Hello mes chers lecteurs.

Je pense que le nombre de mots de ce chapitre explique mon absence sans que j'aie besoin d'en rajouter :p.

Ce chapitre m'a donné énormément de fil à retordre, il continent beaucoup d'éléments importants pour la suite de l'histoire sans être totalement relié à celle-ci, il fallait trouver le juste milieu entre la quantité d'informations à y glisser sans qu'il n'en devienne ennuyeux à chier!

Bref, c'était une galère, une très longue galère dont je suis plutôt satisfaite à présent, et j'espère qu'elle vous plaira également.

Merci à ceux qui ont prit la peine de mettre un commentaire:

The story of a rabbit: j'espère que ce chapitre te satisfera, il y a énormément d'infos sur Jo et son passé, n'hésite pas à me dire ce que tu en as pensé.

Habiibaa: Merci pour ton enthousiasme et bienvenue sur "The Descendant", je ne compte pas abandonner pour l'instant et si Dieu le veut je mènerai cette fiction à terme. Ton commentaire m'a fait énormément plaisir et j'espère te retrouver dans ce nouveau chapitre.

LoveFic: je peux te dire que ce qui arrive actuellement à Jo n'est que 0.1% de toutes les misères qui l'attendent dans le futur, j'ai le chic pour torturer mes personnages hhhhh, ton "merci d'écrire" m'a beaucoup touché, et j'espère que la suite te plaira.

Et pour tous les autres, merci de me lire et de me suivre^^


THE DESCENDANT

Chapitre 05: A sheltering tree

« Donovan…Donovan ! », appela le professeur d'une voix sonore.

Jo sursauta. Elle avait passé tout le cours à regarder par la fenêtre d'un air absent, le menton posé sur ses bras croisés, elle n'avait donc pas vu le prof approcher.

« Où est votre dissertation sur les stratégies de combat en terrain plat ? » interrogea-t-il.

« On était à court de papier toilette dans le dortoir des filles, dommage » répondit-elle d'un air faussement navré en haussant les épaules.

« Je vois », répondit l'enseignant en rajustant ses lunettes d'un air impatient. « Etre renvoyée du cours deux fois de suite ne vous a pas servi de leçon, prenez vos affaires et sortez », dit-il en pointant la porte.

« Enfin, c'est pas trop tôt », marmonna-t-elle en ramassant ses affaires. Elle marchait en direction de la sortie quand ses pieds buttèrent contre quelque chose, la faisant s'étaler de tout son long sur le carrelage sous les moqueries de ses camarades. Les joues cramoisies, elle se redressa avant d'empoigner le garçon assis devant elle par le col de sa chemise et de lui donner une gifle :

« Hé t'es malade ! Pourquoi t'as fait ça ?», Protesta-t-il en bondissant de sa chaise.

« Au lieu de t'occuper de ma main tu ferais mieux de ne pas laisser traîner tes pieds » ironisa-t-elle d'un air furieux.

« Ça suffit », intervint le professeur. « Donovan je vous ai dit de sortir ».

La mâchoire crispée, elle jeta un regard mauvais au garçon qu'elle repoussa dans sa chaise, prit son sac et claqua la porte de la classe en partant.

Le quartier général était calme ce matin, chacun vaquait à ses occupations et comble du bonheur, Levi s'entraînait en extérieur avec les autres vétérans, Jo pouvait paresser en paix sans risquer de se faire houspiller par le capitaine.

La blonde se trouva un coin tranquille sous un arbre, près du bâtiment des dortoirs. Elle ouvrit son sac et en sortit le livre de contes que lui avait envoyé Lyanna, ainsi qu'une pomme rouge qu'elle entama avec appétit.

Bientôt deux mois que Joséphine était au bataillon d'exploration, il lui semblait pourtant qu'une éternité s'était écoulée depuis qu'elle avait accepté la proposition d'Erwin.

Les entraînements s'enchaînaient, et au grand dam de Jo, les cours théoriques également. Elle voulait bien faire semblant d'apprendre à se battre et à utiliser l'équipement tridimensionnel, mais à quoi pourraient bien lui servir de connaitre l'histoire de l'armée humaine ou les principes d'anatomies des titans ? Même si elle voulait devenir un soldat, ce qui n'était absolument pas le cas, il était évident qu'elle ne possédait aucune des qualités requises pour en devenir un. Mais pour le moment, elle avait d'autres chats à fouetter.

Il semblerait que tous les membres de son unité se soient ligués contre elle.

Tout avait commencé le premier jour, quand Shadis leur a fait arpenter le terrain d'entrainement pendant deux heures parce qu'elle avait soi-disant mangé une pomme pendant la revue militaire. A partir de là, plus ou moins tout le monde commença à la bouder dans le groupe, mais les choses ont empiré quelques jours avant, pendant leur exercice d'endurance à Vlatka, la montagne enneigée.

Flash-back

La tempête ne semblait pas décidée à se calmer.

A peine arrivés au chalet, Jo et les recrues de son unité se précipitèrent autour de la cheminée pour réchauffer leurs membres frigorifiés.

Après une douche chaude et un repos bien mérité, ils s'attablèrent dans la salle de repos pour dîner :

« Qu'est-ce que ça fait du bien », grelotta Natalia en pressant ses doigts contre son bol de soupe brûlante.

« Tu parles, après avoir crapahuté toute la journée dans les montagnes, tout ce qu'on nous sert c'est une louche de soupe et un quignon de pain », répliqua Jo de mauvaise humeur.

« Dis, tu ne trouves pas ça bizarre que Shadis ne soit toujours pas revenu au chalet ? », demanda une fille assise à une table derrière elles.

« J'en sais rien…j'espère juste qu'il ne s'est pas perdu, comment on fera pour rentrer sinon ? C'est lui qui a la carte », renchérit son amie.

Les lèvres de Jo s'étirèrent en un sourire malicieux, ce qui n'échappa pas à Natalia :

« Trésor, qu'est-ce que tu as encore fait ? ».

Jo haussa les sourcils d'un air faussement surpris.

« Qui te dit que j'ai fait quoique ce soit ?», dit-elle en cachant son sourire derrière son bol.

« Parce que je connais ce sourire, et que tu as tendance à faire n'importe quoi quand tu t'ennuies ».

Le sourire de Jo s'élargit :

« Disons que grâce à moi, il est probable que ce cher sergent instructeur va passer la nuit à la belle étoile », répondit-elle en tirant de sa poche la carte qu'elle avait pris dans le sac de Shadis.

Mais contrairement à d'habitude, Natalia n'avait pas l'air de trouver sa blague drôle, elle l'observait la bouche ouverte, l'air choqué :

« T'es devenue dingue, ou quoi ?! » S'exclama-t-elle. « Davis et Alicia ne sont pas rentrés, c'est pour aller les chercher que Shadis est sorti ».

Jo laissa tomber sa cuillère dans son bol, les yeux ronds :

« Chut ! » Siffla-t-elle en collant sa main sur la bouche de la rousse. « J'en savais rien du tout. Et puis j'ai rien fait de mal, j'ai juste piqué la carte… »

A ce moment-là, la porte du chalet s'ouvrit à la volée, révélant un homme portant un épais manteau de fourrure et couvert de neige de la tête aux pieds. Il traînait derrière lui deux matelas de fortune construits avec des branches d'arbre et des housses de tentes.

Un murmure horrifié parcourut la salle, et tout le monde se précipita vers lui pour voir comment allaient Davis et Alicia.

Shadis se débarrassa de l'écharpe qui lui masquait la moitié du visage avant de demander d'une voix roque :

« Qui a fait ça ? ».

« Elle » ! Cria tout le monde en cœur en pointant leur doigt vers Jo.

La blonde ouvrit la bouche d'un air scandalisé :

« Sales cafteurs ! Vous ne savez même pas de quoi il parle ».

Tout comme Natalia, Shadis ne semblait pas d'humeur à plaisanter. Les mains derrière le dos, il avança vers la table ou était assise Jo, et sans s'en rendre compte, la blonde s'était levée sous le poids du regard grave que posait sur elle le sergent instructeur.

Silencieux, il la fixait de ses yeux mordorés comme s'il sondait son âme. Il tendit la main devant elle, et Jo comprit qu'il voulait récupérer sa carte.

Elle hésita, lui rendre équivalait à un aveu, mais lorsque ses yeux se posèrent sur Davis qui respirait à peine et la pauvre Alicia grelottant de froid malgré les trois couvertures sur son dos, elle capitula.

« Il y a tout un monde entre l'humour et la bêtise jeune fille, ce que tu as fait aujourd'hui relève d'un manque total de discernement », déclara Shadis en cachant sa carte dans la poche intérieure de son manteau.

Jo voulait ouvrir la bouche, elle voulait dire qu'elle était désolée, qu'elle n'avait jamais eu l'intention de mettre la vie de qui que ce soit en danger, que c'était juste une mauvaise blague…mais elle réalisa que ça ne ferait qu'empirer la situation.

« Comment vont Davis et Alicia ? », demanda-t-elle d'une petite voix qui ne lui ressemblait pas.

« Ils sont vivants, ce qui est un miracle vu les circonstances. Puisque tu sembles si concernée par le sort de tes camarades, c'est toi qui portera leur sac sur le chemin du retour…et tu es de corvée de bois pour la cheminée jusqu'à la fin du séjour, d'ailleurs tu devrais y aller, le feu commence à s'éteindre », ordonna-t-il avant de partir.

Jo jeta un œil par la fenêtre, le blizzard soufflait sans interruption dans la nuit noire.

« Merde, je vais à coup sûr chopper la crève… », Soupira-t-elle.

« Ecoute, ce n'est pas mon genre de jouer les « mères la morale », mais je crois que tu ne réalises pas la gravité de ce que tu as fait », dit Natalia en lui jetant un regard sévère.

« Ça va, oui ! J'ai déjà dit que j'étais désolée », s'emporta Jo, les joues roses.

« Non tu ne l'as pas dit. Si Alicia et Davis étaient morts dans la tempête à quoi serviraient tes excuses ?...Désolée, je ne voulais pas te crier dessus…je vais voir comment ils vont », conclut Natalia avant de s'éclipser à son tour, laissant Jo seule en compagnie de ses remords.

Fin du flash-back.

Depuis cet incident, c'était comme si un fossé infranchissable s'était creusé entre elle et le reste du groupe, un fossé qui menaçait de l'engloutir de jour en jour.

Au début, c'était discret, on l'ignorait, la bousculait dans les couloirs, parlait dans son dos et rependait des rumeurs sur elle, mais petit à petit, les choses ont empiré.

