Disclaimer: Le monde d'Harry Potter, ses personnages et tout le reste appartient à JK Rowling.
L'ange qui naîtra de nous deux
Chapitre 6- Accro
« Mon amour? »
« Mhm? »
« Qu'est-ce que tu aimerais avoir pour Noël? »
Harry, qui paressait sur le dos depuis de bonnes minutes déjà, tourna son visage en direction de sa petite amie, intrigué par sa question. Son corps nu reposait contre le sien et elle avait un bras mollement posé sur le torse du survivant. Sa tête était placée sur l'épaule musclée du jeune homme, regardant vers le plafond.
« Je ne sais pas… Tout ce que je veux pour Noël, c'est toi. »
Ginny le regarda, agréablement surprise. Elle se déplaça un peu et vint l'embrasser. Harry, qui avait déjà un bras de positionné sous la jeune fille, l'étreignit avec tendresse.
C'était un samedi après-midi, et le mois de décembre approchait à grands pas. Dehors, une douce neige tombait alors que l'équipe de Quidditch des Serdaigle s'entraînait en vue du prochain match qui les opposerait aux Serpentard.
Le jeune couple de Gryffondor était présentement dans la Salle sur Demande, confortablement installé dans un grand lit douillet. Depuis quelques semaines déjà, cela leur arrivait fréquemment.
Ginny avait eu quelques doutes au début, mais la tendresse naturelle d'Harry l'avait convaincue. Celui-ci avait été surpris d'apprendre qu'elle n'avait rien fait avec Michael; il la croyait pourtant plus expérimentée que lui. Mais ce n'était pas le cas. Ginny s'était toujours trouvée trop jeune pour permettre à Michael de faire quoi que ce soit avec elle, et puis, avec Harry, c'était différent… C'était du sérieux.
« Sérieusement, Harry, il n'y a rien qui te plairait pour Noël? »
Harry réfléchit quelques instants. « Honnêtement, je ne vois pas, » avoua-t-il. « Et toi? »
« Euh… » Ginny était dans le même cas que lui. Harry sourit tendrement.
« On ferait mieux de retourner à notre salle commune avant que Ron ne nous cherche, » dit-il soudain.
Ginny lui fit un sourire malicieux. « Pas de danger, il est occupé avec Luna. »
« Luna? »
Ginny rit doucement devant le visage incrédule de son petit ami. « Ne me dis pas que tu n'as rien vu venir? »
« Bah, pas vraiment. Tu sais, » expliqua-t-il, « Ron ne veut pas vraiment que je lui parle de notre vie de couple… »
« Encore heureux, » murmura Ginny pour elle-même.
« … alors il ne me parle pas beaucoup de la sienne. »
Continuant à parler de tout et de rien, le jeune couple se leva et s'habilla. Ou plutôt, l'un habilla l'autre. Leurs mouvements et leurs paroles étaient remplis de tendresse et d'amour, choses que Harry n'avait jamais cru pouvoir posséder un jour, alors il en avait à revendre.
Au moment où Ginny allait sortir de la pièce, les bras forts d'Harry s'enroulèrent autour de sa taille. « Je t'aime, » murmura-t-il simplement contre l'oreille de la jeune rouquine, mais avec une sincérité pure, qui aurait fait fondre plus d'une fille qui rêvait du grand amour.
oOo
Bien que la neige tombât toujours sur le parc de Poudlard, la température était clémente. Luna travaillait sur un de ses devoirs en Sortilèges lorsqu'elle avait aperçu son rouquin préféré dans les couloirs, par-delà les portes de la bibliothèque. Depuis plus d'un an déjà, la petite Serdaigle s'était rendu compte que le jeune Gryffondor ne la laissait pas indifférente. Ses blagues la faisaient vraiment rire à tous les coups et elle ne pouvait s'empêcher de le trouver adorable avec ses beaux yeux bleus et ses taches de rousseur. Bref, Luna Lovegood, surnommée Loufoca, était complètement éprise de Ronald Weasley.
