Auteur : Lady Zalia

Type : Aventure / léger Angst. Ça va enfin s'améliorer pour Harry à partir de ce chapitre. 😉

Disclaimers : Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating T.

Rappel du chapitre précédent : Harry assiste à son premier cours d'Art de la magie noire et découvre qu'Amycus Carrow y torture des élèves sans aucun scrupule. Pris d'une rage sans nom, il perd le contrôle de sa magie et enflamme le Mangemort. Nagini le mord pour l'arrêter et il perd connaissance.


Chapitre 6

Harry essaya de tousser, mais le moindre mouvement lui provoquait une douleur insoutenable. Quelqu'un venait de lui faire boire une potion horriblement amère qui l'empêchait de replonger dans le sommeil tant désiré, il ouvrit donc péniblement les yeux. Il portait toujours ses lunettes, mais même sans il aurait reconnu ce plafond entre mille tant il y avait passé du temps : il était à l'infirmerie de Poudlard… et Voldemort était penché sur lui, Nagini sur son épaule. Son rythme cardiaque et sa respiration s'accélérèrent brusquement alors que les derniers événements lui revenaient en mémoire. Il avait attaqué Amycus Carrow. Il avait voulu le tuer si fort que sa magie avait répondu… La voix de madame Pomfresh résonna un peu plus loin.

- Pauvre enfant ! Vous le terrifiez !

Voldemort l'ignora et posa sa main sur son front dans un geste qui se voulait apaisant.

- Inutile d'avoir peur, Harry, je ne te veux aucun mal, bien au contraire. Je suis très fier de ce que tu as accompli. Nous allons rentrer à la maison et je vais te soigner. Mais tu dois rester conscient pour transplaner.

Harry se calma et cligna des yeux pour signifier qu'il avait compris. Voldemort se redressa et sortit de son champ de vision. Harry entendit un râle, puis la voix de Drago résonna dans la pièce.

- Maître. Les affaires de Potter et le compte-rendu de son entrevue avec Londubat et Weasley.

- Parfait. Drago, comme tu dois t'en douter, Harry ne reviendra pas à Poudlard avant quelques temps. Je te préviendrais. Quant à toi Amycus, tu as eu de la chance que Nagini le stoppe. Tu es désormais la preuve vivante de ce qu'il advient lorsqu'on pousse à bout mon jeune protégé. Severus, tu peux dès à présent chercher un nouvel enseignant. Je te laisse libre de choisir qui tu souhaites, mais il vaudrait mieux éviter de faire davantage couler le sang des élèves. Ainsi la population continuera de voir Harry comme un sauveur et c'est exactement ce que je cherche…

- Bien, monseigneur.

Voldemort fit léviter le corps de Harry jusqu'à la sortie de Poudlard, mais dès qu'ils furent hors de vue, il le prit dans ses bras avec une étonnante délicatesse. Une fois hors des barrières de Poudlard, le mage noir les fit transplaner et l'instant d'après ils étaient de retour dans leur demeure, pour le plus grand soulagement de Harry qui n'aspirait qu'à replonger dans l'inconscience pour ne plus souffrir. Une fois dans sa chambre, Voldemort lui fit ingurgiter une nouvelle potion et il sombra enfin dans le sommeil tant attendu.

***/+/***

Harry s'éveilla doucement alors qu'il était allongé dans son lit. Il se sentait comme dans un cocon, à la fois enveloppé par une douce chaleur et emmailloté dans un carcan de tissu qui l'empêchait de bouger. Ce n'était pas désagréable, d'autant que la douleur avait reflué. Il reconnut le sifflement de Nagini tout contre son oreille.

- Ne bouge pas, petit frère. Le maître va te soigner.

- Nagini. Merci de m'avoir arrêté. Je crois que j'aurais pu le tuer…

Sa mâchoire était ankylosée, mais le fourchelang ne nécessitait que peu d'articulation. Ce fut Voldemort qui lui répondit.

- Nous reparlerons de ça plus tard. Pour l'instant tu dois rester totalement immobile. Tu as perdu le contrôle de ta magie et épuisé tes réserves. Tu vas encore dormir de longues heures. Je vais t'aider à boire la potion.

Harry referma les yeux. La voix de Voldemort avait ce quelque chose d'apaisant. Malgré les sévices qu'il lui avait fait subir pas plus tard que la veille, il se sentait choyé, étrangement précieux aux yeux de son ennemi et ce comportement ambivalent l'incitait à lui obéir bien plus efficacement que n'importe quel Imperium.

***/+/***

Lorsqu'il reprit conscience le lendemain, il se sentait encore désespérément faible. Il voulut tout de même se lever de son lit mais Nagini l'en empêcha.

- Reste couché. Tu es fragile.

Harry grimaça. Il n'aimait pas particulièrement s'entendre dire qu'il était une chose « fragile », surtout après tout ce qu'il avait vécu.

- Il faut bien que je me lève à un moment. Je ne peux pas rester tout le temps dans mon lit…

Il soupira. Déjà quand il était au meilleur de sa forme, il était incapable de rivaliser avec la force de Nagini alors dans son état, ce n'était même pas la peine d'essayer. Il venait de se laisser retomber en position allongée lorsque Voldemort entra. Pour une raison qu'il ne comprenait pas encore, le mage noir semblait très satisfait de l'incident. Il avait déjà compris que la vie de la plupart de ses Mangemorts n'avait que peu de valeur à ses yeux, mais de là à le féliciter pour avoir presque brûlé vif l'un d'entre eux…

- Maître ! Le garçon voudrait se lever.

Harry roula des yeux. On pouvait compter sur Nagini pour tout dire à Voldemort dans la seconde. Ce dernier s'approcha de lui.

- Voyons voir… Je crains que tu ne doives encore te reposer, Harry. Comment te sens-tu ?

Voldemort retira d'un coup le pansement qui recouvrait la morsure de Nagini et la palpa de ses doigts. Harry grimaça à son contact mais se laissa ausculter sans bouger.

- Je me sens fatigué mais je n'ai plus mal. Je pourrais me lever juste le temps de prendre une douche et manger, non ?

- Tu garderas une cicatrice bien visible… une de plus. Quant au fait de te lever… essaye-donc par toi-même. Cela sera plus probant que n'importe quelle parole. Nagini, laisse-le se lever.

Harry se redressa doucement et décala ses jambes sur le côté. Pour le moment tout allait bien, mais lorsqu'il bascula son poids sur ses pieds pour se lever, son environnement tourna autour de lui et il se sentit tomber en avant. Il failli atterrir sur le sol mais il dû sa sauvegarde à Voldemort qui avait déployé sa magie pour le rattraper.

- Non… Pourquoi est-ce je me sens aussi faible ?

