Disclaimer: Le monde d'Harry Potter, ses personnages et tout le reste appartient à JK Rowling.
Un gros MERCI à Lune d'argent (ma Beta) et Miss Wendy Malfoy (ma pré-reader) qui m'ont suivi dans cette aventure de reprise d'écriture.
L'ange qui naîtra de nous deux
{La suite}
Chapitre 13- Les Malefoy
Voyager de façon moldue avait, en théorie, paru plus sécuritaire pour Severus, Hermione et Ethan. En pratique, voyager avec un nourrisson de 4 mois se révélait être un vrai défi.
Ses cheveux désagréablement ébouriffés, les joues rouges de chaleur et de gêne, sa chemise sans manche tachée de lait maternel régurgité, Hermione regardait Severus faire des allers-retours dans le passage entre les bancs du TGV avec un immense soulagement et beaucoup de reconnaissance envers lui. Les autres passagers dévisageaient le Maître des potions, ainsi que leur fils qui hurlait son écoeurement à voyager, mais Severus agissait comme si rien de tout cela ne l'atteignait. Ce qui était sans doute le cas.
Et même qu'Ethan commençait enfin, enfin, à se calmer et à s'endormir, épuisé par sa propre crise de colère.
Une vieille femme assise en diagonale d'Hermione, de l'autre côté de l'allée, dévisageait la jeune maman. Hermione lui rendit son regard noir jusqu'à ce qu'elle détourne les yeux. La Gryffondor retint un rictus.
« Et voilà. Il dort. »
Severus s'affala à ses côtés avec Ethan endormi dans les bras. Hermione se colla à l'homme, embrassant le haut de son bras, près de l'épaule. « Au nom de tous les passagers du wagon… merci! »
Severus fronça les sourcils, mais ne dit rien. Il n'en avait rien à faire de ces Moldus, mais l'inconfort de son fils l'avait réellement préoccupé. Il s'abstint d'en faire le commentaire à la jeune femme à ses côtés et à la place, il accota sa tête sur le dossier de son siège et ferma les yeux, profitant lui aussi de ces quelques instants de silence dans le wagon.
Hermiome regarda ses deux 'hommes', les deux amours de sa vie, avec tendresse. Puis elle rougit violemment à ses pensées, soulagée que le professeur ait les deux yeux fermés. Elle étendit une couverture verte et beige sur son fils pour le protéger de l'air conditionné, puis utilisa le bras de Severus comme oreiller, enroulant ses propres bras autour. Elle allait s'assoupir lorsqu'elle se sentit observée, un regard posé sur elle. Hermione ouvrit les yeux et fixa une nouvelle fois la vieille dame agaçante face à elle.
Son regard scrutait le couple et leur enfant, ses émotions et préjugés bien en vue sur son visage. Leur différence d'âge, le fait qu'elle était une très jeune mère, le fait qu'Ethan leur ressemblait à eux deux, sa relation avec ses deux parents indéniable. La dame avait d'abord zyeuté Hermione lorsqu'elle avait donné le sein à Ethan, il y avait un peu plus d'une heure. Elle avait été d'une pudeur incontestable, ne se mettant ni elle-même ni aucun autre passager mal à l'aise. Mais la femme l'avait regardé comme si elle était une dévergondée, osant un acte salace plutôt que de prendre soin des besoins les plus primaires de son bébé. Hermione l'avait ignorée. Elle n'allait quand même pas se cacher et allaiter dans les toilettes, comme si elle devait en avoir honte!
Puis la dame avait dévisagé Severus, qui l'avait ignoré de façon impressionnante. Hermione aurait aimé avoir le même tempérament de je-m'en-foutisme que son professeur, mais ce n'était pas le cas et cette vieille dame commençait vraiment à l'énerver. Doucement, avec ses yeux marron sombres fixés dans ceux de la femme, Hermione se colla davantage à Severus, lui embrassant, léchant et suçant son cou, défiant la femme de passer un commentaire, ou alors qu'elle détourne enfin les yeux une fois pour toutes. De sa main, elle caressa le bras de son professeur, remontant par le fait même de plus en plus la manche de sa veste, exposant de plus en plus sa Marque – sombre tatouage au sinistre crâne et au serpent menaçant.
