Auteur : Lady Zalia

Type : Aventure, Angst pour les prises de têtes morales de mon pauvre Harry qui finir dingo à cause de Voldemort...

Disclaimers : Univers appartenant à J.K. Rowling. Rating T.

Rappel du chapitre 12 : Voldemort emmène Harry au Burkina Faso pour récupérer un œuf de Runespoor afin d'en faire un familier pour Harry.


Chapitre 13

- Ça, Harry, c'est un nid de Runespoor. Prends-en un délicatement pour le mettre dans la boîte. Il sera ton familier.

Harry écarquilla les yeux. Il avait vécu la mort d'Hedwige comme un déchirement et avec la chasse aux Horcruxes, il n'avait pas imaginé une seule seconde prendre un nouveau familier. À présent il avait une maison, il vivait en sécurité et ne risquait pas de repartir à l'aventure. Cependant il avait du mal à croire que Voldemort ait pu faire quelque chose d'aussi désintéressé.

- Vraiment ?!

- Tout à fait. Pourquoi crois-tu que nous sommes ici ? Les Runespoor peuvent se rendre très utiles. Ils produisent un venin puissant et acquièrent une taille respectable en grandissant. Il fera un familier digne de toi. J'ai pensé que cela te plairait.

- Oui ! Ça me fait vraiment plaisir ! Merci !

Pour peu, il en aurait sauté de joie. Il expira longuement pour se calmer et se concentra pour soulever l'un des œufs avec toute la délicatesse dont il était capable. Voldemort l'incitait si souvent à utiliser sa magie pour manipuler des objets, qu'il pouvait désormais influencer très précisément la force de son emprise en fonction de la fragilité d'un objet. Sa magie était devenue une extension parfaite de ses doigts et il n'en était pas peu fier.

La boîte que Voldemort avait préparée, semblait être faite exprès pour contenir un œuf de cette taille. L'intérieur était gravé de runes et Harry eut juste le temps d'en reconnaître quelques-unes, notamment une propre aux enchantements de protection et une autre liée à l'idée de stase, avant que Voldemort ne la referme sur son futur compagnon. Il n'avait encore que survolé la création d'objets magiques mais il avait le sentiment que Voldemort devait avoir créé celui-ci juste pour cette occasion.

- Cette boîte protégera l'œuf jusqu'à notre retour à la maison. Je créerais un vivarium pour qu'il puisse éclore dans de bonnes conditions. Maintenant, partons, il ne vaudrait mieux pas que la mère nous trouve dans les environs.

Alors qu'ils s'étaient éloignés de quelques pas, Harry s'immobilisa soudain.

- Pourquoi vous faites tout ça pour moi ?

- Je te l'ai déjà dit. Je veux t'attacher à moi par la dévotion, Shesha. Être à la fois ta famille, ton mentor, ton dieu…

Harry ouvrit la bouche mais ne trouva pas quoi répondre. Il était extrêmement prétentieux de la part de Voldemort de le verbaliser ainsi et pourtant il était bien en train d'y parvenir. Harry avait beau avoir conscience de se faire manipuler en beauté, il était d'autant plus effrayant de ne pas arriver à y résister. C'était comme si ses émotions ne lui appartenaient plus. Voldemort savait exactement où appuyer pour le faire réagir justement parce qu'il le connaissait mieux que lui-même. Finalement il haussa les épaules et secoua la tête.

- Je crains de faire un piètre dévot. J'ai toujours refusé de croire en l'existence de dieux car sinon, cela voudrait dire qu'ils s'étaient montrés singulièrement injustes envers moi.

- Je pensais pareil étant jeune. C'est pour cela que j'ai décidé de devenir mon propre dieu. Et regarde aujourd'hui mes Mangemorts… Ils me vénèrent, prient pour recevoir mes faveurs, se soumettent face à ma colère. Il ne leur viendrait pas à l'esprit de me défier et acceptent que j'aie le droit de vie et de mort sur eux… Et je ferais de toi mon champion.

Voldemort s'était arrêté pour le regarder dans les yeux et Harry ne put soutenir son regard. Parce qu'il avait hâte de voir son familier éclore, parce qu'il adorait Nagini et parce qu'il se sentait extrêmement fier des progrès qu'il avait réalisés grâce à au mage noir. En résumé, il ressentait exactement ce que Voldemort voulait qu'il ressente.

