Hello les lecteurs!
Je suis contente de voir que le dernier chapitre vous a plu, j'espère qu'il en sera de même pour celui-ci.
Merci à Manifestement-Malfoy, Electraestar, Shinaki83 et The story of a rabbit pour vos commentaires.
Sans plus attendre, voici le chapitre 04.
Notes:
J'ai écrits la dernière scène en écoutant "We Keep In Touch,Okay?" de Ralf Wengenmayr.
Certains d'entre vous reconnaîtrons le style du sergent Hartman dans les dialogues de Shadis, c'est normal, je suis une fan de full metal Jacket ^^.
Marlène et Darius sont des membres du bataillon d'exploration dans le manga, même s'ils n'apparaissent pas dans l'animé.
Coot, Kowalski, Natalia et Jin sont des personnages de ma création.
THE DESCENDANT
Chapitre 04: I'll make a soldier out of you
Son baluchon sur l'épaule, Jo marchait en direction du terrain d'entrainement comme un condamné à mort vers la potence.
Le pas lourd et le regard furieux, elle se remémorait la discussion qu'elle avait eu le matin même avec Erwin, dans son bureau :
« A partir de maintenant, tu es le cadet Joséphine Donovan ».
Jo releva la tête, le regard flamboyant :
« J'ai vécu seize ans sans nom de famille et je m'en suis pas trop mal tiré, Joséphine suffira», répondit-elle en croisant les bras, elle détestait quand quelqu'un sous-entendait qu'elle avait un quelconque lien de parenté avec Elise.
Erwin ne releva pas et décida de poursuivre son exposé.
« Tu es enfant unique et tes deux parents sont morts durant l'attaque de Shiganshina, tu n'as plus de famille ».
Ce n'est pas un scoop, pensa-t-elle d'un air sombre.
« Afin de ne pas éveiller les soupçons, tu seras logée à la même enseigne que les autres : dortoirs et douches communes, entraînements physiques et cours théoriques. A la fin de la formation tu… ».
« Attendez, attendez », l'interrompit la blonde. « Comment ça des cours théoriques ? J'hallucine ! Pourquoi pas des examens et des devoirs de maison, pendant que vous y êtes ? ».
« J'allais y venir, à la fin de la formation, toutes les recrues passeront des tests pour déterminer si oui ou non elles sont aptes à intégrer le bataillon d'exploration ».
« Ça pourrait pas être pire, je crois », murmura-t-elle en enfouissant son visage dans une main.
Jo avait toujours détestait l'école. Malgré les efforts d'Emilie pour qu'elle s'intéresse à ses études, les seuls moments où elle s'appliquait en classe étaient pour faire le pitre de service.
« Pour finir, tu seras sous la responsabilité du capitaine Levi. Tu devras donc te conformer à ses ordres et te référer à lui en cas de problèmes ».
Un rictus s'échappa des lèvres de Jo :
« Quand j'ai dit que ça pouvait pas être pire, c'était pas de la provocation, vous savez ».
Erwin eut un petit sourire.
« Tant que tu garderas le secret, tout se passera bien. Tu peux disposer ».
Et c'est ainsi que Jo s'élança vers sa première journée au camp d'entrainement des nouvelles recrues civiles.
Plusieurs personnes la dévisageaient en murmurant sur son passage.
Jo n'y prêta pas attention, ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait. Que ce soit à cause de ses longues boucles sauvages, de son teint halé, ou de son comportement en général, elle passait difficilement inaperçue.
Toutefois, quelque chose lui disait que cette soudaine attention sur sa personne n'avait rien à voir avec sa dégaine.
Hier, on lui avait remis sa cantine militaire qui contenait tout ce dont elle aurait besoin pour suivre sa formation : équipement de tridimensionnalité, bouteilles de gaz, lames et uniforme standard de l'armée, sauf qu'à la place de la paire d'ailes bleu et blanc, il y avait une croix blanche dans un carré rouge, signe qu'elle faisait partie des recrues destinées à devenir infirmiers de front.
« Le styliste de l'armée s'est surpassé, c'est juste la veste la plus affreuse que j'ai vu de ma vie », grommela-t-elle devant son reflet.
Pour se donner un semblant de style, elle retroussa les manches jusqu'aux coudes, et noua sa chemise blanche au-dessus de son nombril. Enfin, elle passa une main dans ses cheveux pour redonner de la forme à ses boucles. Satisfaite du résultat, elle empoigna son sac-à-dos et prit le chemin du terrain d'entrainement.
Une cinquantaine de personnes étaient rassemblés à l'endroit où on lui avait demandé de se rendre.
Jo jeta son sac à terre et s'assit sur un banc un peu à l'écart. Elle sortit une pomme rouge de son sac, le seul truc mangeable qu'il servait dans le réfectoire, et croqua bruyamment dedans.
La blonde était étonnée, il y avait toutes sortes de personnes parmi les volontaires. Des très jeunes, et d'autres beaucoup moins, certains ayant un physique athlétique, et d'autres n'ayant rien de l'allure que devrait avoir un soldat.
Peu importe, se dit-elle en détournant la tête.
Peu importe qui ils sont où ce qui les as amené ici, c'était comme si ces cons suicidaires étaient déjà morts. Parce que oui, il fallait être con, suicidaire, ou les deux pour se mettre dans une situation où ils auraient à faire face aux titans.
« FORMEZ DEUX RANGS, EXÉCUTION ! »
Rapidement, les cadets s'organisèrent en deux lignes distinctes, les mains le long du corps, la tête bien droite.
Jo se plaça entre une fille rousse dotée de la plus grosse poitrine qu'elle ait jamais vue, et un mec aux cheveux noirs, aux traits asiatiques et au physique d'athlète qu'elle aurait pu confondre avec une statue de pierre. Elle croyait l'observer discrètement, mais soudain, il tourna son regard onyx vers elle et la fixa d'un œil peu avenant sans cligner des yeux. Mal à l'aise, Jo finit par détourner le regard, c'était quoi son problème, à celui-là ?
Le silence se fit sur le terrain d'entrainement, uniquement troublé par le bruit des bottes de l'instructeur qui marchait le long des deux lignes en détaillant les recrues de la tête aux pieds.