On l'a enfermé dans les douches, éventré son matelas, rependu de la peinture rouge sur toutes ses affaires et écrit en gros sur le mur au-dessus de son lit « Salope », « dégage », « on ne veut pas de toi ici », ou encore « monstre ».

« Oh mon Dieu, Josie », souffla Natalia d'un air horrifié devant les graffitis.

« C'est rien, ne fait pas attention », déclara la blonde d'une voix neutre.

« Tu ne peux pas les laisser faire, il faut que tu en parles à Shadis ou au capitaine Levi », protesta son amie.

« Pour aggraver la situation ? Non, la meilleure chose à faire est de laisser couler, ils finiront bien par se lasser », dit-elle en commençant à frotter les lettres rouges avec un chiffon.

Sauf que Jo s'était encore une fois trompée, ils n'avaient pas lâché l'affaire, bien au contraire.

Flash-back

Au centre d'une clairière, quelque part au milieu de la forêt qui bordait le quartier général du bataillon d'exploration, les nouvelles recrues finissaient de se préparer pour leur premier exercice de manœuvres tridimensionnelles. Pendant que Shadis et Levi discutaient des détails dans un coin, les volontaires vérifiaient qu'ils avaient correctement mis leur équipement :

« Ecoute Josie » commença Natalia qui était en train d'étirer ses bras pour s'échauffer. «Je sais que je ne devrais pas te dire ça mais…j'ai entendu des filles discuter dans les vestiaires hier et…tu devrais faire profil bas pendant quelques temps, les autres commencent sérieusement à se poser des questions ».

« Sauf que j'en ai rien à foutre de ce que pensent les autres », répliqua la blonde en lui lançant un regard dur. « Mais à voir ta tête, gros lolos, je devine que toi aussi, tu t'en poses, des questions ».

« C'est que…enfin Josie, il est évident que tu n'as pas envie d'être ici. Tu ne prends rien au sérieux, tu ne fais aucun effort pendant les entraînements, tu dors tout le temps en cours, pourquoi tu t'es portée volontaire si ça t'embête autant ? ».

C'était la question à un million de couronnes.

La réalité était qu'au fond, aussi égoïste et superficiel que cela pouvait paraître, Jo n'en avait rien à foutre des titans, du bataillon d'exploration, ou du sort de l'humanité. Ces histoires de soi-disant pouvoirs qu'elle possédait, elle n'y croyait pas une seconde, encore moins qu'elle pourrait un jour devenir un soldat ou jouer un rôle décisif pour la survie de l'humanité.

« Je te l'ai dit, je m'en fous de ce que pense les autres, tout ce que je veux c'est qu'on me foute la paix ».

Natalia l'observait d'un air curieux, comme si elle la regardait pour la première fois.

« Je te trouve bizarre depuis que cette femme est venue te voir, on dirait une autre personne, comme si…quelque chose s'était brisé en toi ».

Avant que Jo ait pu répondre, Levi marchait vers eux d'un pas décidé et les interrompit d'une voix sonore :

« Mettez-vous en rang et bouclez-là », ordonna-t-il. « Vous allez être répartis en groupe de trois. Cet exercice est avant tout un moyen d'évaluer votre capacité à travailler en équipe, donc inutile de courir comme des tarés vers la ligne d'arrivée, l'équipe qui aura perdu un de ses membres sera automatiquement éliminée ».

Un murmure parcourut le groupe. Jo haussa les sourcils, elle imaginait déjà la réaction de ceux avec qui elle allait tomber.

« Fisher, Frank et Gantzman…Hoffman, Goudier, Muller… ».

Natalia jeta un regard désolée vers Jo avant de s'éloigner vers ses deux partenaires.

« …Kowalski, Jin et Donovan ».

Jo sourit. Ça ne pouvait pas être pire.

Jin, c'était l'asiat au visage de marbre premier de la classe. Il excellait dans toutes les matières pratiques ou théoriques, et surtout, c'était un solitaire qui était connu pour fuir le travail en équipe comme la peste. Quant à Kowalski, le géant qui s'était évanoui le premier jour, et qu'on surnommait « cœur de lion » en raison de sa couardise quasi-pathologique, elle ne s'attendait pas à ce qu'il fasse des étincelles…en tout cas pas dans le bon sens du terme.

« Très bien, à mon signal…partez ! » hurla Shadis en baissant la main.

Le sifflement des gaz de propulsion retentit et ils s'envolèrent tous dans un nuage de fumée blanche.

Sautant de branche en branche à travers la forêt, le vent fouettait agréablement le visage de Jo, elle aimait cette sensation aérienne de liberté. A chaque fois que ses câbles la propulsaient dans les airs, elle avait l'impression qu'une paire d'ailes allaient sortir de son dos pour l'emmener loin de tout, de son unité, du bataillon, du Mur Rose, de sa vie actuelle, l'emmener rejoindre ses rêves de liberté qu'elle voyait jour après jour s'éloigner inévitablement…

Brusquement, elle sentit quelque chose la tirer en arrière comme si elle avait été aspirée dans un tuyau, elle tenta de libérer plus de câble pour faciliter son déplacement mais la bobine semblait coincée. La panique commençait à la gagner et elle appuya sans le faire exprès sur le mécanisme d'évacuation du gaz qui la projeta comme une fusée à plusieurs mètres en avant.

Elle eut juste le temps de protéger son visage avec ses avant-bras quand elle percuta l'épais feuillage d'un arbre devant elle. La cape coincée dans les branches et les pieds pendant lamentablement dans le vide, elle risquait de tomber à tout moment de plusieurs mètres et de se briser les os.

« Jin ! » appela-t-elle en apercevant son partenaire au loin. « Jin, aide-moi je suis coincée ».

Le brun s'arrêta sur une branche et tourna la tête vers elle, la toisa quelques secondes de son regard indifférent avant de poursuivre son chemin.

« L'enfoiré ! », dit-elle en serrant les dents, alors qu'un filet de sang coulait abondamment d'une blessure à son poignet.

Elle appuya plusieurs fois sur le bouton de lancement de ses grappins mais rien ne fonctionnait.

Il était impossible que ses bouteilles de gaz soient déjà vides, ça ne pouvait être qu'une panne mécanique. Pourtant, les ingénieurs du bataillon avait soigneusement vérifié leur équipement la veille de l'exercice…se pourrait-il que…

« Donovan ! » appela la voix chevrotante de Kowalski.

En bon dernier, il venait tout juste d'arriver et s'arrêta sous la branche juste en dessous de la sienne.

« Qu'est-ce que tu fais, là-haut ? »

« Ça se voit pas, je mets au point une nouvelle technique de camouflage », dit-elle en le foudroyant du regard. « Je suis coincée imbécile, tu dois monter et venir me détacher ».

Le jeune homme pâlit immédiatement.

« Monter, tu veux dire, grimper à l'arbre ? » répéta-t-il en suant à grosses gouttes. « Je…je ne peux pas faire ça…j'ai le vertige ».

Un craquement inquiétant se fit entendre au-dessus de la tête de Jo, les branches n'allaient pas tarder à céder sous son poids.

« Kowalski, c'est pas le moment de faire ta mauviette, je risque de tomber et de me rompre le… ».

Elle n'eut guère le temps de terminer sa phrase que la branche avait déjà cédé, l'entraînant dans une chute qui signera certainement la fin de sa courte vie.

Les yeux fermés, elle hurlait de toute la puissance de ses poumons, attendant le moment ou sa tête se fracassera sur le sol…moment qui ne vint jamais.

« Tout va bien ? » demanda une voix douce à son oreille.

Jo finit par ouvrir les yeux, et fut surprise de se trouvait…dans les bras d'un homme.

« Haaa ! », glapit-elle en se débâtant.

« Hé doucement », la calma le jeune homme avec un petit rire moqueur. Il l'aida à se remettre sur ses pieds en la soutenant pour ne pas qu'elle s'écroule.

Que s'était-il passé ? Pensa-t-elle en examinant le jeune homme en face d'elle, un garçon séduisant à la peau blanche et aux cheveux aussi noirs que du charbon. Elle ne l'avait jamais vu, aussi en déduit-elle qu'il faisait partie de la 100ème brigade d'entrainement fraîchement débarquée de l'académie, car quelque uns de ses éléments les accompagnaient afin de s'assuraient que l'exercice se déroule dans de bonnes conditions.

« La blessure est superficielle, mais il faudra la nettoyer », conclut-il en examinant son poignet.

Jo retira brusquement sa main et le remercia d'une petite voix avant de détourner le regard.

« De rien, on ferait mieux de rejoindre les autres, tu peux marcher seule ? » s'enquit-il.

La blonde ne lui répondit pas, elle s'élança d'un pas vif pour rejoindre le point de ralliement, déterminée à comprendre ce qui s'était passé.

A leur arrivée, Levi et Shadis était déjà en train de faire le débriefing. Jo aperçut dans la foule la queue de cheval flamboyante de Natalia, et s'apprêtait à la rejoindre quand Levi l'interpella :

« Donovan, ici », intima-t-il en claquant des doigts.

Jo obéit à contrecœur, ce n'était pas le moment de faire une scène.

« Jin et Kowalski, avancez-vous aussi ».

Ils s'exécutèrent. Kowalski semblait à deux doigts de faire un malaise et Jin était aussi imperturbable qu'à l'ordinaire, le regard grave et les mains croisées derrière le dos.

« Vous êtes incontestablement l'équipe la plus nulle aujourd'hui », asséna-t-il. « Jin, tu peux m'expliquer pourquoi tu n'as pas aidé Donovan quand elle te l'a demandé ? ».

Le brun tourna son regard vers Jo et pour la première fois depuis qu'elle le connaissait, elle décela une émotion qui dansait dans ses yeux sombres : le mépris.

« En situation réelle, un soldat doit tout mettre en œuvre pour réussir sa mission, et s'encombrer d'un élément incompétent n'est pas le meilleur moyen d'y parvenir », répondit-il comme s'il récitait une leçon apprise dans un livre.

« Que ce soit clair », commença Levi en se rapprochant de lui. « Je sais pas d'où tu viens et je m'en tape, mais ici au bataillon d'exploration on ne laisse jamais un camarade vivant derrière nous », répliqua Levi d'un ton sans appel.

« Même si cela risque de compromettre le résultat de la mission ? » demanda Jin, comme pour le défier.

Levi ne répondit rien, il lui jeta un regard noir avant de se tourner vers Kowalski.

« Kowalski, j'aimerais bien savoir comment tu comptes buter un titan si t'es même pas capable de contrôler tes genoux qui claquent l'un contre l'autre. »

Le jeune homme avala difficilement :

« Toutes mes excuses capitaine, à l'avenir je ferai de mon mieux », répondit Kowalski en frappant son poing sur son cœur.

