Disclaimer: Le monde d'Harry Potter, ses personnages et tout le reste appartient à JK Rowling.
Un gros MERCI à Lune d'argent (ma Beta) et Miss Wendy Malfoy (ma pré-reader) qui m'ont suivi dans cette aventure de reprise d'écriture.
L'ange qui naîtra de nous deux
{La suite}
Chapitre 18- Le calme avant la tempête
Mi-décembre.
Chaque jour, les nouvelles qu'apportait la Gazette du sorcier allaient de mal en pis. Les Mangemorts et autres adeptes de Voldemort causaient peur et destruction autour d'eux. Plusieurs boutiques du Chemin de traverse (et ailleurs dans la campagne anglaise, là où la population magique était la plus dense) avaient été dans l'obligation de fermer leur porte. Les mesures de sécurité pour entrer au Ministère de la magie avaient doublé et les Aurors en fonctions étaient de plus en plus exposés aux dangers. L'hôpital des sorciers Ste-Mangouste débordait de victimes impuissantes autant que de sorciers entraînés à combattre.
Faible réconfort : Azkaban s'emplissait peu à peu de criminels. Les procès étaient de courtes durées, les preuves étant évidentes.
Pourtant, si dehors la guerre faisait rage, à Poudlard, une semaine avant les vacances de Noël, l'harmonie entre les maisons était plus palpable que jamais!
Hermione regarda autour d'elle, impressionnée.
Ce changement était en grande partie dû au professeur Rogue, ainsi qu'à Harry Potter. Severus, en effet, avait depuis le début septembre, obligé les élèves de toutes les maisons de chaque année à se mélanger entre eux. Harry, de son côté, avait ouvert les portes de l'AD à quiconque voulait en faire partie. Ces rencontres servaient à pratiquer les sorts de défense appris dans les cours de Rogue, les sortilèges du professeur Flitwick, ou encore les incantations de métamorphose de McGonagall. Un plan de travail était offert dans un coin avec des brûleurs et des chaudrons, et près de la fenêtre, un immense télescope était à la disposition des élèves. La Salle sur demande était devenue un endroit pour échanger et s'entraider, les plus vieux aidant les plus jeunes.
Hermione avait été la première à inviter un Serpentard –Drago–, mais bien vite, Harry l'avait imitée en invitant Daphné Greengrass et Tracey Davis, après un cours particulièrement laborieux de Défense. Ces jours-ci, pratiquement la moitié des Serpentard de cinquième, sixième et septième année participait aux ateliers de l'AD. Ils partageaient cette volonté d'échapper aux liens qui les unissaient à leur famille de sang-pur et à toute cette violence qui se passait à l'extérieur des murs de Poudlard. Ils voulaient prouver aux autres et à eux-mêmes qu'ils pouvaient fraterniser avec les membres des autres maisons, avec des sorciers au sang-mêlé et même ceux nés d'origine moldue. Si quelques fois les conversations semblaient forcées et maladroites, tous s'entendaient pour dire que leurs intentions étaient des plus sincères.
Hermione s'étira, faisant craquer son cou de gauche à droite et de droite à gauche, son regard se perdant dans la salle et trouvant Drago Malefoy; ce Serpentard qui n'était pas exactement un ami, mais qui était devenu un membre de sa famille. Un qu'elle n'aurait pas exactement choisi de plein gré, mais qu'elle avait fini par accepter. Depuis l'été dernier, il y avait cette trêve entre eux deux qui se transformait tranquillement, mais sûrement en acceptation.
Drago était en grande discussion avec une jeune sorcière aux longs cheveux bruns qui le regardait avec des yeux brillants et le rose aux joues. Hermione sourit gentiment lorsque Drago croisa son regard et le blond répondit d'un hochement de tête subtil.
« Uh-oh. On dirait qu'il y a quelqu'un qui n'apprécie pas la nouvelle copine de Malefoy, » commenta Neville aux côtés d'Hermione alors qu'il roulait le parchemin qui contenait sa copie du devoir de potions qu'ils venaient tout juste de finaliser et qui était due pour le lendemain.
La Gryffondor suivit son regard et nota Pansy Parkinson, ses brillants cheveux noirs de jais retenus vers l'arrière à l'aide d'une barrette, les sourcils froncés et une moue de mécontentement sur son visage alors qu'elle fixait Malefoy et Astoria Greengrass. Cette expression lui était peu flatteuse, elle qui avait déjà les traits plutôt durs et un visage expressif. Pansy s'était embellie avec les années, mais sa beauté n'égalerait jamais le visage d'ange au teint de porcelaine de la jeune Astoria, qui semblait avoir attiré l'œil de l'héritier Malefoy.
« Ugh, » souffla Hermione, ne voulant pas commenter davantage la vie amoureuse de Drago. « Je dois y aller, Neville. Ethan m'attend pour le dodo. » Elle ramassa ses livres, son devoir, sa plume et ses encriers, fourrant le tout dans son sac à dos avec empressement.
« Bien sûr, » lui sourit Neville. « Et merci pour ton aide! »
« Pas de quoi, » lui répondit Hermione avec un sourire avant de rejoindre Harry, Ginny, Ron et Luna afin de leur signaler qu'elle quittait pour la soirée.
« On se voit demain, » dit Harry en l'enlaçant et Hermione acquiesça.
« Bonne soirée, Hermione, » lui dirent Ron et Luna d'une même voix, ce qui fit sourire la jeune femme. Luna entraîna rapidement son petit-ami dans un crochet de petits-doigts et insista pour qu'il fasse un vœu.
Hermione poussa la lourde porte de la Salle sur demande, et sortit en joggant pour se rendre au troisième étage et vers les appartements de Severus.
Les cris stridents de son fils de neuf mois et demi l'accueillirent lorsqu'elle pénétra dans les quartiers du Maître de potions. Hermione se débarrassa aussitôt de sa robe d'école et de ses souliers et suivit les cris jusque dans la salle de bain. Elle y trouva Severus, trempé, essayant tant bien que mal de donner le bain à leur petit garçon entêté.
« Attends, j'ai une idée, » lui dit Hermione en s'approchant.
Severus leva les yeux sur elle et la regarda retirer ses chaussettes, sa chemise et sa jupe.
« Qu'est-ce que tu fais? » Demanda-t-il, non pas qu'il détestait la vue.
« Je vais l'accompagner, ça le calmera, » lui dit Hermione avec un sourire. Alors qu'elle retirait sa brassière et descendait sa culotte le long de ses jambes, Hermione ressentit des papillons dans son ventre, flattée du regard sombre de désir que Severus braqua sur elle. Néanmoins, ignorant l'homme à ses côtés, elle enjamba le rebord du bain et s'immergea dans l'eau chaude. « Viens-là, mon amour, » roucoula-t-elle alors que Severus fit glisser Ethan dans l'eau jusqu'à ses bras.
