Auteur : Lady Zalia

Type : Aventure.

Disclaimers : Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating T.

Ce chapitre présente le point de vue de Rogue et ses conversations avec le portrait de Dumbledore. J'espère que vous ne le trouverez pas trop redondant. Il me semblait nécessaire d'avoir un point de vue extérieur concernant l'évolution de Harry.

Rappel de l'histoire : À la fin de la 6e année, Rogue a achevé un Dumbledore mourant pour éviter à Drago Malefoy de commettre un meurtre. Il est désormais Directeur de Poudlard et doit canaliser les pulsions violentes d'Alecto et Amycus Carrow d'un côté tout en essuyant les actions de désobéissances menées par l'Armée de Dumbledore. Ce soir-là, le Seigneur des Ténèbres les a convoqués pour une réunion au manoir Malefoy.


Chapitre Hors-Série - Point de vue de Severus Rogue.

Décembre 1997 - Manoir Malefoy

Il avait pris garde d'arriver en avance cette fois-ci, il était donc assis lorsqu'il le vit, juste derrière Voldemort : Harry Potter, le fils de Lilly Ewans et James Potter, celui pour qui il avait déjà pris tant de risques… Celui pour qui il était devenu espion au service de Dumbledore.

Une colère intense le saisit et il ferma un instant les yeux pour rester imperturbable. Le garçon était libre de ses mouvements et marchait à la suite du Seigneur des ténèbres et aux côtés de son horrible serpent. Il avait l'air en bonne santé bien que légèrement pâle et amaigri. Était-il possible qu'il se soit rendu ?

Voldemort s'assit à sa place habituelle et invoqua un tabouret pour le jeune Potter, le plaçant juste à côté de lui, permettant à Severus de l'observer plus attentivement. Il était habillé proprement et ne semblait pas avoir été torturé récemment. Nagini s'était enroulé autour de lui mais il ne semblait étrangement pas gêné par la présence du serpent géant, ni même effrayé par tous les Mangemorts autour de lui. Comme s'il savait qu'il ne courrait aucun risque en étant ici.

Severus détourna le regard pour reporter son attention sur son "maître". Après avoir cherché à le tuer pendant des années, Voldemort avait soudainement décidé de le garder en vie à ses côtés, non comme un prisonnier mais comme un invité de marque… C'était à n'y rien comprendre et manifestement les autres étaient dans le même état de perplexité que lui. Au fur et à mesure de la réunion, Severus dût se rendre à l'évidence que Voldemort leur cachait quelque chose. Potter n'était pas sous Imperium, ses réactions étaient naturelles et empreintes de son désir de protéger ses amis. Pourtant le Seigneur des ténèbres semblait bien décidé à le renvoyer à Poudlard pour qu'il reprenne sa scolarité. Severus était resté silencieux, comme à son habitude, écoutant toutes les informations qu'il pouvait récolter. Puis Voldemort envoya Harry en compagnie du jeune Malefoy et le mage noir attendit quelques instants avant de reprendre la parole.

- J'imagine que ma décision de le garder en vie et en sécurité doit vous étonner, mais j'ai découvert la seconde partie de la prophétie que Dumbledore avait essayé de me cacher et elle a mis en lumière un tout autre aspect de notre... dualité. Harry Potter est un sorcier puissant quoi qu'on en dise, et s'il a toujours essayé de s'opposer à moi par le passé, il reste jeune et manipulable. En le gardant sous mon autorité, je compte bien l'aliéner. Il associera la douleur à mon mécontentement, le confort à ma satisfaction. Aujourd'hui il est isolé et avec l'aide de Nagini, je vais en faire peu à peu un bon petit soldat tout acquis à ma cause. De plus, l'Ordre du Phénix est actuellement dans l'incertitude. Ils savent que Potter est entre mes mains mais ils ignorent même s'il est encore en vie. Le voir en bonne santé aux côtés du Ministère, sèmera le doute dans leurs rangs et les affaiblira encore un peu plus.

Plusieurs Mangemorts applaudirent ou se répandirent en compliments mais Severus garda le silence. Il savait que le mage noir n'était pas à la recherche de flagornerie. D'autres comme Lucius Malefoy ou Corban Yaxley ne partageaient pas l'allégresse générale, mais il en connaissait la raison. Tous deux avaient subi de lourds échecs face à Potter et en avaient été sévèrement punis. Eux devaient plutôt rêver de voir le garçon mort aux pieds de Voldemort.

Le reste de la réunion fut plutôt classique, bien que pour une fois aucune victime n'était prévue puisque Nagini était en compagnie de Potter. Quelque part Severus en était plutôt soulagé. Tant que le mage noir tenterait de rallier le garçon, il allait peut-être modérer certains de ses penchants les plus violents pour ne pas l'effrayer. Le Gryffondor était plutôt têtu, il était bien placé pour le savoir, mais personne ne pouvait résister indéfiniment aux arguments du Seigneur des Ténèbres et à le voir aussi docile aujourd'hui, Severus se demandait même s'il n'avait pas déjà perdu tout espoir. Après tout, il n'était qu'un jeune homme de dix-sept ans et après la disparition de Black puis de Dumbledore, restait-il seulement une personne capable d'affronter Voldemort pour venir le sauver ?

Lorsqu'ils retrouvèrent Harry Potter et Drago Malefoy à la bibliothèque, Nagini s'était à nouveau entourée autour du Survivant mais le garçon avait resserré ses bras autour du serpent géant comme un enfant garderait sa peluche contre lui et s'il s'était levé à leur arrivée, cette attitude rendit Severus perplexe. Il avait connu un Potter courageux jusqu'à la démesure et faisant fi des conventions et des règlements pour accomplir une action qu'il estimait juste mais il savait aussi que depuis leur prise de pouvoir au Ministère, il avait été activement recherché par tous les Mangemorts et Rafleurs du pays. Le portrait de Phineas Black lui avait dit que ses deux amis Ron Weasley et Hermione Granger l'accompagnaient dans sa quête, pourtant Voldemort leur avait ordonné de ne plus poursuivre Hermione Granger, c'était donc qu'elle était encore en vie. Il était curieux de savoir comment le mage noir avait finalement mis la main sur lui car si ses amis avaient été présents, Voldemort les aurait sans doute tués sans sommation. Pour en avoir le cœur net, il attendit que Voldemort ait fini de parler pour poser la question qui le taraudait.

- Pourrions-nous savoir comment vous êtes parvenus à l'attraper, monseigneur ?

- J'avais posté Nagini à Godric's Hollow. Je me doutais que Harry essayerait de se rendre sur la tombe de ses parents. Je n'ai eu qu'à l'y cueillir, prisonnier de l'étreinte de Nagini.

