Coucou les lecteurs!

Je me demande si le nombre assez conséquent de 17.200 mots suffira à me faire pardonner mon retard de presque six mois? :p

Quoiqu'il en soit le chapitre est là et comme je n'ai pas grand chose à dire je vous laisse passer à la lecture.

Merci encore à: LoveFic pour ses commentaires toujours encourageants, à Loulo, à The story of a rabbit ( Les pouvoirs de Jo sont au programme de ce chapitre!), Chawnn (Je suis consciente que certaine faute peuvent être rédhibitoire pour un lecteur mais le français n'est pas ma langue maternelle et malheureusement toujours des coquilles dans mes chapitres, mais je ferai des efforts et j'espère que ça ne t'empêchera de lire la suite ^^), Voldie (Je pense que tu vas adorer la Jo dans ce chapitre), Amy S.A, Habiibaa (Beaucoup d'interactions entre Levi et Jo dans ce chapitre, dis-moi ce que tu en penses), et enfin MS (tes commentaires m'ont beaucoup encouragé à achever ce chapitre qui a été très difficile à finaliser, j'espère que le résultat te plaira).

Remarque: vraiment désolée pour les fautes d'orthographe, si je n'avais pas publié aujourd'hui je risquais de ne jamais le faire.

THE DESCENDANT

Chapitre 06: Line of Duty

Part I

« …gauche, droite, gauche, droite…redressez la tête, arrêtez de vous apitoyer sur votre sort nom de Dieu ! Vous êtes fatigués ? ».

« Non sergent ! ».

« Vous êtes pas contents d'être là ?! »

« Si sergent ! ».

« Alors chantez tas de limaces, chantez ! SASAGEYO ! ».

« SASAGEYO ! »

« SHINZO…. »

« …SASAGEYO ! »

Chaque matin aux aurores, les recrues volontaires du bataillon d'exploration couraient cinq kilomètres dans la forêt bordant le quartier général. Dans la brume matinale, leurs bottes martelaient le sol au rythme de la cadence militaire que Shadis leur faisait chanter à gorge déployée, et ce dans le but de développer leur souffle et leur « patriotisme ».

Derrière eux, Shadis suivait le mouvement sur son cheval, et proféraient toutes sortes de menaces où les cadets finissaient écrasés sous les sabots de sa monture s'ils ne se remuaient pas les fesses.

« Garde-à-vous, soldats ! », hurla-t-il, et ils s'immobilisèrent tous pour former un rang parfait, le poing droit sur le cœur.

« Je te parie ce que tu veux qu'il vient direct vers nous », murmura une Jo essoufflée à sa voisine.

« Normal, on est ses préférées », répliqua Natalia avec un clin d'œil.

« Je dois avouer cadet Muller que tu es d'une régularité déconcertante », déclara Shadis en s'arrêtant devant la rousse, les mains croisées dans le dos.

« Ah, merci beaucoup sergent… »

« Tes résultats sont aussi lamentables que ceux de la semaine dernière ! » postillonna-t-il en la foudroyant de son regard cerclé de cernes.

Jo étouffa un éclat de rire, ce qui n'échappa pas à l'œil aiguisé du sergent.

« Et toi Donovan, je t'ai pourtant dis de ramasser tes cheveux à l'entrainement ou je te raserai le crâne moi-même !».

« Soyez pas jaloux sergent, le look boule à zéro revient en force cette année ».

Des ricanements résonnèrent dans les rangs, mais contrairement à d'habitude le sergent ne fit aucun commentaire, il se contenta de lever les yeux aux ciels avant de poursuivre sa revue.

Pris d'un soudain élan de nostalgie, l'ancien Major se surprit à penser à l'époque bénie où il n'était qu'un simple instructeur de l'académie, et maudit le jour funeste où il s'était laissé entraîner par ce diable d'Erwin dans ce projet complétement tordu : des civils au bataillon d'exploration, et puis quoi encore !

« Fin de l'exercice, vous avez une heure pour vous doucher et manger, on se retrouve devant les écuries, exécution ».

« A vos ordres, sergent ! ».

L'air blasé, il poursuivit son chemin en concluant qu'il était décidément trop vieux pour ces conneries.

Comme l'avait prédit Shadis au début de la formation, les volontaires n'étaient plus qu'une vingtaine dans l'unité. La plupart avaient été contraints d'abandonner pour cause de blessures ou parce qu'ils n'arrivaient pas à suivre le rythme de l'entraînement. Pour reprendre les termes exacts du sergent instructeur « ils en avaient chié ! », et naturellement, la souffrance créait des liens, surtout lorsqu'on n'est plus qu'une poignée de survivants.

La relation de Jo avec Natalia en était le parfait exemple. Les deux jeunes femmes s'étaient beaucoup rapprochées, Jo se surprenait parfois à lui confier des bribes de son passé, des choses dont elle n'avait jamais parlé à personne, pas même à Emilie.

« C'est un cadeau de ton chéri ? » demanda Natalia avec un sourire taquin en peignant ses longs cheveux mouillés.

« Quoi ? » fit Jo d'un air surpris en boutonnant sa chemise.

« Le foulard rouge à ton poignet, tu le quittes jamais, même sous la douche».

« Ah ça,…c'est un cadeau de ma tutrice », répondit-elle en triturant l'étoffe nouée autour de son poignet. « Le jour où elle me l'a offert, j'ai commis la grosse bourde de l'appeler maman, on aurait dit que je l'avais insulté…après ça son comportement a complétement changé, elle s'est mise à m'éviter, elle a même engagé Emilie pour ne pas avoir à s'occuper de moi. Le plus drôle dans tout ça, c'est que les autres gamines de l'orphelinat me détestaient parce qu'elles croyaient que j'étais sa préférée », dit-elle avec un sourire amer.

« Et tes vrais parents, tu te souviens d'eux ? »

Jo hocha la tête de gauche à droite.

« Elise m'a trouvé sur le pas de sa porte, je devais avoir dans les quatre ans pourtant, je ne me souviens de rien, ni de mes parents, ni de l'endroit d'où je viens…Elise est mon premier souvenir, c'est comme si je n'avais jamais existé avant de la rencontrer ».

« Mais y'a un truc que je ne comprends pas, pourquoi tu mens à tout le monde sur ton nom et le fait que tu sois orpheline ? » s'interrogea Natalia.

Jo se mordit la lèvre inférieure.

« C'est…compliqué. Un jour peut-être je te raconterai ».

Elle en avait déjà trop dit, en révéler davantage risquait de mettre en péril les plans d'Erwin. Heureusement, Natalia semblait comprendre et elle n'insista pas.

« Oublier est une bénédiction…mère n'était pas du genre très affectueuse, ce n'était pourtant pas faute d'essayer de lui plaire, mais je ne faisais jamais assez bien…et puis ma sœur est arrivée ».

« Tu as une sœur ?», s'étonna Jo. " Tu ne m'en as jamais parlé, comment elle est ?"

Le sourire de Natalia perdit de ses couleurs.

« Disons qu'on est aussi différentes que le jour et la nuit, et à la seconde où elle a poussé son premier cri, ma vie est devenu un enfer... c'est une longue histoire, un jour peut-être je te raconterai », répondit-elle en sortant de son sac sa boite de vitamines.

« Encore ces pilules ! » s'exclama Jo alors que la rousse en mettait une dans sa bouche. « Tu vas finir par t'empoisonner ».

« Tu sais que si je ne les prends pas je serais capable de péter les plombs » fit Natalia en avalant une gorgée d'eau.

Elles ramassèrent leurs affaires et quittèrent les douches direction le réfectoire.

Nodd et Kowalski les y attendaient à leur table habituelle.

Assise à côté du garçon à lunettes qui gribouillait sur son carnet, Jo observait avec amusement Natalia et Kowalski se chamailler comme à l'accoutumée, à propos de tout et n'importe quoi.

« Range cet à anneau et arrêter de rêver debout mon gars, laisse tomber, aucune fille saine d'esprit n'acceptera de t'épouser ! » lança Natalia en avalant goulument la moitié de sa tartine.

Piqué dans sa fierté, Kowalski rangea la bague accrochée en pendentif autour de son cou dans sa chemise :

« Figure-toi que nous sortons ensemble depuis dix ans, j'attends juste le bon moment pour lui faire ma demande. Le problème c'est son père, il dit qu'il n'acceptera jamais de marier sa fille à un…à un… ».

« … Un trouillard ? », Acheva la rousse.

Jo en cracha son lait par le nez.

Le problème avec le jeune homme à la silhouette de haricot, c'est qu'il n'avait pas seulement peur du noir et des hauteurs, mais aussi des insectes, des espaces clos, des étendues d'eau et même du sang, ce qui était assez problématique pour un futur infirmier de front.

« Hé, tu trouves pas que t'abuses là ? »

« …un poltron, un déballonné, une flippette, une poule mouillée… »

« Je te préviens Natalia, ferme-là ou je…. ».

« Ou tu quoi ? Tu oserais lever la main sur une femme sans défense ?».

« Femme c'est vite dis, personne n'est allé vérifier que je sache ».

« Si c'est une proposition cochonne tu peux toujours te brosser ! »

Voyant que l'ambiance risquait de tourner au vinaigre, Nodd décida d'intervenir :

« Et donc tu as décidé de te porter volontaire au bataillon pour prouver ta valeur à ton beau-père, c'est très courageux Charlie » l'encouragea le rouquin.

Du haut de son un mètre quarante-sept, Nodd était sans doute le plus sage de la bande. Pourtant, il avait tout juste treize ans, soit deux ans de moins que la limite fixée par le bataillon. Jo avait récemment découvert que sous ses airs d'ado empoté se cachait un petit génie de la mécanique et que les gribouillages dont s'était moqué Oluo étaient en fait des schémas de machines ultra-sophistiqué que Nodd rêvait de construire.

« C'est surtout suicidaire, j'ai entendu dire que plus de cinquante pour cent des nouvelles recrues se faisaient buter durant la première expédition ».

« Merci Josie, ta sollicitude me va droit au cœur», répliqua Kowalski d'un air pincé.

Leur estomac repu, ils quittèrent le réfectoire direction les écuries pour leur prochain cours avec Shadis.

Au même moment Oluo et sa bande passèrent par là en jetant à Jo des regards peu avenants, regards qu'elle soutint sans broncher.

Natalia attira Jo un peu à l'écart des garçons pour lui demander :

« Et l'enquête du Major Smith, il a trouvé quelque chose sur celui qui t'a agressé ? ».

Jo hocha négativement la tête.

« Ni sur l'empoisonnement de la cantine, ni le matériel trafiqué…mais quelque chose me dit que c'est la même personne qui est derrière tout ça ».

« …Et quelque chose me dit que cet imbécile d'Oluo n'y est pas étranger », dit Natalia en suivant la direction du regard de Jo.

La blonde resta silencieuse. Elle mentirait si elle prétendait ne pas y avoir pensé mais quelque chose ne collait pas, Oluo était plutôt du genre fanfaron, s'il avait voulu lui donner une raclée il l'aurait fait en plein jour et devant tout le monde pour se faire mousser. De plus, elle avait clairement entendu une voix de fille le soir de l'agression, une voix étouffée à cause du masque qu'elle portait, mais une voix qui ne lui était pas étrangère.

« En tout cas on dirait que ça s'est calmé depuis le discours du capitaine Levi ».

« Je le retiens ce bâtard, je ne lui pardonnerai jamais ce qu'il m'a fait subir devant tout le bataillon ! ».

« Hum….tu dis ça mais au fond, je crois qu'il a fait ça pour toi, tu n'as pas remarqué que depuis l'incident plus personne n'ose te créer des problèmes ? ».

Jo haussa un sourcil, songeuse. Il est vrai que depuis l'incident avec Levi, les choses avaient beaucoup changé pour elle au sein du bataillon d'exploration. Elle n'était plus le vilain petit canard du groupe, celle qu'on fuyait comme la peste et qui finissait toujours par provoquer une catastrophe. Mais de là à imaginer que Levi lui vienne en aide, ou fasse quelque chose pour lui rendre service ? HAHAHAHAH.

« Pourtant j'ai tout le temps l'impression d'être observée, comme si quelqu'un épiait mes moindres faits et gestes », déclara Jo en regardant dans le vague.

« Sur ce point-là j'ai ma petite idée », dit Natalia avec un petite sourire en coin en enfonçant son coude dans les côtes de Jo.

La blonde se retourna et aperçut Alex Hammerstein arriver dans leur direction.

« Oh merde ! » s'étrangla-t-elle en sautant derrière un banc en pierre.

« Euh…trésor, tu me fais quoi, là ? » demanda Natalia d'un air perplexe en se penchant par-dessus le banc pour la regarder.

« S'il me cherche dis-lui que je suis coincée aux chiottes à cause de la diarrhée»

« Très sexy comme entrée en matière, il va craquer à coup sûr ».

« Chut, arrête de dire des conneries et retourne-toi, il arrive ! », siffla-t-elle en se ratatinant encore plus derrière sa cachette.

« Salut Natalia », dit la voix grave d'Alex.

« Hé ! Salut mon beau », fit-elle, le sourire crispé. « Qu'est-ce qui t'amène dans le coin ? ».

« Je passais par-là et j'ai cru voir Jo discuter avec toi à l'instant, elle est partie ? ».

Natalia maudit Jo de l'avoir mise dans une situation aussi embarrassante.

« Joséphine…tu cherches Joséphine, ahum ! » fit-elle en se raclant la gorge. « Eh bien…Joséphine est… ».

