Lundi 14 décembre
W : Bonsoir (bonjour?) (c'est le soir ici, l'après-midi chez toi, je crois). Préviens-moi quand tu rentres du travail ?
W : Je répondrai avec plaisir à tes questions, mais je ne sais vraiment pas comment le faire dans un e-mail.
J : Oh, salut ! Je suis en congé aujourd'hui, en fait. J'étais en train de zoner sur internet. Tu sais, je regardais des photos de chats et des trucs comme ça. Tout va bien pour toi ?
W : Je ne te voyais pas du genre à regarder des photos de chats.
J : « Des photos de chats », c'est façon de parler. Je suis plutôt en train de troller des sites d'informations avec des histoires improbables auxquelles j'aurais même pas réagi si je m'ennuyais pas tant. C'est une vieille habitude.
W : Tu as le temps de discuter alors ?
J : Tout le temps du monde. Plus rien ne m'arrive jamais maintenant.
W : Pose tes questions, dans ce cas. Je ne sais pas comment organiser les « révélations, anecdotes ou quelque chose ». Il y a un quelque chose en particulier que tu veux savoir ?
J : Ça donne l'impression que je fourre mon nez dans des affaires qui me concernent pas, dit comme ça, mais… OK.
J : On peut commencer avec une facile : quand est-ce que tu a compris que tu étais homo ?
W : C'est une facile, ça ? J'imagine que c'est le cas pour certains. Pour moi… Au milieu de ma puberté, je pense. Je n'ai jamais été vu comme « le gay » et j'ai tendance à perturber le « gaydar » des autres (j'ignore si des gens pensent vraiment qu'une telle chose existe).
J : Donc t'aimais le foot et le rugby, gamin, au lieu des pop stars et des comédies musicales ?
W : Mes parents auraient méprisé les uns comme les autres. Ils ont été presque plus déçus par ma décision de laisser tomber l'université qu'ils ne l'étaient quand je leur ai parlé de mon homosexualité.
J : On rigolait donc pas avec les études chez toi.
W : Ma mère a deux doctorats et mon père en a trois. Ils étaient positivement choqués quand mon frère et moi n'avons pas pris la même voie.
J : Ton frère a laissé tombé les études supérieures aussi ?
W : Non, il a fait exactement ce qu'on attendait de lui, a obtenu le diplôme brigué dans le domaine qu'il avait choisi, mais il n'a jamais vu l'intérêt de chercher plus de qualifications non plus.
J : D'accord. Alors tu leur as dit que tu étais gay quand tu étais ado ?
W : Je n'ai eu de réelle expérience avec aucun des genres pendant longtemps. J'ai toujours été petit pour mon âge, maigrichon et avec une grande gueule néfaste pour les relations sociales. Je ne suis toujours pas doué pour comprendre quand je ne dois pas dire certaines choses, parfois. C'était pire à l'époque.
J : Tu étais plus intelligent que tes camarades de classe, je suppose.
W : Plus intelligent que mes professeurs également.
J : Ouais, ça je peux le croire :-)
W : Puis j'ai atteint la puberté et j'ai grandi d'un coup. J'ai toujours été maigre, mais je suis carrément devenu rachitique, dégingandé, boutonneux, je n'étais donc vraiment pas en position d'attirer l'attention romantique de qui que ce soit.
J : Dans ton premier message, tu disais que tu es « généralement considéré comme séduisant. » J'imagine que tu as fini par t'épaissir ?
W : Oh, je suis toujours rachitique et dégingandé. Mais avec style, maintenant.
J : Je vais pas te demander une photo parce que je sais que tu me diras non, mais sache que j'essaie vraiment très fort d'imaginer ;-)
W : Continue d'imaginer.
J : OK. Donc. Pas de petite-copine ni de petit-copain, et tes parents ont fait un scandale quand tu as parlé de ton homosexualité.
W : Il y a plus que ça.
J : Je t'écoute ?
W : J'étais scolarisé en internat pour mon lycée (pendant tout mon second cycle, à vrai dire). Un nouvel établissement dans lequel personne ne me connaissait d'avant. Là-bas, j'ai rencontré un garçon qui ne cachait pas son attirance pour moi. Au bout de quelques mois, nous passions le plus clair de notre temps dans les placards d'entretiens et derrière le gymnase.
J : Vous sortiez ensemble, ou c'était juste comme ça ?
W : Je pensais qu'on sortait ensemble. Il s'est avéré que c'était l'autre option.
J : Navré pour toi.
W : Ne le sois pas. C'était une leçon importante. Mais cette expérience m'a enfin amené à « sortir du placard » auprès de ma famille (je pensais que lui et moi resterions ensemble pour toujours, à l'époque. C'était naïf, je sais, mais j'avais seize ans et j'étais plein d'espoirs. Personne n'avait jamais vraiment eu envie de souffrir ma présence, avant lui.)
