Ginny Potter avait eu une immense carrière de poursuiveuse chez les Harpies de Holyhead. Meilleure marqueuse de la Ligue durant sept saisons consécutives, meilleure marqueuse de tous les temps, quatre Coupes de la Ligue et deux Coupes du Monde, elle était une véritable légende. Elle livrait aujourd'hui le dernier match de sa carrière. C'était la finale de la Coupe de la Ligue. Les Harpies affrontaient les Canons de Chudley qui comptaient en leur sein les légendaires Aigles Impériaux, invaincus à Poudlard et une fois réunis au Canons de Chudley. Ils avaient remporté tous leurs matches par plus de mille points d'écart. Dans les vestiaires, elle tenta de motiver ses joueuses.

« Allez les filles ! On va remporter ce trophée et enfin les faire tomber ! Belladona et Holly, vous prenez Campbell au marquage. »

Ginny savait que ses coéquipières ne pourraient pas arrêter Rolanda Campbell. La poursuiveuse offensive des Canons était une joueuse comme on n'en voyait qu'une fois tous les millénaires. Plus de soixante-dix buts de moyenne par rencontre sur la saison, capable de finir dans n'importe quelle position et sa formation avec un ancien général d'armée aérienne allemand lui avait permis d'acquérir une technique de vol insurpassable.

« Liz, tu prends Fletcher. Fais attention à toi. »

Mary Fletcher, la joueuse la plus étrange des Aigles Impériaux. Une attrapeuse sur le papier mais capable de jouer à tous les postes, à l'exception de celui de gardien. Dans le système des Canons, elle évoluait comme attrapeuse-poursuiveuse. Une joueuse ultra polyvalente qui pouvait tout faire sur un terrain. Elle était aussi la joueuse la plus vicieuse que Ginny ait connue. Elle profitait de la moindre occasion pour insulter discrètement son vis-à-vis et mettre des coups en douce y compris sur des joueurs blessés.

« Je m'occupe de marquer Jarrett. »

L'organisatrice principale des Canons était Mindy « Magic » Jarrett. Pour faire simple, elle était la meilleure passeuse de l'Histoire. Passes aveugles, passes verticales, feintes de passes, passes écran, passes laser, passes à travers tout le terrain, elle n'en ratait pas une seule. Sa vision de jeu lui permettait de lancer ses passes instantanément. De plus, elle était tout à fait capable de marquer des buts. Ginny espérait pouvoir l'empêcher de lancer trop de passes précises grâce à son expérience.

« Comme prévu, inutile de marquer Killingham. »

Josh Killingham était le pire cauchemar des poursuiveurs. Il était le meilleur défenseur de tous les temps au poste de poursuiveur, il était déjà parmi les cinquante meilleurs intercepteurs de l'histoire alors qu'il n'avait disputé que quatre saisons complètes. Il pouvait éteindre n'importe quel poursuiveur adverse voire deux à la fois.

« Diane, je sais que tu veux gagner mais… Ne te mets pas en danger. Johnston et Boyd, tu ne les jamais affrontés. Je ne veux pas que tu finisses ta carrière sur ce match. »

Diane Wallace remplaçait Sally Frazier, l'attrapeuse titulaire blessée par Harper Johnston en milieu de saison et jusqu'à la fin de la saison au moins. La pauvre, son premier match se trouvait être contre les deux batteurs les plus terrifiants de l'histoire du Quidditch. Harper Johnston, dite « La Folle », « La Sauvage » ou « La Dangereuse » : la batteuse défensive des Canons. Cette joueuse de 2m06 pour plus de 110kg était responsable du plus grand nombre de blessures sur une saison. Briser des mâchoires, des bras voire des colonnes vertébrales, c'était sa spécialité. Mais elle n'était pas qu'une brute. C'était aussi la joueuse la plus intelligente à avoir foulé un terrain de Quidditch. Son placement était si bon qu'elle donnait l'impression d'aimanter les Cognards. Sa spécialité ? La charge sur attrapeur distrait. Combien d'attrapeurs avaient été propulsés hors de leur balai par une agression de Johnston ? Un trop grand nombre aux yeux de Ginny.