« Quant à toi Donovan, tu peux m'expliquer ce que tu foutais pendue à une branche comme une parfaite abrutie ?».

Jo lui lança un regard furieux :

« Comment ça ce que je foutais ? C'est à eux que tu dois poser la question ! » Beugla-t-elle en pointant son doigt vers les recrues de son unité. « L'un de ces enfoirés à trafiquer mon équipement ».

Un blanc traversa le groupe, chacun échangeait un regard interloqué avec son voisin.

« Tu crois vraiment qu'on va avaler ça ? Tu t'es plantée, c'est tout. Arrête de rejeter la faute sur les autres ».

« Je ne mens pas, t'as qu'à vérifier par toi-même », fit-elle en lui tendant les poignets d'activation.

D'abord sceptique, Levi du admettre qu'il y avait un problème lorsque le bouton refusa de s'enfoncer et que les hélices dans son dos tournèrent à vide en produisant un grincement inquiétant.

Le capitaine tourna son regard vers Shadis qui fronça les sourcils :

« Peut-être que l'équipe de maintenance à rater quelque chose », supposa-t-il, « En tout cas ce sont des accusations très graves, as-tu une preuve quelconque de ce que tu avances ? ».

Jo se mordit la langue.

En retrait du groupe, Natalia lui fit les gros yeux en formant les morts silencieux « parle ».

Mais Jo ne voulait pas parler, la dernière chose dont elle avait besoin c'était qu'on la prenne en pitié ou qu'on la catalogue comme victime.

« Je n'ai pas besoin de preuve, je sais que c'est eux, ces connards veulent se venger à cause de ce que j'ai fait à Davis et Alicia ».

« Je pense que tu as tort, petite» intervint un homme corpulent avec une moustache de belle taille. C'était Mr Klaus, le doyen du groupe. « Ces jeunes exagèrent parfois mais ils ne sont pas méchants, je suis sure qu'aucun d'entre eux n'aurait osé faire ça ».

« Tu crois ça, papi ? » demanda-t-elle en se rapprochant de lui. « Ben tu veux que je te dise, va te faire foutre, allez tous vous faire foutre, je vais vous faire regretter ce que vous avez fait ! » hurla-t-elle, le teint de plus en plus rouge et le regard fou.

« Ça suffit Donovan, tu dépasses les bornes», intervint Shadis, mais Levi le devança. Il agrippa sans ménagement la blonde par le col de son uniforme et l'éloigna du groupe, alors qu'elle se débattait en continuant à crier « vous allez me le payer ! ».

Lorsqu'ils se furent suffisamment éloignés, il la jeta violemment contre un tronc d'arbre :

« Putain mais t'as vraiment rien dans le crane, toi ? Tu sais que même un titan ne pourrait pas rivaliser avec ta connerie», dit-il en la regardant de haut, les bras croisés. « Ces gars que tu viens d'insulter sont tes camarades, ceux avec qui tu vas aller au casse-pipe dans quelque mois et qui pourraient bien sauver ton cul, mais après ton numéro tu peux me croire, y'en aura aucun qui lèvera le petit doigt pour toi».

« Tant mieux, j'ai besoin de personne pour me protéger, je suis assez grande pour m'en sortir seule ».

Levi émit un sifflement de dédain, ébahit par la bêtise de la blonde.

« Si le bataillon d'exploration a résisté jusque-là, c'est parce que tous ses membres se font une confiance aveugle. Mais si vous commencez déjà à vous tirer dans les pattes c'est cuit, autant se jeter dans la gueule d'un titan tout de suite », expliqua-t-il en l'aidant à se relever.

Soudain, Jo éclata de rire, confiance ?

« Tu crois sérieusement qu'en cas de danger, quelqu'un pourrait se sacrifier pour sauver un étranger ? Quand notre vie est menacée, tout ce qui compte c'est la survie…on n'a plus le temps de penser à autre chose qu'à sa petite personne, et pour survivre il n'y a pas trente-six solutions…quelqu'un d'autres doit mourir…je me trompe ? », Demanda-t-elle en se tournant vers son capitaine.

Levi jetait sur elle un regard froid et indéchiffrable.

« L'entrainement est terminé, va nettoyer ta blessure et ce soir, tu leur présenteras à tous des excuses publiques ».

« C'est ça, compte la dessus et bois de la pisse », grogna-t-elle en s'éloignant.

Fin du Flash-back

Depuis cet incident, la seule personne de l'unité qui lui adressait encore la parole était Natalia. Pour une raison qui lui échappait totalement, la rousse s'était prise d'affection pour elle. Ce n'était pourtant pas faute d'essayer de l'éviter mais la jeune femme était d'une nature assez collante.

Jo ouvrit son sac et en sortit l'ours en peluche de Milo. Elle l'assit sur ses cuisses pour jouer avec ses petits bras pelucheux. Avec le livre de Lyanna, le dessin de Karl, et le foulard rouge d'Elise qui ne quittait plus son poignet depuis qu'Erwin l'y avait noué, c'étaient les seuls objets qui avaient survécu au saccage de ses affaires, car elle les transportés tout le temps avec elle.

Voilà tout ce qui la rattachait à son passé, ce qui lui rappelait qu'un jour, elle avait eu sa place quelque part, un endroit où des gens l'avaient aimé et tenaient à elle…mais c'était faux, Jo n'avait jamais eu sa place où que ce soit, les deux seules personnes à qui elle avait fait confiance l'avaient trahi, et s'étaient débarrassés d'elle sans aucun remord.

La tête appuyée contre le tronc d'arbre, ses yeux commençaient à se fermer quand des éclats de voix attirèrent son attention.

Devant la porte des dortoirs, des recrues de la 100ième brigade d'entrainement chahutaient Arnold Coot, un garçon à grosses lunettes et aux cheveux bruns bouclés qui faisait partie du groupe de volontaires. Ce n'était pas la première fois que ça lui arrivait, Arnold trouvait toujours le moyen de se faire bousculer, voler ses affaires ou renverser son plateau dans la cantine.

Jo détourna le regard, ce n'était pas ses oignons. Elle referma les yeux mais les cris de Coot et les éclats de rires de ses harceleurs empêchaient le sommeil de revenir, et sans qu'elle ne sache trop comment, elle se retrouva à marcher vers eux :

« Soyez sympas les gars, rendez-moi mon sac ! » les supplia Coot.

« Sois pas timide comme ça, double foyer. Que serait un artiste sans son public…oh regardez-moi ces horreurs ! », S'exclama l'un d'entre eux en feuilletant un carnet de dessin. « Je vais te dire le bigleux, heureusement que tu t'es reconverti en larbin pour gagner ta croûte, quoique je me demande encore comment un déchet comme toi peu faire partie du bataillon d'exploration ».

En se rapprochant, Jo le reconnut immédiatement, c'était Oluo Bozado, un mètre quatre-vingt d'arrogance et de connerie ambulantes, Jo s'était déjà frité avec lui à plusieurs reprises, notamment à cause d'une place à la cantine.

De manière générale, les « vrais » soldats du bataillon d'exploration n'avaient pas une très haute estime des volontaires, au mieux ils se contentaient de les mépriser en les traitants d'imposteurs ou de larbins, au pire ils faisaient comme Oluo :

« Tu t'y connais en reconversion, pas vrai Oluo ? » Intervint Jo. « Quand je vois ta gueule je comprends pourquoi t'essayes de jouer les comiques ».

Des rires étouffés s'élevèrent dans le dos d'Oluo, le soldat fronça les sourcils en serrant les poings.

« Reste en dehors de ça Donovan, ça ne te regarde pas ».

« A cause de toi je viens de louper ma sieste alors si, ça me regarde », répliqua-t-elle en rejetant ses longues boucles blondes en arrière. « Plus sérieusement, c'est facile de jouer les terreurs de cours de récrés, mais va savoir ce que tu vaux réellement sur le terrain ».

« Si c'est une provocation, on règle ça tout de suite, ici et maintenant », dit-il en se rapprochant d'elle d'un air menaçant.

« T'as de la chance, la charte de l'Humanité interdit la maltraitance envers les animaux ».

Cette fois, les garçons qui accompagnaient Oluo éclatèrent franchement de rire. Vexé d'avoir été ainsi humilié, il saisit Jo par le col de son chemisier blanc quand une main se posa sur son avant-bras :

« C'est bon Bozado, je crois qu'elle a compris », intervint le nouvel arrivant. C'était le garçon séduisant aux cheveux noirs qui avait sauvé Jo de sa chute.

Oluo hésita un instant, mais finit par la relâcher.

« T'as raison, ce n'est pas la peine de s'attirer des ennuis pour des grouillots », dit-il avant de jeter le sac de Coot parterre. Il la dépassa en cognant son épaule contre la sienne.

« Hé Oluo, on passe ramasser les poubelles demain à sept heures, ne sois pas en retard » cria-t-elle lorsqu'il se fut éloigné. Elle se délecta de le voir se débattre alors que ses camarades le retenaient chacun par un bras en l'éloignant.

Satisfaite, elle se pencha pour ramasser les affaires de Coot, et sa main se posa sur son carnet de dessin en même temps que celle de son sauveur. Elle retira aussitôt la sienne, le toisant d'un air méfiant :

« T'es du genre à aimer les ennuis, toi ? », dit-il avec un sourire en coin en lui tendant le carnet.

« Et toi à jouer les héros ».

« J'avoue », répondit-il sans se départir de son sourire. « Oluo n'est pas méchant, juste un peu con, ça lui fait du bien de se faire remettre en place de temps en temps ».

« On y va », coupa sèchement Jo. Elle ramassa le reste des affaires de Coot, le prit par le bras et l'entraîna avec elle.

« A bientôt », dit le garçon en la saluant. Elle ne lui répondit pas.

« Merci de m'avoir aidé », dit Coot en rajustant ses lunettes. « Mais tu vas t'attirer des ennuis ».

Jo haussa les épaules.

« Je m'en fiche, c'est pas comme si j'étais la reine du bal en ce moment. Mais tu sais gamin, y'aura pas toujours quelqu'un pour te secourir…en même temps, je vois que tu fais tout pour t'attirer la misère, t'as vu ta dégaine ? », Demanda-t-elle en lui tapant l'épaule. « T'es menu comme un coucou, on dirait que tu sors à peine de tes couches et pour couronner le tout tu portes des binocles et tu t'appelles Arnold ! Autant te promener avec une pancarte autour du cou qui dirait « victime professionnelle, à votre service ! ».