Cet après-midi-là, lorsqu'elle l'avait vu, elle avait pris son courage à deux mains et était allée à sa rencontre.
« Salut, Ronald! »
Ron, surpris, se retourna. « Luna! Salut, qu'est-ce que tu fais? »
Ne pouvant s'en empêcher, la jeune fille rougit légèrement. Se rendait-il seulement compte qu'il était le seul à lui parler aussi gentiment?
« Euh, eh bien, j'étais dans la bibliothèque et euh… » Elle pointa maladroitement les portes de la bibliothèque derrière elle. « J'avais envie de faire une petite pause alors je suis sortie. Et toi? »
Ron, ne comprenant pas pourquoi, se sentit légèrement gêné. Il passa une main dans ses cheveux qui s'en venaient particulièrement longs et sourit à la jeune fille. « Je cherchais Hermione. »
« Bien sûr, » soupira Luna.
« Mais je ne la trouve pas, » continua Ron. « Ça te plairait de… »
« Oui! » Répondit-elle avant même d'entendre la proposition de Ron.
« Oui? »
Elle acquiesça.
« Okay! » Ron s'exclama, tout sourire.
Ne comprenant pas trop ce qui venait de se passer, Ron et Luna se retrouvèrent en train de déambuler dans les couloirs de Poudlard. Luna était silencieuse et Ron ne pouvait s'empêcher de se demander à quoi elle pouvait donc penser aussi souvent.
« T'aimerais aller dehors? » demanda Ron au bout d'un moment.
« D'accord, » répondit rêveusement Luna. « Il faudra seulement que je passe prendre ma cape d'hiver. »
« Oui, moi aussi. »
Faisant un détour vers la tour de Serdaigle et ensuite vers la tour de Gryffondor, ils se rendirent dans le parc de Poudlard.
Ron regarda du coin de l'œil la jeune fille à ses côtés. L'année dernière, il n'avait pas vraiment remarqué à quel point elle était mignonne. Mais le fait était là, Luna embellissait de jour en jour. Elle était souvent avec Ginny et Ron avait eu le loisir de la voir s'épanouir.
En fait, c'était triste à dire, mais c'était depuis qu'elle avait des amis que Luna avait changé. Elle était moins souvent seule, et par le fait même moins souvent dans les nuages. Elle riait beaucoup plus, ce qui faisait briller ses jolis yeux rêveurs. Ron avait cru remarquer aussi qu'elle soignait désormais un peu plus son apparence. Pas excessivement, Luna resterait toujours Luna, mais quand même. Ses cheveux emmêlés, par exemple, semblaient davantage soyeux et lisses.
« C'est joli, Poudlard, lorsqu'il y neige, non? » La voix flûtée de la jeune Serdaigle ramena Ron à la réalité. Ils étaient rendus près du lac, et Luna s'était retournée pour regarder le château.
« Si, » approuva Ron d'une voix lointaine. « Il y bien des choses qui sont jolies à Poudlard lorsqu'il neige. »
Surprise, Luna regarda Ron afin de comprendre de quoi il parlait. Elle rougit fortement lorsqu'elle comprit que c'était elle, qu'il regardait.
Doucement, Ron lui sourit et, d'un geste un peu maladroit, il retira la neige qui lui était tombée sur les cheveux et les épaules. Automatiquement, la jeune fille se dressa sur les pieds et vint l'embrasser.
C'était un simple baiser, doux et timide, presque trop rapide. Pourtant, il électrisa Ron de la tête au pied.
Luna se recula et baissa aussitôt la tête. « Je suis désolée, » dit-elle mal à l'aise en regardant le sol.
« Pourquoi? » Demanda sincèrement Ron.