- J'ai l'impression de ne jamais être maître de mon destin…

- Tu te trompes, c'est toi qui as fait le choix d'arrêter de lutter. Si tu ne l'avais pas fait, tes amis auraient été dans une toute autre situation… Et tu serais enfermé entre quatre murs, de jour comme de nuit. Mais je ne doute pas que l'Ordre aurait glorifié ton précieux sacrifice… Tout le monde te croirait mort, on t'aurait appelé Harry Potter le martyr.

Harry hocha tristement la tête. Il n'avait aucun mal à s'imaginer enchaîné dans quelque sombre prison, Luna prisonnière des Malefoy, Neville torturé par les Carrow, Hermione pourchassée par les Rafleurs… Il restait persuadé d'avoir pris la meilleure décision, et pourtant aujourd'hui c'était ces mêmes amis qui l'accusaient d'avoir choisi le camp du Mal !

Voldemort avait repris sa marche et Harry le rattrapa en quelques enjambées.

- Je n'ai jamais voulu être adulé ou cru aveuglément. Mais j'aurais espéré qu'ils soient un peu plus compréhensifs. Enfin j'imagine que c'était trop demandé. Quoi qu'il en soit, j'aime beaucoup l'idée d'avoir un familier. J'ai hâte de le voir éclore. On fait quoi maintenant ?

- Nous passerons la nuit dans un relai sorcier à moins d'une heure de vol d'ici. Mais nous avons encore largement le temps de nous promener. Cette réserve naturelle contient quelques ingrédients rares que j'aimerais bien récupérer. Tiens, regarde cet arbuste. Es-tu capable de le reconnaître ?

Harry s'avança vers le végétal qui avait pour une fois l'air inoffensif.

- Euh… Là, sans fleur pour me repérer, j'avoue que j'en ai aucune idée…

- C'est un Melaleuca. Tu devrais le connaître, ses feuilles sont utilisées en Potion pour neutraliser la toxicité d'un ingrédient. Par ailleurs, ses baies permettent de fabriquer un poison qui couvre le corps de bubons en quelques heures et l'écorce contient une résine recherchée pour son parfum.

- Ah ça me dit quelque chose. Comme les feuilles s'utilisent sous forme d'infusion, on les achète déjà séchées et coupées. Je n'avais jamais vu la plante en elle-même. Est-ce que vous connaissez par cœur le compendium entier des ingrédients de potion ?

Voldemort sembla amusé.

- Tous ceux que je juge utiles en tout cas. La connaissance offre le pouvoir, Harry. Que vaut un sorcier incapable de se débrouiller sans ses livres ? Tu dois être capable de te sortir de n'importe quelle situation avec ce que t'offre la nature… Mais peut-être qu'il faudrait un exemple concret pour t'aider à apprendre... Si tu devais te retrouver empoisonné au beau milieu de cette jungle, que ferais-tu ?

- Et bien… Ne connaissant pas la nature du poison, je chercherais une chèvre pour me procurer un bézoard en espérant être assez rapide.

- Je serais curieux de voir si tu serais réellement capable d'éventrer une chèvre et de fouiller son estomac encore tiède pour en avaler la pierre. Pour information, un bézoard peut se trouver chez la plupart des ruminants. Ici, tu serais plus rapide à trouver une antilope, une gazelle, un buffle ou même une girafe mais la présence d'un bézoard n'est pas systématique, loin de là. Tu serais probablement mort avant d'en trouver un. Il y a plusieurs plantes capables de ralentir un poison. La Mélisse en est une. Ses feuilles ressemblent à de la menthe mais elle dégage plutôt une odeur de citronnelle. Tu as aussi les baies d'Aubépine que tu peux presser directement sur la blessure si tu as la chance d'être dans la bonne saison…

Soudain, alors que Harry continuait de marcher en regardant partout ailleurs que devant lui, il sentit une force le pousser brusquement en avant et Voldemort le plaqua contre lui avant de s'envoler.

- Qu'est-ce que… ?

- Regarde… À quelques mètres devant nous. Un Nundu. Ils sont très dangereux et propagent des spores extrêmement toxiques. Ne t'inquiète pas, je ne compte pas te lâcher.