- La potion que je t'administre quotidiennement est une de mes créations. Nagini est une redoutable créature et son venin a trois effets remarquables qui, en l'absence de soin adéquat, te tueraient assez rapidement ou en tout cas te feraient souffrir pendant plusieurs semaines. Mon antidote soigne la paralysie, neutralise l'acide qui ronge tes chairs et jugule l'hémorragie interne. Pour éliminer complètement son venin, il faut laisser le temps à ta magie de te régénérer mais puisque tu l'as épuisée, cela prendra un peu plus de temps... Tant que tu te sens faible, c'est que ton corps combat encore la toxine, tu dois donc te reposer pour économiser ton énergie. Je me doutais que tu serais incapable de patienter, donc j'ai ajouté un effet somnifère à ma potion.

Harry n'eut d'autre choix que de se laisser remettre au lit, mais encore une fois, Voldemort fit preuve d'une étonnante délicatesse à son encontre. Il ne put s'empêcher d'ironiser.

- Qui aurait cru il y deux mois que vous prendriez autant de précautions pour me préserver…

- Que de temps perdu à ignorer ta véritable valeur, en effet… Au début j'ai même maudit la présence de cet Horcruxe qui m'empêchait de te tuer, mais depuis quelques temps je commence à entrevoir un futur où tu ne serais plus cet insupportable garçon bravant sans cesse mon autorité.

- Je ne suis plus un enfant, je suis majeur…

- C'est vrai, mais tu manques si cruellement de maturité que j'ai tendance à l'oublier… Maintenant prends cette potion et dors.

Harry fit la moue mais dans sa position il n'avait pas vraiment le choix. Il prit la fiole de potion mais ne l'avala pas pour autant.

- Avant cela je voudrais comprendre… Pourquoi semblez-vous si satisfait que j'aie attaqué Amycus Carrow ?

- Je me doutais qu'Amycus ne ferait pas preuve d'une grande subtilité à ton encontre et il a joué parfaitement son rôle. Tu m'as déjà dit que tu avais été lancé des sorts sans baguette lorsque tu étais sous le coup d'une émotion forte et je sais combien ta magie est puissance, pourtant tu n'as jamais été capable de l'utiliser à un moment décisif. Que ce soit face à moi, Bellatrix ou Severus, tu as toujours manqué de cette motivation suffisante pour mettre le feu aux poudres. Mais cette fois, tu voulais protéger cet élève, ce n'était pas la peur ou la haine qui prédominait en toi, mais un sentiment pur… Quoi qu'il en soit, je ne suis pas déçu du résultat.

- Tout ceci n'était qu'une expérience pour vous ? Je ne suis pas une de vos marionnettes !

- Allons, calme-toi, tu interprètes tout négativement... Grâce à ton intervention, Amycus ne pourra plus jamais enseigner à Poudlard et tu vas pouvoir probablement regagner la confiance de tes amis Gryffondors. N'es-tu pas fier de ce pouvoir ? Je t'apprendrais à le maîtriser… mais pour l'instant tu dois te reposer.

Harry fixa un moment Voldemort mais ne répondit pas. Il avait cette désagréable impression de sentir son destin lui échapper et de ne rien pouvoir faire pour contrer cela. Il soupira et se força à avaler la potion d'une traite malgré son goût terriblement amer. Moins d'une minute après, il sentit la somnolence le saisir et il replongea dans un sommeil sans rêve.

***/+/***

Après une nouvelle nuit, il se sentit un peu mieux. Il put enfin prendre une bonne douche et aller manger un vrai repas à table mais il passa toute de même l'après-midi à somnoler devant la cheminée en compagnie de Nagini. Ce ne fut que le surlendemain qu'il regagna sa pleine énergie. Voldemort vint le trouver alors qu'il déjeunait.

- À présent que tu es rétabli, tu vas pouvoir reprendre tes études mais il n'est pas question que tu retournes à Poudlard tant que tu seras aussi instable. Tu dois être capable de reprendre le contrôle de toi-même sans que Nagini ne te morde ou que tu n'épuises ta magie. Nous allons donc travailler sur ta concentration ainsi que sur ta maîtrise de ta magie et de tes émotions mais il faudra que tu me fasses confiance et que tu m'obéisses sans remettre mes méthodes en question, est-ce clair ?

- Vous faire confiance ? Je sens que je ne vais pas apprécier vos méthodes, mais j'imagine que je n'ai pas beaucoup le choix si je veux retourner à Poudlard…

- Allons, quelle piètre opinion tu as de moi ! Tu l'as pourtant reconnu toi-même la semaine dernière, je sais faire preuve de patience, surtout quand il s'agit de toi. Je prends mon rôle de mentor très à cœur et j'attends le même sérieux pour toi. D'ailleurs, tu pourras utiliser ta baguette chaque fois que tu travailleras sous ma surveillance.

Harry craignait le pire mais encore une fois, Voldemort le surprit par sa pédagogie. Lorsqu'il lui tendit sa baguette, il sentit sa magie y réagir, comme une ancienne amie qu'il retrouvait après une longue absence et ce sentiment lui inspira une vague de gratitude à l'encontre du mage noir. Par ailleurs, celui-ci avait préparé de réels exercices pour l'amener à améliorer son endurance comme une balle prisonnière d'un labyrinthe qu'il l'obligeait à maintenir son sort de lévitation pour la mener jusqu'au bout. Il lui fit aussi lister les sorts offensifs et défensifs qu'il connaissait et ne put s'empêcher d'ironiser à ce propos.

- Harry Potter, connu par tous les Rafleurs et Mangemorts du pays comme celui qui n'a que l'Expelliarmus pour se défendre.

- N'exagérez pas, j'en connais d'autres…

Le mage noir secoua l'unique feuille de parchemin sur lequel Harry avait noté sa liste.

- Tu n'en connais vraiment pas assez pour un élève de 7e année ! On voit que tu n'as pas souvent été attentif en cours.

- Difficile de me concentrer quand mes journées sont consacrées à essayer de survivre et que mes nuits sont occupées par des cauchemars et des visions ! Et je ne parle même pas des professeurs de Défense contre les Forces du Mal qui pour la plupart étaient totalement incompétents. En plus, je refuse d'utiliser des sorts de magie noire ou qui risquent de tuer. C'est une question de principe.

- Tu te cherches des excuses. L'étiquette de magie noire n'existe que pour empêcher n'importe qui d'utiliser des sorts puissants. Et d'après ce que Lucius m'a raconté, tu aurais lancé un Sectusempra à Drago Malefoy l'année dernière. Ce n'est pas exactement un sort anodin…

Le ton de Voldemort était clairement moqueur. Harry perdit sa concentration et la petite balle retomba au début de son parcours. Il soupira et se tourna vers son interlocuteur pour se justifier.

- Il avait essayé de me jeter un Doloris et j'ai réagi sans réfléchir mais lorsque je l'ai vu allongé par terre dans son sang, je me suis vraiment sentit mal. Rogue n'a pas manqué de me le rappeler encore l'autre jour.