« Mah-mah, mah-mah, » marmonna Ethan en enroulant ses bras autour du cou d'Hermione et posant sa tête sur son épaule.
« Voilà, » sourit Hermione à son fils. « On est bien, là, comme ça, non? » Elle fit descendre et remonter Ethan dans l'eau et le petit se calma au rythme des vagues que créait sa maman. Severus passa une débarbouillette à Hermione, ainsi qu'un savon doux et la jeune femme entreprit de laver son fils et ses cheveux bouclés à la texture soyeuse de bébé. Après quelque temps, Ethan lâcha sa mère et commença à tapoter dans l'eau pour s'amuser, sa crise initiale visiblement oubliée.
« Il a été bougon toute la soirée, » lui dit Severus alors qu'il rassemblait les cheveux d'Hermione en un chignon sur le dessus de sa tête afin d'éviter qu'elle ne les trempe davantage (ses pointes étaient déjà mouillées et elles ressortaient du chignon, plus foncées que le reste de ses cheveux).
« Merci, » lui dit Hermione lorsqu'il eut terminé. « Je vais rester quelques minutes afin qu'il se relaxe et qu'il se couche sans flafla. »
Severus hocha la tête. « Pas trop longtemps quand même, » lui dit-il en l'embrassant.
« Mmhm, » acquiesça Hermione dans le baiser, un sourire aux lèvres. Avec Severus, il fallait apprendre à lire les non-dits. Ici, ce qu'il lui disait, c'est qu'il voulait, lui aussi, la voir et profiter de sa présence.
Lorsque, une vingtaine de minutes plus tard, Hermione sortit du bain avec Ethan, elle trouva deux énormes serviettes moelleuses et tièdes à sa disposition. Ses vêtements sales avaient disparu, probablement l'œuvre des elfes de maisons. Elle enroula aussitôt Ethan dans une serviette et plaça l'autre autour de son corps. Une table à langer avait été installée dans le coin de la pièce, où elle vêtit Ethan d'une couche et d'un pyjama chaud pour l'hiver, de couleur grise picoté de points rouges avec un petit ours polaire sur les fesses.
« Tu es trop mignon, » rigola Hermione en soulevant Ethan dans ses bras et en sortant de la pièce.
Severus les attendait dans le salon. Un feu brûlait dans l'âtre du foyer et il venait d'infuser du thé. Le biberon d'Ethan était déjà prêt et l'enfant tendit ses petits bras vers son père, s'exclamant avec entrain.
Alors qu'il prenait son fils dans ses bras, les yeux de Severus couvrirent le corps d'Hermione; de ses clavicules jusqu'à ses chevilles délicates, s'attardant sur ses longues jambes exposées.
« J'ai, euh… je me suis fait voler mes vêtements, » lui avoua Hermione en mordillant ses lèvres.
Severus ricana. « Les elfes en ont déposé une pile sur mon lit. »
Que les elfes de maison aient enregistré l'habitude d'Hermione de prendre sa douche et d'ensuite rejoindre son amant dans sa chambre avant de se rhabiller, mit la jeune femme un peu mal à l'aise, mais le couple ne passa aucun commentaire. Elle regarda avec tendresse Severus s'installer dans un fauteuil pour lire une histoire à leur fils pendant que celui-ci tétait son biberon, avant de s'éclipser dans la chambre. Une culotte, ainsi qu'un jeans et un t-shirt ample l'attendaient et Hermione s'habilla rapidement, contente du choix des elfes qui avaient clairement opté pour le confort. Pieds nus et sans brassière, elle retourna dans le salon, se servit une tasse de thé et s'installa tout contre Severus pour la fin de l'histoire. Déjà, les yeux sombres d'Ethan se fermaient au son de la voix de son père et Hermione soupira d'aise. Les journées étaient longues et éprouvantes, mais ces quelques instants de sérénité familiale étaient précieux.
Severus concluait son histoire, Ethan somnolait déjà et Hermione révisait mentalement la liste des propriétés de la racine de Molène lorsqu'une alarme retentit dans les quartiers du professeur de Défense.
« Qu'est-ce que— » sursauta Hermione. Ethan se réveilla et Severus fronça les sourcils.
« Il y a des étudiants dans mon bureau qui souhaitent me voir, » expliqua Severus en faisant disparaître l'alarme d'un coup de baguette. « Sans doute des Serpentard. »
Il se leva et passa un Ethan confus à sa mère avant d'enfiler ses robes de professeur par-dessus sa chemise et son pantalon noir. Par le temps qu'il finissait de lasser ses bottes en peau de dragon, Hermione avait déjà réussi à rendormir leur fils exténué.
Alors que l'homme quittait ses appartements par la porte du fond qui menait à son bureau, Hermione alla déposer Ethan dans sa couchette, le recouvrit tendrement de son doudou préféré et alluma sa petite veilleuse qui fit apparaître une imitation de la Voie lactée au plafond. Elle referma la porte doucement et se dirigea vers le salon. Elle jeta le sort tempus qui lui révéla qu'il était à peine vingt heures et se demanda pour combien de temps Severus serait parti. Motivée par sa curiosité, Hermione s'approcha de la porte du bureau de son amant, laquelle était restée entrouverte.
Severus était derrière son bureau, une plume à la main, et écrivait quelque chose sur un bout de parchemin. Il avait l'air d'un professeur en fonction tout ce qu'il y a de plus professionnel, ce qui fit sourire Hermione, car le contraste avec l'homme décontracté qu'il avait été quelques minutes plus tôt était des plus marquant.
Assises devant lui, Pansy Parkinson et Millicent Bulstrode attendaient patiemment qu'il finisse de rédiger sa lettre, tout en regardant le décor. Les énormes fenêtres qui ornaient le mur du fond devaient être une nouveauté pour les deux membres de la maison vert et argent.
« Je sais que vous n'êtes plus notre professeur de Potions, mais vous restez notre Directeur de maison et vous avez le titre de Maître, » disait Parkinson et Severus hocha la tête. « Je suis sûre que le professeur Slughorn ne sera pas vexé que j'aille voulu avoir une lettre de recommandation venant de vous plutôt que de lui. »
Sans qu'elle ne puisse se l'expliquer, une jalousie irrationnelle s'empara d'Hermione. Pansy Parkinson avait toujours été correcte en potions, mais jamais elle ne rivaliserait avec le niveau d'Hermione. Pourquoi se méritait-elle donc une recommandation supérieure? La jeune Gryffondor savait que c'était indigne d'elle de faire preuve d'une telle médisance, mais elle ne pouvait s'empêcher de se sentir ainsi, pas plus qu'elle ne put empêcher son hoquet de contrariété.