La blonde passa sur lui un œil blasé : grand, chauve et insomniaque à en juger par les larges cernes qui cerclaient ses yeux mordorés.
« Je suis le sergent-instructeur Keith Shadis, et durant les vingt-quatre semaines que durera cette formation, vous allez apprendre à me haïr. Autant vous le dire tout de suite, vous allez en chier ! Je vais m'échiner à faire de votre vie un cauchemar qui hantera vos nuits pour le reste vos misérables vies. Mais c'est de bonne guerre, si vous ressortez de chez moi vivants, les punaises, vous allez devenir des armes sur pattes, des prédateurs, des bouffeurs de géants, mais en attendant vous êtes du vomi, de la régurgitation de titan, le dernier échelon de la chaîne alimentaire, même le mec qui racle le crottin de cheval dans les écuries vaut mieux que vous, paquets de merde végétative, est-ce que c'est clair ? »
« Oui, sergent ! »
« Il ne manquerait plus qu'il baisse son pantalon et nous en mette plein la vue avec son bazar » murmura Jo, ce qui fit glousser la rousse à côté d'elle.
« C'est quoi, ton nom ? » cria-t-il en se postant devant un jeune garçon à lunettes et aux cheveux bruns frisés.
« Arnold Coot, Monsieur, j'ai quinze ans et je viens de Raga… »
« Rien à foutre ! Dis-moi plutôt ce qu'un freluquet dans ton genre viens faire au bataillon d'exploration ?».
« Je veux rendre service à l'humanité Monsieur, en aidant le bataillon à combattre les titans », répondit fièrement Arnold en bombant le torse.
« Lève les yeux cadet et dis-moi ce que tu lis ici », ordonna Shadis en pointant la plaque sur son torse qui indiquait son grade de sergent-chef. Coot plissa les yeux pour examiner la plaque mais aucun son ne sortit de sa bouche. Shadis grogna de frustration :
« J'espère pour toi que tu cours plus vite que tu ne lis, double-foyer, sinon le seul service que tu rendras à l'humanité ce sera de ralentir un titan quand il t'écrabouillera sur son passage », asséna Shadis avant de le dépasser sans lui accorder un autre regard.
« Je vais vous faire regrette d'avoir quitté votre petite vie douillette pour venir jouer les héros », poursuivit-il. « D'ici la fin de cette formation, cinquante pour cent d'entre vous auront abandonné, vingt seront écartés pour cause de blessures ou d'incapacité physique, sans oublier les morts… »
« Des…des morts ? Ils plaisantent, hun ? » Murmura nerveusement un garçon de très grande taille et aux larges oreilles.
« Pourquoi cadet ? Tu trouves que j'ai la gueule d'un comique, est-ce que tu crois que j'ai déplacé mon cul jusqu'ici pour te faire marrer ?! », hurla l'instructeur en collant pratiquement son nez contre celui du garçon.
« Non, non, bien sûr que non Monsieur, je suis désolé Monsieur… », Répondit-il précipitamment, pal comme un linge.
« Redresse-moi cette colonne vertébrale et donne-moi ton nom ! ».
« Oui Monsieur, je suis Charles Kowalski ».
« Maintenant écoute bien, Kowalski : imaginons que ton unité soit engagée dans un combat contre des titans, l'un de tes compagnons vient de se faire bouffer les deux jambes et pisse son dernier litre de sang à tes pieds, un autre a les boyaux qui lui sortent de l'abdomen et le dernier s'est fait broyer les os du bras et cri de douleur comme un damné. En tant que futur infirmier de terrain, quelles sortes de soins préconises-tu pour ces différents cas ? », Demanda Shadis, sauf qu'avant la fin de son exposé, le dénommé Kowalski s'était mis à tourner de l'œil et gisait inconscient sur le terrain d'entrainement.
Shadis continua sa revue sans lui accorder le moindre regard. Bientôt, il arriva face à la rousse à coté de Jo :
« Et toi comment tu… »
Soudain, la jeune fille prit la main du Sergent instructeur entre les siennes et se mit à la secouer de haut en bas :
« Enchantée de vous rencontrer, je suis Natalia Muller, je viens de Trost, j'ai dix-huit ans et mes mensurations sont un mètre soixante-quinze pour… ».
« Ça suffit comme ça Muller, ces informations sont…sans importance », balbutia Shadis en arrachant sa main avant de se racler la gorge d'un air gêné.
« Ça ne va pas monsieur ? Vous êtes tout rouge », dit Natalia d'un air inquiet en scrutant le visage cramoisi de son instructeur. A côté d'elle, Jo avait du mal à ne pas éclater de rire.
« Silence cadet ! Ici c'est moi qui pose les questions» aboya-t-il pour se redonner contenance. « D'ailleurs c'est simple, à partir de maintenant, les seuls mots qui sortiront de vos gueules puantes seront « oui sergent » et « à vos ordres », c'est clair ? ».
« Oui sergent ! » répondirent-ils tous en chœur.
« Si je parle de « singes empaillés », « d'invertébrés » ou toute autre impotence physique et intellectuelle, qu'est-ce que vous répondez ? » demanda-t-il en s'arrêtant juste devant Jo.
« Que vous ne devriez pas être aussi dur envers vous-même », répondit-elle avec un sourire en plantant son regard dans le sien. Quelques rires fusèrent dans les rangs, faisant froncés les sourcils en dessous du front brillant de Shadis. Il se rapprocha d'elle mais Jo fit un pas en arrière en levant un index en l'air.
« Si j'étais vous je ne ferais pas ça, ce serait moche de se retrouver avec une plainte pour harcèlement sexuel dès son premier jour, vous ne croyez pas ? ».
Shadis l'observa un instant, les mains joints derrière le dos, curieux devant cette fille qui semblait étrangement confiante.
« Tu es Joséphine Donovan, n'est-ce pas ? ».
Joséphine perdit son sourire, quelques cadets se mirent à murmurer entre eux, comment Shadis connaissait-il son nom ?
L'enfoiré, pensa-t-elle en serrant les dents.
« Un pas en avant, cadet Donovan », dit-il d'une voix étrangement calme. « Fais face à tes camarades et met en évidence ce que tu tiens dans la main ».