Harry n'osait à peine bouger. Voldemort s'était élevé à plusieurs mètres au-dessus du sol et il le maintenant contre lui à la seule force de son bras gauche, passé autour de sa taille. Harry, lui, avait par réflexe refermé ses bras autour du mage noir en sentant le sol se dérober sous ses pieds. Il tendit son cou pour essayer de voir la créature et un frisson d'effroi le parcourut. Elle ressemblait à un léopard en deux à trois fois plus gros et possédait une crinière d'épines qui se prolongeait le long de la colonne vertébrale jusqu'à la queue. Elle avait dû sentir leur odeur car Harry pouvait la voir tourner en rond à l'endroit où ils se trouvaient auparavant, humant l'air en grognant doucement.

- Je n'imaginais pas cela aussi gros ! Ça ne donne vraiment pas envie de s'approcher.

- Je suis certain que ce gros idiot d'Hagrid serait capable d'essayer d'en élever un !

Harry sentit son estomac se nouer en pensant au demi-géant. Il ne l'avait plus revu depuis le mariage de Bill et Fleur et n'avait aucune nouvelle de lui. Il s'en voulait terriblement d'avoir si vite oublié son premier ami.

- Macnair m'a dit que vous l'aviez chargé de le pourchasser. Pourquoi faire ça ? Il n'a même pas de baguette, il ne représente aucun risque !

- Rappelle-moi de punir Macnair pour sa langue trop pendue. Et ne me prends pas pour un idiot, je sais qu'il a gardé sa baguette brisée. Il a essayé de rallier les géants pour Dumbledore par le passé et cet été, Severus a dû faire face à une émeute de centaures lorsqu'il a pris ses fonctions. Depuis il ne peut plus s'approcher de la Forêt Interdite. Mais rassure-toi, cette erreur de la nature est toujours en vie. Il faut croire que Macnair n'est même pas assez intelligent pour le trouver.

- Hagrid n'est pas une erreur de la nature ! C'est mon ami. Même s'il a toujours été d'une fidélité aveugle à Dumbledore.

Voldemort déposa Harry en équilibre tout au sommet d'un arbre pour avoir les deux mains libres. Il ressortit ensuite le balai magique de son sac pour lui rendre sa taille originale.

- Pas une erreur de la nature, tu dis ? Tu sais quelle taille fait un géant ? Tu ne t'es jamais demandé comment quelqu'un pouvait être seulement à moitié géant ? Et inutile de se demander qui est le géant parmi les deux parents puisque le cas contraire, la mère ne survit même pas à un tel accouplement.

Harry fit la grimace.

- Eurk. Merci pour l'image mentale. C'est exactement le genre de chose que je n'aurais jamais voulu savoir.

- Je n'ai fait que prouver ce que j'avançais. Et au-delà de la compatibilité des espèces, je ne parle même pas de ce qu'implique le fait d'être sexuellement attiré par une géante. Quoi qu'il en soit, ces créatures sont dépourvues de la moindre magie. Poudlard n'aurait jamais dû l'accepter et cet idiot n'aurait jamais pu ne serait-ce qu'obtenir ses BUSE. Finalement, je lui ai fait gagner du temps en le faisant renvoyer.

Harry leva les yeux au ciel. Il savait qu'il ne servirait à rien d'essayer de débattre avec Voldemort et il n'oubliait pas qu'il était perché à une dizaine de mètres du sol et que le mage noir avait toujours son balai à la main. Il était totalement capable de le laisser là pendant des heures jusqu'à ce qu'il admette avoir eu tort.

- Est-ce que je peux avoir le balai ? J'imagine qu'on ne va pas rester ici ?

Voldemort lui tendit le manche et Harry l'enfourcha immédiatement, soulagé d'avoir un support stable sur lequel s'appuyer.

- Nous allons nous éloigner de plusieurs kilomètres pour être certain de ne pas le recroiser. Ces créatures ont un vaste territoire de chasse. Je ne voudrais pas avoir à le tuer.

Le mage noir l'entraîna vers le Nord et ils volèrent une dizaine de minutes jusqu'à une zone un peu moins boisée, traversée par un ruisseau. Harry pouvait voir un troupeau de phacochères s'y abreuver en contrebas, surveillés par un impressionnant oiseau de proie perché sur un arbre. Harry n'avait jamais vu un tel rapace : Il possédait trois yeux blancs, avait un plumage bleu pâle aux reflets irisés et semblait faire plusieurs mètres d'envergure. Ils se posèrent doucement sur le sol et Harry montra l'oiseau du menton.

- C'est quoi cette créature ?