D'un même mouvement, les deux jeunes femmes de Serpentard se retournèrent vers elle, surprises de voir une quatrième personne présente dans le bureau de Rogue. Severus, lui, releva tranquillement les yeux vers elle, une expression blasée sur ses traits et il haussa un sourcil. Il n'en fallut pas plus à Hermione pour réaliser qu'il était énervé par sa présence dans la pièce.
« Je— Désolée, » marmonna Hermione, prenant soudainement conscience de l'image qu'elle donnait d'elle-même et de Severus, ainsi que de leur relation. En effet, Parkinson et Bulstrode avaient toujours leurs regards braqués sur elle, la détaillant de haut en bas; de son chignon désinvolte et trempé jusqu'à son jeans délavé et ses pieds nus, en passant par son t-shirt ample qui glissait sur une épaule et laissait deviner l'absence de brassière.
« Granger, » dit Parkinson avec un rictus désapprobateur. Puis elle se retourna vers son amie et elles s'échangèrent un regard lourd de sens, mais avant que Severus ne puisse dire un mot, elle enchaîna, « Nous sommes désolées, professeur; nous ignorions que vous aviez de la visite. » Il fallait lui donner ça, Pansy avait beaucoup trop de respect pour son Directeur de maison pour oser prendre un ton mesquin. Néanmoins, Hermione fronça les sourcils.
Sans un mot, Severus se leva et, contournant son bureau, il s'approcha d'Hermione.
« Qu'une mère soit présente dans les appartements où réside son enfant de neuf mois et demi ne devrait pas vous surprendre outre mesure, mesdemoiselles, » dit Severus d'un ton posé et plein de bon sens. Derrière lui, Hermione vit les deux amies échanger un autre regard, un peu mal à l'aise de leurs propres sous-entendus.
Hermione offrit un sourire contrit à Severus qui se tenait désormais debout devant elle, la main sur la poignée de la porte. Il ne lui rendit pas son sourire.
« Néanmoins, » dit-il en gardant ses yeux fixés dans ceux d'Hermione, « Miss Granger devrait apprendre à se mêler de ses affaires. » Et sur ce, il ferma la porte entre eux deux, s'assurant que cette fois-ci, elle était bien fermée.
Hermione étouffa une expression outrée. « Sérieusement!? » S'exclama-t-elle. Elle savait qu'elle était en tort, ça ne donnait pas le droit à Severus d'être impoli.
Décidément, l'homme faisait preuve d'une capacité à se distancer d'elle hors pair lorsqu'ils avaient une audience ; Hermione devra apprendre à accepter cela, mais elle réalisa soudain à quel point cela la dérangeait.
En classe, elle s'y en attendait, elle était prête à faire face à un professeur strict et pratiquement indifférent. Ici, dans ces appartements –leurs appartements, pensa Hermione avec un pincement au cœur– elle ne devrait pas avoir à côtoyer cette facette de Severus. Il leur faudra trouver un juste milieu et malgré leur mécontentement respectif, Hermione pensa qu'une conversation posée était de mise. La dernière fois que Severus l'avait rabrouée ainsi, devant Malefoy, elle s'était écroulée de chagrin et de colère.
Cette fois, Hermione prit une grande respiration et alla ramasser les tasses de thé, la bouilloire et le biberon vide d'Ethan qui traînaient au salon. D'un coup de baguette, elle tamisa l'éclairage pour la nuit, faisant diminuer l'éclat des torches et du feu dans l'âtre, et elle entra dans la chambre qu'elle partageait plus souvent qu'autrement avec Severus. Elle saisit un livre et alla s'installer sur le rebord de la fenêtre. Contrairement aux fenêtres du salon et du bureau de Severus, celle présente dans la chambre à coucher possédait une alcôve; un endroit idéal pour s'installer pour lire avec un coussin et une couverture.
Un peu plus tard, Severus entra dans la pièce.
« Hermione? » Dit-il, un léger ton surpris dans sa voix.
La jeune femme releva les yeux de sur son livre et regarda son compagnon.
« J'ignorais si tu allais rester ou non, » avoua-t-il en retirant ses robes de professeurs. Il avait pris un ton désinvolte, mais Hermione devina son soulagement.
Elle sourit doucement pour elle-même et tenta de lui faire avouer ce qu'elle souhaitait tant entendre. « Tu espérais que je m'en aille...? » Demanda-t-elle, feignant le doute.
« Non! » Répondit véhémentement l'homme en s'approchant d'elle. « Non, » répéta-t-il plus doucement en caressant la joue d'Hermione de sa paume. Il prit place dans l'alcôve face à elle, de biais, les pieds au sol et la Gryffondor, qui était assise sur ses reins, le dos courbé, son livre sur ses genoux relevés, en profita pour glisser ses orteils gelés sous les cuisses de l'homme. « Je... je suis content que tu sois restée, » admit-il avant de se pencher pour l'embrasser.
Hermione répondit au baiser non sans laisser échapper un soupir de contentement. Cet homme était exaspérant parfois, frustrant et contradictoire! Mais il était aussi sensible, romantique, et repentant.
Abandonnant son livre pour pouvoir glisser ses mains dans les cheveux de son amant, Hermione émit un couinement lorsque les bras de Severus s'enroulèrent autour de sa taille et l'attirèrent à lui, la faisant s'asseoir de biais sur ses cuisses, sans même rompre le baiser. Au contraire, celui-ci s'approfondit.
Au bout d'un moment, la ferveur de Severus se calma et il libéra ses lèvres des siennes et Hermione comprit qu'il avait autre chose à dire. D'une main sur sa nuque, il dirigea la tête d'Hermione afin qu'elle pose son front sur le sien.
« Je suis désolé, » dit-il, ses yeux noirs et sincères fixés dans les siens.
« Je sais, » répondit Hermione avec un léger sourire. Puis, après un moment de délibération, elle ajouta, « Je t'aime. »
Aussitôt que ces mots s'enregistrèrent dans l'esprit de Severus, ses yeux redoublèrent d'intensité et un léger sourire orna ses lèvres.
« Je sais, » dit-il simplement, répétant l'acceptation d'Hermione à l'instant.
Hermione gloussa de joie et, prenant le visage de l'homme entre ses mains, elle initia le second baiser. Severus n'avait pas besoin de mettre en mots ce qu'il ressentait pour elle; ses gestes et ses actions suffisaient à la jeune femme.
Avant que celle-ci ne puisse approfondir leur étreinte, Severus se recula d'elle et la fit se lever.