Coot rit nerveusement en se frottant l'arrière de la tête.

« Faut que tu changes de nom et en urgence, je ne sais pas…choisis un surnom original mais qui fasse flipper » dit la blonde en regardant en l'air.

« Genre Arnaud, ou Arnie ? ».

Jo haussa un sourcil.

« Arnie ? J'ai dit qui fasse flipper, pas pitié. Non, il te faut un truc mastoc du genre…Nodd ! », S'exclama-elle en claquant des doigts, comme si elle avait fait la découverte du siècle.

« Nodd ? » répéta Coot, l'air perplexe.

« Ouais, Nodd, c'est à la fois mystérieux et charismatique, fais-moi confiance c'est parfait, à partir d'aujourd'hui tu t'appelles Nodd », fit Jo d'un air assuré. « Mais surtout quoique tu fasses, ne leur montre jamais que tu as peur, si tu dois te faire tabasser fais-le la tête haute, autrement, ça ne s'arrêtera jamais ».

Coot avait l'air surpris. C'était la première fois qu'il discutait avec « Joséphine Donovan », la fille aux cheveux bizarres dont tout le monde parlait dans l'unité. Il avait entendu beaucoup de rumeurs sur elle, aucune n'était gratifiante, ce qui fait qu'il s'attendait à tout autre chose de cette fille au caractère de feu :

« Merci encore, tu n'en as pas l'air comme ça mais t'es gentille », dit-il avec un immense sourire. Durant une fraction de seconde, Jo crut voir Milo en face d'elle.

« Hé parle pas si fort, quelqu'un pourrait t'entendre », murmura-t-elle en lui donna un petit coup de poing sur l'épaule. « Bon j'y vais, à un de ces jours, Nodd ».


« Y'a quoi au menu, aujourd'hui ? » demanda Jo.

« Soupe de potiron», déclara le cuisinier d'une voix traînante.

« Encore ! C'est la troisième fois cette semaine, vous voulez ma mort ou quoi ?, s'insurgea la blonde.

« Si Madame n'est pas contente elle n'a qu'à s'adresser au bureau des plaintes », répondit le cuisinier en indiquant la poubelle derrière lui.

Jo le fusilla du regard, elle prit une pomme et une bouteille d'eau avant de s'en aller.

Natalia ne se sentait pas bien, aussi a-t-elle déjeuné en vitesse avant de monter se reposer en attendant les cours de l'après-midi.

La blonde se retrouvait donc seule, assise à une table isolée près de la fenêtre.

Perdue dans ses pensées, elle ne remarqua pas que quelqu'un s'était assis face à elle et l'observait déjà depuis quelques minutes.

« T'es douée, je commence à me demander si je suis vraiment transparent ».

Jo sursauta. C'était encore le garçon brun de tout à l'heure.

« Je crois que tu t'es gouré de table, ici c'est le comptoir des parias ».

« Je sais, jusqu'à récemment c'était ma table attitrée », dit-il avec un large sourire. « Alexander Hammerstein, mes amis m'appellent Alex », ajouta-t-il en lui tendant la main.

« Jo Dono… »

« … Donovan je sais » la coupa-t-il, « Après ce qui s'est passé pendant l'entrainement, tu es devenue une petite célébrité dans le coin ».

Jo nota que son sourire séducteur creusait deux fossettes dans ses joues bordées par une mâchoire carrée, et que ses yeux tout aussi noirs que ses cheveux pétillaient d'intelligence.

« Promis, je ne vais pas te la voler », dit-il en désignant sa main.

Non sans hésitation, Jo consentit à prendre sa main qu'il serra délicatement. La blonde sentit une drôle de chaleur monter de son cou vers ses joues, aussi s'empressa-t-elle de récupérer sa main.

« Hammerstein, hein ? Ça sonne bourge », ajouta-t-elle pour détourner l'attention.

« Les nobles de Sina ont tous des noms à rallonge, ils croient que ça impressionne ».

« C'est ça, et moi je suis la fille illégitime du Roi Fritz…quoi, c'est pas des cracks, t'es vraiment noble ?! », s'exclama-t-elle devant le sourire en coin de son interlocuteur.

« Je te l'ai dit, moi aussi j'étais un paria ».

Jo haussa les sourcils. Un gosse de riche au bataillon d'exploration, nul doute qu'il a dû en baver :

« Qu'est-ce qu'un petit Bourgeois fait si loin de son manoir ? Laisse-moi deviner, ton père voulait que tu épouses la fille d'un mec friqué, mais comme elle a deux pieds gauches et un œil qui dit merde à l'autre, tu t'es barré pour échapper au mariage…j'ai raison ? ».

«Presque… on a un château pas un manoir, et la fille avait un troisième œil et des tentacules à la place des bras ».

Il éclata de rire et Jo se surprit à en faire de même.

« Et toi, c'est quoi ton histoire, pourquoi tout le monde t'évites ? ».

Jo se tourna, les membres de son unité étaient presque tous assis à la même table, ils lui jetaient des regards dérobés en murmurant entre eux :

« J'ai failli tuer deux de mes équipiers à cause d'un tour de con, et maintenant je suis comme le môme à l'école qui a choppé des poux et avec qui personne ne veut plus jouer…d'ailleurs tu devrais reculer, c'est contagieux ».

« Je prends le risque », répliqua Alex en la dévorant presque des yeux, comme s'il n'avait jamais vu une fille auparavant. Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'avait pas peur d'avoir l'air flippant.

« J'ai un truc coincé entre les dents ? » ne put s'empêcher de demander Jo.

« Non, j'ai juste envie de te regarder », dit-il en posant son menton sur son poing pour mieux la détailler, l'air rêveur.

Jo ouvrit la bouche pour répondre mais aucun son n'en sortit, c'était la première fois qu'elle se retrouvait à court de mots. Elle aurait pu être désagréable et sarcastique, l'envoyer paître comme les autres, mais elle n'en avait pas envie, pire, l'attention qu'il lui portait n'était pas désagréable bien au contraire.

« Hé Peter, qu'est-ce que tu as ? », s'écria un garçon assis à une autre table. Soudain, le dénommé Peter se mit à pousser des hurlements de douleur en serrant son ventre avant de s'écrouler à genoux, et de vomir tout le contenu de son estomac.

Il fut suivit par son ami, les soldats assis à la même table qu'eux et bientôt, pratiquement tous les membres du bataillon présents dans le réfectoire se roulèrent parterre en se plaignant d'atroce maux de ventre.

« Putain, il se passe quoi, là ? », souffla Jo en se tournant vers Alex. Mais ce dernier aussi était devenu pal, il plaqua sa main contre sa bouche et parti en courant.

Hébétée, Jo se leva en contemplant le capharnaüm qu'était devenue la cantine, qu'est-ce que c'était encore que ce cirque ?


« Je te l'avais dit Erwin, cette gamine ne va nous apporter que des emmerdes », maugréa Levi en s'écrasant sur le fauteuil du Major.

« Il est trop tôt pour affirmer quoique que ce soit, on doit d'abord attendre les conclusions du médecin », répondit-il en rédigeant son rapport, l'air parfaitement calme.

« Qui d'autres si ce n'est pas elle ? T'es au courant de ce qui s'est passé à Vlatka, et pendant l'exercice de manœuvres tridimensionnelles, faut pas chercher midi à quatorze heures ».

Erwin quitta un instant ses papiers des yeux pour lancer un regard à son second.

« Étrange, ce n'est pas dans tes habitudes d'accuser quelqu'un sans preuves », dit-il en tournant une page.

« Tss, on voit bien que ce n'est pas toi qui doit te la coltiner toute la journée et supporter ses âneries. Elle est bornée, immature, paresseuse et stupide, et pour couronner le tout, elle a réussi à se mettre à dos tout le bataillon à cause de ses conneries », récita Levi d'une voix sombre.

« Elle se sent seule, et comme tous les enfants rejetés, elle essaye d'attirer l'attention » expliqua Erwin.

« Sauf que t'as loupé un point important Erwin, ce n'est pas une gosse, c'est un futur soldat ! » Répliqua Levi.

« Joséphine n'est pas n'importe quel futur soldat », reprit Erwin en posant son stylo à plume dans son encrier. « Contrairement aux autres recrues l'échec n'est pas une option pour elle, voilà pourquoi on doit se montrer plus...indulgent ».

« Oh ! Tu trouves qu'on est trop brutal avec elle ? Fallait le dire dès le départ qu'elle était ici en vacances, on se serait plier en quatre pour elle, p'tit déj au lit et service d'étage compris »

« Levi… » Soupira Erwin en se massant les tempes.

« Ecoute, au départ c'est toi qui m'a forcé à jouer les nounous, alors tu me laisses gérer à ma façon, ce qu'il manque à cette morveuse c'est de la discipline ».

Erwin considéra les propos de son subalterne, et il dut admettre que Levi n'avait pas tout à fait tort.

S'il avait choisi le capitaine et pas un autre pour s'occuper de la formation de Joséphine, c'était à cause de son « inflexibilité », seule une main de fer dans un gant en acier trempé saurait venir à bout du caractère rebelle et impétueux de l'adolescente.

« …entendu Levi, tu as carte blanche », finit-il par déclarer.

A ce moment, Hanji ouvrit la porte en brandissant une liasse de feuilles, l'air enjoué :

« Bonne nouvelle, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une accélération brutale du transit intestinale ».

Levi et Erwin la contemplèrent d'un air perdu, attendant ses explications.

« Une diarrhée » expliqua-t-elle devant les faces de merlan frit de ses collègues. « Le point positif c'est qu'ils ne sont pas en danger, beaucoup d'eau, du repos et ils seront sur pieds demain matin. Par contre, ça signifie que quelqu'un a sciemment empoisonné la marmite du cuistot en y versant tout une boite de laxatifs et d'antidouleurs à forte dose, c'est ce qui aussi provoqué les vomissements».

Erwin et Levi échangèrent un regard, la Major savait maintenant ce qu'il lui restait à faire.

« Dis à Mike de rassembler tous les soldats qui ne sont pas à l'infirmerie, nous allons procéder aux interrogatoires ».

« Entendu », répondit Hanji avant de quitter le bureau.


« Suivant : Donovan ! » appela la voix glaciale de Levi alors qu'un soldat sortait du bureau d'Erwin, le teint livide.

Jo inspira profondément en lissant sa veste d'uniforme.

Après l'incident de la cantine, les hauts gradés ont passé le reste de la journée à essayer de découvrir qui a empoisonné les soldats du bataillon d'exploration, en commençant par interroger tous ceux qui n'étaient pas tombés malade. Ainsi, Jo s'était retrouvée avec une dizaine d'autres soldats à attendre dans le couloir que Levi appel son nom pour être interrogée.