- J'imagine bien, d'autant que c'est lui qui a créé ce sort. Il n'a pas dû apprécier de voir le fils de son pire ennemi l'utiliser... Je vais réfléchir à une liste de sorts à t'enseigner qui n'enfreindra pas ta sacro-sainte moralité. En attendant, recommence l'exercice.

Voldemort fit un geste négligeant de la main et plusieurs livres s'envolèrent de leurs étagères pour venir atterrir sur la table. Harry haussa les sourcils avant de se repencher sur sa tâche. Lui peinait à maintenir un Wingardium Leviosa pendant 10 minutes avec sa baguette en main tandis que le mage noir faisait voler plusieurs objets différents sans même les regarder. Leur différence de niveau était risible. Quand bien même ils avaient pu détruire tous les Horcruxes, il n'imaginait pas une seule seconde comment il aurait pu gagner un duel face à lui pour lui lancer l'Avada...

***/+/***

Voldemort le fit travailler sans relâche les semaines suivantes. Il lui fit réviser bon nombre de sorts qu'il connaissait déjà, en améliorant sa rapidité d'exécution, sa durée de concentration et sa précision. Il lui fit aussi découvrir de nouveaux sortilèges qui pouvaient être très utiles dans un combat ou même de manière plus situationnelle. Il rattrapa son retard en métamorphose, botanique, sortilèges et maîtrisait désormais tout le programme de 1e année d'étude de runes. Harry devait bien reconnaître que son ancien ennemi possédait des connaissances remarquables. Il était bien plus facile de progresser avec un professeur particulier aussi talentueux que dans une salle de classe, noyé au milieu des autres élèves. Voldemort n'hésitait pas à le faire travailler une journée entière sur le même sort pour être certain qu'il le maîtrise parfaitement et l'interrogeait parfois inopinément sur ce qu'il avait retenu de la semaine précédente. Il l'avait aussi emmené dans sa serre pour lui faire découvrir diverses plantes utiles, en revanche jusqu'à présent, il ne s'était contenté de lui faire travailler que l'aspect théorique des potions, sans jamais lui en faire préparer une. Même si Harry n'était pas très friand de cette matière, il finit tout de même par s'en sentir frustré.

- Pourquoi vous ne voulez pas me faire réaliser des potions ? Je n'ai jamais fait exploser de chaudron malgré ce que Rogue peut prétendre et j'ai tout de même obtenu ma BUSE dans cette matière…

- Severus n'est pour rien dans ce fait, je n'aime tout simplement pas gaspiller des ingrédients inutilement. Par ailleurs, mon laboratoire renferme bon nombre de potions à la fois précieuses et longues à préparer et je n'ai aucune envie que tu t'en approches.

- Vous me croyez donc si incapable de faire attention ? J'ai pourtant suivi tous vos ordres ces derniers temps…

Voldemort releva son regard de sa lecture et plissa les yeux.

- Qu'est-ce que tu crois faire là ? Personne ne conteste mes décisions. Tais-toi donc, Potter avant que je ne te fasse taire moi-même !

Sachant que l'emploi de son nom de famille représentait la limite à ne pas dépasser, Harry ne surenchérit pas. Il referma le livre qu'il était en train de lire et décida d'aller faire un tour dans le jardin. Cela faisait près de deux mois qu'il vivait enfermé avec Voldemort et Nagini pour seule compagnie et il commençait à trouver le temps long, d'autant que le mage noir ne semblait pas envisager son retour à Poudlard pour le moment. Le mois de Mars était tout juste entamé et si le jardin n'était plus verglacé, le climat n'était pas beaucoup plus agréable pour autant. Au moins ce jour-là il ne pleuvait pas. Harry s'installa sur son arbre fétiche et commença à faire léviter vers lui toutes les petites pierres qui se trouvaient à sa portée avant de les projeter violemment contre le mur de la maison. Il aurait bien aimé fabriquer un épouvantail déguisé en Voldemort mais il doutait fortement que le mage noir apprécie la plaisanterie, il se contenta donc de se défouler dans le vide, mettant toute sa rage dans son lancer. Il avait vraiment progressé en magie sans baguette depuis quelques temps et le plus énervant, c'est que c'était avant tout grâce à Voldemort. Il était bien obligé d'admettre que malgré son terrible caractère, le mage noir était un fantastique sorcier aux connaissances et à la puissance sans commune mesure. Un mouvement en contrebas attira l'attention de Harry et il immobilisa immédiatement toutes les pierres avant de les reposer doucement sur le sol. Nagini serpentait dans l'herbe et il la rejoint en un bond.

- Ton maître m'insupporte. Je travaille sans cesse, je fais tout ce qu'il me dit et il m'envoie balader pour rien ! J'en ai marre ! Je ne suis pas un de ses putains de Mangemorts !

Nagini secoua la tête.

- Tu te montres impatient. Le maître t'enseigne ses connaissances, tu deviens plus puissant grâce à lui. Tu devrais lui être reconnaissant de t'accorder son temps comme il le fait !

Harry se renfrogna. Il savait d'avance qu'il n'obtiendrait pas beaucoup de soutien de la part de Nagini.

- Je sais. Mais je m'ennuie, j'ai besoin de faire autre chose, de me défouler… Je n'ai jamais été un rat de bibliothèque !

Il fit un geste de la main et attrapa la pierre qui vola jusqu'à lui pour la lancer de toute ses forces vers la forêt qui bordait le jardin mais elle revint vers lui avec la vitesse d'une balle de fusil et passa à quelques centimètres de son visage. Harry écarquilla les yeux et un frisson d'effroi parcouru sa colonne vertébrale. Il n'avait aucun doute sur l'identité de celui qui avait renvoyé sa pierre. Il le chercha des yeux et s'aperçu qu'il était penché sur le rebord de la fenêtre, son habituel rictus au visage.

- Si tu as encore assez d'énergie pour ça, c'est que tu peux continuer à travailler. Et peut-être que je pourrais reconsidérer ta demande si tu te montres irréprochable jusqu'à ce soir.

Harry soupira longuement mais rejoignit néanmoins la bibliothèque. Il commençait suffisamment à connaître le seigneur des ténèbres pour savoir quand il valait mieux faire profil bas…

Le soir-même, alors qu'il était à table, Voldemort vint s'asseoir sur la chaise à l'autre bout de la table. Harry sortit immédiatement de ses pensées face à cet événement inhabituel.

- J'ai l'impression qu'avec toi, la carotte marche mieux que le bâton…

Harry haussa les épaules.

- Comme tout le monde, j'imagine.

- Quoi qu'il en soit, je suis plutôt satisfait de toi. Les traductions de runes que je t'avais laissées sont correctes et ta demande était finalement assez légitime, j'ai donc décidé de t'autoriser exceptionnellement à accéder à mon laboratoire demain. Mais attention, cela se fera selon mes conditions et je veux que tu m'y obéisses au doigt et à l'œil, sans rechigner ne serait-ce qu'une seule seconde, c'est bien compris ?