Severus s'en serait tapé la tête. Le piège était énorme. Potter s'y était d'ailleurs peut-être même rendu contre l'avis de ses deux camarades. Il ne résista pas à l'envie d'envoyer une pique au garçon imprudent.

- Je vois. Moi qui pensais que Potter ne commettrait jamais une faute aussi évidente… Il faut croire que j'avais encore une trop haute opinion de lui.

Le Gryffondor le fusilla du regard mais Voldemort eut tôt fait de mater sa rébellion en posant sa main sur sa tête, comme un parent pourrait le faire vis-à-vis d'un enfant turbulent.

- Harry, tu veilleras à bien respecter tous tes professeurs et en particuliers mes Mangemorts. Dans le cas contraire, je suis persuadé que Severus se fera une joie de me rapporter la moindre incartade de ta part. C'est bien compris ?

- Oui.

La voix de Potter était éraillée, mais Severus était bien trop furieux pour s'en soucier. Dumbledore avait commis l'erreur de déposer l'espoir de toute la nation sorcière dans ce gamin mal élevé et inconséquent et celui-ci avait tout gâché en se faisait bêtement capturer pour se rendre sur la tombe de ses parents ! Lucius ne manqua pas d'ironiser sur la servilité de Potter face au Seigneur des Ténèbres et alors qu'il s'attendait à voir le Gryffondor hurler devant pareille insulte, ce fut la voix en fourchelang de Voldemort qui retentit. Instantanément, l'imposant serpent s'était jeté sur Potter pour le serrer dans ses anneaux et Severus pensait qu'elle allait le mordre, mais elle se contenta de coller son museau contre la joue du Survivant qui papillonna des yeux, probablement à moitié assommé par la brusquerie de l'attaque. Severus n'avait jamais vu le serpent avoir de telles réactions. Elle se contentait généralement de suivre Voldemort, attaquer et dévorer ses proies sans la moindre hésitation. Mais avec Potter elle semblait presque… protectrice… Il fallait qu'il en parle avec le portrait de Dumbledore, le plus tôt serait le mieux. Potter rejoindrait Poudlard d'ici une semaine et il pourrait alors lire son esprit pour en apprendre davantage, mais pour l'heure il devrait se contenter de faire des suppositions…

Quelques heures plus tard, le même jour - Poudlard

Severus Rogue, Amycus et Alecto Carrow étaient retournés à Poudlard dès la réunion terminée et Severus prit rapidement congé de ses deux collègues pour s'enfermer dans son bureau directorial.

- Dumbledore, réveillez-vous.

- Bonsoir, Severus. Vous rentrez d'une réunion, n'est-ce pas ? Quelles sont les nouvelles ?

- Il a capturé Potter. Cela fait plus d'une semaine à présent, de ce que j'ai compris. Et il ne compte pas le tuer. Il le garde à ses côtés, dans sa propre demeure…

Le visage de l'ancien directeur prit une mine soucieuse.

- Pourquoi ferait-il cela ? Tom a toujours manifesté son désir de tuer Harry Potter. Pourquoi avoir changé…

- Dumbledore… Vous avez toujours refusé de me dire quelle était la quête que Potter devait accomplir pour vous ! Vous m'avez seulement informé que le garçon devait mourir de la main de Lord Voldemort et aujourd'hui cette partie du plan semble être belle et bien compromise. Alors dites-moi…

- C'est une catastrophe… Qu'a-t-il dit ? Racontez-moi.

Severus soupira. Le vieux directeur n'avait pas perdu son habitude d'éluder ses questions.

- Lord Voldemort nous a dit qu'il avait appris la seconde partie de la prophétie et qu'il désirait désormais aliéner Harry Potter pour en faire un Mangemort.

- C'est incompréhensible. Harry était le seul à connaître la prophétie en entier. Sans doute l'a-t-il révélé à Miss Granger et M. Weasley mais il ne l'aurait jamais dévoilé à Voldemort. Il connaissait l'importance de cette prophétie même s'il n'en a jamais pleinement compris le sens.

- Potter s'est fait capturer à Godric's Hollow alors qu'il se rendait sur la tombe de Lilly et James Potter. Et il a accepté de rester aux côtés de Voldemort en échange de la protection des familles Weasley, Granger, Londubat et Lovegood. Il ne m'a pas semblé sous Imperium ce soir et plutôt docile aux ordres de Voldemort. Peut-être lui révéler la seconde partie de la prophétie fait partie de leur accord…

- Quoi ? Vous l'avez vu ? Comment était-il ?

- Il est entré en suivant Voldemort, sans chaîne ni fer, si c'est ce que vous voulez savoir. Des vêtements propres, apparemment en bonne santé. Mais Voldemort ne laisse rien au hasard et il est constamment accompagné de Nagini. Potter avait l'air de se soucier de ses amis plus que de lui-même si vous voulez mon avis. Je ne sais pas quoi en penser. Voldemort compte l'obliger à donner une conférence de presse pour annoncer qu'il s'est rallié au Ministère afin de discréditer les actions de l'Ordre. Il a aussi parlé de le renvoyer à Poudlard pour reprendre sa scolarité, mais sous la garde constante de Drago Malefoy et Nagini. C'est à n'y rien comprendre. Je pense que Voldemort nous cache sciemment une information, mais impossible de deviner sans avoir toutes les pièces du puzzle…

Il regarda le portrait de Dumbledore d'une manière lourde de sens mais celui-ci secoua la tête tristement.

- Je ne peux pas encore tout vous dévoiler, Severus. Je suis désolé. Peut-être… si les prochaines informations que vous récoltez confirment mes craintes… Pour l'instant, continuez à protéger les élèves de cette école du mieux que vous pouvez.

Lundi 12 Janvier 1998 – Poudlard

Potter était revenu le matin même à Poudlard et même si Severus n'en avait rien laissé paraître, il avait été étonné de le voir aussi allègre. Le garçon était arrivé avec un uniforme intégralement noir, des affaires de cours flambant neuves achetées par Narcissa Malefoy et un sac enchanté hébergeant Nagini, le monstrueux familier de Voldemort. Il lui avait jeté son habituel regard plein de morgue et Severus le lui avait bien rendu, mais quelque part il avait été aussi soulagé de constater qu'il avait gardé son tempérament intact. Cela voulait dire que quelle que soit la méthode utilisée par Voldemort pour l'aliéner, Potter était encore lui-même.

