Rencontrer le diable – Dernière leçon :

Enfin, une fois assis à sa table, laissez-vous enivrer par la torpeur de son emprise laissez-vous juste aller…

J'étais enfin extirpé d'un long, très long cauchemar coincé dans une espèce de faille entre fiction et réalité. Comme si je vivais indéfiniment la même journée, sans que cela ne me rende heureux ni me lasse. C'était juste comme ça. Une léthargie psychologique sans réel début ni fin. Je retrouvai brusquement mes esprits bombardé de pensées et de sensations que j'avais oubliées. Ce fut à la fois jouissif et douloureux. Le brouhaha de mes idées reprenait peu à peu…

Alors que je sortais enfin du brouillard, la première chose que je vis furent les yeux noirs effarés de mon petit frère, injectés de sang et sortant presque de leur orbite… curieusement combinés à un sourire enfantin. Je crus apercevoir Obito Uchiha, derrière lui, retirant l'aiguille d'une seringue vide plantée dans son épaule.

Naruto Uzumaki eut un hoquet de surprise lorsqu'il me vit sur le pas de sa porte. Quelques secondes de silence s'écoulèrent, pendant lesquelles le jeune garçon me toisait avec un mélange de peur et d'incompréhension, la bouche s'ouvrant et se fermant successivement telle une carpe hors de l'eau. Je décidai de briser la glace.

« Salut, je peux entrer ? »

Naruto m'invita à m'asseoir sur son canapé, jonché de vêtements froissés et de feuilles de cours volantes. Son studio avait tout d'une chambre de lycéen où maman n'était jamais entrée pour rouspéter et sommer de ranger. Il me proposa un soda, que je refusai poliment. Nous devions discuter, lui et moi.

« J'ai retrouvé mes esprits, cesse de me regarder comme ça, commençai-je face à son regard toujours effaré.

— Hein ?

— Par contre, Obito a mainmise sur Sasuke.

— QUOI ?! »

J'observai Naruto bondir de sa chaise et renverser sa canette de soda par la même occasion. Je n'allais pas passer par quatre chemins le temps pressait. Ainsi, j'expliquai succinctement que j'avais bel et bien gardé les souvenirs des récents évènements, mais que c'était comme si je prenais conscience de leur ampleur seulement maintenant comme si mon libre-arbitre m'avait été confisqué tout ce temps. Sasuke s'était probablement sacrifié car je possédais des preuves que lui n'avait pas contre Obito Uchiha.

« Mais j'arrive toujours pas à croire qu'il t'ait laissé filer aussi facilement, remarqua justement le petit blond, qui s'était calmé et rassis entre temps.

— Je pense qu'il a déjà pris conscience que son plan commence à s'effondrer. Tu n'as pas succombé à son emprise alors que tu étais la principale cible. Pire encore : un antidote existe, maintenant. Obito sait que ses jours de liberté sont comptés, alors j'ai juste l'impression qu'il reste dans sa lubie, en continuant de faire joujou avec tous les autres – Sasuke inclus, désormais.

— Tu crois qu'il va se contenter de ça ? » se méfia Naruto.

Je me tus un instant, et détournai le regard vers la petite fenêtre du studio, poussiéreuse, d'où quelques rayons de soleil parvenaient encore à filtrer.

« Absolument pas. Au point où il en est, il va juste essayer de te tuer avant qu'il ne soit attrapé. »

Naruto se tut et baissa la tête. Je soupirai c'était un poids bien trop lourd à porter pour un gamin de dix-sept ans. Je m'attendais à ce qu'il craque, à ce qu'il pleure, ou à simplement céder à la rage face une histoire où il n'avait aucune responsabilité aucune culpabilité, si ce ne fût celle d'exister et de rappeler à Obito le misérable chemin qu'il avait choisi de mener. Cependant, à ma grande surprise, je le vis relever la tête, un sourire en coin et une intense lueur de défi dans ses iris bleu ciel, insolemment plantés dans les miens.

« Qu'il vienne. »

Le soleil était au zénith.