- Parfaitement. Merci.

Un silence s'installa et Harry termina rapidement son repas. Voldemort semblait pris dans ses pensées mais après un instant d'hésitation, il décida finalement de lui poser la question qui le taraudait depuis plusieurs semaines.

- Dites… vous ne mangez jamais ?

Le mage noir écarta les mains.

- L'un des avantages de l'immortalité.

- Mais… ça ne vous manque pas ? Je veux dire, vous n'avez jamais ressenti de plaisir à manger un aliment ?

- Absolument pas. J'ai toujours considéré le fait de s'alimenter comme une perte de temps. Mais je n'ai jamais souffert de la faim comme cela semble avoir été le cas pour toi.

Harry fit la moue. La discussion dérivait sur des souvenirs désagréables qu'il n'avait aucune envie d'évoquer devant Voldemort. Il décida de changer de sujet.

- Vous n'avez jamais envisagé de devenir vampire comme manière d'être immortel ?

- Les vampires ne sont pas immortels, ils ne vieillissent simplement plus. Ils ont troqué leur dépendance à l'eau et à la nourriture contre une dépendance au sang humain et sont vulnérables à la lumière du jour. Autre chose ?

- Euh non… j'imagine que ma question était stupide. Vous comptez me faire préparer quelle potion demain ?

- Tu verras bien. Je te mettrais les ingrédients à disposition et tu devras retrouver ce qu'ils permettent de brasser. J'imagine que tu sais ce qu'il te reste à faire avant de dormir ?

Le Gryffondor hocha la tête, incapable de s'empêcher de sourire. Qui aurait cru que Voldemort prendrait aussi au sérieux son rôle de professeur particulier ?

***/+/***

Le lendemain matin, Harry n'avait jamais été aussi impatient de commencer un cours de potion. Il avait pris un petit déjeuner léger et retrouvé Voldemort qui l'attendait devant la porte interdite. Le mage noir fit un geste négligeant de la main et Harry sentit ses cheveux être attachés en arrière.

- La prochaine fois que tu présentes pour faire des potions, c'est cheveux attachés et manches retroussées. Il arrive fréquemment qu'une potion soit dénaturée par le potionniste : une goutte de sang, de sueur, un cheveu, un chaudron mal lavé... Lorsqu'on aura fini tu nettoieras tous les ustensiles que tu auras utilisé. Maintenant tu me suis et tu ne touches à rien.

- OK.

Harry garda les mains derrière le dos alors que Voldemort ouvrait la porte protégée par une série de runes. Manifestement le système d'ouverture était plus complexe qu'un simple Alhohomora. Ils descendirent une volée de marches pour arriver dans un vaste sous-sol qui devrait faire presque la taille de la maison. Une multitude d'étagères supportaient des boites de forme et de couleur variées ou des fioles soigneusement étiquetées et plusieurs chaudrons brûlaient çà et là, remués par des cuillères enchantées. Mais à la vue de ce qui se tenait au fond de la cave, Harry pourra un cri de dégoût.

- Ah mais… un Inferius ! Beurk ! Pourquoi vous gardez ça ici ?

Le mort-vivant tourna son regard blanc vers Harry et se mit à claquer des dents de manière sinistre. Il se tenait simplement debout, sans aucune chaîne pour le retenir et Harry eut un mouvement de recul.

- N'aie crainte, il ne bougera pas à moins d'en recevoir l'ordre. Il me sert à tester certaines potions lorsque je fais des expériences.

- Et c'est qui ?

Voldemort haussa les épaules.

- Un vagabond moldu… Viens ici. Quand tu fabriques une potion, tu dois faire abstraction du reste. Considère-le comme une simple mouche dans ton environnement.

Harry fit la grimace mais s'avança néanmoins vers l'Inferius. Vu d'aussi près, c'était encore pire. À travers les vêtements en lambeaux, on pouvait voir un corps décharné comme si on en avait aspiré tout le sang et une peau tellement livide qu'elle luisait presque dans la pénombre. Il eut un frisson d'effroi en se remémorant l'armée d'Inferi qui l'avait attaqué dans la caverne avec Dumbledore mais Voldemort lui fit signe d'approcher et Harry reporta son attention sur l'établi. L'espace était soigneusement aménagé avec une grande planche pour découper les ingrédients, surmontée d'une arche d'où pendaient différents couteaux, maillets et louches. Les ingrédients eux-mêmes avaient été répartis à sa gauche et il reconnut la forme caractéristique des feuilles d'armoise, les filandreuses racines d'une asphodèle, des crochets de serpent, un pot étiqueté comme du mucus de Veracrasse et un autre de cervelle de paresseux. Par chance, il connaissait très bien cette potion pour l'avoir préparé l'année précédente dans le cours de Slughorn. Si aujourd'hui il n'avait pas le livre du Prince de sang-mêlé pour l'aider, il se souvenait globalement des différentes étapes et, consciemment ou non, Voldemort avait disposé les ingrédients sur l'établit dans l'ordre exacte où ils devaient être intégrés.

- Un philtre de Mort Vivante, n'est-ce pas ?

- Exacte. Lorsqu'elle sera terminée, tu la testeras sur notre cobaye ici présent, puis tu fabriqueras son antidote qui est ?

- Potion de Wiggenweld ! Hydromel, racine de mandragore, sang de salamandre, feuilles de dictame et euh… mucus de Veracrasse ?

-Tu oublies les épines de poisson-diable sinon c'est correct. Commence ta préparation.

Voldemort vint déposer la baguette de Harry sur la table et il put remplir son chaudron d'eau et allumer le feu. Il répéta silencieusement chacune des étapes dans sa tête et prit son temps pour réaliser chaque actions avec minutie. Il avait étrangement très envie de réaliser une potion parfaite pour prouver à Voldemort qu'il avait eu raison de l'amener dans son laboratoire. Après un peu plus d'une heure, sa potion avait la couleur lilas pâle attendue et Harry se permit de soupirer.

- Je pense que c'est bon.

- Elle a la bonne couleur. Maintenant il faut la tester. Mets là dans une fiole et fais-lui en boire.

Il désigna l'Inferius qui attendait toujours immobile et Harry se saisit d'une fiole et d'un entonnoir pour transvaser le contenu du chaudron. Lorsqu'il se présenta devant le mort-vivant, celui-ci ouvrit sagement la bouche. Finalement, la passivité bovine de la créature la rendrait presque comique et lorsque Harry remarqua qu'il avait une moustache, il ne put s'empêcher de pouffer en pensant à son oncle.

- Je peux lui donner un prénom ? J'ai très envie de l'appeler Vernon…

Il vida la fiole entre les lèvres décharnées et l'instant d'après, l'Inferius s'écroula au sol comme un pantin désarticulé. Voldemort hocha la tête.