Alors qu'elle avançait vers le capitaine, Jo tentait de maîtriser son rythme cardiaque en se répétant les mêmes mots :

« Pas de panique », se dit-elle, « ça sert à rien de flipper comme ça, j'ai rien fait de mal après tout ».

Pourtant, une curieuse sensation de malaise s'empara d'elle lorsque Levi claqua la porte du bureau d'Erwin derrière elle, et qu'elle se retrouva face au Major assis derrière son bureau, et Hanji, debout à côté de lui.

« Tu sais pourquoi tu es ici ? » demanda Erwin.

Ne tenant pas à avoir l'air nerveux, Jo mit ses mains dans les poches de sa veste et haussa les épaules d'un air désinvolte. Dans son dos, Levi s'avança et lui donna une tape derrière la tête.

« Hé ! », s'offusqua-t-elle en se massant le crâne.

« Tiens-toi droite et répond quand on s'adresse à toi »

Jo leva les yeux au ciel. D'un geste lent et théâtral, elle colla son poing contre son cœur et récita d'une voix traînante « Oui, monsieur ».

« Où étais-tu durant la pause déjeuner ? »

« Au réfectoire ».

« On a découvert que quelqu'un avait empoisonné la nourriture. As-tu une explication quant au fait que tu ne sois pas malade ? » Demanda Hanji.

« Tout simplement parce que j'ai rien bouffé, j'ai horreur de la soupe de potiron », répondit Jo.

Hanji et Erwin échangèrent un regard.

« Bien… nous allons maintenant procéder à la fouille de ton sac », dit Erwin.

La fouille de quoi ?

« Hors de question ! » répliqua la blonde en s'accrochant à son sac à dos quand Levi se rapprocha d'elle.

« Si tu n'as rien à voir avec ce foutoir, ça ne devrait pas te déranger, non ? » demanda Levi d'un air sombre.

« Parce que j'ai des trucs perso que je tiens à garder perso justement…hé, vous avez pas le droit de faire ça ! » objecta Jo quand Levi lui arracha le sac des mains.

Il en renversa le contenu sans ménagement sur le bureau d'Erwin: une pomme entamée, ses cahiers de cours, le doudou de Milo, le livre de Lyanna, le dessin de Karl…et une petite boite blanche cylindrique qu'elle n'avait jamais vu auparavant.

Levi la repéra de suite :

« Qu'est-ce que c'est ? » demanda-t-il en la lançant à Hanji pour qu'elle l'examine.

« J'ai bien peur que ce soit ce que nous recherchons », déclara-t-elle en lançant un sourire désolé à Jo.

Les yeux exorbités et la bouche entrouverte, Jo tentait de comprendre ce qu'il se passait mais sans succès, c'était comme si son cerveau était victime d'une paralysie momentanée :

« Ce…c'est pas à moi !» Protesta-t-elle. « Si c'était moi qui avait empoisonné la tambouille vous croyez que je serais venue vous voir avec ce truc dans mon sac ?!».

« Elle marque un point » déclara Hanji en jonglant avec la boite de pilule.

« L'autre jour, tu as bien menacé ton unité en gueulant « vous allez me le payer », je me trompe ? »demanda Levi.

« Mais…Mais je le pensais pas sérieusement ! Tu me menaces de mort une demi-douzaine de fois par jour et jusqu'à présent tu n'es jamais passé à l'acte ».

« Comme tu dis, jusqu'à présent» répliqua le capitaine en se rapprochant de la blonde d'un air menaçant.

« Levi, Hanji, laissez-nous seuls, s'il vous plait » intervint Erwin.

Les deux chefs d'escouades échangèrent un regard avant de s'exécuter, Hanji referma la porte en lançant un petit sourire encourageant à Jo.

« Erwin, je vous promets que je n'ai rien à voir dans tout ça », répéta la blonde, le regard presque suppliant.

« Je te crois, Jo » dit-il d'une voix plus douce.

Il lui indiqua le siège en face de son bureau, et se leva pour venir s'asseoir à côté d'elle.

« Ce qui m'intrigue, c'est comment ces médicaments se sont retrouvés dans ton sac »

Jo garde le silence. Comme pour l'incident avec son équipement de tridimensionnalité, elle avait sa petite idée sur la question, quelqu'un essayait manifestement de lui faire porter le chapeau, peut-être même de la faire renvoyer du bataillon mais elle n'avait toujours pas l'intention d'en parler à qui que ce soit, encore moins à Erwin.

« Comment ça se passe avec les autres membres de l'unité ? »

Jo haussa un sourcil.

« Qu'est-ce que vous voulez dire ? ».

« Je suis au courant pour les menaces qu'on a peint sur le mur de ta chambre ».

Les doigts de la blonde se serrèrent autour des accoudoirs de son fauteuil.

« C'est la meilleure ! Vous m'espionnez maintenant ? » S'insurgea-t-elle. « Vous voulez savoir si j'ai un problème ?! Je vais vous le dire, c'est vous Erwin, vous et tous ceux qui essayent de faire de moi quelque chose que je ne suis pas ! ».

« De quoi parles-tu ? »

« De ça », cria-t-elle en tirant sur la veste de son uniforme. « Faudrait être complètement bigleux pour ne pas voir que je fais tâche, je serais jamais l'une des vôtres, et à part vous personne ne veut de moi ici ».

« Tu te trompes ».

« Ah ouais ? Dites-moi, qu'est-ce que je fous là, à part attendre que votre scientifique fasse de moi son prochain rat de laboratoire ? Si je n'avais pas ces soi-disant pouvoirs, vous ne sauriez même pas que j'existe, Vous m'auriez accepté dans le bataillon d'exploration ? »

« Joséphine… », Commença Erwin, mais il fut à nouveau interrompu par la jeune fille.

« La réponse est non, parce que vous n'êtes pas stupide, loin de là », dit-elle avec un sourire amer. « Vous savez que je ne serais d'aucune utilité, parce que sans ces satanés pouvoirs, je ne suis rien».

Sa voix se brisa sur ses derniers mots, et les larmes roulèrent sur ses joues sans qu'elle ne parvienne à les retenir. La voilà exactement au point qu'elle voulait éviter, en train de s'épancher misérablement sur ses petits problèmes existentielles devant son plus haut supérieur hiérarchique, pleurnichant comme une gamine esseulée dans une cour de recrée, une gamine qui ne savait plus comment exprimer sa détresse autrement que par la violence et la colère.

« Jo, tu as besoin d'aide », déclara Erwin d'une voix neutre. Ce fut comme si quelqu'un lui avait jeté un seau d'eau glacial à la figure. De nouveau, elle était à l'orphelinat, dans le bureau d'Elise, face à sa tutrice qui posait sur elle un regard froid et calculateur.

« M'approchez pas ! », Cria-t-elle en reculant comme un animal apeuré. « J'ai pas besoin de votre pitié, je veux que vous me laissiez tranquille, fichez moi la paix !» hurla-t-elle en sortant du bureau d'Erwin en courant.

Après le départ de Jo, Erwin resta un moment immobile à fixer l'endroit où elle se tenait quelques secondes avant. On aurait dit qu'une mini-tornade était passée par son bureau en dévastant tout sur son passage.

Le major soupira, il desserra le col de sa chemise et, une fois n'est pas coutume, se versa un grand verre de Rhum avant de s'installer derrière son bureau.

Ah, les ados….

Elise n'avait pas tort, s'occupait d'une jeune fille était la tâche la plus difficile au monde. C'est simple, en ce moment il préférerait affronter une horde de titans enragés plutôt que de faire face à ce genre de problème, il n'avait pas la moindre idée de la manière dont on devait s'y prendre, encore moins avec une jeune fille perturbée victime de harcèlement. S'il s'agissait d'une autre recrue, la question ne se poserait même pas, il serait immédiatement intervenu, mais comme il l'avait dit quelques heures avant à Levi, Jo n'était pas n'importe quelle recrue.

Avec un énième soupire, il finit son verre d'une traite, et s'attela à l'écriture de la lettre qu'il enverrait demain à Elise.


Elle sentait que sa tête allait exploser.

Tout se bousculait, Levi, Erwin, les enfants, le bataillon, Eren, Shadis, ses mots infâmes sur les murs, et les rires, des rires cruelles, moqueurs, tout autour d'elle. Jo s'immobilisa et plaça ses mains sur ses oreilles en fermant étroitement les yeux.

« C'est dans ta tète Jo, ce n'est pas réel…la ferme…la ferme », répéta-t-elle encore et encore.

« Josie ? »

« LA FERME ! », hurla-t-elle en repoussant la main posée sur son épaule. Natalia recula d'un pas, l'air effrayé.

« Natalia ? » s'étonna Jo avant de se racler la gorge pour se donner contenance. « Qu'est-ce que tu fais là ? » demanda-t-elle d'une voix plus calme.

« J'ai réussi à me faufiler hors de l'infirmerie, qu'est-ce qui s'est passé ? Tout le monde dit que c'est toi qui a empoisonné le déjeuner… non attend Josie ! Je sais que tu es innocente ! » S'empressa d'ajouter la rousse en la retenant par le poignet.

Des comptes, toujours et encore des comptes à rendre, combien de fois faudra-t-il qu'elle s'explique, qu'elle se justifie, qu'elle se défende, pourquoi fallait-il toujours qu'elle se fasse remarquer, que ce soit « elle contre tous » ?

« Laisse-moi tranquille, tu ferais mieux d'aller te reposer, t'as une sale tête », dit-elle d'une voix lasse en se détournant.

« Mais Josie…. »

« Putain t'es sourde, je t'ai de me lâcher, ok !», répliqua-t-elle en dégageant son poignent d'un geste brusque.

« Je…voulais juste t'aider », murmura Natalia d'un air hésitant.

L'aider ? Encore ça, pourquoi est-ce que tout le monde voulait l'aider ?!

« Tu veux m'aider ? Alors arrête de jouer les sangsues ! J'en ai ma claque de t'avoir sur le dos toutes la journée, on n'est pas amies et on le sera jamais alors tire-toi ! ».

Au moment où les yeux de Natalia se mirent à briller, Jo comprit qu'elle venait de faire une énorme erreur. Elle voulait la retenir, lui dire qu'elle était désolée, qu'elle s'était emportée à cause de la journée de dingue qu'elle venait de passer mais comme toujours, les mots restaient au fond de sa gorge, et Jo se retrouva à nouveau seule avec pour seule compagnie le silence et ses démons.


La lumière filtrait sous la porte du bureau de Levi.

