Rencontrer le diable – Septième leçon :

Préparez-vous à vous enliser en enfer, si vous arrêtez tout.

« Bien. »

Dans la pénombre de la salle de classe mal éclairée où nous avions, désormais, l'habitude d'assister aux réunions hebdomadaires des élus, j'observais Tobi, assis face à nous, remettre ses notes en place d'un geste fébrile. Quelque chose ne tournait pas rond, chez lui. Il n'était pas comme d'habitude il n'était pas comme il devrait être. Je jetai un œil à Ino, ma voisine de table, qui ne semblait rien remarquer d'anormal.

« Bien, reprit l'intéressé, d'une petite voix. Avant de débuter la réunion habituelle pour présenter les scènes qui concerneront Sakura Haruno j'ai quelque chose à vous annoncer. »

La salle restait silencieuse, suspendue aux lèvres dissimulées du cinéaste.

« Je viens d'apprendre que Tsunade nous a quittés, des suites d'une maladie foudroyante. »

Mes yeux s'écarquillèrent sous l'effet de la surprise. J'eus l'impression, soudainement, d'être prise dans une chute vertigineuse, vers le fond d'un puits sans fin et inexistant. Abasourdie, je me sentais submergée par un désarroi inexplicable, s'emparant de moi à la vitesse d'un tsunami.

J'étais anéantie.

Mais anéantie pour quoi ?

Je ne connaissais pas cette Tsunade. Enfin, je croyais. Enfin, je n'en savais rien. Peut-être que je ne me souvenais plus d'elle. Je la connaissais de nom je savais qu'il s'agissait d'une ancienne directrice, mais impossible de remettre un visage sur ces trois syllabes.

Alors pourquoi ? Pourquoi étais-je atterrée, comme si je venais de perdre ma propre mère ? Pourquoi, là, à cet instant, deux torrents de larmes se mirent à dévaler mes joues ?

J'étais anéantie anéantie et furieuse. Oui, j'étais hors de moi, parce que je perdais le contrôle, parce que je ne comprenais pas ces sentiments nouveaux qui, pourtant, me donnaient l'impression d'exister depuis déjà longtemps, et de ressurgir sans explication.

J'eus un hoquet qui rompit le lourd silence à travers le flou des larmes collées à mes cils, je vis Tobi tourner doucement la tête vers moi, ainsi que tous les autres. Tous, sauf un. Naruto.

Lui, demeurait tête baissée et immobile.

D'un geste fébrile, je sortis un mouchoir de ma poche, m'empressai d'essuyer mes joues humides, et m'efforçait d'ignorer ce qui se passait en moi, du mieux que je pus. Je fus cependant surprise de voir Tobi rester silencieux, et reprendre son discours comme si de rien n'était. Au fur et à mesure, je repris mes esprits, et me concentrai pleinement sur mon futur rôle, oubliant l'absurdité de cette courte scène l'espace de quelques heures.

Tout avait changé, depuis le début du tournage et la venue de Tobi. J'étais une des élues, et je me rendais compte du cadeau que cela représentait. Il nous avait inculqués une volonté d'acier, afin de nous surpasser, et d'être ce que les yeux du monde entier attendaient de nous – car oui, désormais, nous étions célèbres. Nous étions reconnus dans la rue. Acclamés. Admirés. C'était comme si nous étions boostés, dans le but de donner le meilleur de nous-mêmes. Mais malgré tout, j'avais l'impression d'échapper à cette magnifique valse, dans laquelle étaient censées tournoyer nos vies exceptionnelles. J'avais tout simplement l'impression de marcher sur les pieds de la mienne, en tentant tant bien que mal de continuer à danser. Et ça me mettait terriblement mal à l'aise, comme si mes sentiments, indomptables, se libéraient de leurs chaînes je savais que c'était interdit. Que Tobi ne voulait pas ça, et que ça allait me nuire. Pourtant, ce lien méconnu avec Tsunade, le désarroi de Naruto, et… Sasuke…

La réunion terminée, je pris le dernier bus scolaire de la journée pour rentrer. Je n'avais pas faim, ce soir-là, et me contentai de saluer mes parents rapidement avant d'enfiler un pyjama et de me jeter dans mon lit, éreintée. Pourtant, je n'avais pas réussi à fermer l'œil de la nuit.

