Pour s'éloigner au plus vite de Steve, Sarah met sa première partie de son plan à exécution : elle ne cherche plus à fuir de l'hôpital. Il vient la voir le matin avant de commencer à travailler puis le soir avant de rentrer chez lui. Quelquefois, il dort à l'hôpital pour éviter de mettre un agent à sa porte. Il lui parle, mange et essaie de faire des activités avec elle malgré la fatigue de ses journées, mais la présence de cette enfant ne lui apporte que du bonheur. Il ne comprend pas pourquoi ce ressenti. Elle ne répond à aucune de ses questions, le regarde à peine. Elle a toujours ce regard de peur envers lui. Elle attend patiemment sa sortie de l'hôpital calmement malgré une forte envie de fuir les lieux. Puis, un matin, elle est heureuse intérieurement, son plan est en route, elle va quitter l'hôpital et donc Steve. Elle part pour un foyer sur l'île. Quand Steve apprend la nouvelle, elle le voit déçu, mais il prend tout de même du courage pour lui dire ces quelques mots :

« Tu seras bien là-bas. »

Le jour J arrive, elle quitte l'hôpital, accompagnée d'une femme puis d'un homme qui lui tient chacun une main. Elle fixe Steve et Daniel au tournant d'un couloir avant de reprendre sa route.

« Elle t'aime bien !, dit Daniel.

- Tu penses !

- Oui, comme punching-ball !, dit-il en se moquant de lui.

- Je pense qu'il y a plus !

- Oui, elle te déteste !

- Cette enfant ne te regarde pas comme elle me regarde. Elle a peur de moi. J'ai quelque chose à faire. Je te rejoins au QG. Demande à Jerry de préparer le dossier concernant les meurtres des prostituées. »

Quand il arrive enfin au QG, Jerry met le dossier du « tueur des prostituées » pour l'équipe sur grand écran. L'équipe découvre le rapport ensemble. Un témoin qui attestait qu'un homme courait derrière une voiture jaune et qui criait le nom de ''Sarah''. Elle découvre ensuite le scénario, la mise en scène des tueries. Les femmes furent violées, battues puis brûlées avec de l'acide post-mortem. Le dernier meurtre est lui différent, le tueur n'a pas terminé son rituel, sûrement coupé par la disparition de l'enfant. Il a fait une erreur : un ADN était présent sur la scène du crime. Malheureusement, il ne possède aucune identité, mais la police sait qu'il appartient au tueur. Steve retourne donc avec Daniel rendre visite à Bernard avec ses nouveaux éléments, il espère obtenir plus d'informations. Ils ne sont pas accueillis chaleureusement :

« Écoutez, vous me fatiguez avec cette gosse ! Laissez-moi faire le deuil de mes fils !

- Vous voulez faire le deuil de vos fils ! Vous les avez insultés, si je me souviens bien lors de notre dernier entretien ! On veut juste savoir où est le véhicule, après on vous laisse tranquille !, crie Steve. Vous devez bien ça à cette enfant !

- On l'a jetée dans le port avec tout ce qui se trouvait à l'intérieur sauf la gamine ! Quand j'y repense, on aurait dû suivre notre premier instinct ! On aurait dû la laisser se noyer à l'intérieur ! J'aurais dû passer au-dessus de cette envie d'avoir une petite fille ! »

Pris d'une pulsion de colère, Steve frappe d'un coup-de-poing la table. Il surprend Daniel, choqué de cet acte. Tani et Junior se rendent au port avec des agents de la base nautique afin de retrouver le véhicule. Une fois le trésor déniché, la fouille faite, ils contactent Steve.

Beaucoup d'emballages de bonbons et de gâteaux se trouvent à l'intérieur : des bidons d'acide, une couverture, un ours en peluche puis une boîte qui contenait des photos illisibles. La voiture fut importée du continent. Elle est immatriculée de la Californie. Steve contacte donc les autorités qui ne lui fournissent aucun élément, jamais de meurtres de prostituées selon le scénario de Steve n'eurent lieu dans leur comté.

L'équipe est dans une impasse, aucun élément ne peut l'aider à trouver la maison de Bernard. Elle sait juste que potentiellement le père de Sarah est un tueur en série et qu'éventuellement elle ait pu voir les meurtres de celui-ci. D'autres analyses sont en cours : l'ADN trouvé sur le dernier meurtre de la prostituée est comparé avec celui de Sarah.

« Tu vas lui rendre visite ?, demande Daniel.

- Oui, mais seul. Je te tiens au courant.

- C'est une enfant, ne l'oublie pas.