Ce fut la goutte qui fit déborder le vase et la vieille chipie eut un hoquet scandalisé avant de détourner la tête et de se concentrer sur ses deux aiguilles et sa pelote de laine.
Visiblement, une jeune mère qui allaite, accompagnée de son 'conjoint' plus âgé et tatoué, s'était plus que ce que la vieille commère pouvait tolérer.
Hermione ricana dans le cou de son amant somnolent.
« Bien que je comprenne votre motivation, Miss Granger, » la voix de Severus intervint alors, « j'aimerais que vous évitiez d'exposer ma Marque à tous les moldus présents. »
Hermione se recula et rebaissa la manche de Severus sur son bras, ses yeux scannant le visage à l'apparence endormie de son professeur. Et bien que son ton ait été irrité et le vouvoiement bien présent dans sa demande, un léger sourire en coin était présent sur ses traits. Il ne faisait que la taquiner.
« Désolée, » gloussa Hermione. « Je ne pouvais plus la supporter. »
« De toute évidence. »
oOo
Bien que le voyage lui ait semblé interminable, Hermione était contente d'avoir partagé ce moment seule à seul avec Severus. Leur taxi arriva enfin face à la villa de Mrs. Malefoy, sur les côtes de St-Tropez. La maison, bien que grande et luxurieuse, était tout ce qu'il y avait de plus moldue. La silhouette de Mrs. Malefoy, vêtue d'une robe de sorcière bleu pâle et attendant patiemment dans l'encadrement de la porte, détonnait avec le reste.
Hermione s'empara d'un Ethan plutôt grognon, alors que Severus s'occupait de la poussette ainsi que du sac à couches du petit, dans lequel toutes leurs malles, rétrécies, se tenaient. Hermione se félicita d'avoir demandé à Ginny de s'occuper de son chat durant les vacances d'été. Pattenrond n'aurait apprécié ni le voyage ni les Malefoy.
Alors qu'ils s'approchaient de la villa, ayant pratiquement à 'escalader' les longues marches en pierres de l'entrée, Hermione ressentit, à défaut de les apercevoir, les barrières magiques de la demeure, empêchant quiconque de transplaner directement dans la place. Et malgré tout, un sentiment de sécurité s'insinua en elle. Elle devait apprendre à faire confiance à Severus, se dit-elle. Jamais il ne l'aurait conduite jusqu'ici, avec ces gens, s'il n'avait pas été à cent pour cent sûr qu'elle et leur enfant y seraient en sécurité.
« Severus! » La voix de Mrs. Malefoy, douce et accueillante, surprit Hermione.
« Bonsoir, Cissa, » répondit Severus en enlaçant la femme.
Les sourcils d'Hermione montèrent haut dans son visage, choquée et surprise à la fois. Plus loin dans la maison, Hermione remarqua Drago qui les observait en retrait. Il portait une robe de sorcier lui aussi, mais quelque peu différente de celles qu'il devait porter à Poudlard. Sophistiqué et aristocrate, Drago regardait sa mère et son parrain échanger les plaisanteries d'usage, comme si de les voir s'enlacer était quelque chose de commun.
D'ailleurs, Hermione réalisa, c'était probablement le cas!
Aussitôt que la jeune sorcière avait appris que Severus était le parrain de l'héritier Malefoy, elle avait associé Severus à l'infâme Mangemort, l'homme cruel et vain qu'était Lucius Malefoy. Mais si, et si c'était avec Narcissa Black que Severus entretenait une amitié de longue date? Considérerait-elle son allégeance aux Malefoy, et en particulier au jeune Serpentard, d'un nouvel oeil?
« Comment vas-tu? Des nouvelles de ton époux? » Demandait Severus à Narcissa – ou Cissa – lorsqu'Hermione reporta son attention sur eux.