« …Derrière le banc » indiqua-t-il en pointant son index dans le dos de Natalia. « C'est bien sa jambe qui dépasse, non ? »

Quelle conne ! Pensa Jo en se frappant le front.

« Bordel de merde…tiens Alex, quelle surprise ! » s'exclama Jo d'une voix suraiguë en bondissant de sa cachette, le sourire figée et les joues cramoisies, l'air d'une échappée d'asile avec ses boucles en bataille où s'étaient logées des feuilles mortes.

« Qu'est-ce que tu faisais là derrière ? » demanda-t-il en retirant les feuilles de ses cheveux.

Jo fit un pas en arrière, tel une biche apeurée.

« Euh…je cherchais…mes lunettes », mentit-elle sans réfléchir, ce qui lui arrivait souvent lorsqu'elle se retrouvait en présence du jeune homme.

« Des lunettes ? C'est bizarre, je ne t'ai jamais vu en porter ».

« Je m'en sers seulement pour lire ».

« Ah je vois…et tu lisais quoi, à l'instant ? » interrogea Alex d'un air amusé en voyant la blonde s'enfoncer de plus en plus dans ses mensonges.

Jo déglutit, quand apprendra-t-elle enfin à réfléchir avant de l'ouvrir ? Elle tourna un regard suppliant vers Natalia l'air de dire « Aide-moi, pitié ! »

« Les lignes de ma main », répondit précipitamment Natalia, « Elle me prédisait l'avenir ».

« Les lignes de la main, hein ? », répéta Alex en observant Jo qui faisait tout pour éviter son regard.

« Oui, Josie est une fille pleine de surprises », poursuivit Natalia en la foudroyant du regard.

« Bien, alors tu me feras part de tes autres talents cachés pendant le déjeuner, on mange toujours ensemble, n'est-ce pas ? ».

Jo s'apprêtait à lui servir une excuse pour lui échapper quand elle fut devancée par Natalia :

« Oui, elle est impatiente d'y être, elle m'en rabat les oreilles depuis ce matin, », dit-elle avec un immense sourire.

« Alors, c'est entendu », conclut Alex d'un air satisfait.

L'air estomaqué, Jo cligna plusieurs fois des yeux en ouvrant et fermant la bouche comme un poisson, Natalia venait-elle réellement de la forcer à aller à ce stupide rendez-vous ?

A cet instant, Shadis débarquait en compagnie de Dita Ness et d'un Levi aussi joyeux et disposé que d'habitude :

« Remuez-vous les éclopés, je veux tout le monde devant les boxes pour avant-hier !», aboya-t-il.

Soulagée, Jo réprima difficilement un sourire. C'était bien la première fois que la vue de son capitaine lui inspirait autre chose que des envies d'homicides :

« C'est pas la compagnie mais on doit y aller là, à plus», dit-elle précipitamment en entraînant Natalia par le bras.

Les volontaires se rassemblèrent autour des trois gradés pendant que ces derniers expliquaient la place importante qu'occupaient les chevaux dans le bataillon d'exploration, les spécificités des déplacements à cheval au cours d'une mission, ou les techniques d'harnachement :

« … types de chevaux sont utilisés à des fins militaires, en fonction de la nature des tâches. Ils varient selon que le cheval est monté ou conduit, qu'il soit utilisé pour l'attaque, la reconnaissance, ou l'approvisionnement et le transport… ».

« Pourquoi t'as fait ça ?! », siffla Jo entre ses dents.

« Je ne sais pas si on t'a briffé sur le sujet à l'orphelinat, mais voilà comment la nature fonctionne : pour la survie de notre espèce, nous sommes sensées attirer les hommes, pas les faire fuir à l'autre bout du mur Maria en leur faisant un topo sur nos embarras gastriques », expliqua Natalia comme on raconte une histoire à un gamin de cinq ans.

« Ça alors, moi qui croyez que les bébés poussaient dans les choux avant d'être livrés par des cigognes », ironisa la blonde en levant les yeux au ciel.

Les gloussements aiguës de Natalia firent pivoter les trois recrues devant eux, ils leur lancèrent un regard grave qui leur intimait de baisser d'un ton.

« Ma chérie, est-ce que tu connais les statistiques de retour de mission des nouvelles recrues ?...exactement » répondit Natalia devant la grimace de la blonde. « Plus de la moitié des soldats ne survivent pas à leur première expédition, c'est bien ce que tu as dit ce matin à Kowalski, non ? Et s'il y a quelque chose qui craint plus que de mourir jeune, c'est de mourir vierge ! »

« Qu'est-qu'est-qu'est-ce que tu veux dire par là ?! » bégaya-t-elle, le visage écarlate. « Il n'est pas question que je fasse quoique ce soit avec ce type ! » Répliqua-t-elle avec véhémence.

« Chut ! Vous voulez bien vous taire, on essaye de suivre le cours, là !» siffla la fille devant eux en leur lançant un regard méchant.

« Bien, fais comme tu veux » enchaîna Natalia sans lui prêter attention. « Mais lorsque tu seras à l'article de la mort, tu regretteras le jour où tu as fait la fine bouche quand Mister belle gueule t'as dragué….à moins que…tu sois de l'autre bord ».

« Hein ? » fit Jo en haussant un sourcil.

« Je m'en doutais, j'ai vu comment tu matais mes seins sous la douche, sale perverse ! », s'exclama la rousse en plissant sournoisement les yeux.

« Tout le monde mates tes seins sous la douche, difficile de faire autrement », répondit-elle en lorgnant l'impressionnant parechoc de son amie.

« Tu veux les toucher ? ».

« QUOI ?! » s'étrangla la blonde.

« Va y, je sais que t'en as envi…», fit la rousse en s'exposant voluptueusement devant Jo qui avait du mal à garder son sérieux.

« T'es vraiment givrée, toi », dit-elle en se forçant à ne pas sourire.

« T'as vu comment ils bondissent ! » fit Natalia en faisant des petits sauts sur la pointe des pieds.

Leurs éclats de rire ne tardèrent pas à réveiller les protestations de tout le groupe, ce qui attira l'attention de leurs instructeurs.

En réalité, Levi observait la blonde du coin de l'œil depuis le début du cours, ses sourcils étaient tellement froncés qu'ils ne formaient plus qu'une seule ligne sombre au-dessus d'un regard aussi acéré que les lames de ses épées. Le comportement de la protégée d'Erwin commençait sérieusement à lui courir sur le haricot, et il ne savait pas combien de temps encore il pourrait réprimer les pulsions sanglantes que lui inspirait sa désinvolture.

« Capitaine Levi, un commentaire à faire peut-être ? », demanda Shadis.

« C'est votre section, faites comme vous le sentez », répondit Levi en détournant le regard.

Shadis haussa un sourcil, surpris que le capitaine ne saisisse pas l'occasion pour lui passer un savon en public comme à l'accoutumée, mais il n'insista pas.

« Donovan, puisque tu t'es montrée si attentive depuis le début du cours, viens donc nous faire une démonstration ».

Oups.

« Vous savez Sergent, les travaux pratiques c'est pas mon truc, je préfère continuer à suivre de là où je suis ».

« Donovan ! Dans ton propre intérêt je te conseille de te remuer avant que je ne vienne te chercher moi-même…, et pour la dernière fois, ramasse-moi cette tignasse !».

La jeune fille déglutit, et jeta un regard plein de reproches à Natalia qui la poussa vers l'avant. Jo passa devant Levi sans lui accorder un regard, et rejoignit Shadis les mains dans les poches, l'air parfaitement décontracté :

« Bien, comme certains d'entre vous ne sont jamais montés à cheval, laissons notre cavalière émérite nous montrer comment il faut faire ».

Jo pinça les lèvres d'un air ennuyé avant de s'exécuter. Avec souplesse, elle plaça en premier le pied gauche dans l'étrier, se hissa à l'aide de ses bras avant de passer la jambe droite de l'autre côté du flanc du cheval.

« A partir de maintenant Kara sera à toi », déclara Dita Ness en notant le nom de Jo sur un tableau à côté du nom de son cheval.

« J'en veux pas ».

« Si tu veux partir en expédition, il te faudra bien un cheval », tenta d'expliquer calmement le lieutenant, mais rien n'y faisait, Jo refusait d'entendre raison.

« Je vous ai dit que j'en voulais pas de votre bourrique ! » protesta-t-elle à haute voix. « J'ai déjà un cheval et il n'est pas question que j'en monte un autre ».

« Sauf que t'es pas en train de choisir un poney pour faire le tour de la fête foraine », intervint Levi d'une voix sombre. « Alors tu montes sur ce putain de canasson et tu fais ce qu'on te dit ».

Jo était tentée de protester, mais le souvenir cuisant de l'humiliation qu'il lui a infligé devant toute son unité l'en dissuada, ça ne valait pas le coup de déclencher un scandale pour si peu.

« Quitte à me refiler une nouvelle monture, vous auriez pu en choisir une correcte, votre étalon ne veut même pas avancer ».

« Les chevaux sentent l'hostilité » expliqua Ness en caressant affectueusement le museau de la bête. « Il sait que tu ne l'aimes pas ».

« Je l'aimerai quand il marchera…tu vas avancer, oui ! Aaaah!».

Ce que l'instructeur avait oublié de préciser, c'était que Kara avait son petit caractère, et qu'il n'appréciait pas d'être traité de manière si cavalière.

Le cheval l'éjecta de son dos et elle fit un vol plané de quelques mètres. L'atterrissage fut rude…mais pas autant que Jo l'aurait cru, on aurait dit que quelque chose de moue avait amorti sa chute.

Une odeur épouvantable s'insinua dans ses narines et à un moment donné, elle pensa qu'elle s'était cognée la tête car il était impossible pour un humain d'avoir autant la poisse.

« Josie ! Josie ! » Cria Natalia.

« Non pitié, ne viens pas par-là, arrête d'agiter les bras dans ma direction… » Murmura-t-elle d'un air désespéré en voyant la rousse accourir vers elle, suivie par le reste de l'équipe.

« Tu vas bien ?! C'était horrible, si tu avais vu ça, on aurait cru que tu allais… », La rousse s'interrompit soudain et fit un pas en arrière en voyant Jo.

« …Mourir ? », conclut la blonde. « Crois-moi, j'aurais préféré».

Elle se leva précautionnèrent, laissant le reste de l'équipe voir qu'elle était couverte…de bouse de cheval.

« Beurk ! C'est dégueu », s'exclama une fille en se pinçant le nez.

« Tu t'aies pas loupé Donovan, c'est ce qui s'appelle être dedans jusqu'au cou », déclara Kowalski en déclenchant l'hilarité du groupe.

« Continue comme ça cœur de lion et je te plonge tête la première dans la fosse à purin…arrête de rire Nodd ! C'est pas parce que tu portes des binocles que je vais me retenir de t'en coller une »

Elle se redressa et commença à regagner les quartiers des nouvelles recrues, fermement décidée à passer les trois prochaines heures sous la douche.

Si un titan était passé par là, nul doute que Jo se serait jeté sur lui pour se cacher bien à l'abri au fond de son estomac, tout était préférable à l'humiliation de traverser le quartier général recouverte d'excréments.

Le pire, c'est qu'à peine le dos tourné, les rires fusèrent à nouveau, comme si il ne leur été jamais rien arrivé d'humiliant à ces enfoirés.

« Ça va, oui ! Vous allez continuer encore longtemps ? » S'emporta-t-elle en faisant volte-face.

« Euh Josie » commença Natalia d'un air gêné. « Je crois que tu devrais commencer par changer de pantalon ».


« Viens, on va se mettre à côté de la fenêtre », proposa Alex.

Jo prit son plateau en le suivant, la mort dans l'âme.

Ils avaient rendez-vous à midi, l'heure précise ou le réfectoire était plein comme un œuf.

Ainsi, la blonde eut tout le loisir d'admirer les prouesses du bouches-à-oreilles à travers les murmures et les éclats de rires sur son passage, heureusement qu'Alex n'avait rien remarqué.

« Tu sens pas comme une odeur bizarre ? ».

Rouge écrevisse, Jo se contenta de faire non de la tête. Même s'il n'était pas au courant de sa mésaventure du cours d'équitation, ça ne saurait tarder.

(Putain…si cette histoire arrive aux oreilles d'Oluo et sa bande je suis fichue), pensa-t-elle en cachant son visage dans ses mains.

« Alors Hammerstein, on déjeune en amoureux ? », chantonna une voix nasillarde dans son dos.

Non, pas lui !

« Dis donc, la tâche » commença Oluo en plaçant son bras autour de l'épaule de Jo. « Si tu racontais à ton petit copain comment s'est passé ton entraînement ce matin ».

Jo fit volte-face, les yeux écarquillés.

« Et oui les rumeurs vont vite, mais si tu veux mon avis inutile de te tuer à l'entraînement, avec cette puanteur aucun titan ne s'approchera de toi », renchérit-il, provoquant le rire de ses amis

"Ha-ha, hilarant, je m'en tape le cul parterre", maugréa-t-elle alors que la bande s'éloignait.

La blonde avait tellement honte qu'elle sentait son cuir chevelu sur le point de prendre feu.

« Aucune question, j'ai pas envie d'en parler », trancha-t-elle en émiettant furieusement son morceau de pain.

« Ok...Alors, tu comptes me prédire l'avenir à moi aussi ? ».

Jo plissa les yeux, il lui fallut quelques secondes pour réaliser que le jeune homme faisait référence à l'incident du matin.

Elle soupira.

« En admettant que tu aies gobé le bobard de Natalia, tu veux savoir quoi ? », demanda-t-elle en se versant un verre d'eau.

