Lundi 18 janvier

W : John ?

W : Évidemment tu n'es pas là pour l'instant, mais je vais garder la fenêtre ouverte juste au cas où

W : Tu avais raison à propos de ce site, ils devraient vraiment inclure un moyen de savoir si un potentiel « aspirant » est en ligne ou non. Cette espèce d'injonction « Ecris au cas où et espère qu'on te réponde » est loin d'être idéale.

J : William ! Désolé, j'étais sorti.

J : Donne-moi une minute pour ranger mes courses et je suis tout à toi.

J : Pardon de t'avoir fait attendre

W : John

W : C'est pas vraiment comme si j'avais autre chose à faire en ce moment

J : Désespérément désœuvré ?

W : Tu es médecin. Tu dois savoir ce que c'est d'être un patient à l'hôpital.

J : J'y ai passé quelques mois après m'être fait tirer dessus. Ouais, je sais exactement ce que c'est.

J : J'ai l'impression que tu ne peux pas me raconter exactement ce qui s'est passé, mais est-ce que tu peux me dire en quoi consistent tes blessures ? En plus de la fumée inhalée (j'imagine) et des brûlures ?

W : Ça dépend, est-ce que te dire que je souffre affreusement me rapportera plus de compassion de ta part ? Ou est-ce que je devrais écarter ça de façon plus masculine avec un « Ce ne sont que quelques os cassés » ?

J : Idiot :-) Tu t'es vraiment cassé quelque chose ? Il faut pas s'attendre à ce que ça soit guéri en seulement quelques semaines.

W : Non, rien de vraiment cassé. La version courte, c'est qu'il y a eu un incendie, que je suis sorti du bâtiment, mais que j'ai finalement dû marcher sur une bonne distance pour alerter mes employeurs de ma situation. Le résultat, c'est que mes blessures ont pris la terre et le sable, ce qui a augmenté mon risque d'infection (d'où le temps de guérison prolongé).

J : Ooh, oui, ça peut être mauvais ça. J'avais raison pour l'inhalation de fumée ?

W : pas de lésions pulmonaires, mais oui.

J : Je suis navré.

W : Pas besoin. Un incendie est rarement une bonne façon de conclure une transaction professionnelle, évidemment, mais dans mon cas, ça simplifiait grandement les choses. Et ça m'a permis de terminer ce qui aurait pu devenir une corvée affreusement longue. Même avec le temps de convalescence, je serai rentré plus tôt grâce à ça.

J : On dirait que tu n'aimes pas particulièrement ton boulot.

W : C'était nécessaire, mais je déteste ça. Je n'arrête pas de voyager encore et encore et les endroits où je vais ne sont vraiment pas Londres.

J : Tu aimes cette ville tant que ça ?

W : C'est le seul endroit où j'ai eu l'impression d'avoir ma place. La première fois que je l'ai visitée, petit, j'ai faussé compagnie à ma nounou et passé deux heures à errer sur Regent's Park, tout seul. Même là, j'avais l'impression d'être chez moi.

J : Bordel ! T'avais quel âge ?

W : J'étais assez jeune pour me faire ramasser par un agent de police qui trouvait étrange que je sois là sans adulte pour me surveiller.

J : Tu as beaucoup fait ça ? Errer comme ça ?

W : Seulement quand je m'ennuyais. Je n'aimais pas beaucoup cette nounou.

J : Tu as grandi avec des nourrices, donc ?

W : Mes parents étaient (et sont toujours) très occupés, la plupart du temps. Ils sont tous deux mondialement reconnus dans leurs domaines respectifs et aucun des deux n'avait beaucoup de temps à dévouer à l'éducation de leurs enfants.

J : D'où l'internat.

W : Exactement.

J : J'imagine que c'est un point sur lequel j'ai eu de la chance, alors. Mes parents se sont tous les deux investis avec ma sœur et moi, jusqu'à la mort de mon père. Ma mère n'a plus jamais vraiment été pareille, après ça, mais elle fait toujours de son mieux. Elle me tricote des tas de pulls.

W : Tu les portes ?

J : Je porte beaucoup de pulls :-) Un petit médecin avec des pulls en laine, ça aide vraiment à détendre les patients, assez pour qu'ils me disent la vérité sur leurs problèmes.

W : Tu es bon médecin, du coup ?

J : Ça dépend de ce qu'on me demande de faire ;-) Je ne peux plus exercer en bloc opératoire, raison pour laquelle je suis rentré à Londres, à la base, mais j'aimerais avoir l'opportunité de voir un peu plus que des irruptions cutanées mystérieuses et des gorges douloureuses, de temps en temps. J'avoue que ça me plaît pas mal, les patients qui ont quelque chose de terriblement embarrassant et qui essaient de me le cacher.

W : Comme quoi ?

J : Sans donner de détails spécifiques ni de patient précis : c'est le plus souvent un type d'infection sexuellement transmissible qu'ils auraient attrapé à cause d'un moustique zombie ou en léchant un siège de toilettes dans un pub. Ils n'admettent quasiment jamais qu'ils ont couché avec la voisine ou leur secrétaire ou quoi que ce soit.

