Disclaimer: Le monde d'Harry Potter, ses personnages et tout le reste appartient à JK Rowling.

Un gros MERCI à Lune d'argent (ma Beta) et Miss Wendy Malfoy (ma pré-reader) qui m'ont suivi dans cette aventure de reprise d'écriture.


L'ange qui naîtra de nous deux
{La suite}


Chapitre 20- Le revers de la bataille

Avril.

Drago regarda autour de lui avec lassitude. Le cours de potions avait été des plus ennuyeux et chaque élève se préparait déjà à partir. Le vieux Slughorn leur avait montré une potion d'Amortentia complétée et à son plein potentiel, expliquant qu'il s'agissait là d'une potion interdite et dangereuse. Que quiconque qui en fabriquerait, en achèterait, en posséderait ou en utiliserait serait passible d'une peine d'emprisonnement à Azkaban. Mais comme elle était malheureusement simple à faire et les ingrédients faciles à trouver, le Ministère voulait que tous les septièmes années de Poudlard y soient confrontées au moins une fois dans leur vie afin de reconnaître le danger.

Drago avait instantanément tourné le regard sur Granger, et il n'avait pas été le seul! Par contre, il se devait d'admettre qu'il était impressionné par le calme et l'indifférence que la Gryffondor dégageait, sachant pertinemment qu'en réalité, elle devait être déstabilisée par le sujet du cours, par les regards braqués sur elle ainsi que par les quelques commentaires qui s'élevaient des rangs des Serpentard. Tracy, Daphnée et Millicent avaient été les pires avec leurs petits commentaires sournois, et Drago fut surpris de constater que Pansy n'y avait pas participé.

Ils avaient passé le reste du cours à concocter un antidote tout simple qui relevait d'un niveau de deuxième année, après avoir, à tour de rôle, senti ladite potion. Pour Drago, le philtre d'amour émanait des vapeurs aux odeurs du bois ciré des manches à balai, de l'air salin de la Méditerranée et du parfum subtil et délicat d'Astoria.

Il allait quitter la salle lorsqu'il croisa Hermione qui se dirigeait vers l'avant de la classe. Il lui fit un hochement de tête en signe de salut, auquel la jeune femme répondit d'un sourire.

« Professeur Slughorn, » retentit la voix d'Hermione derrière lui. « Est-ce que je pourrais vous parler d'un projet que j'ai pour ma candidature à l'Université? C'est une potion expérimentale qui aurait comme effets de… »

Drago cessa d'écouter lorsqu'il sortit dans le couloir et il suivit ses camarades de classe vers les escaliers pour aller dîner dans la Grande salle. Il pouvait voir Potter et Weasley devant lui, ainsi que Greg et Vince qui ne l'avaient pas attendu. Tant pis! Dernièrement, Drago préférait de loin la compagnie d'Astoria, ou alors la solitude.

« Drago! » Chuchota soudainement une voix forte dans son oreille alors que des doigts fins s'enroulèrent autour des siens et l'attirèrent vers une alcôve dans le mur, là où une statue devait avoir résidé il y a fort longtemps.

Fronçant les sourcils, Drago se retourna vers Pansy d'un air mécontent.

« Qu'est-ce que tu veux? » Demanda-t-il avec agacement en récupérant sa main. Vraiment, ces temps-ci, Drago ne savait plus comment s'y prendre pour faire comprendre à la jeune femme qu'il n'était pas intéressé. Il avait remarqué les nombreux regards de jalousie que Pansy lançait souvent en direction d'Astoria et lui, et à plus d'une reprise elle avait tenté de lui parler, mais devant la situation, le malaise de Drago était évident et il avait préféré l'évitement, chose qui, semblait-il, ne plaisait pas à Pansy.

La Serpentard regarda son ami, d'abord surprise par son hostilité, puis résignée.

« Oh, ça va, Drago! Le monde ne tourne pas autour de toi, tu sais! » Répliqua-t-elle avec une pointe de sarcasme. « Regarde. »

Elle pointa quelque chose derrière lui – ou plutôt quelqu'un – et Drago se retourna vers la salle de classe de potions pour y apercevoir Théodore Nott qui marchait en rond, attendant quelque chose avec impatience.

« Théo? » Demanda-t-il à Pansy afin de s'assurer qu'il était bien celui que Pansy voulait qu'il regarde.

La jeune femme hocha la tête, ses yeux bruns fixés sur leur camarade de maison, une expression méfiante sur le visage. « Il y a quelque chose de pas net chez lui, » chuchota-t-elle. « J'aimerais avoir ton avis. »

Drago fronça les sourcils. Il savait très bien ce qu'il y avait de 'pas net' chez Nott… Il était un foutu Mangemort! Néanmoins, le jeune homme ne dit rien et pinça les lèvres, son regard gris glacial fixé sur son ancien ami. À ses côtés, pratiquement collée à lui afin de voir par-delà le coin de l'alcôve, Pansy observait avec une certaine appréhension. Après quelques minutes, Drago roula les yeux, ne voyant vraiment pas à quoi tout cela menait. Qu'est-ce que Pansy voulait tant qu'il voit? Théo ne faisait rien de mal, si ce n'est qu'il tournait en rond, encore et encore, un air d'impatience sur ses traits.

Drago regarda Pansy à ses côtés. « Pansy, qu'est-ce que tu— »

« Chut! » L'interrompit-elle. « Regarde! » Elle agrippa la manche de ses robes et le retourna afin qu'il porte son attention à ce qui se déroulait devant eux.

Granger, qui venait de sortir de la salle de classe, s'arrêta net en apercevant Nott devant elle. Drago se raidit aussitôt et la poigne de Pansy sur son bras devint quasi douloureuse.

« Hey, » sourit doucement Nott à Granger, son expression ouverte et avenante.

Le regard sombre de Granger balaya les alentours, puis, lorsqu'elle réalisa qu'elle était seule dans le couloir avec Nott, elle déglutit imperceptiblement. Drago et Pansy, cependant, le notèrent.

« Théodore. » Elle tenta un faible sourire, cachant non sans mal son malaise. « Qu'est-ce que tu fais encore ici? »

Nott s'approcha d'elle, jetant un regard par-delà sa tête bouclée vers la salle de classe avant de reposer le regard sur elle.

« Je voulais m'assurer qu'il ne t'arrive rien, » dit-il.

Granger fronça les sourcils. « Comment ça? »

Théodore haussa les épaules, se voulant nonchalant, mais son mouvement le fit se rapprocher encore plus de la jeune femme. Ce n'était vraiment pas subtil, remarqua Drago.

« Ce n'était pas super prudent de rester seule avec un professeur alors qu'un philtre d'amour est à proximité, non? On pourrait croire que tu as retenu la leçon. »

Le visage d'Hermione s'empourpra alors que Pansy eut une exclamation étouffée. Drago se demanda pourquoi Nott s'amusait à la rendre mal à l'aise. Que cherchait-il à prouver?

« Le professeur Slughorn a volatilisé la potion aux trois quarts du cours. Et puis il n'aurait jamais fait ça, » commenta Hermione d'une voix qui se voulait rationnelle, mais son regard fixé sur les escaliers qui menaient hors des donjons laissait deviner l'envie d'échapper à cette situation délicate. « C'est une accusation sérieuse, mais totalement infondée. Tu pourrais avoir des ennuis avec de tels propos. »

« Je m'en fiche. Je préférais m'assurer qu'il ne t'arriverait rien, » répliqua Théodore, puis, surprenant autant Drago qu'Hermione, il vint caresser la mâchoire de la Gryffondor de sa paume et, penchant sa tête vers elle, il inspira profondément. « Mhm, je savais que je reconnaissais cette odeur. Mandarine et fleur de tiaré, c'est bien ça? »

Quelque chose changea dans le regard d'Hermione. Elle qui avant semblait maladroite, cherchant un moyen de fuir une conversation à laquelle elle ne voulait pas prendre part, elle venait de retrouver tout son courage face au comportement obsessionnel de Nott. Sa main agrippa sa baguette d'un geste instinctif et elle la pointa sur le Serpentard qui recula aussitôt.

Malgré ses paumes en l'air de chaque côté de son visage, revendiquant son innocence, le large sourire qui révélait des dents blanches et droites laissait deviner un éclat victorieux. Il avait voulu la provoquer.

Drago en avait assez vu! Sortant de l'alcôve, sa baguette au poing, il s'avança vers le Serpentard avec un air menaçant sur ses traits.

« Qu'est-ce que tu me veux? » Demandait Hermione entre ses dents, sa baguette pointée sur le jeune homme, mais quand elle aperçut Drago Malefoy venir vers elle, elle haussa les sourcils, incrédule.

Drago claqua une main sur l'épaule de Nott et le retourna vers lui avec force. Déstabilisé, Théo vacilla. Les deux garçons avaient pratiquement la même taille, soit une bonne tête de plus que Granger, et se regardaient fixement.

« Tu la laisses tranquille, maintenant, Nott! Ou tu auras affaire à moi, » gronda Drago à deux pouces du visage de Théodore.

Pour toute réponse, Théodore ricana. « Toi aussi, hein? » Il émit un sifflement grivois. « Oh, elle doit être bonne. » Puis, il fit sursauter ses sourcils dans une expression si salace, si subjective que, et Hermione, et Drago s'en vexèrent. Oubliant sa baguette et ne réagissant que par instinct, Drago fit voler son poing qui claqua sur la mâchoire carrée de Nott, qui tomba à la renverse.