« J'ai quelque chose pour toi, » lui dit-il en lieu d'explication. Hermione suivit Severus du regard, s'avançant pour prendre place sur le lit duveteux du professeur de Défense.
Severus alla jusqu'à son armoire et en retira un bol fait d'argile, mais dont l'intérieur en or reflétait l'éclat des torches de la chambre. Il agrippa également entre ses longs doigts trois petites fioles dans lesquelles des filaments de souvenirs argentés tourbillonnaient gentiment.
« Qu'est-ce que c'est? » Demanda Hermione, sachant très bien qu'il s'agissait là d'une Pensine, et espérant que Severus lui en dirait plus quant aux souvenirs qu'il semblait vouloir partager avec elle.
À la place il répondit, « Un de tes cadeaux de Noël... à l'avance. » Il vint s'asseoir à ses côtés sur le lit et d'un accio, il fit venir à eux une petite table pour y déposer la Pensine.
« Je ne peux pas te donner la lettre de recommandation que tu voudrais tant, » expliqua Severus, « mais ça ne m'empêche pas de pouvoir régler une autre situation quant à ton avenir. Notre avenir. »
Il se tut et Hermione regarda ses longs doigts fins déboucher l'une des fioles et vider son contenu dans la Pensine. « J'ai sélectionné mes trois préférées, mais si aucune d'elles ne te va, il y en a encore bien d'autres. » Hermione regarda Severus, confuse. « Aussi, j'aimerais que tu ne t'inquiètes pas du montant de l'hypothèque, j'ai de l'argent de placé, » ajouta-t-il avec un sourire en coin lorsque l'expression confuse d'Hermione se transforma en un sourire éblouissant.
« Des maisons? Ce sont des maisons! » S'exclama-t-elle, ravie et excitée. « Oh, Severus! » Elle l'enlaça si brusquement, se jetant dans ses bras, que l'homme se renversa vers l'arrière sur le matelas, sa bien-aimée au travers de son torse, embrassant chaque parcelle de son visage que ses lèvres pouvaient atteindre.
Étonnamment, Severus semblait partager sa joie et son excitation, et alors qu'elle l'attaquait de baisers, il riait de bon cœur. Son rire de velours qui résonnait au creux de sa gorge était sans doute l'un des plus beaux sons, selon Hermione.
« Hermi—, Her— Mione! » Tenta-t-il de la raisonner avec amusement alors que la Gryffondor embrassait ses lèvres et l'empêchait de parler à répétition. « Chérie! »
« Mhm, oui? » Rigola Hermione en arrêtant ses attaques et en soulevant sa tête pour le regarder, ses joues rosies de bonheur face au nom doux.
« Non pas que je me plaigne de cette démonstration d'affection extravagante— »
« Tant que l'on est en privé— » souffla Hermione, moqueuse, mais avec un soupçon de ressentiment.
Severus ne le releva pas. Ils savaient tous deux à quel point leur relation devait rester secrète jusqu'à la fin des études d'Hermione, ainsi que les conséquences s'ils devaient laisser échapper la vraie nature de leur relation à qui que ce soit. Bien que plusieurs s'amusaient à spéculer activement, seuls Harry, Ron, Ginny et Draco savaient la vérité, ce qui était déjà beaucoup trop de l'avis de Severus.
« —mais j'aimerais vraiment te montrer les maisons que j'ai choisies, si tu le veux bien? Avant que tout cela ne dégénère, » continua-t-il en lui empoignant les fesses à travers ses jeans, la faisant glisser sur son érection déjà bien présente, prouvant ainsi son point.
Hermione rigola et se releva, s'asseyant de nouveau au bord du lit, fébrile. « Il y a un ordre de préférence? » Demanda-t-elle à Severus, qui secoua la tête.
« Tu te souviens lorsque tu étais enceinte, tu m'as donné une liste de prénoms pour Ethan, et tu m'as laissé choisir parmi tes choix. » Hermione hocha la tête et Severus vint replacer derrière son oreille une mèche rebelle qui s'était échappée de son chignon. « C'est le même principe, » dit-il simplement.
Hermione lui sourit, sentant sa mâchoire douloureuse d'avoir tant souri en une seule soirée, mais ne pouvant s'en empêcher. Merlin, qu'il la rendait heureuse!
Ensemble, ils pénétrèrent dans les souvenirs qu'une tierce personne leur avait fournis. Dans le monde moldu, faire visiter les différentes maisons à vendre était le rôle des agents immobiliers. Dans le monde sorcier, ces personnes se promenaient seules, de maison en maison, commentant le plus objectivement possible les pour et les contre de chaque demeure. Leurs souvenirs étaient ensuite loués aux futurs acheteurs intéressés. En temps de guerre comme c'était le cas en ce moment, c'était l'une des façons de faire les plus appréciées par les sorciers désireux de devenir propriétaires.
Hermione et Severus y passèrent une bonne partie de la nuit, délibérant chaque choix de façon posée et rationnelle. L'autre partie de la nuit, elle, fut plutôt guidée par leurs désirs et leurs émotions…
oOo
1er janvier.
De l'avis de tous, les vacances de Noël avaient passé trop rapidement. Comme pour l'année précédente, Dumbledore et le ministère avaient jugé plus sécuritaire d'obliger tous les élèves à rester à Poudlard pour le congé des fêtes. Chaque maison s'était créé son propre réveillon, et le souper de Noël s'était déroulé dans la Grande salle. L'année dernière, l'échange de cadeaux avait été un véritable succès; cette année, pour l'occasion, Dumbledore et les professeurs avaient organisé une soirée karaoké.
Avec l'aide des jumeaux Weasley, qui avaient développé un nouveau produit, les Truffés de talent, chaque élève qui voulait participer pouvait, au choix, manger une truffe au chocolat et se voir ainsi octroyé un talent musical incroyable et performer sans gêne. Seules les chansons moldues étaient acceptées –une idée de Dumbledore pour promouvoir la culture moldue et faire accroître la tolérance–, et bien que le karaoké avait commencé doucement, seuls les plus braves osant performer, vers la fin de la soirée, on y faisait la queue!
C'est ainsi qu'encouragée par Ginny, Lavande et Parvati, Hermione s'était retrouvée à chanter une chanson rigolote et sexy, appelé Black Magic. D'abord embarrassée par le choix de ses amies, Hermione avait pris de l'assurance en voyant le monde rire de sa performance, non pas pour se moquer, mais bien en réalisant à quel point Hermione riait elle-même de la situation. Toute l'école était au courant de sa retenue avec le Maître des potions qui avait 'mal' tourné et qui les avait amenés à concevoir leur fils. Cette chanson, c'était un pied de nez à quiconque croyait encore les rumeurs immondes à leur sujet.