- Bien, ta potion est réussie. Libre à toi de le renommer si ça t'amuse mais concentre toi sur l'antidote à présent. À moins que tu ne préfères aller chercher ton oncle pour le changer véritablement en Inferius ? Si c'est le cas, ça peut s'arranger…

Harry nettoya son chaudron d'un Récurvite et se tourna vers le mage noir.

- Ça serait sans doute diablement libérateur mais non merci. Même si vous êtes persuadé que tôt ou tard je finirais par commettre un meurtre, j'aimerais tout de même éviter d'avoir le sang de ma propre famille sur les mains.

Voldemort s'approcha avec un sourire malsain et se pencha légèrement sur lui. Harry avait perdu tout sourire. Il recula d'un pas mais se retrouva bloqué par l'établi.

- S'il n'y a que ça, je pourrais le tuer à ta place. Considère cela comme un cours magistral sur la manière de créer un Inferius…

Il ferma les yeux. Voldemort avait parlé fourchelang et ses sifflements faisaient émerger de dangereux sentiments au plus profond de lui

- Non… Arrêtez ça ! Ce serait mal. Je ne suis pas comme ça et ils ne méritent pas un sort aussi cruel !

Il voulut repousser le mage noir mais celui-ci se saisit de ses poignets.

- Dommage. Je ne t'obligerais pas à le faire, rassure-toi. Ça ne serait absolument pas satisfaisant. Je veux que cela vienne de toi… et cela viendra, je n'ai aucune inquiétude à ce propos. Mais pour le moment, tu as un antidote à préparer…

Il relâcha ses poignets et recula de quelques pas. Harry poussa un soupir de soulagement et essaya de recentrer ses pensées sur la potion. Il se récita mentalement les différentes étapes : Commencer par le sang de salamandre, chauffer sans faire bouillir, tourner dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, ajouter cinq épines de poisson-diable… Il y avait moins de découpes à faire pour cette potion et sa réalisation était plus rapide que pour le philtre de Mort Vivante mais les suggestions malsaines de Voldemort l'avaient troublé plus qu'il ne l'aurait avoué.

- Stop ! Tu oublies l'infusion de feuilles de dictame alors que tu l'as correctement cité tout à l'heure. Concentre-toi.

Il pinça les lèvres et fit venir à lui une poignée de feuilles sans même utiliser sa baguette. Voldemort l'incitait à utiliser quotidiennement sa magie pour des sortilèges simples et il y arrivait désormais assez facilement. Il laissa les feuilles infuser dans une tasse d'eau bouillante avant de filtrer et d'ajouter la préparation à sa potion, s'appliquant à ignorer le regard scrutateur de Voldemort. Il ajouta le jus de racine de Mandragore cuite, remua lentement jusqu'à ce que la potion change de couleur puis ajouta l'hydromel et ralluma le feu sous son chaudron. Il ajouta enfin le mucus de Veracrasse, mélangea une dernière fois et filtra le tout avant de présenter sa fiole à Voldemort qui hocha la tête. Il se pencha au-dessus de l'Inferius qui ressemblait désormais à un cadavre tout à fait ordinaire et ne put réprimer une grimace en ouvrant la bouche de la créature pour y verser l'antidote. À peine une seconde plus tard, le mort-vivant rouvrit les yeux et se redressa. Harry se recula prudemment, malgré tout fasciné par la marionnette de chair qui se trouvait devant lui.

- Est-ce que c'est conscient ? Je veux dire… ça serait encore pire.

- Non, ce n'est qu'un cadavre animé par magie. Il n'a aucune capacité de réflexion, aucun libre arbitre et est totalement incapable de faire face à une situation imprévue autrement que par la violence. Mais ça rend quelques services… Bien, ton antidote est réussi. Nettoie tout ce que tu as utilisé et tu pourras remonter. N'oublie pas de me rendre ta baguette.

Malgré ce début de journée distrayant, l'après-midi fut consacré à des études théoriques, et le soir venu, Harry ne put s'empêcher de repenser à Poudlard. L'ambiance du château lui manquait, ses promenades au bord de la Forêt Interdite ou en haut de la Tour Nord, ses amis… même les Serpentards lui manquaient. Après le dîner, il retrouva Voldemort dans la bibliothèque.

- Quand est-ce que je pourrais retourner à Poudlard ?

- Pourquoi souhaites-tu autant y retourner ? Tu progresses bien plus ici avec moi. Je te garantis que tu n'auras aucune difficulté à obtenir tous tes ASPICS si c'est cela qui t'inquiètes. D'autant que je ne compte pas te laisser ta baguette à Poudlard.

- Ce n'est pas ça… J'en ai marre d'être enfermé ici. J'aimerais juste voir du monde, faire autre chose que lire des livres et travailler à longueur de journée.

- Je vois. Tu seras donc enchanté de m'accompagner au manoir Malefoy demain soir. J'avais prévu de rassembler mes Mangemorts.

Harry fit la moue. Ce n'était clairement pas le genre de sortie dont il rêvait. Il n'ajouta cependant rien, sachant pertinemment qu'il n'avait pas son mot à dire. Et qui sait, s'il restait irréprochable, avec un peu de chance, il serait plus enclin à autoriser son retour à Poudlard.

***/+/***

Le lendemain soir, Harry retrouva Voldemort dans l'entrée, habillé de vêtements propres et impeccablement rasé. Il avait même fait son possible pour discipliner ses cheveux en les humidifiant et en les attachant à l'aide d'un lacet de cuir. Le mage noir plissa les yeux en le voyant habillé ainsi.

- Et bien, pour une fois tu as fait un effort.

- Je prends en compte vos remarques.

Harry ne précisa pas qu'il espérait être suffisamment dans les bonnes grâces de Voldemort pour qu'il accède à sa demande. Nagini s'enroula comme d'habitude autour du torse de son maître et Harry s'accrocha de lui-même au bras de Voldemort afin qu'il les fasse transplaner. Lorsqu'ils arrivèrent dans la salle où tous les Mangemorts étaient déjà réunis, un silence absolu les accueillis et Harry en comprit vite la raison. Tout en bout de table se tenait Amycus Carrow, bien qu'il ne le reconnu pas au premier coup d'œil tant il était terriblement défiguré. Le Mangemort était devenu chauve, dépourvu de cils, et sa peau était désormais d'un rose surnaturel. Lui qui n'était pas particulièrement gracieux au naturel était devenu absolument monstrueux. Harry eut un frisson et détourna les yeux alors que le Mangemort lui transmettait toute sa haine à travers son regard. Lorsqu'ils arrivèrent à l'autre bout de l'immense table, Harry remarqua qu'une véritable chaise, semblable aux autres, avait été apprêtée pour lui, légèrement en retrait à la droite de Voldemort. Il attendit que le mage noir se soit assis et lui fasse signe pour prendre place à son tour et Nagini vint immédiatement se hisser sur ses épaules.

- Mangemorts… Amycus, je constate que tu es enfin sortit de Sainte-Mangouste…

Le Mangemort s'inclina mais ne put masquer la grimace crispée que ce mouvement lui arracha.