L'élégante sorcière blonde secoua la tête et répondit d'une voix éteinte. « Il est sous haute surveillance à Azkaban, je ne peux pas le voir. Et au vu du déroulement de la guerre, il devrait y rester pour un long moment. »
Hermione savait que c'étaient des 'bonnes nouvelles'. Si Lucius restait à Azkaban, c'est que le Ministère gérait bien la crise et les forces de Voldemort diminuaient. Pourtant, elle ne put s'empêcher de ressentir de la compassion pour cette femme qui venait de perdre un mari. Et Drago, un père.
Inconsciemment, elle serra Ethan encore plus fort dans ses bras, et le bambin émit un petit gazouillis. Severus et Narcissa tournèrent tous deux leur attention sur elle et son enfant.
« Oh, Severus, » souffla Mrs. Malefoy, avec une voix empreinte d'émotion, réalisant soudain à qui était l'enfant d'Hermione. « Tu as un fils! »
Severus eut un sourire empli de fierté. « Je sais, oui. »
« Il est magnifique, » ajouta Narcissa. Puis, se souvenant se des manières, elle se présenta à Hermione et les invitèrent enfin à entrer.
Mrs. Malefoy leur fit visiter la villa, pointant que leurs deux chambres étaient situées au deuxième étage. Ils partageraient aussi la salle de bain des maîtres qui se trouvait dans la chambre de Severus. L'ajout d'une couchette blanche aux couvertures bleues et argentées, ainsi qu'une table à langer, prenait tout un mur de la chambre d'Hermione. Les deux parents échangèrent un regard; Severus avait été celui qui, jusqu'ici, s'était occupé des besoins nocturnes d'Ethan, mais Hermione ne le releva pas. Elle avait hâte, dans un sens, de partager ces moments avec son fils, elle aussi.
Narcissa leur expliqua qu'elle et Drago avaient leurs chambres à l'étage supérieur, et qu'ils avaient à disposition un elfe de maison pour les repas, les corvées de ménage et le lavage. Hermione se promit d'essayer de parler seule à seul avec l'elfe afin de s'assurer que celui-ci était mieux traité que Dobby l'avait été. Avec Lucius absent, Hermione espérait que ce serait le cas. Narcissa les laissa ensuite seuls pour un brin de toilette bien mérité après leur long voyage. Hermione en profita pour se changer, sa chemise empestant le lait suri, et changea également la couche et les vêtements d'Ethan pour un ensemble un peu plus estival. Lorsque Severus la rejoignît, vêtu d'une robe de sorcier noire, il prit son fils dans ses bras et ensemble, ils redescendirent au salon.
L'elfe de maison y avait déposé quelques pâtisseries et du thé. Narcissa et Drago les attendaient en silence.
« Oh, Severus, laisse-moi-le prendre, » réclama soudain Mrs. Malefoy, déposant sa tasse et sa soucoupe sur la table basse devant elle, ses mains s'étendant vers le bambin. Alors qu'Hermione prenait place dans l'un des fauteuils, se sentant un peu mal à l'aise dans ses vêtements moldus alors qu'elle était entourée de tous ces sorciers vêtus à leurs coutumes, elle regarda non sans surprise Severus remettre l'enfant dans les bras de la femme plus âgée.
Aussitôt, Ethan s'émerveilla de l'énorme pierre brillante qui trônait sur l'annulaire de la main gauche de Mrs. Malefoy, tentant à plus d'une reprise de mettre le bijou entre ses lèvres dégoulinantes de bave.
Drago eut une moue dégoûtée alors que Mrs. Malefoy étouffa un rire enjoué. Hermione regarda Severus prendre place à son tour et se servir une tasse de thé. Il semblait parfaitement à son aise.
« Merci pour l'invitation, Cissa, » lui dit soudain Severus.