Ce qu'elle tenait dans la main ? Oh…merde.
« Ce qui fait la force principale d'une armée, c'est la discipline. A chaque instant, il importe que tout supérieur obtienne de ses subordonnés une soumission entière et un respect total de l'ordre et du règlement, règlement intérieur de l'armée, article sept, paragraphe dix-neuf », récita-t-il en faisant des allées et venues devant eux.
« Même si à la fin de cette formation, vous serez tout juste assez bons pour porter le matériel, récurer les chiottes et soigner les bobos, je tiens à vous prévenir, il gèlera en enfer le jour où j'accepterai que des rigolos, des touristes ou des incapables osent prétendre faire partie de notre institution. Ceux qui pensent que leur statut particulier les mettra à l'abri se fourrent le doigt dans l'œil, il n'y aura pas de jaloux, vous allez tous souffrir à en hurler à la mort », souligna-t-il en fixant Jo qui regardait droit devant elle, sa pomme rouge toujours bien en évidence dans la paume de sa main.
« Alors qu'est-ce qu'on fait quand un cadet déshonore ses camarades, son unité, le bataillon d'exploration et l'armée toute entière en mangeant une pomme pendant la revue militaire ? On le remet dans le droit chemin, et c'est vous tous qui allait le faire ! » Hurla-t-il en fonçant droit sur Jo, la faisant sursauter. Il lui arracha la pomme des mains et lui cria d'ouvrir la bouche avant de lui enfoncer le fruit entre les dents.
« Eux ils payent la pomme et toi tu la manges, et autant vous dire que vous allez me la payer cher, cette pomme : au pas de course, EXÉCUTION ! ».
Les cadets se mirent à courir en rond autour du terrain d'entrainement, tandis que Jo dégustait tranquillement sa pomme au centre de la ronde, l'air blasé. Si le but était de lui coller la honte devant les autres, il ne savait vraiment pas à qui il avait à faire.
Mais une heure après le début de l'exercice, quand les cadets commencèrent à présenter des signes d'essoufflement et de douleurs musculaires, et qu'ils lançaient des regards haineux promettant mille souffrances à Jo, elle commença à comprendre que c'était elle, qui ne savait pas à qui elle avait à faire.
« Ça fait mal ? C'est bien ! Quand vous vous serez misérablement écroulés de fatigue, noyés dans votre propre sueur, n'oubliez pas le nom de celle qui est responsable de cette douleur », dit-il en pointant son index vers Jo.
« LE CADET DONOVAN, Sergent ! » crièrent-ils tous en même temps.
« Pardon ?! » s'offusqua la blonde. « Je n'ai rien fait de mal et vous le savez très bien ».
« Une réclamation à faire, cadet ? » demanda Shadis en s'arrêtant à coté de Jo.
Elle s'apprêtait à répondre, mais les regards menaçants que lui lançaient les autres la dissuadèrent de tous commentaire.
« Non aucune ».
« Aucune qui ? ».
« …aucune, Sergent ».
« Si j'étais toi je profiterais du spectacle Donovan, la suite risque d'être beaucoup moins drôle pour toi…ALLEZ ON S'ACTIVE, PLUS VITE !».
Jo accusa le coup, elle avait sous-estimé Keith Shadis et il venait de lui donner sa première leçon.
Plus tard, elle entendit dans les vestiaires deux filles parler de lui :
« Il parait que c'était un brillant lieutenant du bataillon pendant des années, mais qu'il a pété les plombs après être devenu Major. Il y a quelques mois, il s'est rasé le crâne avant de tout plaqué pour devenir instructeur à l'académie».
« Bizarre, je me demande pourquoi ».
« Peut-être qu'il ne supportait pas la pression de ses nouvelles responsabilités ».
La pression ? se demanda Jo en refermant son casier avant de s'éloigner.
La discipline militaire, le règlement, les entraînements, tout ça n'était pas fait pour elle, si ça continuait, elle n'était pas sûre de pouvoir tenir le coup.
En attendant, si ce Shadis voulait la guerre, il allait l'avoir, elle n'avait pas dit son dernier mot.
Mais les événements du lendemain la forcèrent une fois encore à réévaluer ses priorités, car il n'y avait pas que Shadis qui risquait de transformait sa vie en enfer.
Ce matin, le capitaine Levi affichait son éternel air grognon et blasé lorsqu'il rejoignit le terrain d'entrainement d'un pas déterminé :
« Si j'entends un seul mot je vous arrache les cordes vocales à mains nues ».
Deux subordonnés apportèrent une caisse qu'ils déposèrent à ses pieds, une caisse remplie de…faux couteaux en bois.
« Mettez-vous deux par deux et prenez un couteau ».
Les cadets échangèrent des regards interrogateurs et s'organisèrent rapidement dans un silence ecclésiastique.
Contrairement à Shadis, Levi ne semblait pas avoir besoin d'en faire des tonnes pour se faire respecter, il n'avait même pas pris la peine de se présenter. Pourtant, personne n'osait parler ni faire un pas de travers de peur de se faire remarquer par le capitaine qui, malgré sa taille ridicule, en imposait par son aura autoritaire et son air patibulaire.
« Bien sur… » Marmonna Jo, en constatant que le dernier couteau dans la caisse était cassé, et que les cadets s'étaient déjà tous mis en paires, la laissant seule.
Pas étonnant, le sale coup de Shadis était encore frais dans leur esprit et plus ou moins tout le monde la boudait dans l'unité.
« Donovan, avec moi » ordonna Levi. Jo ramassa le couteau et rejoignit le capitaine. « Mets-toi en garde et tiens le couteau comme si tu allais me poignarder».
Si ça pouvait être vrai, pensa-t-elle en obéissant.
Plusieurs secondes passèrent, Levi ne faisait rien d'autre que de fixer son regard gris sur le visage tendu de Jo qui elle-même, déployait toute sa concentration pour ne pas ciller la première.
Le silence était complet, tous les regards étaient posés sur eux et seul le bruit du vent à travers le feuillage des arbres alentours perturbaient la quiétude du terrain d'entrainement. Bientôt, le bras de Jo commença à la lancer, et elle ne tarda pas à montrer des signes d'impatience.
