Réponse à Mamsayi : Coucou, merci pour ton gentil commentaire :) Oui l'histoire est complexe, mais au fur et à mesure de la lecture, ça s'éclarcit et c'est voulu ainsi ^^

Bonne lecture !

Rencontrer le diable – Sixième leçon :

Vous vous posez probablement des tonnes de questions, seul, inquiet, sur le chemin menant à votre rencontre. Mais toutes les réponses sont derrière vous.

Je baillai à m'en décrocher la mâchoire et croisai les bras derrière ma nuque, me balançant sur la chaise de mon bureau. Encore dix minutes, pensai-je, en levant les yeux vers l'horloge accrochée à l'un des murs de la salle de classe, d'un blanc aseptisé. Dix-sept heures cinquante. Je commençais à étouffer derrière mon masque.

Malgré les nombreuses années d'enseignement derrière moi, la routine n'y faisait rien : j'étais toujours aussi impatient que les cours se terminent – probablement autant que les élèves eux-mêmes. Mon regard se posa aléatoirement sur la chevelure ébène et désordonnée de Sasuke Uchiha, occupé à remplir minutieusement les dernières lignes de sa copie.

Quelque chose de surréaliste se produisait dans l'établissement. Un inconnu, sorti du néant, débarquait il y a déjà plus de deux semaines ici, et proposait aux élèves de faire partie d'un projet de cinéma encore jamais vu. La nouvelle avait été accueillie dans un enthousiasme sans pareil – notamment après que Tsunade eût donné son aval, ce qui était totalement compréhensible, finalement. Depuis, une poignée de lycéens devenaient les héros de ce film insensé.

Sauf que moi, cet inconnu-là, je savais bien de qui il s'agissait. Et il ne venait certainement pas pour les raisons qu'il avait énoncées à son arrivée. Je n'étais qu'un prof, mais je constatais déjà les dégâts causés par ce dernier : les héros, ses héros, s'étaient enrôlés dans cette aventure, sans savoir qu'elle les couperait définitivement du monde qui les entourait. Leur énergie, leur soif de vivre, leur enthousiasme… Plus rien de tout ça n'existait. Il n'en restait plus que des esprits enchaînés à leur volonté toxique de satisfaire leur apparition à l'écran. Ils devaient être ainsi, car c'était l'image que l'on se faisait d'eux. Comment les qualifier ? Embrigadés ? Drogués ? Je ne savais pas trop. Mais j'étais persuadé que mon ami d'enfance, caché désormais sous un masque orange, avait passé toute sa vie à perfectionner son immonde crime prémédité – après avoir commis l'irréparable lorsqu'il était lui-même lycéen, dix-sept ans plus tôt…

...

D'un revers de main, je chassai le satané moustique qui m'importunait depuis quelques minutes. Il faisait nuit noire, et seul un feu de camp nous permettait d'avoir une visibilité suffisante. Assis en tailleur et immobile face à mon meilleur ami, je le toisais depuis déjà plusieurs minutes, attendant calmement le moment où il finirait par craquer… Ce dernier montrait déjà des signes de faiblesse.

« Allez, grouille-toi. Avoue tout !

— Que dalle !

— Fais pas le con, t'es coincé !

Bon, tu fais chier Kakashi ! Oui, je lui ai demandé, et pour la centième fois, elle a refusé ! » finit-il par admettre à toute vitesse. Je le vis froncer ses épais sourcils noirs, et la lumière dansante du feu semblait refléter la rancune débordant de ses yeux d'ébène.

Je connaissais Obito Uchiha par cœur.

« C'est toi qu'elle aime, et depuis qu'on se connaît.

— Tu parles, marmonnai-je sans qu'il ne m'entende. Chut, elle est revenue… »

La jolie brune de dix-sept ans, sujet principal de la conversation à laquelle je venais de couper court, sortit de la grande tente où l'on avait décidé de faire du camping. C'était un soir d'été, et la chaleur devenait insupportable à l'intérieur des maisons nous avions pris l'habitude de dormir à la belle étoile dans ces moments-là, depuis notre plus tendre enfance. Je l'observai passer sa main dans ses courts cheveux bruns, puis s'asseoir près d'Obito et le charrier comme elle aimait tant le faire.

Rin avait cette manie de se passer la main dans les cheveux, lorsqu'elle était embarrassée. Je devinai déjà qu'elle avait probablement entendu une partie de notre conversation. Elle avait toujours été trop curieuse…

D'ailleurs, elle avait aussi eu ce foutu tic, quand je l'avais surprise avec Namikaze.

