, semblant à peine le reconnaitre.
L'indonésien frissonna d'effroi face à ce regard vide qu'il ne connaissait pas à son amant. Il prit délicatement le visage du jeune homme en coupe afin que leurs yeux se rencontrent et lui dit:
— Oui mon ange, c'est moi, je suis là, tout va bien. Mais j'ai besoin de savoir... Ce sang, est-ce que c'est le tien? Est-ce que tu es blessé?
Constatant le regard inquiet que son compagnon posait sur lui, Alec baissa les yeux vers ses mains couvertes de sang, puis jeta un coup d'œil furtif vers le corps de Sébastien avant de reporter son attention vers Magnus.
— Je... Non... Il s'est jeté sur moi... Ses doigts... Je ne voulais pas... Le coup est parti... Et... Et il s'est effondré... Je... Magnus... Je crois qu'il est mort... bégaya Alec.
Simon et Jace qui étaient également rentrés dans la caravane retournèrent Sébastien et constatèrent immédiatement la trace de balle au niveau de son cœur. Le sol était baigné de sang, et son teint était livide. Simon plaça ses doigts dans sa gorge à la recherche d'un pouls qu'il ne trouva pas. Le brun ferma les yeux un instant, puis se releva et se tourna vers Magnus et Alec.
— Il est mort. dit-il d'une voix neutre faisant se retourner les deux hommes.
— Par l'ange... murmura Alec.
— Viens, sortons d'ici. dit Magnus d'une voix douce en aidant son amant à se relever.
Les quatre hommes sortirent de la caravane au moment où la police et les secours arrivaient. Robert était remonté de la plage avec l'aide de sa femme et de sa fille et était en train d'être pris en charge par les ambulanciers. Clary se trouvait auprès des policiers et commençait à expliquer ce qu'il s'était passé lorsque Jace, Simon, Alec et Magnus arrivèrent. Isabelle courut vers eux et étouffa une exclamation en voyant le sang sur son frère.
— Par l'ange, Alec, est-ce que tout va bien? s'écria t'elle.
— Je vais bien Izzy, ce n'est pas mon sang...
— Mais enfin qu'est-ce qu'il s'est passé? Où est Sébastien? demanda la brune.
— Il est mort. répondit Magnus, puis se tournant vers son compagnon: On devrait peut être aller voir les policiers, ils voudront avoir ta déposition, autant en finir rapidement avec ça.
Le jeune homme hocha doucement la tête et suivit l'indonésien. Ils furent pris en charge par un jeune officier de police typé latino du nom de Raphaël. Magnus commença à expliquer ce qu'il s'était passé quand Sébastien l'avait pris en otage avec son filleul, puis il raconta les évènements de la plage avant de laisser la parole à son fiancé. Ce dernier expliqua en détail ce qui avait suivi, quand Sébastien et lui avaient été seuls, depuis l'instant où ils avaient quitté la plage jusqu'au coup de feu accidentel qui avait coûté la vie à son bourreau. Magnus qui découvrait cette histoire fut à la fois impressionné par le sang froid dont avait fait preuve Alec face à la situation, et terrifié en imaginant les issues dramatiques qui auraient pu prendre vie si la chance n'avait pas sourit au brun.
— Bien, merci pour vos dépositions messieurs. Je dois vous avouer que je ne suis pas mécontent que cet enfoiré ait eu ce qu'il méritait.
Alec et Magnus dévisagèrent l'officier, surpris qu'il prenne parti de façon aussi claire, ce qui était plutôt déplacé venant d'un membre des forces de l'ordre.
— Pardonnez ma franchise. Je connais votre histoire, c'est l'une des premières affaires dont j'ai pris connaissance quand j'ai intégré le commissariat. Ce que cet homme vous a fait me révolte, et je suis heureux que vous puissiez enfin laisser cette histoire derrière vous une bonne fois pour toute. expliqua Raphaël d'une voix vibrante de sincérité avant d'ajouter: Oh! Et ne vous inquiétez pas d'une quelconque inculpation, ce qui c'est passé ce soir relève entièrement d'un cas de légitime défense.
— Merci... répondit Alec.
Les prises de déposition prirent une bonne partie de la soirée et de la nuit, les ambulanciers avaient rapidement pris Robert en charge, l'emmenant à l'hôpital le plus proche, accompagné de Maryse. L'équipe de légistes était intervenue dans le logement d'Alec et Magnus afin d'enlever le corps de Sébastien et y nettoyer les traces de sang. Jace était allé récupérer des vêtements pour Alec et Magnus chez eux, les deux hommes ne se sentant pas de retourner sans la caravane, et il leur avait laissé l'accès à sa propre salle de bain afin que le brun puisse se nettoyer. Toute la troupe s'était réunie dans le petit salon de l'espace commun, le temps de les diverses interventions et interrogatoires aient lieu. Chacun était resté plutôt silencieux, ne désirant pas ressasser ce qu'il s'était passé au cours de cette soirée.
