Lundi 25 janvier, très tard le soir

Cher William,

Pas la peine d'essayer de plaider pour que j'ignore ton mail ;-) Je pense que c'est juste de dire qu'on rêve tous, dans une certaine mesure, d'être accepté de façon inconditionnelle. Je sais que je ressens moi-même un bon niveau d'anxiété à l'idée de te rencontrer en personne. Toi, au moins, tu as des photos de moi, tu connais mon visage et mon boulot et tous les petits bouts de moi que j'ai mis sur mon profil. J'ai terriblement hâte de voir à quoi tu ressembles réellement (en dehors de mon imagination), d'entendre ta voix (même si elle n'est pas encore revenue à la normale), et d'en entendre plus sur les bouts de ta vie dont tu n'as pas pu me parler ici. Et je comprends qu'il puisse y avoir des choses que tu ne pourras jamais me dire. Je connais quelques types avec des boulots comme ça (bon, ok, un seul, mais il est vraiment puissant et discret d'une façon effrayante) et à un moment, il faut juste lâcher prise et se dire « Ok, je te fais confiance pour me dire tout ce que j'ai besoin de savoir. » Si c'est ça qui te fait peur, sache que tu n'as pas à t'inquiéter que je te harcèle pour te faire révéler des secrets d'État ou je sais pas quoi. Ça veut dire beaucoup pour moi que tu souhaites tant ne pas me mentir (j'ai l'impression que mentir constitue une part significative de ton travail). Je trouve plutôt appréciable l'idée d'être ton exception, ta petite île où les lois habituelles ne s'appliquent pas. Je te promets de ne pas abuser de ma position, si c'est le cas.

OK, on s'est perdus dans des contrées bien profondes pour un lundi soir :-) En ce qui concerne ton autre question : non, je ne pratique plus le foot ni le rugby, mais j'aimerais bien. J'ai pu remplacer quelqu'un dans l'équipe de foot d'un service de New Scotland Yard il y a environ six mois, d'ailleurs, et c'était chouette de retourner à la boue et de suer un coup. S'ils ont de nouveau besoin de quelqu'un pour plus d'un match ou deux, je sauterai sur l'occasion. J'ai tout perdu, depuis le temps, mais c'était aussi le cas de tous les autres. (Et si c'est pas trop vantard de dire ça : le short de foot me va beaucoup mieux qu'à eux. Au cas où tu aurais besoin d'arguments supplémentaires pour venir aux matchs.)

C'est dur de te dire si j'étais « populaire » ou non à l'école. Je n'ai jamais été ostracisé, mais je n'ai pas eu beaucoup d'amis proches non plus. Surtout après la mort de mon père, le coming-out de Harry et tout le reste, ça demandait juste trop d'énergie. Je dirais que j'étais plutôt le type avec qui tout le monde était content de manger à midi mais qui ne parlait pas de lui-même. J'ai toujours été doué pour avoir l'air sympa et joyeux, que ce soit le cas ou non.

Guéris vite ! (ordre du docteur)

– John

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Merci pour votre lecture, merci a Flo'w pour sa relecture, et bientôt !