« Oh trois fois rien, juste quand allons-nous nous marier et combien d'enfants on aura ».

Jo recracha l'eau qu'elle avait dans sa bouche.

« Détends toi, je blague », dit le jeune homme en lui donnant des petits tapes sur le dos.

(Ce type est vraiment bizarre, je sais jamais quand il est sérieux ou quand il plaisante), se dit-t-elle en essuyant sa bouche avec sa manche.

« Ça faisait longtemps que je voulais discuter seul à seul avec toi, mais d'une manière ou d'une autre tu réussis toujours à m'échapper, à un moment j'ai même pensé que tu essayais de m'éviter ».

« Ah ah ah, quelle idée ! », S'exclama-t-elle avant de se cacher derrière son pichet d'eau (C'est moi qui glousse comme ça ? Putain, on dirait une dinde !).

« Tu sais, tout à l'heure je ne blaguais qu'à moitié, disons que j'aime bien prendre mon temps mais puisque tu m'as littéralement harcelé toute la semaine alors j'ai décidé d'abréger ton supplice : oui, j'accepte de sortir avec toi au village pendant notre prochaine permission », déclara Alex avec son sourire le plus innocent.

Cette fois, c'est avec un morceau de céleri que Jo faillit s'étouffer : (Sérieux, c'est quoi son problème à celui-là ? Qu'est-ce qu'il me veut ?)

Jo eut un début de réponse quand Alex posa délicatement sa main sur la sienne

« Ecoute Jo, je… ».

Deux grandes mains s'abattirent violemment sur la table, faisant tomber le pichet de lait d'Alex sur son uniforme.

Il se leva brusquement, le pantalon mouillé et l'air scandalisé, mais le capitaine Levi ne lui prêta pas la moindre attention, il attrapa Jo par le col de sa veste et l'entraîna avec lui sans ménagement.

« Lâche-moi sale nain ! Ça va pas de traiter les gens comme ça, où tu m'emmènes ? », Protesta-t-elle alors qu'il lui faisait traverser le réfectoire sous le regard de tous les soldats.

« Lukas, à partir d'aujourd'hui le cadet Donovan n'aura le droit qu'à deux repas par jour, et en demi-ration », déclara Levi de sa voix monocorde.

QUOI ?!

« Hahahahaha, je vois que ton sens de l'humour s'améliore, elle était vraiment très bonne…tu plaisantes n'est-ce pas ?...Non mais t'es dingue?! Comment est-ce que je suis sensée m'entraîner si je crève la dalle ? » S'enflamma Jo.

« Si tu ne t'étais pas aussi grasse qu'une truie des montagnes, ton cheval ne t'aurais pas balancé de son dos ».

« C'est ce con de cheval le problème pas moi…attend j'ai bien entendu, tu insinues que je suis grosse, sale nabot rachitique ? »

« J'ai pas le temps pour tes conneries, si je te trouve en train de manger dans un coin tu le regretteras »,

Jo était scandalisée.

Certes, elle n'avait pas une silhouette longiligne comme Elise, mais son corps était relativement bien proportionné, avec une taille moyenne et des formes là où il en fallait, en tout cas elle n'avait rien d'un boudin, encore moins d'une truie!

Dans un accès de rage, Jo frappa le plateau devant elle, il tomba à terre dans un fracas métallique.

« Si tu ne ramasses pas ce plateau tu seras privée de nourriture pour les prochaines vingt-quatre heures…nettoie ce bordel, tout de suite », conclut-il en tournant les talons.

A quatre pattes sur le sol du réfectoire, une serpillière à la main, Jo ricanait comme une sorcière en train de touiller une potion dans son chaudron, indifférente aux regards inquiets que lui lançaient les autres membres du bataillon. Elle était bien trop occupée à fantasmer sur les moyens qu'elle pourrait mettre en œuvre pour pourrir la vie de son capitaine, et dans ce domaine-là, elle était loin d'être la dernière.


Pour tous ceux qui côtoyaient de près le capitaine Levi, il y avait quelques règles de bases à respecter lorsqu'on ne voulait pas finir épinglé sur sa liste noire :

Premièrement : ne pas être un titan.

Deuxièmement : faire correctement son travail et se montrer utile au bataillon d'exploration

Troisièmement : être adverse à toutes formes de salissures

Quatrièmement : Obéir à ses ordre et ne SURTOUT PAS défier son autorité

Cinquièmement : ne JAMAIS toucher à ses effets personnels, tels que ses vêtements, sa tasse de thé ou ses produits de nettoyages.

Hormis la première, la recrue Joséphine Donovan les avait toutes plusieurs fois transgressés :

« Tu en as mis du temps » marmonna Levi, les bras croisés en observant la nouvelle venue. Il tiqua à la vue de ses cheveux en batailles et de son uniforme froissé, signes évidents qu'elle venait à peine de se réveiller. « T'étais coincée aux chiottes ou quoi ? ».

« Tout à fait, d'ailleurs si j'étais toi, je ferais appel au service de nettoyage avant d'entrer dans ta salle de bain, le ragoût d'hier soir n'est pas bien passé », répondit elle en se frottant les yeux.

Elle posa la tasse de thé qu'elle tenait dans les mains devant le capitaine.

« Si sa Majesté veut bien se donner la peine », dit-elle en faisant une petite révérence.

Levi porta la tasse fumante à ses lèvres mais stoppa son geste lorsqu'une odeur étrange s'insinua dans ses narines.

« C'est quoi, ça ? », interrogea-t-il en levant un regard suspicieux vers la blonde.

« Thé noir de l'oncle Lee, édition de luxe », récita-t-elle. « En tout cas c'est ce qui était écrit sur la… ».

Levi ne lui laissa pas la chance de finir sa phrase. Il renversa le contenu de sa tasse sur la tête de Jo et ajouta :

« La prochaine fois que tu me fais un coup pareil je te force à l'avaler, jusqu'à la dernière goutte, compris ? ».

Il jeta la tasse sur la table et partit avant que Jo ait pu ajouter quoi que ce soit.

Ces derniers temps, il n'était pas rare de surprendre le capitaine à repenser à son passé de truand notoire des bas-fonds, à l'époque où il n'avait de compte à rendre à personne, ou il n'était pas tenu de suivre les ordres de qui que ce soit, et surtout pas ceux concernant le babysitting d'une gamine stupide et indisciplinée.

Depuis son arrivée au QG, la blonde et le soldat le plus fort de l'humanité s'amusaient à jouer à qui craquera en premier.

Le schéma était simple : il donnait un ordre, elle désobéissait, il la punissait, elle se vengeait, et ainsi de suite. Emmerder son supérieur était devenue le passe-temps préféré de Jo, et les innombrables sanctions qui lui tombaient dessus à chaque incartade ne semblaient en rien la dissuader. Ainsi, ils se livraient une guéguerre sans merci sous les yeux médusés, mais surtout amusés des membres du bataillon d'exploration...mais ça, c'était avant que Levi ne mette le doigt sur son point faible.

"Tu peux dire adieu à ton dîner de ce soir", dit-il avant de s'en aller.

La blonde déglutit.

Quoi ? ENCORE !

"Mais...mais tu m'as déjà privé de dîner hier, et Mercredi, et deux fois la semaine dernière !" déclara Jo en marchant derrière lui.

"Ça prouve que tu as un crâne de piaf incapable d'apprendre de ses erreurs".

"Allez quoi, c'est pas drôle si tu me demandes toujours la même chose, tu ne voudrais pas plutôt que je récure les escaliers à la brosse à dents, que je nettoie les écuries ou même les toilettes des hommes", proposa-t-elle avec espoir.

Levi haussa un sourcil, elle devait vraiment être désespérée pour proposer un truc pareil, il en sourirait presque si les muscles de son visages le lui avaient permis.

Qui aurait cru que l'indomptable Joséphine Donovan avait comme point faible la nourriture. A part Natalia, personne ne s'était aperçu que la blonde était une vraie morfale capable de vendre un rein pour une madeleine aux chocolats, et depuis que Levi s'en était aperçu, il ne manquait plus une occasion de mener la blonde par le bout du nez.

Ainsi, l'intraitable capitaine répondit à sa demande par deux claquements de langue négatifs, signe qu'elle pouvait aller se faire cuire un œuf...ou pas.

"Bordel j'ai déjà perdu cinq kilos à cause de tes conneries !" S'emporta Jo en pleurant presque. "Je suis en pleine fonte musculaire, c'est contre-productif pour mon entraînement, d'abord ! Mon estomac gargouille tellement la nuit que les filles de mon dortoir ont menacé de me virer...hé tu m'écoutes oui !"

"Tu n'as qu'à aller dormir dans les écuries, d'après ce que j'ai vu tu aimes bien te rouler dans le crottin de cheval", souligna le capitaine en tournant à l'angle d'un couloir, Jo toujours sur ses talons.

"T'as pas le droit de faire ça, c'est de la maltraitance, de l'abus de pouvoir, je vais me plaindre à…"

"A qui ?" l'interrompit le capitaine en faisant brusquement volte-face. "La police militaire? Bonne idée, va baver chez les types qui t'ont charcuté le bras comme ça ils viendront te cueillir et je serais définitivement débarrassé de toi".

Il la planta là et partit.

Jo se mordit la lèvre inférieure.

Elle n'allait pas laisser ce salopard haut comme un nain à genoux s'en tirait comme ça.


"Dites, dans le cadre de la légitime défense est-ce qu'il est permis d'assassiner mon supérieur hiérarchique dans son sommeil ?".

"Qu'est-ce que Levi a encore fait ?" demanda Erwin en lui faisant signe d'entrer sans lever les yeux de son rapport.

"Oh trois fois rien, je dis juste que si votre précieux capitaine ne traite pas mieux ses subordonnés, un de ces quatre il pourrait se retrouver avec de la mort aux rats dans son thé...ce n'est qu'une hypothèse bien entendu" précisa Jo en faisant sans blanc d'épousseter le bureau d'Erwin.

Le Major sourit, il posa son stylo, ferma son dossier qu'il mit sous son bras et entraîna Jo vers la sortie.

"Vous allez quelque part ?"

"J'ai une réunion avec le commandant Pixis, tu m'accompagnes jusqu'à la sortie? Il y a quelque chose dont je voudrais te parler" proposa-t-il.

"...ok, si vous voulez", accepta la jeune fille non sans étonnement.

Ils sortirent du bâtiment de l'administration et s'engagèrent dans la cour principale où tous les soldats de la 100ème brigade d'entraînement étaient rassemblés, et semblaient en pleine préparation de quelque chose d'important. Leur équipement était à leurs pieds, et ils écoutaient attentivement les instructions de Mike, Darius, Dita Ness, Nanaba et tous les autres gradés.

Bizarre, je me demande ce qui se passe, pensa Jo.

"N'en veut pas à Levi, il est tendu à cause de demain, d'ailleurs tous les soldats le sont", dit Erwin.

Demain ?

"Crotte de bique en sucre !" S'exclama Jo en écrasant son poing dans sa main. "J'avais complètement oublié que c'était demain, le départ pour l'expédition".

Erwin se retint de se frapper le front, il se demandait à quoi elle pouvait penser pour être aussi tête en l'air.

"Comme je te le disais, Levi prend son rôle très à cœur, pour lui il n'y a rien de plus important que d'accomplir son devoir".

Jo avait l'impression qu'Erwin cherchait à lui faire passer un message, mais elle n'avait pas la moindre idée de ce que c'était.

"Voilà qui est très noble de sa part" railla la blonde.

Ils marchèrent encore quelques minutes dans le silence.

"Comment ça se passe avec les membres de ton unité ?"

"Ça me fait mal au cul de dire ça, mais depuis que le Leprechaun est intervenu, plus personne n'ose m'emmerder, tout va bien...tout va très bien même" dit la blonde avec un sourire timide.

"Bien, je suis heureux de l'apprendre".

Cette balade n'était pas tout à fait innocente. Erwin voulait expliquer à Jo que bien qu'avoir de bonnes relations avec ses camarades était important, elle n'était pas là pour se faire des amis et s'amuser comme une écolière dans un camp de vacances. Elle ne devait pas se laisser distraire et perdre de vue la raison pour laquelle elle était ici, mais en la voyant ainsi, les yeux brillants de bonheur pour la première fois depuis son entrée au bataillon, il se dit que cette discussion sérieuse n'était pas si urgente, finalement.

"Voilà, nous sommes arrivés au portail...alors, vous vouliez me parler de quoi ?"

"Rien d'important, ça peut attendre, fais attention à toi...et essayez de ne pas vous entre-tuer toi et Levi avant mon retour", dit-il en posant une main sur son épaule avant de partir.

"Je ne vous promets rien".

Elle le salua et observa les chevaux entraîner la carriole du blond vers la ville de Trost, Erwin était décidément un homme bien étrange.


Un foulard sur la tête et un tablier blanc noué autour de la taille, Jo repoussait les tabourets pour nettoyer sous les tables en lançant des regards assassins aux soldats qui quittaient la cantine après le dîner, souriant et discutant entre eux, complètement indifférents à son sort alors qu'elle était affalée à quatre pattes en train de jouer les bonniches.

"C'est ça, rigolez bande de cons….hé vous trois !" cria-t-elle alors que Natalia, Nodd et Kowalski tentaient de s'éclipser sur la pointe des pieds. "Venez m'aider comme ça on terminera plus vite".

Les trois compères échangèrent un regard hésitant.

"Euh...ce n'est pas qu'on ne veut pas t'aider, mon cœur….", commença Natalia en se triturant les doigts. «Mais on a cette dissertation pour le cours d'histoire de l'Humanité à remettre demain et…".

