La nuit de Naruto avait été particulièrement courte, son cerveau étant sans cesse assaillit d'un millier de questions sans pour autant trouver de réponses claires. Que représentait Gaara pour lui ? Un ami ? Oui, assurément. Mais se pouvait-il qu'il y ait plus que ça ? Rien que cette question le mettait mal à l'aise. Pourtant Sakura n'avait pas l'air choquée du tout par le fait que deux hommes soient ensemble.
Oui, Naruto savait bien que l'homosexualité existait, mais il ne connaissait personne qui l'était. Du moins, pas ouvertement. Lui-même n'avait jamais considéré un autre homme de façon romantique. Néanmoins, il ne pouvait empêcher son ventre de se liquéfier en repensant au visage de Gaara si proche du sien.
Et Hinata ? Qu'est-ce qu'il éprouvait pour elle ? Il l'aimait bien, évidemment. Elle était adorable et gentille et il faudrait être bête pour la rejeter… Mais il n'avait pas ressenti cette espèce de picotement en lui, ce trouble indéfinissable qui le consumait. Et puis il n'avait pas hésité à lui proposer un rendez-vous, sans aucun stress à ce moment-là. Maintenant il se demandait si c'était bien normal comme attitude.
Assez de tourments, Naruto devait agir. Alors, il se leva d'un bon et se changea avant de sortir en trombe de sa chambre d'hôtel. Après quelques détours dans Suna, le temps de se repérer, il trouva la maison que Gaara partageait avec sa sœur et son frère. A cette heure-ci, le Kazekage ne devait pas encore être à son bureau et il préférait le voir dans un lieu moins formel. Et moins envahi du souvenir de leur baiser manqué de la veille. Mais Naruto n'arrivait pas à aller au bout de sa démarche et à frapper à la porte. Il allait immanquablement se retrouver idiot et ne pas savoir quoi dire. Le destin décida pour lui car la porte s'ouvrit alors sur des cheveux roux dont s'échappaient quelques mèches rebelles, alors que Gaara sortait. Les deux shinobis se figèrent en s'observant mutuellement, une gêne palpable entre eux.
« Naruto ? demanda le Kazekage, incrédule.
- Salut. Je… Je voulais te parler avant que tu ne sois au bureau.
- Très bien, je t'écoute », répondit-il après quelques secondes de blanc.
Mais Naruto sentait sa résolution faiblir. Après tout, il ne savait même pas quoi lui dire. Il s'était juste précipité ici, sentant qu'il avait besoin de lui parler. Mais que dire exactement ?
« C'est que… je ne sais pas très bien par où commencer, ajouta-t-il tout penaud en se grattant machinalement la nuque.
- Écoute Naruto, je suis attendu, alors…
- Non, non, attends ! Je… suis désolé pour hier.
- Et tu es désolé à propos de quoi exactement ? demanda le rouquin un sourcil perché sur son front.
- Bah… tu sais bien.
- Non j'ai besoin de plus de précision. Tu es désolé de t'être presque enfui ? De ne pas avoir réagi alors que j'essayais de t'embrasser ? Ou bien parce que tu veux me rejeter ? »
Bon sang ce qu'il pouvait être direct ! Rien que de l'entendre énumérer tout ça aussi crument mettait Naruto très mal à l'aise et ses joues s'empourprèrent furieusement.
« Ouais euh… désolé de m'être enfui déjà. J'étais assez choqué à vrai dire. Tu m'as pris au dépourvu, vraiment.
- Tu n'avais aucune idée des sentiments que j'avais pour toi alors ?
- Ah non, j'en savais rien du tout, crois-moi ! répliqua-t-il avec de grands yeux.
- Donc tu ne m'avais jamais considéré de la sorte, je me trompe ?
- Non pas une seule fois ! déclara-t-il avec son aplomb habituel.
- Je m'en doutais », répondit froidement Gaara en contournant le blond pour partir.
Surpris par l'attitude de son ami, Naruto comprit qu'il l'avait bêtement blessé, alors il le retint d'une main sur son épaule.
« Non Gaara, s'il te plaît. Ne pars pas comme ça. Tu… hum comment dire ça ? Tu es… important pour moi et… même si j'ai paniqué hier, ça… n'était pas trop dégoutant… je crois.
- Tu crois ? Mais qu'est-ce pas tu essayes de me dire Naruto ? gronda-t-il en le transperçant de ses yeux océan. J'en ai marre de ne pas savoir où je vais avec toi. Alors la question est simple : est-ce que tu veux être avec moi ou non ? »
Mais cette question était de loin la plus compliquée à laquelle Naruto ait jamais dû répondre. C'était ça qu'il s'était demandé toute la nuit.