La sorcière lui sourit. « J'ai pensé que tu aimerais savoir ta famille en sécurité pour l'été, surtout s'il faut que tu t'absentes. »
Severus hocha la tête. « C'est très apprécié, » dit-il simplement, un regard vers Hermione. La jeune femme mordilla sa lèvre inférieure, restreignant tout commentaire. Contrairement aux deux adultes plus âgés et à son bébé, ni Hermione ni Drago ne semblaient tout à fait à l'aise avec la présente situation.
« Maintenant, Severus, » commença Narcissa, son regard rivé sur Ethan, « je veux tout savoir! »
L'homme arqua un sourcil, confus. « Tout? »
Narcissa hocha la tête, ses yeux gris si semblables à ceux de Sirius allant d'Hermione à Ethan. « Comment est-ce arrivé? »
Il y eut un long silence, et puis :
« Enfin, Narcissa… sûrement je n'ai pas besoin de t'expliquer comment on fait les bébés. »
Drago eut un rictus amusé et Hermione ne put s'empêcher de rougir.
« Oh, ne sois pas condescendant avec moi, Severus Rogue. Tu sais très bien ce que je voulais dire. Une retenue, la semaine du départ des élèves? » Interrogea Mrs. Malefoy.
« Amplement méritée, » soutint Severus impassible, et Hermione sentit ses joues chauffer davantage sous le regard inquisiteur de Drago Malefoy. Il était évident que le jeune Serpentard se demandait ce qu'Hermione avait bien pu faire pour mériter cette retenue, mais c'était un mystère qu'Hermione ne prévoyait pas éclaircir de sitôt.
« Et vous étiez en transe? Une sorte d'ivresse même? » Demanda de nouveau Mrs. Malefoy et Hermione sut qu'elle citait l'article de la Gazette paru des mois plus tôt.
Severus fronça les sourcils. « Un flacon de Poudre d'attirance est tombé et s'est fracassé alors que Miss Granger rangeait mon armoire à ingrédients. »
Une lueur de compréhension brilla dans les yeux de la sorcière blonde. « Qu'elle en ait respiré semble inévitable, mais toi, Severus? »
Drago et Hermione ne purent s'empêcher de se sentir de trop dans cette pièce qui devenait de plus en plus inconfortable. Jamais Hermione n'aurait pensé se sentir si en union avec Drago Malefoy.
Severus pinça l'arête de son nez entre son pouce et son index, tentant de contrôler son tempérament. « Elle s'est blessée avec un éclat de verre, » répondit-il néanmoins à la question. « Je me suis approché pour la soigner avant même d'avoir identifié la substance. »
Mrs. Malefoy ouvrit la bouche pour commenter, ou alors pour poser une autre de ses questions, lorsque Severus reprit d'un ton saccadé.
« Ça suffit, maintenant, Narcissa. Ne crois-tu pas que l'on nous a déjà posé toutes ces questions, à de nombreuses reprises et par différentes personnes, autant la direction de Poudlard que le département criminel du Ministère? » Sa voix avait escaladé, les souvenirs à la fois mortifiants et insultants. « Si tu cherches à savoir si j'ai abusé de mon pouvoir sur Miss Granger, la réponse est non. Si tu demandes, au contraire, si Miss Granger a tenté de me séduire, la réponse est non. Et si, par quelconque invention sordide, tu t'imagines que la conception d'Ethan découle en fait d'un arrangement entre Miss Granger et moi, la— »
« Réponse est non, » termina Mrs. Malefoy à la place de Rogue. « Oh, je sais tout ça, Severus. En quinze ans d'enseignement, jamais tu n'as été autre chose que professionnel. Un peu sévère, sans doute, mais jamais je ne reprocherais ton intégrité. »
« Alors. Pourquoi. Cet. Interrogatoire? » Sa voix était contrôlée, mais froide. Hermione connaissait plus d'un élève qui se serait rétracté devant autant d'hostilité. Elle se demanda également si Narcissa Malefoy détecterait l'avertissement sous la question : continue ainsi, et nous partirons.