Hermione fixa Drago un moment, visiblement choquée par son intervention et la rage dans ses yeux, mais il ne s'en préoccupa guère. Il allait se pencher pour poursuivre son assaut sur Nott lorsque deux mains se posèrent sur son torse, Pansy entrant dans son champ – rétréci – de vision.

« Drago, arrête! Il n'en vaut pas la peine. Tu vas te mettre dans le pétrin. Arrête! » Suppliait la Serpentard d'une voix que Drago entendait à peine. Toute son attention et sa rage étaient fixées sur l'adolescent répugnant à ses pieds. Comment osait-il s'en prendre à un membre de sa famille? Drago voyait rouge.

Se penchant à la hauteur de Nott, la cravate verte et argent de son ancien ami fermement enroulé autour de son poing afin que le brun ne puisse ni répliquer ni s'enfuir, Drago donna son dernier avertissement. « Tu lui fous la paix! Je ne veux plus te voir lui parler, la toucher ou bien même la regarder, est-ce clair? »

Théodore Nott grinça des dents, ses lèvres retroussées en une grimace de douleur. « Très clair, » concéda-t-il.

Lorsque Pansy tira pour la énième fois sur les robes du blond, Drago daigna enfin lâcher Nott et se relever. D'un coup de pied, il claqua sa botte sur le genou de Théo qui cria son indignation, mais ses deux confrères de maison l'ignorèrent.

Drago regarda autour d'eux. « Où est Hermione? »

« Elle est partie après que tu as attaqué Théo, » répondit Pansy en pointant les escaliers. « Viens. Allons-nous-en. » Puis, utilisant le fait qu'il ne la rabroua pas, Pansy prit son bras et le guida vers les escaliers et hors des donjons de Poudlard.

Ses phalanges étaient douloureuses, mais Drago ne regrettait rien de son intervention. Merlin seul savait ce qui aurait pu arriver.

oOo

Hermione arriva dans le Hall d'entrée, les joues rouges et la respiration saccadée. C'était complètement fou ce qui venait de se passer. Théodore Nott pouvait passer du gars calme et sympathique à un gars menaçant, grossier et offensant. Mais le pire de tout, le moment où Hermione s'était sentie réellement déstabilisée fut lorsqu'il avait mentionné avec exactitude le parfum de son gel de douche. Mandarine et fleur de tiaré. L'avait-il deviné? L'avait-il senti sur elle? Ou, pire encore, l'avait-il réellement sentie via la potion d'Amortentia?! Si tel était le cas, alors Hermione se devait de surveiller ses arrières. Car la potion ne révélait pas uniquement les odeurs reliées aux choses qu'un individu aimait, mais aussi celles des choses et des personnes pour qui un individu pouvait avoir développé une obsession. Et ici, Hermione craignait que ce soit le cas.

Pour elle, la potion avait senti comme l'herbe fraîchement coupée en été, l'odeur typique des parchemins neufs, la poudre de bébé et l'odeur musquée et masculine qu'Hermione associait à Severus.

La jeune femme soupira. Sa relation avec Severus ne s'arrangeait guère. Après la scène dans la Grande salle, ils s'étaient pratiquement ignorés toute la fin de semaine. Puis, en cours hier, Severus l'avait traitée comme il avait traité tous ses autres étudiants – ce qui, bien sûr, était ce qu'il se devait de faire! Mais comme c'était le seul moment qu'Hermione avait passé en sa compagnie dans les derniers jours, la Gryffondor avait espéré pouvoir lui parler, et même s'ils n'avaient parlé que de sa potion expérimentale afin de rester dans le cadre des sujets acceptables, cela aurait déjà été une nette amélioration. Mais en vain; Severus l'avait pratiquement ignorée.

Le professeur Slughorn, du moins, avait semblé ravi de sa découverte et Hermione tenta de se remonter le moral!

« Hermione! »

La jeune femme fut ramenée à la réalité par l'exclamation mi-soulagée, mi-désespérée de Ginny Weasley. La rouquine était dans les bras d'Harry, le serrant tout contre elle avec un acharnement inhabituel. Ses yeux bruns étaient rougis et fixaient Hermione avec reproche. Harry, dos à Hermione, avait son visage dans le cou de sa copine et le mouvement de ses épaules laissant deviner qu'il lui caressait les cheveux d'un geste qui se voulait réconfortant.

Pour la première fois depuis qu'elle avait rejoint le rez-de-chaussée, Hermione s'aperçut de l'effervescence qui régnait dans le Hall d'entrée et même plus loin dans la Grande salle. Plusieurs élèves, en groups de trois ou quatre, maisons et années confondues, regardaient Harry et Ron et chuchotaient entre eux. Un peu derrière Harry et Ginny – qui semblaient ne pas se soucier du fait qu'ils se donnaient en spectacle – Ron et Luna se murmuraient des mots doux, les longues mains du rouquin encadrant le visage d'ange de Luna alors qu'elle s'accrochait à ses robes de sorciers. Souvent, entre deux mots, deux phrases, ils s'embrassaient chastement, mais non moins amoureusement.

Et Hermione réalisa soudain, tel un coup de poing au ventre, qu'ils étaient en train de faire leurs adieux!

Non. Non, non, non, non!

Hermione s'approcha de Ginny et Harry, chancelante. La jeune fille, qui l'observait depuis son arrivée par-delà l'épaule du Survivant, fit reculer Harry qui se retourna vers sa meilleure amie.

« Hermione, » souffla-t-il, soulagé. « Mais où étais-tu? On te cherchait. »

« J'étais avec le professeur Slughorn, pour lui parler de ma potion expérimentale— »

« Hermione, » la coupa Ginny. « Ils s'en vont. C'est aujourd'hui que ça se passe. »

« Aujourd'hui? » Répéta Hermione, bêtement. C'était comme si son cerveau n'arrivait pas à assimiler ce qu'on lui disait.

Pour toute réponse, Harry l'engouffra dans une étreinte. Peu de temps après, Ron arriva près d'eux et l'étreignit à son tour.

« Promettez-moi que vous allez être prudent, » supplia Hermione le visage enfoui dans les robes de Ron. Pour toute réponse, il la serra plus fortement contre lui.

« Hermione, » parla enfin Harry après un moment. Il regardait derrière Hermione, comme s'il cherchait quelqu'un. Quelqu'un d'important. « Où est Ethan? »

Hermione et Ron se séparèrent et le rouquin passa aussitôt un bras autour des épaules de Luna. Hermione mordilla ses lèvres, se sentant ridicule de ne pas y avoir pensé plus tôt; bien sûr qu'Harry et Ron voudraient dire au revoir à Ethan, qui était pratiquement leur neveu!

« Il est avec Mrs. Pomfresh. »

Harry blêmit aussitôt. Les oreilles de Ron et Ginny virèrent au rouge alors que Luna souffla un faible, « Oh, non. »

Hermione fronça les sourcils, redoutant le pire. « Quoi? »

« Oh, Hermione, » reprit Ginny. « Quand j'ai dit qu'ils devaient s'en aller, je ne parlais pas seulement de Ron et Harry. Et quand j'ai dit aujourd'hui, je voulais dire à l'instant. »

Le cœur d'Hermione se serra tellement qu'elle manqua de souffle. D'un regard frénétique et paniqué, elle regarda Harry et Ron pour qu'ils confirment ses pires craintes. Ce fut Harry qui reprit :

« Tous les autres sont dans le bureau de Dumbledore. Il nous a donné vingt minutes pour dire nos au revoir… il y a de cela— » Il regarda sa montre de sorcier. « —douze minutes. »

« Severus! » Souffla aussitôt Hermione en reculant.

Plusieurs membres de la maison Gryffondor s'avançaient vers eux pour leur souhaiter bon courage, mais Hermione n'en fut pas témoin. Se retournant, elle abandonna son sac d'école au pied du grand escalier qu'elle escalada ensuite au pas de course.

L'envie d'aller directement au bureau de Dumbledore en espérant y voir Severus avant son départ était plus forte que tout, mais Hermione, malgré son affolement, réalisa que le plus important pour le moment, pour Severus, était de voir son fils une dernière fois avant—

Non! Ça ne serait pas la dernière fois!

Hermione interrompit ses sombres pensées et redoubla de vitesse, un point commençant à se créer dans son flanc gauche. Elle l'ignora.

« Madame Pomfresh! » Hurla la jeune maman en entrant à l'infirmerie. « Madame Pomfresh, où est—? » Sans même terminer sa question, elle s'avança vers son petit garçon qu'elle venait de repérer au fond de la pièce entre deux lits vides et désinfectés, un cube en bois dans la bouche. Elle le prit dans ses bras, le serrant contre sa poitrine.

« Miss Granger? » Demanda Mrs. Pomfresh non loin de là. Elle venait de sortir de son bureau où la porte entrouverte lui permettait de garder un œil sur l'enfant. « Est-ce que tout va bien? »

« J'n'ai pas l'temps, » lança Hermione, courant déjà vers la porte. « Ils partent dans trois minutes! »

Elle s'élança une fois de plus dans le couloir, son enfant s'agrippant à son cou, un soulier en moins, et elle rejoignit le deuxième étage et la gargouille devant l'entrée du bureau de Dumbledore en quelques minutes seulement, réalisant soudain qu'elle n'avait pas le mot de passe pour y entrer.