"...En plus le capitaine Levi a dit que s'il nous surprenait à t'aider, il nous mettra en première ligne pendant la prochaine expédition" finit par avouer Kowalski.

"Eh ben c'est beau l'amitié", répliqua Jo, un sourcil haussé. "C'est ça cassez-vous sales lâcheurs, et n'oubliez pas de regarder sous vos lits avant de dormir parce que les monstres existent pour de vrai !", cria-t-elle en référence à un certain capitaine.

"Tu parles de qui, au juste ?" Demanda une voix dans son dos.

Jo bondit tel un faon après un coup de fusil. Levi s'était faufilé derrière elle sans faire le moindre bruit, est-ce que ce type avait une masse corporelle, ou une ombre au moins ?

"Merde, tu veux me faire avoir une attaque ou quoi ?!" S'emporta la blonde, une main sur son cœur.

"Quand je serais de retour, il y a intérêt à ce que je vois le moindre détail de mon reflet sur ce carrelage", dit-il avant de tourner les talons.

"Les croque mitaines n'ont pas de reflet, abruti", marmonna-t-elle en retournant à sa besogne.

Elle se mit debout et constata sans surprise que Natalia, Nodd et Kowalski s'étaient tirés sans tambour ni trompettes.

Son estomac émit un gargouillis sonore, lui rappelant qu'elle n'avait pas avalé une miette de toute la journée.

"Putain j'ai vraiment une faim de chacal", gémit-elle en passant une main sur son ventre endolori.

Des bruits de pas furtifs crissaient derrière elle.

C'est surement Levi qui revient pour s'assurer que je cravache, ce bâtard n'était pas si imperceptible que ça finalement, pensa-t-elle avec un sourire en coin.

Elle empoigna le manche de son balai à franges et au dernier moment, fit un demi-tour sur elle-même :

"Cette fois je t'aurais, prends-ça...oh merde !" dit-elle en apercevant la tignasse ébène d'Alex. Heureusement, le jeune homme avait de bons réflexes et parvint aisément à éviter le coup de Jo.

"Je tombe mal, peut-être", dit-il avec son éternel sourire charmeur.

"Pardon ! Désolée ! Je t'avais pas vu, je pensais que c'était...quelqu'un d'autre" balbutia-t-elle à toute vitesse en baissant la tête.

"Hum...je t'avouerais que je suis plutôt déçu par l'accueil l" répondit Alex en essuyant une poussière invisible sur sa veste.

"Non, c'est pas ce que tu…"

"Te fatigue pas" l'interrompit le brun en levant la main. "J'ai compris je ne te dérangerai plus, alors je vais regagner ma chambre en emportant avec moi...ceci".

Il sortit de sa poche une pomme rouge et deux pains ronds.

"De...de...de la nourriture", s'étrangla Jo en se rapprochant d'Alex tel un zombie, l'œil brillant d'avidité et les mains tendus vers les victuailles.

Elle dévora la pomme en deux bouchers et s'attaqua aux petits pains avec l'appétit d'une ogresse.

"Je comptais te faire mariner encore quelque minutes mais tu faisais vraiment trop pitié" ricana le noble.

La bouche pleine, Jo jeta sur Alex un regard suspicieux.

"T'es vraiment bizarre comme mec, du genre je sais pas si je dois te remercier ou te frapper avec ce trognon de pomme".

Le brun rit de plus belle, et Jo ne put réprimer la pensée honteuse qu'il était...mignon...très mignon.

"Alors, tu te sens d'attaque pour demain ?" Demanda Jo pour meubler le silence gênant qui commençait à prendre entre eux.

"D'attaque ?" répéta le brun. Soudain, Jo vit son visage pâlir, ses yeux se voiler et sa pomme d'Adam se soulever comme s'il allait déglutir.

"Tu...tu es en train de me demander si je...je suis prêt à mourir ?"

Horrifiée, Jo ouvrit la bouche d'où tomba un morceau de pain.

"Merde non non non ! C'est vraiment pas ce que je voulais dire !" S'exclama-t-elle en se précipitant vers le jeune homme. "Bien sûr que tu ne vas pas mourir, tu vas juste y aller, réduire en bouillie une douzaine de titans et revenir à la maison sur tes deux jambes, une promenade de santé, quoi !", dit-elle en lui donnant des petites tapes maladroites sur l'épaule.

"T'as déjà vu un titan en chair et en os ?"

Jo se figea, interpellée par les souvenirs de l'incident de Shiganshina.

La vache, réconforter les autres c'était vraiment pas son truc, qu'est-ce qu'elle pouvait bien lui dire maintenant qu'il semblait aussi abattu, il n'allait quand même pas partir en expédition demain dans cet état ? Et s'il crevait à cause d'elle, parce qu'elle ne pouvait pas s'empêcher de sortir des absurdités aussi grosses qu'elle ?

"Ne sois pas triste", dit-elle en lui prenant la main.

Alex redressa la tête, surpris.

"Je sais, c'est débile de demander un truc pareil mais démerde-toi, trouves une solution, ...parce que...parce que je ne veux pas qu'il t'arrive quelque chose à cause de moi".

Le jeune homme éclata de rire, un fou rire incontrôlable à s'en tenir les côtes. Jo haussa un sourcil : il a pété un câble ou quoi ?

"On peut...on peut vraiment te faire croire n'importe quoi...tu devrais voir ta tête, c'est trop drôle ahahahahahah".

Alors comme ça il osait se foutre de sa gueule et profiter de son infinie gentillesse alors qu'elle s'inquiétait pour lui !

Sale enfoiré ! Lui, Levi et tous les autres, tous, c'était TOUS des enfoirés !

"Tu sais quoi, j'en ai ma claque de ces conneries, je me casse", dit-elle en retirant son tablier qu'elle jeta sur une table voisine. "Crève si ça te chante j'en ai rien à foutre...j'espère que le titan colossal se servira de toi comme cure-dent avant de….".

Alex la retint pas le poignet avant de l'attirer à lui. En un clin d'œil, elle se retrouva contre le jeune homme, un bras autour de sa taille.

"Saches, Josie Donovan, que je n'ai aucune intention de mourir, en tout cas pas avant d'avoir fait ceci….".

Le cœur de Josie s'arrêta au moment où Alex posa une main sur sa joue, et ses entrailles se mirent à bouillir quand il commença à rapprocher de ses lèvres, lentement...sans la brusquer…

BAM !

Un grand bruit les fit sursauter.

"Je me demande ce qu'on va faire de toi si tu n'es même pas foutu de récurer une marmite", dit Levi en jetant une soupière sur la table devant eux.

"Non mais tu te fous de ma gueule? Je les ai déjà nettoyés deux fois ! Elles sont nickels" S'emporta Jo.

"Tu devrais revoir la définition du terme propreté, regarde-ça, c'est tellement crade que mon doigt reste collé au fond', renchérit Levi.

"Tu le fais exprès, c'est ça? T'as décidé de me pourrir la vie parce que je t'ai balancé une tomate, où parce que je t'ai préparé ton thé avec l'eau de l'abreuvoir des chevaux, je t'ai dit que j'étais désolée !"

"Ça m'est égal, recommence", ordonna le capitaine en pointant la vaisselle du doigt.

"Hors de question, même si tu te fourres le doigt dans l'œil jusqu'au coude", trancha-t-elle en croisant les bras.

"Je crois que je vais te laisser, on se revoit demain avant mon départ ?".

Jo haussa les sourcils.

Merde ! Elle avait complètement zappé Alex, pourvu qu'il ne se fâche pas.

"Tu devrais aller dormir l'aristo, une grosse journée t'attend demain", conseilla Levi sur un ton qui l'invitait à décamper sans plus tarder.

"Vous en faites pas pour moi Capitaine, je suis plus résistant que j'en ai l'air", répliqua-t-il en soutenant son regard.

Jo ne savait pas trop ce qu'il se passait entre les deux hommes, mais elle connaissait le regard peu avenant que lançait Levi au garçon de Sina, le même qu'il lui adressait d'habitude avant de lui jeter à la gueule le premier truc qui lui tombait sous la main.

"Ok Alex, on se voit demain, bonne nuit", répondit-elle en lui faisant au revoir de la main.

Alex envoya une dernière œillade au capitaine avant de quitter les cuisines.

"Quoi?...QUOI ?! Répéta-t-elle en rougissant violemment sous le regard insistant du capitaine. Elle venait juste de réaliser que Levi a assisté à son « presque » premier baiser, événement qu'il a complètement saboté, comme son sommeil, son alimentation, ses relations sociales et tout ce qui concernait sa vie depuis qu'elle l'avait rencontré.

"Après avoir terminé les latrines des hommes, je veux que le sol soit tellement propre qu'on puisse y manger, et c'est toi-même qui testera cette théorie"

La mâchoire de Jo faillit se détacher de son crâne, pourtant aucun son ne sortit de sa bouche.

"Je te conseille de mettre des gants en caoutchouc, quelqu'un m'a dit que le ragoût d'hier soir n'est pas bien passé", conclut-il avant de tourner les talons.

L'ordure !

"Putain, quelle tuile...je vois qu'une seule explication, Elise m'a baptisé avec l'eau du robinet", marmonna-t-elle en remettant son tablier.

Après quatre heures de récurage intensif ponctué par des "Connard de nain !", "La vache ça refoule !" et autres "C'est pas vrai ils ont tous la chiasse ici où quoi ?!", Jo acheva le nettoyages des latrines, avant de s'atteler à refaire la vaisselle.

Elle s'écroula sur une marmite et se réveilla le lendemain matin avec un torticolis de tous les diables, et la désagréable sensation d'avoir oublié quelque chose de très important.

« Merde ! Le départ de l'expédition !"

Elle bondit sur ses jambes, faisant tomber la marmite dans un fracas métallique et s'élança vers la sortie du réfectoire.

Elle atterrit dans la cour principale à l'extérieur du bâtiment administratif.

Pas âme qui vive.

Bizarre, d'habitude c'est bondé ici le matin, pourvu qu'ils ne soient pas déjà partis...

Elle accéléra le pas et aperçut bientôt le portail du quartier général où étaient rassemblés les volontaires de son unité ainsi que les soldats en réserve.

"AU REVOIR ! FAITES ATTENTION À VOUS ET ESSAYEZ DE NE PAS VOUS FAIRE BOUFFER !" Cria Natalia en agitant ses bras alors que les chevaux emportaient les soldats vers le mur Rose dans un nuage de poussière.

"Euh Natalia, je ne suis PAS sûr qu'on puisse appeler ça des encouragements", souligna Nodd d'un air perplexe.

"Ah tu crois? Bon ben...NE VOUS FAITES PAS ARRACHER LA TÊTE...ET LES JAMBES AUSSI PARCE QUE CA CRAINT DE FINIR EN FAUTEUIL ROULANT…et là c'est mieux ?" Demanda Natalia en se tournant vers Nodd qui se frappait le front.

"Ils….ils sont déjà partis", murmura Jo en s'appuyant sur ses genoux, hors d'haleine.

"Ah Chérie tu es là? Tu as manqué le départ, Alex t'a cherché partout et...Oh Seigneur, heureusement qu'il ne t'as pas vu dans cet état, le savon et la brosse à cheveux, tu ne connais pas ?" l'interrogea Natalia en coiffant ses mèches rebelles.

"Quand je pense qu'on sera à leur place dans deux mois...ça me donne des sueurs froides" couina Kowalski en avalant difficilement.

"Pratiquement tout te donne des sueurs froides, Kowalski, même ton ombre, tu te souviens de l'exercice d'orientation dans la forêt de Yuwen ?" S'esclaffa bruyamment Natalia.

"Pour la centième fois c'était un accident, il faisait nuit et on nous a dit que des ours rodaient dans les bois !" S'emporta le géant en croisant les bras, l'air boudeur.

Loin de toute cette agitation, Jo contemplait l'horizon, dans la direction où étaient partis Erwin, Levi, Mike, Nanaba, Hanji...et Alex.

Elle ne le reverrait peut-être jamais, et elle ne lui avait même pas dit au revoir.


Le lendemain, une journée ordinaire commençait, à ceci près que le QG du bataillon d'exploration était pratiquement désert. Les soldats en réserve assuraient le service administratif et les volontaires continuaient leur apprentissage.

"...commencez par allonger le patient, puis dévêtir le bras gauche qu'on place en abduction, ensuite placer le brassard au-dessus du pied du coude comme ceci".

Mlle Andrews, qui enseignaient les soins infirmiers, avaient décidé de faire sa classe à l'extérieur, et le sujet du jour étaient la prise de la tension artérielle.

"Pfff", ronchonna Jo en manipulant le tensiomètre avec des gestes las.

"Pour quelqu'un qui veut devenir infirmière de front, tu n'as pas l'air spécialement passionnée par ce travail" souligna Mr Klaus, son binôme du jour.

"Si si, c'est l'éclate total, youpi !" Ironisa-t-elle. "Je me demande juste à quoi ça sert de prendre la tension d'un mec à moitié mort".

"En voilà de bien sombres pensées, tous ceux qui partent en expédition ne finissent pas forcément par mourir".

"Si vous le dites...pfff, ça fait déjà un jour qu'ils sont partis, je me demande combien de temps ça dure, ces satanés expédition extra-muros", grogna Jo de plus belle en plaçant le brassard autour du bras de Mr Klaus.

"Je suis sûr qu'il va bien, c'est un garçon robuste et avisé, tu n'as rien à craindre", la rassura Mr Klaus avec un sourire bienveillant.