Surprise, Luna releva les yeux. « Eh bien, parce qu— »
Elle n'eut pas le temps de finir que Ron prenait son visage entre ses deux mitaines et l'embrassait à son tour.
oOo
Hermione venait de terminer sa ronde de préfète et se dirigeait vers la salle commune de Gryffondor. Sans réellement s'en apercevoir, elle caressait sans cesse son ventre rond. En cette fin du mois de novembre, Hermione était désormais enceinte de 25 semaines, soit près de six mois et demi. Même sous les couches de vêtements de l'uniforme de Poudlard, sa mignonne petite bedaine de femme enceinte paraissait. C'était encore plus évident maintenant, car c'était la fin de semaine et la jeune maman portait des vêtements moldus. Ceux-ci avaient été modifiés afin d'être adaptés à sa condition.
Excepté du ventre, Hermione n'avait pris de poids nulle part. Elle n'avait pas engraissé et paraissait toute délicate avec son beau ventre rond. Elle s'était réellement épanouie. Elle portait présentement un jeans blanc et un gros pull noir. Ses cheveux bouclés étaient retenus vers l'arrière à l'aide de barrettes.
Lorsqu'elle entra dans la salle commune des Gryffondor, Harry et Ron se firent remarquer par leur absence. Un soupir de résignation sortit des lèvres de la jeune femme et elle alla s'asseoir sur un divan, devant le feu. Elle sortit un livre et commença sa lecture lorsqu'une élève de première année vint l'y retrouver.
« Euh… Hermione, c'est ça? »
La préfète leva les yeux et regarda l'enfant. Elle était vraiment mignonne dans sa petite salopette rose et son gilet blanc, ses longs cheveux blonds retenus en queue de cheval, mais elle semblait mal à l'aise.
« Oui? » demanda Hermione en lui souriant.
« Je n'veux pas avoir l'air d'une moucharde, » expliqua-t-elle, « mais Matthew et Meghan ne cessent de se faire tourmenter par des grands de 3e année. »
Hermione fronça les sourcils. Matthew et Meghan? Oui, c'étaient deux petits Gryffondor de premières années qui traînaient souvent avec cette petite justement. Quel était son nom déjà, Émilie, Amélie?
« C'est Amélia, madame, » répondit la petite lorsqu'Hermione l'interrogea.
Hermione se leva en riant. Madame!? Non, mais quand même! Elle posa une main sur son ventre et suivit la petite fille. Elle avait de la difficulté à croire qu'elle ait déjà eu l'air aussi jeune et innocente.
Plus loin, dans la salle commune, trois garçons de troisième année parlaient avec les deux petits. Hermione comprit rapidement le problème. L'un des 'grands' était le frère aîné de la jeune Meghan et il ne faisait que se moquer de sa jeune sœur. Ah, la famille...
Hermione régla vite le problème et de façon superbement réfléchie. Comme ultime punition, le frère et la sœur avaient été dans l'obligation de s'embrasser sur les joues. Le garçon ne recommencerait pas de sitôt, elle en était sûre!
Alors qu'elle retournait s'asseoir, Meghan et Amélia la suivirent. Et alors qu'elle prenait place sur le même divan qu'auparavant, les deux petites vinrent s'asseoir à ses côtés. Hermione leur sourit gentiment.
« Oui? »
« Eh bien, » commença Meghan avec un sourire gêné, « on se demandait si… »
« Est-ce qu'on peut toucher ton ventre? » Acheva Amélia.
Hermione sourit, légèrement surprise. « Oui, d'accord. »
Alors que les deux petites Gryffondor de premières années caressaient et s'extasiaient sur son futur bébé, les pensées d'Hermione vagabondèrent.
Comme toujours depuis quelque temps, ses pensées étaient presque toutes posées sur le Maître des potions. Non, en fait, elles étaient posées sur le père de son enfant, car le 'Maître des potions' n'avait pas réellement changé de comportement envers elle depuis bien longtemps. Par contre, elle ne comprenait plus du tout Severus.
