Disclaimer: Le monde d'Harry Potter, ses personnages et tout le reste appartient à JK Rowling.
Un gros MERCI à Lune d'argent (ma Beta) et Miss Wendy Malfoy (ma pré-reader) qui m'ont suivi dans cette aventure de reprise d'écriture.
L'ange qui naîtra de nous deux
{La suite}
Chapitre 19- Secret de Polichinelle
[Un secret de Polichinelle est connu de tous, mais cette connaissance n'est pas partagée. Il se distingue d'un véritable secret par le fait que les détenteurs du secret de Polichinelle ne manifestent pas librement la connaissance qu'ils ont et, par conséquent, ils ignorent le niveau de connaissance des autres.]
Février.
Lorsque Drago entra dans la Salle commune des Serpentard, Pansy remarqua immédiatement son teint blême, ses yeux vitreux et son nez rougi. Il ne lui en fallut pas plus pour deviner que la rencontre avec son père à Azkaban avait eu lieu et qu'elle avait laissé son ami troublé. Le jeune homme avait très certainement pleuré, maintenant à savoir s'il avait laissé ses larmes couler en compagnie de son père ou bien lors du meeting avec le professeur Dumbledore qui avait sans doute suivi, Pansy n'aurait su le dire.
Elle regarda son ami avec compassion et vit le professeur Rogue lui serrer l'épaule d'un geste encourageant et lui dire quelques mots avant de s'éclipser. Ayant ignoré la conversation entre Millie et Tracey depuis l'arrivée de Drago, Pansy se leva du fauteuil en velours vert dans lequel elle était installée et s'avança vers son ami. Drago se tourna vers elle et elle lui sourit, mais son sourire se changea en grimace lorsqu'elle remarqua que ce n'était pas elle que le blond regardait, mais une autre sorcière qui se trouvait derrière elle. Sans même un regard pour Pansy, Drago s'avança vers Astoria Greengrass qui venait de dépasser Pansy au pas de course.
La jeune fille de 16 ans enroula ses bras autour des épaules de l'héritier Malefoy qui la serra contre lui avec force, comme si sa vie en dépendait, tous deux inconscients de la présence de Pansy à leurs côtés.
Inconfortable et maladroite, Pansy tenta d'ignorer les nombreux regards et sourires moqueurs qu'elle recevait. Elle s'éclipsa de la Salle commune d'un pas raide et la tête haute, feignant une indifférence qu'elle ne ressentait pas.
Elle ne comprenait plus du tout Drago! Ils avaient toujours été amis, depuis leur plus tendre enfance. À plusieurs reprises, le père de Pansy avait mentionné sa volonté d'unir leurs familles par le mariage, ce à quoi Narcissa Malefoy s'était toujours opposée. Néanmoins, il n'en avait pas fallu davantage à Pansy, qui était alors jeune et gâtée, pour se créer un avenir fictif en tant que future Mrs. Malefoy.
Une fois à Poudlard, Drago s'était distancé un peu d'elle, préférant la compagnie de Vincent et de Gregory. Sa mère lui avait assuré que c'était normal, que vint un temps où les jeunes garçons préféraient la compagnie des autres garçons, et que cela lui passerait bien assez tôt. Et en effet, dès leur quatrième année, Drago avait semblé s'intéresser de nouveau à elle, non seulement en ami, mais comme un garçon s'intéresse à une fille! Pansy en avait été plus que comblée, et Drago y avait vu un avantage. Et lorsqu'il l'avait invité au bal de Noël donné en l'honneur du Tournoi des trois sorciers, ils avaient perdu leur virginité dans les bras l'un de l'autre.
Néanmoins, Drago avait été clair : il ne la considérait pas comme sa petite-amie. Seulement une bonne amie avec qui il partageait des moments intimes lorsque tous deux en ressentaient l'envie. Naïve, Pansy avait accepté l'accord pour ce qu'il était, simplement contente d'avoir retrouvé son ami, mais cela lui demandait beaucoup, car elle désirait tellement plus : elle aimait Drago.
Visiblement, ses sentiments n'étaient pas retournés. Et si Drago avait pris le temps de lui dire qu'il désirait mettre fin à leur arrangement, qu'il avait trouvé une autre personne à qui il voulait dédier son temps et son attention, Pansy l'aurait accepté… elle en aurait eu le cœur brisé, mais elle l'aurait accepté afin de ne pas perdre son amitié.
Au lieu de cela, Drago l'avait complètement mise de côté et ignorée, et de ce fait, Pansy perdait l'un de ses meilleurs amis. C'était ça, réellement, qui enrageait et peinait la jeune Serpentard. Oh, oui, elle aimait Drago, mais il était un imbécile!
Sans même s'en être rendu compte, ses pas l'avaient mené aux portes de la bibliothèque. La salle était pratiquement déserte en ce dimanche après-midi, mise à part quelques Serdaigle de cinquièmes années qui étudiaient en groupe pour leurs B.U.S.E.s, ainsi que Granger, le nez plongé dans un bouquin.
Pansy contourna l'aire de travail et entra entre deux rangées de livres, marchant jusqu'au bout afin de prendre place tout près de la fenêtre qui donnait sur le lac. Elle s'accroupit au sol, les bras autour des genoux, et laissa enfin couler ses larmes, des sanglots silencieux secouant tout son corps.
Elle resta assise là, silencieuse et brisée, pendant plusieurs minutes. Ses larmes avaient séché et elle reniflait fréquemment, tentant de reprendre le contrôle de ses émotions lorsqu'un son –un gazouillis– lui parvint du bout de la rangée de livres. Surprise, Pansy releva la tête et dévisagea l'intrus d'un regard menaçant avant de l'adoucir.
« Hey, » roucoula-t-elle avec un faible sourire. « Mais qu'est-ce que tu fais là, toi? »
Ethan Rogue lui lança un sourire édenté –quatre dents en haut et deux dents en bas– avant de réassurer sa grippe sur la tablette de livres qui était à sa hauteur et d'avancer vers elle d'un pas chancelant.
« Oh, mais quel grand garçon, » s'exclama Pansy et se redressant et en se mettant à genoux, les bras devant elle afin de réceptionner l'enfant s'il venait qu'à tomber. « Tu marches presque! Bravo! »
Pansy Parkinson adorait les enfants! Son état de santé, néanmoins, était une réalité dont il faudrait prendre en compte le jour où elle voudrait fonder sa propre famille. La fragilité de son cœur due à sa malformation pourrait compliquer d'éventuelles grossesses. Cela n'empêchait pas Pansy d'être attirée par la maternité… et pas nécessairement la sienne : jamais elle ne l'avouerait à personne, mais la grossesse de Granger l'avait fascinée! Et c'était grâce à cela qu'elle avait enfin mis le doigt sur ce qu'elle aimerait faire plus tard. Soit d'aider d'autres sorcières à mettre au monde leurs petits anges. Après tout, si elle ne pouvait devenir la future Mrs. Malefoy, il lui faudrait bien trouver du travail.
Ethan parvint à sa hauteur et Pansy lui attrapa les mains. Il portait un chandail gris, aux manches rayées bleues, et sur lequel les mots 'Mon papa est meilleur que le tien' étaient écrits, accompagnés d'un dessin d'une petite baguette. Pansy retint un éclat de rire. Vraiment, l'humour de Granger était impeccable, pensa la jeune Serpentard amusée, convaincue qu'il ne s'agissait pas là d'un choix vestimentaire approuvé par son directeur de maison.
« Qu'est-ce que tu fais ici, mon coco? Tu te promènes? » Demanda Pansy d'une voix enfantine. Vraiment, ce petit bout de chou était le meilleur des remèdes contre ses sombres pensées.
« Mama, » se contenta de répondre Ethan. C'était sans aucun doute le seul mot qu'il connaissait.
« Oui, tu es venu à la bibliothèque avec ta maman. »
« Mama, » confirma Ethan. « Mama! » Il se retourna et pointa en direction des tables de travail, comme pour lui indiquer l'endroit où se trouvait sa maman. Pansy rigola et lui chatouilla le bedon. Elle se réinstalla au sol, le petit de Rogue entre les cuisses, alors que celui-ci s'amusait à pointer les boutons étincelants de la chemise fuchsia de Pansy. La jeune fille passa ses doigts dans les boucles du bambin, étonnée et amusée par la ressemblance que l'enfant avait avec ses deux parents. Sans qu'elle ne puisse s'en empêcher, son esprit vagabonda et elle se surprit à se demander à quoi un enfant d'elle et Drago ressemblerait.
Aussitôt, les larmes remontèrent à ses yeux et elle cligna des paupières. « Ça n'arrivera pas, idiote, » se rabroua-t-elle.
« Bobo? » Demanda Ethan, sa petite menotte se posant sur sa joue. Pansy eut à peine le temps de s'étonner du vocabulaire et de la perception de l'enfant lorsqu'une voix paniquée les interrompit.
« Ethan? Ethan! » Pansy leva les yeux sur Granger qui venait d'apparaître au bout de l'allée, une expression d'abord affolée, puis soulagée, puis méfiante sur ses traits. « Parkinson? »
« Ah! » S'exclama Ethan dans les bras de Pansy en pointant la Gryffondor. « Mama! » Pansy étouffa un éclat de rire tant elle trouvait l'enfant mignon.