- Maître… je suis à nouveau prêt à vous servir… si vous permettiez que je reprenne ma place à Poudlard…

Harry eut un regard haineux. Nul doute que le Mangemort brûlait de se venger sur les élèves pour l'humiliation qu'il avait subi. Heureusement, il savait que Voldemort ne comptait pas lui faire ce plaisir. Ce dernier se mit à ricaner.

- Je crains que non, Amycus. Tu as échoué lamentablement, face à étudiant désarmé qui plus est. Vous autres, j'imagine que l'histoire vous est déjà parvenue… Alors que Potter se tenait sans baguette et attaché à ses pieds, il est parvenu à incendier Amycus par la seule force de sa volonté. Un potentiel remarquable, n'est-il pas ? Contrairement à tout ce qu'avait pu dire Severus à son propos… Tu seras d'ailleurs étonné d'apprendre à quel point ma jeune recrue se montre assidue sous ma houlette, Severus… Il deviendra un élément prometteur, à n'en pas douter…

Harry baissa les yeux et se mordit la joue pour s'empêcher de soupirer. S'il s'était attendu à ce que Voldemort démontre une nouvelle fois sa possessivité à son encontre, il avait beaucoup de mal à supporter lorsqu'il le faisait passer pour un parfait futur Mangemort. Il était fermement décidé à ne jamais se laisser pervertir et comptait bien s'y tenir coûte que coûte. Voldemort s'était tourné vers Rogue et celui-ci prit la parole, sortant Harry de ses sombres pensées.

- Après tous les exploits que vous avez réalisé, monseigneur, nous allons pouvoir vous rajouter celui d'avoir maté Harry Potter. Mais de là à faire pénétrer des connaissances dans un esprit aussi opiniâtre, la résurrection me semble simple à côté.

Quelques rires retentirent dans la salle et Harry foudroya Rogue du regard, mais la baguette de Voldemort brusquement pointée sur sa gorge l'obligea à détourner les yeux.

- Je ne te conseille pas de faire une nouvelle démonstration de force sur n'importe lequel de mes Mangemorts, Harry car je ne serais pas aussi indulgent et tu imagines sans peine, je pense, ce qu'il t'en coûtera.

Harry resta figé alors que la baguette appuyée contre sa peau lui arrachait un frisson d'angoisse.

- Oui j'ai compris.

Voldemort continua, comme si de rien n'était.

- Corban, qu'en est-il de la mission que je t'avais confié ?

- Nous avons enfin localisé le repère du mage Wilde. Il est extrêmement prudent et n'hésite pas à utiliser des impardonnables sur la population locale. Il est spécialisé dans l'Imperium et a plongé une famille de moldus sous son contrôle pour infester leur demeure. Il est aussi capable de dissimuler sa présence au sein même des murs, ce qui rend toute arrestation impossible. J'ai envoyé deux Aurors sur place mais ils ont reçu un puissant sortilège de confusion et n'ont aucun souvenir d'avoir vu la moindre chose suspecte.

- Ne faites plus rien, je vais m'en occuper moi-même. Une nouvelle visite risque de le faire fuir et je veux absolument l'artefact qu'il a en sa possession. Tu me donneras les coordonnées exactes après la réunion, Corban. Severus, ton compte-rendu ?

- Je craignais que l'attaque de Potter sur Amycus ne donne des velléités de violence de la part de l'Armée de Dumbledore, mais comme vous l'aviez prédit, la disparition d'Amycus a au contraire provoqué une diminution des actions de désobéissance.

Il avait à peine fini sa phrase qu'Alecto prit la parole.

- Maître ! Les Gryffondors de 7e année chahutent systématiquement ma classe ! Ce Londubat… si je pouvais le tuer… !

- NON !

Cette fois Harry n'avait pas pu tenir sa langue. Neville faisait partie du contrat ! Mais il reçut une brusque décharge électrique qui lui arracha un bref cri de douleur et se serait sans doute écroulé en avant si Nagini n'avait été là pour le soutenir. Voldemort avait à peine tourné son regard vers lui pour lui jeter un sort. Harry ferma les yeux un instant, essayant de retrouver une respiration normale. Le message était clair, il valait mieux qu'il se taise s'il voulait éviter les sorts vicieux de Voldemort. La réponse de ce dernier le rassura cependant : au moins il n'avait toujours pas l'intention de revenir sur sa partie du contrat.

- Alecto, il me semble que Severus arrivait parfaitement à se faire respecter malgré toute la haine que ses élèves lui vouaient, cela doit donc être humainement possible sans utiliser le Doloris... Il TE revient donc de faire la discipline… À moins que tu ne préfères que l'on nomme quelqu'un à ta place ?

- Non, maître… Je vous prie de me pardonner, maître, je trouverais un moyen.

Harry prêta une oreille distraite à la suite de la réunion, préférant câliner Nagini et observer les Mangemorts autour de lui. La famille Malefoy semblait doucement revenir dans les bonnes grâces de Voldemort et Lucius avait récupéré de sa superbe. Bellatrix arborait un sourire éclatant et Drago semblait aussi moins effrayé.

À la fin de la réunion, Voldemort alla s'entretenir en privé avec plusieurs Mangemorts, laissant Harry seul en compagnie de Crabbe, Goyle et Malefoy seniors ainsi que Macnair. Ce dernier ne tarda pas à l'apostropher.

- Et bien, Potter, on fait moins le fier maintenant ! Le Seigneur des Ténèbres m'a chargé de retrouver le demi-géant de Dumbledore… ou devrais-je dire l'erreur de la nature Rubeus Hagrid. Pas de sauf-conduit pour lui, n'est-ce pas ?

Harry serra les poings à s'en faire blanchir les phalanges. Il n'avait pas mentionné Hagrid dans le contrat car il pensait que les Mangemorts ne le pourchasseraient pas. Il ne pouvait pas faire de magie et était en fuite depuis la chute du Ministère. Mais manifestement il avait sous-estimé la perfidie de Voldemort. Goyle senior prit la relève.

- Alors, on a perdu sa langue, Potter ! On t'a connu plus bavard !

Il détourna le regard pour se concentrer sur Nagini. La Maledictus le fixait de ses grands yeux jaunes.

- Il s'amusent à me provoquer. Je les hais.

- Ignore-les. Tu dois respecter les ordres du maître. Et moi aussi.

Ses propos en fourchelang avaient été accueillis avec un silence méfiant et Harry décida d'en jouer.

- Si je les insulte en fourchelang, ils ne peuvent pas comprendre, non ? Toi non plus tu ne les aimes pas.

- Je suis de ton côté mais je ne lui mentirais pas pour autant. Tu t'es déjà fait punir aujourd'hui, tu devrais au contraire prouver au maître que tu es plus malin qu'eux.

Nagini lui lécha la joue et Harry sourit. Il releva la tête vers les Mangemorts.

