Jeudi 10 décembre, dans la nuit
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J : Salut, t'es là ?
J : Je viens de découvrir que ce site a une messagerie instantanée.
W : Oui, je vois ça.
J : J'avais jamais vu avant. Je suis pas sûr de comment je suis censé savoir quand tu es en ligne ou non, mais je me suis dit que je pouvais tenter de voir si t'avais un peu de temps pour dire bonjour. Sauf si c'est le milieu de la nuit, là où t'es ?
W : C'est le milieu de la nuit, mais c'est aussi le cas (en tout cas très tôt le matin) à Londres. J'ai deux fuseaux horaires de retard sur toi.
J : Ouais, je dors pas toujours bien. Je suis éveillé depuis un petit moment, c'est pas grave. Tu ne peux pas me dire dans quel pays ?
W : Non. Pas dans ton hémisphère…
J : Pas de problème. Par contre, tu m'as jamais dit ce que tu fais. C'est des voyages d'affaires ?
W : D'une certaine façon, oui, mais pas dans le sens costume-trois-pièces-et-attaché-case-à-Wall-Street.
J : Bordel, tu me fais tellement penser à un type que je connais. Réponses évasives et services secrets… Tu t'appellerais pas Mycroft, en vrai ? Parce que si c'est toi, attends-toi à recevoir mon poing dans la gueule très vite.
W : Non, ce n'est définitivement pas mon nom. Bien qu'il me faille admettre que « William » n'est pas le prénom que j'utilise d'habitude.
J : C'est quoi ton vrai nom, alors ?
W : William est techniquement mon premier prénom, sur le plan légal, mais presque personne ne le sait. Je me présente le plus souvent sous un de mes autres prénoms à la place.
J : Tu en as plusieurs ?
W : J'en ai deux. Atroces, tous les deux. Comme l'est le prénom Mycroft, si tu veux mon avis.
J : Ouais, je peux pas dire que je suis pas d'accord. Quels parents appellent leur enfant « Mycroft », sérieusement ?
W : Des sadiques ?
J : Ha ha !
J : Mon deuxième prénom, c'est « Hamish », au passage, et c'est un peu du même acabit. Puisqu'on partage ce genre d'infos.
W : Un prénom héréditaire ?
J : Bien vu. Il y a une LOOOOOONGUE lignée de Hamish du côté de ma mère, ses parents ont eu le cœur brisé quand leur seul enfant s'est avéré être une fille. Sur son lit de mort, mon grand-père a eu comme dernière volonté que je sois nommé d'après lui à ma naissance.
W : Et ta mère a fait son devoir de mémoire sur ton second prénom, à la place.
J : Pas vraiment un devoir de mémoire, vu que c'est mon grand-père lui-même qui m'a raconté encore et encore cette histoire, à chaque fois qu'on s'est vus pendant les vingt années suivantes. Cette vieille branche a vécu jusqu'à 96 ans. Il est resté deux décennies de plus pour travailler la culpabilité et faire respecter ses « dernières volontés ». J'imagine que mon obstination ne vient pas de nulle part…
W : En tout cas, je promets que mon vrai prénom n'est pas trop embarrassant. Je suis juste méfiant à l'idée de laisser plus de traces que le strict nécessaire sur internet. J'espère que tu me comprends. Beaucoup des personnes que je rencontre préféreraient véritablement éviter ma présence et c'est une précaution qui n'est pas à leur portée, quand ils ignorent qui je suis.
J : Merci, j'ai compris. Et il n'y a vraiment pas de problème. Je vais juste réduire tes possibles carrières à celles d'agent secret ou d'inspecteur d'armement pour l'ONU.
W : L'un comme l'autre impliquerait probablement des hôtels plus huppés que les miens.
J : Ouais, j'imagine. Mais ça me ferait un peu débander de découvrir finalement que tu fais de l'audit dans des usines de roulements à billes ou quelque chose du genre ;-)
W : Est-ce que tu viens de me faire un clin d'œil ?
J : Pas littéralement.
W : Tu viens bien de me faire un clin d'œil.
J : Je pensais que tu venais sur ce site pour trouver quelqu'un avec qui flirter ?
W : Je… ne m'attendais juste pas à ça.
J : J'ai quasi pas dormi et tu joues à l'évasif à propos de toi. Ça semblait approprié.
W : Je pense que j'aime bien ce côté désinhibé chez toi, alors. Dis-moi quelque chose qui n'est pas déjà écrit sur ton profil ?
J : Mmmmh… Je me suis rasé la moustache ?
W : Tu n'aimais pas ?
J : Ça m'allait pas. Et ça piquait.
W : Tu es mieux sans.
J : Je me sens mieux sans.
J : Je pense que quelque part, j'essayais de me réinventer. Créer une rupture avec mon ancienne vie, tu sais ? Mais j'ai décidé que je voulais pas me réinventer comme un type qui porte une moustache sans se rendre compte qu'il a l'air ridicule, alors je l'ai rasée.
W : Je n'ai pas dit que tu avais l'air stupide, j'ai juste exprimé une préférence.
J : Ouais, et je l'ai pas rasée juste pour toi. C'est pas comme si t'étais ici pour voir, de toute façon. Pas encore ;-D
W : Encore un clin d'oeil.
J : :-p
W : Tu as besoin de dormir.
J : Ouais, je sais. D'ailleurs je vais quitter et essayer pendant une heure avant d'aller bosser, je me tape beaucoup de patients en ce moment à la clinique. Peut-être qu'on se reverra ici plus tard ?
W : Tant que tu n'emploies pas l'expression « se taper des patients » comme un euphémisme pour « coucher avec eux », oui.
W : Pardon, ce n'est pas ce que je voulais dire.
W : Par là j'entendais que je n'ai bien sûr aucunement le droit de te dire quoi faire de ta vie personnelle en étant à dix mille kilomètres de toi, mais pour répondre à ton dernier e-mail : la distance entre nous est temporairement nécessaire, mais elle n'est pas réjouissante. Et étant donné la possibilité que cette distance se réduise dans un futur proche, je ne « vois » personne d'autre en ce moment.
J : Tu rentres bientôt en Angleterre ?
W : Si tout va bien dans mon travail. Je ne sais pas quand.
J : C'est une bonne nouvelle en tout cas. Et non, je ne disais pas « me taper des patients » dans ce sens là, idiot. Je n'évite pas activement de rencontrer quelqu'un, mais je ne cherche rien non plus, et certainement pas dans mon travail. Pour être honnête, ce qu'on a là, tous les deux, c'est à peu près tout ce à quoi je suis prêt.
W : Bien. J'essaierai de respecter cela.
J : Si tu ne peux absolument pas te retenir et que tu sens que tu as le besoin irrépressible d'utiliser un smiley, je pense que je pourrai m'y faire.
W : Ça n'arrivera pas.
J : J'ai le droit de rêver…
W : Alors que tes rêves soient doux. Bonne nuit.
J : Toi aussi.
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Yes, déjà.
En tout honnêteté, j'aime énormément ce chapitre. J'ai pas pointé du doigt pourquoi, peu importe d'ailleurs, je le kiffe :3
Merci pour votre lecture, merci pour vos reviews, merci à Flo'w, qui bêta à une vitesse supraluminique-parce-que-je-lui-donne-les-chapitres-à-corriger-au-dernier-moment...
Et à bientôt !