C'était donc avec un sourire amusé et une voix anormalement sexy et talentueuse qu'Hermione s'était exécutée.
« Si tu recherches l'homme parfait,
et que tu as besoin de magie
pour le changer en une seule nuit,
viens donc me voir, j'ai la solution.
« Un peu de miel,
pour qu'il soit très doux.
Fais-le tomber
devant toi, à genoux.
Et surtout, dis-lui :
« Goûte un peu de ma potion secrète,
tu tomberas amoureux!
Pour qu'un tel sortilège soit résistant,
une seule goutte est suffisante.
« Goûte un peu de ma potion secrète,
une gorgée et tu seras à moi.
Avec un tel sortilège si résistant,
tu seras éveillé toute la nuit durant.
« Chéri, tu m'appartiens,
j'ai la recette pour que tu sois mien,
Eh oui! C'est de la Magie noire. » (1)
Si la plupart des élèves étaient amusés par l'audace d'Hermione, riant, sifflant et l'applaudissant, plusieurs s'étaient intéressés à la réaction du professeur Rogue face au choix musical de l'élève avec qui il entretenait une relation particulière. Quelle ne fut pas leur surprise lorsque la seule réaction de Rogue fut de secouer la tête, un rictus amusé aux lèvres.
Hermione avait terminé sa chanson dans un fou rire, les joues écarlates de tant d'audace. Elle avait pris la pire des insultes, le pire des ragots –celui qui disait qu'elle avait séduit son professeur pour hausser ses notes– et elle l'avait renvoyé aux visages des mauvaises langues, s'assumant entièrement. Après tout, leur magnifique Ethan était la preuve que le Directeur de Serpentard et la princesse de Gryffondor vivaient bien avec ce qui s'était passé entre eux deux et qu'ils étaient tous les deux bien au-dessus des jugements.
Hermione avait sauté en bas de la scène et aussitôt, elle s'était retrouvée dans l'étreinte de Ron qui riait à gorge déployée.
« Hermione! Tu as été géniale! » Il avait embrassé le dessus de sa tête alors qu'Hermione tentait de calmer ses gloussements, échangeant un regard rieur avec Harry. Ginny les avait aussitôt rejoints, accompagnée des deux autres choristes d'Hermione et plusieurs Gryffondor avaient rapidement joint leur petit groupe, incluant aussi Luna.
« C'était super! »
« Wow, les filles! »
Harry avait regardé sa petite amie avec admiration. « C'était ton idée, Gin? »
« Huh-uh, » confirma Ginny en hochant la tête fièrement. « C'est Lavande qui a trouvé la chanson dans le registre, mais c'est moi qui l'aie proposé à Hermione! »
Pour toute réponse, Harry avait attiré la rouquine à lui et l'avait embrassé à pleine bouche, une main sur sa nuque.
« Oi! » S'était exclamé Ron, mi-dégoûté mi-amusé, provoquant l'hilarité générale dans le groupe.
Ayant toujours le bras lourd de Ron autour de ses épaules, Hermione en avait profité pour balayer la Grande salle des yeux et établir un contact visuel avec Severus. Celui-ci s'était contenté de prendre une gorgée de vin rouge, mais avant, il avait légèrement incliné son verre en direction de sa douce, comme pour la féliciter de sa prestation. Il avait mimé les mots « stupides Gryffondor », mais il y avait une telle tendresse dans ses yeux qu'Hermione ne s'en vexa pas. Elle murmura à la place «Ethan? » et avait suivi le regard de Severus lorsqu'il lui avait indiqué la direction de leur fils, présentement dans les bras de madame Pomfresh.
« Tu devrais le faire toi aussi, Harry! » Avait proposé Ron en défi, et Hermione avait rapporté son attention sur ses amis.
« Ugh, non! »
« Oh, aller, Harry! » L'avait encouragé Hermione. « Si je l'ai fait, tu peux le faire aussi. Prends ce que les gens disent de pire sur toi et fais-en ton armure! »
Harry avait fixé ses deux meilleurs amis un moment, incertain, mais amusé. « Oh, et pourquoi pas? »
Et suivant l'exemple d'Hermione qui avait fait preuve d'autodérision, le Survivant s'était porté volontaire et avait interprété devant tout le monde I Will Survive, de Gloria Gaynor, volant ainsi la vedette! Tous les garçons de septième année de Gryffondor s'étaient empressés de l'accompagner et par la fin de leur performance, le trois quarts des invités dansaient et s'amusaient avec eux!
Puis, plus tard en soirée, Severus, qui avait perdu à la courte paille sorcier, représenta le personnel enseignant à contrecœur. Et s'il avait espéré passer inaperçu, caché derrière le rideau noir que créaient ses cheveux, ce fut raté! Car dès qu'il avait chantonné les premiers mots…
« Hello darkness, my old friend... » (2)
… la Grande salle avait sombré dans un silence de plomb, fascinée par sa voix anormalement douce. Car même si les Truffés de talent des frères Weasley permettaient à quiconque de chanter juste, ils n'altéraient pas les voix, et la voix de Severus était sans aucun doute son plus bel atout. Il avait livré une prestation que tout un chacun s'entendit pour dire qu'elle était époustouflante, en particulier lorsqu'il avait effectué avec brio les nombreux crescendo requis de cette chanson. Ses longs doigts élégants enroulés autour du micro sur lequel le charme sonorus avait été placé, le professeur Rogue avait lancé, à plusieurs reprises, des regards meurtriers en direction d'Albus Dumbledore, laissant deviner son malaise.
Le directeur, lui, l'avait observé avec toute la fierté d'un père.
Aussitôt sa prestation terminée et afin d'éviter les regards curieux et émerveillés de ses étudiants et collègues, Rogue avait quitté la Grande salle dans un tourbillon de robes noires... et de contrariété. Ça n'empêcha pas tout Poudlard d'en reparler pendant toute la semaine qui avait suivi, au plus grand dam de Severus. La rumeur la plus courante voulait que l'horrible professeur de Défense n'ait même pas ingurgité l'une de ces fameuses truffes avant sa performance.
Comme à son habitude, Rogue ne confirma ni ne nia cette rumeur. Et Hermione trouvait toute cette situation particulièrement amusante!
De son côté, la nouvelle année avait été célébrée de façon un peu plus relax pour Hermione et Severus, seuls dans leurs appartements avec leur fils. Le petit, bien entendu, n'avait pas veillé jusqu'à minuit, mais les deux amants avaient fêté le jour de l'an intimement, sous les draps, encore et encore, tout au cours de la nuit.