Granger grimaça légèrement, probablement due à la voix forte et suraiguë de son enfant résonnant dans toute la bibliothèque. Sa propre voix était douce lorsqu'elle demanda, « Qu'est-ce que tu fais là, mon ange? Maman t'avait demandé de ne pas t'éloigner. Allez, viens. »
La Gryffondor se pencha devant Pansy et Ethan et agrippa la main du petit garçon qui alla aussitôt rejoindre sa mère.
Granger dévisagea Pansy un moment.
« Je suis désolée, » dit-elle. « J'espère qu'il ne t'a pas trop dérangé. Il est beaucoup plus dur à surveiller maintenant qu'il gambade partout… » Granger cessa son bavardage inutile lorsque Pansy secoua négativement la tête.
Pansy essuya ses yeux et son nez, releva les yeux vers elle. « Pas du tout, il a été super, » répliqua-t-elle en se redressant. Elle caressa affectueusement la tête d'Ethan une dernière fois avant de les contourner, lui et sa mère, et de s'en aller. Elle ne remarqua ni l'expression de surprise de Granger ni celle de compassion qui suivit.
« Est-ce que— est-ce que ça va? » Demanda la Gryffondor derrière elle. Sa voix était empreinte de bonté et d'inquiétude et Pansy s'en étonna. Elle se retourna pour dévisager la princesse de Gryffondor. Granger haussa une épaule et dévia le regard, soulevant le bambin dans ses bras pour se garder occupée, comme si elle voulait paraître nonchalante. Le ton de sa voix l'avait cependant trahie; elle s'en souciait. Ce qui intrigua Pansy au plus haut point.
« Qu'est-ce que ça peut te faire? » Demanda la Serpentard avec du venin dans sa voix, comme pour se protéger.
« À moi, rien, » répliqua gentiment Granger. « Mais si tu veux en parler… »
« J'ai des amies pour ça, » contra Pansy avec irritation. Non, mais, pour qui elle se prenait cette fille? Que croyait-elle donc? Qu'elle était si pathétique au point où elle ne pouvait se confier à personne d'autre qu'à Hermione-je-sais-tout-Granger?
« Je ne dis pas le contraire, » argumenta Granger en s'approchant d'elle, réajustant l'enfant sur sa hanche, « mais si jamais tu aimerais un point de vue nouveau et neutre sur Drago Malefoy… tu sais où me trouver. » Elle fit un geste vague autour d'elle afin de confirmer qu'elle parlait bel et bien de la bibliothèque de Poudlard.
Pansy allait répliquer que Granger ne connaissait pas du tout le Drago Malefoy que elle, Pansy, connaissait, mais ne venait-elle pas de deviner, en quelques secondes seulement, la raison exacte de sa détresse? Décidément, Granger était plus perspicace que ce que la Serpentard ne l'aurait cru.
Pansy resta bouche bée un court instant. « Je— »
« Hermione? » Une troisième voix vint couper la réponse de Pansy et les deux jeunes filles se tournèrent vers le jeune homme blond qui venait de les rejoindre et qui les dévisageait tour à tour. « Euh, toujours partante pour le devoir de potions? »
Granger sourit à son compagnon de maison. « Salut, Neville. Oui, j'arrive. Ça t'embête de prendre Ethan le temps que j'aille chercher le livre de référence que madame Pince m'a conseillé? »
Londubat acquiesça avec un sourire et s'avança pour prendre le petit garçon. « Salut, p'tit coco! » Pansy manqua de s'étrangler avec sa salive en constatant que Londubat et elle utilisaient le même surnom pour désigner le fils du professeur Rogue. Ugh!
Le Gryffondor lança un regard interrogateur à Pansy et s'éclipsa rapidement. Granger regarda Pansy, incertaine. Maladroite, elle dissipa la tension qui existait entre elles avec un sourire en coin et un faible, « Penses-y. » Puis, elle continua son chemin dans une autre rangée, celle où l'on pouvait retrouver tous les ouvrages sur les potions.
Pansy fronça les sourcils. Que venait-il donc de se passer? Elle secoua la tête et entreprit de s'en aller lorsqu'elle vit une silhouette qu'elle connaissait bien suivre Granger dans le labyrinthe des rangées de livres. Étonnée et plus curieuse que jamais – qu'est-ce que Théo pouvait-il bien vouloir à Granger? – elle les suivit de loin. Décidément, il y avait une tout autre facette à Hermione Granger que Pansy ignorait. Une qui, visiblement, attirait les Serpentard… à commencer par le professeur Rogue.
Se dissimulant derrière une étagère dans laquelle il manquait quelques livres, Pansy regarda la scène devant elle. Sur le bout des pieds, Granger tentait d'atteindre un énorme bouquin sombre et poussiéreux et Pansy secoua la tête : qu'elle idiote d'avoir oublié sa baguette! Décidément, affolée par l'absence de son enfant, Granger avait quitté sa table de travail à la va-vite. Pansy allait intervenir et proposer un accio lorsque Théo arriva derrière la Gryffondor.
« Laisse-moi t'aider, » susurra-t-il. Il tendit un bras par-delà la tête bouclée de Granger et attrapa facilement le livre que celle-ci ne parvenait qu'à caresser du bout des doigts. Son torse était atrocement près du dos de la jeune femme et lorsque celle-ci se retourna, une expression étonnée et angoissée passa sur ses traits lorsqu'elle remarqua sa proximité. C'était là l'un des face-à-face les plus angoissants que Pansy eu jamais vu. Et lorsque Théo fit un pas vers l'avant, emprisonnant Granger entre son torse et l'étagère de livre, un regard paniqué passa dans les yeux marron de la jeune femme.
« M—merci, » dit faiblement Granger en prenant le livre que lui présentait Théo et en le serrant contre elle, tel un bouclier.
Pour unique réponse, Théo eut un sourire en coin. Pansy ne voyait son visage que de profil, mais elle devina que ses yeux sombres fixaient et détaillaient le visage de Granger qui s'enflammait.
« Hum… » Commença Granger en dévia le regard, mais elle fut coupé par sa propre surprise lorsque Théo vint replacer une boucle rebelle derrière son oreille. Ses yeux s'agrandirent et revinrent sur le Serpentard. « Qu'est-ce que tu fais? » Demanda-t-elle de but en blanc et intérieurement, Pansy la félicita.
« J'aide une amie, » répliqua Théo. L'expression d'étonnement fut la même sur le visage de la Gryffondor que sur celui de la Serpentard qui observait la scène, en retrait. « Comme tu m'as aidé il n'y a pas si longtemps. »
Si Pansy fut doublement confuse, une expression de compréhension passa sur les traits de Granger. « Tu n'as pas à me remercier, » tenta-t-elle maladroitement.
« Au contraire, » argumenta Théo. « Tu as été la seule à me traiter comme un être humain. » Et sur ce, il se recula d'un pas, prit la main de la Gryffondor entre la sienne et vint y déposer un baiser. « Tu sais, je ne comprends vraiment pas ce que tu lui trouves… »
Granger blêmit.
« Okay, » dit-elle d'un ton ferme malgré sa faiblesse. « Ça suffit, maintenant, okay? » Pour toute réponse, Théo lui sourit. « Je dois y aller, j'ai des amis qui m'attendent. » Et sur ces mots, elle contourna le Serpentard et rejoignit l'aire de travail d'un pas raide et empressé.
Pansy dévisagea Théodore avec reproche. Il l'avait clairement mise mal à l'aise, mais il semblait en être ravi. Suivant son allure, elle sortit de sa rangée de livres en même temps que le jeune homme sortit de la sienne. Il la regarda avec stupeur, mais lui sourit. « Hey, Pansy! »
Pour unique réponse, la jeune Serpentard fronça les sourcils. « À quoi tu joues, Théo? »
Théodore Nott se contenta de hausser les épaules et de feindre l'incompréhension. « Je ne vois pas de quoi tu parles. » Puis, d'un pas désinvolte, il quitta la bibliothèque.
Lorsque Pansy quitta à son tour la pièce, elle croisa le regard troublé de Granger et elle se dit qu'elle aurait sans aucun doute dû intervenir. Elle se promit qu'à la prochaine situation de ce genre, elle en informerait aussitôt le professeur Rogue. Théodore Nott n'intimiderait personne sous sa surveillance!
oOo
« Est-ce qu'il t'a agressé? »
« T'a-t-il menacé? »
Hermione regarda ses deux meilleurs amis avec énervement. « Non, non! Il était seulement… insistant, » précisa-t-elle. Elle ne voulait pas en faire tout un plat, mais sa rencontre avec Nott l'avait affectée plus qu'elle ne se l'admettait. Elle en avait parlé à Ron et Harry pour tenter d'apaiser son inconfort et voilà qu'ils s'énervaient encore plus qu'elle.
« Peut-être essayait-il de se venger de ce qui est arrivé à son père, » proposa Ron en grignotant un biscuit sec de bébé.