Tout le monde pensait qu'elle cherchait à s'attirer mes faveurs, puisqu'à chaque fois qu'un garçon lui faisait des avances, elle répondait que j'étais le seul à l'intéresser – alors que c'était entièrement faux, et ça me rendait dingue de ne pas savoir pourquoi elle faisait ça. C'est un vendredi soir, après les cours, que je découvris le pot aux roses.

Minato Namikaze était notre directeur, qui, après une brillante carrière de baseball, avait décidé de se consacrer à l'enseignement. Ma passion pour ce sport m'avait naturellement rapproché de lui, et j'allais souvent dans son bureau pour lui demander conseil – et éventuellement échanger quelques lancers sur le terrain du stade du lycée. Il me répétait toujours la même chose : « Kakashi, tu peux ouvrir la porte de mon bureau une fois que tu frappes, je te l'ai déjà dit » me disait-il en riant. Je ne l'avais jamais écouté, jusqu'à ce jour-là. Ce que je découvrais derrière la porte me valut de la refermer immédiatement après.

Rin flirtait avec le directeur. Rin flirtait avec qui ?!

Je tombai des nues, adossé à la sombre porte en bois massif. Il fallait que j'oublie ce que je venais de voir. Là. Tout de suite. Voilà.

Ce jour-là, je rejoignis Obito sur le terrain de baseball plus tôt que convenu. Ce dernier était assis à même le sol, seul, à observer les derniers rayons du soleil mourir dans l'obscurité naissante. Je pris place à côté de lui, en silence.

« Tiens, t'es déjà revenu ?

— Ouais je… Le dirlo n'était pas là » mentis-je.

Nous restâmes silencieux.

« J'ai un problème, Kakashi, m'avoua-t-il. Tu sais, ces histoires avec Rin… Je crois que ça commence à m'obséder. Pourquoi, hein ? Explique-moi. On a grandi ensemble tous les trois. T'es mon pote, je suis ton pote. Toi et moi, on est pareil. On a la même vie, les mêmes souvenirs, la même philosophie. Alors pourquoi elle n'a pas arrêté de te préférer toi à moi ? Est-ce que c'est physique ? Est-ce que si tu retires ton masque, ça changerait quelque chose ? Peut-être que, finalement, la solution est là il faudrait que tu retires ton masque. Puis tout ce mystère qu'elle pense t'entourer, disparaîtra. Pouf, comme ça. Disparu. C'est ça. Retire ton masque. Retire ton putain de masque de merde, Kakashi. »

Obito pétait complètement les plombs. Je n'aimais pas quand il devenait comme ça. Fou à lier. Plus on grandissait, et plus ses accès de paranoïa devenaient fréquents.

Au fil des années, il avait ces moments. Ces accès de presque-folie, que je détestais voir. Ca lui prenait, comme ça, sans prévenir. Alors un jour, il était entré dans une colère noire parce qu'au réfectoire, ils avaient changé la marque des compotes. Ouais, rien que ça. Mais pourquoi les avaient-ils changées ? Les compotes précédentes étaient très bien. Elles étaient très bien, à la pomme et à l'abricot, pas trop sucrées, mais juste assez, très froides et très bien. Est-ce que c'était pour contrarier le monde entier qu'ils avaient changé de marque ? Pourquoi changer quelque chose de très bien, comme ça ? Telle était sa réflexion.

Il avait changé, depuis qu'on se connaissait – la maternelle. Je l'avais connu rayonnant, souriant, un peu tête en l'air… Mais enfin, je n'étais qu'un gamin de quatre ans à l'époque. Ma perception ne pouvait pas être la même qu'à dix-sept ans. Mais, cette même perception, elle n'excusait pas entièrement sa déchéance, hein ?

« Obito, mon masque n'y est pour rien », soupirai-je simplement, las. Même si une partie de moi commençait à avoir des sueurs froides.

J'avais lutté pour garder mon secret, depuis. Malgré tout, j'avais cessé d'aller voir Namikaze, par peur de revoir… ce que j'avais vu. Oh, ce n'était rien de choquant, c'est vrai. Ils étaient juste dans les bras l'un de l'autre mais ça suffisait amplement pour que mon sang ne fasse qu'un tour. Et d'un coup, l'estime que j'avais pour lui et pour ma meilleure amie s'était effondrée. Et plus le temps passait, plus ça me tuait de la voir faire comme si rien ne s'était passé, de faire semblant de n'avoir d'yeux que pour moi de faire semblant d'ignorer Obito pour cette raison, montée de toutes pièces. Et j'étais là, cette nuit d'été, face à mon feu de camp, à les observer se chamailler comme si de rien n'était. Et ça me rendait fou furieux.