A quoi il jouait encore, celui-là ? Qu'est-ce qu'il attendait, il ne lui avait pas demandé de l'attaquer, juste de se mettre en position, mais peut-être que c'est ce qu'il attendait…
« Tu l'auras voulu », pensa-t-elle en se jetant sur Levi.
Une seconde plus tard, Jo se retrouva les quatre fers en l'air, écroulé dans la poussière, le souffle coupé par la douleur qu'elle ressentait dans le bas du dos.
« Bordel, je crois que je me suis pété le coccyx » s'étrangla-t-elle en remuant comme une torture retournée sur sa carapace, déclenchant quelques ricanements autour d'elle.
« Si vous voulez devenir soldat, vous devez être toujours prêt à attaquer, à vous défendre et à riposter. Soyez imprévisibles, si vous faites autant de boucan qu'un troupeau de bœufs c'est comme si vous étiez déjà morts, des questions ?...Au travail».
Les cadets passèrent à coté de Jo, toujours étalée sur le sol, sans qu'aucun ne prenne la peine de l'aider. Les groupes se reformèrent et commencèrent à s'exercer. Des bruits de chûtes et des grognements de douleurs fusaient autour d'elle.
Soudain, une petite main aux ongles soigneusement manucurés apparut devant ses yeux.
« Besoin d'aide ? » dit la rousse avec un large sourire.
« …euh, ouais » répondit faiblement Jo en prenant sa main.
La rousse l'aida à se relever.
« Merci », répondit-elle, la tête basse, honteuse d'avoir été vue dans une telle situation de faiblesse.
« Pas de quoi, c'est bien Joséphine ton nom ? »
« Jo…ou Josie, peu importe», corrigea-t-elle en pinçant les lèvres.
« Josie, c'est mignon, moi c'est Natalia », répondit-elle en lui prenant la main.
« Hé, tu fais quoi là ?! », s'étrangla Jo en se souvenant que cette fille n'avait aucune notion d'espace personnel.
« Trésor, tu devrais mettre de la crème hydratante, mais tes cheveux sont sublimes ! ».
Trésor ?
« Ah…merci », répondit Jo en récupérant sa main, ces familiarités la mettaient encore plus mal à l'aise que d'être étalée sur le sol comme une merde.
« Donovan » gronda une voix glaciale dans son dos. « Si tu ne veux pas te retrouver avec ton faux couteau entre les deux yeux je te conseille de te remettre au boulot».
Il la dépassa sans lui accorder un regard, et Jo comprit qu'elle devait le suivre.
« Je dois y aller », lâcha la blonde en essayant de ne pas avoir l'air trop soulagée.
« D'accord, on se reverra pendant le dîner, bon courage » répondit Natalia en lui faisait un signe de la main avant de s'éloigner.
J'en aurais besoin, pensa Jo en voyant son capitaine au loin.
Les bras croisés, il observait d'un air condescendant les cadets se mettre sur la gueule comme une harde de porcs se roulant joyeusement dans la boue, et à en juger par le rythme soutenue que battait son pied sur le sol rocailleux, être leur instructeur ne semblait pas lui faire très plaisir.
« Tu veux une putain d'invitation où tu vas enfin te décider à bouger ?», s'impatienta le capitaine en lui jetant un regard implacable.
Les sourcils froncés, Jo empoigna son couteau et fléchit les genoux pour se mettre en position. Son dos la faisant encore souffrir, mais il était hors de question qu'elle montre le moindre signe de faiblesse devant lui.
Elle se jeta sur Levi sans aucune précaution, et se retrouva dans la même position que la première fois.
« Merde ! ».
« Encore », dit-il d'une voix imperturbable, comme s'il ne venait pas de la latter au sol comme un vulgaire sac à patates.
Tout s'est passé très vite, Levi lui donna un coup puissant à l'arrière du genou qui la fit tomber à terre, la désarma, et lui colla son couteau sous la gorge en la tenant par le front.
Le même scénario se reproduit, une fois, deux fois, trois fois…tandis, que la blonde agonisait dans la poussière, chaque membre la faisant souffrir, Levi restait imperturbable : pas une mèche de travers, pas une seule goutte de sueur, pas un grain de poussière sur ses vêtements impeccablement repassé, il était aussi intolérablement parfait que d'habitude.
« Je croyais que ce cours devait nous apprendre à nous défendre, pas à devenir des sacs de Piñata ».
« Tu connais la définition de la connerie ? Refaire la même chose en s'attendant à un résultat différent », dit Levi en jonglant avec le couteau.
« Qu'est-ce que je suis sensée comprendre ? », demanda-t-elle en haussant un sourcil.
« Que ce cours ne sera pas terminé tant que le haricot qui te sert de cerveau n'aura pas percuté, recommence »
« Une seconde, j'ai besoin de me reposer », souffla-t-elle en s'appuyant sur ses genoux
« Tu te reposeras quand tu seras morte, recommence ».
« Bordel, tu peux pas me lâcher cinq minutes, j'ai dit que j'avais besoin de souffler ! ».
C'était la première fois que Levi attaquait aussi vite, elle n'avait rien vu venir, elle sentit un changement dans sa façon de bouger, comme s'il avait retenu quatre-vingt-dix pour cent de sa force jusqu'à présent, qu'il ne faisait que « s'amuser » avec elle comme un chat avec un souriceau.
A genoux, le couteau sous la gorge et une main tordue derrière le dos, la blonde retenait ses cris de douleurs à grande peine, elle maintenait son regard vissé dans celui de Levi, histoire que la hargne qu'il lui inspire lui donne le courage de venir à bout de cette séance d'entrainement :
« Quand je dis tout de suite, c'est tout de suite, quand je te dis de bouger tu bouges, et quand je te dis crève… »
« …Je dis toi d'abord », cracha-t-elle, rouge de colère devant la manière dont Levi osait la traiter.
Une douleur indescriptible la prit à l'estomac, alors que le bruit sourd du coup de poing raisonnait encore dans ses oreilles.
Jo tomba à terre, le souffle absent, la bouche entrouverte, des larmes ruisselaient sur ses joues sans qu'elle ne parvienne à les arrêter, elle cherchait désespérément une bouffée d'air qui semblait fuir ses poumons.