Pour Hermione, cet homme avait réellement deux visages. Probablement qu'il avait toujours été ainsi, mais n'étant que son élève, elle n'avait jusqu'alors connu qu'une seule de ses personnalités. Mais désormais, elle connaissait aussi l'homme sous le masque dur et froid du professeur… et ça n'aurait pas pu être plus compliqué!
Elle avait d'abord cru que Severus était réellement tendre lorsqu'il était en privé, mais ce n'était pas tout à fait le cas. Oh, bien sûr, il n'était pas violent ni même réellement méchant, mais il semblait plutôt… distant. La première fois qu'ils avaient fait l'amour, car oui, c'était bel et bien cela qu'ils avaient fait, il avait été là pour elle, très présent, et affectueux. Mais les fois qui avaient suivi, Hermione avait toujours eu l'impression qu'elle le dérangeait. Il lui assurait que non, mais il l'a prenait souvent là où ils étaient (salon, cuisine, bureau) et il l'a renvoyait dès qu'ils avaient terminé et qu'ils avaient eu ce qu'ils voulaient.
Pour bien résumer, Hermione avait l'impression de n'être qu'une bonne baise pour lui et rien de plus. Pourtant, un autre côté d'elle-même lui soufflait que Severus était réellement heureux de devenir père. Il avait tout de même parfois quelques gestes tendres qui trahissaient l'affection qu'il portait à la vie qu'elle portait en elle.
Bref, Hermione était partagée entre deux sentiments, mais elle ne pouvait se résigner à arrêter les aventures qu'elle entretenait avec son enseignant.
« … l'appeler? »
« Pardon? » La voix mélodieuse de Meghan l'avait fait revenir à la réalité.
« Je me demandais comment tu allais l'appeler, » répéta-t-elle.
« Est-ce que c'est un garçon ou une fille? » Demanda Amélia.
« Je ne sais pas encore, » répondit Hermione avec un sourire. « Je n'en ai pas parlé avec le papa. Et… je ne veux pas savoir si ce sera un garçon ou une fille, je veux garder la surprise! »
« Oooh! » S'exclamèrent les fillettes.
Au même moment, Harry et Ginny pénétrèrent dans la salle commune. Ils se dirigèrent aussitôt vers elle. « Salut, Hermione, » lui dit Harry, puis il sourit aux fillettes.
Intimidées, les deux gamines sourirent à Harry, dirent au revoir à Hermione et partirent en courant.
« Est-ce que je fais si peur que ça? » Demanda Harry en prenant place aux côtés d'Hermione. Les deux jeunes femmes rirent.
« Non, tu es beau comme un cœur, » lui dit Ginny en l'embrassant. « Elles sont juste impressionnées! »
Harry hocha la tête. « Je n'arrive pas à croire qu'on ressemblait à ça en première année. Nous n'étions que des bébés. »
« Je sais, » acquiesça Hermione, ayant eu la même pensée plus tôt.
oOo
Severus était dans ses appartements. Le soir était tombé et la soirée bien entamée. Confortablement installé dans son salon, avec un livre sur les potions du XXIe siècle et sa tasse de thé, l'homme laissait ses pensées vagabonder.
L'heure avançait, et Hermione n'était toujours pas là. Pas qu'il en était accro, mais…
Severus soupira. Il était pathétique. Non pire que ça, il était pitoyable. Chaque soir, c'était toujours la même histoire, il attendait Hermione avec l'impatience d'un gamin. Elle était sa drogue et face à elle, il se sentait vulnérable. Oh, bien sûr, la jeune femme n'en savait rien. Jamais Severus n'aurait permis qu'elle l'apprenne, mais il n'en demeurait pas moins que c'était le cas.