W : Ils préfèrent dire qu'ils ont léché un siège de toilettes dans un pub plutôt que d'avouer qu'ils ont eu un rapport sexuel ?

J : « C'était un pari. » C'est toujours un pari.

W : Tu soignes des débiles.

J : Un pourcentage statistiquement élevé d'entre eux, ouais. Les débiles ont tendance à avoir besoin de voir plus souvent leur médecin parce que les choses débiles remplissent une bonne part de leur emploi du temps.

J : Est-ce que tu t'es déjà blessé en faisant quelque chose de stupide ? Tout le monde a au moins une anecdote sur les urgences pédiatriques.

W : Eh bien pas moi.

J : Vraiment ?

W : Ma nounou suivante, la seconde, a été engagée pour ses connaissances en premiers secours et en soins d'urgence. Je n'ai jamais eu besoin d'aller aux urgences, enfant.

J : . . .

J : Qu'est-ce qui s'est passé pour la première nounou ?

W : Je ne suis pas entièrement responsable.

J : Laisse-moi deviner : c'est elle qui a fini par aller aux urgences ?

W : C'est une histoire qui mérite d'être racontée en personne. Pour voir tes expressions et savoir quand je dois m'arrêter.

J : Ha

J : OK

J : J'ai hâte d'entendre l'histoire en entier. Les histoires d'enfance embarrassantes font une excellente matière à conversation pour les premiers rendez-vous.

W : Et tu as hâte d'avoir un premier rendez-vous avec moi ?

J : Plus que j'ai envie de l'avouer, même à moi-même

J : J'espère que ça ne te fait pas trop peur

J : Je veux dire, c'est pas que je mets tous mes espoirs de « pour toujours » sur toi, bien sûr, mais tu es la seule personne qui m'as permis de me sentir *heureux* depuis la mort de mon coloc. Même si ça ne marchait pas entre toi et moi, je ne regretterai jamais de saisir cette chance.

W : Même si ça implique une crise d'identité sexuelle ?

J : Même avec ça.

J : C'était pas tellement une crise, de toute façon. Plutôt admettre ce qui couve sous la surface depuis des années.

W : Que tu es attiré par les hommes également.

J : Que je suis *potentiellement* attiré par *certains* hommes. Ce n'est pas pareil qu'avec les femmes. Ça m'a pris un moment pour comprendre comment ça marche exactement. J'y ai beaucoup pensé.

J : Tu as déjà été intéressé par les femmes (ou par une femme en particulier) de la même façon que tu l'es par les hommes ? Ou est-ce que tu es entièrement gay ?

W : « Entièrement », ça donne l'impression que mon pied gauche, mes fesses ou ma rate pourraient être hétérosexuels et pas le reste de mon corps

W : Mais non, de manière générale, je n'ai jamais été attirée sexuellement par les femmes. Il y en a une ou deux qui m'ont intrigué, mais je n'ai jamais été tenté de suivre l'envie jusqu'à agir.

J : Et quand tu fais tous ces voyages ? Tu vas à des endroits où être homo est illégal ? Est-ce que tu dois le cacher ?

W : Pour tout te dire, j'ai d'habitude une basse libido. Depuis toujours. Ça ne me dérange pas de passer des périodes à la longueur significative sans stimulation sexuelle. Je n'ai jamais été assez désespéré pour prendre des risques dans des pays où ça aurait pu m'attirer des problèmes, alors ce n'est pas un souci.

J : Donc tu… t'en passes, simplement ? À chaque fois que tu voyages ? C'est pas à peu près tout le temps, que tu voyages ?

W : J'ai déjà dit plus tôt que je ne recherche pas souvent de rencontres de ce type. Tu es une resplendissante exception, John.

J : Ça te dit de refaire une exception ce soir ? ;-)

W : Pour autant que je voudrais te dire oui, je ne suis pas vraiment dans les bonnes circonstances pour une discussion sexuelle (ou quel que soit le nom qu'on donne à ce genre de chose). Je suis toujours branché à des moniteurs qui prennent mes constantes vitales et quelqu'un s'en rendra probablement compte si mon cœur se met soudainement à battre trop vite.

W : Entre autres choses.

J : Merde, désolé. J'avais complètement oublié. Je me sens con, maintenant.

J : Tu ne t'épuises pas quand on discute pendant si longtemps, hein ?

W : Pas du tout

W : Enfin c'est faux. En fait, si, je suis épuisé. Mais je ne veux pas te dire au revoir.

J : Ne me dis pas au revoir alors.

J : Va dormir et on peut tous les deux laisser le site ouvert. Tu peux imaginer que c'est moi qui te veille.

W : C'est étrangement adorable. Merci.

J : Je vais rester ici jusqu'à ce que j'aille dormir. Repose-toi.

J : Hey

J : Il est minuit ici

J : Même si la notification de message risque de te réveiller, je voulais juste te dire que j'allais me coucher

J : Tu m'écris demain ?

.


Merci pour votre lecture !

Merci à Flo'w pour sa bêta !

Et à bientôt :3