Severus avait brièvement averti ses collègues concernant le retour de Potter et il avait coupé court à toute question en leur servant la version officielle mais il n'était pas dupe. Minerva McGonagall en tant que membre de l'Ordre du Phénix savait pertinemment que le garçon vivait auprès de Voldemort, et elle en avait bien entendu informé les professeurs Chourave, Flitwick et Slughorn. Cela n'avait aucune conséquence en vérité, Potter passait toujours pour un prisonnier de guerre sur qui on avait fait pression pour qu'il se tienne calme. La principale préoccupation de Severus restait Nagini, qui était à la fois puissante et imprévisible. Il espérait que le jeune Potter ne ferait rien qui l'amène à se montrer…

C'était bien entendu un espoir vain car le soir même, les deux adolescents vinrent se présenter à son bureau, la mine sombre.

- Professeur Rogue. Potter a échappé à ma surveillance pendant que j'étais aux toilettes. Cela n'a duré que quelques minutes mais Nagini est sortie de son sac et s'en est aperçu. Il était en train de se chamailler avec la fille Weasley et elle pointait sa baguette sur lui quand je suis intervenu... Il va me punir pour cela, c'est certain...

Severus se retint à grand peine de hurler. Drago avait l'air à la fois furieux et terrifié et il pouvait le comprendre. Comment Dumbledore avait-il pu confier une tâche aussi cruciale à un garçon pareil ! La catastrophe avait été frôlée de peu. À défaut de manifester ouvertement sa colère, Severus déversa son venin.

- Euh bien Potter, vous n'avez vraiment aucune pitié. Moi qui avais cru à vos remords lorsque vous aviez failli tuer Drago l'année dernière, manifestement toutes vos promesses n'étaient que du vent. Et dire que ces idiots de l'Ordre et bien d'autres croyaient en vous. Vous n'avez toujours été qu'un égoïste et un égocentrique, se repaissant de l'attention d'autrui comme un parasite. On disait de Dumbledore qu'il était particulièrement perspicace et pourtant il n'a jamais cessé de croire en vous. Quelle déception cela doit-être…

- Ça suffit, Severus.

Il avait voulu voir la réaction du garçon mais Dumbledore était intervenu pour mettre fin à sa tirade. Le Gryffondor avait alors remarqué le tableau, mais il avait détourné le regard bien trop vite, comme s'il avait quelque chose à cacher au regard scrutateur du directeur décédé.

- Malefoy… Drago… Laisse-moi lui parler… Je lui dirais que ce n'est pas de ta faute.

Comme d'habitude, il faisait passer les autres avant lui-même, quand bien même il s'agissait de son ancien rival. Mais face au Seigneur des Ténèbres, ce genre de remarques était absurde et Severus le savait pertinemment. Drago eut tôt fait de contredire.

- Non ! C'est à moi de lui faire mon rapport. Donc tu vas la fermer et avec un peu de chance ça ne durera que quelques minutes. Allons-y, toi d'abord !

Severus attendit qu'ils eurent tous deux disparus dans la cheminée avant de verrouiller son bureau et laisser tomber le masque. Il s'assit sur le fauteuil le plus proche, son mouvement témoignant de toute la lassitude qu'il pouvait ressentir à cet instant. Dumbledore avait la mine sombre.

- Ils ont beau être des adultes aux yeux de la loi, ce sont encore des adolescents. Ils ne devraient pas avoir à supporter la folie de Voldemort.

- À qui croyez-vous le dire, Dumbledore ! Je les ai vu grandir… Je sais mieux que quiconque à quel point ils ont été entraînés dans cette guerre malgré eux. Ils n'ont jamais eu le choix. Mais par tous les diables, pourquoi Potter ne fait-il pas plus attention ! Pourquoi reste-t-il ainsi ?

- Il est spontané. Comment imaginer qu'une action aussi anodine que s'éloigner pour discuter avec une camarade lui vaudra une séance de torture ? Harry a vécu ces dernières semaines seul avec Voldemort, enfermé entre quatre murs. L'absence de tout visage amical a dû lui sembler intolérable.

- Je ne peux qu'espérer, pour leur sauvegarde à tous les deux, qu'il intègre rapidement ce réflexe. Il en va de sa survie…

Mardi 13 Janvier 1998 – Poudlard

Severus avait attendu avec une certaine impatience l'arrivée des deux étudiants. Ainsi, lorsqu'ils passèrent enfin le seuil de la cheminée, il exprima son inquiétude à sa manière habituelle.

- Ah vous voilà. Je vous attendais plus tôt. La paresse de Potter aurait-elle déjà déteint sur vous, Drago ?

- Désolé, professeur. Potter est resté avec nous cette nuit, j'en ai donc profité pour dormir un peu plus longtemps.

C'était Drago qui lui avait répondu, mais Harry avait relevé la tête et Severus avait ressenti un frisson le parcourir. Le jeune homme était livide, le regard éteint, les yeux cerclés de rouge. Tout son visage était hanté par une souffrance infinie. Severus n'ajouta rien et s'écarta pour les laisser sortir. Il connaissait parfaitement les conséquences d'un Doloris et si Drago ne manifestait rien d'inhabituel, le Gryffondor semblait avoir reçu plus que les sommations d'usage. Après plusieurs minutes à fixer la porte, il jeta un regard entendu à son précédent homologue dans son portrait.

- Merlin faites que Potter se montre prudent…

Durant l'heure du midi, Severus ne manqua pas de remarquer que Drago Malefoy avait offert ce qui semblait être une potion anti-douleur au jeune Potter. Au moins ils semblaient se serrer les coudes. Si la capture de Harry avait pu avoir un seul effet positif, c'était bien le rapprochement des deux princes de Poudlard. Drago Malefoy et Harry Potter, deux oxymores vivants sacrifiés sur l'autel d'une guerre initiée par leurs parents.

Le soir venu, lorsqu'ils pénétrèrent dans le bureau directorial, Severus ne fit pas le moindre commentaire. Pour une fois, il ne se sentait pas la force de jouer la comédie face à un Potter qui tenait à peine debout. Et il espérait que les choses iraient en s'améliorant…

Mercredi 14 Janvier 1998 – Poudlard

Le lendemain, ce fut un Potter fidèle à lui-même qui passa le pas de la cheminée, son regard moqueur fixé droit dans les yeux du Mangemort.

- Bonjour, professeur Rogue.

Severus plissa les yeux. Alors que la veille il semblait à l'agonie, le fils Potter agissait aujourd'hui comme si rien ne s'était passé. Il sonda brièvement son esprit et les bribes d'images qu'il parvint à saisir le plongèrent dans la perplexité : le Seigneur des Ténèbres avait soigné Potter ! Cela faisait des décennies qu'il côtoyait le mage noir et jamais il n'avait fait preuve de la moindre indulgence pour qui que ce soit. Il congédia les deux élèves de son bureau avant de se tourner vers le portrait de Dumbledore.