Jo haussa un sourcil, à peine surprise. En plus d'être increvable ce taré ne dormait jamais. Qui sait, il était peut-être à moitié titan, ça expliquerait d'où vient son caractère de merde.

« C'est sur lui que Hanji devrait faire ses expériences, par moi », marmonna-t-elle en glissant le rapport des événements de la journée sous sa porte.

Elle entendit une chaise racler le plancher du bureau, la blonde se dépêcha de partir sur la pointe de pieds.

Quelques couloirs plus loin, elle s'arrêta devant le bureau d'Erwin.

Autant elle s'en foutait de ce que les autres pensaient d'elle, pour Erwin c'était différent, ils étaient l'une des rares personnes qui lui inspiraient le respect, et dont l'opinion comptait.

Elle s'apprêtait à frapper à sa porte, mais sa main s'arrêta à quelques millimètres du bois.

Que pourrait-elle dire d'ailleurs ? Je suis désolée d'avoir réagi comme une demeurée ? C'était inutile, et veinarde comme elle l'était aujourd'hui, elle serait capable d'aggraver la situation. Le mieux qu'elle pouvait faire actuellement serait d'aller dormir, demain elle aurait les idées plus claires.

Mais avant de retourner au dortoir, elle décida de faire un crochet par l'infirmerie.

C'était une grande salle ou les lits étaient séparés par des paravents. Le bureau de l'infirmière de garde était fermé, et hormis quelques chandelles allumées sur les tables à coté de chaque lit, il n'y avait aucune source de lumière.

Jo se saisit d'une chandelle et se mit à la recherche du lit de Natalia.

Elle la trouva enfin, allongée sur le flanc droit, son dos faisait face à la porte, sa longue chevelure flamboyante étalée sur son édredon.

« Hé, gros lolos » murmura-t-elle. « Ça fait bizarre de te voir aussi…calme ».

La rousse resta silencieuse, son corps se mouvait lentement au rythme de sa respiration, elle dormait paisiblement.

« Quand j'étais gamine, les filles avaient formé une bande à l'orphelinat et j'étais la seule à ne pas y être admise, elles refusaient toujours de jouer avec moi. Une fois je leur ai demandé pourquoi, et elles m'ont répondu que ma peau était sale et que mes cheveux étaient hideux », raconta-t-elle avec un sourire nostalgique. « Les choses se sont améliorées après l'arrivée d'Emilie, c'était la première personne à me parler comme un être humain, pas comme un tas de merde repoussant. Bref, tout ça pour te dire que…j'ai une grande gueule, je le sais et la plupart du temps j'en suis fière, mais il m'arrive aussi de dire des conneries…et ce que je t'ai dit ce matin en était une, tu es bien la première amie que j'ai eu de ma vie ».

« Hé, y'en a qui essaye de dormir ici ! », dit une voix derrière le paravent.

« Désolée », s'excusa Jo.

Natalia n'avait pas fait un mouvement, Jo ne savait pas si elle l'avait entendu, mais étrangement, elle se sentait mieux. Elle remonta la couverture de la rousse jusqu'à son épaule et souffla sur la bougie avant de s'en aller, le cœur plus léger.

Même si tous ses problèmes n'étaient pas résolus, elle était décidée à tirer les choses au clair. Demain, elle irait voir Erwin, elle s'excuserait, et elle en fera de même avec Natalia.

Gonflée d'aplomb, elle ne remarqua pas l'ombre qui s'était faufilée derrière, et au moment où elle s'apprêtait à descendre l'escalier, deux mains la poussèrent violemment dans le dos.

Ballottée comme une caisse à l'arrière d'un chariot, elle dévala tout un étage en se cognant à toutes les marches, essayant tant bien que mal de se protéger la tête.

Une fois arrivée à l'étage inférieur, elle était incapable de bouger un orteil, la douleur était telle qu'elle parvenait à peine à respirer, on aurait dit qu'elle avait reçu une centaine de coups de bâtons sur chaque parcelle de peau. Elle entendit des bruits de pas précipités, comme si quelqu'un courrait dans sa direction et soudain, elle reçut un coup violent dans le ventre qui la fit hurler de douleur.

« Tu fais moins la maline, hein pétasse ! », dit une voix, alors que plusieurs jambes continuaient à la rouer de coups. « On va t'apprendre le respect, tu y réfléchiras à deux fois avant de faire tes putains de blagues à l'avenir ».

« hé, qui est là ?! »

« On se casse ! » cria une voix féminine avant de s'enfuir.

Les yeux à peine ouvert, la joue collée contre le plancher en bois du couloir, Jo distingua dans la pénombre éclairée par la lune des bottes venir dans sa direction.

« Tu peux te relever ? »

Elle reconnut la voix de Nanaba, le lieutenant de Mike.

« Hé, tu m'entends ? » réitéra-t-elle devant le mutisme de Jo, mais la blonde était dans un autre monde.

Elle sombra dans une chaîne de cauchemars sans fin, poursuivie par des images de son passé, comme si elle était de nouveau à l'orphelinat, étalé dans la poussière de la cours, à se faire rouer de coups et tirer les cheveux par d'autres gamins.


Le lendemain matin, Jo reprit conscience dans un lit moelleux, et dans une chambre qui n'était pas la sienne.

Dès qu'elle ouvrit les paupières, la lumière du soleil lui foudroya les yeux. Elle les referma en gémissant, et porta sa main à sa tête endolorie. Elle s'aperçut alors que quelqu'un lui avait bandé la tête, ainsi que le poignet droit, et le genou gauche.

« Réveillée ? », dit une voix à la porte.

C'était Nanaba.

Soudain, des flashs de la veille lui revinrent en mémoire. Nanaba était arrivée à temps, c'était surement elle qui l'avait amené ici et soignée.

« C'est Hanji qui s'est occupée de toi », dit-elle comme si elle avait lu dans ses pensées.

« Je vois », fit la blonde d'une voix rauque.

« Le bizutage a été plus violent que d'habitude, ils ne t'ont pas loupé».

La blonde prit une chaise et s'assit à côté du lit de Jo.

« Comme c'est moi qui t'ai trouvé hier, je dois rédiger un rapport d'incident, tu as reconnu l'un d'entre eux ? ».

Jo hocha la tête de gauche à droite.

« Tu as une idée de qui aurait pu faire ça ?».

« Non, et avant que vous me le demandiez, je n'ai pas l'intention de porter plainte », répondit Jo d'un ton sans appel.

Nanaba n'était pas surprise, ce n'était pas la première fois qu'elle rencontrait ce genre de cas. Les soldats osaient rarement se plaindre de maltraitance, ils pensaient que cela pourrait mettre en doute leurs compétences auprès de leurs collègues. Mais d'un autre côté, garder le silence ne faisait qu'encourager ce genre de comportements abusifs au sein de l'armée.

« On n'est pas obligées d'en parler maintenant. De toute façon, tu as de la visite », dit-elle en quittant sa chaise pour se diriger vers la porte.

De la visite, qui cela pouvait-il être ?

« Sainte Maria ! », s'étrangla Emilie en voyant l'état de Jo. « Josie, qu'est-ce qui t'est arrivé ? Qui as fait ça ?! » Dit-elle en se précipitant au chevet de la blonde pour examiner son visage tuméfié.

« C'est rien, juste un exercice qui a mal tourné », dit-elle en éloignant les mains de son ancienne institutrice.

« Un exercice ? Tu as vu l'état de ton visage ! ».

« Qu'est-ce que tu fais ici, Emilie ? » demanda Jo d'une voix glaciale, le souvenir cuisant de leur dernière rencontre encore gravé dans sa mémoire.

Emilie saisit le message et son sourire se fana légèrement.

Elle s'assit à côté de la jeune fille, et sortit de son sac une boite de taille moyenne entouré d'un ruban vert.

« C'est pour toi », dit-elle en posant la boite sur ses cuisses. « Ouvre-le ! »

D'abord méfiante, Jo finit par s'exécuter. Elle sortit de la boite une belle robe rouge plissée légèrement décolletée, dont la taille était entourée d'un ruban de même couleur.

« Joyeux anniversaire, ma chérie», fit Emilie en posant un baiser bruyant sur la joue de la blonde, ce qui la fit grimacer de douleur. « C'est celle que tu voulais, n'est-ce pas ? »

Elle avait complètement oublié que c'était aujourd'hui son anniversaire.

« Dix-sept ans », souffla-t-elle en passant ses doigts sur le tissu délicat de la robe.

Pour ce jour spécial, elle avait imaginé beaucoup de scénarios différents.

Elle serait sur le dos de Licht, galopant dans une terre infinie où rien ne lui serait interdit, ou perchée au sommet d'une montagne à boire de l'eau de source la plus pure, ou vêtue d'une robe d'un rouge outrageux, à danser dans un bal populaire avec un garçon dont elle ne connaissant même pas le nom, et à boire de la bière jusqu'à en oublier le sien. Elle avait imaginé plein de choses, peut-être trop d'ailleurs, mais rien ne laissait présager qu'elle serait emprisonnée dans une base militaire à subir un entrainement pour devenir une arme de destruction.

Dix-sept ans était censé être l'âge où tout était possible, le premier jour de sa nouvelle vie d'adulte indépendante et libre, mais aujourd'hui elle se rendait compte que sa vie ne lui appartenait plus, et que ce jour si attendu ressemblait maintenant à tous les autres.

« Josie, est-ce que tout va bien ? » demanda Emilie d'un air inquiet devant son silence prolongé.

« Tu te souviens de l'histoire de l'arbre-refuge ? » demanda-t-elle en fixant la porte d'un air absent. « Lorsque les rayons brûlants de l'adversité se frayent un chemin sur notre route, il n'y a rien de tel qu'un arbre refuge, pour nous soulager à l'abri de son ombre fraîche. Son tronc massif de compréhension nous procure la sécurité, tandis que ses feuilles lavent nos cœurs meurtris. Enfin de ses racines infinies, nous puisons l'amour et le courage de poursuivre notre chemin », récita-t-elle. « Tu m'as dit que les amis étaient des arbres refuges les uns pour les autres, tu t'en souviens ? ».

« Oui, je m'en souviens très bien », répondit l'institutrice d'un air perplexe.

« Je ne vais pas bien », dit Jo en se tournant vers elle. « Je ne vais pas bien depuis le jour où tu m'as balancé du haut de l'arbre ».

Emilie resta muette.

Jo tira ses draps, et sortit péniblement de son lit. Emilie se proposa de l'aider mais la blonde refusa, elle tituba seule jusqu'à la salle de bain et ferma la porte derrière elle.