Elle avait déjà reçu des coups, mais elle n'avait jamais ressenti une telle douleur.
« Comme je dis toujours » commença Levi en posant un genou à terre pour se mettre à sa hauteur. « Pour retenir une leçon, il n'y a rien de mieux que la douleur. Ce dont tu as besoin, c'est d'être dressée, et si tu crois qu'être dans les petits papiers d'Erwin va te protéger tu te trompes lourdement, que ça te plaise ou pas, je ferai de toi un soldat » dit-il en se rapprochant de son oreille.
Un haut le cœur la prit à la gorge et sans pouvoir se retenir, Jo vomit le maigre contenu de son estomac sur les bottes de son supérieur.
Elle vomit, encore et encore. Pendant plusieurs minutes, les muscles de son diaphragme se contractaient horriblement et elle s'attendait à ce que ses boyaux atterrissent sur l'herbe à n'importe quel moment.
Enfin, lorsque les vomissements cessèrent, elle s'essuya la bouche du rêver de la main et leva péniblement la tête pour découvrir que tout le monde avait cessé de s'entraîner et la dévisageaient comme une bête curieuse :
« Oh, vous voulez mon portrait ! » hurla-t-elle en brandissant le poing.
Levi se redressa et avec des gestes précautionneux, il retira ses bottes qu'il jeta devant Jo :
« Nettoie ce foutoir, si je trouve une seule tache de vomi sur ces bottes tu les astiqueras avec la langue…pour les autres, l'entrainement est terminé, dégagez ».
« Avec les autres ont a prévu d'aller ensemble au réfectoire, tu viens dîner avec nous ? » proposa Natalia en brossant sa longue chevelure mouillée.
« Non, je dois encore cirer les bottes du gnome », répondit Jo, ravie d'avoir une excuse à lui servir.
« Il abuse quand-même, c'était notre première séance d'entrainement avec lui ».
« En y réfléchissant, c'est sur sa tête que j'aurais dû dégobiller, pas sur ses pompes ».
Natalia gloussa à sa dernière remarque et quitta les vestiaires en lui souhaitant bonne chance.
Après sa douche, Jo s'attela au nettoyage des bottes de son mufle de capitaine.
C'était quand même de sa faute si elle s'était retrouvée dans cet état, elle était sure que Levi n'avait pas l'intention de lui apprendre quoique ce soit, tout ce qu'il voulait c'était la torturer et de lui faire peur.
Après une demi-heure de récurage soigneux, elle retrouva son supérieur au réfectoire ou il était attablé avec les autres vétérans.
« Vous avez une minute…capitaine ? » ajouta-t-elle à contrecœur.
« Je vois qu'en plus d'être stupide tu es bigleuse, j'ai l'air de faire quoi, à ton avis ? » répondit-il sans lui adresser un regret.
Les lèvres de Jo tremblèrent. Elle lui aurait bien jeté ses satanées bottes à la figure en lui disant d'aller se faire voir, mais elle n'en avait ni l'envi ni l'énergie.
Il était tard, chaque muscle de son corps la lançait comme si elle avait été écrasée vivante par un titan et son estomac criait famine, la seule chose qu'elle voulait c'était un bol de soupe chaude et se plonger dans son lit pour y tomber dans un sommeil semi-comateux.
« Peu importe » murmura-t-elle en jetant les bottes sur la table, « c'était pour vous dire que vos chaussures étaient propre, bon appétit ».
Elle fit volte-face et tomba nez à nez avec le blond un peu bizarre qui l'avait conduit dans sa cellule le soir de son kidnapping.
« On n'a pas encore été présentés, je suis Mike Zacharie, chef d'escouade », sauf qu'au lieu de lui serrer la main comme l'aurait fait une personne équilibrée, il se colla à elle et se mit à la renifler comme une marmite de ragoût.
« Hé, c'est quoi ton problème ? » beugla-t-elle en levant les bras pour se protéger.
« Hum…je l'aime bien » dit-il après un moment de réflexion.
« Le flair de Mike ne le trompe jamais, que ce soit pour évaluer les gens où les situations sur le terrain, il est infaillible », lui expliqua la blonde aux cheveux courts qui était toujours avec lui.
« Ouais ben contente-toi de m'aimer de loin, merci ».
« Joooosieee, tu viens te joindre à nous ! » l'appela Hanji de l'autre côté de la table.
Elle s'apprêtait à répondre quand Levi la saisit par le col de sa veste et la traîna dehors sous les regards étonnés des membres du bataillon.
« Qu'est-ce qui se passe avec la nouvelle ?», demanda Nanaba en s'asseyant à côté de Hanji.
« Personne n'a pris la peine de lui expliquer à quel point Levi est à cheval sur la propreté » expliqua la scientifique.
« Qu'est-ce qu'elle a fait ?» s'enquit Mike en se servant un verre d'eau.
« Elle a jeté ses bottes sur la table après lui avoir vomi dessus durant l'entrainement », raconta Darius, un autre chef d'équipe.
« Ouch ! ».
« Ouais, elle est cuite, Levi ne va en faire qu'une bouchée », renchérit Marlène, un des membres de l'équipe de Darius. Sans la connaitre, elle avait de la peine pour la pauvre petite, tout le monde savait à quel point Levi pouvait se montrer invivable lorsqu'il s'agissait de l'hygiène.
« N'en sois pas si sûr, j'ai entendu dire qu'elle a tenu tête à Shadis dès le premier jour », raconta Nanaba en salant son plat.
« Au final, cette gamine est soit stupide soit suicidaire », conclut Darius.
« Elle aurait bien besoin qu'on lui passe un savon, oui ! » protesta Dita Ness, qui gardait un souvenir amer de sa première rencontre avec Jo. « Vu comme c'est parti, seul le capitaine Levi en viendra à bout ».
« Qui sait, ça promet d'être intéressant », dit Hanji avec un sourire en coin, quelque chose lui disait que cette petite blonde survoltée n'avait pas fini de les étonner.
Quinze jours plus tard
« Allez secouez-vous ! C'est mou tout ça, levez moi ces genoux et plus vite que ça ! »
C'était une journée normale au quartier général du bataillon d'exploration.