« Euh, Ron? Les biscuits étaient pour Ethan, » dit Hermione d'un ton de reproche. Le rouquin fit une grimace repentante et passa le biscuit à moitié grignoté à l'enfant à ses côtés.
« Désolé, mon bonhomme, » lui dit-il en lui ébouriffant les cheveux.
Hermione et Harry échangèrent un regard avant de pouffer de rire devant l'air contrarié d'Ethan qui confirmait plus que jamais l'identité de son père.
« Mais ça n'a aucun sens, » dit Harry en retrouvant son sérieux, « ce n'est pas de la faute à Hermione si son père a été arrêté et envoyé à Azkaban. Enfin, c'est lui-même qui a mentionné qu'il était devenu un vous-savez-quoi sous l'insistance de son père ; sûrement qu'il savait qu'un tel aveu aurait des répercussions. »
Le professeur Dumbledore leur avait conseillé d'éviter d'utiliser le terme 'Mangemort' lorsqu'en public afin d'éviter la panique. Pour l'instant, disait-il, Nott était innocent jusqu'à preuve du contraire.
Hermione se repositionna dans le divan, ses jambes sous elle. Malgré la chaleur du foyer de la Salle commune des Gryffondor, son corps fut secoué d'un frisson. Que Nott soit un Mangemort et si près d'elle et de son enfant la rendait inconfortable.
« En plus, » avoua-t-elle à Harry et Ron, « il ne cesse de me remercier. Je ne pense pas qu'il aurait ce discours s'il me voulait vraiment du mal. »
Harry ne sembla pas convaincu, mais il resta silencieux. Ron réfléchit un moment avant de partager sa pensée.
« Et si… s'il était réellement un vous-savez-quoi et qu'il essayait plutôt de devenir ton ami pour se rapprocher d'Harry…? C'est possible ça, non? »
Hermione réfléchit un instant. « C'est possible, » concéda-t-elle.
« Sauf que c'est illogique, » intervint Harry. Les regards de Ron et Hermione se redirigèrent vers lui. Le Survivant hocha les épaules. « Enfin, je veux dire, il s'y prend très mal. Tout ce qu'il a réussi à faire est de mettre Hermione mal à l'aise et de nous rendre méfiants. »
« Je sais bien, » acquiesça Hermione et Ron hocha la tête. « Mais alors, que cherche-t-il à faire? »
Tout comme elle, les deux garçons étaient à court d'idées.
« J'ignore de qui vous parlez, mais ça m'a tout l'air d'une tentative de séduction d'un garçon instable, » intervint une quatrième voix. « Si j'étais toi, j'en parlerais à Severus. »
Les trois amis se retournèrent et virent Ginny à leurs côtés. Visiblement, elle y était depuis un moment et avait entendu une bonne partie de leur conversation. Alors qu'elle vint prendre place aux côtés d'Harry, tout près d'Ethan, Hermione mordilla ses lèvres, pensive.
Théodore Nott était-il vraiment instable? Et plus invraisemblable que ça encore, essayait-il réellement de la séduire?
Hermione avait bien compris que la rouquine avait utilisé le prénom de Severus dans le but de faire passer son message. Elle ne voulait pas qu'Hermione lui parle de la situation en tant que son étudiante, mais bien en tant que sa compagne.
Mais Hermione connaissait bien le caractère impulsif de son homme. Et la relation entre Severus et Nott était suffisamment tendue telle qu'elle était, inutile d'ajouter de l'huile sur le feu.
« Ninny! »
La voix enfantine de son fils ramena Hermione à la réalité et les quatre amis dévisagèrent le petit garçon.
« Oh! » Souffla Ginny, émue.
« Est-ce qu'il a dit— » Commença Ron, mais il fut coupé par Ethan.
« Ninny. Ninny, Ninny, Ninny! » Et pour s'assurer que l'on comprenait bien sa demande, Ethan tendit les bras vers Ginny.
« Awww! » La jeune marraine succomba et engouffra l'enfant dans une étreinte. « Il a dit mon nom! Il a dit mon nom! »
Toute conversation et hypothèse sur les Mangemorts furent oubliées pour le restant de la soirée après ça.
oOo
Plus tard ce soir-là, Hermione pénétra dans les appartements de Severus, la tête pleine de pensées. Pansy Parkinson; Théodore Nott; le devoir de potion; les difficultés de Neville; les avertissements de ses amis; et, plus important que tout le reste, Ethan et ses quelques premiers mots!
« Sev? » Demanda-t-elle, mais seul l'écho de sa voix lui répondit dans les appartements vides. Elle vérifia dans le laboratoire privé du professeur, puis dans leur chambre, la salle de bain et même dans la chambre du bébé; Severus n'était nulle part en vue.
Hésitante, elle s'avança vers la porte de son bureau de professeur. Elle cogna un seul et unique coup, sachant que Severus l'entendrait, mais ne voulant pas attirer l'attention si jamais il n'était pas seul.
« Entre, » répondit la voix de son amant.
Elle entrebâilla la porte et jeta un coup d'œil à l'intérieur. « Tu es seul? »
Severus leva les yeux de ses corrections et lui lança un sourire repentant. Tous deux se souvenaient très bien de la fois où elle avait interrompu une rencontre avec des élèves de sa maison.
« Oui. » Puis, après un court moment où il analysa la situation, il lui renvoya la question, haussant un sourcil. « Et toi, tu es seule? »
Hermione sourit et entra entièrement dans la pièce.
« Oui. Ethan est resté avec son parrain et sa marraine. »
Pour unique réponse, Severus fit un son désapprobateur. Mais il ne commenta pas davantage. Il savait très bien qu'Hermione avait utilisé les titres de Potter et de la jeune Weasley afin de prouver un point : son fils était avec des membres de sa famille.
« Et qu'est-ce que tu fais ici? » Demanda-t-il, non pas méchamment. Au contraire, sa voix était plutôt douce et indulgente.
Il n'en fallut pas plus à Hermione pour qu'elle contourne le bureau et se jette dans ses bras, le serrant fort contre elle. Les bras de Severus s'enroulèrent aussitôt autour de la jeune femme.
« Hey, ça va? » Demanda-t-il, un soupçon de panique dans la voix.
Hermione acquiesça dans le creux de son cou et pressa un baiser sur sa mâchoire.
« La journée a été longue, » dit-elle simplement. Elle recula son visage et plongea ses yeux dans les onyx de Severus. « Comment s'est passée la rencontre de Malefoy avec son père? » Demanda-t-elle au bout d'un moment.
« Ça s'est passé, » répondit Severus de façon cryptique.
« Hm, » se contenta de commenter Hermione.
« En effet, » approuva Severus en haussant un sourcil, ce qui lui mérita un sourire en coin de la part de la Gryffondor.
Ses yeux sombres fixèrent Hermione encore un moment avant que sa paume ne vienne caresser sa joue. « Tu es sûre que ça va? » S'enquit-il de nouveau.
Hermione jongla avec l'idée de tout lui raconter pour Nott, mais opta pour ne rien dire. À la place, elle vint le distraire avec un doux baiser. « Ça va, » lui confirma-t-elle avant de caresser sa lèvre inférieure de sa langue. « Embrasse-moi. »
Severus grogna son appréciation et approfondit le baiser avec vigueur. Il savait très bien que lorsqu'Hermione le commandait ainsi, c'était qu'un désir charnel se réveillait en elle. D'ailleurs, après plusieurs minutes de baisers enflammés, Severus la fit se relever et entrelaça ses longs doigts aux siens.
« Ne restons pas ici, ce n'est pas prudent. »
Hermione acquiesça et laissa Severus la conduire hors de son bureau de professeur, là où quiconque pouvait entrer sans préavis. Sans lui demander ses intentions, tous deux sachant très bien ce que l'autre désirait, il la conduisit dans leur chambre à coucher. À peine avait-il fermé la porte qu'Hermione retirait son pull et détachait son jeans. Severus la regarda faire un instant avant de venir prendre le relais lorsqu'il ne lui resta plus que ses sous-vêtements.
Passant ses doigts dans les cheveux d'Hermione de chaque côté de son visage, il rassembla la chevelure de son amante dans un amas de cheveux emmêlés à la base de sa nuque, l'utilisant pour lui faire pencher la tête vers l'arrière. De son autre main, il s'attaqua à l'attache de son soutien-gorge. Alors que ses lèvres goûtaient la peau soyeuse de son cou et de sa poitrine, l'irritant sous-vêtement tomba enfin au sol et Severus la fit se cambrer davantage afin d'envelopper un mamelon de sa bouche chaude.
Hermione haleta et colla son bassin à celui de l'homme, cherchant une friction. Elle remarqua aussitôt l'impressionnante érection de son amant et s'empressa de le libérer.
Son pantalon noir tomba autour de ses chevilles au moment où il réclama la bouche d'Hermione dans un baiser fiévreux. La jeune femme en profita pour lui retirer sa chemise qui tomba au sol avec un bruit sourd.
« Oh, » s'exclama Hermione, réalisant qu'elle venait de le désarmer de sa baguette magique. La sienne ayant été laissée avec ses propres vêtements tout près de la porte, la baguette de Severus était leur dernier recours pour le sort de contraception.