- Je n'ai pas eu le temps de fouiller davantage mais une pensée était immédiatement visible. J'y ai vu Voldemort faire boire une potion au jeune Potter.

- Avez-vous une idée de quelle potion il pourrait s'agir ? Une potion de confusion peut-être… ou d'amnésie ?

- Non. Elle était couleur lilas et aucun des ingrédients composant ces deux potions ne pourraient donner cela. J'ai l'impression que le but était uniquement de soigner Potter. Mais ça serait tellement invraisemblable…

- Tom Jedusor était un potionniste chevronné, il est totalement capable d'avoir utilisé une potion de son invention. J'aimerais vraiment savoir s'il donne régulièrement de cette potion à Harry. Il s'agit peut-être d'une drogue…

Rogue eut un rire cynique.

- Vous savez, Dumbledore. Vous semblez tellement sûr que votre petit héros aurait été tout prêt à se sacrifier pour sauver la nation sorcière… Moi je pense que c'est un jeune homme comme tous les autres et que c'est justement cette humanité qui aurait pu le pousser à prendre des décisions égoïstes… Et s'il avait décidé de le rejoindre, tout simplement ?

- Je refuse de le croire, Severus. Harry a toujours été transparent avec moi. L'année dernière je l'ai amené à explorer le passé de Voldemort. Je voulais qu'il comprenne comment il était devenu un monstre dépourvu d'âme. Il sait qu'il doit être arrêté, quel qu'en soit le prix. Il n'y a aucune autre solution.

- Beaucoup d'êtres humains font des choses même s'ils savent pertinemment qu'elles sont mauvaises. Ce n'est qu'un sorcier de 17 ans et Voldemort est aussi un parfait manipulateur, vous le savez mieux que quiconque.

Dumbledore ne répondit pas et Severus se repencha sur son travail. Le mystère du comportement du Seigneur des Ténèbres vis-à-vis de Potter était encore loin d'être résolu.

Le soir même, il ne put à nouveau s'empêcher de provoquer le garçon mais manifestement il n'avait pas commis d'imprudence et il arborait le même sourire insolent que le matin même. Il comptait bien continuer de l'observer les jours à venir, et ses réactions finiraient pour être révélatrices, il en était persuadé.

Jeudi 15 Janvier 1998 – Poudlard

Harry avait déboulé de la cheminée et s'était rué hors de son bureau sans qu'il n'eût le temps de faire le moindre geste, cependant il n'avait manqué de remarquer le visage cerné du Gryffondor. Drago l'avait suivi, se contentant d'un vague « bonjour professeur » avant de le suivre. Il soupira. Qu'avait-il donc pu faire pour provoquer l'ire de Voldemort cette fois-ci ? Peut-être pourrait-il en apprendre davantage le soir-même…

Il était à peine plus de 15 heures cependant, lorsque Théodore Nott débarqua dans son bureau.

- Professeur Rogue ! C'est Potter… Il a… Je crois qu'il vaudrait mieux que vous veniez directement en fait… C'est avec le professeur Carrow… Potter l'a attaqué…

Il leva un sourcil et interrompit le Serpentard de 7e année.

- Merci, monsieur Nott, ça ira. Allons-y, je vais constater de moi-même ce que ce maudit Gryffondor a encore fabriqué…

Lorsqu'il pénétra dans la salle d'Arts de la Magie Noire, une violente odeur de chair brûlée agressa ses narines et il en comprit bien vite la raison. Amycus Carrow gisait inconscient, toujours sur son estrade restée mystérieusement intacte. Le Mangemort était devenu une masse sanguinolente aux traits indéfinissables, sa peau noircie marbrée de rouge encore fumante. Quant à Harry Potter, il était recroquevillé sur lui-même aux pieds de l'estrade, Nagini enroulée autour de lui. Il était lui aussi inconscient, une plaie impressionnante à la gorge. Seul Drago Malefoy était présent et Severus pouvait sentir une profonde lassitude émaner du jeune Mangemort.

- Par Salazar, mais que s'est-il passé ici ?

- Le professeur Carrow a décidé d'illustrer son cours en torturant un élève juste devant Potter… D'un seul coup, il s'est mis à hurler et le professeur a prit feu. Le serpent est sorti du sac et a mordu Potter. Voilà le résultat.

Severus sortit de son habituel stoïcisme et s'assit sur une chaise, la mine soucieuse.

- Nott, dehors ! Merci pour votre aide mais cette histoire ne vous concerne plus… Bien, Drago. Je dois prévenir le Seigneur des Ténèbres. Il voudra sans doute venir ici pour le récupérer ainsi que son serpent… Mais je ne veux aucun élève ni professeur sur son chemin. Je vais me charger d'emmener Potter à l'infirmerie tandis que vous amènerez Amycus. C'est plus proche de l'entrée. Espérons que notre infirmière saura tenir sa langue.

Les deux inconscients furent transférés sans souci et Severus regagna son bureau.

- Dumbledore… Harry Potter a presque tué Amycus Carrow. Magie instinctive… Par Merlin, j'ignore comment il va réagir. C'est une catastrophe…

- Severus, il faut absolument l'empêcher de s'en prendre aux élèves et aux professeurs de l'école. Je vous fais confiance pour prendre la meilleure décision. Que s'est-il passé exactement ?

- Amycus a utilisé un Doloris sur un élève et a forcé Potter à regarder. Je lui avais déjà dit de ne plus le faire bon sang !

Il recomposa son masque d'espion et sortit un miroir à double sens qui s'activa immédiatement.

- Severus. J'attendais ton appel. Nagini m'a averti d'un incident avec Potter. Que s'est-il passé exactement ?

- Amycus Carrow a torturé un jeune garçon devant Potter et l'a enchaîné pour le forcer à regarder. D'après ce que Drago m'a rapporté, Potter s'est mis à hurler et Amycus a soudainement pris feu. Nagini est alors sortit et a mordu Potter à la gorge. Je l'ai transféré à l'infirmerie mais Nagini empêche désormais qui que ce soit d'approcher.

Le visage de Voldemort se tordit en un sourire sadique.

- Je savais qu'Amycus ferait quelque chose comme cela. Dans quel état est-il ?

- Il a repris conscience juste avant que je ne quitte l'infirmerie mais il doit être envoyé au service des brûlures magiques de Sainte Mangouste. J'ai pensé que vous voudriez le voir avant son transfert. Son corps est intégralement brûlé, il a échappé de peu à la mort.

- Tu as bien fait. La vie de Potter n'est pas en danger dans l'immédiat. Je viendrais le chercher dans la nuit.