« Oh, bordel! » Gronda la jeune maman, les larmes aux yeux. « Sorbet citron; Fizwizbiz; Nids de cafards; Suçacides; Éclairs au caramel. » Elle énuméra ainsi une dizaine de sucreries sorcières avant que la gargouille ne daigne enfin bouger. Soufflant de soulagement, elle grimpa l'escalier mouvant deux marches à la fois, manquant à plus d'une reprise de perdre pied.

« Attendez! » S'exclama-t-elle en entrant dans le bureau de Dumbledore en trombe.

D'un rapide coup d'œil humide de larmes, Hermione réalisa que seul Dumbledore, Minerva McGonagall, Alastor Maugrey et Severus étaient présents. Ce dernier avait le pot de poudre-de-cheminette entre les mains, le tendant vers Minerva, comme pour l'inviter à partir avant lui.

« Oh, Miss Granger, » commença Dumbledore d'une voix compatissante. « Je suis désolé, mais Harry et monsieur Weasley viennent de partir. »

Hermione ravala un sanglot, et, réalisant qu'elle ne pourrait regarder Severus sans éclater en larmes, baissa les yeux au sol. Ses lèvres et son menton tremblotaient.

« Eth—Ethan, » bredouilla-t-elle avec difficultés, sa respiration courte d'avoir tant couru mêlée à son émotivité. « Il voulait dire au revoir à son pa—à son père. »

Il y eut un moment de silence qu'Hermione, le regard fixé sur un pied de chaise tout près, ne sut déchiffrer.

« Bien sûr, » vint finalement l'accord indulgent de Dumbledore. Il y eut ensuite un bruit de froissement et soudain, une robe de sorcier noire, un pantalon noir et des bottes en peau de dragon entrèrent dans le champ de vision de la jeune femme. Une odeur musquée et typiquement masculine envahit ses narines et Hermione ferma les yeux et déglutit alors que Severus lui prit l'enfant des bras.

Elle l'entendit se racler la gorge, comme s'il était mal à l'aise devant leur public, pourtant peu nombreux. Néanmoins, Hermione l'entendit donner un baiser au petit. (Sur le front? La joue? La main? Hermione n'aurait su le dire.) Puis sa voix grave vint chuchoter quelques mots réconfortants au bambin qui semblait inconscient de ce qui se passait autour de lui.

« Je dois m'absenter pour un temps, Ethan. Tu dois prendre bien soin de ta mère, d'accord? »

« Papa? » Gazouilla Ethan et le cœur d'Hermione se brisa à ce son encore si nouveau : ça ne faisait que quelques jours qu'Ethan appelait Severus 'papa', nouveau mot à son vocabulaire.

Severus aussi sembla ému par le questionnement d'Ethan. Il se contenta néanmoins de répondre un faible, « sois sage », avant de repasser l'enfant à sa mère. Il y eut soudain un court moment de silence, le malaise bien évident entre l'homme et la femme qui se trouvaient devant deux professeurs et un Auror qui les observaient sans s'en cacher.

« Miss Granger, » retentit soudain la voix rauque d'émotion refoulée de Severus.

Hermione ferma les yeux et deux grosses larmes qu'elle ne tenta même pas de dissimuler roulèrent sur ses joues.

« Professeur, » répliqua-t-elle simplement avec amertume en serrant Ethan dans ses bras. Oh, comme elle aurait voulu étreindre Severus de cette façon, lui dire qu'elle l'aimait et le supplier d'être prudent. Elle aurait voulu lui dire qu'elle était désolée et que face à la guerre, leur querelle semblait bien insignifiante. Elle aurait voulu lui parler de Nott et de comment il l'effrayait. Elle voulait lui rappeler à quel point Ethan et elle avaient besoin de lui. Et surtout, qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimait, qu'elle l'aimait!

Mais Hermione savait que, dès l'instant où ses yeux croiseraient les siens, elle allait s'écrouler dans ses bras et sangloter en suppliant qu'il reste et ne l'abandonne pas! Mais elle n'était pas autorisée à perdre ainsi le contrôle, alors elle ajouta un simple, « Bonne chance », tout en fixant le sol.

C'était tellement insuffisant, mais Severus sembla comprendre son dilemme et sans demander davantage, il se retourna et s'éloigna d'elle sans dire un mot. Lorsqu'elle réentendit sa voix, ce fut lorsqu'il indiqua l'adresse du QG de l'Ordre, rapidement suivi du son des flammes. Puis ce fut au tour du professeur McGonagall, puis Fol'Oeil et enfin, Dumbledore.

« Professeur Dumbledore, » l'interrompit Hermione juste avant son départ.

« Oui, Miss Granger? »

Hermione daigna enfin relever ses yeux rougis et fixa son directeur dans les yeux.

« Ramenez-le-moi. »

Dumbledore haussa un sourcil, clairement surpris par l'absence de subtilité de la part de la Gryffondor. Un peu cavalière, se sentant comme si elle n'avait plus rien à perdre, elle leva le menton devant l'interrogation silencieuse du directeur, ne niant rien de ses suppositions.

« Bien sûr, » finit par acquiescer Dumbledore, jouant la carte de la naïveté et de l'ignorance, « Ethan a besoin de son père. »

Hermione eut un faible sourire en coin. « Exactement. »

oOo

L'attente.

Le pire des supplices pour une Gryffondor habituée à être au cœur de l'action!

Cela faisait plus de vingt heures que Severus, Harry et Ron, ainsi que tous les autres membres de l'Ordre du Phénix, étaient partis en guerre, sans aucune nouvelle. Hermione ne cessait de repenser au départ de Severus et à leur au revoir froid et insatisfaisant. Pas une seule embrassade, pas un seul baiser et, par sa faute, pas un seul regard n'avait été échangé! Sûrement Severus avait compris son état de détresse et son malaise en présence du directeur, McGonagall et Fol'Oeil, mais, et s'il pensait qu'elle lui en voulait encore pour la dispute? S'il pensait qu'elle était indifférente face aux dangers qu'il courait?

S'il lui arrivait quoi que ce soit, et que cela était ses dernières pensées d'elle, jamais Hermione ne pourrait se le pardonner…

Les cours avaient été suspendus, les élèves restant dans leurs maisons respectives en l'absence de plusieurs professeurs-membres de l'Ordre. Se sentant étrangement isolée dans les quartiers de Severus, ces mêmes quartiers qu'elle avait considérés comme son chez elle depuis le début de l'année, Hermione avait plutôt décidé de trouver refuge dans la tour des Gryffondor, là où elle serait entourée de ses camarades de classe. Luna, se sentit ainsi plus près de Ron, avait eu la même idée, arrivant au même moment qu'Hermione et Ethan, qui la firent entrer sans histoire. Comme tous les élèves avaient veillé toute la nuit dans leurs salles communes respectives, les elfes-de-maison leur avaient apporté thé, chocolat chaud et sandwiches en guise de collation nocturne. Parfois, le professeur Chourave venait les voir, ainsi que le professeur Slughorn et madame Pince, mais ils n'avaient guère de nouvelles à leur transmettre, bonnes ou mauvaises. Hermione trouvait quand même rassurant qu'ils fassent le tour des dortoirs et rassurent les élèves.

Dans un parc près du feu de foyer, Ethan dormait paisiblement, bercé par le doux brouhaha des conversations. Assise sur un divan près de lui, Hermione le fixait, les yeux vitreux et absents. La tasse de thé à la menthe entre ses doigts avait depuis longtemps été oubliée et refroidissait. Ginny somnolait doucement à ses côtés, pelotonnée contre la jeune femme en quête de réconfort. Luna, de l'autre côté de la rouquine, caressait les cheveux de celle-ci. La cadette de la famille Weasley, ayant pratiquement toute sa famille impliquée dans la bataille qui faisait actuellement rage au manoir Malefoy, avait été forcée de prendre la potion calmante que Madame Pomfresh avait fortement suggérée. C'était là l'unique raison de son très léger sommeil.

Hermione savait qu'Harry et Ron seraient protégés. Étant au cœur de toute l'opération, ils étaient protégés par tous, membres de l'Ordre et Aurors confondus, au prix de leur propre vie. Harry devait survivre jusqu'à sa confrontation avec Voldemort! Mais en vérité, personne ne savait à quoi s'attendre rendu là et si même Harry survivrait à cette fameuse confrontation...

Non! s'insurgea Hermione contre elle-même. Tu n'as pas le droit de penser comme ça! Tu n'as pas le droit d'abandonner!

Hermione s'inquiétait aussi horriblement pour Ron. Elle savait que son meilleur ami ferait tout en son pouvoir pour sauver Harry, et même si cela devait le condamner, lui. Hermione espérait seulement que son côté courageux et fidèle ne le mènerait pas à sa perte.

Oh, par Merlin, faites qu'ils s'en sortent! Implora-t-elle silencieusement, fermant les yeux et laissant couler une nouvelle larme sur sa joue. Ce n'était pas la première larme de la nuit, et ce ne serait certainement pas la dernière non plus. Jamais, de toute sa vie, Hermione ne s'était sentie aussi impuissante.