Mais Mrs. Malefoy se contenta de sourire doucement. « Je ne voulais pas vous mettre mal à l'aise, » insista-t-elle, chatouillant les joues dodues du bambin sur ses genoux. Ethan rigola, se pliant pratiquement en deux pour éviter le contact, mais se redressant dès que le contact des doigts de la sorcière cessait. Puis Narcissa recommençait et les éclats de rire envahissaient de nouveau la pièce.
Le son du rire de leur enfant sembla calmer les deux parents.
« Je me demandais uniquement, par quel concours de circonstances, cela s'était-il produit. J'espère que vous réalisez comment tout cela peut paraître pour quelqu'un de l'extérieur. »
Hermione se renfrogna, baissant la tête et tortillant ses doigts sur ses cuisses. Elle avait entendu suffisamment de rumeurs immondes pour avoir une bonne idée de comment 'tout cela pouvait apparaître'.
« Quelles étaient les chances que la retenue tombe sur sa période d'ovulation, » continua Narcissa Malefoy devant le regard abasourdi et gêné de son fils et celui intrigué et calculateur du Maître des potions. Hermione, la tête toujours basse, fronça les sourcils. « Et de toutes les tâches horribles que tu aurais pu lui faire faire, elle devait s'occuper de ton armoire d'ingrédients. De tous les ingrédients présents, elle fait tomber la poudre et elle se coupe. »
Elle n'était pas en train de remettre en question leur version des faits, non; elle les énumérait simplement d'une façon différente, d'une façon qui leur faisait réaliser toute l'ampleur de la situation.
Hermione avait toujours mis sa grossesse sur le dos de la malchance, de stupidités et d'erreurs de sa part. Insulter le professeur Rogue avait de toute évidence été la pire des idées. Et échapper le flacon de poudre était une erreur absurde que même des premières années n'auraient pas faite. Et puis qu'elle soit tombée enceinte, alors que c'était sa toute première relation sexuelle… quel genre de poisse était-ce?
Hermione releva la tête et croisa le regard de son professeur avant de regarder la mère de Malefoy.
Comme si elle lisait dans ses pensées, Mrs. Malefoy reprit, plongeant son regard dans le sien. « Ça nous a pris deux ans, mon mari et moi, avant de réussir à concevoir… »
« Mère! » S'indigna le Serpentard.
« Oh, hush, Drago. Nous sommes entre adultes, » contra Narcissa sans même un regard vers son fils. Ses yeux toujours fixés sur la jeune fille, elle continua. « J'espère seulement que vous réalisez votre chance. »
Puis, Narcissa Malefoy se leva et, avec une tendresse non feinte, déposa le bambin dans les bras de sa mère, caressant une dernière fois les boucles d'ébène du petit.
Silencieuse, Hermione serra Ethan contre son coeur, ses yeux plongeant dans ceux de Severus. L'homme les regardait, elle et leur fils, avec un mélange d'affection et de stupéfaction. Et Hermione réalisa, non seulement cette situation embarrassante lui avait donné un fils, chose qu'elle ne pourrait jamais regretter, mais elle lui avait également apporté Severus Rogue, l'homme dont elle était inéluctablement en train de tomber amoureuse.
« Mrs. Malefoy? » intervint Hermione avant que la sorcière n'ait quitté la pièce. Celle-ci se retourna. « Vous avez raison; nous avons été extrêmement chanceux. »
Et les deux mères échangèrent un sourire complice.
oOo
« NON! » S'écria Hermione dans un cri suraigu, scandalisée. « Je n'y crois pas! Quelle garce! »
Dans la cuisine, trois regards étonnés se tournèrent vers Hermione au moment où elle abaissait violemment sa copie de La Gazette du Sorcier sur la table devant elle.
« Miss Granger! » La rabroua Narcissa, choquée par le langage coloré de la jeune maman en cette matinée tranquille.