Sans réfléchir, Hermione se pencha à genoux pour fouiller dans la manche de la chemise noire, Severus agrippant toujours ses cheveux. « Ow! » S'exclama-t-elle en riant, levant un regard brillant vers l'homme.
« Par Salazar, » murmura l'homme, la voix rauque.
Le rire de la jeune femme mourut dans sa gorge en voyant le regard brûlant de désir de Severus.
Sans rompre leur regard intense, les doigts d'Hermione se refermèrent sur la baguette de bois d'ébène, et d'un simple sort de contraception, elle s'assura que la soirée se termine sans 'incident'.
Devinant les pensées de Severus, Hermione le dévêtit complètement et, toujours à genoux devant lui, vint le prendre entre ses lèvres. La poigne qu'il avait sur ses cheveux se renforcit de plus belle et il lança sa tête vers l'arrière. « Merlin, » souffla-t-il en extase. Hermione sourit et continua sa douce torture, ses mains s'agrippant à l'arrière de ses cuisses musclées.
Malgré ses mains enfouies dans les cheveux de la jeune sorcière, Severus ne tenta pas de la guider ou de lui dire quoi faire, se contentant d'apprécier ce qu'elle lui offrait. Lorsqu'il ne tint plus, il l'informa de ses choix : soit elle continuait et elle l'achevait, soit elle s'arrêtait et elle en profitait, elle aussi.
Hermione ne se le fit pas dire deux fois. Elle se recula et Severus lâcha sa prise pour aussitôt lui empoigner le haut des bras. Il la releva et l'envoya valser sur l'énorme lit. Hermione rit aux éclats lorsqu'elle rebondit, mais se calma aussitôt que le poids de Severus sur son corps la fit s'enfoncer dans le matelas.
Les doigts de l'homme vinrent s'enrouler autour de ses poignets qu'il plaça au-dessus de sa tête. Son visage au-dessus du sien, ses longs cheveux cascadant vers l'avant, il la fixa sans rien dire, les yeux dilatés et fiévreux, le bout de leur nez se touchant quasiment. Plus bas, seule la culotte d'Hermione empêchait leur union.
« Tu es tellement belle quand tu ris, » lui dit-il.
Elle sourit tendrement à cet aveu.
« Et toi, tu as l'air d'un animal sauvage en ce moment, » lui dit Hermione sans aucun filtre, à bout de souffle. « J'adore ça. »
Les yeux de Severus se rétrécirent et un sourire en coin, séducteur, apparut sur ses lèvres. « Dis-moi ce que tu veux, » implora-t-il.
Hermione réfléchit un instant. C'était vrai, elle était souvent du genre à 'demander'. Et Severus obéissait en l'appelant « ma chérie ». Il était toujours passionné, mais gentleman. En ce moment, gentleman ne serait pas l'appellation pour laquelle Hermione opterait.
Frottant son bassin contre l'érection de Severus, Hermione lui dit simplement, « Je te veux, toi. »
Un evanesco muet et sa culotte s'évapora. Severus entra en elle d'un mouvement vif et intense, tout en capturant ses lèvres des siennes. Sa langue attaqua celle de la Gryffondor au rythme de ses coups de hanche et Hermione chavira. Jamais encore Severus ne lui avait fait l'amour avec un tel abandon!
Au bout d'un moment, l'homme relâcha les poignets d'Hermione et elle en profita pour agripper ses épaules, puis ses cheveux. Lorsqu'elle tira trop violemment, Severus cessa de l'embrasser et recula sa tête et son torse d'elle. Dans un mouvement sec, mais bien manœuvré, il passa ses avant-bras derrière les jambes d'Hermione et les releva si haut qu'elles se retrouvèrent sur ses épaules, de chaque côté de son visage. Ainsi positionnés, les va-et-vient de Severus étaient profonds et intensément ressentis.
« Ah, Sev! » Haleta Hermione, ses yeux ne quittant jamais les siens.
« Hermione, » répondit-il simplement et d'entendre son prénom ainsi prononcé, avec affection et révérence, fit basculer Hermione vers l'orgasme. Ce ne fut pas long avant que Severus ne la suive...
L'homme se reposait à ses côtés, la respiration saccadée et le torse en sueur, lorsqu'il remarqua l'expression renfrognée de sa compagne.
« Qu'est-ce qu'il y a? » Demanda-t-il, soudainement inquiet. « Je ne t'ai pas fait mal, au moins? »
Hermione lui lança un regard mauvais. « Non, » dit-elle, « mais à cause de toi, j'ai désormais une crampe dans les orteils. Ow! »
L'expression inquiète de l'homme se transforma d'abord en stupeur, puis, lançant sa tête vers l'arrière, Severus Rogue éclata d'un rire si fort, si guttural, que pour un moment, ni l'un ni l'autre n'entendit les coups à la porte. Ce ne fut que lorsque Hermione le frappa au torse et qu'il se calma en roulant sur lui-même, que les coups devinrent audibles.
« Chut! » Dit Hermione. « Qu'est-ce que c'est? »
« Bordel! » Jura Severus en se levant du lit et en s'habillant avec empressement. Son pantalon et sa chemise à peine boutonnés, il glissa ses pieds nus dans ses bottes et enfila un nouveau set de robes de professeur. D'une main, il lissa ses cheveux en sueur du mieux qu'il put, mais ceux-ci semblèrent garder un aspect gras. Rien de bien dérangeant dans son cas.
Il ouvrit la porte de ses appartements, qui révéla une Minerva McGonagall agitée.
« Severus, » dit-elle en le détaillant des pieds à la tête. « Tu étais dans ton laboratoire. » Le professeur de Défense ne confirma, pas plus qu'il ne démentit, l'affirmation. Sa collègue sembla satisfaite de son silence. « Dans tous les cas, tu serais mieux de mettre ton travail sur la glace; l'Ordre se réunit. »
Severus haussa les sourcils. Était-ce possible que les minimes informations que Drago avait plus ou moins réussi à soutirer à son père aient porté leurs fruits?
« Un moment, » dit-il en retournant dans ses appartements. Il allait refermer la porte lorsque Minerva l'interpella.
« Severus. Ne saurais-tu pas, par hasard, où se trouve Miss Granger? Elle n'était pas dans la tour de Gryffondor avec votre fils et ses amis. »
Severus ne dit mot, regarda Minerva un court instant, une expression indéchiffrable sur ses traits durs, puis referma la porte derrière lui.
« En plein ce qu'il nous fallait! » Maugréa-t-il lorsqu'il réentra dans leur chambre à coucher dans laquelle Hermione était déjà en train de se rhabiller.
Hermione, qui enfilait ses souliers, releva vivement la tête. « Qui était-ce? » Demanda-t-elle.
« Minerva, » répondit Severus en retirant sa robe et en boutonnant la chemise dessous.
« Minerva? » S'enquit Hermione, étonnée. « Minerva McGonagall? »
« Tu connais plusieurs Minerva, dis-moi? » Demanda Severus avec un rictus.
Hermione rigola et entreprit d'attacher ses cheveux en bataille dans un chignon lâche. « Qu'est-ce qu'elle voulait? »
« Elle nous attend pour nous escorter jusqu'au QG de l'Ordre, » répondit Severus en repositionnant ses robes sévères de professeur. Déjà, il avait meilleure allure.
Hermione se regarda avec empressement dans le miroir. Mis à part son visage empreint d'inquiétude et ses joues un peu rouges, rien ne laissait deviner le type d'activités auxquelles elle venait de prendre part.
« Tous les deux? » S'enquit-elle.
Severus acquiesça et posa une main rassurante sur son épaule. Il se pencha et vint déposer un doux baiser sur ses lèvres avant de reprendre un air détaché et las. « Si quiconque pose la question, nous étions en train de travailler sur une potion pour les diarrhées explosives d'Ethan. »
Hermione retint un éclat de rire. « Plausible, » ricana-t-elle.
Severus hocha la tête. « Personne ne nous questionnera davantage. »
Lorsque Severus émergea de son antre, accompagné de Miss Granger, le professeur McGonagall ne passa aucun commentaire, mais elle haussa les sourcils si hauts que son front en devint tout ratatiné, et elle pinça les lèvres.
« Venez tous les deux, on nous attend. »
Hermione n'aurait su expliquer comment, mais à ce moment précis, elle sut, une intuition intense au creux du ventre, que sa directrice de maison en savait plus qu'elle ne le disait.
oOo
Dès que les flammes vertes s'estompèrent, Hermione regarda son nouvel environnement : un salon défraîchi aux étagères composées de vieux livres et aux murs recouverts de tapisseries laides et démodées. Un lustre poussiéreux ainsi que des torches aux murs éclairaient la sombre pièce en l'absence de lumière naturelle.
Hermione savait bien qu'Harry aimait cette maison – la maison que son parrain lui avait léguée – mais la jeune femme n'arrivait toujours pas à imaginer qu'une famille puisse y vivre.