Les températures grimpaient mais j'étais contraint de garder mon sweatshirt noir, capuche sur la tête, si je voulais un minimum de discrétion. Les gradins du terrain de baseball de Nindo High, vides ce jour-là, restaient relativement facile d'accès depuis l'extérieur sur le temps du midi, mais ce n'était pas une raison de baisser ma garde. J'observai au loin la silhouette de Sasuke, seul, en train de s'exercer aux lancers et de récupérer la balle à tour de rôle cela durait déjà depuis une bonne heure.

« Il ne se donne même plus la peine de venir en cours, tu sais » commenta une voix se rapprochant de moi.

Kakashi Hatake prit place sur le banc, à côté de moi. Quelques poignées de secondes s'écoulèrent durant lesquelles nous observâmes mon frère répéter inlassablement les mêmes gestes, au millimètre près. Mon ancien professeur tourna la tête vers moi, les yeux plissés par le sourire bienveillant qu'il semblait arborer sous son masque.

« Content de te voir, Itachi. C'est toujours plaisant de retrouver l'un de mes meilleurs élèves. »

Ma gorge se noua lorsqu'il fit référence à cette période de ma vie, juste avant mon acte criminel. J'étais en seconde, et Sasuke était encore en primaire. Etant mineur, je fus envoyé dans un centre de détention pour jeunes, et mes études s'étaient arrêtées là. A la sortie m'attendait Obito, qui avait un plan tout tracé pour moi, alors que je n'avais aucun autre avenir.

« Vous me semblez étonnamment calme, pour quelqu'un assis à côté d'un meurtrier, remarquai-je.

— Je connais toute l'histoire, tu sais.

— Ça n'excuse pas mes agissements.

— Mais tu as payé pour ça, répondit-il, songeur. Décidément, toute ma vie, j'aurai eu le chic pour être entouré de gamins sociopathes… » ajouta-t-il avec un juste cynisme, auquel je ne sus répondre.

Le silence s'installa à nouveau entre nous. Cela faisait seulement quelques jours que j'avais retrouvé mes esprits, mais le temps pressait. Hatake tombait à pic, car c'était le moment de mettre à exécution un plan. Soudain, comme s'il avait lu dans mes pensées, il prit la parole.

« Itachi, bientôt tout le monde sera libéré. L'antidote est prêt à être administré à chacun des élus, ainsi que Sasuke.

— Comment voulez-vous vous y prendre sans qu'Obito n'interfère ? »

Mon ancien professeur tourna la tête vers moi, et je devinai à nouveau le même sourire que quelques moments auparavant.

« Tout est une question de mise en scène, n'est-ce pas ? »

Il m'expliqua en détail son plan, nécessitant mon intervention. J'espérais de tout cœur que Sasuke serait suffisamment conscient pour marcher là-dedans. Plus une seconde à perdre Kakashi Hatake quitta les lieux, et je descendis me rapprocher de mon frère.

« Ca te dirait de me lancer quelques balles ? »

Ce dernier stoppa ses gestes et tourna doucement la tête vers moi, les yeux vitreux et l'expression figée. Alors, c'est donc à ça que je ressemblais tout ce temps…

« Je ne suis pas un as du baseball, cela dit, tentai-je.

— Je n'affronte que les meilleurs, alors passe ton chemin, répondit-il avec une voix rauque et monocorde.

— Dans ce cas, ça tombe bien, parce que le meilleur batteur du lycée aimerait bien t'affronter en duel. »

Il ne répondit pas, mais une faible lueur naquit dans ses yeux. Parfait, il a marché. Désormais, ce n'était plus qu'une question de timing.

« Il t'attend ici demain, à midi. Organise-toi comme tu veux avec Obito. »

Je quittai le terrain, le laissant seul et immobile.

Tout se déroula très vite durant les heures suivant notre conversation comme Hatake et moi nous y attendîmes, Obito accepta la demande de Sasuke et organisa sans plus attendre un tournage pour le lendemain, ravi d'avoir une scène à ajouter à son œuvre. Je m'apprêtai à rentrer chez moi à la fin de l'après-midi, lorsque j'entendis Naruto m'interpeler au loin, sortant en courant de l'enceinte du lycée.

« Itachi, je… Tu te rends compte que c'est quitte ou double, là ? Franchement, je flippe, là. Et si ça foirait ?