"Mais-mais-mais j'ai jamais dit que je m'inquiétais pour Alex...ni pour qui que ce soit d'ailleurs ! " Se rattrapa-t-elle, les joues écarlates.

Jo continua de suivre les instructions de son enseignante. Elle mit les pavillons du stéthoscope dans ses oreilles et le plaça sur l'artère brachiale de l'homme.

Elle jeta un œil autour d'elle. Chacun vaquait à ses occupations, comme si rien n'avait changé, comme si les trois quart des soldats du bataillon n'étaient pas à l'extérieur du mur Rose, à risquer leur vie et pour certain, à la perdre.

Tous ces gens devaient avoir une famille, ou des gens qui les aimaient et qui s'inquiétaient pour eux, ne craignaient-ils pas de ne plus les revoir ?

"Mr Klaus...pourquoi vous êtes là ?" Demanda-t-elle en interrompant son geste. "Je veux dire...vous avez une femme et deux gamines, qu'est-ce qui va arriver à votre famille si vous mourrez ?".

Allongé sur l'herbe, l'homme leva son regard bienveillant vers la jeune fille :

"Après Shiganshina, la plus jeune de mes filles avaient des crises d'angoisse, elle hurlait à la mort toute les nuits sans fermer l'œil. Je passais mon temps à la rassurer, je lui disais que l'armée avait tué tous les titans et qu'ils ne viendront jamais plus nous menacer...".

"Et vous ferez quoi quand elle s'apercevra que vous avez menti ?" L'interrompit-elle. "Shiganshina est la preuve que personne n'est en sécurité à l'intérieur de ses foutus murs".

"C'est pour ça que je suis là".

Jo haussa un sourcil.

"Sans vouloir vous vexer Mr Klaus, vous n'avez plus tout à fait la forme de vos vingt ans, vous croyez quoi? Que vous allez éradiquer ses saloperies à vous tout seul ?"

L'homme rit doucement.

"Non, je n'ai pas cette prétention...mais ça ne m'empêche pas d'apporter ma pierre à l'édifice. Les enfants voient leur père comme des héros, c'est notre devoir d'assurer leur avenir…".

Jo se gratta le sommet du crâne, le devoir ?

Soit elle était complètement conne, soit Mr Klaus présentait tous les signes d'une démence sénile précoce :

"...Donc pour assurer l'avenir de vos gosses, vous avez rien trouvé de mieux à faire que de calancher à trois mille lieux de votre maison...c'est contradictoire ou y'a un truc qui m'échappe?".

Mr Klaus rit de plus belle.

"Comme je le dis souvent à mes filles, un jour, tu auras des enfants et tu comprendras".

"Eurk, parlez pas de malheur, Mr Klaus", dit-elle en faisant la grimace. "Aucune chance que je mette au monde un mouflet qui m'arrachera les cheveux et me pissera à la figure".

L'homme rit de plus belle, et les pensées de Jo dérivèrent de nouveau vers Alex, est-ce qu'il était blessé, ou même toujours en vie ?

Sa famille devait s'inquiétait pour lui...est-ce qu'il en avait une, déjà ?

Soudain, elle réalisa qu'elle ne connaissait rien du jeune homme.

Elle ne savait pas quel âge il avait, quel était son plat préféré ou le métier qu'il rêvait de faire quand il était petit. Ils n'avaient jamais eu le temps de discuter...non, elle ne lui en a jamais laissé l'occasion, elle préférait le fuir comme une idiote.

Parce que personne ne lui a jamais dit qu'elle était drôle, intelligente, qu'elle avait de beaux cheveux ou qu'il pouvait se perdre dans la couleur de ses yeux...personne avant Alex.

C'était simple : elle était aussi adroite qu'une gamine de treize ans face à son premier flirt.

"Pfff", soupira-t-elle une énième fois.

"Le cours est terminé, n'oubliez pas de ranger soigneusement votre matériel", annonça Mlle Andrews.

"Il était temps, j'ai une de ses fringales moi, on y va ?" proposa Natalia en s'étirant le dos.

Les volontaires quittèrent le terrain d'entraînement en direction du réfectoire.

Jo, Natalia, Nodd et Kowalski prirent leur plateau et s'installèrent ensemble à une table. Pendant que les deux garçons et la rousse spéculaient sur le déroulement de la mission, le cerveau de Jo vadrouillait au loin.

L'ambiance était maussade dans le réfectoire d'habitude si animé : plus de Oluo et ses andouilles de copains qui riaient aux éclats et s'échangeaient des commentaires lubriques sur le personnel féminin, plus de Hanji qui répandait ses théories saugrenues sur les titans, et encore moins de Levi pourchassant Jo avec son balai à franges et ses interminables corvées...le QG était définitivement trop calme.

" Ça fout le cafard c't'ambiance", soupira Kowalski.

"Faudrait trouver un truc pour se changer les idées", poursuivit Natalia.

"...Une fête".

Les trois compères se tournèrent d'un seul geste vers la blonde.

"C'est ça, organisons une fête pour le retour du bataillon !", reprit-elle avec enthousiasme.

"Euh, chérie...je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée", dit Natalia d'un air perplexe.

"Pourquoi ça? Ils vont vivre un enfer et ils seront de retour au bercail affamés et heureux d'être en vie, y'a de quoi de quoi faire la fête, non ?"

Ses amis échangèrent de nouveaux regards hésitants, mais Jo ne voyait rien d'autres que cette nouvelle idée.

Oui, c'est exactement ce qui leur fallait : une occasion de rire, boire et manger tous ensemble, et chasser les sombres pensées qui gangrènent leur esprit. Une occasion de se retrouver et de partager le bonheur de faire encore partie de ce monde. Motivée comme jamais, Jo se leva brusquement :

"Allez qu'est-ce qu'on attend, on a des tas de choses à préparer !" fit-elle en tirant Natalia par le bras.

Les quatre amis informèrent le reste de l'unité qui, ravis de pouvoir échapper au stress des révisions pendant quelques heures, se prêtèrent volontiers au jeu.

Sans trop forcer son talent, Natalia réussit à charmer le cuisinier qu'elle persuada de faire un repas plus élaboré que d'ordinaire, et ils réussirent à chaparder quelques bouteilles de vin dans la réserve des gradés.

Le lendemain, Jo se chargea d'installer à l'entrée des dortoirs les décorations qu'elle avait préparées toute la nuit : des guirlandes de papiers en couleurs et une grande banderole faite à partir d'un drap blanc, et sur laquelle elle avait pris soin d'inscrire en grosse lettre écarlate avec le rouge à lèvres de Natalia, un message de bienvenu très particulier.

Aux alentours de midi, tout était fin prêt pour les accueillir...mais personne n'arriva.

Treize heures, quatorze heures…

"C'est pas normal", déclara Jo en se levant brusquement. "Il a dû leur arriver quelque chose".

Elle quitta la salle commune des dortoirs ou le repas refroidissait sur les tables et s'élança vers le portail du QG pour les attendre.

Les heures passaient sans aucun signe de leur arrivée.

Le soleil déclinait à l'horizon et on commença à allumer les torches à l'extérieur pour éclairer le domaine.

Jo somnolait sous un arbre non loin du portail lorsque des bruits de sabots retentirent au loin, et bientôt, elle aperçut les chevaux arriver dans un nuage de poussières, tirant les charrettes à toute vitesse. Ils chevauchaient vite...beaucoup plus vite qu'au moment du départ.

"OUVREZ LE PORTAIL !" Cria Mike, une torche à la main. Il était en tête du convoi aux côtés d'Erwin.

Jo se décala juste à temps pour ne pas se faire écraser.

Les chevaux passèrent le portail et prirent la direction de la cour principale.

Le choc passé, Jo les poursuivit...et fut paralysée devant le spectacle qui s'étalait sous ses yeux.

"Vite, apportez un brancard ! Par-là !"

"J'ai...j'ai mal, aidez-moi…"

"Celui-ci a perdu beaucoup de sang, préparez-le tout de suite pour une transfusion".

"Aaaaah! Ma jambe...ou est ma jambe ?!"

"Ici, on a besoin d'un infirmier tout de suite !"

Des blessés, partout.

Ils sortaient par dizaine des charrettes.

Certains titubaient, soutenu par un camarade, d'autres étaient étendus sur des brancards rudimentaires, couvert de sang, hurlant et gémissant de douleur, ou inconscients.

Jo ne savait pas quoi faire. Elle regardait les soldats allaient et venir autour d'elle, et ses camarades se précipitaient pour les aider, mais elle ne bougea pas.

"Pourquoi ne pas les avoir évacué à l'hôpital de Trost ?" demanda Natalia en boutonnant sa blouse blanche.

"Ils sont surchargés, alors ils n'ont pris que les cas les plus graves", répondit l'un des survivants.

"Comment ça, les cas les plus graves ?" Interrogea la rousse en regardant avec effroi deux soldats porter un brancard où gisait un garçon avec la moitié du visage arraché.

Jo leva son regard azur vers la banderole qu'elle avait accroché au-dessus de l'entrée.

Vite, il fallait qu'elle l'enlève avant que quelqu'un la voit, il fallait l'arracher tout de suite, et la cacher très loin...non, il fallait la détruire, la brûler, elle devait disparaître.

"Qu'est-ce que c'est que ça ?"

La blonde fit volte-face.

C'était Oluo...ou du moins, ce qu'il en restait.

L'homme face à elle n'avait plus rien à voir avec le fanfaron sûr de lui au sourire goguenard. C'était comme s'il avait pris dix ans en deux jours, et ses yeux...on aurait dit que l'image de la mort le poursuivait où qu'il posait son regard.

"Putain mais qu'est-ce que c'est que ça ?!" Cria-t-il en l'empoignant par le col de son uniforme, son nez touchant presque le sien. "C'est encore une de tes putains de blagues, tu crois qu'c'est un jeu, hein? Tu crois que tout ce qui se passe ici n'est qu'un putain de jeu, qu'on est là pour rigoler et se faire des tours comme des gamins dans un camp de vacances?!"

"Oluo, laisse-là tranquille", l'incita l'un de ces amis, mais le jeune refusait d'entendre raison, il continuait à cracher son venin sur Jo en la secourant comme une poupée de chiffon, et cette dernière se laissait faire, docile et inerte.

"Pendant que tu faisais mumuse des gens sont morts, des mecs forts et courageux, des mecs comme mon cousin, et tout ça pourquoi, hein? TOUT ÇA POUR QUE DES PUTAINS DE SALOPARDS COMME TOI PUISSE VIVRE !".

Le coup de poing la percuta à la mâchoire et l'envoya s'écraser contre le mur.

"Oluo ! Soit tu te calmes, soit je te colle en cellule d'isolement !' S'écria Levi en le saisissant par le bras. "Ton cousin est mort et ça ne le fera pas revenir, alors arrête tes conneries et remets-toi au boulot".

Le jeune homme serra les dents, comme s'il voulait résister, puis il détourna la tête pour étouffer un sanglot.

Jo été toujours à terre, affalée sur les fesses, la tête basse.

"Qu'est-ce que t'attends pour te relever ?", demanda Levi.

La blonde papillonna des cils, hébétée.

Elle se redressa en époussetant son pantalon.

« Nettoie ce foutoir et quand tu auras fini, va directement à l'infirmerie pour les aider, compris ?".

Jo hocha la tête.

Elle considéra une dernière fois l'étendard qu'elle avait fabriqué et le décrocha d'un coup sec.

Elle le roula en boule et le jeta dans un coin avant de rejoindre le bâtiment de l'infirmerie.

Plus elle se rapprochait, plus l'agitation augmentait.

Les lits de l'infirmerie devaient être tous occupés car certains blessés légers étaient installés sur des couvertures à même le sol dans les couloirs.

Dans la grande salle, les soldats blessés étaient entourés d'infirmiers qui, pour la plupart, étaient les camarades de Jo toujours en formation.

Dans un coin, Natalia appuyait de toutes ses forces sur l'abdomen d'un homme pour limiter son hémorragie, son tablier blanc maculé de tâches de sang.

Nodd et Mr Klaus, qui faisaient partie de l'unité logistique, aidaient aux transports du matériel et des médicaments.

"Josie ! Te voilà enfin !" Cria une voix dans son dos.

Hanji sortit de nulle part et lui mit des bandages ensanglantés entre les mains.

"Nous manquons de matériels, il faut nettoyer et stériliser ses bandages, tu peux t'en occuper ?".

La jeune fille acquiesça, heureuse de pouvoir quitter cette pièce où elle se sentait totalement inutile.

Elle fonça vers les sanitaires de l'infirmerie où elle s'enferma, jeta les bandages à terre et se précipita vers l'un des lavabos où elle vomit à gorge déployée.

"C'est l'odeur du sang qui fait ça », dit une voix derrière elle.

Vert comme de la mousse, la joue posée sur la cuvette des toilettes, Kowalski avait l'air d'un marin subissant les affres du mal de mer.

« Je devais nettoyer la blessure d'un mec avant de le recoudre et ça m'a pris aux tripes, j'ai passé les dix minutes suivantes à gerber",

A cet instant, la porte de la salle de bain s'ouvrit, c'était Nodd.

"Josie, je crois tu devrais venir voir".

Le rouquin à lunettes la mena dans un coin de l'infirmerie. Derrière le paravent, un jeune homme était assis de dos, torse nu, une énorme plaie saignait sur son flanc gauche.

"Alex" souffla-t-elle, le cœur serré.

Il sursauta.

C'était comme pour Oluo, il n'avait plus rien à voir avec le jeune homme qu'elle connaissait. Son regard était vide, hagard, comme s'il ne savait pas où il se trouvait.