Et sur ce, le Seigneur des Ténèbres coupa la communication. Severus soupira. Voldemort prenait la nouvelle bien mieux qu'il ne s'y était attendu. Peut-être que finalement aucune tête ne tomberait ce soir… Et si c'était celle d'Amycus, ce ne serait pas une grande perte…

Lorsque les protections du château l'avertirent que Voldemort venait de transplaner devant la grille, l'heure du couvre-feu était passé, pour le plus grand soulagement de Severus. Il se dépêcha de venir l'accueillir, priant Merlin pour qu'aucun élève ni aucun professeur n'ait l'idée saugrenue de se promener dans les couloirs à cette heure. Heureusement ce ne fut pas le cas et ils atteignirent l'infirmerie sans croiser personne. Mme Pomfresh se tenait derrière son bureau, droite comme un I et Voldemort lui jeta à peine un regard. Drago s'était levé et s'était incliné mais le mage noir se dirigea directement vers le Survivant et le serpent géant se redressa à la vue de son maître. Voldemort sortit une fiole de potion de sa robe pour l'administrer à Potter et bientôt un gémissement de souffrance annonça sa reprise de conscience. Il se mit à haleter, manifestement terrifié et Voldemort posa une main sur son front avant de se mettre à parler en fourchelang. Severus ne pouvait comprendre ce qui se disait mais il ne put que s'étonner devant la douceur apparente du mage noir. Il ne l'avait jamais vu aussi précautionneux avec qui que ce soit et d'ailleurs Potter se calma bien vite, manifestement rassuré par les paroles de celui qui était auparavant son plus mortel ennemi.

Voldemort se tourna vers Drago qui lui remit les affaires de Potter ainsi qu'un rapport d'une discussion avec Londubat. À propos de Londubat, Severus avait bien envie de convoquer le dit gamin dans son bureau pour sonder son esprit par Legilimancie… Ensuite Voldemort s'approcha du lit où gisait Amycus, le corps entouré un hale magique pour protéger son corps brûlé des infections. Il souriait largement, comme si rien ne pouvait lui faire plus plaisir que de voir son Mangemort agonisant.

-… Amycus, tu as eu de la chance que Nagini le stoppe. Tu es désormais la preuve vivante de ce qu'il advient lorsqu'on pousse à bout mon jeune protégé. Severus, tu peux dès à présent chercher un nouvel enseignant. Je te laisse libre de choisir qui tu souhaites, mais il vaudrait mieux éviter de faire davantage couler le sang des élèves. Ainsi la population continuera de voir Harry comme un sauveur et c'est exactement ce que je cherche…

Severus ne montra rien de sa surprise mais il avait hâte de pouvoir révéler cette information au portrait de Dumbledore. Ainsi, après avoir fait réapparaître le Survivant comme supporteur du nouveau ministère, il voulait lui redonner son statut de symbole. Voldemort exploitait le moindre événement pour accroitre son autorité et affaiblir l'opposition, comme si tout ceci faisait partie d'un vaste plan qu'il avait programmé. Était-il possible qu'Amycus ait été manipulé pour provoquer cet incident ? Il ne pouvait faire que des hypothèses mais cette soudaine clairvoyance du mage noir l'inquiétait. Voldemort avait été au sommet de sa gloire avant que le jeune Potter ne provoque sa chute. Il avait rapidement gagné en influence grâce à son intelligence et ses stratégies particulièrement efficaces qui ne laissaient rien au hasard et c'était ce qui l'avait séduit à l'époque où il avait rejoint les Mangemorts. Mais lors de sa renaissance, les fréquentes bravades de Harry Potter avaient enragé Voldemort, l'amenant à commettre de nombreuses erreurs et le poussant doucement vers sa chute. Retrouver le Voldemort calculateur d'avant n'était donc pas pour le rassurer, bien au contraire.

Le mage noir fit léviter le corps immobile du garçon jusqu'à la sortie et ce ne fut qu'un fois Voldemort hors de vue que Severus se permit de souffler. Au final personne n'avait été tué ni torturé mais au vu de la bonne humeur affichée par le Seigneur des Ténèbres, Severus n'était pas certain que ça soit une bonne nouvelle…

Mars 1998 – Manoir Malefoy

Voldemort les avait convoqués comme toutes les deux semaines pour faire un compte rendu de leurs activités et leur confier de nouvelles tâches. Le mage noir accroissait peu à peu son influence dans toutes les sphères de la société sorcière au détriment des sorciers né-moldus et les membres encore actifs de l'Ordre du Phénix perdaient espoir. Severus avait appris l'existence d'une radio clandestine en sondant l'esprit du jeune Londubat et il semblait bien qu'il s'agissait là de leur ultime moyen d'expression. Il n'avait pas vu Harry Potter depuis ce fameux jour de mois de janvier et si tous les Mangemorts savaient plus ou moins ce qu'il s'était passé, rares étaient ceux à connaître les détails de l'affaire. Amycus ayant été longuement hospitalisé, il n'avait pu confirmer ou infirmer les rumeurs qui couraient et Severus n'avait rien fait pour les démentir. Le retour de la « victime » lors de cette réunion avait donc provoqué un véritable bruissement, chacun y allant de sa propre théorie en attendant que leur maître arrive. Le bruissement se tu immédiatement lorsque celui-ci fit son entrée et Severus remarqua alors qu'il était suivi du Gryffondor.

Le mage noir avait souri en voyant l'ancien professeur d'Art de la Magie Noire et avait prit place, Potter à sa droite dans une robe impeccable. Visiblement le survivant n'était pas maltraité et Amycus le fusilla du regard. Sans doute avait-il rêvé de voir Harry Potter humilié et torturé pour son acte, mais ce fut tout le contraire. Alors qu'il avait demandé l'autorisation de reprendre sa place à Poudlard, Voldemort le rabaissa un peu plus.

- Je crains que non, Amycus. Tu as échoué lamentablement, face à étudiant désarmé qui plus est. Vous autres, j'imagine que l'histoire vous est déjà parvenue… Alors que Potter se tenait sans baguette et attaché à ses pieds, il est parvenu à incendier Amycus par la seule force de sa volonté. Un potentiel remarquable, n'est-il pas ? Contrairement à tout ce qu'avait pu dire Severus à son propos… Tu seras d'ailleurs étonné d'apprendre à quel point ma jeune recrue se montre assidue sous ma houlette, Severus… Il deviendra un élément prometteur, à n'en pas douter…

Severus haussa un sourcil. Potter, un élément prometteur ? Il l'avait toujours connu comme un étudiant peu investit dans le travail et bien loin de l'excellence qu'exigeait généralement Voldemort pour ses sujets. Soit Potter s'était soudainement trouvé une sacrée motivation pour travailler, soit le mage noir se moquait ouvertement de lui. Il aurait aimé en avoir le cœur net et décida de se fendre d'une petite pique.