Le lendemain matin, je me levai aux aurores et sortis de la tente, laissant Obito encore endormi. J'aperçus Rin, au loin, assise en tailleur sur un rocher – probablement en pleine méditation matinale. Je courus vers elle et l'interrompit sans plus de cérémonies.

« Kakashi, t'abuses, fit-elle sans ouvrir les yeux, mécontente.

— Faut qu'on parle » fis-je en me tenant face à elle, essoufflé.

Elle ouvrit ses grands yeux bruns, débordant de consternation. Je restai silencieux quelques instants, me demandant comment aborder le sujet. Je pris place à côté d'elle et annonçai simplement :

« Je t'ai vue avec le dirlo, l'autre fois. »

Je n'osai me tourner vers elle, et me contentai d'observer son silence, les yeux perdus dans le vide. Mais je la vis tout de même, du coin de l'œil, plonger les mains dans ses cheveux.

« Ecoute je… tentai-je de reprendre. Je m'en fous de tout ça, OK ? Enfin, ce que j'en pense, c'est pas ton problème. Mais juste… Arrête ton cinéma avec moi. Obito en souffre, tu sais comme moi qu'il est fragile et là, et il est littéralement en train de péter les plombs.

— C'est pas ce que tu crois. Et puis, qu'est-ce que tu veux que je lui dise, à Obito, hein ? Que je ne veux pas de lui parce que j'aime Minato ? Alors tu faisais très bien l'affaire. C'est vrai que je t'avais aimé, étant plus jeune. Jusqu'à notre entrée au lycée… Alors j'ai prétendu que c'était toujours le cas. Et chaque fois que je parlais de lui, je remplaçais son nom par le tien, et puis c'est tout. C'était bizarre au début, mais c'était mieux pour nous.

— Je vois que tu l'appelles par son petit nom maintenant.

C'est pas ce que tu crois ! » insista-t-elle. Elle s'était désormais levée, me faisant face, et un torrent de larmes dévalait les joues d'un visage crispé par la fureur.

« Je me suis trompée dès le départ. Ce que t'as vu la dernière fois, ça ne s'est produit que ce jour-là. J'ai tenté de lui faire comprendre mes sentiments, pensant qu'ils pouvaient être réciproques – alors que je me plantais sur toute la ligne. J'ai pris sa gentillesse spontanée pour autre chose. Je suis conne. Conne, conne, conne. La pire des connes !

— Calme-toi, Rin !

— Il n'y est pour rien, OK ? m'assura-t-elle, en essuyant ses larmes d'un revers de main. J'avais pris mon courage à deux mains, je lui ai dit ce que j'avais sur le cœur et j'avais fini par l'enlacer – c'est à ce moment-là que tu as dû ouvrir la porte. Après quelques secondes, il m'a repoussée. Il a été exemplaire. Il m'a simplement dit qu'il avait une femme très malade, un gosse qui venait de naître, qu'il les aimait plus que tout et qu'il n'était pas celui que je croyais. Et qu'il était désolé. »

Pile au moment où elle terminait sa tirade, nous entendîmes des pas feutrés s'éloigner, provenant du voisinage d'un des arbres nous entourant.

Obito avait tout entendu.

...

La sonnerie de la cloche dissipa rapidement ma torpeur. J'ordonnai mollement à mes élèves de poser leur crayon, et de me ramener leurs copies. Alors que j'étais sur le point d'enfin sortir de la salle de cours, je me retrouvai nez à nez avec Uzumaki et Nara.

« Tiens, bonjour, vous deux.

— C'est pas bon, ce qui arrive, vous savez. Pas bon, pas bon, pas bon » fit Nara en déboulant dans la salle, sans explications.