Une trentaine de paires d'yeux se tournèrent vers elle et Hermione bredouilla une faible excuse pour son retard. Tous les membres de l'Ordre étaient présents, ainsi que quelques hauts placés du Ministère de la magie et même quelques Aurors. Ce ne fut que par pur hasard qu'Hermione repéra ses meilleurs amis installés sur l'un des divans. Dès qu'il remarqua le regard implorant de la jeune femme braqué sur eux, Harry donna un coup de coude à Ron et les deux amis se séparèrent afin de lui faire une place entre eux deux.
Hermione s'élança vers eux et lorsque Severus arriva, le fameux trio était déjà réuni, à l'étroit, mais étrangement à l'aise dans le vieux divan. Le sombre professeur, de son côté, s'installa à l'endroit même où il était arrivé, soit tout près du foyer. Il était le dernier membre de l'Ordre à arriver.
Minerva McGonagall avait rapidement rejoint Albus dès son arrivée, qui avait précédé celui d'Hermione. La jeune femme se demanda si la professeur de Métamorphose était en train d'informer le vieux sorcier de l'endroit où elle avait retrouvé Hermione et, bien que sa directrice de maison ne lui ait demandé aucune explication, Hermione se surprit à regretter un peu de ne pas lui avoir fourni l'excuse des diarrhées explosives.
« Où est Ethan? » Demanda Hermione à Harry et Ron, ses pensées s'étant tournées vers son bébé.
« Il est resté avec Ginny, Neville et Luna, » répondit Ron. Un brouhaha sourd de multiples conversations envahissait la pièce et personne ne porta attention à la leur. Malgré le bruit ambiant, Hermione remarqua que la voix de Ron prenait un ton plus doux lorsqu'il prononçait le prénom de sa petite-amie et cela la fit sourire. Elle allait commenter sur la chose lorsque Dumbledore prit soudain la parole.
« Mes amis, mes confrères, » —mes soldats, songea amèrement Hermione, mais elle garda le silence— « nous sommes ici, ce soir, parce que nous avons de nouvelles informations. » S'ensuivit une longue explication sur l'implication du jeune Drago Malefoy et de sa visite avec son père qui avait d'abord semblé futile. Lucius Malefoy était resté de marbre.
Hermione remarqua la mâchoire de Severus se crisper. Il avait été présent lors de cet échange père-fils, bien sûr, et cela avait dû être frustrant à observer, lui pour qui le fils était ce qui comptait le plus au monde.
Lorsqu'Albus continua son récit, expliquant comment le patriarche de la famille Malefoy avait ensuite demandé une audience avec le Ministère afin de passer un accord qui lui assurerait un temps de sentence réduit et des droits de visite de la part de sa femme et de son fils si les informations qu'il fournissait étaient à la fois exactes et utiles, Hermione vit son amant se décrisper et regarder son mentor d'un air surpris.
« Vraiment, Albus? » Demanda Molly Weasley.
Le vieux directeur sourit. « Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir de l'amour. Surtout celui qu'un parent éprouve pour son enfant. » Il regarda un moment Harry par-delà ses lunettes en demi-lune et Hermione sentit le jeune homme se crisper un peu à ses côtés. Elle offrit sa main au jeune homme.
Maugrey Fol'Oeil et Kingsley Shacklebolt prirent ensuite la parole, partageant avec l'Ordre les renseignements que leur avait fourni Lucius Malefoy. Les repaires possibles de Voldemort, son plan d'action et plusieurs noms de Mangemorts sous couvertures travaillant activement à infiltrer le Ministère en ce moment même.
Tous les indices qu'avaient récoltés les Aurors semblèrent pointer vers le Manoir des Malefoy, qui avait été délaissé par tous les membres de la prestigieuse et ancienne famille de sang-pur. Avec sa prestance et ses anciennes barrières magiques, c'était le QG idéal pour Voldemort et ses disciples. Il ne manquait qu'une confirmation et un plan d'attaque pourrait être élaboré en détail, en particulier avec l'aide de Lucius Malefoy.
Lorsque Dumbledore insista pour que le jeune Harry Potter soit au cœur de l'attaque offensive, plusieurs Aurors haut placés, mais qu'Hermione ne connaissait pas, s'interposèrent.
« Enfin, Albus, soyez sérieux, » commença un homme aux épaules larges et à la barbe bien fournie, « ce n'est qu'un gamin qui n'a même pas encore terminé ses études. »
Hermione n'était pas sûre si l'homme cherchait à le discréditer ou bien à le protéger. Néanmoins, ce fut Remus Lupin qui, derrière eux, vint placer une main réconfortante sur l'épaule d'Harry et prit la parole.
« Harry est prêt pour ça, » commença Remus. « Il a reçu une formation exhaustive expressément pour ce moment. Sans parler que depuis ses 11 ans, il a personnellement confronté Voldemort à quatre reprises et s'en est sorti vivant toutes les fois. Combien de fois vous êtes-vous opposé au Seigneur des Ténèbres, Dawlish? »
L'Auror Dawlish ne répondit pas et s'abstint de tout autre commentaire par la suite. D'où elle était assise, Hermione remarqua les sourires en coin des professeurs Dumbledore et McGonagall. Même Severus envoya un faible hochement de tête approbateur en direction de Remus.
« Non seulement Harry est prêt, mais en plus, il est notre meilleure chance, » commença Dumbledore en relatant la prophétie.
« Donc en résumé, notre plus grand défi sera de le protéger jusqu'à la confrontation finale, » conclut Higgins, l'Auror qui avait été au QG de l'Ordre tout l'été pour former les frères Weasley, Harry et Ginny. Dumbledore acquiesça.
« Nous allons l'encadrer d'une équipe d'élite, » confirma Fol'Oeil. « S'il y a des volontaires— »
« Moi! » l'interrompit aussitôt Ron de l'autre côté d'Hermione. Harry et elle tournèrent leur tête vers lui et Hermione lui prit la main à son tour. Il lui rendit son sourire.
« Ronald, non! » S'interposa aussitôt Molly Weasley, le visage blême. Arthur ne dit rien, mais il semblait déchiré entre l'inquiétude et la fierté.
Ron plissa les yeux et regarda sa mère avec une maîtrise de lui-même qu'on ne lui connaissait pas. « C'est mon devoir de le protéger. Ça l'a toujours été. »
Un long silence s'ensuivit. Tout le monde présent connaissait bien le genre de pétrin qu'Harry avait dû affronter, et aussi comment Ron et Hermione l'avaient toujours accompagné, du mieux de leurs capacités. Il en faudrait beaucoup pour effriter la volonté du fameux trio et tous semblèrent le comprendre.
« Harry a beaucoup plus de chances de réussir avec nous à ses côtés, » expliqua Hermione après un moment, et Harry lui envoya un sourire sincère.
Alors que quelques têtes commencèrent à hocher leur approbation et qu'un doux murmure de voix s'élevait avec des propos où l'étonnement se mêlait au respect, une voix froide et colérique résonna dans le fond de la pièce.
« Non! »
Plusieurs paires d'yeux se tournèrent vers Severus alors que, pour la première fois de la soirée, il partageait son opinion. « Il en est hors de question. »
Si certains se demandaient à qui il s'adressait, Hermione, elle, le devina instantanément lorsque le regard sombre et désapprobateur de son amant quitta le feu de l'âtre et vint se fixer sur elle.
« Excuse-moi? » Siffla-t-elle, sa voix à peine plus forte qu'un murmure tranchant, ses yeux brûlant d'indignation.
Plus aucun membre de l'Ordre n'osa prononcer un seul mot, chacun suivant la conversation entre le professeur et son élève avec curiosité.
S'éloignant du foyer sur lequel son épaule se reposait nonchalamment, Severus Rogue se dressa de toute sa hauteur, imposant, menaçant. « Il est hors de question que tu sois présente lors de la bataille, » énonça-t-il d'une voix claire et finale. « Je refuse. »
« Tu… refuses? » Répéta Hermione d'une voix faussement calme. L'indignation en elle grandissait de seconde en seconde. Bouche bée, elle regarda Severus éviter la confrontation avec elle en se tournant vers Dumbledore.
« Albus, si vous lui permettez de prendre part à la bataille, alors ne comptez pas sur moi, » menaça-t-il d'une voix calme, mais où l'irritation et la colère transpiraient ouvertement. Il y avait une autre émotion aussi, cachée sous ce masque de sévérité. Était-ce de la peur?
Tous les regards se tournèrent vers Albus Dumbledore alors qu'Hermione laissait échapper une faible exclamation choquée.
« Severus, » commença le vieux sorcier, son ton sans équivoque. « Vous savez bien que vos connaissances en matière de magie noire et vos talents de combattant nous sont indispensables pour cette mission. » Son regard compatissant se posa ensuite sur la jeune Gryffondor. « Miss Granger, je suis désolé, mais il serait sans doute préférable que vous vous absteniez d'y participer. »
Hermione sentit son visage chauffer, rouge de gêne et de colère. Elle qui avait, du haut de ses douze ans, résolu casse-tête après casse-tête toutes les épreuves que les professeurs de Poudlard avaient concoctées afin de tenir Voldemort lui-même hors d'atteinte de la Pierre philosophale. Elle qui avait deviné avant quiconque ce qui se cachait dans la Chambre des Secrets et qui se promenait dans la tuyauterie du château. Elle, à qui on avait confié l'un des objets les plus puissants et dangereux du monde sorcier alors qu'elle n'avait que 14 ans et qui l'avait utilisé pour sauver la vie d'un fugitif accusé à tort. Elle qui avait accompagné Harry tout au long du tournoi des Trois Sorciers et qui avait permis qu'il n'y soit pas tué dès la première tâche. Elle qui, malgré sa peur des hauteurs et son incapacité à voir les Sombrals, avait volé jusqu'à Londres pour Harry et Sirius, après s'être débarrassée de l'horrible Ombrage… Voilà qu'on la tassait de côté dès les premières protestations, sans fondement, de Severus Rogue.