Pendant qu'Erwin gambergeait dans son bureau, et que Levi torturait ses hommes dans une cession d'entrainement intensif aux manœuvres tridimensionnelles, les recrues volontaires au bataillon d'exploration transpiraient à grosses gouttes sous un soleil de plomb.
A cinq heures du matin, Shadis les avait jetés hors du lit à grands renfort de cris et de coups de pompes aux fesses. Ils s'étaient retrouvés sur le terrain d'entrainement, somnolant et à moitié habillés, face à une succession d'obstacles qui constituaient « le parcours du combattant ». Ainsi, ils passèrent la matinée à faire de la course à pieds, escalader des arbres, grimper des filets et tenir en équilibre sur des poutres interminables.
A l'aide d'une corde, Jo se hissa de l'autre côté d'une paroi en pierre, mais ses bras la faisaient tellement souffrir qu'elle lâcha la corde et tomba lourdement au sol.
« Cette fois, je crois que je suis vraiment paralysée » hoqueta-t-elle, incapable de bouger.
« Allez dépêche-toi, j'ai pas envie de faire cinquante pompes en plus comme la dernière fois », la pressa Natalia en plaçant ses bras sous les aisselles de Jo pour l'aider à se relever, mais c'était trop tard, Shadis les avait déjà dans sa ligne de mire.
« Impressionnant Donovan, tu as réussis l'exploit de finir derrière Winkle qui fait quatre-vingt kilos de plus que toi », déclara la voix de Shadis dans leur dos.
« Chef, elle n'a pas dormi de la nuit, le capitaine Levi à….», tenta d'expliqua Natalia mais Shadis leva l'index en l'air pour lui faire signe de se taire
« Je ne me souviens pas t'avoir demandé ton avis, cadet. Secouez-vous toutes les deux, l'entrainement n'est pas terminé ».
« Si je fais un pas de plus je vais crever, pour de vrai cette fois ! » répliqua Jo, toujours assise au sol.
« Ça tombe bien, personne ne quittera ce terrain sans terminer le parcours à moins qu'il ne soit mort, ALLEZ ON S'ACTIVE !».
Natalia n'avait pas menti, si Jo était toujours à la ramasse, c'est parce que Levi ne lui laissait plus une seconde de répit.
Elle avait découvert que son capitaine était une sorte de maniaque de la propreté, un limier de la tache, un prince de la serpillière, bref, partout ou Levi passe, la saleté trépasse, et ce dernier s'était mis en tête de transformé Jo en soubrette de service.
Ça avait commencé après l'incident de la cantine, quand il l'avait traîné par la peau du cou à travers les couloirs du quartier général, tout ça pour la forcer à astiquer les bottes de toutes les nouvelles recrues comme punition, et pour « imprimer dans son crane de gamine insolente les bases de la discipline ».
Au fil des jours, elle avait eu droit à la lessive de tout le bataillon (uniformes tachés de sang et draps blancs à deux places y compris), au nettoyage des fenêtres de tous les bâtiments (deux fois de suite), au lavage du sol, et au désherbage de la cour.
Sa dernière lubie consistait à nettoyer toutes les cheminées de fond en comble, ce qui a coûté à la blonde une nuit complète de sommeil sans qu'elle ne soit venue à bout de sa tâche. Elle s'était écroulée de fatigue, nez dans la suie, et avait loupé le début de la séance de parcours, chose que Shadis avait promis de lui faire regretter.
« Tu crois qu'il va nous lâcher…si je simule une crise cardiaque ? » demanda Natalia, à bout de souffle.
Jo jeta un coup d'œil derrière elle, Shadis galopait derrière eux en beuglant : « Plus vite ! Secouez-vous bandes de larves neurasthéniques, au pas de course et plus vite que ça ! ».
« Aucune chance », répondit la blonde en continuant sa course.
Devant elle s'étendait une marre d'eau boueuse surmontait d'une toile de fil de fer barbelé. En principe, elle devait passer en rampant mais Shadis leur cria à tous de s'arrêter et de commencer à faire des pompes.
« Pas question que je patauge dans la boue comme une truie », protesta Jo.
Elle se mit à genoux et fit sans blanc de faire l'exercice tandis que Shadis commençait le décompte.
« Allez Josie, fais pas ta mijaurée, les masques de boue sont excellents pour la peau » dit Natalia en faisant des pompes à côté d'elle.
Jo fronça les sourcils, incrédule.
« De quoi tu… », Elle fut coupée en plein milieu de sa tirade par le pied de Shadis qui s'abattit sur son dos, l'écrasant visage le premier dans l'eau boueuse.
« J'ai dit, ventre à terre », répéta-t-il en maintenant son poids sur le dos de Jo. « Allez, on continue, trois, quatre… »
Voilà à quoi ressemblait son nouveau quotidien, entrainement après entrainement, torture après torture.
Son dos était en bouillie, ses bras et ses jambes la faisaient souffrir et pour couronnés le tous, ses mains étaient rongés par les produits de nettoyages.
Parfois, elle se surprenait à penser à l'orphelinat, à son ancienne vie qui à présent ne lui paraissait plus si horrible, c'était carrément la vie de princesse à côté de ce que lui faisait subir son esclavagiste de capitaine.
Elle pensait aux enfants, Karl, Lyanna, Milo…elle se demandait s'ils avaient lu sa lettre, s'ils lui en voulaient d'être partie comme une voleuse. Elle pensait à Emilie, s'était-elle remise de la disparition de son père ?
Ses pensées dérivèrent ensuite vers des contrées moins joyeuses de son esprit, et le visage austère d'Elise apparut.
Jo ne regrettait pas d'être partie, même si ses plans ne s'étaient pas déroulés comme prévu. Seulement, elle aurait voulu que cela se passe autrement, sans cris, sans mots blessants, sans ressentiment.
Elle se demandait si Elise regrettait ce qui s'est passé, si elle avait tenté de la retrouver, si elle lui manquait…elle avait toujours le secret espoir qu'un de ses jours, Elise viendrait la délivrer comme elle le faisait toujours.
Mais sur ce dernier point, elle ne se faisait pas trop d'illusions, Jo soupçonnait même la directrice de l'orphelinat d'être soulagée de son départ.