- Je ne dois pas vous manquer de respect, vous l'avez bien compris. Mais n'avez-vous vraiment rien de mieux à faire que de me provoquer d'une manière aussi puérile ?

Crabbe senior s'approcha, le point serré.

- On fait encore ce qu'on veut, Potter ! Tu te prends pour qui pour nous parler comme ça !

Harry ne recula pas d'un pouce, mais Nagini tourna la tête vers le Mangemort.

- Ce n'était qu'une constatation, n'y voyez aucune insulte. Ce qui est certain en revanche, c'est que vous ne devez en aucun cas lever la main sur moi. Et je peux vous garantir que les morsures de Nagini sont tout aussi douloureuses qu'un de ses Doloris.

Il passa affectueusement sa main le long des écailles de Nagini avec un sourire digne de Voldemort et Crabbe recula d'un pas.

- Tu le paieras, Potter. Il finira par se lasser de jouer avec toi, et à ce moment on sera là pour t'accueillir.

Harry haussa les sourcils sans se départir de son sourire. Il était bien placé pour savoir que Voldemort ne se « lasserait » pas de lui de sitôt. Il ne pouvait cependant rien dévoiler de son véritable lien avec le mage noir et préféra garder le silence. Lucius Malefoy n'avait pas encore pris la parole et Harry se dit qu'il avait peut-être gagné suffisamment de respect aux yeux du Mangemort pour qu'il ne cherche pas à l'enfoncer. De toute façon Nagini se montrait menaçante dès que l'un d'eux approchait de trop près et ils finirent par se lasser et le laissèrent seul.

- Quelle bande d'idiots. Je commence à comprendre pourquoi il est aussi souvent énervé après eux. Crabbe, Goyle, Macnair, les frères Lestrange, Queudver… ça semble être un miracle quand ils réussissent une mission. Ils semblent à peine plus intelligents qu'un Inferius !

- Si tu le voulais, tu pourrais devenir son préféré. Tu n'aurais aucun mal à tous les surpasser, tu pourrais humilier tous ceux qui essayent de provoquer ta chute.

- Je ne veux pas devenir Mangemort, je te l'ai dit. Je ne veux pas tuer ni torturer des gens.

- Être Mangemort ne se résume pas à cela, Harry…

Harry frissonna. Ce sifflement ne pouvait appartenir qu'à une seule personne. Il se retourna pour voir Voldemort s'avancer vers lui tout en continuant à parler.

- Ne voudrais-tu pas être vu comme un puissant sorcier plutôt que comme celui qui a survécu par chance à un sort mortel ?

- Je ne veux surtout pas être vu comme celui qui a trahi son camp pour rejoindre celui du mal.

- Ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire, Harry, et j'ai déjà gagné.

Voldemort l'entraîna à l'extérieur et ils retransplanèrent jusqu'à leur demeure. Il était déjà tard et Harry regagna directement sa chambre pour aller se coucher, mais en s'endormant, il ne pouvait s'empêcher d'être hanté par les paroles de Voldemort.

***/+/***

Le lendemain, lorsqu'il se leva, il retrouva Voldemort devant son breuvage habituel.

- Bonjour.

- Bonjour, Harry.

Le mage noir était occupé à lire un épais grimoire et il n'accorda pas un regard à son colocataire.

- Vous buvez quoi ?

Cette fois, Voldemort releva les yeux vers lui avec un sourire.

- Tu cherches mes faiblesses ?

Harry secoua la tête en roulant des yeux.

- Non, je suis curieux, c'est tout.

- Du thé. L'unique péché de gourmandise que je m'accorde. À moi de te poser une question. As-tu déjà entendu parler d'un sorcier appelé Nikodem Wilde ?

- Hum… non, ça ne me dit rien. Je devrais ?

- Il n'est pas particulièrement réputé pour son œuvre du fait de sa paranoïa maladive mais c'est un ami de Dumbledore et l'inventeur d'un artefact capable de mesurer le potentiel magique d'une personne. Jusqu'alors on pouvait avoir une vague idée de la puissance d'un individu à travers des procédés assez fastidieux comme la sélection de la première baguette magique par exemple. Mais imagine si on pouvait connaître cette réserve dès l'enfance, en seulement quelques secondes. Les sorciers de secondes zones pourraient se spécialiser plus tôt dans une tâche à leur mesure et les longues études seraient réservées aux sorciers capables de les réaliser. On ferait gagner un temps précieux aux gens et économiser des centaines de milliers de Gallions au Ministère…

- Et bien évidemment vous pourriez embrigader les sorciers les plus puissants pour votre armée de Mangemorts… Quoi qu'il en soit, si vous êtes à sa poursuite, on ne peut pas dire que la paranoïa de cet homme soit injustifiée.

Voldemort agita son index, ne le punissant pour une fois pas pour l'avoir interrompu.

- Je veux cet artefact. Maintenant, reste à savoir comment approcher un homme capable de se fondre dans les murs. Il est particulièrement doué et une attaque frontale pourrait détruire l'artefact. Une seule seconde me suffirait à la paralyser mais encore faut-il l'inciter à apparaître…

- Si vous y allez seul, il ne se montrera probablement pas. Mais si vous y allez avec un Mangemort, il sera peut-être tenté de prendre l'ascendant sur vous. S'il est aussi doué que Yaxley le prétend, il essayera sans doute de mettre le Mangemort sous Imperium et lui ordonner de vous attaquer par surprise. Trouvez un larbin capable de résister à ça tout en jouant la comédie et il sortira de sa cachette dès qu'il vous croira en son pouvoir.

Voldemort avait à présent un air calculateur.

- Quelqu'un avec une force mentale suffisante pour résister à un Imperium et qui n'a pas la moindre ambition de me trahir ou m'attaquer… Dommage que Bartemius soit mort… Mais suis-je bête, n'y aurait-il pas une personne qui correspondrait à cette description juste sous mes yeux ?

Harry écarquilla les yeux.

- Quoi, moi ? Mais…

- Impero ! Lève-toi maintenant et viens donc t'agenouiller devant moi.

Harry soupira alors que le sortilège vidait son esprit de toute pensée. Il se sentait soudainement si fatigué… Il avait envie de se lever, d'obéir aux ordres de Voldemort… Mais alors qu'il esquissait un mouvement, il prit alors conscience de l'absurdité de la situation… Tout cela était un test. Et il était hors de question qu'il échoue.

- Non. Non !

Le sortilège se dissipa brutalement alors que ses poings se crispaient sur sa chaise. Et contrairement à la dernière fois, Voldemort semblait enchanté de sa résistance.

- Bien ! Cela nécessitera sans doute un peu d'entraînement pour paraître naturel, mais tu es le candidat rêvé, Harry.

Harry tremblait encore de sa résistance à l'Imperium, mais il manifesta tout de même son incrédulité.

- Vous voulez que je vienne avec vous ! Mais je ne suis pas un Mangemort !