- Après tous les exploits que vous avez réalisé, monseigneur, nous allons pouvoir vous rajouter celui d'avoir maté Harry Potter. Mais de là à faire pénétrer des connaissances dans un esprit aussi opiniâtre, la résurrection me semble simple à côté.

Le jeune homme le fusilla du regard mais Voldemort pointa d'un coup sa baguette sur sa gorge, l'obligeant à détourner le regard.

- Je ne te conseille pas de faire de nouvelle démonstration de force sur n'importe lequel de mes Mangemorts, Harry… Sinon tu sais ce qu'il t'en coûtera.

Plusieurs Mangemorts écarquillèrent les yeux et si Severus ne laissa rien paraître, il était tout aussi étonné. Il savait grâce à Drago que « l'attaque » contre Amycus avait résulté d'une manifestation de magie instinctive de la part de Potter. Pourtant Voldemort semblait le croire capable de réitérer son exploit… Si c'était le cas, le jeune homme devenait d'un coup une menace non négligeable. Voldemort utilisait régulièrement la magie sans baguette, tout comme Dumbledore de son vivant, mais il avait toujours eu besoin de celle-ci pour combattre ou infliger des punitions aux Mangemorts qui l'avaient déçu. Si Potter était capable de lancer des sorts offensifs sans l'aide de baguette, il comprenait désormais ce que Voldemort entendait par « élément prometteur »… D'autant que le garçon semblait particulièrement docile en présence du mage noir.

La réunion se poursuivi et Corban puis Severus durent présenter leur rapport. Lorsqu'Amycus prit à nouveau la parole cependant, suggérant de tuer Neville Londubat, ce fut Harry qui réagit.

- NON !

Voldemort avait lui aussi réagit et lancé un maléfice informulé sur le jeune homme qui gémit brièvement et ferma les yeux. Il était évident que le mage noir n'allait tolérer ce genre d'intervention, pourtant Severus ressentit une pointe de pitié pour le fils de Lilly. Sa spontanéité était la preuve que son esprit n'était pas encore brisé. L'étreinte massive de Nagini le maintenait contre la chaise, pourtant le jeune homme sembla se remettre rapidement du maléfice. Ce n'était pas un Doloris donc… Il observa un moment le survivant caresser le sommet du crâne de Nagini mais finit par détourner le regard, reportant son attention sur Voldemort qui écoutait toujours les rapports de ses différents lieutenants. Il aurait aimé pouvoir visiter l'esprit du jeune Potter mais il n'était pas suffisamment inconscient pour le faire devant le Seigneur des Ténèbres, et d'ailleurs celui-ci l'interpela à peine la réunion terminée.

- Severus. Allons à l'écart.

Il prit soin de calfeutrer les souvenirs de ses conversations avec Dumbledore et suivit son « maître » dans une pièce attenante.

- Monseigneur, que puis-je pour vous ?

- Dis-moi, tu as bien dû entendre des rumeurs. Comment est perçu l'acte de Potter parmi les membres de cette Armée de Dumbledore ?

- Tel que vous l'aviez prédit, il est vu comme un héros. J'ai pris l'initiative de sonder l'esprit du jeune Neville Londubat et son statut de meneur, notamment parmi les Gryffondors me laisse à penser que cette opinion est largement répandue, en particulier du fait de l'animosité que provoquait Amycus Carrow. Suivant vos directives, j'ai recruté comme professeur M. Percival Shafiq qui partage et propage nos valeurs tout en fournissant un enseignement de qualité. Il est plutôt respecté voir apprécié des élèves, notamment par ceux de 5e et 7e année qui craignaient pour leurs examens.

- Parfait. Je rencontrerais cette personne d'ici peu. Pour l'instant… disons que j'ai une activité qui occupe une bonne partie de mon temps.

Severus hésita une seconde avant d'oser poser la question qui lui brûlait les lèvres. Tirer des informations au mage noir n'était pas chose aisée et il fallait mieux user de délicatesse dans sa formulation.

- Ainsi vous avez décidé de former Harry Potter ?

- Je le modèle comme une statue d'argile entre mes mains, Severus. Je l'amène à voir les choses différemment et il est étonnamment réceptif. Tu as bien dû remarquer combien il est devenu confiant vis-à-vis de Nagini. Bientôt le Survivant me mangera dans la main et il sera la pièce maîtresse de mon armée. J'ai hâte de voir le désespoir se peindre sur le visage de nos ennemis lorsqu'ils le reconnaîtront sur le champ de bataille.

Pour l'heure, c'était surtout Severus Rogue qui était au bord du désespoir. Le Seigneur des Ténèbres affichait une telle assurance que les promesses rassurantes de Dumbledore lui semblaient à présent bien lointaines…

Lundi 30 mars 1998 – Poudlard

Severus n'avait plus revu le jeune Potter depuis la dernière réunion de Mangemorts ainsi, lorsque Voldemort lui annonça qu'il allait faire son retour à Poudlard, il ne savait pas trop à quoi s'attendre. Severus était bien placé pour savoir que rien n'était gratuit avec le Seigneur des Ténèbres, c'était donc que le Gryffondor s'était montré suffisamment obéissant pour obtenir l'autorisation de revoir ses camarades. La grande question était de savoir jusqu'à quel point…

Il avait fait par de ses doutes à Dumbledore et pour une fois le vieux directeur n'avait rien répondu. Quoi qu'il en soit l'une de ses missions était de protéger les élèves et il comptait bien surveiller le Survivant car il était hors de question que Voldemort vienne semer le chaos à travers lui.

Lorsque Harry Potter arriva dans son bureau ce lundi matin, il semblait égal à lui-même, il le mit cependant en garde à sa manière :

- Ah, Potter, vous revoilà. J'ose espérer que vous aurez la décence de faire profil bas. Monsieur Malefoy est dans la Grande Salle.

Le jeune homme hocha simplement la tête avant de quitter la pièce et Severus jeta un coup d'œil au parchemin présent sur son bureau. Les Serpentards avaient Potion en première heure et il avait prévu d'interroger Slughorn dès la fin du cours. Il ne laisserait rien au hasard.

Il emprunta donc le trajet bien connu des cachots vers 10 heures. Slughorn avait enchaîné avec une classe de 5e année mais il ne se gêna pas pour ouvrir la porte sans frapper et lui faire signe d'approcher. Une fois son collègue à ses côtés, il jeta une bulle de silence pour que les élèves n'entendent pas leur conversation tout en permettant de les surveiller.

- Professeur Slughorn. Dites-moi, comment était Potter dans votre cours ?

Le vieux professeur fuyait son regard et il ne tarda pas à en comprendre la raison.