C'est d'ailleurs pour ça qu'il agissait comme un véritable connard envers elle. Il ne voulait pas qu'elle se rende compte qu'il était complètement dépendant, alors il jouait l'indifférent lorsqu'elle arrivait, lui faisait l'amour sans prendre de gants et lui demandait de repartir aussitôt, alors qu'au fond de lui, il aurait voulu qu'elle reste toute la nuit.
Dans la tête de Severus, c'était clair. Il ressentait un profond désir pour Hermione et une certaine affection (ou était-ce une affection certaine?) pour son enfant, mais cela s'arrêtait là. Oh, oui, pour ça, sa tête était claire… Mais est-ce que son cœur l'était tout autant?
Severus ne put répondre à cette question que son subconscient lui envoyait, car quelqu'un pénétra dans ses appartements. Reprenant contenance, il affronta Hermione avec un regard froid.
« Bonsoir, professeur. » Hermione s'approcha un peu, mal à l'aise. Elle avait appris, tout au long de leurs aventures de ces dernières semaines, qu'elle était mieux de vouvoyer son enseignant. Les seules fois où elle pouvait l'appeler par son prénom ou le tutoyer et que Rogue ne lui en tenait pas rigueur, c'était lors de leurs ébats amoureux.
« Approchez, Hermione. » Lui, par contre, ne se gênait pas pour utiliser son prénom dans leur discussion. Hermione avait l'impression qu'il était le maître de la situation ainsi, qu'il avait une certaine autorité sur elle, ce qui devrait s'avérer faux puisqu'elle n'était ni son élève dans ces occasions, ni sa catin!
« Non, professeur, » répondit-elle en prenant son courage à deux mains. « Je ne suis pas venue pour ça, ce soir. »
« Ah, non? » demanda Severus, surpris.
« Non. »
« Que faites-vous ici, dans ce cas? »
Hermione regarda son professeur d'où elle était. Il était nonchalamment installé sur son sofa, ses longues jambes croisées, cheville sur genou. Il ne portait pas sa robe de sorcier et sa chemise noire était à moitié déboutonnée. Il faisait très chaud dans la pièce due au feu dans le foyer.
Elle, d'un autre côté, était près de la porte, debout et mal à l'aise. Lorsqu'il lui avait posé la question, elle avait eu l'envie de repartir aussitôt, mais son courage l'en avait dissuadé. Ou était-ce sa lâcheté de ne pas avoir été capable de lui tenir tête et de repartir dignement, le laissant se poser la question, seul et délaissé? Quoi qu'il en soit, elle répondit, la voix tremblante.
« Je, uh— je voulais vous parler. À propos du bébé. »
Severus se redressa dans le canapé. « Quoi? Pourquoi? Qu'est-ce qui ne va pas? » Sa voix paraissait étrangement inquiète aux oreilles d'Hermione.
« Non, non tout va bien, ne vous inquiétez pas. »
Severus sembla se détendre. D'un mouvement de tête, il fit signe à Hermione d'avancer et de venir le rejoindre dans le salon. La jeune femme approcha et prit place sur le fauteuil en face de l'homme.
« Qu'est-ce qu'il y a alors? » demanda Severus avec une voix neutre.
« Eh bien, je voulais savoir si… vous… Vous savez, il faudra penser au prénom bientôt, ainsi que… plusieurs choses… »
Severus se recala dans le sofa et regarda la jeune maman.
« Tu es inquiète pour quand le bébé sera là? »
« Un peu, » avoua Hermione.
« C'est ridicule, » soupira-t-il.
Hermione haussa un sourcil, choquée. « Vous n'êtes pas inquiet, vous? »
Severus la regarda quelque temps, sembla réfléchir à sa réponse. Au bout d'un moment, il déclara, « Nous aurons bien le loisir de nous en inquiéter le moment venu, pourquoi s'en préoccuper dès l'instant? »
Hermione soupira bruyamment et posa une main sur son ventre. « J'imagine que c'est parce que vous ne le réalisez pas encore complètement. Vous ne le sentez pas grandir… Vous ne le sentez pas vivre et bouger. »
« Il bouge? »
Surprise, Hermione dévisagea son professeur. « Oui, tout le temps. »
« Depuis quand? » demanda-t-il, presque en chuchotant.