- Un Pouakai. Il est capable de se rendre totalement invisible lorsqu'il vole et il se nourrit de grosses proies telles que des grands singes, des autruches, des phacochères ou des êtres humains. Son troisième œil lui permettrait de voir légèrement l'avenir. Cela dit, il est inoffensif pour n'importe quel sorcier un tant soit peu capable, inutile de t'en préoccuper. Garde ton balai à la main et suis-moi. J'aimerais capturer un Dingonek pour faire des expérimentations et cette créature vit justement dans ce genre de fleuve.

Ils longèrent tous deux le fleuve, Voldemort ramassant de temps à autres des végétaux ou indiquant à Harry l'utilité de telle ou telle plante. On aurait dit que le mage noir était dans un marché d'ingrédients et Harry essayait de retenir le maximum d'informations. Il aurait aimé prendre le temps de faire des croquis mais Voldemort marchait à vive allure et sans un bruit alors que lui-même était obligé de trottiner pour le suivre. Soudain, le mage noir s'immobilisa à un mètre devant lui et il n'eut même pas le temps de dire un mot que Voldemort leur avait jeté un sort de Désillusion.

- Pas un mot. Éloigne-toi de quelques mètres et ne me gêne pas.

Les mots étaient lapidaires. Harry eut l'impression d'être comme un enfant encombrant entre les jambes du mage noir. Il remonta sur son balai et s'éleva silencieusement dans l'air pour pouvoir admirer la technique de Voldemort. Il avait déjà vu la créature dans un livre à la bibliothèque et savait que ses écailles lui offraient une importante résistance à la magie, il était donc curieux de voir comment le mage noir allait s'en sortir. Le Dingonek pouvait se rapprocher du crocodile moldu, mais il était plus haut sur pattes, avait de longs crocs qui dépassaient de sa mâchoire et des épines le long du dos. La créature était à moitié immergée dans l'eau boueuse et Voldemort gela la zone pour l'emprisonner. Il lévitait à un mètre au-dessus du Dingonek, hors de portée de la longue queue épineuse de la créature qui avait essayé de l'attaquer dès qu'elle l'avait vu. Le Dingonek poussa un rugissement rauque et essaya de se débattre pour briser la glace mais connaissant la puissance de Voldemort, il avait sans doute gelé l'eau sur toute la profondeur de la rivière. Restait cependant le problème de l'impénétrable armure d'écailles. S'il avait dû s'enfuir face à une telle créature, Harry aurait sans doute opté pour un maléfice de conjonctivite, car comme pour les dragons, leurs yeux représentaient leur talon d'Achille. Mais Voldemort ne comptait manifestement pas user d'une telle subtilité. Harry écarquilla les yeux en voyant le Seigneur des Ténèbres, une épée à la main. Il venait d'invoquer l'arme et la lame luisait d'une aura surnaturelle. Il se positionna juste au-dessus de la créature et atterrit souplement sur son dos, l'épée pointée droit vers la nuque du Dingonek. La créature hurla et Harry craignit un moment que l'épée ne parvienne pas à briser la carapace. Voldemort se tenait en équilibre, les pieds de chaque côté des épines dorsales, les muscles des bras bandés, usant manifestement de tout son poids pour avoir plus de force. Harry ne put s'empêcher de rester coi face à l'impression de puissance que dégageait le mage noir. Après quelques longues secondes de résistance, la lame s'enfonça dans la chair avec un bruit répugnant et Voldemort eut un sourire victorieux. Il semblait cependant en falloir plus pour mettre le monstre hors d'état de nuire. Harry vit Voldemort psalmodier un sortilège qu'il ne connaissait pas et l'épée prit soudainement feu. Le monstre lutta encore pendant près d'une minute avant de finalement s'immobiliser définitivement. Voldemort sauta sur la berge et révoqua l'épée avant de faire léviter la carcasse de l'animal hors de l'eau. Harry atterrit à ses côtés et Voldemort sourit en constatant l'air impressionné que le Gryffondor avait encore.

- Sacré bestiole ! Sa peau a l'air vraiment coriace.

- Effectivement. C'est ce qui fait sa rareté et sa valeur. Je t'apprendrais à prélever ses organes, nous le dépècerons à la maison.

Harry fit une grimace à cette idée et regarda la créature. Elle devait faire plus de deux mètres de long en comptant la queue et devait au moins peser une centaine de kilos.