- Je sais. Je t'appellerai. »

Steve se rend au foyer, au coin de la rue, des gyrophares clignotent, il accélère. Il se gare puis il fonce voir ce qui s'y passe. Il est soulagé de voir simplement un enfant avec un nez en sang jusqu'à ce qu'il entendit l'enfant raconter comment il eut son nez dans cet état. Il soupire, lève les yeux au ciel avant d'entrer dans le foyer.

Il se fait accompagner auprès de Sarah assise sur une balançoire. Elle regarde le sol puis sa main égratignée.

« Elle est là-bas, c'est sa place.

- Elle reste seule ?

- Vu l'état de Gaëtan, c'est mieux ainsi. », répond-elle en lui tournant le dos.

Il s'approche d'elle puis se met à sa hauteur devant la balançoire, il voit sa main avec du sang, puis elle qui le regarde couler faiblement.

« Bonjour Sarah, dit-il en s'agenouillant devant elle. Tu n'as pas trop mal ? Ton poignet et maintenant ça. Tu sais, tu n'étais pas obligé de frapper ce petit garçon. Il voulait juste récupérer son ballon. Frapper, c'est mal, il ne faut pas faire ça. »

Elle le regarde de travers. Il a tort sur cette histoire entre le petit garçon et elle. Elle descend ensuite de sa balançoire pour le quitter, mais il la retient par le bras. Il veut qu'elle le suive pour soigner cette main. Elle obéit à contrecœur. Il lui montre le chemin à suivre. En marchant, il pose un bras autour d'elle, sa main sur son épaule opposée à lui.

Elle laisse la femme la soigner, mais elle surveille ses gestes, les produits utilisés. Steve la trouve triste, plus qu'à l'hôpital, mais il pense qu'elle s'en veut peut-être de son acte.

« Je vois que vous avez réussi à la convaincre de se soigner. Je te cherche depuis dix minutes, Sarah. Tu vas bientôt partir, intervient la directrice du foyer.

- Comment ça, elle va bientôt partir !, dit-il surpris. Elle est arrivée hier !

- Vous n'êtes pas au courant ! Sarah part pour le continent. On lui a trouvé une famille d'accueil avec un haut système de sécurité.

- Tu as encore essayé de fuir ?, demande-t-il déçu.

- Oui et pas qu'une seule fois en une nuit, intervient de nouveau la femme.

- Quand part-elle ?

- Dans la soirée. »

Après son soin, elle descend du fauteuil puis se réfugie dans sa chambre sans aucun regard pour personne. Steve sent que sa tristesse n'est pas seulement due à cette altercation. Elle refuse de communiquer. Au bureau, il reçoit plus d'informations sur son départ. Elle part pour New York chez un couple d'une trentaine d'années. Une famille suffisamment aisée pour la surveiller chaque seconde.

« La surveiller de la sorte, ne l'aidera pas. Elle a besoin d'espace. Laissez-la ici, dans une famille, mais ici.

- Je suis désolée, mais elle doit partir. »

Avant de partir, il va la voir de nouveau. Il lui promet de ne pas l'oublier et de rester sur cette enquête jusqu'à ce qu'il trouve cette maison où ses sévices eurent lieu. Elle se couche puis lui tourne le dos. Elle ne préfère pas lui répondre et ainsi lui faire comprendre qu'elle souhaite qu'il parte.

Dans la soirée, Steve dans sa voiture depuis des heures la voit enfin quitter le foyer. Ils sont quatre accompagnateurs. Le véhicule démarre, puis Steve les suit au loin. Il remarque que deux autres véhicules sans plaques restent près de celui de Sarah. Il contacte Daniel, il a besoin de renfort, il sent que quelque chose va se produire. Ce qu'il pensait se passa, les véhicules prennent la voiture de Sarah en sandwich. Tous sont coincés à l'intérieur. Quatre personnes quittent les véhicules puis se dirigent vers la lunette arrière. Steve s'annonce en tant que force spéciale des forces de l'ordre puis une fusillade se fait entendre. Un homme parvient à extirper Sarah de l'habitacle en brisant la lunette arrière du véhicule, mais la fillette se défend puis fuit dans un immeuble plutôt que vers Steve qui l'appelle bien qu'il soit surpris de la force physique de cette enfant.

Il charge son arme, observe les environs puis il court dans la direction de Sarah. Il monte les escaliers puis la rattrape au dernier étage d'un immeuble abandonné. Elle essaie d'ouvrir une porte d'un appartement. Elle voit Steve arriver vers elle. Elle prend peur, mais elle continue à essayer d'ouvrir cette porte close. Il la prend rapidement puis, ils se réfugient dans un autre appartement ouvert quand il voit les quatre personnes arriver avec des armes en mains. Ils se cachent derrière de vieux meubles sûrement abandonnés par les anciens locataires quand ils eurent quitté les lieux.

« Laissez-nous l'enfant et on vous laisse la vie sauve !, crie une voix masculine.