Hermione se sentait discréditée et trahie! De quel droit osait-il? Pour qui se prenait-il?
Vexée et humiliée, Hermione se leva et avança sur son professeur, un éclat furieux dans les yeux. Personne ne parlait, tous écoutaient avec intérêt.
« J'ai autant le droit de me battre que quiconque ici! » Commença-t-elle en claquant ses mains sur le torse de Severus. « Cette bataille me concerne directement : je suis d'origine moldue, c'est les sorciers et les sorcières comme moi que Voldemort chercher à éradiquer! Et puis, Harry est mon meilleur ami! J'ai toujours été là pour lui et ce n'est pas toi qui en décideras autrement, Severus Rogue! Je suis majeure, une adulte. Qui es-tu pour m'en empêcher? »
Loin de se lamenter ou de pleurnicher, Hermione était implacable. Son professeur, qui avait démontré un air résolu avant cet assaut, se contenta de regarder la jeune femme devant lui, ses yeux noirs faisant des allers-retours dans les siens. Tout le monde présent dans la pièce put, l'instant d'un moment, apercevoir une véritable angoisse sur son visage.
« Je suis… »
Il s'interrompit lorsqu'une exclamation retentit derrière Hermione et il releva les yeux sur leur public avant de remettre un masque d'indifférence sur ses traits. Le cœur d'Hermione battait à tout rompe, ses émotions en montagne russe. Sa réplique avait étrangement sonné comme un aveu, un genre de « je suis celui qui t'aime, Hermione, » qui avait rapidement été interrompit par la surprise et l'impatience de leur audience. Étaient-ils nombreux, ceux qui comme Hermione, soupçonnaient la réponse de l'infâme professeur?
Hermione espérait que non...
Au bout d'un moment, l'homme serra les dents et reprit : « Il n'existe aucune raison assez valable pour justifier que notre petit garçon puisse perdre sa maman. »
Ses mots furent plus violents encore que s'il l'avait giflée; Hermione manqua de souffle, estomaquée.
Elle ignorait si Severus avait utilisé ce genre de vocabulaire exprès – notre petit garçon; sa maman – lui qui normalement utilisait des mots plus sobres comme 'fils', 'enfant' ou 'mère', mais l'effet fut fracassant et Hermione sentit son cœur se serrer.
De plus, un doute envahit Hermione qui lui glaça le sang : prévoyait-il périr durant la bataille? Les statistiques étaient contre lui, assurément. Lui qui était vu comme un espion, un traître; tous les Mangemorts l'auraient en ligne de mire.
C'est avec un visage blême qu'elle détourna le regard et vit Mrs. Weasley; la mère de Ron avait une main sur sa bouche et les yeux pleins d'eau. D'un geste compatissant, elle secoua la tête de gauche à droite, confirmant à Hermione que, comme Severus, elle croyait que la jeune mère ne devrait pas être présente lors de la bataille. Hermione regarda ensuite le professeur McGonagall, qui détourna les yeux. Son absence d'encouragement à se battre était plus éloquente encore que quelconque dissuasion. Lorsqu'Hermione regarda la jeune Tonks et vit ses larmes couler sur ses joues, un sanglot la saisit à la gorge. Elle reporta son attention sur Severus qui n'avait cessé de la regarder, les dents serrées et les sourcils froncés, inquiets.
Hermione sentit alors une main se poser sur son épaule et elle se retourna, son regard plongeant dans celui vert émeraude de son meilleur ami.
« Oh—Harry! » Sa voix se brisa sur un sanglot déchirant. Aussitôt, Harry la serra dans ses bras, fort sur son cœur.
« Chut, » murmura-t-il dans son oreille. « Il a raison, tu sais. Ethan est, et doit toujours rester, ta priorité. »
Hermione secoua la tête, son visage enfoui dans le cou de son meilleur ami. « Mais, Ron et toi, vous avez besoin de moi, » argumenta-t-elle d'une voix brisée.
Elle sentit plus qu'elle ne vit Harry acquiescer à son affirmation. « Oui. On aura toujours besoin de toi. Mais en ce moment, on a surtout besoin de savoir que tu es en sécurité, à l'endroit où tu te dois d'être. Avec ton bébé, Hermione. Ne laisse pas mon filleul connaître le même destin que moi. »
À ces mots, les sanglots d'Hermione redoublèrent et elle renforça l'étreinte. Elle avait l'impression de laisser tomber son ami, mais elle savait qu'elle devait accepter sa nouvelle réalité et rester auprès d'Ethan.
C'était ce dont ils avaient besoin; ce qu'ils souhaitaient. Harry, Severus et même Ron.
À ce moment critique de la guerre, qui était-elle pour leur refuser si cela leur permettait d'avoir l'esprit tranquille? Même si cela était la chose la plus difficile qu'Hermione n'aurait jamais à faire, leurs besoins passaient avant les siens.
Au bout d'un moment, quelqu'un se racla la gorge.
C'était Remus.
« J'aimerais aussi faire partie de l'équipe qui protégera Harry, » dit-il avec un sourire pour les deux amis qui se séparèrent.
'Merci', mima Hermione envers le lycanthrope.
« Moi aussi, » dit aussitôt Nymphadora Tonks, ses doigts s'entrelaçant à ceux de Remus.
« Et moi, » ajouta Kingsley Shacklebolt.
« Moi également, » continua Bill Weasley. « Comme ça, je pourrai aussi protéger mon petit frère. »
Et peu à peu, Hermione regarda ces valeureux combattants venir offrir leur baguette et leur vie pour protéger celle d'Harry Potter, une tâche qui dorénavant ne lui revenait plus. Elle était la maman d'un autre petit sorcier, et cela avait préséance sur tout le reste.
oOo
Mars.
Le retour à Poudlard s'était fait avec un certain embarras.
Ayant traversé les flammes en compagnie de Ron et Harry, Hermione, qui avait néanmoins attendu l'arrivée de Severus avant de s'en aller se fit congédier par un directeur plutôt mécontent alors qu'il demandait à Severus de rester pour « un mot, s'il vous plaît. »
Un regard échangé entre les deux amants fut leur seul au revoir avant qu'Hermione ne se rende à la tour de Gryffondor en joggant, empressée de rejoindre son fils et ses amis, avec le sentiment désagréable de s'être fait rabrouer.
Severus ne lui raconta pas en détail ce qui s'était dit dans le bureau du directeur ce soir-là, mais les termes « situation délicate », « à la limite du protocolaire » et « position d'autorité » avaient été utilisés. Il ne fallait pas être exceptionnellement perspicace pour deviner que Severus avait été réprimandé sur sa façon de gérer sa relation avec la mère de son enfant qui était, somme toute, encore son étudiante. Et bien que Hermione savait que Severus avait tout nié avec crédibilité – il aurait déjà perdu son poste de professeur s'il en avait été autrement – il n'en restait pas moins qu'elle ressentait une certaine distance s'installer entre elle et l'homme dont elle était amoureuse.
Peut-être cela était-il dû à la façon un peu plus bestiale qu'il avait eue de lui faire l'amour le jour même où on lui rappelait qu'il était dans une 'situation d'autorité' envers elle; peut-être se sentait-il coupable ou responsable, mais quelque chose avait visiblement changé dans le comportement de Severus.
Il n'était pas froid avec elle, mais certainement plus formel, distant et impassible. Aussi étrange que cela puisse paraître, Hermione avait l'impression de partager son enfant avec le même professeur de potions qu'elle avait côtoyé les cinq premières années à Poudlard (les insultes en moins, bien évidemment) plutôt qu'avec l'homme et le père formidable qu'il était devenu ces deux dernières années.
Cette situation avait quelque peu ruiné l'anniversaire d'Ethan pour ses un an.
Chaque fois qu'ils se retrouvaient ensemble, Severus se faisait un point d'honneur à trouver une activité à faire en famille, ou alors à des fins pédagogiques avec preuves à l'appui lorsque leur fils était absent.
Plus une seule fois il n'avait accepté les avances de son amante et pire encore, il n'avait plus manifesté aucune affection envers elle. Lorsqu'elle l'embrassait, il lui rendait son baiser, mais s'arrêtait toujours trop vite au goût d'Hermione avant de la repousser gentiment. Lorsqu'Hermione lui avait demandé s'ils étaient surveillés de quelque manière, il avait seulement suggéré que ce n'était pas « approprié » et qu'ils devraient faire preuve de patience.