Je l'observais se ruer sur une des chaises de la salle vide, s'asseoir brusquement et se prendre la tête entre les mains. Je haussai les sourcils, ne l'ayant jamais vu aussi paniqué. Il reprit :

« Ca s'est mal passé, mon tournage. Je savais que ça allait être dur, alors voilà. Tobi avait préféré garder la surprise jusqu'au jour J : il avait convié le champion national de Go, et je devais le battre. C'était ça, son scénario. Bien sûr, j'en étais incapable ! Enfin, j'en aurais été capable si j'étais pris dans son tour de passe-passe flippant. Alors, sachant pertinemment que si je perdais, j'étais démasqué j'ai cédé. En fait, je pense qu'il m'avait grillé dès le départ. Maintenant, je vais devenir comme tous les autres ! Je ne pense pas garder toute ma tête dans les jours à venir, alors… Je suis désolé d'avance, m'expliqua-t-il dans un regard affolé. Naruto est le seul à pouvoir prendre le relais. Il va bien. Mais… Il va falloir tout lui dire.

— Ca vous tuerait de me dire de quoi vous parlez ?! finit par s'écrier ce dernier, complètement perdu.

— OK… Je ne pensais pas que ça allait arriver de sitôt » marmonnai-je.

D'un geste, j'invitai Naruto à s'asseoir face à moi.

« Naruto, tu sais que je suis au courant de l'histoire de Sasuke. Tu vas bientôt avoir dix-huit ans, et il était prévu que tu le saches à ce moment-là… Mais voilà. Les circonstances font que tu sauras tout un peu plus tôt… Tu risques d'être secoué par ce que je vais te dire.

— Shikamaru m'a raconté ses soupçons, et m'a dit que vous aviez des choses à me dévoiler. Je… suis prêt. Allez-y, fit-il avec une détermination que je n'avais encore jamais vue chez lui.

— Bon, je… OK, capitulai-je. Premièrement, Minato Namikaze a été assassiné, et n'est pas mort naturellement. Deuxièmement, ce sont les autorités qui ont camouflé cette affaire non résolue en accident, dans le but de te protéger… Puisque c'était ton père biologique. Et enfin… Les Uchiha sont impliqués dans son meurtre. Et Sasuke le sait. La seule chose qu'il ne sait pas, c'est que tu es le fils de la victime. Et ça change tout. »

J'observais Naruto, tête baissée, les yeux rivés sur le bureau, les poings fermés, fronçant ses sourcils au possible – ils ne faisaient plus qu'un. Ce que je redoutais était arrivé : j'étais celui qui devait lui révéler les lourds secrets de sa vie. Oui, je redoutais ce moment, parce qu'intérieurement, je ne supportais pas de le voir ainsi en train de puiser dans ses dernières réserves de courage pour ne pas s'effondrer. Je sentis comme un cruel coup de poignard cœur, lorsque je vis une larme percuter le bois du bureau. Je fermai les yeux, pris une profonde inspiration, et me décidai à terminer ce que j'avais à lui dire.

« Tobi est un Uchiha, et je suis intimement convaincu qu'il est à l'origine de ce drame, continuai-je – pour ne pas dire que j'en étais certain. Il en a après toi. Tout ça, toute cette mascarade qu'il a créée de toute pièce... C'est dans le but de terminer ce qu'il a commencé il y a dix-sept ans. Heureusement, tu n'as pas été pris au piège. Et ça… C'est la seule chose qu'il ne sait pas.

— Attendez… S'il vous plaît » me supplia Naruto.

Nous observâmes l'un des plus longs silences de ma vie, même s'il avait dû durer une poignée de secondes tout au plus. Je baissai les yeux, désirant plus que tout disparaître. J'étais vraiment un sacré lâche.

Ouvre les yeux, Kakashi, ouvre tes putains de mirettes et aide ce gosse à donner un sens à sa vie. Tu viens de la lui détruire, et maintenant tu veux fuir ? Il serait bien temps d'arrêter de faire comme si tout allait bien, parce que non, rien ne va, tu entends ? RIEN ne va. Tu vois ces gamins partir un à un. Tu vois l'espérance de vie de Naruto s'écourter de jour en jour, parce que oui, Obito est là pour lui. Pour l'éliminer.

J'avais la gorge nouée, à l'entente de cette voix intérieure qui me hurlait mes quatre vérités. J'étais décidé à agir, au lieu d'attendre qu'il soit trop tard. De toute façon, maintenant, il savait tout.

Shikamaru rompit le silence.

— Il faut faire quelque chose, fit-il, visiblement un peu moins paniqué. Et… J'ai un plan. »

...

Nous étions en fin d'année scolaire. Alors qu'un soir, dans ma chambre, j'étais plongé dans mes révisions pour l'examen de fin d'année, on m'interpella au rez-de chaussée.