- Comment va-t-on le transporter ? J'imagine en plus que voyager avec une telle espèce doit être illégal, non ?

Voldemort ne portait qu'une simple sacoche et même un sortilège sans fond n'aurait pu permettre d'y faire entrer la carcasse. Mais c'était sans compter les ressources du mage noir qui sortit une étoffe de son sac avant de la jeter en l'air. Le tissu s'étendit de lui-même sur le sol, comme un Suaire vivant et Voldemort y déposa le Dingonek. Après un autre mouvement de baguette, le tissu se referma comme un baluchon que Voldemort réduisit à la taille d'une petite bourse et enfourna dans son sac. En quelques secondes, toute trace de son braconnage avait disparu.

- Tu as beau connaître les sorts et leurs effets, tu manques singulièrement d'imagination, Harry. Même les sortilèges les plus basiques peuvent avoir des centaines d'applications. Tu restes encore beaucoup trop prévisible, il va falloir remédier à ça…

Harry sourit et hocha la tête. Voldemort ne semblait pas se lasser de jouer au professeur. Et à cet instant, lui-même n'avait plus envie de se prendre la tête à lutter contre ses émotions.

- Tant mieux. Vous savez tellement de choses, je crois qu'étudier ne m'a jamais paru aussi intéressant que depuis que vous m'enseignez.

- Un compliment de ta part ? Qu'est-ce que tu attends de moi ?

Comprenant où il voulait en venir, Harry se renfrogna et croisa les bras.

- Vous confondez avec vos Mangemorts qui passent leur temps à vous lécher les bottes ! J'avais juste envie d'être honnête sur ce que je ressentais mais finalement j'aurais dû m'abstenir…

Voldemort s'approcha et le força à relever la tête. Il semblait plutôt satisfait.

- Pardonne-moi si je t'ai vexé, Shesha. C'était juste inattendu. Je n'ai pas l'habitude de recevoir autre chose que de la haine ou de la servitude. Mais rassure-toi, je ne te mets certainement pas au même niveau que mes Mangemorts. Tu es bien le seul humain avec lequel j'apprécie de passer du temps. Sur ce, monte sur ton balai. Nous avons fait tout ce que nous avions à faire ici, nous allons rejoindre le relais.

Le soir même, ils étaient dans la salle principale du relais, la capuche simplement rabattue sur leur visage. Harry ne pouvait s'empêcher de regarder tout autour de lui avec curiosité, un fin sourire aux lèvres tant il était amusé par la situation. Alors qu'en Angleterre, une telle scène n'aurait jamais été imaginable sans du Polynectar ou une centaine de Glamours, ici lui et Voldemort étaient simplement assis à une table au milieu de l'auberge comme n'importe qui. Harry se serait attendu à un relai perdu au milieu de la savane mais en réalité l'endroit était plutôt peuplé et de nombreux sorciers et sorcières discutaient entre eux, jouaient aux cartes ou faisaient leurs affaires. L'endroit semblait être l'équivalent du Chaudron Baveur pour la région et Harry appréciait d'être pour une fois un parfait anonyme sans avoir besoin de déguisement.

- Dumbledore disait qu'il vous avait perdu de vue pendant plusieurs années après que vous ayez travaillé chez Barjow et Beurk et il supposait que vous aviez voyagé. Vous êtes allé dans quels pays ?

- Dumbledore était vraiment un insatiable fouineur. Heureusement qu'il est désormais six pieds sous terre et que la seule personne à qui il s'est vraisemblablement confié se trouve devant moi. Pour répondre à ta question, je suis allé partout, j'ai parcouru le monde entier pour apprendre de nouvelles formes de magie et devenir plus puissant. J'ai rassemblé bon nombre de grimoires, interrogé de nombreux maîtres et les ai obligés à me révéler leurs secrets. Je voulais être certain d'être invincible à mon retour.

Quand il voyait ainsi Voldemort, Harry comprenait aisément que certains Mangemorts aient pu être séduits par son charisme. Il émanait tellement de puissance et d'assurance que lui-même avait, depuis quelque temps, tendance à oublier à quel point il pouvait se montrer violent et cruel. Il allait répondre lorsque son ventre gargouilla bruyamment, lui faisant faire une légère grimace.

- Est-ce que je pourrais manger ?