Il agissait comme si, avant, ils ne se voyaient que pour leur fils et pour le sexe, et que cela était mal et devait cesser. C'était faux bien sûr : ils avaient des tonnes de conversations intelligentes et franches, de points en communs et d'intérêts similaires. Ils planifiaient leur futur; parlaient de leur passé; apprenaient à se connaître et se respectaient l'un l'autre.
Que Severus rejette tout cela par peur d'être découvert blessait Hermione.
Depuis l'annonce de sa grossesse, Severus l'avait toujours considérée comme son égale. Le fait qu'il la traite désormais comme une simple étudiante, même si c'était cela que le protocole voulait, ne faisait que mettre l'emphase sur leur différence d'âge et leur statut à Poudlard. Cela blessait plus leur couple que ça ne l'aidait, car la distance que Severus s'efforçait de mettre entre eux, au-delà de mettre fin aux moments intimes qu'ils auraient pu partager, mettait surtout un frein à leurs nombreuses conversations. Et c'était bien connu, le manque de communication, c'était le pire des fléaux pour un jeune couple.
C'est ce qui expliqua sans doute leur toute première dispute de l'année.
La semaine avait été pénible. C'était la fin du mois de mars, le début du printemps, et leur petit garçon avait attrapé un rhume des plus agressifs. Hermione et Severus n'avaient pas été épargnés, mais grâce aux potions vitaminées de Severus, ils l'avaient tous deux eu beaucoup plus facile que leur enfant. Depuis quelques jours, Ethan allait beaucoup mieux et enfin, Severus recommençait à profiter de ses nuits complètes, n'ayant plus à se lever deux à trois fois par nuit pour nettoyer le nez de son fils et pour lui donner quelques gouttes d'élixir contre la fièvre.
Sauf que, après une semaine de ce traitement, Ethan essayait encore de recevoir de l'affection lorsqu'il se réveillait au cœur de la nuit, mais après quelques minutes de pleurnichage, le petit sorcier se rendormait habituellement par lui-même.
La veille, cependant, Hermione était venue les voir et, après avoir couché Ethan par elle-même, s'était installée dans le salon de Severus afin d'y terminer ses devoirs en toute quiétude et s'y était endormi, le dos contre le divan, le cou dans une position des plus inconfortables.
Severus, allant à l'encontre de ce qu'il s'était fixé comme règle, la souleva dans ses bras et la porta jusque dans sa chambre à coucher. Il retira ses chaussettes et ses jeans avant de la recouvrir de la couette épaisse et confortable qui régnait dans son lit.
Et donc, ce soir-là, Hermione était toujours présente dans le lit de son amant lorsqu'Ethan avait tenté, une fois encore, d'attirer l'attention de son père endormi. Severus l'avait ignoré, mais après un moment, Hermione s'était levée, encore somnolente.
« Tu n'y vas pas? » Demanda-t-elle à Severus d'une voix pâteuse, ses jambes au bord du matelas, redoutant de mettre ses pieds nus sur le sol froid.
« Nah. Il va se rendormir, » lui affirma Severus.
Néanmoins, Hermione enfila une robe de chambre qui se trouvait par là et alla voir son bébé. Elle resta auprès de lui près de deux heures! Le bambin qui se réveillait aux trois heures pour boire et se rendormait à son sein était tellement plus facile à gérer que ce petit garçon d'un an, obstiné et rebelle!
Ethan somnolait confortablement dans les bras de sa mère, mais dès que celle-ci se levait et le déposait dans son petit lit, il recommençait à geindre et à crier. Ce n'était pas des pleurs de tristesse ou d'angoisse, mais bel et bien des cris de frustration et de manipulation.
Au final, ce fut Severus qui vint prendre la relève et il renvoya Hermione se coucher dans le dortoir des Gryffondor. Trop fatiguée pour être vexée, Hermione le remercia d'un baiser sur la joue, lequel Severus ne commenta pas.
Le surlendemain, lorsqu'Hermione apprit, au début de son cours de Défense, que, après son départ, Severus avait simplement laissé Ethan pleurer seul dans sa chambre jusqu'à ce qu'il se rendorme d'épuisement, la jeune maman s'insurgea.
« Il ne voulait qu'être réconforté! »
« Il n'avait pas besoin d'être réconforté, » répliqua Severus d'un ton las, ne daignant même pas lever les yeux de ses notes de cours. « Il avait besoin de dormir. »
Hermione allait répliquer, mais fut interrompue par l'arrivée d'un groupe de Serdaigle dans la classe, suivie de deux Poufsouffle.
La journée continua avec une Hermione énervée et un Severus renfrogné.
Mais le soir venu, Ethan s'endormit sans problème, seul dans sa chambre, et Severus et Hermione décidèrent, d'un accord silencieux et aucunement discuté, de mettre leur querelle de côté.
La soirée s'était déroulée sans autre incident. Hermione avait utilisé le laboratoire de Severus pour tester une théorie qu'elle avait eue en cours de potions et qu'elle voulait présenter au professeur Slughorn la semaine prochaine. Severus s'était enfermé dans son bureau, notant les dissertations de ses troisièmes années. Il fut distrait par les sons qu'émettait Hermione dans le couloir alors qu'elle ramassait ses affaires et se préparait à partir. Il ne l'avait plus une seule fois, depuis le meeting de l'Ordre, invitée à rester de vive voix. Il allait se lever pour aller à sa rencontre et lui souhaiter une 'bonne nuit' lorsque les pleurs d'Ethan retentirent encore une fois dans les appartements du professeur.
« Oh! » Marmonna la jeune maman qui allait partir, une main sur la poignée de la porte. Elle redéposa son sac au sol et se dirigea plutôt vers la chambre du petit. Elle sursauta lorsque la voix de Severus, rauque d'inactivité, retentit sur sa droite.
« N'y va pas. »
« Quoi? » Hermione s'arrêta dans le couloir et regarda Severus. S'offrait-il d'y aller à sa place? La jeune femme apprécia le sentiment.
« N'y va pas, » répéta l'homme en refermant la porte de son bureau derrière lui. « Laisse-le pleurer. »
Hermione se renfrogna aussitôt. « Non. »
Énervé par l'attitude de sa partenaire, Severus passa une main sur son visage las. « Il est capable de se rendormir tout seul. Si tu y vas, tu ne fais que l'encourager dans sa crise. »
Hermione fronça les sourcils. « C'est un bébé, Severus. Pleurer, c'est sa façon de communiquer, de nous dire que quelque chose ne va pas. »
« Je vais te dire ce qui ne va pas; il fait un caprice! »
Hermione eut une exclamation étouffée. « Il a un an! » S'insurgea la jeune maman. « Je doute qu'il ne nous manipule déjà! »
Severus soupira et contourna Hermione pour se rendre au salon, où il se servit un verre de whiskey-Pur-Feu. Au loin, ayant reconnu les voix de ses parents argumenter, les pleurs d'Ethan redoublèrent.
« Bien sûr qu'il nous manipule, » maugréa l'homme après avoir bu une gorgée. « Et tu crées une mauvaise habitude. »
Hermione s'emporta, agacée. « Ah! Parce que maintenant, c'est de ma faute? Tu es incroyable. » Ce n'était pas là un compliment et Severus grogna.
« Tout ce que je dis, c'est qu'il faisait très bien ses nuits avant son rhume et que tu le gâtes en le laissant dormir dans tes bras chaque soir. »
« Donc, c'est ma faute, » résuma Hermione, de mauvaise foi. « Tu peux le dire si tu crois que je suis une mauvaise mère. » Cette seule pensée transperça le cœur d'Hermione.
Severus fronça les sourcils et se laissa tomber dans l'un des fauteuils. « Ne me fais pas dire ce que je n'ai pas dit, » dit-il entre ses dents, mais tout ce qu'Hermione entendit c'est qu'il ne réfuta pas son affirmation. Blessée, elle ne put retenir ses larmes de rage. Mais lorsque Severus en prit conscience, il dut se retenir d'aller la réconforter, car cela n'était pas approprié pour un enseignant envers une étudiante. Et donc, tout ce qu'il trouva à faire fut de soupirer et de prendre une nouvelle gorgée de whisky.
En toute vérité, Severus trouvait qu'Hermione était une maman exceptionnelle, mais quand elle agissait comme elle le faisait en ce moment, de façon si frustrante et juvénile, Severus n'avait que très peu de patience pour ce genre de comportement, qui malheureusement, donnait raison à Dumbledore et au conseil d'administration de Poudlard: Hermione était très jeune. Aussi, il répliqua d'une voix lasse et emplie d'agacement. « Tu n'es pas une mauvaise mère, Hermione. »
Son ton fut la goutte qui fit déborder le vase! Fâchée et insultée, Hermione empoigna un livre qui se trouvait sur l'étagère à proximité et le lança dans l'abdomen de l'homme qui s'exclama de surprise et de colère.
« Ce n'est pas la peine d'être aussi condescendant, » s'expliqua-t-elle, rageuse. Puis elle alla chercher Ethan et quitta les appartements de son professeur, ignorant l'homme qui appelait son prénom, mais qui ne daigna même pas la suivre dans les couloirs.
oOo
Hermione avait mal dormi toute la nuit. La remontée vers la tour des Gryffondor avait complètement réveillé Ethan, qui ne voulait plus du tout retourner au lit. Après trois-quarts d'heure dans le dortoir des filles de septième année à tenter de faire taire le petit garçon, Hermione et son fils fut chassés de la chambre par Lavande et Parvati.