- Allez vous faire foutre ! », répond Steve.

Il entend des pas se diriger vers eux. Il tire, touche un des inconnus. Les trois autres prennent la fuite quand ils entendent les sirènes de police arriver au loin. Ils abandonnent leur complice. Steve s'avance ensuite vers l'homme puis l'attache. Sarah profite de ce temps pour se faufiler puis partir, mais Steve pas dupe, l'attrape au passage.

« Oh ! Mais je t'attendais, toi ! », dit-il amusé.

Il la porte malgré sa réticence, puis ils descendent les marches. Ils croisent les renforts. Il leur indique le chemin à suivre pour arrêter l'homme. Une fois à l'extérieur, Steve retrouve son équipe.

« Ça va ?, demande Daniel. Vous allez bien ?

- Oui, ça va. Vous êtes arrivés à temps, merci. Aide-moi à la tenir.

- Passe-la-moi.

- Attention, elle est forte. », dit-il en lui passant.

Steve voit l'enfant se laisser porter par Daniel. Elle ne dit rien, reste calme, n'essaie pas de fuir de ses bras. Il ne comprend pas. L'ambulance arrive, les médecins la prennent en charge. Steve les suit. Il réfléchit, il reste tranquille ne comprenant pas l'attitude de Sarah. Il cogite.

« Tu es en colère, Steve !

- J'ai beau tout repasser dans ma tête, je ne comprends pas pourquoi cette gamine refuse mon aide ! Elle a accepté que tu la portes ! Tu aurais dû voir la force physique que cette enfant possède ! Bernard l'a très bien menée. Elle pourrait me battre avec de l'entraînement !

- Ne me dis pas que tu penses qu'elle peut être plus forte que toi !

- Si, justement, je le pense. Elle a dégommé deux gars à elle toute seule, là, à l'instant !

- Alors, parle-lui de ''SEALS à SEALS''. Cette enfant ne doit pas devenir une criminelle.

- Daniel ! Il faut surtout qu'elle ne tombe pas en de très mauvaises mains ! Daniel, reprend-il après un silence. Sarah, j'en suis sûr et certain, elle a reconnu la voix de l'homme dans l'immeuble. Elle en a frissonné. Et il passe au-dessus de moi dans sa terreur. »

Il se gare sur le parking. Daniel reçoit un appel de Tani. Une fois le contact coupé, il annonce à Steve que trois personnes sur les quatre sont mortes : une femme et deux adolescents.

« C'est bien, on en a un sur les quatre !

- Non, l'un des trois fuyards a pris la fuite, Steve.

- Attends, ce n'est pas possible ! Celui de l'appartement, je lui ai tiré dans la jambe !

- Il faut croire qu'il ne voulait pas se faire prendre. Il a sauté dans la cage d'escalier. Il s'est brisé la nuque. »

Steve entre dans l'hôpital puis il demande où se trouve l'enfant. Une infirmière l'amène à sa chambre de soin. Elle n'a rien. Il entre sans se faire attendre.

« Je suis content que tu n'aies rien, dit-il le ton dur. Non, non, non, tu n'éviteras pas cette discussion Sarah, dit-il quand il la voit se retourner. Regarde-moi. Je sais que tu m'as vu à côté du bâtiment et j'aimerais comprendre pourquoi tu n'es pas venue me rejoindre quand tu en avais la possibilité ! J'étais là pour te protéger, reprend-il en montant le ton. Tu m'as mis en danger inutilement et toi aussi par la même occasion. Ces gens qui te voulaient, ce ne sont pas des gentils. Tout ça n'est pas un jeu, et tu le sais ! N'est-ce pas ? »

Daniel observe, il voit Sarah tourner le dos à Steve, se coucher les larmes aux yeux puis se réfugier sous ses couvertures. Steve quitte la chambre quand il voit Daniel le regarder ses lèvres pincées, embêté par la situation.

« Elle pleure, Steve.

- Je sais, mais j'ai eu très peur pour elle. Où en sont Tani et Junior ?

- Toujours sur les lieux. Ils n'ont pas retrouvé la quatrième personne.

- On va se charger de son transport à l'aéroport. Envoie Tani et Junior parler à Bernard, il doit être le responsable de ce piège. On laisse la chasse à l'homme à la police pour le moment.

- Bernard est mort, Steve. Il n'a rien à voir avec ça. Il est mort au moment où tu te trouvais au foyer.

- Qu'est-ce que tu dis ? Qui est-ce ?

- Je pense que c'est l'une de ces quatre personnes qui cherchaient à prendre Sarah qui a tué notre cher Bernard. Steve, si vraiment cette gamine a reconnu la voix du gamin qui s'est suicidé, c'est que, peut-être, c'est sa famille. Un parent reconnaît son enfant entre mille, Steve. Les médias ont fait la une à cette gamine.