Sasuke était le seul lien que j'avais avec mon passé, ma vie avant d'être élue. Je savais avec certitude que l'amour que je lui portais était resté inébranlable, et inchangé. Mais je n'avais pas le droit. Je n'avais plus le droit, ma conscience me l'interdisait formellement des amourettes de lycée, ça n'était pas digne d'une élue comme toi, Sakura. Regarde toi, toute hésitante, torturée et pathétique regarde Ino, qui a complètement oublié l'existence-même de Sasuke Uchiha. Pourquoi n'es-tu pas comme elle ? Qu'est-ce qui ne va pas, chez toi, HEIN ?

Stop, murmurai-je pour moi-même, épuisée.

Je fermai les yeux sans parvenir à m'endormir une seule seconde, maintenue éveillée par une étrange et intarissable soif. Ma gorge était tellement sèche, que je sentais les va-et-vient glaciaux que provoquait l'air que je respirais. Pire : au fur et à mesure que je vidais des bouteilles d'eau, une par une, cette soif infernale ne faisait qu'empirer.

« La vache, Sakura, t'as vraiment une pauvre mine.

— Je peux finir ton yaourt à boire ? »

Un peu surprise, elle finit par me tendre la petite bouteille en plastique, alors même qu'elle venait de l'entamer. Après quelques secondes de silence – suffisantes pour engloutir la boisson – Ino, assise à mes côtés dans le bus scolaire roulant vers le lycée, se lança dans un monologue, à propos de la scène qu'elle avait tourné il y a un moment déjà. Je ne l'écoutais que d'une oreille, et je finis par ne plus l'écouter du tout lorsque j'aperçus, dans le rétroviseur de l'autobus, le reflet de celle que j'étais devenue je le vis écarquiller ses yeux vert d'eau, bordés de sombres cernes, témoins de ma terrible nuit. A cela s'ajoutait un teint pâle – presque jaunâtre – jurant atrocement avec des cheveux pivoines, coiffés et attachés avec hâte, ce qui acheva de me mettre mal à l'aise. Une élue, ça ne devait pas ressembler à… ça.

« Sakura ? Tu m'écoutes ?

— Oh, oui Ino, pardon je… Je crois que je suis malade.

— Tu crois ? Tu rigoles ! Tu as carrément l'air d'un zombie, excuse-moi du terme. Tu devrais en parler à Tobi.

— A un médecin, plutôt, non ?

— Pour quoi faire ? »

L'absurdité de sa réponse ne me surprit même pas. A vrai dire, nos conversations étaient déjà dénuées de sens depuis un bon bout de temps c'était juste que je ne m'en rendais compte que maintenant. Nous descendîmes du bus et entrâmes dans l'enceinte.

Ma torpeur ne me quitta qu'à l'instant où un surveillant nous annonça que l'enterrement de Tsunade aurait lieu l'après-midi même, et que les élus y étaient expressément conviés. Je sentis mon estomac se nouer. Au même instant, à travers l'une des fenêtres du couloir menant à notre salle de classe, j'aperçus une silhouette féminine inconnue, visiblement en fauteuil roulant…

« Psst. »

Je me retournai vers le visage de Naruto, un peu déformé par les lunettes de chimiste que je portais à l'occasion des travaux pratiques. La main gantée de ce dernier me tendit discrètement un petit morceau de papier plié en quatre, tandis que son propriétaire guettait d'un œil inquiet la surveillance de Kabuto Yakushi, assis à son bureau. Après avoir fait mine de retourner à mes éprouvettes fumantes, j'ouvris le message à l'abri des regards d'Ino.

« Il faut qu'on parle. C'est à propos de Tsunade. Rejoins-moi à la sortie du cimetière, après l'enterrement. »

Je jetai à nouveau un œil à Naruto lorsque son regard croisa le mien, je compris que cette fois, ça n'était pas une énième tentative de drague stupide. Ce qui valut à mon appréhension, déjà importante, d'augmenter considérablement à la simple pensée de l'enterrement. Ma gorge se noua un peu plus, comme si c'était possible – ou même nécessaire.