- Monsieur Potter a gardé cet horrible serpent sur son épaule tout le long du cours, il a dit qu'elle ne voulait pas rentrer. Je ne veux pas qu'il ait des problèmes auprès de Vous-Savez-Qui, c'est un bon garçon et il a parfaitement réalisé sa potion. Mais je ne suis plus tout jeune et cette créature… J'en ai encore des palpitations. Si vous pouviez éviter que cela se reproduise…

- Ça sera tout, professeur. Vous pouvez reprendre votre cours.

Severus était furieux. Dès le premier cours, Potter confirmait ses craintes ! Sans attendre, il se dirigea vers les étages supérieurs. Les Serpentards de 7e année avaient cours d'Étude des Moldus avec Alecto Carrow et il comptait bien le confronter. Mais alors qu'il rentrait dans la salle de classe sans plus de précaution que précédemment, il haussa un sourcil face à la scène devant lui. Potter était encore à l'entrée de la salle, Drago avait sa baguette pointée sur lui et Alecto était visiblement furieuse.

- Professeur Carrow, je vous emprunte Potter... Que se passe-t-il ici ? Potter est-il déjà en train de perturber votre cours, professeur ?

La Mangemort lui fit une grimace, son gros visage porcin encore rogue de colère.

- Je… non… Ce sont ces Gryffondors…

- Et bien donnez-leur donc un travail supplémentaire avec une retenue pour tous ceux qui n'auront pas au moins Effort exceptionnel. Maintenant mettez-vous au travail et en silence ! Potter, suivez-moi. Vous pouvez rester en classe, monsieur Malefoy, cela ne prendra qu'un instant.

Il entraîna le Gryffondor à l'extérieur et referma la porte. Nagini était manifestement retournée dans son sac et le garçon joua les innocents.

- Professeur Rogue, que puis-je pour vous ?

- J'ai croisé par hasard le professeur Slughorn qui m'a semblé quelque peu bouleversé par son dernier cours. Il semblerait que Nagini soit resté sur votre épaule à le fixer durant les deux heures. N'est-elle pas censée être dans votre sac ?

- Elle voulait m'observer. J'ai bien essayé de lui demander de rentrer mais elle a dit qu'elle préférait rester sur mon épaule. Vous êtes bien placé pour savoir que je ne la contrôle pas.

Severus serra les poings. Le gamin se moquait de lui.

- Je suis aussi bien placé pour voir comment ce serpent interagit avec vous, Potter et je n'ai pas manqué de constater combien elle semblait protectrice à votre égard. J'ose donc espérer que vous ne vous servez pas de son affection pour faire pression sur vos professeurs afin d'obtenir de bonnes notes. Car si pour vous elle n'est qu'un gros serpent prêt à menacer les Mangemorts qui vous embêtent, elle n'aura aucun scrupule à dévorer un homme entier alors ne jouez pas avec ça ! Vous ne voulez sans doute pas avoir la mort d'un de vos professeurs sur la conscience simplement pour masquer votre incapacité à réaliser une potion correctement… Je reçois encore un seul écho de ce genre et croyez bien que je ne manquerais pas d'informer le Seigneur des Ténèbres sur mes suspicions.

- Faites-donc, professeur. Il pourra sans problème vérifier ma version des faits. Et pour info, je suis parfaitement capable d'obtenir une bonne note en cours de potion sans tricher. Nous devions préparer une potion purificatrice de Lodi : 5g de cannelle en poudre, 5 feuilles de Cymbopogon séchées, une demi-corne de jackalope adulte, 3 baies de Caryophyllus, une grosse racine d'origanum, 200 ml d'infusion de Sarriette et 20 gouttes d'huile de Thymus. Peut-être que mes capacités d'apprentissage n'étaient pas la seule chose en cause finalement… Maintenant, si vous voulez bien, j'ai un cours à suivre, il me semble.

Potter souriait largement, manifestement sûr de lui et Severus eut envie de le gifler pour le lui arracher. Jamais le garçon n'avait osé se montrer aussi orgueilleux face à lui et il percevait nettement l'influence du Seigneur des Ténèbres à travers son attitude. Il fallait qu'il en ait le cœur net. Il sortit sa baguette, jeta un Legilimens sur le garçon et eut le temps de voir quelques images de son quotidien avec Voldemort avant de se voir repoussé. Ainsi le mage noir lui avait appris non seulement les Potions mais aussi l'Occlumancie… Il plissa les yeux.

- Je vois que le Seigneur des Ténèbres vous a dispensé quelques cours. Qui aurait cru que le rebelle petit Potter se montrerait si attentif aux enseignements de son ennemi…

Il lui fit signe de retourner en classe et remonta quatre à quatre les marches jusqu'à son bureau.

- Dumbledore. Il va falloir que nous parlions sérieusement de Potter.

Il raconta les événements précédents au portrait mais le vieux directeur ne sembla pas convaincu pour autant.

- Je pense que vous lui prêtez toujours des intentions plus noires qu'elles ne le sont réellement, Severus. Pardonnez-moi mais votre inimité ne vous rend pas totalement objectif.

- Vous comptez attendre qu'il devienne un parfait mage noir avant d'intervenir ? Vous qui avez eu Voldemort comme élève, n'avez-vous pas regretté de ne pas l'avoir stoppé durant sa jeunesse ? Voulez-vous vraiment que l'histoire se répète, Dumbledore ? Car s'il faut tuer ce garçon pour en sauver des milliers d'autres…

- Non ! Severus, il faut que ce soit Voldemort qui le tue. C'est la seule solution. C'est la seule et unique manière de l'arrêter…

- Mais vous ne voulez toujours pas me dire ce que Potter devait accomplir ! Pourquoi Voldemort ne peut-il être tué ?

- Je suis désolé Severus. S'il y a ne serait-ce qu'une chance que Voldemort ignore mon plan, je dois la conserver. C'est essentiel.

- Vous attendez donc qu'il y ait un accident ? La dernière fois c'était Amycus Carrow, la prochaine fois ça sera peut-être un innocent.

- Je ne crois pas. Vous l'avez dit vous-même. Harry Potter se préoccupe toujours des autres. C'est un pari, certes. Mais je préfère croire qu'il y a encore de l'espoir.

Severus secoua la tête et s'installa à son bureau, dos au tableau. Il avait toujours fait confiance à son mentor de son vivant mais il commençait à douter. Il prit un parchemin et commença à rédiger une lettre. Il fallait qu'il reprenne contact avec l'Ordre du Phénix et ce de manière à ne rien laisser deviner de son identité. Il ne pouvait pas garder ces informations pour lui seul...