- Si vraiment, c'est sa famille, on le sera avec les tests ADN.

- Ils seront en cours dès les corps à la morgue.

- Et celui entre notre ADN sur le corps de la prostituée et elle, qu'est-ce que ça a donnée ?

- Il n'a aucune correspondance avec Sarah. Ils ne sont pas de la même famille.

- Donc, nous avons trois morts à identifier. Un ADN sans identité et une gamine qui pour le moment n'a aucun lien de parenté avec toutes les personnes qu'elle a fréquentées. Si ce trio se révèle ne pas être de sa famille, qui est-elle ?

- On va attendre les tests. Chaque chose en son temps, Steve. »

Dans la nuit, ils procèdent au transfert de Sarah jusqu'à l'aéroport. Une assistante sociale prend Sarah puis elles montent dans le véhicule de Daniel que Steve conduit. Le trajet se passe sans encombre malgré une enfant triste à la vue du chauffeur. Une fois sur place, Steve demande l'autorisation à l'accompagnante pour discuter avec Sarah qui ne le souhaite pas. Il s'éloigne tout de même avec elle, la femme l'autorise.

« Je suis désolé de mettre emporté tout à l'heure. Je ne voulais pas te faire pleurer. Explique-moi pourquoi tu cherchais à te rendre à l'appartement 303. Tu as eu de la chance que ce soit moi qui fus arrivé avant eux. Hé, ne me laisse pas comme ça !

- L'appartement avait un escalier de secours, répond-elle la tête basse.

- Je comprends mieux. Tu l'as vu pendant la bagarre, n'est-ce pas ? »

Elle fait oui puis elle se mure de nouveau dans le silence.

« Tu sais, je pense que tu connais la voix du jeune dans l'appartement. Tu connais son nom ?

- …

- Et me dire pourquoi tu as cherché des informations sur moi ? Pourquoi t'es-tu cachée chez moi ?

- Tu devrais te reposer. Tes deux côtes sont en train de te faire mal. », dit-elle en lui tournant le dos.

La femme lui prend la main. Elles montent dans l'avion. Steve est meurtri, elle n'a pas accepté ses excuses, refusé son câlin puis elle n'a montré aucune envie de le revoir. Il avait besoin de tout ça. Sarah comprend sa souffrance, mais elle ne peut pas, ne veut pas qu'il s'attache à elle. Il faut absolument qu'il l'oublie.

« Tu t'es attaché à cette gamine, hein, Steve !

- Ouais, beaucoup et je ne sais pas pour quoi.

- Est-ce que tu lui as dit au moins ?

- Non, je n'ai pas réussi. Elle viendra chez moi, même si elle me repousse.

- Combien de temps avant qu'elle soit de retour ?

- J'ai un mois pour lui faire une chambre et la cour décidera si je peux ou pas être son tuteur. Mais cela prendra du temps. Jusqu'où cette assistante sociale l'accompagne ?

- Une autre femme prendra son relais à New York. Tu veux de l'aide pour sa chambre ?

- Oui, c'est sympa, merci. Mais, avant, je vais attendre que son avion décolle. Ça ne te dérange pas ?

- Je vais prendre des cafés. »

Daniel revient avec ses cafés.

« Merci. Je suis totalement tombé amoureux de cette enfant. Elle me manque déjà.

- Certaines choses ne s'expliquent pas. J'espère juste que ce n'est pas cette enquête qui te fait penser que tu l'aimes.

- Non, je ne crois pas. J'ai ressenti cet amour avant même de savoir qu'elle n'était pas dans les fichiers des enfants portés disparus. J'ai ressenti cette chose quand j'ai croisé son regard depuis la voiture. Tu sais très bien que les enquêtes qui concernent les enfants, jamais je reste avec eux, je te laisse ce privilège.

- C'est vrai, pourquoi d'ailleurs ?

- Tu sais t'y prendre avec les enfants. Tu l'as encore prouvé avec elle.

- Quand je vois le résultat de celle-ci avec toi ! Tu n'as peut-être pas tort ! »

Ils rient de cette phrase, puis une fois l'avion à perte de vue, Steve consulte un médecin. Celui-ci lui confirme qu'il a bien deux côtes de fêlées. Il doit se reposer.

« Vous avez eu beaucoup de chance, commandant, dit-il en regardant une seconde fois la radio.

- C'est-à-dire ?, demande-t-il en boutonnant sa chemise.

- Le coup aurait été un peu plus fort, elles seraient cassées. »

Il sourit, pense à Sarah, elle connaît sa force, si elle l'aurait voulu, elle aurait pu fuir en les lui brisant.

« Elle est meilleure que moi », pense-t-il avec un petit sourire amusé.