Drago ricana alors que Severus se concentrait sur la photo du journal qu'elle venait de refermer avec rage. L'homme grinça des dents; pour quelqu'un d'aussi réservé que lui, voir sa famille ainsi exposée était des plus déplaisant.
« Qu'est-ce que ça raconte? » Demanda Severus d'un ton qui montrait sa grogne, réajustant Ethan dans ses bras et prenant place à la table face à Hermione.
En première page, accompagnée d'une référence à un article, il y avait une immense photo d'Hermione en compagnie de leur fils, prise sur le quai de Pré-au-Lard plus tôt dans la semaine. Le petit était de dos et, lorsque celui-ci tournait la tête vers le public, l'image devenait floue à l'endroit de son visage. Merci, Merlin, pour les petites victoires; au moins l'anonymat de leur enfant était préservé.
« McNally, » cracha Hermione avec haine.
Narcissa parut confuse. « McNa-qui? » Elle et Drago s'approchèrent de Severus pour voir par-dessus son épaule.
Hermione rouvrit le journal à l'article en question et retourna le papier vers ses trois compagnons. Aussitôt, trois paires d'yeux, l'une sombre et deux d'un gris pâle, se mirent à balayer l'article devant eux avec curiosité.
DES PROFESSEURS AUX MŒURS LÉGÈRES,
par Betty Braithwaite
Mais que se passe-t-il dans notre belle école
de sorcellerie?
Lorsque, il y a un an, une relation illicite
entre un professeur et une élève de cinquième
année avait eu comme résultat une grossesse
des plus choquantes, la communauté magique
de Grande-Bretagne avait été scandalisée.
Et malgré les paroles rassurantes du directeur
de Poudlard, Albus Dumbledore, ainsi que celles
du Ministre de la Magie, Cornélius Fudge, comme
quoi cet incident isolé résultait de composantes
magiques qui avaient rendu victime autant
l'adulte que l'adolescente, bien peu de parents
s'étaient sentis rassurés.
Cette année encore, la direction de Poudlard
récidive. Le Professeur Drusilla McNally s'est
dernièrement vue congédier dû aux avances
qu'elle avait osé faire à un jeune élève de septième
année. La question se pose : nos professeurs
sont-ils une menace pour nos enfants?
Selon le conseil d'administration de Poudlard,
des mesures ont été prises pour qu'un
événement tel que nous avons connu l'année
passée ne se répète plus. C'est d'ailleurs là l'une
des raisons du congédiement de Mrs. McNally,
malgré qu'elle ait été, de l'avis de tous, l'une des
meilleures professeures de Défense contre les Forces
du Mal que Poudlard eut connu dans les dernières
années. « Il est clair que madame McNally paie
pour des crimes qu'elle n'a pas commis, alors que le
vrai coupable parcourt encore les corridors de
Poudlard comme s'il n'avait jamais posé la main
sur une élève mineure, » commente un parent
d'élève inquiet.
Si personne ne connaît les détails de cette sordide
affaire, tous en ont une opinion. Et bien que cette
histoire ait plus ou moins sombré dans l'oubli
depuis l'hiver passé, il va sans dire que les raisons
du congédiement de Mrs. McNally ramènent le débat
au grand jour. Nombreux sont les parents qui
réclament la démission du Professeur Severus Rogue,
Maître des potions à Poudlard depuis 16 ans et
maintenant père d'un petit garçon de 4 mois. Et bien
qu'il y ait des rumeurs qui courent concernant la
réembauche d'un ancien professeur de potions à
la retraite, la direction de Poudlard, tout comme le
conseil d'administration, refuse de commenter.
Il va sans dire que l'équipe de La Gazette reste
aux aguets.
« Ah, » se contenta de commenter Severus.
À ses côtés, Narcissa lui serra l'épaule en signe de solidarité avant de prendre place à la table et de se servir une tasse de thé. « C'est malencontreux que les agissements de cette McNally retombent sur toi, Severus, » admit Narcissa.
« Ouais, ça craint, » acquiesça Drago, s'asseyant à son tour de l'autre côté de son parrain.