Mais surtout, elle s'inquiétait pour Severus. Le père de son fils. L'amour de sa vie. Son futur. Ayant agi comme espion par le passé, ayant recueilli maintes informations cruciales grâce à ses liens avec les Mangemorts et les parents de ses Serpentard, il était facile de deviner qu'il sera une cible prisée parmi les Mangemorts mécontents et trahis. Les attaques allaient être vicieuses, et bien qu'Hermione savait que le sombre sorcier était l'un des plus puissants de l'Ordre, elle ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui. Elle ne supporterait pas de le perdre.

« Je t'en prie, reviens-moi, » souffla-t-elle doucement, osant la demande à voix haute, tout en regardant avec tendresse leur fils endormi. « Reviens-nous. »

De l'autre côté de Ginny, Luna releva la tête et lui sourit tristement. Hermione lui rendit son sourire, serra sa main dans la sienne et, de par delà Ginny, enlaça la jeune Serdaigle. Ginny cligna des yeux, se réveillant doucement. « Des nouvelles? » Demanda-t-elle avec espoir.

« Pas encore, » lui répondit Hermione et les trois amies restèrent silencieuses, étroitement enlacées pour s'encourager l'une l'autre.

« Hermione? » Murmura soudain une voix sur leur gauche et Hermione se retourna pour voir Lavande, un doux sourire sur les lèvres alors qu'elle regardait tristement le trio devant elle. « Un petit groupe d'élèves se prépare à aller manger dans la Grande salle. Vous voulez venir? Dean et Seamus croient qu'on aura peut-être droit à une édition spéciale de la Gazette. »

Il n'en fallut pas plus pour convaincre les trois filles de se lever et d'accompagner leurs camarades de Gryffondor. Alors que Ginny s'entêtait à passer ses doigts dans ses longs cheveux roux pour les démêler, Hermione se contenta d'un chignon lâche. Elle alla ensuite prendre Ethan dans ses bras, le plaçant délicatement contre son buste; le petit s'étira, mais ne se réveilla pas. Le seul fait d'avoir son fils dans ses bras, un petit clone de Severus, réchauffa le cœur d'Hermione.

Une fois dans la Grande salle, Luna alla voir ses amis de Serdaigle. Elle était présentement en grande conversation avec Michael Corner et Padma Patil, ainsi que plusieurs Serdaigle de sixième année qu'Hermione ne connaissait pas très bien.

Assise à la table des Gryffondor en compagnie de Ginny, Seamus, Dean, Lavande, Parvati et Neville, Hermione, qui n'avait pas touché son thé et qui avait à peine entamé sa tartine, regardait Ethan, désormais parfaitement éveillé, engouffrer une gaufre aux petits fruits. Un doux sourire indulgent ornait les lèvres de la jeune maman, mais elle le perdit lorsque son regard se posa sur Susan Bones, une Poufsouffle de son année dont la tante participait activement à la bataille. Elle avait les yeux boursouflés et le nez rougis et Ernie et Hannah tentaient de la rassurer.

Plusieurs élèves avaient aussi tenté de rassurer Hermione et Ginny.

« Je suis sûr qu'ils sont sains et saufs, » avait dit Terry Boot avec un sourire compatissant en passant par la table des Gryffondor.

« Faut pas s'inquiéter, Harry et Ron étaient prêts pour ça, » avait assuré Colin Creevey.

« On pense fort à eux. Toutes nos pensées positives sont pour eux, » avait affirmé Justin Finch-Fletchley.

Et plusieurs autres. Tant d'autres! Ils étaient tous passés pour dire un petit mot à Hermione et Ginny, mais si Ginny arrivait encore à dire « merci » ou à répondre d'un sourire, Hermione avait perdu toute envie de remerciement. Pas un seul d'eux, pas un, n'avait mentionné Severus. Pas un seul élève de Poudlard ne souhaitait son retour aussi ardemment qu'Hermione le souhaitait! Grinçant des dents à chaque encouragement qu'elles recevaient, Hermione devait garder pour elle toute sa peur, sa colère et son désespoir : un poids lourd pesant sur sa poitrine.

Et puis soudain, l'atmosphère changea dans la Grande salle. Il y eut une commotion à l'entrée de la salle qui attira l'attention des élèves. C'était les Serpentard, voyageant en groupe, années confondues, qui avaient décidé de sortir de leurs donjons pour le petit-déjeuner. Cela provoqua l'indignation de certains. Cormac McLagen et Zacharias Smith s'étaient approchés et discutaient, menaçants, avec deux Serpentard plus jeunes – des quatrièmes années qu'Hermione ne reconnut pas. Un conflit semblait sur le point d'éclater lorsque Théodore Nott, la mâchoire légèrement bleutée, et Vincent Crabbe s'interposèrent. Plusieurs élèves les rejoignirent aussitôt, incluant Dean et Seamus. À la table du personnel, les professeurs Slughorn et Chourave se levaient et s'approchaient déjà pour rabrouer les élèves perturbateurs.

Trois élèves s'échappèrent du chaos qui se créait à l'entrée de la Grande salle et s'avancèrent vers la table des Gryffondor. Plusieurs autres les suivirent du regard, désapprobateurs.

Hermione aussi avait remarqué la progression, et, remarquant le regard gris glacé braqué sur elle, elle passa un Ethan collant de sirop à un Neville plus que surpris, puis se leva et s'approcha d'eux d'un pas chancelant.

Draco Malefoy, tenant par la main Astoria Greengrass, était accompagné de Pansy Parkinson qui, par l'expression présente sur son visage, semblait éprouver un certain malaise. C'était la première fois qu'Hermione les revoyait depuis la veille et elle se rendit compte qu'elle ne les avait même pas remerciés pour leur intervention lors de son altercation avec Nott.

Dès que Drago vit Hermione venir à lui, et qu'il nota l'expression complètement brisée de son visage, il lâcha la main de sa petit-amie et accéléra le pas en direction de la Gryffondor.

Ce fut moins une!

Tous retinrent leur respiration alors qu'Hermione s'écroula littéralement dans l'étreinte de son rival, ses bras s'enroulant au cou du jeune homme comme à une bouée de sauvetage. Un sanglot s'échappa d'elle sans qu'Hermione ne puisse le retenir et tout à coup, elle se retrouva à sangloter contre le torse du sorcier. Ses genoux lui lâchèrent, mais les bras forts de Drago la retinrent sans difficulté. Il la serra contre lui de toutes ses forces, offrant support et réconfort tout en partageant sa douleur.

« Severus, » hoqueta-t-elle faiblement dans les robes du blond, ses larmes mouillant le tissu. « Je ne lui ai même pas dit au revoir. Je ne lui ai pas dit que je— » Elle s'étrangla dans un sanglot.

« Je sais. Moi non plus, » avoua Drago en caressant les cheveux en broussaille de la jeune Gryffondor, tout en continuant de l'étreindre.

Si quelqu'un lui avait dit qu'un jour, elle trouverait réconfort dans les bras de Draco Malefoy, Hermione leur aurait sans aucun doute proposé une visite à l'étage du service de pathologie des sortilèges de Ste-Mangouste! Et pourtant, le Serpentard était très probablement la seule autre personne qui aimait autant qu'elle – quoique différemment – Severus Rogue. Le support et les sympathies de ses amis concernant Ron et Harry étaient les bienvenus, bien sûr, mais bien peu connaissaient ou comprenaient sa douleur à l'éventualité de perdre Severus.

Il y eut un murmure de stupeur autour d'eux et pour la première fois depuis le départ d'Harry et Ron, ses camarades de classe semblèrent saisir qu'Hermione Granger ne se faisait pas uniquement du souci pour les deux tiers du trio qui étaient absents, mais bel et bien aussi pour le père de son enfant.

« Et qu'est-ce que tu regardes comme ça, toi, hein? » Surgit soudain la voix méchante et nasillarde de Parkinson. « Si ça ne te plaît pas, regarde ailleurs! »

La Gryffondor sursauta en réalisant que c'était eux que Pansy défendait et cela poussa Hermione à se ressaisir. S'assurant que ses genoux pouvaient de nouveau la supporter, elle se redressa et essuya ses joues avec le bout de ses manches, reniflant un peu, sans trop de classe.

« Désolée, » dit-elle avec un faible sourire gêné. Drago se contenta d'acquiescer à son remerciement non dit, tentant, en vain, de retrouver un air de supériorité et d'indifférence; la moiteur de ses yeux, néanmoins, trahissait ses propres émotions.

« Pas de quoi, Granger, » dit-il avait un rictus et Hermione esquissa vrai sourire.

Astoria vint alors reprendre la main de Drago, caressant son bras dans un geste de réconfort plus que de possession.

Hermione se retourna et sourit à Pansy, un remerciement silencieux pour son support. La jeune femme se contenta de hocher la tête, puis, passant un bras par-delà les épaules de Neville Londubat, elle alla caresser les boucles sombres d'Ethan.

« Ton papa va bientôt revenir, mon coco! Le Professeur Rogue est un vrai dur à cuire. C'est le sorcier le plus chevronné que je connaisse, » dit Pansy à Ethan, et Neville, entre eux deux, émit un hoquet d'acquiescement, bien malgré lui.

« Papa, pati? » Ronchonna le petit garçon dont l'espoir et le besoin de revoir son père étaient bien présents dans sa demande.

Hermione n'en revenait toujours pas que Drago Malefoy et Pansy Parkinson aient été les deux seules personnes à leur donner, à elle et Ethan, ce dont ils avaient tous deux incroyablement de besoin : du réconfort et des encouragements quant à la survie de Severus.