La pauvre maman s'était alors retrouvée dans la salle commune, éclairée uniquement par le feu dans l'âtre du foyer, à faire des allers-retours avec Ethan dans ses bras afin de le bercer et de l'endormir. Autour des 3h du matin, l'enfant s'était finalement assoupi dans les bras de sa mère.
S'étendant sur l'un des divans avec Ethan sur son torse, Hermione tenta de dormir un peu, mais la chicane entre elle et Severus rejouait en boucle dans sa tête et sa frustration envers le sombre sorcier grandissait de minute en minute! Leur différence dans la façon d'élever leur enfant n'avait jamais été aussi apparente et Hermione se demanda si c'était là un conflit que d'autres parents vivaient au quotidien. C'était à n'en pas douter, mais le gouffre élève professeur que Severus avait recréé ces dernières semaines rendait le conflit impossible à gérer de façon toute simple. C'était comme si, en ne la traitant plus que comme son élève, il n'arrivait plus à la voir autrement. Et ça, pour deux parents qui se devaient de communiquer sur un pied d'égalité, c'était désastreux!
Hermione s'assoupit enfin vers quatre heures trente du matin, ne lui laissant que quelques heures de sommeil très léger, car au moindre mouvement de son fils, Hermione se réveillait en sursautant, craignant de l'échapper au sol. Vers les sept heures du matin, Hermione abandonna tout espoir de dormir. Vers huit heures, ses amis arrivèrent et ensemble, ils descendirent dans la Grande salle afin d'y prendre leur petit déjeuner.
Sans grand étonnement, Ethan Rogue était d'une humeur exécrable.
C'était samedi matin, mais puisqu'il s'agissait de l'une des premières belles journées du printemps, plusieurs élèves s'étaient levés tôt afin d'essayer d'en profiter. La Grande salle était bondée d'élèves bruyants, et Ethan protestait vivement contre cette énergie.
Lorsque Hermione déclina l'invitation de ses amis à aller se promener dehors au bord du lac et au terrain de Quidditch, elle remarqua avec amertume leurs soupirs de soulagement. Contrariée, la jeune maman les regarda partir, les sourcils froncés. Avec le rhume de son fils, elle avait pris du retard sur sa dissertation en Arithmancie et prévoyait de passer quelques heures à la bibliothèque cet avant-midi. Elle devait aussi finaliser l'expérience en potion qu'elle avait testée la veille. Évidemment, de devoir gérer recherche, rédaction et bébé ne l'enchantait guère, mais quel autre choix avait-elle lorsque personne d'autre ne s'offrait pour garder un œil sur son petit garçon?
Épuisée, frustrée et exaspérée, Hermione prit son courage à deux mains, se leva du banc et enfila son lourd sac d'école empli de livres et de rouleaux de parchemin sur son épaule. Elle agrippa ensuite le bouquin d'Arithmancie nécessaire à son devoir d'une main, et de l'autre, elle souleva Ethan sur sa hanche. Coordonner tout cela lui avait fait manquer l'approche du professeur de Défense contre les forces du mal qui se trouvait désormais devant elle.
« Oi! » s'exclama Hermione lorsqu'elle faillit faire un face à face avec l'homme. Son cri attira plusieurs regards vers leur petite famille.
Severus eut un rictus, clairement amusé, mais trop las et agacé pour former un réel sourire. Clairement, suite au départ de la jeune femme au milieu de la nuit, il n'avait guère trouvé le sommeil, lui non plus.
« Où allez-vous? » Lui demanda-t-il, direct au but.
Hermione fronça les sourcils. Ne valait-elle donc même pas un simple bonjour?
« Bien le bonjour à vous aussi, professeur. J'ai passé une horrible nuit, merci de vous en quérir. Je m'en vais maintenant à la bibliothèque, donc au revoir! » Répondit-elle hautainement. Elle se retournait pour s'en aller lorsque le professeur lui agrippa le bras à la hauteur du biceps. Elle se retourna vers lui, étonnée par le contact, et Severus abaissa aussitôt sa main, crispant ses doigts sur eux-mêmes, bien conscient du spectacle qu'ils donnaient.
« Si tu veux, je garde Ethan avec moi, » lui proposa-t-il dans un murmure, si bas que personne n'entendit le tutoiement.
Hermione regarda son fiston grincheux et évalua rapidement les pour et les contres. D'un côté, elle aurait le silence et la tranquillité nécessaire pour travailler. De l'autre, elle ne voulait pas admettre ses faiblesses et ses limites devant l'homme qui avait si peu confiance en ses aptitudes maternelles.
« Ça va aller, je vais me débrouiller, » lui dit-elle enfin. « Et puis je n'ai pas envie que tu le laisses pleurer toute la journée... »
La pointe contraria aussitôt Severus et ses yeux se rétrécirent en deux fentes menaçantes.
« Hermione, » la prévint-il avec ce ton qu'Hermione détestait tant; un ton énervé et condescendant. « Ne sois pas ridicule. »
Et juste comme ça, les mots échangés la veille resurgirent dans l'esprit d'Hermione et leur dispute recommença là où ils l'avaient abandonnée la nuit précédente, oublieux de l'endroit où ils se trouvaient et de qui les observaient, bouche bée.
« Oh, parce que maintenant, je suis ridicule!? » S'exclama la jeune maman d'une voix stridente, vexée.
« Tu l'es, quand tu agis comme— » Il s'arrêta net et Hermione se renfrogna, sachant qu'il avait été à deux doigts de l'insulter.
« Vas-y, dis-le. Quand j'agis comme quoi, exactement? » S'insurgea-t-elle, mais le professeur Rogue se contenta de croiser les bras sur sa poitrine et la regarda de haut. Hermione laissa un échapper un soupir sec d'exaspération et fit mine de vouloir partir.
« Comme une enfant! » Rugis Severus entre les dents. « Tu es ridicule quand tu agis comme une enfant. »
Il y eut un murmure d'étonnement et de mortification dans la Grande salle.
Severus regretta ses paroles aussitôt, en particulier lorsqu'il vit à quel point elles avaient blessé Hermione, ses yeux marron étant comme un livre ouvert. Il se détesta un peu, en particulier parce qu'il savait que c'était là un sujet sensible pour leur couple. Cela faisait des mois que Severus avait cessé de considérer Hermione Granger comme une simple adolescente, peu importe ce que Dumbledore, le Ministère ou le conseil d'administration pouvaient en penser! Mais se rappelant la conversation qu'il avait eue avec Dumbledore au dernier meeting de l'Ordre, l'insulte avait été facile à former.
Cette même insulte qu'Hermione encaissa avec dignité, son regard blessé se transformant en regard noir. « Eh bien, c'est parfait. Tu seras content d'apprendre que tu n'auras pas à gérer deux enfants, aujourd'hui. » Puis elle se retourna rapidement pour camoufler ses larmes et accéléra le pas pour quitter la Grande salle.
Impuissant et bouillant de colère et d'humiliation d'avoir été laissé là, en plan au beau milieu de la Grande salle et des murmures des élèves et professeurs confondus, Severus regarda la mère de son fils s'éloigner de lui. Il était venu la voir voulant offrir son aide et ses excuses, et voilà que la situation était encore pire.
« Hermione... Hermione! » Tenta d'appeler Severus, tellement énervé qu'il ne réalisa pas la familiarité avec laquelle il continuait d'interpeller son élève. Mais comme la veille, Hermione l'ignora.
« Ba-bye, » s'exclama piteusement Ethan, sa petite menotte faisant signe de la main à son père de par delà l'épaule de sa mère.
Lorsqu'Hermione fut partie, un silence de mort s'installa sur la Grande salle, tout un chacun curieux de voir comment allait réagir l'affreux Maître de potions et professeur de Défense. Celui-ci le remarqua et gronda un simple « Qu'est-ce que vous regardez tous, comme ça? » avant de tournoyer dans ses impressionnantes robes noires et de quitter la pièce en grandes enjambées menaçantes. Un Poufsouffle de troisième année qui se trouvait sur son passage s'exclama d'effroi avant de se coller au mur pour le laisser passer.
« Doux Merlin, » souffla le professeur McGonagall, échangeant un regard inquiet avec le directeur. Mme Pomfresh et le professeur Chourave avaient tous deux une main sur les lèvres et Hagrid secoua tristement la tête. Flitwick tapotait la main de Trelawney comme pour la rassurer et les professeurs Slughorn, Bibine et Vector soupirèrent de concert.
Voir Severus ainsi était un retour en arrière d'au moins deux ans et pour la première fois, le personnel enseignant réalisa à quel point le fait d'avoir Hermione et Ethan dans sa vie avait radicalement changé le comportement négatif et colérique du jeune professeur.
Ce nouveau développement n'était guère encourageant. Surtout avec la bataille finale qui se préparait à l'horizon.
À suivre…
Chanson:
The Reason, par Hoobastank.