— Ne t'en fais pas. Il s'agit juste d'une ruse pour qu'Obito focalise toute son attention sur toi et Sasuke, pour nous permettre de nous occuper de tous les autres élus. Kakashi Hatake a élaboré son plan avec Shikaku Nara et les forces de l'Ordre. Nous avons tous les deux apporté notre témoignage aux autorités cet après-midi – je sors du bureau de Hatake, où il se trouve toujours avec un inspecteur de police discrètement venu à Nindo High. Tu pensais vraiment qu'on allait te donner en pâture à Obito ? On voulait t'en parler plus tôt, mais tu étais en cours. Tout s'est passé très vite, cet après-midi. Maintenant, tout est prêt, et le spectacle peut enfin commencer demain.

— Alors… ça y est ?

— Contente-toi de faire le show demain, batteur prodige de Konoha. »

Les gradins, encore entièrement vides hier, étaient désormais bondés. L'excitation de tous les élèves du lycée était palpable, mais surtout audible une véritable cacophonie régnait, à tel point qu'il était impossible de tenir une conversation digne de ce nom avec son voisin, même en criant. Une fanfare était présente, et l'équipe des cheerleaders du lycée performait sa chorégraphie millimétrée, avec à leur tête Ino Yamanaka. Quatre ou cinq caméras étaient installées autour du terrain, et parmi elles trônait le siège d'Obito, bras croisés, qui tournait le dos à la foule. De gigantesques projecteurs étaient rivés au centre, pleins feux. Et au milieu de tout ça, au milieu de la scène… Deux garçons, tous deux vêtus de la tenue officielle de l'équipe de Nindo High. Un brun, portant déjà son gant de baseball, les yeux rivés vers son adversaire : un blond, la batte à la main, prêt à en découdre avec son opposant. Bien que le brouhaha incessant commençât à me donner mal au crâne, j'avais sacrément hâte d'assister à ce duel improbable, dans une situation improbable. L'heure était à la fête, aux confettis et à l'excitation générale pourtant, tapis sous les gradins, attendait silencieusement une horde de policiers armés jusqu'aux dents.

Hatake, qui était assis à côté de moi durant tout ce temps, se leva juste après la performance des cheerleaders. « J'y vais », me fit-il comprendre avant de s'éclipser discrètement. A compter de cet instant, les élus allaient être subtilisés un à un pour se voir administrer l'antidote par Nara. Une certaine Sakura Haruno, à l'hôpital, avait déjà reçu sa dose plus tôt dans la matinée, et ne tarderait pas à se réveiller de son coma.

Toujours assis et nous tournant le dos, Tobi leva simplement son bras, puis ferma le poing d'un geste sec et bref, et la foule se tut quasi-instantanément. Je haussai les sourcils de surprise : voir cette mascarade d'un œil désormais extérieur restait plutôt impressionnant. Il se leva et pris la parole dans un micro.

« Le premier qui atteint les quatre points, sera désigné gagnant. Bonne chance à vous ! »

Tandis qu'il se rasseyait, je restai assez étonné de son court discours : court, succinct, sans fioritures. Lui qui adorait les mascarades… Sentait-il la fin arriver ? Soudain, comme pris d'une hésitation, il se leva de nouveau, à la surprise générale.

« Une dernière précision. Le gagnant sera à l'affiche du film. Et le perdant mourra. »

Un brouhaha d'incompréhension s'éleva dans les gradins. C'est une blague ? entendis-je.

Pourquoi il ferait ça ?

On appelle les flics ?

De toute façon il était louche depuis le début, nan ?

Maintenant que j'y pense…

« Vos téléphones sont brouillés. L'enceinte du lycée est complètement fermée. Restez assis, et profitez du spectacle ! »

Alors, il comptait réellement tuer Naruto… Encore fallut-il qu'il perdît.