« Oh, depuis quelques semaines déjà. Mais là, il n'a pas bougé depuis plusieurs minutes, il doit dormir ou je ne sais pas, » dit-elle avec un sourire. « Je ne crois pas que tu puisses le sentir en ce moment. »
« Okay, » dit-il simplement.
Un silence gênant s'installa entre eux. Hermione réalisa qu'elle venait de tutoyer son professeur, mais comme il ne sembla pas le relever, elle relaxa. Elle plongea son regard dans les flammes alors que Severus se contentait de fixer il ne savait même pas quoi.
« Donc, tu te demandais… pour un prénom? » Dit-il au bout d'un moment.
« Oui, » acquiesça Hermione. « Je ne sais pas toi, mais moi, j'aimerais mieux ne pas savoir si c'est un garçon ou une fille avant la naissance. »
« C'est comme tu veux. »
« Ça va compliquer les choses pour le prénom. »
« J'imagine. »
Hermione se redressa dans son fauteuil. « Y en avait-il un que tu aimerais? » demanda-t-elle au bout d'un moment.
« Pas spécialement, toi? »
Hermione le regarda, découragée. Il ne faisait aucun effort.
« Ce n'est pas grave. Je chercherais des prénoms et tu me diras ce que tu en penses, okay? Je te ferai une liste. »
« D'accord. »
« Et… j'aimerais avoir libre choix pour le parrain et la marraine. »
« … » Severus allait répliquer qu'il était d'accord, une fois de plus, lorsqu'il réalisa la signification de sa question. « À qui est-ce que tu penses, précisément? »
Hermione roula les yeux. « Ce n'est pas vrai, Severus! Tu me donnes constamment l'impression d'être seule dans cette affaire. Ce n'est pas du tout 50/50 entre toi et moi, concernant le bébé. Et il faudrait que tu approuves toutes mes décisions avant que je ne puisse les prendre? Je ne sais même pas si cet enfant aura un père présent pour lui, laisse-moi au moins lui choisir un parrain qui, j'en suis sûre, saura l'aimer. »
Ça, c'était un coup dur. Severus regarda sa jeune élève avec une expression menaçante. « Pas lui! »
« Je ne te laisse pas le choix, Severus! »
« Professeur Rogue! » Ordonna-t-il.
Hermione se raidit alors que Severus se demandait depuis quand elle le tutoyait.
« Très bien, » dit Hermione au bout d'un moment. « Dans ce cas, bonne soirée, Professeur Rogue. »
Ses paroles étaient froides et sarcastiques; Severus le nota instantanément. Alors que la jeune femme se dirigeait vers la porte de ses appartements, il se leva et la rattrapa, passant ses bras autour d'elle. Elle n'allait quand même pas repartir sans lui avoir donné ce qu'il attendait, et ce depuis le début de la journée! Ses mains vinrent caresser ses seins, non pas avec violence, mais certainement pas avec douceur non plus. Disons qu'il se montrait entreprenant. Sur ses fesses, Hermione pouvait sentir l'érection de Severus.
« Professeur, arrêtez! Pas ce soir, pas comme ça. »
Il la retourna vivement vers lui. Il plaqua ses lèvres contre les siennes pendant un court moment, mais dès qu'il remarqua que la jeune femme ne participait réellement pas au baiser, le doute l'envahit. Il se força à arrêter et plongea ses yeux sombres, colériques, mais francs dans les siens.
« Dis-moi 'non' une autre fois, Hermione; et j'arrêterai, » promit-il malgré tout.