- Et pourtant j'ai plus confiance en toi qu'en beaucoup d'autres. Je sais que tu n'as plus aucune velléité contre moi et une telle droiture que tu ne profiteras pas de la situation pour me nuire. Ce sont tes convictions qui te donnent cette force. Mon choix est fait. Toi qui trouvais ton quotidien trop redondant, voilà une distraction parfaite.

Voldemort consacra une bonne partie de la journée à entraîner Harry. S'il savait déjà résister à l'Imperium, il était bien plus ardu de le faire sans rien manifester de son combat intérieur. C'était à la fois stimulant et terriblement épuisant et à quinze heures il s'écroula littéralement par terre.

- Je n'en peux plus… Pause… J'ai besoin de souffler…

Les jambes flageolantes et la respiration erratique, il ferma les yeux et se coucha à même le sol. Il entendit Voldemort se lever mais ne fit pas un geste alors que son ancien ennemi approchait.

- De toute façon nous allons nous arrêter là pour aujourd'hui, il ne serait pas constructif de s'entraîner davantage vu ton état.

Harry rouvrit brusquement les yeux en sentant la main de Voldemort repousser ses cheveux pour dévoiler la cicatrice sur son front. Il aurait cru que le mage noir aurait la peau froide, mais en réalité sa main était chaude, comme pour n'importe quel être humain.

- Qu'est-ce… ?

- Chut ! Je voudrais essayer quelque chose. Je ne compte pas te faire du mal, rassure-toi.

Harry frissonna face à la voix douceâtre du mage noir mais il se contenta de détourner le regard, ne bougeant pas pour autant. Depuis qu'il s'était réveillé dans cette chambre quelques mois plus tôt, ni la présence ni même le contact avec Voldemort ne lui avaient provoqué les insupportables migraines qu'il ressentait auparavant et cela l'avait considérablement aidé accepter sa nouvelle situation. Néanmoins il restait déstabilisant de voir combien le lord noir initiait fréquemment ce genre de rapprochements physiques pourtant assez malaisants pour Harry. Voldemort s'était agenouillé près de lui et fixait sa cicatrice avec l'air d'observer un trésor longtemps convoité. Il continua.

- Je n'ai pas abandonné l'idée de dompter ce lien qui nous uni… À présent que nous ne sommes plus ennemis, il pourrait être utile de pouvoir se transmettre nos pensées sans douleur et seulement lorsque nous le souhaitons. Ferme les yeux et détends-toi.

Harry s'exécuta et il aurait même pu s'endormir si une vision particulièrement déroutante n'était venue prendre place dans son esprit. Il pouvait se voir allongé sur le sol, sa tête à quelques centimètres des genoux de Voldemort. Il prit conscience d'à quel point son visage était paisible malgré la proximité du mage noir.

- Maintenant ouvre ton œil gauche uniquement, redresse-toi et essaye de te lever. Je voudrais voir si nous pouvons maintenir le lien d'une manière moins contraignante.

Lorsque Harry se redressa, il sentit tout de suite qu'il lui serait difficile de s'adapter à cette nouvelle sensation pour le moins déroutante. Il pouvait voir ce que voyait Voldemort à travers son œil droit et son propre champ de vision avec son œil gauche.

- Wow… c'est… vraiment bizarre…

Il se leva lentement en essayant de fixer un point précis mais perdit l'équilibre et fut rattrapé par Voldemort qui avait immédiatement mis fin à la connexion mentale.

- Comme pour toute chose, cela nécessitera un entraînement avant de pouvoir être utilisé de manière optimale.

Le mage noir le traîna presque jusqu'au petit canapé de cuir où il le força à s'asseoir. Il fit ensuite apparaître un verre d'eau qu'il posa sur le petit guéridon et Harry hocha la tête en remerciement.

- Je me suis retrouvé un nombre de fois incalculable dans votre tête, mais vous, est-ce qu'il vous est arrivé de voir à travers mes yeux sans le vouloir ?

Le mage noir sourit.

- Tu voudrais savoir si j'ai pu entrevoir des scènes honteuses de ta petite vie étudiante ? De ce que j'ai vu, tu ne semblais pas avoir de petite amie…

Harry rougit brusquement et détourna le regard.

- Quoi ! Mais non, je ne pensais pas à ça ! De toute façon, je ne vois pas comment j'aurais pu. La moitié de Poudlard me prenait pour un menteur égocentrique et l'autre moitié pour un fou dangereux… Et je n'arrive pas à croire que je suis en train de parler de ça avec vous…

- Et bien pour répondre à ta question, j'ai pris soin de cloisonner mon esprit dès que j'ai compris que nos esprits étaient liés. En y repensant, j'ai été stupide de ne pas comprendre que j'avais fait de toi un Horcruxe accidentellement. Enfin… La première fois que tu as partagé une vision de ton quotidien, c'était face à cet agent du ministère, Dolores Ombrage, il me semble. Tu étais dans une telle colère. J'ai presque été jaloux face à l'intensité des sentiments que tu lui témoignais…

Harry frotta machinalement le dos de sa main avec une grimace.

- Dolores Ombrage… Quelle horrible femme. Yaxley ne vous a pas suggéré de la faire rentrer dans vos rangs ? Elle se repais tellement de la souffrance d'autrui qu'on dirait un Détraqueur…

Voldemort se saisit de sa main gauche et la porta brièvement devant ses yeux.

- Si elle partage bien quelques valeurs avec mes Mangemorts, c'est cependant une sorcière médiocre et je n'ai besoin d'aucun artefact pour l'affirmer. Je pense que même Queudver serait capable de la battre en duel. Sur ce… je vais te laisser pour la soirée, j'ai des choses à faire. Je t'attendrais demain à neuf heures devant la porte du sous-sol. Bonne soirée, Harry.

Harry regarda Voldemort se lever et quitter la pièce. Après une journée comme celle-ci, il en venait presque à apprécier le Seigneur des Ténèbres et d'ici quelques jours il allait l'aider à se procurer un artefact qui l'aiderait à asseoir un peu plus son pouvoir. Il avait beau savoir qu'il empruntait un chemin de plus en plus sombre, il ne voyait déjà plus comme faire marche arrière…


***/+/***

Fin du 6e chapitre. Le quotidien de Harry est un peu plus cool désormais, même s'il reste cloîtré avec Voldemort. Trois mois sont passés depuis sa capture et il s'est habitué à vivre aux côtés du mage noir qui le manipule doucement pour gagner sa confiance. Harry en prendra-t-il conscience avant qu'il ne soit trop tard ? (NYARK NYAK NYARK xD)

MERCI pour vos gentilles reviews qui me font toujours extrêmement plaisir. Je ne sais pas si vous avez conscience de combien un simple petit mot (même anonyme !) me donne le sourire ! J'espère que vous aimez lire cette fanfiction autant que je me plais à l'écrire. Et rendez-vous vendredi 16 octobre pour le chapitre 7 (et le début des vacances !). Gros bisous !