- Ne t'inquiètes pas, je ne compte pas te faire jeûner. Je pourrais peut-être t'apprendre à t'en passer d'ici quelques années, mais pour l'heure…

Il interpella l'une des serveuses et commanda quelque chose dans une langue que Harry ne parvint même pas à identifier.

- Vous avez demandé quoi ?

- Tu verras bien. Pour t'observer quotidiennement, je commence à cerner tes goûts. Tu devrais aimer.

Harry fit la moue.

- Mais je sais aussi combien vous aimez rire à mes dépends comme le digne Serpentard que vous êtes.

- C'est vrai mais pas cette fois, tu peux me faire confiance.

Effectivement, quelques minutes plus tard, la serveuse apporta à Harry une écuelle creuse en bois contenant une bouillie de céréales et de fèves avec une sauce épaisse aux reflets verts et plusieurs morceaux de poulets. Harry huma l'air au-dessus de l'assiette fumante mais l'odeur qui s'en dégageait était plutôt appétissante et il avait vraiment faim. La texture était gluante mais au goût, le plat était doux et agréablement réconfortant. Il hocha la tête.

- Ok, c'est bon. Merci pour le repas.

Harry engloutit son repas sous le regard amusé de Voldemort qui ne quitta pas une fois son Horcruxe vivant des yeux. Harry se sentit un peu gêné par cette observation appuyée mais Voldemort ne semblait rien avoir de mieux à faire et il ne pouvait guère exiger qu'il détourne le regard. Après le dîner, ils montèrent dans la chambre qui leur était réservée et Voldemort s'assit en tailleur sur l'un des lits pour lire un livre tandis que Harry s'installait sur la petite table, essayant de dessiner dans son carnet de croquis le Pouakai qu'il avait pu observer pendant la journée. Outre les deux lits, la table et les deux chaises, la chambre comportait aussi une petite salle de bain attenante avec une douche, un lavabo et un WC. Après quelques heures, Harry fit rapidement sa toilette avant de rejoindre son lit et il s'y endormit en quelques minutes, sans craindre une seule seconde la présence du mage noir à ses côtés.

***/***

Lorsque Harry se réveilla le lendemain matin, Voldemort était toujours dans la même position, comme s'il n'avait pas bougé de toute la nuit. Pourtant, lorsqu'il passa à côté de la table située au centre de la pièce, Harry remarqua que son carnet de croquis avait été sorti de son sac alors qu'il se souvenait parfaitement l'y avoir mis avant de se coucher. Il haussa les épaules en pensant que le mage noir avait peut-être regardé ses dessins mais alors qu'il le prenait pour le ranger, il remarqua que son porte-mine avait aussi été sorti. Il releva alors la tête pour s'apercevoir que Voldemort l'observait en souriant.

- Je me suis permis d'emprunter ton cahier. Te voir aussi paisible et vulnérable face à moi m'a inspiré un dessin.

Harry fit défiler les feuilles jusqu'au dernier dessin et il se sentit rougir jusqu'aux oreilles. Voldemort l'avait représenté endormi avec un réalisme impressionnant. Il était sur le ventre, torse nu, la couverture au milieu du dos et la main gauche en guise d'oreiller. La position mettant en valeur son bras gauche et le détail le plus visible était sans nul doute le tatouage serpentin qui s'étendait de son épaule jusqu'à son coude. Alors que la Marque des Ténèbres était toujours fixée sur l'avant-bras des Mangemorts, ici le serpent s'enroulait autour de son biceps et la Marque en elle-même était différente, plus grande et plus stylisée. Le crâne était plus détaillé et le serpent ressortait par l'une des orbites au lieu de sortir par la bouche. Une attention particulière avait manifestement été accordée aux écailles du serpent et aux ombrages, si bien que le dessin semblait en trois dimensions.

Harry resta si fasciné par le dessin qu'il ne remarqua pas que Voldemort s'était levé et approché, de sorte qu'il sursauta en sentant le mage noir arriver derrière lui.

- Alors, ça te plait ? Tu serais le seul à la porter, une marque digne de mon champion. Je ferais de toi le meilleur d'entre tous…

Harry secoua la tête, sans se retourner, plus amusé qu'énervé par la proposition de Voldemort.

- Je ne vais certainement pas devenir Mangemort juste parce que le tatouage est joli.

- Heureux de te l'entendre dire. Je rêve de le reproduire sur ton bras.