"Josie, c'est toi ?", demanda-t-il d'une voix tremblante.

Elle acquiesça.

"...ça va aller, ok ? On va s'occuper de ta blessure".

Les mains tremblantes, elle imbiba une compresse d'alcool et l'appliqua sur la plaie d'Alex, il tressaillit en criant de douleur.

"Désolée".

Jo continua ses soins en lui jetant des coups d'œil discrets, elle ne savait pas quoi faire : devait-elle lui demander ce qui s'était passé ? Etait-il seulement en état de parler ?

"On a paniqué", dit-il après un long silence. « La lame de Jeff lui a sauté des mains...les autres pensaient que j'étais déjà mort, il...sa tête, je n'arrivais plus à retrouver sa tête", raconta-t-il, sa voix se cassa dans un sanglot.

"Tu n'es pas obligé de me raconter".

"Tout ça est arrivé parce qu'ils voulaient capturer un titan vivant. Il s'est subitement déchaîné et il s'est mis à tout écrasé sur son passage. On s'est aperçu trop tard que c'était un déviant, la tête de la formation a été débordée, c'était…on a rien pu faire, ils étaient trop nombreux et il y avait des blessés partout, on ne pouvait pas…on ne pouvait pas tous les ramener alors on les a laissé…on a abandonné nos camarades vivants derrière nous et on est revenu... », Gémit-il en donnant des coups de poing sur le visage, les joues baignaient de larmes.

Horrifié par les révélations d'Alex, Jo n'avait pourtant pas le droit d'afficher son effroi devant le jeune homme déjà rongé par le remord. Ce n'est pas possible, Erwin n'aurait jamais permis qu'on abandonne des soldats vivants derrière eux, peu importe les raisons…non, il y avait sans doute une autre explication.

« Arrête Alex, tu n'as pas à te sentir coupable, je sais que tu as fait tout ce que tu pouvais", tenta-t-elle de le calmer en retenant ses poignets mais sans résultat, Alex était trop agité, le regard fou, les corps secoués de tremblements, il semblait en proie à une soudain crise de panique.

« Non ça n'ira pas au contraire ! Ça ne fera qu'empirer. Tu crois que vous êtes là pour sauver le monde mais c'est un mensonge, tout ce qui se passe ici n'est qu'une gigantesque farce… »

Jo lança un regard nerveux à ses collègues autour d'elle. Devait-elle mettre les paroles d'Alex sur le compte d'un délire causé par le choc, où était-il réellement au courant de ce qui se passait dans le bataillon d'exploration ?

« Alex, lâche-moi, tu me fais mal ! »

« Tu dois partir Jo, tu m'entends ? Pars, sauve-toi ! Sauvez-vous tous pendant qu'il en est … ».

Avant d'achever sa phrase, Alex tourna de l'œil et s'effondra sur l'épaule de Jo, Nodd était debout derrière lui, une seringue à la main.

Autour d'eux, les volontaires échangés des regards anxieux, le visage blanc comme leur blouse, si des soldats surentraînés pendant deux ans avaient autant soufferts pendant leur première expédition, qu'allait-il advenir d'eux qui avait à peine compléter six mois de formation ?

Pourquoi Erwin voulait-il capturer un titan vivant ? Il est dingue…à quoi ça va lui servir ?


Le lendemain matin, Levi la convoqua pour une visite chez Hanji.

"Qu'est-ce qu'elle me veut la bigleuse ?" Interrogea-t-elle en marchant dans les couloirs derrière Levi.

"La bigleuse et l'unique personne dans ce bataillon qui a le droit de te charcuter…mais je te préviens, il n'est pas rare que ses spécimens claquent avant la fin des expériences".

« Mais, mais, mais…vous m'avez dit que si j'étais au bataillon d'exploration c'est pour être protégée, vous n'avez pas le droit de faire ça ! " S'insurgea la blonde.

"Ah, vraiment ? Tu peux me dire qui va nous en empêcher ?"

"En gros mon avis je peux me le carrer ou je pense".

"Je ne l'aurais pas mieux formulé».

Arrivés devant le bureau de Hanji, Levi toqua trois coups à la porte avant d'entrer. Le lieutenant du bataillon d'exploration était assise à son bureau, une pince dans chaque main, occupée à examiner quelque chose qui ressemblait à un morceau de bois noirci. Elle leva la tête, révélant une paire de lunettes à verres grossissants qui lui donnaient l'air d'une chouette effrayée.

« Salut Josie », dit-elle en posant ses pinces. « Chair de titan en décomposition », expliqua-t-elle devant le regard interrogateur de Jo.

« Charmant », répondit la blonde avec une grimace.

« Bien, mets-toi à l'aise, je reviens tout de suite », dit le lieutenant. Elle retira ses gants et s'éclipsa dans une pièce voisine.

« Moi je m'en vais, ce bureau est trop crade ».

« Comment ça, tu t'en vas ? Hé ! Ne me laisses pas toute seule avec cette folle…Levi ! ».

Trop tard, le capitaine avait déjà claqué la porte derrière lui.

Seule dans le bureau, Jo en profita pour faire un peu le tour du proprio.

Une forte odeur mêlant vieux livre poussiéreux, produits chimiques et restes de nourriture moisie régnait dans la pièce qui ressemblait à ce qu'on pouvait attendre d'une scientifique à moitié fêlée fanatique de titans :

Les murs étaient tapissés d'immenses affiches représentant des titans, il y en avait de toutes sortes : des grands, des petits, des gros, des bossus, certains marchant à quatre pattes, d'autres ressemblant à des animaux.

Il y avait même un comparatif de taille, le plus impressionnant était sans doute le titan colossal, celui qui avait détruit le mur Maria, et dont le portrait était saisissant de réalisme.

Tous les dessins étaient parcourus de centaines de petites notes griffonnées sur la taille des titans, la longueur des bras, des jambes, la composition de la chair, le comportement et autres signes distinctifs.

A côté du bureau de Hanji, des carnets étaient entassés pêle-mêle sur le sol.

Jo en prit un au hasard et l'ouvrit.

« Journal de bord, An 836, 27ème expédition extra-muros.

Le lieutenant Koch a quitté le camp en catastrophe après le lancement d'une fusée de détresse.

Il semblerait que l'équipe du capitaine Heller soit en difficulté, pourvu que rien ne leur soit arrivé.

Les titans se font rares à l'est, d'après nos dernières constatations, il semblerait qu'ils viennent tous quelque part du sud, marchant droit vers le mur Maria, comme s'il s'agissait de leur destination… ».

« C'est notre butin », s'enorgueillit Hanji.

« Un butin de guerre ? Tu parles de ces carnets tout cra-cra ? », Dit Jo en prenant le carnet entre le pouce et l'index.

« Il ne s'agit pas de n'importe quel carnet tout cra-cra, ils contiennent des notes recueillies par les soldats du bataillon », expliqua Hanji. « A chaque mission, on leur demande de noter tout ce qui a pu leur paraître étrange ou curieux sur le comportement des titans…mais ces informations ont un prix, des milliers de soldats ont donné leur vie pour qu'on puisse en arriver là», poursuivit le lieutenant mais Jo ne semblait pas vraiment passionnée par son discours.

« Et à quoi ça sert tout ce bazar ? » Demanda-t-elle en désignant une table où étaient disposés des outils de chirurgie, des bouteilles remplies d'un liquide jaunâtre, des lunettes grossissantes, des scalpels, des pinces et autres instruments pointus et très flippants.

« C'est pour faire des examens, parfois quand la mission le permet, le bataillon d'exploration réussit à ramener des spécimens vivants afin de les étudier ».

« Les étudier ? » Répéta la blonde en fermant le carnet qu'elle reposa sur la pile. « Pourquoi faire ? »

« C'est la raison d'être du bataillon d'exploration : nous sommes chargés de récolter le maximum d'information sur les titans, leurs comportements, leurs faiblesses et surtout leurs origines afin de permettre à l'humanité de mieux les combattre ».

« Tu m'en diras tant », fit Jo d'un air sceptique en jouant avec la lunette grossissante sur le bureau. « En quoi le fait de savoir si les titans font la grosse où la petite commission nous aidera à les combattre ? »

« Figure-toi que l'organisme des titans ne produit aucun excrément, ils mangent jusqu'à plus faim avant d'évacuer le contenu de leur estomac par la bouche sous forme d'une boule de… ».

« Ça va, épargne moi les détails, je viens de prendre mon petit déj », coupa Jo avec une grimace dégoutée. « Alors comme ça ces bestioles ne vont pas sur le pot, formidable, voilà une info qui risque de changer la face du monde ».

« L'humanité a passé les cent dernières années à craindre et haïr les titans sans résultats, alors je me suis dit qu'il était temps de changer de point de vue, faire preuve d'un peu plus d'ouverture d'esprit…. Ne sont-ils pas magnifiques, oh oui mes bébés, ça c'est Balthazar…et celui à côté c'est Gaspard », fit-elle d'une voix énamourée en pointant l'une des affiches sur un mur.

« Tu m'excuseras mais j'ai du mal à m'imaginer faire des mamours à un géant humanoïde qui essaye de faire de moi son quatre-heures ».

« Tu n'es pas la seule. Juste après sa nomination, Erwin m'a accordé carte blanche pour mes expériences, c'était la première fois dans l'histoire de l'humanité que le bataillon ramenait un titan à l'intérieur des murs, tu peux me croire quand je te dis que ça en a fait jazzé plus d'un, les hauts gradés disaient qu'Erwin était bon pour l'asile…. ».

« On se demande pourquoi », répliqua Jo. « Au final, le bataillon d'exploration c'est juste une excuse pour rassembler les suicidaires et les dégénérés ».

Hanji éclata de rire.

« Tu sais vous n'êtes pas si différents, toi et Levi».

Minute papillon !

Est-ce que la scientifique venait réellement de la comparer à cette espèce de Tom-pouce psychorigide accro aux détergents ?

« Le seul point commun entre moi et ce maniaque c'est la haine mutuelle qu'on éprouve l'un pour l'autre…l'essentiel, pourquoi vous vouliez me voir ? » demanda soudain la blonde.

Hanji laissa de côté les plaisanteries et reprit son sérieux.

« Je suppose que tu es au courant pour le titan qu'on a ramené?... cette fois l'expérience sera un peu différente puisque tu vas y participer ».

Hein ?

La blonde bâtit plusieurs fois des cils en pointant un doigt vers son visage :

« Moi? Pourquoi faire ? »


Quelque part au milieu de la forêt qui entourait le quartier général, à l'abri des regards indiscrets, les soldats du bataillon avaient passé les quinze derniers jours avant le départ pour l'expédition à construire une sorte d'arène entourée d'une muraille faite de troncs d'arbres étroitement serrés avec de grosses cordes, arène destinée à accueillir le futur sujet d'expérience de Hanji.

Au centre de l'arène, Melchior était attaché au sol avec de lourdes chaines, entourant son cou ainsi que ses poignets et chevilles, tandis qu'un grand sac en toile de jute masquait son visage.

Autour de Melchior, plusieurs soldats expérimentés du bataillon, dont Darius, Marianne, et Nanaba se tenaient prêts à intervenir en cas de nécessité, lames à la main.

Quelques mètres plus loin, Erwin, Levi, Mike et Hanji supervisaient le bon déroulement des opérations.

Enfin, à l'opposé, Jo se tenait debout non loin du titan qu'elle regardait sans pourvoir s'empêcher de penser qu'avec ce sac sur la tête, il avait presque l'air d'un humain un peu plus grand que la normale.

« Prête Josie ? », Cria la voix de Hanji.

La blonde sursauta, elle ouvrit la bouche mais resta muette.

En réalité, elle était loin d'être prête.

Se tournant vers Hanji, elle voulait lui dire qu'elle ne pouvait pas le faire, que si elle s'en mêlait l'expérience risquait certainement de tourner au vinaigre…mais elle n'en avait pas le droit.

« Quand on retira le sac et qu'on coupera les chaines, tu essayeras de communiquer avec le titan comme tu l'as fait à Shiganshina, d'accord ? ».

Communiquer ?

La situation pourrait presque être drôle si elle n'était pas aussi grave.

Darius tira sur le sac attaché à une corde.

Les rayons du soleil brûlèrent les iris du titan qui poussa un long cri strident et atroce. Sous le choc, Jo laissa tomber ses lames et plaqua ses mains contre ses oreilles.

C'était un titan d'un peu plus de trois mètres, avec de longs cheveux blonds et une barbe épaisse qui lui mangeait le menton.

« Concentre-toi ! » Aboya Levi devant la nervosité de la blonde. « Ramasses tes lames et remets-toi en position ».

Les mains tremblantes, Jo s'exécuta, elle essuya ses paumes moites sur son pantalon d'uniforme avant de ramasser ses armes.

(Pas de panique…tout va bien se passer…).

« Coupez les cordes, maintenant ! », hurla Hanji.

Les soldats s'exécutèrent avant d'activité leurs grappins pour s'envoler au-dessus de la barrière.

Le titan se redressa et fit un demi-tour pour faire face à Jo.

Ils s'observèrent pendant quelques secondes avant que le titan ne commence à avancer lentement vers Jo, pas à pas, comme s'il l'observait avec curiosité.

« Tu as vu ça ? », demanda Hanji à Erwin. « Ce comportement n'est pas habituel, on dirait qu'il… ».

« …la jauge », compléta Erwin sans détacher ses yeux de la jeune fille. « Ce qui veut dire qu'il ne la considère pas comme une proie… »

« Pas encore », souligna Mike.