J : Et ta famille l'a mal pris.
W : Ils m'ont retiré du lycée et ont trouvé un autre établissement, plus strict, pour moi. Un qui ne tolérait pas « ces aberrations », comme disait mon père.
J : Tu as gardé contact avec ton ami/petit-ami ?
W : J'ai essayé, mais il m'a très clairement fait savoir que j'avais juste été un orifice bien pratique, qui ne l'était plus. C'était une école non-mixte et il « n'était pas homo » donc ça n'aurait de toute façon pas duré. Ses options étaient limitées et j'étais simplement le plus crédule.
J : C'est terrible. Je sais que j'ai pu penser de cette façon à propos de certains de mes coups d'un soir, à l'époque du début de l'armée, mais je ne l'ai jamais dit aux filles concernées. Et je grince des dents, quand j'y repense aujourd'hui.
W : Ça reste la seule vraie « relation », pour ce qu'elle vaut. J'ai vu quelques autres personnes depuis, bien sûr, mais jamais personne avec qui j'ai voulu plus que quelque chose de physique.
J : Tu as manqué des choses alors. Le sexe, c'est sympa, bien sûr, mais c'est autre chose de juste s'asseoir dans un silence convivial ou de partager le canapé en gueulant contre la télé ensemble. Avoir quelqu'un en qui tu peux avoir confiance.
W : C'est ce qui te manque, depuis ton colocataire ?
W : Merde. Pardon, c'était mal vu de ma part. Je voulais pas que ça sorte si brutalement.
W : Fais comme si je n'avais rien dit.
J : C'est rien. Et ouais, j'imagine que oui.
J : Je n'avais jamais eu ce genre de complicité en dehors d'une relation amoureuse, avant, mais c'était bien. On s'engueulait parfois, comme n'importe quelles personnes qui vivent ensemble, mais sa présence me manque, tout simplement. Pour des trucs comme ça : se charrier, parler de tout et de rien, et puis de temps en temps, avoir une conversation plus profonde qui me donnait de quoi réfléchir pendant des lustres ensuite.
W : C'est ça, être dans une relation romantique sérieuse ? De ton expérience, du moins ?
J : Dans les bonnes, ouais.
J : Parfois, le sexe est fantastique et on ne fait que penser à l'autre. Mais si tu ne trouves pas de réconfort dans les moments calmes, aussi, ça ne peut pas marcher.
J : J'imagine que c'est aussi bien que toi et moi puissions voir notre compatibilité maintenant sur ce point, pendant que tu voles encore pour je-ne-sais-où, comme ça, quand/si tu rentres en Angleterre, on pourra tout de suite sauter à la partie fun :-D
W : Tu voudras toujours de moi ? Même maintenant que tu sais que, sur le plan des relations, je suis si mauvais que je n'en ai jamais eu de vraie ?
J : Il faut une première fois à tout.
J : Et j'ai hâte de voir un peu plus de ce flirt embarrassant que tu mentionnais l'autre fois ;-)
W : Je peux définitivement promettre l'aspect « embarrassant ».
J : T'en fais pas pour ça. J'aime quand c'est embarrassant.
J : Et à voir ce mot écrit trois fois de suite, ça paraît bizarre. Embarrassant. Embarrassant. Embarrassant. Embarrassant. Trop de consonnes doubles.
W : Tu es adorable.
J : On me l'a pas sorti depuis un moment, ce qualificatif-là. Ces derniers temps, j'ai surtout été « inoffensif » ou « une crème ». Ou « ce pauvre John Watson. »
W : Tu préférerais qu'on emploie d'autres termes ?
J : Irrésistible ? Talentueux ? Sexy ? *clin d'œil*
W : Dis-moi s'il te plaît que tu n'as pas vraiment fait un clin d'œil à ton ordinateur.
J : Pas avant, mais maintenant, oui.
J : Il faudrait que tu sois là pour en percevoir tout l'effet.
W : J'aimerais être là.
J : J'aimerais que tu sois là aussi.
W : John, il faut que j'y aille. Je suis désolé. On se reparle en ligne bientôt ?
J : Avec plaisir. Passe une bonne nuit.
W : Toi aussi.
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Merci pour vos reviews, c'est si chouette !
Merci à Fleuw', VMVC !
Merci à wendymarlowe pour laquelle j'ai tellement de gratitude parce que j'ai eu le droit de traduire cette fic et maintenant de la partager avec vous et au risque de me répéter, c'est si, si chouette.
Bref, trêve de mignonneries et de points d'exclamation enthousiastes, et à bientôt !