L'autre batteur était Dennis Boyd. Il était un véritable batteur de précision, il ne ratait presque jamais sa cible. Cependant, un peu comme Fletcher, il évoluait parfois ailleurs et surtout au marquage de l'attrapeur adverse. Même les meilleurs n'avaient pas réussi à le passer. Comme Fletcher et Johnston, il n'hésitait pas à blesser s'il le fallait.

« Evidemment, essayez de marquer sur les fautes mais Chambers, vous le connaissez. »

Tom Chambers, l'ultime gardien et le capitaine de toujours de cette équipe. Imbattable dans les face à face, il permettait à ses joueurs de faire sereinement des fautes sans crainte d'encaisser des buts. C'était lui qui avait développé ce style de jeu ultraviolent. Il utilisait toutes les règles, toutes les failles. Pour Ginny, il était davantage un Serpentard qu'un Serdaigle. Il était réputé pour être un formidable capitaine, il tenait ses joueurs. Il était le seul à qui Johnston obéissait et il veillait à ce que les excès n'aient lieu que sur le terrain.

« On va gagner les filles !

— Ouais ! crièrent ses coéquipières en cœur. »

Ginny serra la main de Chambers puis s'envola. Elle regarda immédiatement les marquages : Boyd sur Diane, sans surprise et Killingham sur elle.

« Bonjour, Mrs Potter, salua-t-il poliment. »

Elle ne répondit pas, trop occupée à se concentrer. Elle désirait ardemment gagner cette rencontre. Chambers laissa la première possession aux Harpies. Ginny tenta de se démarquer mais elle était systématiquement suivie par Killingham qui ne la lâchait pas. A chaque rencontre face à lui, c'était la même chose : elle ne touchait quasiment aucun Souafle. Elle recula plus loin dans son propre camp pour se démarquer. Sans même que Chambers ou qui que ce soit n'ait eu à donner un ordre, les marquages changèrent : Ginny se retrouva prise par Mindy Jarrett. Celle-ci la collait pour lui obstruer au maximum la vue. Sans réellement de solution, l'ex-Gryffondor tenta une passe vers Holly… interceptée par Killingham qui l'envoya à Jarrett que Ginny avait lâchée une seconde du regard… qui la dévia du coude sur Campbell.

Rolanda Campbell évita Belladona avec une grâce unique et se présenta face à Jennifer. Feinte de la main gauche, Jennifer plonge dans la feinte et petit tir dans l'anneau droit. 10-0 pour les Canons.

Le match défila et conformément à leur habitude, les Canons ne cherchaient pas à attraper le Vif d'Or. Ginny perdit plusieurs fois le Souafle face à Killingham, notamment car elle ne pouvait s'empêcher de surveiller Diane qui ne parvenait pas à se sortir de Dennis Boyd. Pendant ce temps-là, Campbell récitait son habituelle partition offensive : tirs couchée sur son balai, tirs en cloche, tirs après une feinte ou tirs avec le balai, même une excellente gardienne comme Jennifer ne pouvait rien faire. Le match se déroula comme une sorte de boucle : Souafle aux Harpies, interception de Killingham, Jarrett ou Fletcher ou arrêt de Chambers, passe à Jarrett, passe à Campbell, finition de Campbell. Les batteuses ne pouvaient rien faire pour gêner les Canons tant Johnston donnait l'impression d'être impossible à feinter. Même à deux contre un — Boyd demeurait affecté au marquage strict de Diane — Sofia et Nelly ne parvenaient pas à repousser les Cognards de la Sauvage tant elle était puissante. Et les rares fois où Johnston pouvait être en difficulté, Fletcher piquait la batte de Boyd pour soutenir sa coéquipière.

Alors que le score était de 1070 à 0, elle remarqua que Mary Fletcher plongeait vers le sol, Diane sur ses talons. Pourtant, il n'y avait pas le Vif d'Or. Ginny capta l'échange de regards Chambers-Fletcher-Boyd-Killingham-Johnston. Dans son esprit, tout se rattacha en une demi-seconde.