Quand enfin les derniers officiers de police vinrent leur annoncer leur départ, la nuit était sur le point de s'achever et la fatigue se lisait sur les visages des acrobates. Isabelle et Simon furent les premiers à rentrer chez eux en quête de quelques heures de sommeil. La brune avait serré son jumeau et Magnus contre elle se toutes ses forces, puis les avait quittés après les avoir embrassé sur la joue. Jace et Clary prirent le même chemin quelques instants plus tard. Avant de quitter la tente, le blond se retourna vers Alec.
— Ça va aller vous deux? Si vous voulez on peut vous déplier la banquette chez nous.
— Non merci Jace, c'est gentil. Je ne crois pas que je parviendrais à dormir de toute façon. répondit Alec avec un faible sourire.
Le blond hocha la tête, puis après leur avoir fait un signe de main, il sortit rejoindre sa compagne qui l'attendait au dehors. Magnus se tourna vers son fiancé et vint l'enlacer avec une infinie douceur. Alec accepta l'étreinte avec reconnaissance, nichant son nez dans le cou de l'indonésien, y inspirant profondément son parfum de bois de santal qui avait ce pouvoir apaisant sur lui. Ils restèrent ainsi immobiles quelques instants, chacun profitant seulement de la présence réconfortante de l'autre, puis Alec s'écarta doucement de son compagnon et appuya son front contre le sien, plongeant son regard dans les yeux ambrés de Magnus.
— Tu viendrais te promener avec moi sur la plage? Le soleil va bientôt se lever. murmura le jeune homme.
— J'irais où tu voudras mon ange. répondit l'indonésien en déposant un léger baiser sur ses lèvres.
Les deux hommes quittèrent la tente après y avoir pris deux grandes couvertures et partirent vers la plage où, en effet l'aurore commençait à poindre à l'horizon. Alec étendit l'une des couvertures sur le sable, et s'y allongea avant d'ouvrir ses bras à son amant qui vint s'y lover. Le jeune homme déploya la seconde couverture sur eux et serra Magnus contre lui en soupirant d'aise. Après tout ce qu'il s'était passé lors de cette soirée, tout deux appréciaient pouvoir enfin se retrouver seuls. Magnus enfouit son visage contre l'épaule de son compagnon en frissonnant. Il ne cessait de ressasser les évènements de la soirée et rien que de penser à ce qui aurait pu se passer, sa respiration devenait difficile et la peur l'envahissait.
—Tout va bien mon amour? questionna Alec sentant trembler le corps de son amant contre lui.
L'indonésien hocha doucement la tête contre l'épaule du jeune homme, mais garda le silence. Le brun glissa délicatement sur le côté afin de faire face à son compagnon et son cœur se serra en constatant les yeux brillants de larmes de ce dernier.
— Hey mon amour, pourquoi tu pleures? murmura t'il en caressant tendrement son visage.
— Je... J'ai eu si peur... sanglota Magnus en enfouissant son visage dans ses mains.
Alec saisit les poignets de l'indonésien écartant doucement ses mains afin de croiser son regard.
— Magnus, mon amour regardes moi, c'est fini, il est mort, il ne pourra plus jamais nous faire de mal.
Il caressa tendrement le visage de son amant, qui parvint peu à peu à retrouver le calme. Après quelques minutes de silence, Magnus laissa échapper un petit gloussement, faisant lever un sourcil au brun.
— Regardes toi, tu te retrouves à me réconforter alors que c'est toi qui a bien failli mourir ce soir.
Alec sourit en coin à la remarque de son fiancé et haussa les épaules.
— Je suis plutôt soulagé en fait... C'est bizarre je sais, mais maintenant que je réalise ce qu'il s'est passé, je me rends compte de tout ce que je m'empêchais de vivre à cause de lui... Je... Je veux plus remettre quoi que ce soit au lendemain parce que j'ai peur de ce qui pourrait mal se passer. J'ai droit au bonheur... On a droit au bonheur... Et je ne veux plus attendre de t'épouser parce que je t'aime comme un dingue Magnus! Je veux porter ton nom, et que tu portes le mien, je veux unir ma vie à la tienne, je veux fonder une famille avec toi...
Alec avait parlé d'une voix vibrante de passion et de sincérité qui avait fait frémir Magnus, mais sa dernière phrase fit bondit son cœur de joie, et il ne put faire autrement que de se jeter sur lui pour l'embrasser à en perdre la raison. Le brun le réceptionna en roulant sur le dos et lui rendit son baiser avec passion, les bras enroulés autours de lui, le pressant contre son corps.
Le soleil se levait paresseusement, nimbant de sa lumière les deux hommes enlacés sur le sable. Un nouveau jour se levait, laissant derrière lui la peur et l'angoisse de la nuit afin de laisser place au bonheur et à l'espoir. L'espoir en un avenir lumineux et plein de joie.