Vers quatorze heures, vêtus de noir, nous nous dirigeâmes vers le cimetière en compagnie de Tobi. Nous avions fini par rejoindre le funeste cortège provenant de l'église, vers la même destination. Mes jambes manquèrent de se dérober lorsque je vis approcher le tombeau de bois sombre contenant la défunte, et une quinte de toux m'échappa. Ils étaient sur le point de l'ensevelir, tandis qu'un prêtre récitait ses prières d'un ton monocorde. Tout à coup, une horde de souvenirs désordonnés percutèrent mon esprit, tandis que le regard ambre de Tsunade me revint en mémoire…

« Sakura, si je t'ai convoquée aujourd'hui, c'est pour te faire une proposition. Tes résultats sont excellents et te permettraient d'intégrer l'école la plus prestigieuse du pays… J'aimerais te recommander au directeur. »

« Sakura, j'ai foi en tes capacités. Je suis à ta disposition si tu as besoin d'aide. »

« Ce n'est pas mon genre de dire ça mais… On se ressemble un peu, toutes les deux… »

Ca y est, je me souvenais de tout… Tsunade, notre ancienne directrice, avec qui j'avais tissé un lien si unique… Tsunade, qui m'avait poussée à être fière de celle que j'étais, et de ne jamais avoir honte de mon savoir. Tandis que mes parents s'inquiétaient surtout du coût de mes études supérieures tandis que des filles me jalousaient tandis que d'autres se contentaient de moqueries. Elle, était la seule personne à considérer celle que j'étais, sans jugement. Je lui devais tellement… Et maintenant, la voilà partie.

Sans même m'en apercevoir, j'avais les joues noyées de larmes, et je préférai détourner le regard. A cet instant-là, mon regard croisa deux iris bruns, appartenant à cette fameuse femme en fauteuil roulant que j'avais aperçue quelques heures plus tôt…

D'elle, émanait une étrange aura ses traits étaient fins et gracieux, mais commençaient à être marqués par une fatigue certaine. Elle était d'une beauté captivante, bien que son précieux visage commençât à céder aux empreintes du temps, ainsi qu'à celles d'une vie peut-être trop injuste…

« Je ne sais pas ce qui me fait penser que cet enterrement ressemble à celui d'il y a désormais dix-sept ans… Ce n'est ni la même personne, ni les mêmes circonstances, mais… Ah, c'est donc ça que l'on appelle impression de déjà vu… »

Je n'arrivais pas à savoir si elle s'adressait à moi ou si elle ne faisait que penser à voix haute. Peut-être un peu des deux…

« Rin… C'est toi ? »

Je la vis se redresser à l'entente de la voix de Kakashi Hatake, dont les yeux étaient écarquillés au possible. Il avait murmuré ces trois mots, comme si lui-même n'y croyait pas. Ce dernier s'approcha de nous deux à pas feutrés, son regard ne quittant pas la dénommée Rin qui, ne s'étant même pas retournée vers lui, semblait s'être figée.

« Rin… »

Hatake posa une main tremblante sur son épaule, et instantanément, la brune éclata silencieusement en sanglots. Les cheveux argentés de notre prof dissimulaient l'expression de ses yeux, mais je crus entendre un discret reniflement… Une main m'attirant violemment hors de la foule me sortit de mes pensées.

« Naruto, ça ne se fait pas de partir comme ça, ce n'est même pas fini, fis-je d'un ton monocorde, lorsque nous nous retrouvâmes suffisamment éloignés pour que personne ne nous entende.

— Y a pas mal de choses ici qui ne se font pas et dont tu ne soupçonnes même pas l'existence.

— De quoi tu par-»

Je fus coupée par une toux si violente que je pensais être sur le point de vomir. Lorsque j'ouvris les yeux, penchée vers le sol, j'aperçus quelques éclaboussures de sang sur l'herbe. Je levai les yeux vers Naruto qui, à ma surprise, ne semblait même pas étonné – et arborait plutôt une expression sinistre, les sourcils légèrement froncés.

« Il va falloir faire vite, sinon, la prochaine à être enterrée ici, ça sera toi.

— Naruto, ça suffit. Je ne te reconnais plus ! Décide-toi à m'expliquer…

— Tobi se sert de nous tous, Sakura ! Enfin… De vous tous. Puisque c'est moi qu'il veut. Il y a dix-sept ans, peu après ma naissance, Minato Namikaze a été retrouvé mort d'une cause inconnue. En réalité, il s'agissait d'un meurtre. Et… En fait, c'était mon père.

— Hein ?!

— Tu as bien entendu. Pour plusieurs raisons, Hatake soupçonne fortement Tobi d'y être pour quelque chose. J'étais supposé être au courant à mes dix-huit ans de tout ça, et comme par magie, il réapparaît un peu moins d'un an avant le moment fatidique – il savait que j'aurais tout fait pour le retrouver. Et il a tenté de nous embobiner en nous asservissant, moi et vous autres et cerise sur le gâteau, il est un proche des Uchiha, et Sasuke ne sait pas que je suis le fils de la victime. Si tu réfléchis bien, les élus sont les seuls à connaître la raison pour laquelle Sasuke et moi nous sommes disputés. Du coup, maintenant, plus personne ne soupçonne ce mec – plus personne sauf moi, Hatake et Shikamaru jusqu'à il y a peu. Et peut-être toi. Est-ce que tu comprends ce que je te dis ? Ou alors, toi aussi, tu t'es faite berner ? »

Naruto avait violemment empoigné mes épaules et planté son regard azur dans le mien. Je baissai la tête.