Harry et Drago vinrent se présenter à son bureau peu après 17 heures, une fois leur journée de cours terminée. Voldemort l'avait averti de la présence du Portoloin accroché à Potter et avait ordonné à Drago de remettre son compte rendu cacheté sous forme écrite, il prit donc le partit d'écrire une seconde lettre pour lui faire part de ses doutes concernant Nagini. Il ne savait trop comment le mage noir prendrait la chose mais il voulait éviter autant que possible que Nagini ne sorte de son sac tant qu'il était à Poudlard. Mais alors qu'il attendait que Drago termine sa propre lettre, il entendit la voix de Dumbledore s'adresser à Harry.

- Tu sembles être devenu très proche du serpent, Harry.

Le vieux directeur s'était exprimé à voix basse et il fit mine de ne pas l'avoir entendu. Si Dumbledore pouvait comprendre le degré de corruption de son ancien protégé, peut-être accepterait-il enfin de l'informer de cette fameuse mission qu'il lui avait confié… Potter avait relevé la tête et haussé les épaules.

- Elle au moins ne me ment pas.

Rogue resta obstinément penché sur son parchemin, traçant la rune de scellé magique avec une lenteur savamment calculée. Ainsi Potter reprochait à Dumbledore de lui avoir mentit ? La voix de Dumbledore retentit à nouveau.

- J'aimerais pouvoir m'expliquer. Les choses sont malheureusement parfois… plus compliquées qu'elles n'y paraissent au premier abord.

- Cessez de me prendre pour un gamin ignorant. Vous aviez prémédité ma mort, voilà tout !

Harry avait haussé la voix, attirant l'attention de Drago. Rogue ne pouvait plus prétendre ignorer la scène qui se déroulait sous leurs yeux et il occulta le tableau d'un coup de baguette magique.

- Il est temps pour vous de rentrer, Potter. Vous remettrez à notre maître les deux courriers que voici.

Le Gryffondor se saisit des deux lettres et écarta sa cravate, dévoilant un pendentif en forme de crâne d'oiseau. Severus ignorait de quelle espèce il s'agissait mais d'après les chaînes noirâtres qui sortaient des orbites, le collier avait été magiquement scellé au cou de Potter. Le serpent géant se hissa jusqu'au pendentif et l'instant d'après ils avaient disparus.

Severus attendit que Drago ait quitté la pièce pour lever l'enchantement sur le portrait de Dumbledore.

- J'imagine que vous comprenez pourquoi je n'ai pu ignorer votre conversation plus longtemps, Dumbledore. Cependant je ne vois pas ce que vous auriez pu répondre à cela. Il semblerait que le fils prodige ait découvert un peu en avance votre plan pour lui…

Le vieux directeur semblait aussi fatigué que le jour de sa mort.

- Je pense, Severus, qu'il est temps que je vous dévoile toute l'histoire… Avez-vous déjà entendu parler des Horcruxes ?

Dumbledore lui transmis toutes les informations qu'il avait pu transmettre à Harry Potter. Aussi bien les faits avérés que les quelques indices qu'il avait pu récolter de son vivant et les hypothèses qu'il avait sur l'identité des autres Horcruxes. Et Severus devait admettre que c'était bien maigre…

Mardi 31 mars 1998 – Poudlard

Le lendemain matin, Potter lui remit une lettre de Voldemort.

« Severus.

Je t'interdis désormais d'user de Legilimancie sur Harry Potter. Son esprit m'appartient et tu n'as plus à t'y immiscer. Je saurais déterminer seul s'il a commis une faute au cours de sa journée. Concernant Nagini, elle a pour consigne de se faire discrète autant que possible, elle peut cependant sortir pour observer la situation si elle l'estime nécessaire. Tu n'as pas à t'en mêler. »

Il n'y avait pas de signature mais il n'en avait nul besoin. Voldemort avait une écriture très scolaire et parfaitement lisible. Les menaces qui en suintaient contrastaient d'ailleurs avec sa graphie si élégante et Severus ressentit un frisson. Il n'avait aucun mal à imaginer un Voldemort adolescent, charmeur avec ses enseignants mais calculateur et ne ressentant pas la moindre empathie pour ses camarades.

La journée se passa sans incident particulier et lorsque Drago et Harry pénétrèrent dans son bureau en fin de journée, il se garda bien de faire la moindre remarque. Il avait bien vu le jeune Potter jeter un œil au portrait de Dumbledore mais ce dernier garda le silence et le garçon se détourna pour flatter le serpent géant qui s'était hissé sur ses épaules. Comme la veille, il disparu dès que Drago lui eut remis son compte rendu.

Mercredi 1e avril 1998 – Poudlard

La journée avait débuté sans incident et Severus avait enfin pu mener à bien les différentes tâches en souffrance qui incombaient à sa fonction de directeur. Même s'il n'avait plus d'adjoint à proprement parler, il devait bien reconnaître que la gestion de Poudlard était bien moins compliquée depuis l'éviction d'Amycus Carrow. Ce fut donc avec un juron bien sentit qu'il accueilli l'appel de son maître via la Marque des Ténèbres. Il jeta un œil à l'emploi du temps des Serpentards de 7e année avant d'activer le miroir à double-sens. Il y avait fort à parier que l'appel ait quelque chose à avoir avec Potter et la mauvaise humeur apparente de Voldemort lui fit craindre le pire.

- Severus. Nagini m'a informé que Potter s'était fait attaquer par l'un de mes Mangemorts. Je veux Alectro, Drago, Harry et toi-même au Manoir Malefoy MAINTENANT !

Severus hocha la tête et s'empressa de couper la communication. Il jeta un œil à Dumbledore dans son portrait et soupira. La fin de la journée s'annonçait nettement moins bonne que son commencement…


Fin du chapitre Hors-série.

Nous en sommes donc arrivés au même moment. Retour du point de vue habituel la prochaine fois avec un chapitre où Harry va devoir faire un choix décisif.

J'espère que ce chapitre vous aura tout de même plu malgré son format un peu spécial. Je voulais vraiment mettre un mot sur les manipulations de Voldemort et l'évolution de Harry. N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé, si vous auriez aimé que je sorte un peu de cette triade Harry-Severus-Drago. J'ai hésité à parler de Neville ou d'autres professeurs mais je ne voulais pas trop m'éparpiller non plus. Au final ce chapitre est presque aussi long que les précédents.

J'annonce à nouveau une semaine et demi de délai car j'ai terminé hier ce chapitre, rendez-vous donc vendredi 20 novembre pour le chapitre 11.

Merci à mes revieweurs habituels qui prennent toujours le temps de m'écrire un petit mot gentil. J'apprécie énormément, c'est un vrai carburant à imagination ! :D