Et lorsque Drago suggéra de prendre Ethan avec lui un moment, afin de donner un répit à Hermione, la jeune maman accepta aussitôt, émue.

oOo

Il était midi passé – plus de 24h après le départ des membres de l'Ordre – lorsque la Grande salle fut envahie de hiboux porteurs de la Gazette du sorcier.

Enfin des nouvelles, pensa Hermione, son cœur battant la chamade, un sombre pressentiment s'emparant d'elle.

À d'autres tables, là où les oiseaux avaient fait tomber le journal les premiers, des exclamations de surprise et de confusion s'élevaient parmi les élèves de Poudlard. Quelques-uns souriaient, d'autres semblaient perplexes ou encore sceptiques. Plusieurs Serpentard blêmissaient en lisant les grandes lignes. Et, lorsque la Gazette tomba enfin devant Hermione, elle s'en empara aussitôt, lisant le gros titre avec empressement et angoisse.

VOLDEMORT EST MORT.

Hermione du relire à plusieurs reprises le grand titre de la première page du journal avant que les trois mots s'enregistrent enfin dans son esprit. Sujet, verbe, attribut. C'était une simple phrase, et pourtant, Hermione ne comprenait pas ce que cela voulait dire!

La photo accompagnant le titre était tout aussi vague; on y voyait le manoir Malefoy entouré de divers sorciers, Aurors, membres de l'Ordre, Médicomages, employés du Ministère, tous trop loin pour identifier qui que ce soit. Dans le ciel, la Marque des Ténèbres s'effaçait et se dispersait dans le vent, tel un mauvais souvenir.

C'était clairement une photo qui avait été prise après la bataille, tôt ce matin.

« Hermione, » souffla une voix à ses côtés et Hermione releva les yeux pour croiser les magnifiques yeux bruns de Ginny, tout aussi confus que les siens. « Ils ne parlent de Harry nulle part! Il n'est pas mentionné une seule fois; qu'est-ce que ça veut dire? »

Hermione fronça les sourcils et tourna la page pour lire l'article qui accompagnait la photo et le gros titre. En effet, tout était vague. Voldemort avait été battu, mais on n'expliquait ni comment, ni par qui. On parlait de dommages collatéraux : à Beechingstoke, un petit village agricole moldu situé non loin du Manoir et qui avait servi de refuge pour plusieurs Mangemorts en fuite. La plupart y avaient d'ailleurs été appréhendés. Aucun nom n'était divulgué, par respect pour les familles. Ni ceux des Mangemorts, ni ceux des combattants, et encore moins ceux des blessés et des morts. Mais oui, c'était confirmé : il y avait eu des pertes des deux côtés.

Et alors que, petit à petit, les étudiants et les quelques membres du personnel de Poudlard commencèrent à comprendre ce qui se passait, et que de petites célébrations éclataient autour d'Hermione, la jeune femme réalisa qu'elle avait de plus en plus de mal à respirer.

Qu'était-il donc arrivé à Harry? Et Ron, est-ce qu'il allait bien? Et tous les membres de la famille Weasley? Remus? Tonks? Dumbledore?

Et Severus? Pourquoi, si la bataille avait pris fin aux aurores, pourquoi diable n'avait-elle aucune nouvelle de son sorcier?!

« Gin… » Bredouilla-t-elle, l'air blême et les yeux paniqués.

« Je sais, » pleura Ginny. « Je sais. » Puis les deux jeunes femmes s'étreignirent et firent la seule chose qu'elles pouvaient faire pour le moment : attendre davantage.

oOo

Il était plus de quatre heures lorsqu'ils eurent d'autres nouvelles. Pratiquement tous les étudiants étaient demeurés dans la Grande salle, discutant et célébrant en petits groupes. Seuls certains Serpentard semblaient inquiets, et faisaient preuve d'une certaine appréhension. D'autres, tels Susan Bones ou encore Ginny et Hermione, attendaient avec la peur au ventre.

Drago Malefoy était venu reporter Ethan à Hermione, un teint un peu blême sur ses traits. Décidément, d'avoir vu le Manoir Malefoy, la maison de son enfance, à moitié détruit par la bataille, la Marque des Ténèbres au-dessus des tourelles, semblait avoir saisi le jeune homme. Néanmoins, un certain soulagement se dégageait de lui. L'emprise de Voldemort et des Mangemorts sur lui et sa famille était chose du passé. Sa mère pourrait revenir s'installer en Angleterre sans danger et d'ici une quinzaine d'années, son père serait libéré d'Azkaban. De son point de vue, c'était beaucoup plus que ce qu'il avait osé espérer.

Néanmoins, il se faisait du souci pour son parrain et une fois de plus, Hermione apprécia son support. Elle serrait Ethan dans ses bras et regardait Drago quitter la Grande salle en compagnie d'Astoria Greengrass lorsque la première lettre arriva.

Un hibou bien ordinaire était entré dans la pièce du château et avait laissé tomber une enveloppe d'un noir charbon devant Susan Bones. Étonnés par l'interruption de leur célébration, plusieurs élèves regardèrent avec curiosité le hibou s'envoler. À peine quelques secondes plus tard, un cri déchirant retentit dans la Grande salle alors que Susan s'effondra dans les bras d'Hannah.

Le cœur d'Hermione manqua un battement, et elle réalisa aussitôt ce qui venait de se passer. « Par respect pour les familles. » C'est ce que l'article de la Gazette avait dit. Aucun nom ne serait divulgué avant que les familles en soient informées.

Soudain, une trentaine d'oiseaux porteurs d'enveloppes noires entrèrent dans la Grande salle et tous retinrent leur respiration alors que ceux-ci laissaient tomber leurs funestes nouvelles devant les étudiants les plus malchanceux. Plus de la moitié d'entre elles allèrent à la table des Serpentard. Exclamations de désarroi, cris et pleurs retentirent dans toute la Grande salle et Hermione ravala un sanglot, cachant son visage contre le petit cœur de son fils.

« Mama, » chantonna Ethan de sa voix naïve et enfantine. Ses petites menottes vinrent flatter ses joues et Hermione releva ses yeux sur ceux de son petit.

« Je t'adore, mon chaton, » lui dit-elle avant de l'embrasser tendrement sur le front.

Ce tendre moment fut interrompis lorsque d'autres hiboux arrivèrent, encore plus nombreux, et que l'un deux laissa tomber une missive directement devant Ginny.

Effrayée, Hermione écarquilla les yeux et fixa la lettre alors que Ginny l'effleura du bout des doigts.

« Elle est verte. Pourquoi est-ce qu'elle est verte? » Murmura pour elle-même la jeune sorcière rousse, visiblement inquiète.

Hermione fronça les sourcils et analysa la situation. Alors que l'enveloppe noire avait le sceau du Ministère de la magie, la verte pâle avait l'emblème et la couleur de l'hôpital des sorciers : Sainte-Mangouste.

« Ils sont blessés, » répondit Hermione d'un ton incrédule, avant qu'elle ne sourît faiblement à Ginny. « Ils ne sont pas morts! Mais… ils sont blessés. »

C'était là une bien meilleure nouvelle que ce à quoi elles s'étaient entendues!

Ginny eut un faible sourire hésitant, puis elle ouvrit la fameuse lettre.

« Mes parents vont bien, » résuma-t-elle à haute voix, son soulagement bien évident. « Trois de mes frères sont hospitalisés, mais on ne craint… que pour la vie d'un seul. »

Hermione et Ginny perdirent aussitôt leur sourire d'espoir.

« Un Portoloin partira de Poudlard dans une heure, » reprit Ginny d'un ton maussade. « Ça ne dit rien concernant Harry, » ajouta-t-elle un peu fâchée.

Hermione secoua la tête. « Il n'est pas de ta famille. » Elle regarda d'autres élèves recevoir des enveloppes vertes et se demanda, l'instant d'un moment, si, n'étant pas officiellement de la 'famille' de Severus Rogue, si elle allait être informée de quelconques nouvelles le concernant. Il était peut-être déjà mort qu'elle n'en saurait rien!

Ses sombres pensées furent interrompues lorsqu'une enveloppe… verte… tomba enfin devant elle. Surprise, elle ramassa la missive du bout des doigts, sa main tremblante.

Elle était adressée à Ethan Rogue.

oOo

Tout comme Ginny, la lettre adressée à Ethan était bien vide d'information. Elle annonçait que le père de ce dernier avait été admis à l'hôpital Sainte-Mangouste et, demeurant à Poudlard, l'enfant serait autorisé à utiliser le Portoloin qui permettrait aux étudiants de Poudlard de voyager jusqu'au centre-ville de Londres pour rendre visite à leur membre de famille hospitalisé.

Sûrement ils ne croyaient pas qu'Ethan pourrait voyager seul! Accompagnée par Ginny et Luna, Hermione alla dans les appartements du professeur de Défense et changea son fils, celui-ci ayant gardé un pyjama toute la journée. Elle le doucha et le vêtit d'un petit ensemble de coton confortable ayant une thématique de safari – une girafe sur le chandail beige et un imprimé d'animaux sur le pantalon ample et de couleur vert fougère. Elle prépara rapidement un sac pour Ethan avec des vêtements de rechange, des couches, quelques collations – fromages et fruits coupés – ainsi qu'un gobelet de lait. Elle alla ensuite dans la chambre qu'elle partageait avec Severus et, ayant une petite réserve de vêtement, une brosse à cheveux et une brosse à dents, elle se fit un brin de toilette et changea sa chemise de Gryffondor et ses robes de sorcière pour un pull noir épais et confortable et un jeans gris. Puis enfin, elle rejoignit les deux autres filles qui l'attendaient dans le salon. Ginny, les yeux dans le vide, jouait avec sa lettre d'un air absent. Luna, les yeux pleins d'étonnement, regardait autour d'elle, analysant le décor.