« A ton avis, si je suis aussi mal en point que Tsunade avant qu'elle ne nous quitte, c'est qu'il y a une raison, non ? murmurai-je.

— Alors tu savais…

— Pas tout à fait. Pendant tout ce temps, j'ai même oublié qui elle était. Mais aujourd'hui, je me souviens de tout, et j'ai enfin compris. Tobi a essayé de l'avoir sous son emprise, mais je ne sais pas comment elle a fait pour parvenir à résister – souviens-toi de ses derniers mots à la cérémonie de lancement. Et souviens-toi de son état. Je suis exactement pareille… Il y a quelques temps, j'ai reçu un courrier à son nom, datant ce même jour où elle a annoncé qu'elle quittait la direction… Je n'ai même pas pris la peine de l'ouvrir…

— Par pitié, dis-moi que tu l'as encore, Sakura…

— Evidemment, pour qui tu me prends ! Je sais que j'ai pas été moi-même ces derniers temps, mais quand même…

— On tient peut-être un truc. Avec un peu de chance, elle y a peut-être glissé des informations qui pourraient nous aider à choper Tobi !

— Il faut qu'on fasse vite, je ne sais pas si je tiendrai longtemps comme ça… J'ai besoin de me reposer. Je te tiens au courant. »

Nous attendîmes que la foule se disperse pour rentrer chez nous. Lorsque j'arrivai chez moi, ma mère s'affola rapidement à la vue de mon visage grisâtre, et lorsqu'elle toucha mon front brûlant. Avant même que je ne proteste, elle s'était emparée du téléphone pour appeler un médecin je m'étais alors résignée à monter dans ma chambre, pour tenter de dormir un peu malgré tout…

Alors que j'étais enfin en train de trouver un fragile sommeil, quelqu'un frappa à ma porte. Sûrement le médecin, pensai-je, un peu contrariée d'avoir été réveillée.

« Entrez » fis-je d'une voix rauque.

Mon cœur rata quelques battements lorsque je reconnus la personne qui se tenait dans l'encadrement de la porte.

« Sasuke qu'est-ce que…

— Salut, marmonna-t-il en détournant le regard. Je peux rentrer ?

— Euh oui je… Vas-y fais comme chez-toi… »

Mais qu'est-ce qu'il fichait ici ?

Ma nervosité atteignait des sommets. Est-ce que j'hallucinais après avoir forcé la main sur les anti-douleurs ? Ou alors était-ce un rêve, un énième rêve où il apparaissait aussi brusquement qu'il venait de le faire ?

Une douloureuse quinte de toux me rappela à la réalité, éliminant cette hypothèse en une fraction de seconde. Etrangement – et pour la première fois – j'eus un élan de colère et de rancune envers lui. Après toutes ces années, où j'espérais secrètement retenir son attention, toujours en vain après tout ce temps passé à tenter de renouer ce lien si fragile et pourtant si précieux, qui nous unissait… Il avait attendu que je sois littéralement en train de mourir – et que je sache qui étaient réellement les Uchiha – pour pointer le bout de son nez ?! Mais quelque chose me disait que ça n'était pas le moment de penser à ces… futilités.

« Ca va ?

— Comme tu le constates, fis-je avec un rire jaune, presque sarcastique.

— Qu'est-ce que t'as ?

— Qu'est-ce que tu fais ici ? Enfin je… Je dis pas ça parce que je veux pas te voir mais… Il doit sûrement y avoir une raison suffisamment forte pour que tu fasses tout ce chemin. »

Il resta silencieux et s'installa sur un pouf, à l'exact opposé de l'endroit où je me trouvais. Déjà lassée de la situation, je me levai non sans mal et le rejoignis à l'autre bout de la pièce.

« Tu devrais faire gaffe à ce que tu dis. Les murs ont des oreilles.

— De quoi tu… Tu as entendu ma conversation avec Naruto, c'est ça… ?

— Une partie, en tout cas. J'ai juste entendu ta tirade sur Tsunade et ton état de santé. »

Ouf, pensai-je. Il n'en a pas entendu suffisamment…

« Je vois.