Dans l'arène, Jo sentait ses moyens peu à peu lui échapper.

A chaque pas que faisait le titan, la terre tremblait sous les pieds de Jo et la replongeait un peu plus dans l'abîme de Shiganshina.

(Du calme, respire, respire…).

Jo avala bruyamment.

(Ça va aller, tu dois juste rester calme et immobile…).

Jo essaya de maîtriser ses pensées, mais c'était impossible, c'était comme si elle essayait d'attraper de la fumée à main nues.

Tout à coup, Jo revoyait le visage d'Alex, ses yeux hantés par la culpabilité, fou de se croire responsable de la mort de ses camarades. Elle pensait à tous les soldats blessés, et ceux qui avaient perdu la vie durant cette expédition pour ramener ce titan, un titan qui devait servir à tester ses pouvoirs.

(Si je merde ce test, ça voudra dire que tous ces soldats sont morts…pour rien).

Les jambes de Jo commencèrent à trembler, une goutte de sueur roula de son front vers son nez et atterrit sur le sol poussiéreux, entre ses pieds.

Le titan tourna son visage vers le ciel et poussa un long grognement sonore.

« Elle va se planter », déclara Levi.

« Attends laisse-lui une chance, elle n'a encore rien tenté », intervint Mike.

« Comment tu peux le savoir ? » interrogea Hanji.

« Je le sais, c'est tout », répondit le capitaine sans plus d'explication.

Pour être exact, Levi ne le savait pas, il le sentait, c'était instinctif, comme s'il entendait la respiration saccadée de Jo sifflait dans ses oreilles, et qu'il sentait l'odeur de la peur montait à ses narines…elle était terrorisée.

Entre temps, les pensées de Jo continuaient de la torturer, si bien qu'à un moment, son esprit quitta complétement l'arène, le quartier général, le mur Rose, et atterrît quelque part à Shiganshina, des mois en arrière, au moment où le mur Maria avait cédé…au moment où ce vieil homme s'était fait dévorer vivant juste sous ses yeux, …au moment où Jo avait abandonné à une mort certaine un petit garçon nommé Eren et sa mère.

Sans s'en rendre compte, elle fit un pas en arrière, et ce geste presque imperceptible déclencha quelque chose chez le titan qui, comme un fauve qui aurait senti l'odeur du sang, bondit sur Jo à une vitesse ahurissante.

« Lancez les grappins ! » hurla Erwin.

Sous le choc, Jo tomba en arrière sur les fesses, les bras en croix devant son visage. Nanaba et Darius se placèrent en bouclier pour la protéger tandis que les autres enchaînaient le titan qui continuait de se débattre, bras en avant en lançant vers Jo un regard bestial, comme si la mettre en pièce était la dernière chose qu'il devait faire vivant peut importait le prix.

« Est-ce que tout va bien…hé, où tu vas ?! » cria Nanaba.

Tandis que les larmes roulaient sur ses joues, elle se rua à l'extérieur de l'arène aussi vite que lui enjoignaient ses jambes flageolante sous le coup de l'adrénaline, peu importe où elle irait, tout ce qu'elle voulait c'était s'éloignait le plus possible de cette chose.

« Je vais la chercher », déclara Levi.

« C'est inutile, de toute façon elle n'est pas en état de faire un autre essai », intervint Erwin.

Tandis que les gradés du bataillon d'exploration observaient la silhouette de Jo s'enfoncer dans la forêt, Hanji notait sur son carnet à côté de la case « premier essai » un large « échec », en lettres écarlates.


« Erwin…, ahum, Monsieur Erwin..., non, commandant Erwin, puis-je vous parler, s'il vous plait ?».

Pathétique.

« S'il vous plait ? Il va croire que je me fous de sa gueule, j'ai jamais été aussi poli de toute ma vie».

Misérable.

« Alors ça roule depuis ce matin ? Vous avez passé une bonne journée ?...ouais, là on dirait vraiment que je me fous de sa gueule.»

Honteux…affligeant…déplorable…

« Je suis désolée pour…vous savez, ce matin…mais c'est pas un drame, hein ? Ça arrive à tout le monde d'avoir la trouille…et de se casser en plein milieu d'une expérience capitale pour l'avenir de l'humanité…putain, j'ai vraiment chié dans la colle en beauté cette fois », soupira Jo en plongeant son visage dans ses mains. « Et toi, t'en penses quoi ? »

Indifférent au monologue de la blonde, Zara, son nouveau cheval, plongea le museau dans son seau d'avoine.

Jo poussa un long soupir.

Assise contre la porte d'un box dans les écuries, elle triturait une brindille d'herbes entre ses doigts en regardant le ciel azur vers le ciel ou déclinait lentement le soleil, baignant le quartier général d'une douce lumière orangée.

Ce n'était pas la première fois que Jo faisait une bêtise, et ce ne serait surement pas la dernière, mais contrairement à d'habitude où elle se sentait plutôt fière d'avoir foutu le bordel, là elle ne ressentait que de la honte…une gêne persistante, obsédante. Elle se revoyait sans cesse en train de détaler comme un lapin dans son trou sous les regards médusés des hauts gradés…elle qui pensait avoir atteint le summum de l'humiliation après l'épisode du lancer de légumes pourris de Levi, ou son atterrissage forcé sur un tas de bouse de cheval, elle était servi.

Elle se sentait minable.

Comment pourrait-elle réparer ce fiasco, comment pourrait-elle encore tenir tête à Levi…ou même regarder Erwin en face ?

« De toute façon je ne peux pas rester planquée là indéfiniment, il faudra bien que je lui parle un jour, non ? ».

Le cheval continua sa dégustation d'avoine sans lui accorder le moindre regard.

« Tu sais, je fais de gros efforts pour que ça marche entre nous mais tu ne me facilites pas la tâche ».

Elle sauta de la barrière, renoua étroitement sa chemise blanche au-dessus de son nombril, retroussa les manches de sa veste au niveau des avant-bras et se frappa les joues pour se réveiller.

« Allez j'en ai vu d'autres, Banzai ! »

Des gargouillis s'élevèrent de son estomac complètement vide, signe que l'heure du dîner approchait.

Une chance, elle ne croisa personne dans les couloirs, les soldats étaient tous au réfectoire.

Hormis les gardes, le bâtiment administratif était également désert.

Plus elle se rapprochait du bureau d'Erwin, plus son malaise s'accentuait.

Elle répétait les excuses qu'elle allait présenter au major quand des éclats de voix s'élevèrent de son bureau.

« …l'attrape je te garantis qu'elle va prendre cher, aucune chance que je laisse passer ça ! ».

C'était la voix de Levi, et il n'avait pas l'air joyeux.

Soit quelqu'un avait modifié le classement de ses produits de nettoyage, sois il parlait d'elle.

« Je comprends tes inquiétudes mais il ne s'agit que d'une expérience, il n'y a pas eu mort d'homme, tache de relativiser», dit la voix neutre d'Erwin.

« Relativiser ? », répéta Levi comme s'il s'agissait de la plus grosse connerie qu'il ait entendu de sa vie. « Je crois que tu ne saisies pas bien la gravité de la situation Erwin : cette gamine qu'il y a trois mois tu as appelé « le seul espoir de l'humanité » est complètement à côté de la plaque».

« Elle a fait une erreur, ce n'est pas la première et ce ne sera surement pas la dernière », répliqua Erwin

« Certaines erreurs sont impardonnables, tu imagines si elle avait paniqué comme ça en plein milieu d'une expédition ? Elle aurait rompu la formation et provoqué la mort de la moitié des soldats du bataillon ».

Une main invisible étrangla l'estomac de Jo. Les mots de Levi mordaient sa fierté comme un feu ardent une chair à vif, il était dur, cassant, mais chacun de ses mots sonnait vrai.

« La peur est un phénomène naturel, ce n'est encore qu'une débutante, elle apprendra… ».

« Un soldat qui ne contrôle pas sa peur et un danger pour lui-même autant que pour ses camarades, cette fille n'est pas une débutante, c'est un boulet », le coupa Levi.

Jo se mordit la lèvre tellement fort qu'elle se blessa, elle poussa un petit gémissement qui finit par trahir sa présence. Les mains plaquées contre sa bouche, elle retint son souffle.

Levi jeta un coup d'œil sous la porte avant d'échanger un regard avec son supérieur, elle était là, il poursuivit :

« Elle est irresponsable, comment tu expliques qu'elle passe son temps à faire la touriste alors que les soldats de son unité risquent de finir en chair à pâté à cause d'elle ? ».

Comment ça, à cause d'elle ?

« Levi, ce n'est pas le moment de parler de… »

« …Comme si elle était inconsciente que toute cette histoire de soldats volontaires a été montée pour couvrir son putain d'entrainement dont elle n'a absolument rien à foutre ! »

Non, ce n'est pas possible.

Jo fit quelques pas en arrière, mais se retrouva très vite incapable de bouger.

Non, ce n'est pas possible, ce n'est pas ce que lui avait dit Erwin.

Ce n'était pas possible…Erwin ne lui aurait jamais menti.

« Tiens Josie, comment ça va…hé ! Où tu vas encore comme ça ? Josie ! », L'appela Hanji, mais c'était trop tard, la blonde avait déjà dévalé les escaliers.

Le lieutenant haussa les épaules et poussa la porte du bureau de son supérieur.

« Tu es content ? » demanda Erwin à Levi.

« Je n'ai rien dit qu'elle n'aurait pas appris tôt ou tard, peut-être que ça lui mettra du plomb dans le crâne ».

« Je tombe mal ? » demanda Hanji en voyant l'air grave du blond.

« Du nouveau, quelles sont tes conclusions ? ».

« Malheureusement rien de bien probant, l'expérience n'a duré en tout que trois minutes quarante-sept, je n'ai pas assez d'éléments pour savoir si le comportement du titan relève d'un état déviant ou des capacités de Josie ».

« Je vois ».

Ainsi leur premier essai était un échec total, il ne restait plus qu'à passer au plan B.


Il régnait un silence étrange dans l'infirmerie, comme s'il s'agissait d'un endroit appart, hors du temps, à l'image des pensionnaires en sommeil, ignorant du bruit, de l'agitation et des problèmes du monde extérieur.

Jo épluchait une pomme rouge, assise à côté du lit d'Alex, geste totalement inutile vu qu'il ne s'était pas réveillé depuis que Nodd lui avait administré la deuxième dose de morphine.

A l'orphelinat, quand l'un des enfants était malade, Emilie lui épluchait des tonnes de pommes qu'elle le forçait à avaler, et sans s'en rendre compte Jo se retrouvait à faire la même chose.

La blonde s'immobilisa et jeta un œil au jeune homme.

« Pour une fois, je ne serais pas contre une de tes blagues lourdes où tes remarques qui me déstabilisent complètement…je suis paumée Alex, comme si j'étais dans une pièce immense avec des centaines de portes tout autour de moi sans aucune indication pour savoir laquelle choisir. J'ai beau essayé de faire les choses bien je finis toujours par foutre le bordel…qu'est-ce que je dois faire ? »

« …pour commencer, donne-moi un quartier de cette délicieuse pomme que tu épluches pour moi ».

Jo sursauté, Alex venait d'ouvrir un œil sous le bandage qui lui entourait la tête, comme s'il lui faisait un clin d'œil alors qu'un petit sourire creusait les fossettes sur ses joues.

Jo rougit violemment.

« C'est ma pomme, t'as qu'à t'en trouver une autre ! ».

Alex esquissa un sourire avant de faire la grimace, une main sur le pansement qui recouvrait sa blessure.

« Ne faits pas de gestes brusques tu vas faire sauter tes points !...tiens, bois un peu d'eau», dit-elle en rapprochant un verre de sa bouche pour l'aider à boire.

« Si j'avais su que tu serais aux petits soins comme ça je me serais ouvert le crâne à l'entrainement », fit-il avec un sourire en coin en reposant sa tête sur l'oreille.

« Idiot…je peux te poser une question ?...pourquoi tu t'es engagé dans le bataillon comme volontaire ? » demanda-t-elle d'un air sérieux qui ne laissait aucune place à Alex pour la plaisanterie.

Le visage du brun s'assombrit et son regard se voilât.

« Il y a une tradition dans la noblesse du Mur Sina, jadis tous les premiers nés de chaque famille s'engageaient dans l'armée à leur majorité pour participer à la protection de l'humanité. Mais c'était avant que le nombre d'habitants des murs ne se décuplent et que la noblesse n'assoit son pouvoir sur la population. Après ça, les nobles se sont enfermés dans la capitale, ils ne voyaient plus aucune raison de sacrifier leurs enfants, après tout, ceux des Murs Rose et Maria étaient prêts à tout pour une boucher de pain, même se jeter dans la gueule d'un titan…je voulais respecter la tradition, je me disais que ma vie n'avait pas plus de valeur que celle d'un autre, je pensais faire ce qui était juste, accomplir… »

« …ton devoir », conclut Jo qui en avait décidément assez d'entendre ce mot.

« Mais je te l'ai dit, j'avais tort, si la moindre occasion se présente pour toi Jo, parts d'ici et ne regarde pas derrière toi ».

« Mais et les autres ? Tu ne penses pas que c'est égoïste de se tirer comme ça alors que… »

« Alors que quoi ? Qu'ils sont morts ? Si toi aussi tu crèves ça ne les fera pas revenir...quand tu verras un titan, tu te retrouveras avec les boyaux au fond du froc avant de pousser ton premier cri alors ne pense même pas à jouer les héroïnes…on n'est pas dans un roman d'aventure, personne ne peut sauver personne, devant la mort nous sommes tous égaux ».