« Rin au téléphone !

— Qu'est-ce qu'elle veut à cette heure-ci ? me demandai-je en entrant dans le salon, où ma mère m'attendait, le téléphone fixe à la main.

— Je ne sais pas si c'est moi, mais… Elle n'a pas l'air bien. Tiens, me fit-elle en tendant le combiné, avant de retourner s'asseoir sur le canapé, à l'autre bout de la pièce.

— Ouais, Rin.

Kakashi… C'est horrible. Ce qui vient de se passer, c'est horrible, je ne peux pas y croire…

— Qu'est-ce qui t'arrive ?!

Minato Namikaze est mort !

...

J'étais enfin sorti du lycée, pensant à ce que j'avais dévoilé à Naruto, et à ce que Shikamaru nous avait proposé. Je sortis de la poche de ma veste un petit bout de papier froissé, où était griffonné un numéro de téléphone. Nara Shikaku.

Cette nuit-là, je n'avais pas réussi à fermer l'œil.

Toutefois, le lendemain, je me levai plus déterminé que jamais à agir. J'arrivai très tôt à l'école, comme pour écourter l'interminable nuit que j'avais passée, même si ce n'était que de quelques minutes. Je ricanai face au visage pantois d'Asuma lorsqu'il arriva dans la salle des profs, ébahi de me voir plus ponctuel que jamais. Ponctuel, mais complètement dans le brouillard. Je le saluai d'une main, sans lever les yeux de mon café encore fumant, lorsqu'il vint s'asseoir en face de moi.

« T'as une de ces mines !

— Ouais, je sais. Je dors pas bien, ces temps-ci.

— Je suppose que c'est sérieux, pour te voir aussi matinal. »

Les autres profs – Kurenai, Iruka, Gai, et tous les autres – arrivèrent dans la pièce, qui devint rapidement plus exigüe et plus animée. Je n'étais pas suffisamment réveillé pour supporter ce brouhaha, qui m'aurait pourtant peu gêné en temps normal je décidai alors de sortir prendre l'air, en espérant trouver un coin tranquille.

Mais c'était sans compter sur lui.

J'eus un sursaut lorsqu'un masque orange me fit soudainement face, comme sorti de nulle part. Je fronçai les sourcils face à ce visage encore plus dissimulé que le mien, à deux centimètres de mon nez.

« J'ai fini par trouver un masque, Kakashi, comme toi. »

Je ne répondis pas, ne sachant pas où il voulait en venir et je me contentai de détourner le regard avant de continuer mon chemin.

« Mais ça n'a pas marché. »

Nous étions seuls dans le couloir. Je m'arrêtai, et ne pus m'empêcher de demander dans un murmure :

« Qu'est-ce que tu veux à Naruto ?

— Naru-quoi ? C'est qui, lui ? Ah oui ! Ce gamin qui est le portrait craché de son traitre de père !

— Obito, tu es ridicule, fis-je en me retournant vers lui. Tout ça pour une simple histoire de filles !

— Ce n'est pas une simple histoire de filles, Kakashi, et tu le sais autant que moi. Et puis, finalement, je m'en fous de cette salope de Rin. »

L'insulte me fit grincer des dents.

« Tu n'avais pas l'air aussi détaché, quand j'ai découvert que tu étais à l'origine de la mort de Namikaze. Où sont passés tous tes regrets ? Est-ce que tu m'avais menti, en me disant que tu n'avais pas l'intention de le tuer ?

— Je n'ai jamais eu l'intention de le tuer, c'est vrai. Je voulais juste me venger pour ce qui s'était passé entre lui et Rin, mais tu comprends, à l'époque, j'avais juste chouré une fiole de chloroforme dans la pharmacie de ma mère, pour le secouer un peu. Mais j'étais con, et je savais pas qu'à haute dose, ça pouvait tuer. Alors voilà, le mal était fait, ma foi, et après un moment de panique, deux choix s'offraient à moi… »

Obito s'adossa au mur du couloir.