Bien évidemment Voldemort ne retenait que la seconde partie de la phrase. Harry leva les yeux au ciel. Le dessin était superbe, il ne pouvait le nier. Et se voir représenté dans une posture aussi sensuelle avait quelque chose de perturbant, surtout avec l'attitude tentatrice de Voldemort. Il referma son carnet d'un coup sec et le remit dans son sac, espérant dissiper son trouble.

- Vous aurez beau le répéter, ça sera toujours hors de question. Je resterais à vos côtés sans essayer de m'échapper mais je ne participerais pas à votre entreprise de haine.

- C'est ce que tu dis aujourd'hui. Mais je suis immortel et quoi qu'il arrive je ne laisserais pas mon Horcruxe disparaître. Viendra un moment où tu ne supporteras plus l'enfermement, tu voudras pouvoir garder ta baguette en mon absence, sortir seul et utiliser ta magie juste pour te sentir vivant, quitte à œuvrer pour ma gloire. Je te laisserai le choix, jusqu'au bout. Mais je ferais tout pour que tu craques. Tu n'imagines pas combien j'ai hâte. Je suis prêt à me montrer très patient juste pour mieux savourer le moment où tu t'abandonneras à moi.

Harry sentit son cœur se serrer d'angoisse à cette idée, comme à chaque fois que Voldemort lui affirmait cela. Il imaginait sans peine la déception dans les yeux de ses amis et espérait de tout son cœur qu'ils ne seraient jamais témoins de son abnégation face à Voldemort.

- Ne dites pas ça… s'il vous plaît.

Voldemort le força à se retourner pour lui faire face.

- Je vois la douleur dans tes yeux, mais je ne la comprends pas, Shesha. Tu as une famille maintenant, Nagini et moi serons toujours là pour toi. Tu ne seras plus jamais seul, tu seras puissant, respecté et honoré. De quoi as-tu peur ?

- Je ne veux pas voir la haine dans le regard de mes amis.

- Tu ne peux pas tout avoir. Tu préfères avoir une famille qui ne t'abandonnera jamais ou des amis qui doutent de toi et te tournent le dos à la moindre occasion ? D'autant qu'eux ne garantissent pas ta sécurité comme je le fais. Pourquoi tu te tortures, Shesha ? Ils ne pourront pas gagner, ils finiront par se soumettre ou par disparaître. Je serais vainqueur quoi qu'il arrive, mais si tu mets ta puissance à mon service, la guerre prendra fin plus vite. Moins de combat donc moins de blessés et moins de morts…

Harry avait à présent le regard perdu dans le vide. Voldemort avait totalement investi son espace vital, l'empêchant de réfléchir sereinement à ce qu'il lui disait. Pour l'heure il était incapable d'avancer le moindre argument pour le contrer et Voldemort attrapa une mèche de ses cheveux pour la faire glisser entre ses doigts, accentuant encore son malaise.

- Je…

- Shhh… Ne t'angoisse plus pour cela, tu finiras par prendre la bonne décision, j'en suis persuadé. Ce soir nous rentrerons à la maison et d'ici quelques semaines tu pourras assister à la naissance de ton familier, n'es-tu pas heureux ?

Harry hocha la tête doucement et Voldemort s'écarta de quelques pas, manifestement satisfait d'avoir obtenu ce qu'il voulait. Harry avait bien envie d'aller s'asperger le visage d'eau froide pour s'éclaircir les idées. Il ne voulait surtout pas retourner dans cette conversation toxique. Il reprit la parole alors que Voldemort était occupé à ranger leurs quelques affaires d'un mouvement de baguette.

- J'ai hâte de raconter notre voyage à Nagini. Vous aviez dit hier que nous prendrions un peu de temps à Ouagadougou, vous avez prévu d'acheter quelque chose en particulier ?

- En effet, viens, tu vas pouvoir déjeuner avant de partir. La capitale du Burkina-Faso est connue pour son commerce de bois rares. Je voulais me procurer quelques stères pour confectionner des objets magiques.