Pourtant, comme un mystérieux écho à ces questionnements, Jo eu la surprise de recevoir une visite quelques jours après :
« Emilie ? » s'étonna la blonde alors que son ancienne institutrice l'étreignait contre elle.
« Ma chérie, je suis tellement contente de te voir. Comment vas-tu ? Est-ce qu'on te traite bien ? Tu manges correctement, j'espère ? », Interrogea l'institutrice en examinant le visage de la blonde sous toutes les coutures.
« Je vais bien, t'inquiète » la repoussant Jo en souriant. « Moi aussi je suis contente de te voir, comment tu as su où j'étais, c'est Erwin qui vous a prévenu ? ».
Le sourire d'Emilie tressaillit, et ses doigts se serrèrent autour du petit sac de voyage qu'elle tenait entre ses mains.
« Il n'y aurait pas un endroit où on pourrait parler tranquillement ? » demanda-t-elle.
Jo la mena non loin des écuries, près d'un bosquet d'arbres où étaient installés des bancs en bois. Sur le chemin, Emilie bombarda son ancienne élève de question, et Jo lui raconta ses mésaventures dans les moindres détails, de l'instant où elle avait quitté le bureau d'Elise au moment de sa capture, et comment elle en était arrivée à faire partie des soldats volontaires.
« Ça a dû être horrible » dit Emilie en s'asseyant à coté de Jo. « C'est déjà éprouvant pour un cadet de s'engager dans le bataillon d'exploration, je n'ose pas imaginer ce que tu as ressenti quand on t'a forcé la main ».
« J'étais morte de trouille» répondit Jo avec un sourire lointain. « Je le suis toujours…mais c'est du passé maintenant, pour une fois, je suis contente qu'Elise se mêle de mes affaires, je parie qu'elle est déjà dans le bureau d'Erwin en train de négocier mon départ…au fait, y'a quoi, dans ce sac ?» demanda la jeune femme en posant le sac sur ses cuisses pour en examiner le contenu. Elle ouvrit la fermeture éclair et resta quelques secondes abasourdie par son contenu.
« Mme Elise n'est pas là, Josie», expliqua Emilie en tournant vers Jo un regard douloureux.
La jeune femme n'avait toujours pas bougé, le regard fixé sur le sac.
« Qu'est-ce…qu'est-ce que ça veut dire ? » finit-elle par demander. «Je croyais que tu étais venue pour me ramener à la maison ».
« Je ne peux pas faire ça, personne ne le peut».
« Bien sûr que si, Elise le pourrait, Elise peut tout faire ».
« Ce n'est pas si simple… », tenta d'expliqua Emilie, mais la blonde ne voulait rien savoir. Elle posa le sac sur le banc et se mit à faire les cent pas devant la jeune femme qui la regardait d'un air inquiet.
« Avec toutes les connaissances qu'elle a ne me dit pas qu'elle ne peut rien faire pour moi ! En plus elle connait bien Erwin, je les ai vu discuter ensemble quand… ».
Jo s'immobilisa, et les images des jours passés se succédaient dans sa tête. Erwin qui semblait la connaitre avant même de l'avoir rencontré, leur rendez-vous secret derrière l'église, la manière dont s'est déroulé son enlèvement, comme si…comme si ils l'avaient attendu à la sortie de l'orphelinat.
« Ce n'est pas qu'elle ne peut pas, mais qu'elle ne veut pas », dit Jo d'une voix étrangement calme. Emilie pinça les lèvres, incapable de lui répondre.
« Donc…notre dispute ce soir-là dans son bureau, c'était juste un coup monté histoire de me pousser à partir, c'est ça ? Elle m'a manipulé…».
« Josie, je ne m'attends pas à ce que tu comprennes mais je te prie de me croire, c'était nécessaire », affirma Emilie.
Nécessaire ?
Une phrase lui revint brusquement en mémoire, bribe de sa dernière conversation avec Elise :
Pour que certains vivent, d'autres doivent mourir. Elle ne réalisait que maintenant la portée des mots de sa tutrice.
« Dis-moi Emilie, est-ce que tu savais ? » demanda Jo en se tournant vers son amie, son beau visage au teint de perles inondés par les larmes. « Ce jour-là au marché, quand je t'ai raconté mes rêves, mes projets de voyage…que j'ai parlé de l'idée complètement dingue que l'armée puisse découvrir une arme capable d'éradiquer les titans… »
« Josie, s'il te plait… », supplia Emilie, des larmes roulaient sur ses joues.
« Tu pleurais aussi ce jour-là. Pourquoi ? Parce que tu savais que mes rêves ne se réaliserait jamais…ou parce que cette arme secrète qui sauvra l'humanité... tu savais que c'était moi ? ».
Un rire amer lui échappa devant l'ironie de la situation.
« Je suis vraiment désolée Josie, essaye de comprendre... », pleura-t-elle en lui prenant la main.
« Non justement, je ne comprends pas » répliqua Jo en la repoussant. « Tu m'as menti ».
« Je ne t'ai pas menti, c'est juste que je ne t'ai pas dit toute la vérité »
« Génial, voilà que tu te mets à parler comme Elise, elle doit être fière de toi, Bravo ! », applaudit Jo avec un sourire méchant. « Avec un peu de chance, elle réussira à faire de toi ce qu'elle n'a jamais obtenu de moi, une machine docile et obéissante ».
« Ne sois pas cruelle, s'il te plait », la réprimanda la brune en fronçant les sourcils.
« Je vais finir au fond de l'estomac d'un monstre dans moins de six mois, excuse-moi si mon humeur est désagréable », répliqua-t-elle. « Merci de m'avoir apporté mes affaires, et dis aux enfants qu'ils me manquent ».
Sans laisser le temps à Emilie d'ajouter quoique ce soit, Jo prit son sac et partit d'un pas furieux.
Posté devant la fenêtre, Erwin observait la cour du quartier général d'un air pensif.
Elise était là, assise derrière le bureau du major, une tasse de thé à la main, elle examinait les photos des recrues sélectionnées en tant que volontaires. L'une d'elle attira particulièrement son attention.
« Et lui ? » dit-elle en montrant à Erwin la photo d'un jeune homme aux traits asiatiques et à l'air revêche.