Ce fut un choc lorsqu'elle découvrit son reflet dans le miroir.

Elle avait des bleus sur les pommettes, et un bel hématome sur le côté gauche de la mâchoire. Son œil gauche était injecté de sang, entouré d'un large bleu multicolores. Sa lèvre inférieure était boursouflée et on lui avait fait trois points de sutures sur le sourcil gauche.

« C'est ce qui s'appelle se faire défoncer la gueule » dit-elle en examinant son reflet.

C'était le moment ou jamais de mettre ses cheveux à contribution. Elle entreprit de placer ses boucles de façon à cacher la partie gauche de son visage qui était la plus touchée.

Quelques minutes plus tard, elle entendit avec soulagement la porte de la chambre se fermer, Emilie était enfin partie.

Elle fit un brin de toilette, s'habilla et quitta discrètement la chambre pour se rendre au réfectoire, laissant derrière elle le cadeau d'Emilie étalé sur le lit.

En chemin, elle tomba nez à nez avec la dernière personne qu'elle voulait voir aujourd'hui.

« Va te coiffer » ordonna Levi d'une voix rude.

« Et toi va au diable !» répondit-elle par réflexe, ce qu'elle regretta amèrement lorsque le capitaine la saisit par l'épaule pour la retourner.

« Qu'est-ce que tu as au visage ? »

« Rien, j'ai glissé sous la douche » répondit-elle en évitant son regard.

« C'est ça, je vois que ton gant de toilette a un sacré crochet du droit. Arrête de te foutre de ma gueule et dis-moi ce qui s'est passé ! ».

« Je t'ai déjà dit que je me suis scratchée sur la savonnette, alors arrête de m'emmerder » cria-t-elle avant de s'enfuir, soulagée de voir que contrairement à ses habitudes, Levi ne chercha pas à la poursuivre.

A son entrée dans le réfectoire, la première chose qui lui vint à l'esprit c'est qu'elle aurait dû mettre un sweet à capuche. Tout le monde était là à la fixer comme un phénomène de foire, même le type qui servait la bouffe la reluquait avec animosité lorsqu'il jeta une assiette de porridge sur le plateau de Jo.

« Sympa », souffla-t-elle en prenant son plateau.

Bien sûr, toutes les tables étaient occupées. Natalia étaient assises avec deux autres filles, le nez plongé dans son assiette, l'air morose.

Elle repéra un coin de table libre…table qui était malheureusement occupée par Oluo et sa bande.

« Hé, tu fais quoi, là ? » demanda le soldat en voyant Jo s'installer à leur table.

« Je ne sais pas comment ça se passe dans ton patelin, mais chez les gens civilisés c'est comme ça qu'on mange », dit-elle en s'attablant.

« T'as rien à faire ici Donovan, dégage », renchérit l'un de ses amis.

« Tu vois une autre place libre quelque part ?».

Mais Oluo ne l'entendait pas de cette oreille. Il prit l'assiette de Jo et la renversa sur sa tête sous les regards attentifs de tous les soldats du bataillon.

« Maintenant t'as plus aucune raison de rester là, bon appétit », dit-il en éclatant de rire avec sa bande.

Jo prit alors son verre de jus, tira sur la ceinture du soldat et le versa dans son pantalon où le liquide forma une grande auréole jaunâtre :

« Ben quoi mon petit Oli, un grand garçon comme toi ne sait pas se retenir », dit Jo avec un sourire en coin.

Quelques instants plus tard, le bataillon d'exploration put assister à une bataille épique entre la blonde et le soldat dans une joute infatigable d'assiette de prodiges. Ça avait l'air tellement amusement qu'un autre soldat se mit soudain debout sur une table et hurla : « BATAILLE DE BOUUUUUFFFFFE ! ».

Et cette simple phrase sonna les cloches de l'apocalypse.

« Nom de Dieu », soupira la blonde. « Ça va encore être moi, la responsable ».


« J'espère que vous avez une explication, Major Smith », déclara Emilie d'un ton sévère, ses yeux bruns lançaient des éclairs. « Madame Elise ne vous a pas confié Joséphine pour qu'elle soit la proie de maltraitances. Où étiez-vous lorsque ces barbares l'ont attaqué, n'êtes-vous pas responsable de sa surveillance ? ».

Erwin jeta un coup d'œil à Levi, adossé près de la porte de son bureau en spectateur silencieux.

« Joséphine est entrée au bataillon d'exploration en qualité de recrue ordinaire, et elle s'est déjà faite suffisamment remarqué. Si j'interviens au moindre problème nous risquons d'attirer l'attention des autres soldats. Je sais que c'est difficile pour vous, vous l'avez pratiquement élevé, mais nous ne devons plus la voir comme une enfant, elle doit apprendre à se débrouiller seule».

Emilie avala difficilement, les yeux brillants d'émotion. Ses doigts se serrèrent autour de l'anse de son sac.

« Je connais bien Josie, elle peut se montrer têtue, dispersée, capricieuse… »

« On l'avait compris, c'est une emmerdeuse », l'interrompit Levi, s'attirant par la même occasion le regard noir d'Emilie.

« …mais ce n'est pas une mauvaise fille. Quand je suis arrivée à l'orphelinat, c'était une petite craintive et renfermée qui avait déjà subi beaucoup de brimades à cause de son apparence. J'ai eu énormément de mal à obtenir sa confiance. Elle vous dira surement le contraire mais tout ce qu'elle veut c'est être acceptée et aimée, comme n'importe qui dans ce monde », expliqua-t-elle en fixant Erwin. « Je vous laisse à présent, que ça ne se reproduise pas, où Madame Elise se verra contrainte de prendre des mesures ».

« C'est une menace ? » demanda Levi en haussant un sourcil.

« Plutôt une promesse, Madame Elise n'est pas du jour à proférer des paroles en l'air », répondit Emilie en ajustant sa cape sur ses épaules. « Bonne journée ».

Elle quitta le bureau en refermant la porte derrière elle. Levi observait son supérieur, il se demandait quels genres de relations il entretenait avec cette Elise, et qu'elle position elle pouvait bien occuper dans l'église pour être en mesure de le « menacer ».

« Hanji m'a dit que beaucoup de soldats demandaient à ce que Jo soit renvoyée de l'unité de volontaires. Apparemment, quelqu'un a répandu la murmure qu'elle serait responsable de l'empoisonnement », expliqua Erwin en se levant de son bureau pour se poster face à la fenêtre, les bras dans le dos, l'air pensif. « Si nous ne parvenons pas à trouver la solution, toute l'opération tombera à l'eau et nous seront forcés de la remettre à la police militaire ».

Hormis la saleté et l'incompétence, s'il y avait bien quelque chose que Levi détestait, c'était qu'on lui force la main. Durant sa vie, il avait toujours fait en sorte d'être maître de lui-même et de sa volonté…jusqu'à sa rencontre avec Erwin, mais ça c'était une autre histoire. Au fond, Erwin ne l'avait pas contrait, il avait utilisé ses capacités d'orateur hors pair et il l'avait convaincu.

Mais Levi n'était pas Erwin, la diplomatie et le tact n'ont jamais fait partie de la panoplie de ses talents, son mantra était simple : « combattre le mal par le mal », et c'est bien ce qu'il avait l'intention de faire.

« Où vas-tu ? » demanda Erwin en voyant le capitaine quitter son bureau. Sa question resta sans réponse.

Plus tard, lorsque le capitaine rejoignit la cantine et qu'il se baissa de justesse pour éviter un strudel aux pommes en pleine poire, la première idée qui lui vint en tête était que tous ces petits cons qui n'ont jamais crevé de faim dans leur vie mériteraient d'être mis à l'eau et au pain sec jusqu'à la fin de l'année.

Mais réflexion faite, Levi se dit qu'il s'agissait d'une occasion parfaite pour régler définitivement le problème « Joséphine Donovan ».

« STOP ! », hurla-t-il, et le silence tomba sur la salle comme une chape de plomb. Les soldats échangèrent des regards apeurés, se doutant bien que la punition qui s'apprêtait à leur tomber sur la tête ne valait absolument pas ce petit moment d'égarement passager.

« Tout le monde dans la cour, TOUT DE SUITE », ordonna-t-il en tournant les talons

Quelques minutes plus tard, les soldats étaient tous rassemblés dans la cour, et attendaient la peur au ventre la sentence de Levi.

Ils furent surpris de voir deux employés de cuisine ramenaient un grand tonneau qui, d'après l'odeur, contenait de la nourriture pourrie. Ils le posèrent sur le sol et s'en allèrent.

« Donovan », appela Levi. « Viens te mettre là ! », indiqua-t-il en pointant le sol à côté de lui.

« Quoi ?! » s'étrangla-t-elle. « Mais je n'ai rien à voir là-dedans moi, j'ai rien fait ! ».

« Ne m'oblige pas à venir te chercher », trancha le capitaine d'une voix sombre.

Couverte de prodige de la tête aux pieds, Jo avala bruyamment. Qu'est-ce qu'il comptait faire ? Se demanda-t-elle en sortant du groupe pour le rejoindre, il n'allait quand-même pas l'obliger à manger de la bouffe périmée, si ?!

« Maintenant vous allez chacun votre tour prendre quelque chose dans ce tonneau », les invita-t-il en attrapant lui-même une tomate.

Jo haussa les sourcils, sidérée. Monsieur le roi du balai à frange devait être vraiment en pétard pour toucher de ses mains nues quelque chose d'aussi sale.

« Vous voulez vous amuser ? », demanda-t-il après qu'ils se furent tous exécuté. « D'accord, amusons-nous », et il lança la tomate pourrie sur Jo.

« Non mais t'es complètement malade ! Pourquoi t'as fait ça ?! » Hurla-t-elle, les yeux exorbités.

« Si vous avez des comptes à régler, c'est maintenant ou jamais. Aucune sanction ne sera retenue contre vous, c'est votre supérieur hiérarchique qui l'autorise », dit-il.

Les recrues échangèrent des regards étonnés, était-ce un piège où était-il sérieux ?

« Ah ! » s'écria-t-elle quand une courgette la frappa en plein sur son genou endolori.

« Tu n'aurais pas dû faire ça, mon grand», intervint Mr Klaus.

« Ben quoi, c'est le capitaine qui a dit qu'on avait le droit non, je ne vais pas m'en priver, elle l'a bien cherché ».

« Vous voyez, c'est très facile. Je vous montre encore une fois », déclara Levi.

Réagis…bouge…bouge…

Quelque chose la heurta pour la troisième fois, mais Jo n'avait plus le contrôle de son corps. Elle assistait à la scène comme un esprit hors de son enveloppe corporelle, une scène qui ne lui était pas étrangère, une scène qu'elle avait déjà vécu des années auparavant.