Après un long et effrayant silence, on annonça le début de la confrontation. Premier lancer par Uchiha Sasuke. Ce dernier, l'expression neutre depuis le début, prépara son geste avec une précision inégalable j'étais prêt à parier que chacun de ses membres, chacune de ses articulations, de l'orientation de ses yeux à ses appuis au sol : tout était réglé au degré près, comme lors de ses entraînements solitaires et interminables. Son élan était au maximum. Feu. Tout se déroula à une vitesse insolente : nous entendîmes la balle siffler à travers l'air, puis atterrir derrière Naruto, sans que celui-ci n'ait même le temps de réagir. Les spectateurs eurent un hoquet de surprise, mais ce dernier ne bougea pas le petit doigt. De loin, je crus lire sur ses lèvres : « OK. »

Le deuxième lancer se déroula exactement de la même manière. Des murmures commençaient à s'élever dans la foule. Cette fois, Naruto fronça les sourcils, ferma les yeux quelques secondes avant de les rouvrir et de lancer « Je suis prêt. »

Sasuke répéta exactement le même schéma. Cependant lorsqu'il lança la balle, son adversaire réagit instantanément dès lors que la balle quittât son gant. Le blond frappa de toutes ses forces, à tel point que ses appuis laissèrent un petit nuage de poussière autour de ses chaussures. Deux centimètres. A deux centimètres près, il l'avait. Trois à zéro pour Sasuke Uchiha, toujours imperturbable. Obito décroisa les bras et se redressa sur son siège.

« Je suis prêt. »

Son adversaire répéta une quatrième fois son geste parfait. Feu. Mais cette fois, Naruto parvint à frapper la balle avec sa batte, et l'envoya au loin. Un hoquet de surprise général envahit les spectateurs, suivi d'applaudissement. Le blond, surpris, quitta pour la première fois Sasuke des yeux, et tourna la tête vers le public.

La même scène se reproduisit deux fois de suite. Trois à trois, égalité. La foule applaudissait et scandait Uzumaki Naruto, comme si elle avait oublié l'issue de la funeste partie. Je me demandais où en était Kakashi Hatake…

Balle de match. Je fixai le dos d'Obito, immobile. Que pouvait-il bien penser, à cet instant précis ? Lui qui était persuadé que Sasuke gagnerait, au vu de son annonce avant le début du duel ? Qu'allait-il faire si Naruto gagnait ?

Le lanceur, imperturbable, se prépara à nouveau de la même manière, tandis que son adversaire ancra ses appuis dans le sol de terre battue. La scène qui suivit se déroula en quelques fractions de secondes.

J'eus à peine le temps de voir la silhouette de Kakashi Hatake se précipiter en direction de Naruto Sasuke n'avait pas encore lancé la balle qu'un coup de feu provenant de Tobi retentit et me fit sursauter en même temps que tous les spectateurs. De nombreux cris retentirent. Lorsque je rouvris les yeux, je constatai avec effroi que Hatake était couché au sol, une mare de sang entourant son épaule. Naruto était tombé sous l'effet de la surprise, et un mouvement de panique envahissait le public. J'eus tout juste le temps de voir une dizaine de policiers débarquer sur le terrain et maîtriser Obito, qui n'opposa aucune résistance. Après cela, la foule en panique m'empêcha d'en voir plus, et je me faufilai tant bien que mal vers la sortie du terrain.

Je ne tardai pas à croiser les élus, sains et saufs.

« L'enfoiré, il a tiré avant que Sasuke ne joue ! entendis-je de la bouche de l'un d'eux – un brun aux cheveux hirsutes attachés au sommet du crâne. Je devinai qu'il s'agissait du fils de Shikaku Nara, au vu de leur ressemblance troublante.

— Les secours sont déjà en route pour Hatake, il a été touché à l'épaule mais il perd des tonnes de sang, fit Ino Yamanaka, la capitaine des cheerleaders. Oh mon Dieu, mais comment en est-on tous arrivés là… » se lamanta-t-elle, accroupie au sol, la tête entre les mains.

Je crus reconnaître les deux Hyuuga un peu plus loin, la jeune fille en sanglot dans les bras de son cousin, la mine sombre. Les autres professeurs s'étaient mêlés au groupe, tentant de calmer et de réconforter les élèves. Gai Maito était affairé à canaliser la foule en panique, un peu plus loin, sans grand succès. Le son des sirènes des secours devenait de plus en plus proche. Je tournai la tête vers le terrain et aperçus mon petit frère en compagnie de Nara Shikaku. Je me souvins des paroles de Kakashi Hatake, et sortis un téléphone de ma poche de jean pour filmer cette Guernica.