« Il s'appelle Jin, originaire de la ville souterraine, il était de loin le meilleur de tous les candidats, aussi bons aux tests physiques que techniques, …il y a un problème ? » demanda-t-il en voyant l'air pensif de la blonde.
Elise examina encore quelques secondes sa photo avant de la ranger dans le dossier.
« Hum…non, rien de particulier, globalement, tu as fait un excellent choix ».
Erwin ne répondit pas. Jo venait d'apparaître derrière les arbres au fond de la cour, elle serrait un sac contre sa poitrine en courant, la tête basse, comme si elle cherchait à dissimuler son visage sous sa crinière de boucles blondes.
« Quelque chose me dit que ça ne s'est pas bien passé ».
« Parce que tu en doutais ? Joséphine n'a jamais été raisonnable », dit Elise en buvant une gorgée de thé.
« Les enfants le sont rarement, et c'est ce qu'elle est…une enfant », répondit Erwin d'une voix lointaine.
« Te voilà bien sentimental tout d'un coup ».
Elle posa sa tasse et se leva :
« De toute façon, ça ne me regarde plus, c'est à toi de jouer maintenant », dit-elle en plaçant sa cape noire sur ses épaules.
« Tu as l'air soulagée ».
« Je mentirais si je prétendais le contraire, mais j'ai surtout hâte de te voir te débattre dans le rôle du baby-sitter », répondit la blonde avec un sourire en coin.
Erwin la regarda prendre sa canne et rejoindre la porte de sa démarche boiteuse.
« Elise », appela-t-il, « Sois prudente ».
Elle rabattit sa capuche sur sa tête et quitta le bureau.
Elle ne saurait dire depuis quand elle marchait, ni combien de fois elle avait fait le tour du quartier général.
Tout ce qu'elle savait, c'était que ses larmes avaient séchés sur ses joues depuis longtemps, et que le soleil n'était plus si haut dans le ciel.
Inconsciemment, ses pas la ramenèrent au point de départ, au bosquet d'arbres, près des écuries.
Elle avait toujours apprécié la compagnie des cheveux plus que des enfants de son âge, et ce petit coin peu fréquenté était devenu son oasis de paix, l'endroit où elle pouvait se réfugier lorsqu'elle n'avait envie de voir personne, c'est-à-dire dès que son cinglé de capitaine était trop occupé pour lui donner une corvée à faire.
Elle s'écrasa sur le banc ou elle et Emilie s'étaient disputées.
Elle n'avait pas pleuré comme ça depuis longtemps, ses yeux étaient secs et bouffis, et sa tête vide, elle se sentait lasse, mais curieusement apaisée.
Quelque part, l'espoir qu'Elise puisse un jour venir la délivrer était une source de souffrance, de doute, et Emilie avait tué ses espoirs en même temps qu'elle l'avait débarrassé de cette souffrance. Aujourd'hui au moins, elle savait qu'en dehors du bataillon d'exploration, elle n'avait plus nul part où aller.
Jo posa le sac d'Emilie sur ses cuisses et l'ouvrit.
Il contenait ses vêtements, quelques-uns de ses livres et une boite remplie de chaussons aux pommes fait par la mère d'Emilie.
Elle y trouva aussi un ours en peluche rapiécé, un livre de contes, ainsi qu'un dessin représentant une harde de chevaux sauvages galopant dans une prairie.
Les enfants…pensa-t-elle en caressant le dessin de Karl du bout des doigts.
Enfin, au fond du sac, soigneusement pliés, elle trouva un foulard en soie rouge.
Les larmes roulaient sur ses joues sans qu'elle ne puisse les retenir, des larmes de colère et d'amertume. Elle écrasa le foulard dans ses mains avant de le jeter rageusement au sol.
« Tu as perdu quelque chose, on dirait ».
Jo sursauta, elle leva la tête et rencontra le visage souriant d'Erwin qui lui tendait son foulard.
« Je n'en veux pas», dit-elle en essuyant précipitamment son visage.
Erwin n'insista pas, il s'installa à côté d'elle, en silence. Le vent du soir balayait le feuillage des arbres, et un oiseau chantait quelque part au-dessus de leur tête.
« Tu veux en parler ? », demanda-t-il après un long silence.
Jo tourna vers lui un regard curieux, était-ce habituel que le Major du bataillon d'exploration se préoccupe des petits tracas de ses subordonnés ?
« J'avais quatre ans quand Elise m'a adopté, j'étais le premier enfant de l'orphelinat Donovan, et pendant plusieurs mois, je ne l'ai eu que pour moi. Je lui disais tout le temps qu'elle était belle avec son foulard bleu noué autour de sa tête, et que quand je serais grande je voulais lui ressembler…elle m'a offert ce foulard pour mon anniversaire, mon premier cadeau, et aussi mon dernier», expliqua-t-elle d'un air sombre, la tête soudain remplie de souvenirs douloureux.
« Ça me rappelle le gâteau aux cerises », dit Erwin après un silence.
« Pardon ? » demanda Jo en se tournant vers le blond.
« Le gâteau aux cerises » répéta le Major, « c'est mon dessert préféré ».
«…si c'est votre manière de me changer les idées, laissez-moi vous dire que c'est un fiasco ».
Erwin émit un petit rire.
« Mon père était un homme très doux, tout le contraire de ma mère…je crois même qu'elle ne m'a jamais pris dans ses bras », raconta-t-il, le regard lointain. « Pourtant, elle ne manquait jamais le jour du gâteau aux cerises. Chaque vendredi, à la sortie de l'école, j'en trouvais un sur la table de la cuisine, même lorsqu'elle était occupé, fatiguée…ou mourante, je crois même que c'est la dernière chose qu'elle ait fait avant sa mort ».
Jo ne l'avait pas interrompu, elle l'écoutait attentivement, en regardant droit devant elle, ses boucles blondes balayées par le vent autour de son visage.
« Les parents ne savent pas toujours exprimer leur amour » dit Erwin en se levant. « …mais cela ne veut pas dire qu'ils ne nous aiment pas ».
Il noua le foulard autour du poignet de Jo avant de partir, laissant la blonde perdue dans ses pensées.
Fin, j'espère que ça vous a plu.
Rendez-vous au prochain chapitre: A sheltering tree