« Gaara… je ne sais pas quoi te dire.
- C'est facile. C'est oui ou c'est non. Je veux juste que tu sois honnête avec moi.
- Bah non, c'est pas aussi simple, Gaara ! Je suis désolé mais c'est vraiment loin d'être simple pour moi. T'es un mec bordel ! C'est pas rien.
- Tu n'aimes pas les hommes ? le questionna-t-il, imperturbable.
- Non, bien sûr que non ! Du moins, je n'y avais même jamais pensé avant.
- N'es-tu pas amoureux de Sasuke pourtant ? »
Le blond croisa son regard de glace ce qui le fit frissonner incontrôlablement.
« Non… pas même Sasuke. Je sais que… ce genre de choses existe, bien sûr. Mais je ne m'étais jamais posé de questions sur moi ou sur ce qui m'attirait. Tout me semblait évident. Jusqu'à maintenant… » finit-il les yeux rivés sur le sol sablonneux.
Ouvrir son cœur et dévoiler ses faiblesses étaient terrifiant, mais il devait le faire par respect pour Gaara et puis, aussi un peu pour lui-même. Il fallait bien exprimer ce qu'il ressentait s'il comptait trouver les réponses qu'il cherchait désespérément.
Gaara posa sa main sur la sienne, toujours ancrée sur son épaule. Sa peau glacée mais douce lui réchauffa le cœur en lui transmettant une once d'apaisement.
« Naruto, mes sentiments pour toi sont forts et sincères. Je veux tout de toi, ton âme comme ton corps et je me fiche que tu sois un homme. Je sens que nous sommes liés depuis ce fameux jour où nous nous sommes affrontés, lorsque nous étions enfants. Tu représentes ce que je désire le plus au monde et je n'attends qu'un signe de ta part pour te prouver que ta place est avec moi. »
Ses paroles subjuguaient littéralement le blond qui restait comme pétrifié, la bouche entre-ouverte et les yeux ébahis. Cette déclaration lui brisa le cœur et le fit exploser de bonheur en même temps. Comment une telle contradiction de sentiments pouvait exister ?
POV Sakura
Mon bassin ondulait en rythme avec le mouvement de balancier de Shikamaru tandis qu'il me faisait passionnément l'amour. Il prenait son temps, se délectant de chacune de mes expressions de plaisir et me couvrant de baisers enflammés. J'étais aux anges, au septième ciel plutôt… Il accéléra en empoignant mes hanches jusqu'à presque me marquer la peau et j'adorais ça.
Oui, j'adorais sentir sa passion prendre le dessus. J'adorais qu'il me désire au point de ne plus se maîtriser. J'adorais qu'il me fasse sienne avec autant d'ardeur. Cette frénésie proche de la folie était un pur délice à mes yeux et j'atteignis un orgasme fulgurant alors qu'il gémissait également d'extase au creux de mon oreille.
Complètement épuisé, Shikamaru s'écroula à côté de moi en m'enlaçant jusqu'à m'écraser entièrement contre lui ce qui m'arracha un petit rire étouffé.
« Oh je t'aime tellement Shikamaru, déclarai-je en le couvant d'un doux regard amoureux, toujours collée contre lui. Bon sang, j'ai tellement de chance que c'en est insolent !
- Non, c'est moi le plus chanceux des hommes car j'ai dans mes bras la plus belle, charmante, douce et fantastique femme du monde. »
Une rougeur bien caractéristique s'empara de mes joues alors que mon sourire s'agrandissait à m'en donner des crampes. Du bout des doigts je caressais la peau divinement douce de son visage, m'empêchant in extremis de le dévorer encore une fois de baisers. Il était si beau que j'en avais mal au fin fond de mon ventre et je me demandais pour la millième fois ce que j'avais fait de bien pour mériter un tel bonheur.
« Je t'aime comme une folle !
- Je sais, tu viens de me le dire il n'y a même pas trente secondes, se moqua-t-il gentiment.
- Et je peux te le dire inlassablement jusqu'à la fin des temps. »
Il ricana et ce son était si pur et chaud qu'il me fut impossible de résister plus longtemps, alors je plongeais vers ses lèvres si appétissantes, m'enivrant de son odeur corporelle sans retenu aucune. Ses mains agrippèrent mon visage pour me plaquer plus contre lui et approfondir ce baiser enflammé.
« Oh Shikamaru, j'adorerais remettre ça, mais je crois qu'il va falloir qu'on se lève un jour, non ?
- Pour quoi faire ? On n'a pas d'obligation pour le moment alors pourquoi ne pas rester toute la journée au lit ?
- Aussi tentante que soit cette proposition, mon ventre crie famine. Il ne doit pas être loin de midi maintenant, non ?