« Malencontreux!? » S'exclama Hermione. « Au contraire : c'était voulu! Ne comprenez-vous donc pas? Elle n'en avait que faire de cet élève, et elle a probablement fait exprès de se faire surprendre par le professeur McGonnagall! Ugh! » Elle s'arrêta, énervée à la fois par les manipulations sournoises de son ancienne professeure de Défense contre les Forces du Mal et parce qu'elle-même avait mis si long à comprendre. Que McNally embrasse et séduise un élève l'avait surprise autant que n'importe qui, mais la jeune Gryffondor n'avait pu s'empêcher de se demander 'à quelles fins?' Elle avait désormais sa réponse.
Regardant Severus donner le biberon du matin à leur fils, elle s'adressa directement à lui. « Ce n'est pas impossible qu'elle ait elle-même contacté la presse. Elle ne cherchait qu'à nous remettre sur la sellette pour se venger, parce que tu avais refusé ses avances. »
Severus fronça les sourcils, analysant les paroles de son amante. Ajustant Ethan sur ses genoux, il agrippa le journal d'une main et lut l'article une seconde fois.
« Refuser les avances de McNally? Pourquoi diable aurait-il fait ça? Cette femme était une bombe! » Rigola Drago avec un regard admiratif pour son parrain.
Hermione le fusilla du regard; si ceux-ci pouvaient tuer, Drago serait déjà mort. Narcissa remarqua l'air sombre et menaçant de la jeune fille et rabroua Drago avec un ton d'avertissement. « Ça suffit, mon fils. »
« Mhm, » fut le seul son qu'émit Severus en redéposant le journal après un court moment. « C'est possible, » ajouta-t-il à contrecoeur.
Hermione hocha la tête et picora le croissant dans son assiette. « Elle a toujours été jalouse de moi. Dès que tu l'as renvoyée de tes appartements, elle m'a tenu responsable. Si ça se trouve, elle espérait de me faire renvoyer de Poudlard avec cet article, sauf que c'est toi qu'on y attaque. »
« À juste titre, » commenta Severus.
Hermione releva la tête brusquement. « Quoi? Non! »
L'article était complètement biaisé, bien sûr. Après tout, ce sont les scandales qui font vendre. Celui-ci faisait apparaître Rogue et McNally comme des prédateurs sexuels tandis qu'Hermione et le jeune homme de 7e année n'étaient que 'des enfants', alors qu'en fait, ils étaient tous deux considérés majeurs dans le monde sorcier.
Severus lui sourit avec indulgence. « Mets-toi à la place d'un parent d'élève, Hermione, » dit-il simplement.
Hermione fronça les sourcils, mais ne dit rien. À la place, Mrs. Malefoy posa une question. « Pourquoi cette professeure tenterait-elle de te nuire si ardemment, Severus? N'importe qui, qui te connaît un tant soit peu, devine que tes goûts en matière de femmes sont… difficiles à combler. Qu'elle ait pris ton refus de façon si personnelle est son problème, mais pourquoi blâmer Miss Granger? Qu'est-ce qui a pu lui faire croire que la gamine était une rivale? Ce n'est pas comme si vous étiez un couple. »
Aussitôt, Hermione évita de regarder son professeur et Mrs. Malefoy. Elle croisa néanmoins le regard calculateur de Drago et ne put s'empêcher de rougir.
Severus se contenta de répondre au premier degré. « Miss Granger était dans mes appartements le soir où McNally est venu me… courtiser, à défaut de trouver un meilleur mot. Si mon souvenir est exact, je lui ai demandé de ne plus nous importuner, notre fils, Hermione et moi. »
« Je vois, » répliqua son amie, pensive. 'Hermione et moi'; cela sonnait étrangement comme un aveu.
« Je n'étais que venue pour voir Ethan, » se justifia Hermione en mordillant ses lèvres.