« Désolée de vous avoir fait attendre, » dit Hermione. « Je suis prête. »

Luna se retourna vers elle avec un sourire triste. Ginny leva un regard étonné.

« Tu t'es changée. » Ce n'était pas une question, et Hermione rougit un peu.

« Hum, oui. J'avais quelques vêtements de rechange… au cas où Ethan— »

« Il faudrait que je me change aussi, » poursuivit Ginny sans prêter attention à la faible explication (excuse?) d'Hermione.

Hermione sourit malgré elle, malgré la situation. C'était plaisant de ne pas avoir à se justifier : ses amies savaient exactement pourquoi elle avait des vêtements de rechange dans les appartements du professeur Rogue. Aucune des deux ne la jugeait pour cela. Elles savaient, elles comprenaient, et elles l'acceptaient.

« Allons à la tour de Gryffondor, dans ce cas, » dit simplement Luna, empoignant la main de Ginny pour l'aider à se relever.

Il restait encore plusieurs minutes avant le départ du Portoloin. Alors que Luna aidait une Ginny quasi catatonique à se changer, Hermione, accompagnée d'Ethan, avait filé dans le dortoir qu'elle partageait de plus en plus rarement avec Parvati et Lavande et retrouva ses Gallions enchantés par le sortilège Protéiforme. Elle en enchanta deux pour qu'ils soient liés ensemble et que les chiffres puissent se transformer en lettres afin de former les mots 'il va bien' ou 'état critique'.

Elle en garda un et donna l'autre à Luna.

« Dès qu'on en apprend plus sur l'état de Ron, on te tient au courant, » expliqua Hermione avec douceur. N'ayant aucun membre de sa famille officiel qui ait été blessé lors de la bataille, Luna n'était pas autorisée à accompagner les filles à l'hôpital. Néanmoins, Hermione avait deviné son désir de le faire.

Les yeux de la jeune femme, qui était restée calme et posée tout au long de la journée, s'emplirent soudain de larmes et elle étreignit Hermione avec force.

« Dis-lui que je l'aime, » dit-elle simplement, et Hermione hocha la tête en passant ses bras autour de la jeune sorcière blonde.

Ginny, Hermione et Ethan rejoignirent ensuite la lignée d'étudiants qui attendaient les Portoloins dans la cour intérieure du château. Deux employés du Ministère étaient arrivés en après-midi et, après avoir vérifié chaque lettre des étudiants, déroulaient un peu plus le ruban satiné qui servirait de Portoloin et auquel les étudiants s'accrochaient en file. Il y en avait un noir pour les morts, et un vert pâle pour les blessés.

« Cette lettre est adressée à Ethan Rogue, » contesta un instant la sorcière stricte venant du Département des transports magiques. Puis elle leva les yeux vers Hermione et pour la première fois, elle sembla prendre conscience de l'enfant dans ses bras.

« Ethan Rogue a un an, » lui dit Hermione simplement. « Sûrement vous permettrez qu'il soit accompagné. »

La sorcière sembla prit au dépourvu un court moment, et avant même qu'elle ne puisse répliquer, madame Pince arriva au pas de course.

« Miss Granger est la mère du petit Ethan. Il serait absolument inconcevable qu'elle ne soit pas autorisée à accompagner cet enfant. »

Lorsque l'employée du Ministère abdiqua, madame Pince lança un clin d'œil encourageant à Hermione. Pour toutes les fois où madame Pince avait réprimandé Hermione pour le dérangement qu'Ethan pouvait causer dans sa précieuse bibliothèque, il semblait que la vieille bibliothécaire était, comme bien des professeurs, tombée sous le charme du petit garçon.

Hermione et Ginny échangèrent un sourire alors que la jeune maman enroulait un bout du ruban autour du poignet d'Ethan.

oOo

Leur arrivée à Ste-Mangouste se déroula dans le chaos. D'abord, inutile de dire que du haut de ses un an, Ethan Rogue savait déjà qu'il n'appréciait guère les voyages en Portoloin! C'était donc en gérant une crise de larmes qu'Hermione analysa l'endroit où elle et une vingtaine d'autres étudiants de Poudlard se trouvaient.

C'était un long couloir aux globes lumineux aveuglants et à l'odeur de désinfectant. Des portes battantes claquaient dues aux nombreux allers-retours des guérisseurs entre elles. Parfois ceux-ci s'arrêtaient pour parler avec un ou deux visiteurs. Des larmes et des cris d'angoisse en étaient souvent le résultat.

Derrière un bureau se tenait une jeune employée en formation qui informait les visiteurs arrivant de l'emplacement de leurs proches. Visiblement, les gens déjà présents – d'autres membres des familles des combattants venant de toutes les sphères du monde sorcier – semblèrent trouver qu'elle était peu efficace et alors que certains criaient et la critiquaient, d'autres demandaient encore et encore des nouvelles de leur proche. La pauvre sorcière s'étalait en excuses, mais, fouillant dans ses archives, ne trouvait pas ce qu'elle cherchait.

Une autre sorcière plus âgée tentait de l'aider, mais en vain. Ses directives et ses commentaires ne faisaient qu'empirer la situation et, à chaque instant, le hall se remplissait de plus en plus de sorciers mécontents arrivant par Poudre-de-cheminette ou bien par la vitrine au mannequin.

Et comme une vingtaine d'étudiants entre 11 et 17 ans venaient de les rejoindre par Portoloin, tous plus inquiets et paniqués les uns que les autres, l'atmosphère devint vite assourdissante.

« Viens, » indiqua Ginny en se faufilant rapidement derrière l'une des portes battantes et Hermione la suivie aussitôt, heureuse d'écarter Ethan de toute cette folie.

Une fois à l'écart, la jeune maman passa quelques instants à calmer son bébé avant de se retourner vers Ginny. « Où allons-nous? »

La rouquine haussa les épaules.

« Commençons par le quatrième étage, » dit Hermione et Ginny acquiesça. Elles trouvèrent rapidement l'escalier et se rendirent à l'étage où elles avaient croisé Neville et ses parents il y a de cela deux ans; l'étage où les répercussions du sortilège Doloris se traitaient.

Leur supposition se révéla exacte lorsqu'arrivées à l'étage du Service de pathologie des sortilèges, elles tombèrent nez à nez avec une Mrs. Weasley échevelée.

« Ginny? » Hoqueta Mrs. Weasley, stupéfaite.

« Maman? » S'étonna la rouquine avant qu'une expression de soulagement envahisse non seulement son visage, mais aussi toute sa posture. « Oh, maman! » Elle se jeta dans les bras de Molly.

Mrs. Weasley ferma les yeux et serra sa fille unique contre sa lourde poitrine pendant plusieurs secondes. La scène fit monter les larmes aux yeux d'Hermione, qui leur laissa un moment pour leurs retrouvailles, tentant non sans mal de retenir ses innombrables questions.

Au final, ce fut Ginny qui craqua. Elle s'éloigna de sa mère et demanda : « Comment sont-ils? Ma lettre parlait de trois de mes frères qui étaient hospitalisés. Qui est en danger? Qu'est-ce qui s'est passé? Est-ce que Tom est vraiment mort? Et surtout, comment va Harry? » À la fin, son ton était quasi hystérique et Molly Weasley, qui avait grimacé au nom qu'employait Ginny pour désigner Voldemort – manie que sa cadette avait depuis sa première année à Poudlard – elle attira de nouveau la jeune fille dans son étreinte, caressant ses cheveux de manière rassurante.

« Papa va bien, » commença Molly d'une voix douce, mais où l'émotivité était bien présente. « Bill s'est fait attaquer par un loup-garou— » Hermione et Ginny eurent toutes deux un hoquet d'horreur. « —alors qu'il était sous sa forme humaine. D'horribles cicatrices marqueront son joli visage à tout jamais, mais les guérisseurs du Service des blessures par créatures vivantes sont optimistes. »

Ginny souffla son soulagement.

« Percy n'a rien. Il s'est battu vaillamment. »

Ginny releva la tête, surprise. « Percy? » Molly acquiesça avec un sourire.

Hermione sourit à cette nouvelle. Elle s'était toujours bien entendue avec Percy, leur personnalité se ressemblant un peu, et elle avait été attristée par la rupture que le jeune homme eut avec sa famille lorsqu'il avait pris la défense du premier ministre contre Harry Potter. Ça semblait être chose du passé désormais et Hermione était contente qu'il aille bien. Elle avait cru que Percy, tout comme Charlie, n'avait pas participé à la bataille, mais visiblement, elle avait eu tort.

« Fred… » Mrs. Weasley s'étrangla soudain sur un affreux sanglot et Ginny blêmit.

« Non! »

« Un mur de pierre s'est écroulé sur lui, » continua avec difficulté la matriarche de la famille Weasley. « Les guérisseurs font ce qu'ils peuvent, mais ils le gardent dans un coma magique pour le moment. On attend les nouvelles… »

Hermione plaça une main sur sa bouche pour camoufler un gémissement, deux grosses larmes roulant sur ses joues.