« NON DIANE ! NON ! hurla-t-elle. »

Mais trop tard. Dennis Boyd et Josh Killingham avaient quitté leurs marquages pour encercler Diane qui ne pouvait plus remonter. La jeune attrapeuse était épuisée par le jeu ultra-physique de Boyd. Harper Johnston était déjà en position pour taper le Souafle et les batteuses Harpies étaient trop loin pour intervenir car Campbell et Jarrett les marquaient. L'Empalette de Wronski, comme l'appelait Chambers. Johnston frappa le Cognard avec toute sa puissance, les trois Canons ne sortirent du marquage qu'au moment où Diane avait déjà touché le sol et le Cognard vint percuter la jeune attrapeuse allongée au sol en plein dans le dos.

« TEMPS MORT ! s'époumona Ginny. »

Tous les joueurs se posèrent, les Médicomages des Harpies arrivèrent à toute vitesse pour s'occuper de leur joueuse. Ginny avait une furieuse envie de massacrer Chambers qu'elle savait à l'origine de cette séquence. Belladona commença à provoquer Fletcher qui caquetait en tapant dans les mains de ses coéquipiers. Sous le coup de la colère, la poursuiveuse commit l'erreur que tous les joueurs expérimentés apprenaient à ne pas faire : agresser physiquement un joueur de cette équipe. Belladona poussa Mary Fletcher au sol. Elle n'eut pas le temps de réagir qu'elle fut mise K.O par un coup de poing de Johnston qui était maintenant retenue par Chambers qui tentait de calmer tout le monde.

L'arbitre vint voir Ginny pour lui demander si les Harpies abandonnaient. Deux joueuses blessées dont une certainement très gravement, elle avait échoué à les protéger. Elle ne voulait pas que cela continue. De plus, ses coéquipières et elle-même étaient totalement épuisées là où les Aigles Impériaux semblaient toujours en pleine forme. Pour preuve, Chambers discutait avec ses coéquipiers, probablement pour leur assigner de nouveaux marquages.

« Nous abandonnons, déclara-t-elle la voix tremblante. Nous ne pouvons plus continuer. »

Quelques instants plus tard, les Canons de Chudley soulevaient le trophée pendant que Ginny pleurait dans les vestiaires. C'était donc ça le dernier match de sa carrière : un massacre d orchestré par la meilleure équipe de tous les temps, par la génération miraculeuse du Quidditch. Et le plus grave : la blessure de Diane. Les joueuses restantes attendaient fébrilement l'avis des Médicomages. La mâchoire de Belladona avait été réparée rapidement.

Le verdict tomba une heure plus tard : colonne vertébrale fracturée. Il serait possible de la réparer mais Diane Wallace ne pourrait plus jouer au Quidditch. Sous le coup de la colère, Holly balança son sac contre le mur.

« Les salauds ! cria-t-elle.

— Ce sport est ultraviolent, ils ont juste exploité l'intégralité des règles, admit Ginny avec difficulté. Johnston est bien connue, Boyd aussi, Fletcher également. C'est moi qui aie échoué à vous protéger. Mon aventure en tant que joueuse s'arrête ici. Bella, tu prends le capitanat pour la saison à venir. »

On toqua alors à la porte de leur vestiaire. Rolanda Campbell se tenait dans l'entrée. Ginny la connaissait, elle n'avait aucune mauvaise intention. Au contraire, elle était la joueuse la plus fair-play de la Ligue, ce qui interrogeait beaucoup sur la manière dont elle parvenait à supporter des brutes et des vicieux tels que Johnston, Boyd et Fletcher. Les deux poursuiveuses sortirent du vestiaire.