Elise avait raison.

Elise avait toujours raison.

Tout ce qui compte, c'est la survie.

Un ronflement la tira de sa rêverie.

Alex avait encore une fois succombé au sommeil.

Elle déposa un baiser sur le pansement autour de son front, se leva de sa chaise et quitta l'infirmerie en silence.

En marchant dans les couloirs, elle se sentait étrangement apaisée.

Tout était clair à présent.

Quitter le bataillon d'exploration était la meilleure option pour tout le monde.

Comment ?

Elle n'en avait aucune idée, mais elle était confiante, car c'était la bonne décision, la solution se présentera d'elle-même.


« Trésor, où étais-tu passé ? Je ne t'ai pas vu de toute la journée ! » S'exclama Natalia en voyant la blonde sortir du bâtiment administratif. « Tu fais une de ces têtes, quelqu'un est mort ? ».

« Non, ça va…qu'est-ce qui se passe ? », demanda-t-elle en voyant les soldats s'activer devant une charrette stationnée à quelques mètres du portail.

« Oh, ils emmènent les corps, tu sais…pour que les familles puissent les identifier ».

Chaque corps était enveloppé d'un linge blanc et transporté par deux soldats qui le déposait dans la charrette, sur les autres cadavres.

Un frisson lui glaça le dos lorsque lorsqu'elle reconnut la banderole de bienvenu qu'elle avait préparé pour le retour des soldats, quelqu'un l'avait sans douter ramassé et en avait recouvert un des corps.

« Attendez, s'il vous plait ! » appela-telle à l'adresse des soldats qui le transportait.

Elle retira le linge et découvrit le visage d'une jeune fille aux cheveux noirs et courts, pas plus âgée qu'elle, du sang coulait de sa bouche entrouverte et l'une de ses mains pendait du brancard.

« Si vous la connaissez remplissez le formulaire pour qu'on puisse l'identifier», dit l'un des soldats devant le regard insistant de Jo.

Non, ça tête ne lui disait rien, elle ne l'avait même jamais croisé, et dans quelques temps, lorsqu'elle se retrouvera six pieds sous terre, Jo oubliera peut-être même son existence, et aucun des humains pour lesquels elle avait donné sa vie ne se souviendra jamais de son nom.

C'est là que Jo réalisa qu'en fait, cette fille était morte pour rien.

Elle replaça délicatement son bras sous le drap, comme s'il s'agissait de membre d'une poupée faite de la porcelaine la plus fine, remis le drap sur son visage, là où était marqué en lettres rouges maculées d'une grosse tache de sang : « BIENVENU A LA MAISON & PROFITEZ DU PREMIER JOUR DU RESTE DE VOTRE VIE ! ».

En voyant ce message couvrir la figure de cette fille morte, elle se disait qu'elle méritait bien le coup de poing d'Oluo, et qu'elle s'en donnerait bien un autre, voir dix si elle avait été seule.

« Laissez-moi, faire », intima-t-elle d'une voix faible mais ferme au soldat qui tenait les épaules de la fille. « Je vais vous aider à la transporter ».

« Josie, t'as vraiment pas l'air dans ton assiette, tu es sure que ça va ? », s'inquiéta Natalia.

« Ouais t'inquiète, je gère. Pars devant, je te rejoindrai quand j'aurais fini ici »

«Ok, je t'attends alors… ».

Quelques heures après, minuit sonna, chacun était dans son lit et Natalia aperçut par la fenêtre du dortoir les gardes entamaient leur ronde de nuit, signe que le domaine du quartier général était désert…mais aucune trace de Jo nulle part.


Quand la rouquine était venue cogner à sa porte comme si le diable la poursuivait en pleine nuit, il avait tout d'abord cru à une sale blague des nouveaux et l'avait menacé de la balancer par la fenêtre si elle ne foutait pas le camp de son bureau.

Mais quand elle se mit à sangloter en le suppliant de l'écouter, il comprit que quelque chose n'allait pas :

« Capitaine Levi, je crois…je crois que Jo est partie ».

Tss ! Cette sale gosse lui aura vraiment tout fait.

Le voilà en train de galoper dans la prairie au clair de lune comme un con parce que mademoiselle a décidé qu'il était temps de voir du pays.

Heureusement que le prochain village n'était qu'à une vingtaine de kilomètres, en faisant vite, il rattrapera la carriole avant qu'elle n'arrive à destination.

Après deux heures de galop, il aperçut sur le sentier la lumière vacillante des torches accrochées à la carriole.

Il donna un coup de talon au flanc de sa monture et accéléra afin de lui couper la route.

« Ooooh », mugit le cocher en tirant sur les rênes. « Capitaine Levi, il y a une problème ? ».

Levi ne répondit pas.

Il descendit de cheval et se dirigea d'un pas ferme vers la charrette dont il tira la toile, révélant une vingtaine de corps empilés.

« Sors de là », intima-t-il d'une voix ferme. « Ne me fais pas répéter, montre-toi ».

Toujours aucune réponse.

Le cocher croisa les bras et toisa Levi d'un air impatient.

« Si vous avez fini de causer avec les morts je pourrais peut-être reprendre la route, Lastria c'est pas la porte à... qu'est-ce que vous comptez faire avec ça ? » demanda-t-il en voyant le capitaine prendre une des torches.

« Tu as une minute pour te montrer où je fais cramer la charrette et les macchabées avec ».

« Je vous demande pardon ? » s'enquit l'homme.

Les menaces de Levi furent à nouveau accueillies par le silence.

Bien, elle l'aura voulu.

« Hé ! C'est mon gagne-pain espèce de salopard, arrêtez ! » hurla le cocher en repoussant Levi qui avait déjà mis le feu à la bâche recouvrant la charrette.

« Non mais t'es tombé sur la tête ! », retentit la voix de Jo qui bondit soudain de sa cachette, enveloppé dans un drap, à demi-dissimulée par un corps au-dessus d'elle.

Elle sauta de la charrette et retira le drap sur ses épaules pour éteindre vigoureusement le feu.

« Par…par les trois Divinités des Murs », sanglota le pauvre cocher en s'écroulant à genoux devant l'apparition de Jo.

« C'est quoi son problème au vieux schnock ? ».

« Il croit avoir vu un fantôme. Allez debout papi, c'est pas aujourd'hui que les morts reviendront à la vie, remets-toi en selle et continue ta route ».

Le vieil homme ne se fit pas prier, et il détala en laissant un nuage de poussière derrière lui, abandonnant Levi et Jo dans une semi-obscurité, uniquement éclairé par le clair de lune filtrant à travers les nuages.

Jo n'avait même pas encore eu le temps de réfléchir à la suite des événements : devait-elle le suivre où s'enfuir ? Si elle choisissait la deuxième option, comment faire ? Malgré son gabarit Levi était de loin beaucoup plus costaud et entraîné qu'elle.

« En route », intima-t-il d'une voix qui n'admettait aucune contradiction.

(Si je réussis à l'assommer, je pourrais voler son cheval, galoper jusqu'à la prochaine ville et…)

« N'y pense même pas », trancha la voix de Levi, comme s'il avait deviné ses pensées. « Je n'aime pas me répéter, en route ».

« Je ne reviendrai pas ».

Le pied droit dans l'étrier et les mains sur les rênes, Levi s'immobilisa et se tourna vers la blonde.

« Ah quel moment tu as compris que je te demandais ton avis ? ».

« C'est pas un jeu Levi, on est plus au QG où je fais exprès de te désobéir pour te faire enrager, il n'est pas question que je refoute les pieds au bataillon… ».

« Oh…je vois. T'u tes rendu compte que tu n'étais qu'une chieuse gâtée pourrie incapable de faire quoique ce soit de ses dix doigts… »

« Hé ! Je ne te permets pas… »

« …et t'as décidé de déserter, planquée sous des cadavres comme un putain de lâche. Je dois dire que je suis impressionné, je savais que tu étais pathétique mais là tu dépasses toutes mes attentes…

« Va te faire foutre ! »

« C'est quoi le souci ? Ton petit confort de l'orphelinat te manquait ? Trop dur de se lever à cinq heures du mat pour aller crapahuter dans les bois ? ».

« T'es vraiment qu'un salopard… »

« Ou alors c'est le menu de la cantine qui n'était pas à la hauteur…»

« JE NE VEUX PAS ETRE RESPONSABLE DE LA MORT DE QUI QUE CE SOIT ! », hurla-t-elle. « Erwin m'a trompé, il ne m'as pas dit que tout ce programme de soldats volontaires n'était qu'une couverture, ce n'étais pas censé se passer comme ça… si je ne suis pas là, Erwin n'aura plus aucune raison de les envoyer en expédition ».

Levi la toisa un instant puis lui attrapa le poignet droit.

« Qu'est-ce que tu fais ? », s'enquit-elle d'une voix inquiète. « Je te préviens si tu essayes quoique ce soit je te mords ! »

« Serre le poing…Serre le poing » répéta-t-il d'une voix plus ferme.

Jo s'exécuta et Levi frappa son poing sur son torse, à l'endroit de son cœur tellement fort qu'elle en tomba à la renverse.

« Mais t'es malade ! Pourquoi t'as fait ça ? »

« Tu sais ce que ça veut dire, ça ? » demanda-t-il en s'accroupissant à sa hauteur. Il plaça son poing sur son cœur en reproduisant le salut du bataillon. « Ça veut dire que tu consacreras ta vie jusqu'à ton dernier souffle à l'humanité, pour accomplir ton devoir ».

Alors nous y voilà, elle se demandait quand la question du devoir allait enfin débarouler sur le tapis.

Elle se redressa en prenant son temps, époussetant le pantalon de son uniforme, un sourire narquois sur les lèvres.

« Le devoir ? Dis-moi juste au nom de quoi est-ce que je devrais sacrifier ma vie pour des inconnus qui ne connaissent même pas mon existence ? ».

Levi haussa un sourcil.

« Tu as peut-être loupé le cours sur le sujet mais c'est ça ce que ça signifie être un… ».

« Un soldat ? Eh bien j'ai une nouvelle pour toi mon petit bonhomme JE NE SUIS PAS UN PUTAIN DE SOLDAT ! » S'époumona-t-elle avec force au point où sa voix retentit longtemps dans la vallée. « Je n'ai jamais voulu être le dernier espoir de l'humanité, ni l'incarnation de tous les espoirs d'Erwin, désolée de vous décevoir mais je ne serais jamais un soldat, je ne suis pas Joséphine Donovan, je suis Jo, et je ne serais jamais rien d'autres ».

Levi croisa les bras et la détailla pendant quelques secondes.

Essoufflée par sa tirade, sa poitrine se soulevait à un rythme vif alors qu'elle soutenait le regard du capitaine.

« Très bien », finit-il par reprendre. « Je te laisse le choix, si tu décides de monter sur ce cheval et de rentrer avec moi au bataillon, je ne veux plus jamais entendre parler de ces conneries, tu reprendras ton entrainement et tu partiras en expédition comme prévu. Sinon, je te laisse ici, et je dirais à Erwin que je n'ai pas réussi à retrouver ta trace ».

« Quoi ? » s'étrangla-t-elle. « Mais…tu peux pas me laisser seule au milieu de nulle part ! Imagine que je tombe sur des pervers, ou des chiens enragés…ou des pervers qui se baladent avec des chiens enragés ! C'est injuste ! ».

Levi leva les yeux au ciel.

« Tu as raison, la vie est injuste, bienvenu dans le monde réel. Maintenant que nous sommes d'accord, décide-toi, si il y a un truc qui m'insupporte plus que l'incompétence c'est bien l'hésitation, fais ton choix, fais le vite, et arrête de nous faire perdre notre temps », conclut-il en montant sur son cheval.

Jo déglutit, elle prit son visage entre ses mains : comment était-elle sensée prendre une telle décision en aussi peu de temps

« Si je reviens…c'est comme si je signais leur arrêt de mort, n'est-ce pas ? ».

Du haut de sa monture, Levi jeta sur elle un regard impatient…quoique mêlé d'une pointe de pitié.

S'il s'était montré aussi dur c'était pour la réveiller et lui faire prendre conscience de l'importance du rôle qu'elle avait à jouer. Mais s'il n'en laissait rien paraître, il était conscient que le choix qu'elle s'apprêtait à faire était loin d'être facile, qui plus est pour une gamine de dix-sept ans orpheline et coincée au milieu d'une troupe de soldats où elle ne connaissait personne.

« …il y a une autre solution…deviens plus forte ».

Jo leva un regard surpris vers le capitaine.

« Entraîne-toi, travaille dur, donne tout ce que tu as, deviens plus forte…et ne laisse aucun d'entre eux mourir».

Le choix lui appartenait.

Ils regagnaient le QG sur la monture de Levi.

Les bras autour du torse du capitaine, Jo se demandait si elle avait prit la bonne décision, et si malgré tous les efforts qu'elle comptait déployer pour l'assumer, ce serait suffisant...pour que personne ne meurt par sa faute.


FIN DU CHAPITRE.

N'hésitez pas à mettre des commentaires et à me dire ce que vous pensez de la petite bande de Jo, de l'évolution de sa relation avec Alex où encore de ses interactions avec Levi.

En parlant de Levi justement, ils passeront beaucoup plus de temps ensemble dans le chapitre 7, ce qui ne sera pas du goût de tout le monde, surtout Alex.

Le chapitre 7 sera le dernier avant le départ pour la fameuse expédition, le moment fatidique approche.

Prochain chapitre: LINE OF DUTY: Part II.

A bientôt^^