Il était près de quatre heures du matin lorsqu'Hermione, qui s'était assoupie, fut brusquement réveillée par Severus qui se leva avec empressement, son bras gauche pressé sur son abdomen, retenant avec peine et misère une exclamation de douleur.
« Sev? »
Elle agrippa sa baguette et d'un simple lumos, activa les torches sur les murs pour plonger la pièce dans une lumière orangée. Ses yeux inquiets croisèrent ceux, tumultueux, de Severus.
Cette situation n'était pas étrangère à Hermione. Plusieurs fois, dans les mois précédents, Severus avait ressenti par l'intermédiaire de sa Marque des ténèbres les convocations de Voldemort. Chaque fois, il s'empressait d'en informer le directeur, puisque celles-ci révélaient plus souvent qu'autrement une attaque imminente. Cette information donnait bien souvent l'avantage à l'Ordre et aux Aurors du ministère.
Cette fois-ci, cependant, Severus semblait anormalement paniqué. Et effectivement, au lieu de se contenter d'envoyer un Patronus à Dumbledore, il enfila ses robes de sorcier par-dessus son pantalon de pyjama et glissa ses pieds nus dans ses bottes.
« Reste ici, je reviens, » lui dit-il rapidement, serrant et desserrant les doigts de sa main gauche, clairement sidéré par la force de la douleur liée à sa Marque.
Hermione se recoucha suite au départ de l'homme par Cheminette, mais elle ne trouva guère le sommeil. Énervée par l'angoisse qui grandissait en elle, Hermione renvoya les couvertures de l'autre côté du lit et se leva. Elle retira sa chemise de nuit, enfila des sous-vêtements propres ainsi qu'un pull bourgogne et des leggings noirs et se dirigea vers la cuisinette pour y faire chauffer de l'eau, décidée à attendre le retour de Severus.
Pendant que son thé infusait, Hermione s'installa devant l'âtre du foyer et feuilleta un livre sur les animagi qu'elle avait choisi au hasard dans la bibliothèque de son amant. Elle s'était presque rendue à la fin du chapitre deux lorsque Severus revint dans un tournoiement de flammes vertes.
Hermione leva les yeux de sur son livre et sourit à l'homme qui se trouvait désormais devant le foyer de leurs appartements.
« Hey, » dit-elle doucement, mais son sourire devint vite une expression de stupeur et même de frayeur lorsque l'homme s'écrasa au sol, son épaule gauche glissant le long du foyer sur lequel il avait essayé de se retenir.
« Severus! »
Abandonnant son livre sur la table basse du salon, Hermione s'élança à la rencontre de Severus.
« Je vais bien, je vais bien, » tenta de la rassurer Severus d'une voix faible et emplie de douleur. Des gouttes de sueur perlaient sur son front. Son teint et ses lèvres étaient blêmes, ses pupilles dilatées et sa respiration saccadée.
« Qu'est-ce que— » Pendant un instant de panique, Hermione se demanda s'il était possible que Voldemort puisse tuer un de ses Mangemorts en utilisant la Marque des ténèbres. Était-il possible qu'il ait trouvé une façon d'isoler un seul Mangemort du reste de ses disciples? Par exemple, un qui se serait révélé être un espion? Avait-il compris que Severus était la raison derrière l'efficacité de l'Ordre et du département de la justice magique?
Severus et Dumbledore avaient compté sur le fait que Voldemort ne pourrait s'en prendre au professeur qu'à la condition d'affaiblir aussi tous ses soldats, mais, et si le Mage noir avait trouvé un autre moyen?
« Ça va— ça va mieux, » répéta soudain Severus, attirant l'attention d'Hermione sur lui. « Aide-moi à me relever, tu veux? » La jeune femme acquiesça, peu rassurée, mais aida son amant néanmoins.
Elle passa le bras droit de Severus par-dessus ses épaules et enroula son propre bras autour de la taille de l'homme, le conduisant jusqu'au divan. Severus s'accotait contre elle davantage qu'il ne l'aurait voulu, son bras gauche toujours pressé contre son ventre. Hermione supporta son poids sans rien dire. Lorsqu'ils approchèrent du divan, Severus s'affala dedans sans cérémonie et ferma les yeux en serrant les dents. Sa main droite alla prendre en grippe son avant-bras gauche.
« Qu'est-ce que je peux faire? » Demanda Hermione d'une voix impuissante. Elle passa ses doigts dans les cheveux de Severus, décollant par le fait même les quelques mèches qui étaient collées à son front et à son cou. Elle était sûre qu'elle-même n'avait pas paru aussi mal en point lors de son accouchement. L'homme souffrait assurément. « Dis-moi ce que je dois faire… »
Severus hocha la tête, restant silencieux encore quelques instants, comme s'il réfléchissait. « Dans mon labo, deuxième armoire sur la gauche, la tablette du haut. Il y a un onguent à base d'huile de lavande et d'aloès. »
Hermione acquiesça et se leva aussitôt.
« De la glace, aussi. Ça pourrait aider, » ajouta Severus entre les dents et Hermione comprit que sa douleur se comparait très certainement à une brûlure intense et constante.
Hermione trouva sans difficulté la pommade, les instructions de Severus étant claires et concises, comme à son habitude. Au moins, il était encore lucide.
Après un détour dans la cuisine pour récupérer la glace, Hermione prit place devant l'homme sur la table basse et se penchant vers lui pour lui retirer gentiment ses robes de sorcier. Severus se laissa faire sans dire un mot, fiévreux. Elle enduisit ses doigts d'onguent et doucement, du bout des doigts, elle appliqua le produit sur l'avant-bras de Severus qui sursauta légèrement, mais ne dit rien.
Le contour de la marque était rouge vif et boursouflé. Elle n'avait plus l'air d'un simple tatouage, on aurait quasiment dit que le serpent était vivant et fixait Hermione d'un œil malveillant. Bien sûr, peut-être qu'Hermione s'imaginait des choses. Après tout, il était plus de cinq heures du matin, elle n'avait pas beaucoup dormi et elle détestait avec conviction cet immonde tatouage!
Lorsqu'elle eut terminé, Hermione releva les yeux sur Severus qui la fixait depuis un bon moment. Déjà, sa mâchoire était moins raide et une certaine couleur revenait sur son visage.
« Ça va mieux? Ça aide un peu? » Demanda Hermione.
Les yeux sombres de Severus ne quittèrent pas son visage, comme étonné et reconnaissant à la fois de l'avoir à ses côtés.
« Ça aide, » confirma-t-il au bout d'un moment. « Tu peux le panser, s'il te plaît? »
Hermione hocha la tête. « D'abord la glace, » dit-elle.
« Oui, tu as raison, » acquiesça Severus qui fit léviter un verre et une bouteille de whisky-Pur-Feu, et de sa main droite, se servit un double.