« Je vous prie de m'excuser pour votre coéquipière, lâcha Campbell. Je ne présente pas d'excuse au nom de l'équipe, Harper et Dennis avaient dès le début décidé de baptiser votre jeune coéquipière. Même Tom n'était pas forcément pour mais Dennis voulait vraiment le faire. Potter, je vous remercie pour votre carrière. Vous avez été un modèle pour moi. Ce fut un honneur vous affronter sur le terrain durant des années.

— Vous êtes la plus grande marqueuse que j'ai vue de toute ma vie, avoua sincèrement Ginny.

— J'ai été formée par le meilleur aviateur de tous les temps, ça aide. Et j'ai une équipe qui joue autour de moi, c'est aussi une grande chance. Avec Harper, je n'ai pas à me soucier des Cognards, avec Josh, je n'ai à me soucier de défendre et je sais que Mindy trouvera toujours la solution pour me donner le Souafle.

— Même aux Tornades, lors de votre séparation, vous tourniez à plus de quarante buts de moyenne.

— Ce n'était pas pareil, je devais forcer mon talent. Là… C'est si simple. Oh attention ! Ce n'est pas contre vous ou votre équipe ! »

Ginny eut un petit sourire, cette jeune femme était d'une grande humilité malgré son talent unique.

« Je dois partir, Mrs Potter, s'excusa Rolanda. Mais je serai ravie de vous parler hors du terrain, à nouveau. Prenez soin de vous dans cette retraite bien méritée, je pense que vous feriez une excellente journaliste Quidditch. »

La rousse regarda son adversaire du jour partir puis retourna dans son vestiaire.

« Elle te voulait quoi ? lança Holly qui peinait à se calmer.

— Discuter, c'est tout. »

Le repas de soirée au Terrier — tradition après chaque match — fut consacré à casser du sucre sur le dos des Canons. Même Ron, devenu supporter des Harpies, n'y allait pas avec le dos de la cuillère. L'Empalette de Wronski faisait toujours beaucoup parler lorsqu'elle était utilisée.

« C'est une technique de sauvage ! s'emporta Ron. Le Quidditch, ce n'est pas ça ! En plus le faire sur une novice ! La Ligue devrait prendre des mesures contre cette équipe de dangereux !

— Ils respectent les règles, souffla Ginny. En soi, ils ont raison. Si l'on y regarde bien, ils n'ont jamais eu de comportement déloyal hors du terrain. Même sans ça, ils nous auraient écrasées.

— C'est vrai que Rolanda Campbell est une poursuiveuse exceptionnelle, concéda Arthur.

— Mais ce n'est pas la plus forte. Josh Killingham est bien pire à affronter. Vous ne pouvez pas le passer, j'ai vraiment essayé mais impossible. Cette équipe est la génération dorée de notre Quidditch, la meilleure de tous les temps. Je m'en veux de ne pas avoir pu offrir un dernier titre aux Harpies.

— Tu as fait de ton mieux, assura Harry. Et en plus, tu finis en tête des marqueuses de tous les temps ! Tu es une légende du Quidditch.

— Tu as réfléchi à la suite ? questionna Molly.

— Oui, je pense devenir journaliste Quidditch. J'aime tellement ce sport et je pense pouvoir apporter un éclairage intéressant. Contrairement à beaucoup, je sais comment pensent les joueurs et je pourrai peut-être plus facilement obtenir des interviews de la part des joueurs.

— Il y en a que tu aimerais interroger ? demanda Hermione.

— Harper Johnston, Tom Chambers, Rolanda Campbell, déjà. Aucun membre de cette équipe n'a donné la moindre interview depuis leur arrivée dans la Ligue. Et ces trois là sont peut-être les personnalités les plus intéressantes. »

Deux mois plus tard, Ginny, devenue entre temps journaliste pour la Gazette du Sorcier, reçut une lettre de Rolanda Campbell, avec qui elle avait développé une correspondance.

« Bonjour Ginny,

J'espère tout va bien de ton côté. J'ai réussi à convaincre Harper de t'accorder une interview quand tu le voudras. Pareil pour moi. Tom n'est pas trop porté sur les interviews, j'en suis désolée !

Quidditchement vôtre,

Rolanda ».