- Grrr rabat-joie, grogna-t-il sans me lâcher pour autant.
- T'es adorable quand t'es pas content, tu le sais, ça ? »
Et je jouais avec ses cheveux en bataille autour de son visage. Je comprenais pourquoi il les attachait tout le temps, car ils donnaient l'impression d'avoir une volonté propre. Mais j'adorais aussi le voir ainsi. Peut-être surtout parce que j'étais la seule à profiter de cette image.
Nos mains se joignirent et nos doigts s'entrelacèrent, puis il les porta à sa bouche pour déposer de doux baisers sur la mienne. Il me regarda avec une tendresse infinie et je fondis comme neige au soleil.
« Et si on emménageait ensemble ? » demanda-t-il de but en blanc.
J'écarquillais les yeux de surprise. On peut dire qu'il savait me prendre au dépourvu !
« Oh euh… tu ne trouves pas que c'est un peu tôt pour ça ? Je veux dire… On est ensemble que depuis une semaine à peine. Généralement, il vaut mieux attendre un peu, non ?
- Généralement les gens attendent plus longtemps c'est vrai. Mais on est tellement bien ensemble que je me dis qu'on n'est pas comme la plupart des gens. Et puis, si on y réfléchit bien… qu'est-ce qu'on risque ? Au pire ça va précipiter une chute qui aurait été inévitable. Et au mieux… on profite tout de suite l'un de l'autre sans aucune modération. Qu'est-ce que t'en penses ?
- J'en pense que c'est très tentant à vrai dire, répondis-je en me mordant la lèvre inférieure, les yeux brillants de joie.
- Je t'aime plus que tout au monde et je sais que tu m'aimes. Pourquoi perdre du temps ? »
Une fois de plus, j'écrasais avec bonheur mes lèvres contre les siennes, le serrant aussi fort que possible contre moi. Cet homme était bien trop parfait, bien trop bon pour moi.
Alors qu'il commençait à me caresser plus sensuellement, on toqua à notre porte. Surpris et un poil frustré, Shikamaru se leva, enfila vite un peignoir, puis alla ouvrir la porte. Un homme portant l'uniforme de l'hôtel le salua avant de lui expliquer que nous étions tous deux attendus par le Kazekage dans son bureau.
Fini la grasse mat' !
Sasuke était étonnamment calme dans sa petite cellule froide et décrépite. Il passait son temps à réfléchir et se questionner sur toute cette histoire. Après tout, la prison était faite pour ça, non ? Mais peu importait la hargne qu'il y mettait, il n'arrivait pas à se souvenir de cette période où il n'avait été qu'un monstre aux yeux de tous.
Temari apparut devant sa cellule et déverrouilla la trappe située sur la porte pour y glisser un plateau repas.
« Eh bien, que m'a préparé le chef aujourd'hui ? J'espère qu'il n'a pas trop forcé sur le caviar car je déteste ça. »
La blonde le regarda d'un air impassible. Décidément, tous ses efforts pour la dérider se soldaient par un échec. Si au moins elle voulait bien lui parler. Il préférait même se prendre à nouveau une rouste plutôt que ce silence de mort. Sakura aurait mieux fait de ne pas s'en mêler.
« Temari , l'appela-t-il au moment où elle refermait la trappe. Est-ce que tu veux bien me raconter ta version des actes que j'ai perpétrés ? »
Elle le fusilla du regard, les muscles de sa mâchoire crispés. Sasuke s'approcha de la porte et agrippa fermement les barreaux en la suppliant des yeux.
« S'il te plaît… J'ai besoin de savoir.
- Ça ne sert à rien que je te raconte ça. »
Ne disait-on pas 'aimable comme une porte de prison' ? Temari était plus froide que la glace du Pôle Nord et son regard aussi dur que l'acier. Elle lui faisait froid dans le dos, et pourtant les Uchiha étaient des experts en la matière.
« Mais je dois savoir, ne serait-ce que pour pouvoir m'excuser correctement. Pour savoir ce que je dois me faire pardonner et…
- Te faire pardonner ?! » hurla-t-elle en saisissant son col à travers les barreaux. Elle le tira violemment en avant, cognant son visage contre le métal froid des barreaux. « Mais j'en ai rien à foutre de ton introspection. Tu ne mérites aucun pardon ! »
Puis elle partit comme une furie après l'avoir durement jeté à terre. Quelques gouttes de sang chaud coulèrent sur son épaule. Il posa sa main sur son oreille et constata que la peau était entaillée sous le choc du coup qu'elle avait reçu. Le pire c'était qu'il ne lui en voulait pas car il voyait toute la souffrance dans son regard. Et c'était pour elle qu'il voulait se faire pardonner. Il désirait éliminer la douleur qu'il lui avait causé.