« Alors, aucun volontaire ? » demanda le capitaine.

« Capitaine Levi, ça suffit, je crois qu'elle a compris la leçon », intervint Alex en sortant du groupe.

« Si tu veux prendre sa place le blasonné, ne te gène surtout pas…sinon, tu la fermes et tu rentres dans le rang », asséna Levi d'un air menaçant.

Tout d'un coup, il régnait une drôle d'atmosphère dans la cour du quartier général. Plus personne n'osait bouger, ou dire un mot, certains avaient déjà laissé tomber les légumes qu'ils avaient entre les mains, car aussi antipathique que pouvait leur paraître Jo, il était impossible de ne pas avoir pitié d'elle dans de pareils circonstances.

Soudain, ils ne la voyaient plus comme la coupable, mais une victime.

« Oh, vous faites les timides, maintenant ? Jin, fais-le ».

L'asiatique sortit du rang et s'exécuta, comme s'il ne s'agissait ni plus ni moins que d'un banal exercice, et il effectua un lancer parfait, l'orange la heurta en pleine face, pile à l'endroit de ses points de suture. Jo tomba à la renverse et resta quelqu'un instant à terre, sonnée par le choc.

Jin reprit sa place parmi ses camarades comme si de rien n'était, indifférents aux regards scandalisés qu'ils lui lançaient.

« T'es vraiment qu'un enfoiré ! » cracha Natalia d'un air dégoutté.

« La prochaine fois que vous voudrez régler vos comptes avec quelqu'un, faites-le comme des hommes, un à un, face à face et à la lumière du jour », reprit Levi en regardant chacun d'entre eux dans les yeux. « Il n'y a que les lâches qui poussent leurs camarades dans les escaliers en… ».

Des murmures horrifiés parcoururent l'assistance.

Levi se tut, et essuya la pulpe d'orange poisseuse qui dégoulinait sur son oreille.

Derrière lui, Jo se tenait debout, le souffle court, elle lançait sur Levi le regard féroce d'une bête enragée alors qu'un filet de sang coulait de son arcade sourcilière.

« Ça suffit », pensa-t-elle. « Assez ! »

Certaines souffrances étaient pires que la douleur physique, celle de l'humiliation par exemple.

Jo n'était plus la petite fille craintive et peureuse de l'orphelinat, celle qui préférait rester à terre pour ne pas tenter ses bourreaux de lui en redonner. Au fond, c'est grâce à tout ce qu'elle avait vécu au bataillon d'exploration qu'elle en était arrivée là : la souffrance, la solitude, le doute, le rejet…et même la tête que faisait Levi en fonçant sur elle comme un bulldog ne lui fit pas regretter son geste.

Aujourd'hui, elle n'était plus une victime.


Elle ne saurait dire depuis combien de temps elle se trouvait dans cette cellule.

Le point positif, c'est qu'elle pouvait admirait le coucher de soleil par les barreaux de sa fenêtre, pensa-t-elle en s'adossant au mur de pierres glacial.

Elle se demandait combien de temps elle allait rester en isolement, et ce qui allait lui arriver à sa sortie. Peut-être qu'Erwin allait enfin se résoudre à la donner à la police militaire…

Avec sa cuillère en fer, elle grattait le sol à un rythme régulier, comme pour bercer ses pensées, le bruit et la répétition avaient tendance à la soulager.

« Tu ne comptes pas creuser un tunnel et t'enfuir par-là, j'espère ? » demanda une voix.

Jo sursauta, c'était Mike Zacharie, appuyé au barreau de sa cellule, il posait sur elle un regard amusé.

« Pourquoi, tu comptes me dénoncer ? » demanda Jo en revenant à son ouvrage.

« Ne fais pas ta mauvaise tête, j'étais venu voir comme tu allais ».

« A merveille, je profite des charmes de mes nouveaux quartiers, merci pour la visite, la sortie est à gauche », dit-elle en lui montrant le chemin.

« Très bien, alors je vais dire à tes copains que tu n'es pas d'humeur à recevoir de la visite ».

Quels copains ?

Devant l'air surpris de Jo, le sourire de Mike s'élargit et il fit signe à quelqu'un d'approcher.

C'était Natalia. Elle était accompagnée d'Alex, Kowalski, Nodd, et Mr Klaus.

« Hello, Josie », fit la rousse en la saluant d'un signe de main, ses joues couvertes de taches de rousseurs rebondies en un large sourire. « Je t'ai apporté de l'eau et des lingettes pour te rafraîchir… et vu ton allure je crois que j'ai bien fait », fit-elle en observant les cheveux collants de la blonde encore couvert de nourriture.

Abasourdie, elle vit Mike ouvrir la porte de sa cellule et le petit groupe rentrer pour la rejoindre. Natalia s'accroupit et commença à nettoyer les tâches de sang sur son visage. Coot, que Jo avait surnommé Nodd, s'avança et lui tendit une petite assiette recouverte d'un papier.

« Qu'est-ce que c'est ? », demanda-t-elle en la prenant.

« Mon dîner...de toute façon je suis encore à la diète », répondit-il devant l'air surpris de Jo.

« Et moi je t'ai apporté des bougies, cette cellule sombre me file la pétoche », dit Kowalski en regardant autour de lui d'un air anxieux.

Les autres éclatèrent de rire.

« J'ai bien peur de ne rien avoir pour toi, Joséphine », déclara Mr Klaus d'un air désolé.

« Ce n'est pas grave, appelez-moi Jo ça suffira, et…je suis désolée d'avoir été grossière avec vous l'autre jour, c'était…stupide », s'excusa-t-elle en baissant la tête.

« C'est déjà oublié », dit-il avec un sourire bienveillant.

« Tiens, c'est pour toi » fit Alex en lui tendant un petit bouquet de fleurs bleues, certainement cueillies à l'entrée de la forêt. « Euh…joyeux anniversaire », ajouta-t-il, les jours étrangement roses.

« Quoi ? Comment ça joyeux anniversaire ! » S'exclama Natalia d'un air furieux. « Pourquoi lui il est au courant et pas moi ? »

« Si ça peut te consoler j'avais complètement oublié que c'était aujourd'hui, comment tu as su ? » demanda-t-elle à Alex.

« Disons que j'ai mes sources ».

Il lui fit un clin d'œil et Jo dut détourner le regard pour masquer son trouble.

« J'ai une idée, Kowalski, passes-moi une bougie et des allumettes », dit Nodd. « Puisque nous sommes tous là, autant lui souhaiter un joyeux anniversaire ».

Et c'est ainsi qu'ils se retrouvèrent tous à entonner « Joyeux anniversaire » sous le regard médusée de Joséphine. Cet anniversaire était bien différent de ceux qu'elle avait l'habitude de fêter. Elise s'arrangeait toujours pour être absente ce jour-là et Jo se retrouvait donc seule avec Emilie.

« Merci », fit-elle en écrasant une petite larme sur sa joue.

« A tes dix-huit ma chérie », dit la blonde d'un air enjoué. « Ben quoi, on ne sait même pas si on rentrera vivants de notre première expédition, dix-huit ans c'est beaucoup plus que la plupart des membres du bataillon ».

Des applaudissements retentirent derrière eux.

Le regard sinistre, Levi tapait dans ses mains à un rythme lent et théâtral.

« Aie » fit Natalia.

« C'est fini, on est fichus », pleurait presque Kowalski en se cachant dans le dos de Nodd, ce qui était ridicule vu qu'il faisait presque le double de sa taille.

« Je suppose que c'est toi qui est responsable de ce foutoir, Mike », dit le capitaine.

« Le seul et unique », avoua le chef d'escouade en levant les mains en l'air.

« Vous cinq », fit-il en se tournant vers le petit groupe. « Si vous avez fini de désobéir à mes ordres, je vous suggère de débarrasser le plancher tant que j'hésite encore à vous sanctionner ».

« A vos ordres ! » dirent-ils tous en chœurs avant de s'en aller, accompagnés par Mike qui lui murmura un « bonne chance » avant de la laisser seule avec Levi.

Jo se colla au mur et serra son bouquet de fleurs contre sa poitrine, comme si elle avait peur que Levi le lui prenne des mains.

« A cet instant, je te hais tellement que je serais capable de t'arracher les yeux avec cette simple cuillère », grinça-t-elle en jetant l'ustensile à ses pieds.

Levi haussa un sourcil. Cette fille manquait peut-être de jugeote mais pas de cran.

« Tu sais que je peux te laisser pourrir dans ce trou aussi longtemps qu'il me plaira »

« Fais comme tu veux, même toi tu ne pourras pas bousiller ma journée, je suis trop heureuse pour ça ».

« Tant mieux pour toi », fit Levi en refermant sa cellule à clefs.

L'ordure, pensa-t-elle, qui sait combien de temps il comptait encore la laisser croupir ici. En plus ce n'était même pas sa faute, c'est lui qui avait commencé! Pourquoi devrait-elle payer les frais alors qu'elle que tout ce qu'elle avait c'était se défendre?

« Ne dors pas trop tard, demain départ à cinq heures pour trois jours de marche en forêt, t'as intérêt à être réveillée quand je viendrai te chercher », déclara-t-il avant de partir, un étrange sourire en coin étirait ses lèvres devant l'air choqué de la blonde.

Quoi, c'est tout? Pas de baffes ni d'insultes, il n'allait même pas lui donner de corvées à faire ?!

Ce soir-là, Jo dormit d'un sommeil paisible, ses rêves étaient peuplés de branches d'arbre aux feuillages rouge, avec des fleurs bleues, de racines comme des jambes interminables et un tronc massif dans lequel elle se réfugia, comme un voyageur après une longue errance à la recherche d'un abri à l'épreuve du temps et de l'espace.


FIN!

Nous nous sommes un peu éloignés des titans pour approfondir le personnage de Joséphine et encore, ce n'est pas fini, il y'en a tellement à dire sur elle! Je voulais mettre l'accent sur son coté adolescent et immature, mais aussi fragile et un peu dramatique à coté de toutes les responsabilités qui lui tombent soudain dessus.

On voit bien qu'il y a une ombre menaçante qui plane sur Jo: à votre avis, qui cela peut-il être? Un personnage connu? Un OC, où quelqu'un qui n'a pas encore été présenté?

Maintenant que Jo à sa petite bande autour d'elle, on peut reprendre les hostilités. Le prochain chapitre sera centré autour de ses pouvoirs, et(enfin!) autour de sa relation avec Levi!

Ne manquez pas le prochain chapitre: The line of duty