Il attendit, mais Hermione ne dit mot. Elle ne bougea même pas la tête. Elle se contentait de le regarder, menant une bataille interne: elle en avait envie, mais ne voulait pas récompenser l'humeur massacrante de son amant. Elle valait plus que la façon dont il la traitait en ce moment et la jeune fille maudit ses propres hormones.
Severus l'embrassa de nouveau. Il put sentir sur ses joues les larmes de la jeune femme, mais il continua. Il savait que si elle était pour changer d'idée, elle le lui ferait savoir. Et il avait raison. Après quelques instants, les bras d'Hermione vinrent s'enrouler autour de son cou et elle répondit au baiser, aussi violemment que lui. Ses mains se perdirent dans ses cheveux d'ébène et, les tirants vers l'arrière de ses petits poings enragés, elle enfonça sa langue dans la bouche de Severus.
Pendant tout le temps que Severus lui fît l'amour, Hermione s'en voulut de sa propre faiblesse. Elle ne pouvait résister à cet homme et il le savait très bien. Heureusement pour elle, la position que Severus avait choisie lui empêcha de voir son visage et le conflit qui s'y déroulait; il l'a pris par-derrière, sa poigne solide sur les hanches de la jeune femme.
Severus était en colère et elle ne comprenait pas vraiment pourquoi. Il lui avait littéralement arraché ses vêtements et les mouvements de bassin qu'il faisait étaient frénétiques et vigoureux. Il passait sa rage dans cet acte.
Hermione haletait et gémissait. Elle tenta de se mordre les lèvres pour se faire plus discrète, ne voulant pas avouer à Severus à quel point elle appréciait néanmoins sa fougue brutale, mais c'était perdu d'avance. Par cette position, il arrivait à atteindre un endroit particulier en elle dont elle ignorait l'existence, et le sentir en elle, si profond, si dur, fût trop intense pour qu'elle puisse se retenir. Hermione jouit au bout de quelques instants, criant son plaisir dans un oreiller, tremblante. Severus se libéra en elle peu de temps après, dans un cri rauque.
S'effondrant sur le lit de son amant, Hermione se roula en boule et fixa ses yeux au loin, stoïque. Elle voulait apparaître indifférente et cacher sa tourmente et ses émotions à l'intérieur. Severus, toujours à genou sur le matelas du lit, vint s'allonger à ses côtés. Il passa un bras au-dessus du corps d'Hermione et vint poser sa main sur son ventre, comme pour vérifier qu'elle allait bien… qu'ils allaient bien, elle et le bébé.
Hermione le repoussa aussitôt.
« Je vais prendre une douche, » déclara-t-il, irrité, ne prenant même pas la peine de s'excuser, comme si c'était elle qui était en tort, comme s'il ne venait pas juste d'agir en parfait homme préhistorique.
Bon débarras! pensa amèrement Hermione. Elle resta là, se permettant une ou deux larmes silencieuses. Puis, le bruit de l'eau l'apaisa et elle s'endormit malgré elle.
oOo
Severus cogna une première fois le derrière de sa tête contre le mur de marbre froid de sa douche, puis, une seconde fois. Il n'était vraiment qu'un minable, le dernier des imbéciles! Hermione n'était pas un objet avec lequel il pouvait se permettre de jouer. Il lui devait un minimum de respect, mais ce soir, il s'était comporté en véritable animal!
Il devait se rattraper et se faire pardonner, mais il ne savait pas comment. Il était sûr qu'elle croyait qu'il ne voulait se servir d'elle que pour pouvoir se 'vider', aussi vulgaire que cela puisse paraître. Mais ce n'était pas le cas, non, tellement pas le cas! Mais comment lui faire comprendre sans lui avouer qu'il était totalement accro à elle? Il agissait comme un adolescent avide.