Hermione le regarda, subjuguée, avant de rigoler. « Il voulait de la glace… » Marmonna-t-elle pour elle-même en secouant la tête, rassurée par le rictus amusé de son amant.
Elle se leva et laissa son homme déguster son verre de whisky 'on the rock' pendant qu'elle allait chercher des pansements afin d'éviter que la pommade ne se répande sur les vêtements du professeur.
À genoux entre les cuisses de l'homme, elle finalisait le pansement, concentrée à la tâche, lorsque la main libre de Severus vint se perdre dans ses boucles. Hermione releva la tête vers lui, son regard plongeant dans le sien, qui semblait étrangement vulnérable.
Quelque chose de grave se passait au-dehors. La guerre faisait rage, avec ses amis et l'homme qu'elle aimait au cœur du conflit. Mais Severus et Harry montraient rarement leurs doutes et leurs peurs, les deux hommes se ressemblant plus que ni l'un ni l'autre ne voulaient l'admettre. C'était facile d'oublier les enjeux, les doutes et les attaques. Et Hermione, de nature courageuse et optimiste, vivait dans sa petite bulle de confort et de sécurité que Poudlard offrait.
Et voilà que le masque que portait Severus depuis des mois s'écroulait petit à petit devant ses yeux. Tous ses doutes, ses peurs, ses inquiétudes pour elle et leur fils étaient en ce moment bien visibles sur ses traits et Hermione dut ravaler un sanglot tant les émotions qui émanaient de l'homme étaient intenses.
« Oh, Sev! » Souffla Hermione. Toujours au sol, elle se releva sur ses genoux et empoigna le cou de l'homme qu'elle serra tout contre elle. Severus ne résista pas. Il se pencha vers l'avant et enfouit son visage dans le creux du cou d'Hermione, ses bras s'enroulant autour de sa cage thoracique, sa position surélevée l'empêchant d'atteindre sa taille.
Malgré leurs positions respectives peu confortables, aucun des deux ne bougea pendant un long moment. Les larmes silencieuses d'Hermione tombèrent et se séchèrent d'elles-mêmes. Les frissons de fièvre que subissait Severus s'estompèrent. Par-delà les fenêtres du salon, une lueur grise pointait à l'horizon, signe du début d'une journée bruineuse en ce jour de l'an.
Hermione n'osa bouger le petit doigt. Severus faisait toujours preuve d'une telle prestance, pour ne pas dire 'froideur', un air contrôlé et sophistiqué. Les moments de tendre émotion que l'homme vivait étaient pratiquement tous reliés à Ethan. Avec elle, c'était différent. Il était plus ouvert, patient, amusant (d'un humour sarcastique et intelligent), romantique et oh! combien passionné.
Il était rarement vulnérable, effrayé et émotif. Qu'il s'appuie sur elle pour un tel moment ne fit que prouver à Hermione à quel point leur couple était réel.
Ce fut Severus qui bougea le premier, tournant davantage son visage vers le cou d'Hermione et bougeant les lèvres sur sa peau douce, comme s'il lui disait quelque chose sans utiliser sa voix. Il recommença à quelques reprises, assez de fois pour qu'Hermione ait l'impression qu'il formait les mots « Je t'aime », avant de l'embrasser plus délibérément, ses lèvres formant de réels baisers cette fois et non des mots.
Hermione resserra son étreinte et passa ses doigts dans les cheveux sombres de Severus. Sa fièvre leur avait donné un aspect luisant, comme quand il était encore professeur de potions. Hermione ricana doucement. « Tu as besoin d'une douche. »
Severus grogna son refus, mais il se recula doucement, sa main s'attardant sur le visage d'Hermione. Elle embrassa sa paume, sa main venant saisir la sienne.
« De toute façon, Ethan va bientôt se réveiller. » Il était trop tard pour retourner au lit, il leur faudrait naviguer la journée sur le peu de sommeil qu'ils avaient eu jusqu'ici.
L'homme acquiesça et se leva doucement, aidant Hermione à en faire de même. Il revêtit ses robes, mais ne les boutonna pas, et ensemble, ils se dirigèrent vers leur chambre.
Soudain, l'alarme du bureau de Severus s'activa, suivie de trois coups empressés à la porte qui menait à leur appartement.
Hermione et Severus échangèrent un regard étonné avant que Severus ne change de direction, Hermione sur ses talons. Ayant à peine boutonné deux boutons sur son torse en sueur, Severus ouvrit la porte de son bureau avec empressement, répondant à l'urgence de la demande.
« Parrain! » Souffla un Drago Malefoy soulagé. « Théo ne va pas bien! »
Bouche bée, Hermione regarda les deux jeunes hommes qui venaient d'envahir son chez-soi à Poudlard. Drago, portant un bas de pyjama vert forêt et un t-shirt blanc, portait un Théodore Nott qui, malgré le simple boxeur dans lequel il dormait, portait également un t-shirt aux manches longues.
« Nott!? » S'exclama Severus, qui comme Hermione, venait de comprendre exactement ce qui se passait. Il empoigna avec fureur le bras gauche de l'adolescent et remonta sa manche jusqu'au coude.
Théodore cria son indignation, mais le jeune homme était trop faible et trop fiévreux pour offrir quelconque résistance.
« C'était toi! » Rugit Severus malgré sa propre faiblesse et Hermione dévisagea avec horreur la Marque des ténèbres sur le bras du jeune homme.
Indigné, Drago lâcha immédiatement son ami. « Théo? » Demanda-t-il avec écœurement. « Tu es un Mangemort? »
Les yeux bruns paniqués de Nott allèrent de Severus à Hermione à Drago, pour ensuite revenir à Severus. « Pas par choix! Mon père m'y a obligé. » Le regard dur de Severus s'adoucit, mais il ne lâcha pas le poignet du Serpentard, ce qui était tant mieux, car c'était sans doute là la seule raison pour laquelle Nott ne s'était pas encore écroulé au sol. « Je vous en prie, professeur… j'ai mal. »
Il y eut un moment où personne n'osa ni parler ni bouger. Théodore implorait son professeur de ses yeux. Severus fixait son élève d'un regard sévère et prudent. Drago dévisageait son ami, se sentant trahi.
Au final, ce fut Hermione qui parla la première. Elle s'avança et posa une main sur le bras du directeur de maison.
« Severus, » dit-elle simplement, calmement, rationnellement.
Ce simple son défigea Severus qui agrippa un peu mieux le jeune homme de 18 ans. « Drago, » dit-il, commandant à son filleul de l'aider. Le jeune homme blond repassa un bras autour de la taille de son camarade de classe et ensemble, les deux hommes portèrent le troisième jusqu'au salon, Hermione les suivant à une certaine distance.