POV Sakura
Devant la porte du bureau de Gaara se trouvait Naruto qui hésitait apparemment à entrer.
« Naruto, tu es là aussi ? demandais-je, comprenant parfaitement d'où venait le trouble chez mon ami.
- Vous aussi vous avez été convoqué ? Ça doit être à propos de Sasuke alors…
- En effet, je pense que c'est pour ça », répondit Shikamaru avant de toquer à la porte.
C'est Baki, un proche conseiller de Gaara, qui nous ouvrit et nous invita à entrer avant de sortir du bureau.
« Je vous ai fait venir car j'ai reçu une missive de la part de l'Hokage pour vous », déclara le Kazekage sans préambule.
Nous échangeâmes tous les trois un regard quelque peu inquiet, puis Shikamaru se saisit du parchemin désigné et l'ouvrit devant nous pour que nous puissions le consulter tous ensemble. Au fur et à mesure de la lecture, nos visages se décomposaient. C'était peu de dire que Tsunade-sama était furieuse après nous. Particulièrement après Shikamaru qu'elle pensait plus intelligent que ça et après moi qui étais tout de même sa protégée. Elle finissait par nous donner une semaine pour résoudre nos affaires et rentrer à Konoha avant que l'on ne soit tous déclarés nukenin.
« On peut dire qu'elle est vraiment furieuse là…
- Je suis surpris qu'elle nous laisse une semaine avant de rentrer à Konoha. Pourquoi ne nous impose-t-elle pas notre retour immédiat ? demanda judicieusement Shikamaru.
- C'est parce que je le lui ai demandé, répondit Gaara en s'attirant nos regards surpris.
- Ah bon ? Pourquoi lui avoir demandé ça ?
- Parce que le procès de Sasuke Uchiha va débuter demain et qu'il semble compliqué de vous demander de partir dans ces conditions. »
La surprise était encore plus forte pour nous. Pourquoi Suna était si pressé de faire ce procès ? D'habitude, les prisonniers attendaient des semaines voire des mois avant que leur cas ne passe devant un jury.
« Pourquoi autant de précipitation ? demandais-je.
- Précipitation ? Détrompe-toi Sakura, il ne s'agit pas de ça. A Suna, nous mettons un point d'honneur à rendre rapidement justice, pour le bien être des victimes comme des accusés.
- Et comment se passe un procès ici ? interrogea Shikamaru.
- Cela se passe en trois jours. Le premier jour est pour l'accusation. Les charges retenues sont exposées et les preuves démontrées. Le deuxième jour est pour la défense où l'accusé doit prouver son innocence ou ne serait-ce qu'expliquer son geste. Car s'il reconnaît lui-même sa culpabilité, c'est le moyen qui s'offre à lui d'alléger sa peine. Enfin, le troisième jour est le délibéré du jury qui rend son verdict le soir-même.
- Et comment est composé le jury ? demandais-je.
- Cela varie selon l'importance des affaires. Pour celle-ci, le jury sera composé de onze personnes tirées au sort parmi les habitants de Suna, qui ne sont pas liées à cette affaire de près ou de loin, afin de garantir leur impartialité. Au détail près qu'une de ces personnes doit faire parti du conseil des sages ou bien des conseillers du Kazekage. »
Cela ne changeait pas grand-chose car tous les habitants de Suna vouaient une haine indéfectible envers Sasuke. Il allait se faire manger tout cru et je ne voyais pas ce que je pouvais faire pour l'aider.
« Mais, il a bien droit à un avocat, n'est-ce pas ? demanda Naruto avec espoir.
- Bien entendu.
- Mais on n'aura pas le temps d'aller chercher un avocat de Konoha ! m'exclamais-je. Il faut repousser le début du procès.
- C'est impossible. Suna est très attaché au protocole. Si j'agis pour repousser le procès ce sera perçu comme un traitement de faveur et je peux vous assurer que rien n'en sortira de bon pour Sasuke.
- Mais c'est injuste ! Jamais un avocat de Suna ne fera de son mieux pour le défendre. Tout le monde le hait !
- Sakura, je te ferai remarquer que cet état de fait est le même pour ceux de Konoha.
- Je vais le représenter », déclara Shikamaru, provoquant un long silence dans le bureau du Kazekage.
Je le regardais, ébahie. Il était tout ce qu'il y a de plus sérieux et j'acquis la certitude qu'il faisait ça pour moi. Juste pour moi. Mais il allait donner tout ce qu'il avait pour sortir mon ami de ce piège, toute son énergie et toute son intelligence.
Un sentiment de fierté emplit mon cœur qui fondit une fois de plus pour cet homme exceptionnel.