Le groupe de policiers escortant Obito, menotté, s'approcha de la sortie. Je m'écartai du chemin pour les laisser passer, observant ce dernier dont le masque était tombé. Lorsqu'il croisa mon regard, il arbora un sourire déformé par la cicatrice qui le défigurait. La caméra de mon téléphone tournait toujours.

« Merci d'avoir mis fin à ma folie. Je n'en voyais plus la limite. »

A mesure qu'il s'éloignait, je reportai à nouveau mon attention en direction de Sasuke, qui se rapprochait de moi, le teint blafard et le regard humide.

« Frangin… »

Une semaine s'était écoulée depuis l'incident.

Sasuke et moi étions à nouveau réunis sous le même toit, et nous apprîmes à nous connaître une seconde fois, doucement mais sûrement. Nous étions assis côte à côte dans la grande salle de Nindo High, face à un gigantesque écran blanc attendant d'accueillir les images du projecteur. Tous les élèves ainsi que les familles tous les professeurs, et quelques caméras de télévision étaient présentes.

Aujourd'hui était le grand jour : la diffusion du film. Je jetai un coup d'œil à mon frère, assis à côté de moi. Ce dernier semblait fixer quelqu'un à trois ou quatre rangées de là.

« C'est elle, Sakura Haruno ?

— Oui. »

La jeune fille aux cheveux roses se faufilait tant bien que mal entre les rangs, une béquille la soutenant, l'équilibre précaire.

« Elle sera bientôt à nouveau sur pied, me raconta Sasuke. C'est Naruto qui m'a dit ça. Elle loupe certaines demi-journées de cours pour sa rééducation. Elle… elle a quelques troubles de la mémoire. Il m'a dit qu'elle ne se souvenait plus vraiment de moi.

— C'était ta petite amie ?

— Non. »

Il m'avait répondu après un silence de quelques secondes, toujours sans la quitter des yeux. Sa courte négation, monosyllabique, s'était probablement substituée à un laïus intérieur qu'il était incapable d'exprimer, ponctué de questions dont il n'avait assurément pas les réponses.

« Elle s'approche de nous » lui indiquai-je.

J'eus l'occasion de la découvrir d'un peu plus près : son visage, bien qu'émacié par une perte de poids pathologique, arborait un timide sourire et des yeux verts pétillants, pleins de vie. Sasuke et moi étions assis en bout de rangée, et il restait une place à côté de mon frère, donnant sur l'allée principale.

« Euh, excuse-moi… Sasuke, c'est ça ? demanda-t-elle, les joues rosies. Je… j'ai un peu de mal à me déplacer, et la seule place en bout de rang est celle-là, alors… Je peux m'asseoir ? »

J'eus un sourire en coin, et offrit un coup de coude sec aux côtes de mon cadet. Ce dernier eut un sursaut que je fus le seul à percevoir, avant qu'il ne lui réponde :

« Oui bien sûr, vas-y, Sakura. »

Tandis que cette dernière prit place, je vis Sasuke sortir son téléphone après l'avoir entendu vibrer brièvement. Je m'autorisai un coup d'œil indiscret sur son écran, qui affichait un message reçu de Naruto :

« Cette fois, c'est à toi de te magner le cul, mec. »

Nous levâmes les yeux et vîmes le blond quelques rangées plus loin, hilare, pointant du doigt mon frère. Ce dernier me jeta un regard noir désapprobateur lorsqu'il comprit que j'avais suivi toute la scène…

Nous étions enfin prêts à découvrir le film.

Pas celui du scénario d'Obito. Mais celui de la réalité. Celui de la descente aux enfers progressive et silencieuse des élus celui des preuves accablantes contre leur bourreau : mêlant habilement les images qu'il avait capturées avec celles prises à la volée par de simples téléphones, ponctuées d'aveux provenant d'un certain dictaphone…

Il ne s'agissait pas de dépeindre la jeunesse parfaite il s'agissait de montrer à quel point elle était belle et éphémère.

Il ne s'agissait pas de montrer un idéal il s'agissait de savourer l'imperfection.

Il ne s'agissait pas de sacrifier la réalité il s'agissait de l'accepter pour vivre l'instant présent.

La salle fut plongée dans le noir, et tout le monde se tut. Progressivement, en grandes lettres rouges, apparut le titre de film :

Instinct.