Drago laissa échapper un éclat de rire et haussa un sourcil hautain. « Va falloir que tu penses à changer tes excuses, Granger! »
Hermione le fusilla du regard. « La ferme. Tu pourrais être surpris le nombre de fois où cette 'excuse', comme tu dis, s'est révélée être la vérité. Mon fils habite avec son père, au cas où tu l'aurais oublié. »
Severus regarda les deux adolescents se quereller d'un air contrarié. Ils étaient en train d'en révéler beaucoup trop.
« Drago, enfin, ne la tourmente pas, » rappela à l'ordre Mrs. Malefoy. « Elle est notre invitée. »
Les deux adolescents se dévisageaient toujours lorsque Drago admit sa défaite. « Désolé, mère, » dit-il avec une certaine arrogance. Hermione roula des yeux; elle était convaincue que les excuses auraient dû être adressées à elle, et non à sa mère.
Il y eut un moment de silence où Narcissa Malefoy se resservit du thé et où Drago entreprit de s'éplucher une orange. Hermione, mordillant l'ongle de son pouce, son croissant émietté oublié, regardait Severus retirer le biberon de la bouche d'Ethan, l'installer en position assise sur ses cuisses et tapoter son petit dos rond dans l'espoir d'un rot. Le petit garçon était bien rassasié et avec la main de son père sous sa mâchoire pour soutenir sa petite tête (ce qui était davantage une habitude de la part de Severus qu'une nécessité maintenant qu'Ethan tenait bien sa tête) le nourrisson était à deux doigts du sommeil.
Hermione sourit tendrement. Si Severus perdait son emploi, elle allait s'ennuyer de ces moments entre père et fils.
Aussitôt que cette pensée traversa l'esprit d'Hermione, son coeur manqua un battement et elle se redressa avec une sueur froide. Si Severus perdait son emploi, alors Ethan serait déchiré entre eux deux.
Mon fils habite avec son père, au cas où tu l'aurais oublié, avait-elle dit un peu plus tôt.
« Qu'est-ce que tu vas faire? » Demanda Hermione d'une toute petite voix. Bien que la question fût clairement destinée à Severus, les trois Serpentard relevèrent le regard sur elle. « Vas-tu écrire à Dumbledore? »
Severus repositionna leur fils sur son torse et répondit d'une voix calme, « Si Dumbledore souhaite réellement me suspendre, il va me contacter pour me le dire. » Il paraissait presque indifférent, au grand dam d'Hermione qui paniquait intérieurement. « Rien ne sert de spéculer. Attendons voir. »
« Okay, » dit-elle d'une petite voix.
Elle remarqua Drago qui les observait, leur professeur et elle, tour à tour. Puis, au bout d'un moment, il demanda, « Est-ce que c'est vrai, Parrain? Risquez-vous réellement de perdre votre emploi à cause de votre situation avec Granger? »
Severus considéra sa réponse un moment, analysant son filleul. Sa question était vague; il l'avait probablement posée ainsi expressément. Au final, Severus acquiesça seulement d'un hochement de la tête.
Drago fronça les sourcils, choqué et consterné. Le jeu en valait-il la chandelle? Ou plutôt, cette sang-de-bourbe en valait-elle réellement la peine?
« Pourquoi prendre ce risque, dans ce cas? » Demanda-t-il, honnêtement confus.
Hermione croisa les bras, vexée malgré elle. Severus ne daigna pas répondre à la question. À la place, il se leva avec Ethan dans les bras et entreprit d'aller le porter dans sa chambre pour la sieste du matin.
« Allons, Drago, » intervint Narcissa de nouveau. Vraiment, ce matin, son fils cherchait les ennuis. « Tu parles comme si Severus et Miss Granger entretenaient une relation malsaine. Je veux dire, ce n'est qu'arrivé qu'une seule fois, sous les effets de la poudre d'attirance; n'ai-je pas raison, Severus? »
L'homme resta silencieux.
« Severus? » Insista Narcissa.
Il s'éclipsa de la pièce.
Oh.
Narcissa Malefoy venait de tout comprendre.
À suivre…