Ginny enlaça sa mère, cette fois en donnant du réconfort plutôt que d'en recevoir.

« George est avec lui, » poursuivit Mrs. Weasley en essuyant ses propres larmes d'un revers de la main. « Il va bien. Enfin… »

Ginny hocha la tête. Si Fred était dans le coma entre la vie et la mort, alors George n'allait pas bien. Mais elle comprenait l'idée. Hermione et elle échangèrent un regard. Trois des frères de Ginny étaient hospitalisés et Mrs. Weasley n'en avait nommé que deux jusqu'à maintenant.

« Maman. Comment vont Ron et Harry? » Demanda Ginny encore une fois, sa voix se brisant sur le prénom de son petit-ami.

Contre toute attente, et malgré ses larmes, Molly Weasley eut un éclat de rire.

« C'est vraisemblablement un miracle, mais ils vont bien. Tous les deux. Ils n'ont que quelques égratignures et un épuisement de leur noyau magique, mais c'est tout. Les guérisseurs sont sans voix. Ils leur ont fait une batterie de tests pour s'en assurer, mais ils n'ont rien! C'est stupéfiant! »

Pour la première fois en plus de vingt-quatre heures, Hermione eut l'impression qu'elle pouvait enfin respirer. Harry et Ron étaient vivants! Ils avaient anéanti le plus cruel des Mages noirs et s'en étaient sorti sans séquelles. C'était bien plus que 'stupéfiant', c'était inespéré!

« Est-ce qu'on peut les voir? » Demandait une Ginny excitée et revigorée lorsque, n'y tenant plus, Hermione l'interrompit.

« Mrs. Weasley? »

La mère et la fille tournèrent leurs regards vers elle. Maintenant qu'elle savait que ses deux meilleurs amis allaient bien, Hermione avait d'autres priorités.

« Savez-vous ce qui est arrivé à Severus? »

La façon dont elle prononça le prénom de son professeur fut tellement révélatrice que Molly Weasley n'eut pas le cœur de la réprimander pour ne pas avoir utilisé le titre de l'homme.

Elle confirma d'un hochement de tête, mais son regard empli de pitié alarma Hermione.

« Il était sur un brancard, inconscient, la dernière fois que je l'ai vu. Il y avait tellement de sang... » Elle s'arrêta devant l'air effrayé d'Hermione. « Désolée. Je ne voulais pas— » Elle mit fin à ses plates excuses lorsqu'Hermione secoua la tête, impatiente. « Je crois qu'il est sur le même étage que Bill, au Service des blessures par créature vivante, » précisa-t-elle sobrement.

Derrière Ginny et sa mère, Mr. Weasley et Kingsley Shacklebolt approchaient, mais Hermione ne resta pas pour la réunion. Elle tourna les talons avec son fils dans ses bras et descendit les escaliers dans un temps record.

oOo

Hermione ralentit la cadence lorsqu'elle arriva près d'une chambre où deux guérisseurs discutaient et semblaient soucieux. Elle y vit une troisième Médicomage en sortir, les bras pleins de pansements ensanglantés.

« Heureusement qu'il avait un bézoard avec lui, » disait la femme aux cheveux gris à son collègue plus jeune, et Hermione sut instinctivement qu'ils parlaient de Severus. « Mais quel genre de venin peut rendre toutes blessures impossibles à guérir à l'aide de la magie? »

« Un qu'il nous faudra identifier rapidement, » répliqua le sorcier d'un air grave. Puis, avec sincère gratitude, il ajouta : « Merci d'être venue nous aider, Dr. Walters. » et Hermione remarqua alors avec surprise le badge de la vieille femme, issue de l'Hôpital royal de Londres. Elle était une moldue!

Hermione s'avança vers la porte encore entrouverte et les guérisseurs – sorciers et moldue – la regardèrent passer sans dire un mot. C'étaient l'heure des visites et donc ils ne questionnèrent pas qui venaient visiter qui.

Tenant Ethan d'un seul bras sur sa hanche, elle poussa silencieusement la porte de la chambre dans lequel se trouvait Severus, le cœur au bord des lèvres. Lorsqu'elle l'aperçut, elle retint une exclamation.

Hermione s'était imaginé mille et un scénarios, mais la réalité était à la fois bien pire et plus douce à la fois.

Un immense soulagement s'empara de la jeune maman lorsqu'elle vit le père de son enfant éveillé; assis au bord du lit; vêtu d'un pantalon bleu d'hôpital; une expression de souffrance sur ses traits fatigués; mais bel et bien vivant! Il avait une main appuyée sur le pansement à sa gorge, et regardait sévèrement une guérisseuse – la quatrième, compta Hermione – qui replaçait un pansement propre sur son flanc gauche. Il avait dû être ennuyé à son réveil de voir tant de gens s'occuper de lui et de ses blessures.

Hermione mordilla ses lèvres et resta en retrait le temps que la guérisseuse finisse le bandage. Elle faisait le tout manuellement, sans l'aide de sa baguette. Hermione en profita pour prendre conscience de la gravité de son état. De nombreux pansements recouvraient son abdomen, son cou et sa cheville, mais surtout, elle remarqua l'expression de l'immense souffrance sur les traits de l'homme qu'elle aimait… Puis, l'horreur s'installa sur le visage d'Hermione alors que la conversation entre le Médicomage et la Docteur moldue sembla prendre tout son sens et qu'elle réalisa qu'aucune potion antidouleur ou de sort n'avait pu être administrée!

« Papa! » S'exclama soudain Ethan, tendant deux bras potelés vers son père.

Severus sursauta imperceptiblement et ses yeux croisèrent ceux d'Hermione.

« Hermione. » Souffla-t-il, révérencieusement. « Ethan. »

Le ton de sa voix défigea Hermione qui ravala un sanglot. C'était comme s'il avait cru ne jamais les revoir! Sans plus tarder, elle s'avança vers lui alors qu'il enfilait douloureusement un t-shirt blanc par-dessus ses pansements fraîchement changés. La jeune guérisseuse s'éloigna du sorcier et, lançant à Hermione d'abord un regard surpris, puis un sourire bienveillant, elle s'éclipsa silencieusement de la pièce en refermant la porte derrière elle.

Dès qu'ils furent à sa portée, Severus les enlaça dans ses bras, grimaçant néanmoins de douleur. Il posa un baiser sur le front d'Hermione, laissant ses lèvres sur sa peau un long moment. Ses yeux étaient fermés, et des larmes silencieuses s'en échappaient. Il avait les sourcils froncés, comme s'il souffrait, et il déglutit avec difficulté, mais soulagement. Hermione rendit l'étreinte sans trop de force, n'osant pas le blesser davantage, ses mains maladroitement placées sur ses épaules.

« J'ai eu tellement peur, » lui avoua-t-elle d'une petite voix. Surprenant la jeune femme, Severus se contenta de hocher la tête, ses lèvres toujours sur son front, comme pour acquiescer avec elle.

Lui aussi, il avait eu peur.

Après un long moment, Severus s'éloigna d'elle, mais seulement pour mieux lui prendre Ethan. Il entreprit ensuite de serrer le petit dans ses bras, tout contre son cœur, une main sous ses fesses, l'autre dans ses cheveux. Il embrassa ensuite la joue joufflue de son petit garçon à plusieurs reprises. Hermione n'avait plus vu Severus agir aussi affectueusement avec leur fils depuis un bon moment, déjà.

S'éloignant un peu du lit, la jeune Gryffondor prit un moment pour réellement recenser les blessures du sorcier devant elle. Un bandage semblait couvrir la totalité de son torse; une ou plusieurs côtes de cassées, déduisit-elle. Un peu plus bas, sur son flanc, le bandage récemment changé était déjà ensanglanté: un coup de couteau ou alors un sort à effet tranchant. Le bandage à son cou semblait cacher une blessure douloureuse; chose que Severus confirma un peu plus tard, lui expliquant qu'il s'agissait là d'une morsure de Nagini. Son réflexe d'ingurgiter le bézoard était la seule raison de sa survie, ayant empêché son sang de coaguler. C'était aussi cette morsure qui, selon les hypothèses des Médicomages et de Severus lui-même, empêchait le sorcier de guérir à l'aide de la magie. C'était une nouveauté depuis l'attaque de Nagini sur Arthur Weasley qui poussait les membres de l'Ordre à se questionner; quels genres d'expériences Voldemort avait-il infligées à son serpent?

L'attaque de Nagini avait non seulement causé la blessure au cou, mais le puissant sorcier avait été poussé au sol, sa cheville se tordant et son crâne se fracassant sur le coin d'un cadre de porte. L'imposant Severus Rogue, combattant aguerri et sorcier puissant; la seule façon qu'avait trouvée le camp de Voldemort pour le mettre K.O. fut de le prendre par surprise. L'attaque du serpent avait été vicieuse et lâche, mais heureusement, Severus l'avait abattue avant qu'il ne s'évanouît.

Et donc, outre sa cheville cassée qui obligera Severus à utiliser une canne pour quelque temps, il avait aussi une profonde entaille au cuir chevelu, et dont les Médicomages avaient eu recours aux points de suture moldus pour la refermer, d'une longueur de 5 cm derrière la tête. Cette blessure devait avoir été l'une des premières à avoir été soignée puisqu'elle était désormais encroûtée de sang séché et d'un bandage propre. Tout autour, les longs cheveux noirs d'ébènes du sombre professeur avaient dû être rasés.