Aussitôt que Nott fut assis dans le divan, Severus confisqua sa baguette, que le jeune homme remit sans protestation. Après s'être assuré que Drago et Hermione avaient la leur, Severus leur ordonna de les pointer sur Nott le temps qu'il appelle le Directeur via le foyer.
Hermione, sa baguette pointée sur le Serpentard, regardait Severus engouffrer sa tête dans les flammes vertes lorsqu'elle sentit un regard braqué sur elle. Elle tourna les yeux vers Nott; effectivement, le jeune homme la regardait avec curiosité. Il était en sueur, ses pupilles dilatées, et sa respiration saccadée. Il présentait les mêmes symptômes que Severus un peu plus tôt, ce qui, d'un certain point, rassura Hermione. Tous les Mangemorts étaient atteints par la colère et le châtiment de Voldemort, et pas que les 'traîtres'.
Ce fut-là la vraie raison, bien plus que sa compassion, qui amena Hermione à abaisser sa baguette et à prendre place sur le divan aux côtés du Serpentard.
« Granger! Qu'est-ce que tu fous? » S'écria Drago, qui s'approcha davantage de Théodore, sa baguette menaçante sur la poitrine du Serpentard, afin de protéger Hermione qui avait abandonné toute position d'attaque.
La Gryffondor saisit le pot d'onguent et attira le bras de Théodore à elle, ses doigts délicats sur le poignet du garçon. Sans même regarder une seule fois le visage dubitatif de Nott, Hermione fixa ses yeux sur sa tâche, enduisant méticuleusement l'affreux tatouage de pommade. La Marque de Nott, ayant tardé à être traitée, était encore pire que celle de Severus; irritée et rougeoyante, elle commençait à cloquer. Elle sentit Nott se raidir sous la douleur, pour ensuite se relaxer de soulagement. Évitant toujours de regarder le jeune homme malgré leur proximité, Hermione entreprit de lui panser l'avant-bras, ses mouvements toujours lents et prudents pour ne pas lui infliger davantage de douleur.
Lorsqu'elle eut fini, elle osa enfin relever les yeux sur le visage du jeune homme. Celui-ci la dévisageait, comme s'il la voyait pour la première fois. Ses yeux brillaient de larmes retenues et une expression d'incrédulité et de gratitude ornait ses traits habituellement durs et hautains. Sa bouche était entrouverte de stupéfaction et ses yeux vibraient doucement, faisant des allers-retours dans ceux d'Hermione.
« Je… » Croassa-t-il avant de déglutir péniblement. « Merci. »
Hermione répondit d'un sourire hésitant, mais avant qu'elle ne puisse dire un seul mot, Severus les interrompit.
Sans agressivité, il agrippa le bras d'Hermione et la fit se relever, l'éloignant du Serpentard. D'un hochement de tête, il remercia Drago d'être resté vigilant et le jeune homme recula également, s'approchant d'Hermione.
« Mr. Nott, » commença le professeur Rogue en prenant place aux côtés de son étudiant. « Il semblerait que le professeur Dumbledore soit occupé en ce moment. Il me revient donc la responsabilité de vous interroger. Et soyez assuré que si je doute ne serait-ce qu'un instant de la véracité de vos réponses, je n'hésiterai pas à utiliser ma réserve personnelle de Véritasérum. Est-ce qu'on se comprend? »
Théodore sembla paniquer l'instant d'un moment, mais il acquiesça.
« Depuis quand êtes-vous marqué? »
« Depuis un peu plus d'un an, » répondit Nott.
« Et est-ce que c'est vous qui avez parlé d'Ethan au Seigneur des ténèbres? » demanda Rogue, menaçant.
« Eth— Ethan, monsieur? » Bégaya l'adolescent, nerveux.
« Mon fils, Mr. Nott! » Rugit Rogue à deux pouces du visage de Théodore. « L'enfant de Miss Granger; le filleul de Potter! »
Nott se recroquevilla sous l'assaut et lança un regard désespéré en direction d'Hermione. « C'était dans le journal, » répondit faiblement Nott. « Je n'ai que rapporté le fait que l'enfant semblait proche du Survivant, étant celui de sa meilleure amie. J'ignorais que vous... que vous... »
« Que je m'en souciais? » Proposa sarcastiquement Severus. « Vous pensiez peut-être que j'étais indifférent lorsqu'il s'agissait de la sécurité de mon fils? Mon enfant! »
La colère de Severus était à son apogée. Même Hermione et Drago ne l'avaient jamais vu ainsi. Néanmoins, son niveau de contrôle était plus qu'impressionnant et l'homme réussit à se calmer et pinça l'arête de son nez entre son pouce et son index. Devant lui, affaibli et apeuré, Théodore Nott sanglotait. Au loin, en provenance de la chambre d'Ethan, des cris et des « Mama » commençaient à se faire entendre.
« Je suis... désolé, pro... professeur. Mon père. Il m'a obligé. Je... je n'ai jamais voulu tout ça. »
Severus allait répliquer lorsqu'il fut interrompu par le feu dans l'âtre qui tourna au vert, pour ensuite laisser émerger le professeur Dumbledore dans la pièce. Quelques mots furent échangés entre les deux hommes, et bien vite, Hermione et Drago furent congédiés. Dumbledore fit apparaître du thé chaud et des œufs sur rôtis pour trois personnes alors qu'Hermione entreprit d'aller chercher son fils ainsi qu'un sac de ses effets personnels pour la journée. Avec Ethan installé sur sa hanche, elle rejoignit Drago qui l'attendait dans le cadre de la porte de sortie. Celui-ci regardait son camarade de classe, son parrain et Dumbledore d'un œil critique, songeur.
« Severus, » dit-il d'un ton sérieux et résolu alors qu'Hermione le contournait et sortait dans le couloir avec Ethan. « J'aimerais aider. Me rendre utile aux efforts de la guerre. Qu'est-ce que je peux faire? »
Il avait parlé avec une telle conviction, une telle volonté d'aider qu'Hermione en resta agréablement surprise. Par-delà l'épaule du blond, elle vit Severus et Dumbledore échanger un regard.
« Ne vous inquiétez pas, Mr. Malefoy. Je crois savoir exactement ce que vous pourriez faire pour nous aider, » lui dit gentiment Dumbledore, un éclat malicieux dans ses yeux. « Depuis combien de temps, exactement, n'avez-vous pas parlé à votre père? »
À suivre…
Chansons:
(1) Black Magic, de Little Mix. (Traduction 'libre' faite par moi.)
(2) The Sound of Silence, reprise par Disturbed. (Écouter cette version pour la 'voix' de Severus.)