Cognant sa tête une troisième fois contre la douche, Severus resta appuyé et se laissa glisser afin de s'asseoir au sol. Il accota ses coudes sur ses genoux et empoigna sauvagement ses longs cheveux. Il resta plusieurs instants dans cette position.
oOo
Un frisson traversa Hermione dans son sommeil. La pauvre maman était étendue par-dessus les couvertures du lit de son amant. Alors que le froid de la pièce la réveillait, Hermione se demanda si elle était mieux de passer sous les couvertures ou de se rendre immédiatement dans ses dortoirs. La paresse l'emporta et elle se contenta d'ouvrir les couvertures chaudes du lit où elle se trouvait présentement.
Instantanément, une odeur propre à Severus s'échappa des draps. Hermione se surprit à la trouver rassurante et s'y blottit aussitôt. Alors qu'elle allait se rendormir, une soudaine envie lui prit. Le bébé pesait lourdement sur sa vessie et la future maman n'eut d'autre choix de se lever. Alors qu'elle se dirigeait vers la salle de bain de Severus, le bruit de l'eau de la douche parvint à ses oreilles. Y était-il encore?
Elle s'approcha doucement et ouvrit la porte. À première vue, la douche était vide, mais Hermione regarda mieux et elle baissa les yeux. Severus était là, accroupi sur le sol, la tête entre les mains. Si elle ne l'avait pas connu, elle se serait demandé si l'homme n'était pas en train de pleurer. Mais Severus ne pleurait pas… Il était bien trop en colère contre lui-même pour pouvoir verser une seule larme.
« Pourquoi suis-je aussi dur avec elle? » L'entendit-elle prononcer. « Elle mérite mieux que ça. Elle mérite mieux que moi. »
Le cœur d'Hermione se serra. Les rôles s'inversaient, elle s'en rendait bien compte, mais à cet instant, elle n'en avait que faire. Elle avait seulement envie d'aller le consoler. Elle se rapprocha doucement de l'homme.
Celui-ci releva la tête dès qu'il l'entendit s'approcher et il la regarda de ses yeux noirs et froids.
« Mhm, je… »
« Qu'est-ce que tu fais là? » demanda-t-il, colérique. « Sors d'ici immédiatement! »
Hermione mordit ses lèvres et s'approcha encore plus de lui.
« Va-t'en! »
Elle s'agenouilla entre les jambes repliées de l'homme, sous le jet d'eau chaude et l'étreignit avec force. Severus resta d'abord raide.
« Je n'ai pas besoin d'être consolé, » dit-il d'un ton mordant qui cachait sa honte et son malaise.
« Mais moi, oui, » dit-elle simplement.
Severus soupira et déclara forfait; elle l'avait bien eu. Fermant les yeux, il se laissa enfin faire. Il lui rendit l'étreinte, comprenant que par ce simple geste, Hermione lui donnait la possibilité de se faire pardonner. Sans parole ni regard, il n'avait qu'à rendre l'étreinte pour qu'elle oublie la façon odieuse dont il l'avait traitée.
Ils restèrent ainsi longtemps, sous le jet d'eau, trempés jusqu'aux os. Severus était toujours assis et Hermione à genoux devant lui, entre ses bras, lorsqu'il décida qu'il était temps de sortir. Alors qu'il voulut écarter Hermione, il se rendit compte que la jeune femme s'était endormie contre lui. Il la garda collée à lui le temps de se redresser et il la porta dans ses bras jusqu'au lit.
Il la posa délicatement entre les couvertures et, encore tout mouillé, il entra à son tour entre les draps. Dès qu'elle le sentit près d'elle, Hermione, toujours endormie, se rapprocha le plus possible de son amant. Severus la reprit entre ses bras et l'embrassa tendrement sur la bouche.
« Dors bien, ma belle. » Et toi aussi, mon petit ange! Dit-il mentalement alors qu'il sentit, pour la toute première fois, le ventre dur d'Hermione contre son abdomen s'agiter sous les coups de pieds de leur enfant.
Il s'endormit, un sourire aux lèvres.
À suivre…