— Je suis désolé. Désolé pour tout ce qui est en train d'arriver. Je ne pensais pas que ça irait jusque là. Voilà.

— Si tu es désolé, alors sache de quel côté tu es ! Je… Je ne pense pas que mon état s'améliorera, tu vois. Et si tu continues à suivre les mauvaises personnes, tu risques de perdre d'autres personnes qui tiennent à toi malgré tout ! fis-je en criant presque.

— Ces personnes, je les ai déjà perdues. Comme d'habitude, tu ne sais jamais de quoi tu parles, Sakura.

Ca suffit ! Bien sûr que je sais de quoi je parle ! Arrête un peu de croire que tu es le nombril du monde ! »

J'avais dit ça en hurlant presque, d'une traite, sans réfléchir. Je vis la rage s'accumuler dans ses yeux, et un centième de seconde m'avait suffi pour apercevoir sa main levée, prête à me gifler. Par réflexe, je fermai les yeux et me protégeai de mes bras, attendant que sa paume me percute.

Mais rien ne se passa. Soudain, m'apercevant de la portée de son geste – du moins, de l'intention qu'il avait – je devins folle de rage, luttant pour retenir des larmes de colère. J'ai assez pleuré comme ça. Je tentai de reprendre contenance, bon gré mal gré, et me levai.

« Ben alors, tu ne termines pas ton geste, Sasuke ? murmurai-je. Ou alors, tu te rends un peu compte que la violence ne règle rien ? »

Je savais qu'il avait compris le double sens de ma question.

C'est décidé, je lui dis tout. Il doit absolument être de notre côté.

« OK, repris-je, s'il faut tout te dévoiler pour que tu ouvres enfin les yeux, alors je le ferai, peu importe les conséquences. De toute façon, je ne serais peut-être même plus là pour les constater, alors quelle importance, au final ? Je sais qui est Tobi. Je sais qu'il est responsable de ce qu'il s'est passé il y a un peu moins de dix-huit ans au lycée. Et je sais que tu es au courant. Aujourd'hui, il ressort de nulle part pour tous nous mener par le bout du nez, et comme par hasard, Tsunade est devenue malade pile à son arrivée. Si tu observes bien, les élus sont les seules personnes qui savent que tu t'es séparé de Naruto par désir de vengeance envers ton frère Itachi. Lui, savait tes parents complices de ce meurtre. Alors, j'ai deux questions : premièrement, pour quelle raison un meurtrier comme Tobi reviendrait à Nindo High, et s'en prendrait à l'entourage de Naruto ? »

Sasuke ne semblait pas encore voir où je voulais en venir. Ses iris de jais me fixaient, en quête d'une quelconque explication. Ce regard que je n'avais plus croisé depuis si longtemps… Je tentai de garder la tête froide.

« Deuxièmement, connais-tu l'identité exacte du père de Naruto ? »

Ca y est. Je le vis écarquiller ses yeux, qui fixaient désormais la moquette ivoire de ma chambre. Le ciel venait de lui tomber sur la tête, comme ça, en silence.

« Lorsque tu sauras répondre à ces deux questions – mais tu es assez malin pour avoir deviné les réponses – tu te rendras compte de l'horreur que tu es en train de cautionner en ce moment-même. Continue avec ta vengeance continue avec Tobi, et toi seul sera responsable de ce qui arrivera à Naruto. Et je t'ai pardonné énormément de choses jusqu'ici. Mais ça, et peu importe à quel point je tiens à toi ça ne passera pas. »

J'eus un hoquet de surprise lorsque je me rendis compte qu'en quelque sorte, au milieu de ma tirade, je venais clairement de lui avouer ce que je ressentais pour lui. Nous entendîmes des éclats de voix au rez-de-chaussée, indiquant que le médecin était arrivé. Sasuke se leva, sans un mot, et partit en direction de la porte. Je le vis marquer un arrêt avant de sortir :

« J'espère sincèrement que ton état s'améliorera. Je suis désolé. Essayez de me pardonner. »

J'avais simplement deviné la fin de sa phrase, qui semblait s'être noyée dans sa gorge nouée. Voilà, à présent… Il savait tout. Il connaissait le lien qui liait Naruto à Namikaze, et par conséquent à Tobi… Il devait désormais choisir entre sa soif de vengeance, ou la vie de son meilleur ami.

Il disparut, sans que je sache si j'aurais, de nouveau, l'occasion de lui parler ainsi…