Du bout des doigts, Hermione caressa une mèche de cheveux si courte qu'elle tombait devant les yeux noirs de Severus. On avait dû les lui couper, sans doute pour que la partie rasée ne soit pas trop disparate. À son geste, Severus rouvrit les yeux et regarda Hermione par-delà la tête de leur enfant. Elle tenta un faible sourire. Si le prix à payer pour la défaite de Voldemort était d'avoir une horrible coupe de cheveux, c'était là un sacrifice qu'elle savait que Severus était prêt à payer.

« Je ne savais pas s'ils allaient te permettre de venir, » dit-il d'une voix rauque empreinte de douleur. L'utilisation de ses cordes vocales devait être douloureuse.

Hermione fut surprise par le sujet et comprit aussitôt que pour le moment, il ne voulait pas parler de la bataille. Elle se contenta donc d'acquiescer. « Tous les enfants ayant un parent à Ste-Mangouste ont reçu l'invitation… Ethan y compris. »

Severus eut un faible sourire en embrassa une fois de plus le dessus de la tête du petit garçon.

« Merci, » dit-il à Hermione et à son expression étonnée et ses yeux interrogateurs, il clarifia, « d'être venue quand même. »

La compréhension descendit sur Hermione tel un seau d'eau froide. Il croyait qu'elle n'avait pas voulu venir!

« Oh, Sev! » Souffla Hermione, des larmes roulant sur ses joues. N'osant le toucher par peur de lui infliger de la douleur, elle posa ses mains sur le matelas de chaque côté de ses hanches et posa ses lèvres sur les siennes. « Je t'aime tellement, » dit-elle entre deux baisers. « Je t'aime plus que tout. Je suis désolée que tu en aies douté, mais je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. Je t'aime. »

Au bout d'un moment, Severus sembla comprendre le message qu'elle tentait si désespérément de lui transmettre et sourit avant de prendre son visage entre ses paumes rugueuses et de l'embrasser à son tour. Il écarta un peu les jambes et Hermione vint s'y placer, se collant encore plus à lui. Sur les cuisses de Severus, Ethan rigola d'être coincé entre ses deux parents si affectueux.

« Je sais que j'ai agi de façon puérile l'autre matin dans la Grande salle, » confessa Hermione, repentante, « mais…»

« Non, » la coupa Severus. « Te traiter d'enfant était impardonnable et j'ai eu tort. J'étais énervé et colérique. »

Hermione acquiesça. Il avait cherché à la blesser et à l'humilier, et il avait réussi. C'était indigne de lui et il s'en excusait.

« Hermione, tu es une merveilleuse maman. Je n'étais ni sarcastique ni condescendant lorsque je disais cela; je le crois réellement. »

Hermione sourit doucement et caressa les cheveux courts de l'homme vers l'arrière, dégageant ses yeux.

« On est une équipe, tu sais, » expliqua patiemment Hermione. « Tu dois me faire confiance. Je suis peut-être jeune, mais mon opinion se vaut. J'ai besoin de savoir que tu me fais confiance, surtout lorsqu'il s'agit du bien-être d'Ethan. Je suis la mère de ton enfant, mais nous formons aussi un couple. Tu ne peux pas discréditer mon opinion juste parce que le cœur t'en dit. Il faut que tu choisisses, Severus. Soit je suis ton élève, soit je suis ta partenaire. Je ne peux pas être les deux. »

L'attirant à lui, il confirma d'un baiser passionné ce qu'il souhaiterait réellement qu'elle soit pour lui; aucune élève n'avait jamais été embrassée ainsi auparavant à Poudlard!

« Je sais ce que je veux. Je te choisis, toi. Hermione, je t'— »

Il s'étrangla sur l'émotion et Hermione sourit avec compréhension.

« Je sais. Je t'aime aussi. » Elle caressa sa joue et alors qu'elle allait se pencher pour l'embrasser de nouveau, la même Médicomage ré-entra avec un plateau de nourriture.

« Re-bonsoir, professeur Rogue. J'ai votre repas. »

Hermione s'éloigna du sorcier et sourit à la jeune guérisseuse. Severus, lui, grogna son mécontentement.

« Du bouillon? »

« Sous les ordres du Dr. Walters, » acquiesça joyeusement la sorcière en envoya un clin d'œil à Hermione. Elle semblait avoir le même âge que Nymphadora Tonks et donc devait avoir été l'étudiante de Severus à peine quelques années plus tôt. Il sembla à Hermione qu'elle s'amusait beaucoup trop à lui donner des ordres.

« C'est votre petit garçon? Comme il est coquin. »

Les sourcils froncés, Severus fit part de son indignation à ce qu'on qualifie son fils de 'coquin'.

La guérisseuse haussa les épaules. « Oh, je n'en sais rien, il est vraiment chou. Je suis sûre que vous l'étiez aussi, n'ai-je pas raison, professeur? »

Les gloussements amusés d'Hermione attirèrent le regard noir de Severus sur elle. Quelque chose dans sa querelle avec la Médicomage rassura Hermione. S'il avait assez de force pour reprendre les surnoms que les gens donnaient à Ethan, alors c'est qu'il allait s'en sortir!

Le sourire d'Hermione devint plus tendre et aussitôt, le regard de Severus s'adoucit également.

« Tu sais, je crois que je devrais aller rendre visite à Ron et Harry. »

Severus sembla étonné. « Tu n'es pas allé les voir? »

« Non, » dit-elle. « Tu étais notre priorité. »

« Oh. »

Il y eut un court silence où Severus sembla à court de mots. Hermione ne le releva pas, n'osant le mettre mal à l'aise. Elle échangea un regard compréhensif et sans jugement avec la jeune Médicomage et décida à partir de ce moment-là qu'elle l'aimait bien.

Elle laissa Ethan à Severus. Celui-ci n'ayant fait aucun mouvement afin de rendre son fils à sa mère, Hermione devina son besoin de le garder auprès de lui. Ils faisaient un drôle de tableau, comme ça; Severus, les cheveux courts et les yeux cernés dans ses habits pâles d'hôpital, et Ethan dans son ensemble beige de safari. Le cœur d'Hermione se gonfla d'amour.

« Ils ont été fantastiques, tu sais, » dit soudain la voix de Severus dans un aveu qui sembla lui coûter cher alors qu'Hermione allait sortir dans le couloir.

Elle se retourna vers lui. « Quoi? »

« Potter et Weasley. Ils ont été incroyables. » Puis, après un moment d'hésitation, il ajouta : « Ne leur dis surtout pas que j'ai dit ça. »

oOo

Hermione alla voir Harry et Ron. Leur chambre fut facilement trouvable, elle n'avait qu'à suivre la foule. En effet, des dizaines et des dizaines de visiteurs tentaient d'aller remercier les deux jeunes hommes d'avoir mis fin au règne de Voldemort. Des journalistes et des photographes étaient également présents, certains tentant d'interviewer Hermione lors de son passage, l'ayant reconnu.

« Miss Granger, est-ce vrai que Dumbledore a reçu un sortilège qui le condamnera à mort d'ici un an? »

« Miss Granger, que savez-vous du rôle qu'a joué votre amant, le professeur Severus Rogue? »

« Miss Granger, connaissez-vous l'état de santé de la jeune Auror Tonks? »

Ce ne fut qu'avec l'aide d'Arthur Weasley et de Kingsley Shacklebolt qu'Hermione réussit à se faufiler dans la pièce.

Il y avait là plus de sorciers qu'Hermione ne l'avait prévu. Beaucoup de membres de l'Ordre. Ron et Harry, tous deux ayant quelques égratignures, mais un immense sourire, étaient assis sur un lit d'hôpital. Face à eux, il y avait Ginny, Charlie et un George pâle, mais souriant, ce qui laissa deviner à Hermione que l'état de santé de Fred s'améliorait.

Un peu plus loin, Molly Weasley discutait sobrement avec Mrs. Tonks. Entendant un brin de conversation, le cœur d'Hermione se serra en apprenant que Ted Tonks était mort au combat et que Nymphadora était hospitalisée. Heureusement, les guérisseurs étaient confiants qu'elle et le bébé s'en remettraient… Le bébé! Remus était avec elle en ce moment même.

« … c'était le sortilège Sectumsempra, à ce qu'on m'a dit. J'ignore ce que c'est, mais heureusement Severus était là pour arrêter l'hémorragie! Le pauvre Remus était hors de lui… »

Hermione continua d'avancer vers ses amis.

« Oooh, tu aurais dû voir McGonagall, Ginny! Elle était sublime! »

« Attention, Ronald, on pourrait croire que tu es en train de développer des sentiments –Oof! » Ron fit taire les plaisanteries de Charlie d'un coussin d'hôpital en plein visage. Les frères et sœur éclatèrent de rire, laissant à Harry l'occasion d'apercevoir la jeune femme qui approchait.

« Hermione! »

Souriante, mais les yeux pleins d'eau, Hermione accéléra le pas avant de se jeter dans les bras de ses deux meilleurs amis.

« Vous êtes des héros, » s'exclama-t-elle en rigolant. Elle embrassa chaque garçon sur la joue alors que ceux-ci lui rendirent son étreinte. « Je savais que vous y arriveriez. Vous êtes mes héros! »


À suivre...