« Soit je vivais dans l'éternel regret de l'avoir tué, soit je finissais le boulot vite fait bien fait, en envoyant au diable tous ces regrets qui m'auraient rongé la vie, et qui m'auraient rendu encore plus cinglé que je ne l'ai été à ce moment-là. Je ne voulais être redevable à personne. Alors, après le lycée, je suis parti de l'autre côté du pays, sans donner de nouvelles ; j'ai étudié, beaucoup, beaucoup et longtemps. J'ai étudié la chimie, la botanique, les nanosciences. La cinématographie. Il était hors de question que je laisse son gosse en vie, puisqu'il aurait fini par tout découvrir. Sa femme était morte peu de temps après lui, ça m'en faisait une de moins. Je m'étais fixé ce but. Et au bout de quinze longues années, j'avais mis au point l'arme ultime. Grâce à elle, non seulement j'allais pouvoir en finir avec le fils de Namikaze, mais je pouvais aussi obtenir ce que je voulais de qui je voulais. Moi, le pauvre type qui chialait parce qu'une pauvre salope ne voulait pas sortir avec lui. L'idée est attrayante, non ?

— Obito, putain.

— Et c'est pas fini ! Tu veux connaître la meilleure ? Mon frangin Fugaku, qui avait hérité de la direction de la compagnie Uchiha Airlines qu'avait fondé Papa, avait réussi à étouffer l'affaire avec son influence. Mais pendant tout ce temps, il m'en a voulu. Terriblement. A sa manière, il m'a fait payer le prix de ma connerie. Alors pendant dix ans, dix longues années, il m'avait mentalement harcelé en faisant de moi son vulgaire défouloir. C'était aussi ça, qui avait motivé l'étudiant que j'étais à exceller partout. Il était chef d'entreprise, et moi j'étais un jeune délinquant en fuite qui ne méritait même pas d'exister. Et ça, il se plaisait à me le répéter à tir larigot. Tu te rends compte de l'enfer que j'ai vécu ? Et puis, il y a eu son fils ainé qui a eu vent de l'affaire, et n'a pas hésité à buter ses propres parents – en épargnant le petit dernier. Devine ce que j'ai fait, quand j'ai su ? J'ai explosé de rire.

— Ne me dis pas que… Sasuke…

— Tu vois juste ! Le petit a voulu se venger, quoi de plus naturel ? Les Uchiha sont vraiment pourris jusqu'à la moelle, Kakashi. Il était là, sur le point de le tuer, et sur le point de devenir le même monstre que moi. Mais ici, il n'y a de place que pour un seul monstre. Pas pour un second, ni même pour un successeur. Alors je lui ai proposé un marché. Il a renoncé à tuer Itachi, en échange de quoi j'en ai fait mon cobaye personnel pour mes expériences – c'est grâce à lui que j'ai pu me mettre sous la main tous ces autres gamins, et m'amuser un peu avec eux… Mais ça ne durera qu'un temps. Je les ai choisis eux, et pas d'autres, parce qu'ils sont directement liés à Naruto, et qu'ils savent beaucoup trop de choses. Quitte à être un enfoiré, autant l'être jusqu'au bout. Et tu devines que les autorités n'y feront rien, car ce que j'ai créé sort du domaine du possible pour la plupart des gens, ici bas. Incapables de voir plus loin que le bout de leur nez… »

Je gardai le silence, complètement abasourdi par ces nouvelles révélations. Enfin, presque complètement, puisque pendant qu'Obito parlait, l'image de Nara me revint brièvement à l'esprit.

« J'ai un plan. Je pense que nos camarades ont été empoisonnés, et n'agissent pas comme ça de leur bon vouloir. Alors voilà, après le tournage, je suis vite rentré au labo de mon père pour faire un prélèvement de mon sang – tant que j'ai encore la tête sur les épaules. Je vous laisse ensuite le relais. Faites le nécessaire, vous et mon père – voilà son numéro – pour trouver la raison pour laquelle Naruto va bien elle doit être là, la solution, forcément ! Comme ça, dans un premier temps et dans l'idéal, on aura récupéré tout le monde. En attendant, Monsieur Hatake, je vous confie mon dictaphone. Je ne sais pas pourquoi, mais je me suis mis en tête d'enregistrer l'envers du décor je veux dire, tout ce qui n'apparaîtra jamais à l'écran de ce mec. Y a pas de raisons pour que seule la mascarade débile de cet abruti de Tobi soit dévoilée au grand public. Je sens qu'il va se passer pas mal de trucs entre temps, alors… Je sais que vous êtes prof, et que je ne suis qu'un lycéen… Mais est-ce que vous pouvez me rendre ce service ? »

J'avais gardé les mains dans les poches, serrant le dictaphone dans un de mes poings. Tout était dans la boîte.

J'allais le coincer coûte que coûte.