Harry enfila sa cape et rejoignit Voldemort qui l'attendait déjà à la porte. Au rez-de-chaussée, la taverne était bien moins peuplée que la veille. Voldemort lui commanda un petit déjeuner qui se révéla délicieux. Il s'agissait d'une bouillie de sorgho et de mil qui ressemblait beaucoup au porridge anglais, accompagnée de lait de chèvre, de fruits et de miel. Harry avala le tout, soulagé de pouvoir profiter d'un tel repas avant d'entamer sa journée. Le refuge était enchanté pour garder une température agréable mais au dehors, la chaleur était tout aussi étouffante que la veille. Ils devaient regagner Ouagadougou en volant et profiter de la journée pour récupérer les ingrédients que Voldemort recherchait. Harry ignorait à quelle heure était réservé leur Portoloin international mais il avait le sentiment que le mage noir préférerait arriver en Angleterre au crépuscule.

Effectivement, Voldemort ne semblait pas très pressé et ils prirent le temps de flâner dans les rues d'Ouagadougou comme de simples touristes. Voldemort ne laissa jamais Harry s'éloigner, mais il l'abreuva de nombreuses informations et Harry ne vit pas le temps passer. Alors qu'ils déambulaient à travers les étals, il lui enseignait comment reconnaître les différents bois et lequel choisir en fonction du type d'objet que l'on souhaitait réaliser. Voldemort connaissait les propriétés de chacun d'entre eux, du plus commun au plus exotique et Harry devait bien reconnaître qu'il était impressionné par l'étendue de ses connaissances. Au final, il avait passé une agréable journée, et lorsqu'ils arrivèrent en Angleterre, il avait encore un tel sourire au visage que Voldemort l'arrêta juste avant de sortir de la cabine de Portoloin.

- Arrête de sourire aussi bêtement, Potter. Je ne t'ai pas obligé à reprendre du Polynectar donc rabats ta capuche et fais-toi discret. Je n'ai pas vraiment envie qu'on nous remarque.

Harry s'exécuta mais ne put s'empêcher de pouffer de rire.

- Ça risquerait d'ébrécher votre image de marque, j'imagine. Quoi que je me demande lequel de nous deux aurait le plus à en pâtir. Harry Potter souriant aux côtés du Seigneur des Ténèbres… La première pensée des gens serait que j'ai définitivement sombré.

- Et pour l'instant je préfère que l'opinion publique voie en toi le brave Survivant, protecteur des opprimés. Allons, Corban doit nous attendre.

Le hall destiné aux Portoloins internationaux était presque désert à cette heure et comme prévu, Yaxley les y attendait, droit comme un piquet. Harry baissa immédiatement la tête en le reconnaissant, laissant Voldemort le dépasser de quelques pas pour pouvoir se cacher derrière lui. Le Mangemort les escorta jusqu'à une Cheminée d'où ils purent sortir du Ministère et Voldemort les fit transplaner dès qu'ils furent à l'air libre. La température en Angleterre était encore froide et Harry frissonna en apparaissant dans le jardin. La nuit était déjà tombée mais Nagini les attendait devant la porte et Harry laissa Voldemort le devancer malgré son impatience de regagner la maison. Le mage noir flatta comme à son habitude la tête de son serpent, quant à Harry il serra la Maledictus entre ses bras avec bonheur.

- Bonsoir grande sœur !

- Bonsoir petit frère.

Harry sourit en pensant combien il se sentait chanceux d'avoir l'affection de Nagini. Il était la seule personne, à part Voldemort, à pouvoir ainsi serrer le serpent géant contre lui sans être le moins du monde en danger. La Maledictus s'enroula brièvement autour de lui avant de le libérer, lui permettant de rejoindre Voldemort à l'intérieur.

- Allons installer ton futur compagnon, tu veux ? J'ai déjà prévu le vivarium pour l'accueillir. Prends la boîte, je te rejoins dans ta chambre d'ici quelques instants.

Voldemort lui remit la petite boîte qui contenait l'œuf et se dirigea vers son bureau, l'une des rares pièces qui restait interdite d'accès pour Harry. Lorsqu'il revint, il tenait entre ses bras un cube d'une quarantaine de centimètres, composé de plusieurs matériaux et gravé de multiples runes. Le vivarium semblait majoritairement fait en bois, mais possédait une armature en métal et avait une porte en verre sur son devant, comme une petite serre. Voldemort le posa sur le bureau et ouvrit la porte alors que Harry tenait toujours la petite boîte entre ses mains. L'ouverture laissait voir un espace bien plus vaste que la boîte en elle-même et Harry supposa qu'il devait y avoir au moins un sortilège d'extension à l'œuvre. L'intérieur du vivarium était tapissé de sable et décoré de différentes sortes de végétation, de quelques branchages et une sorte de nid avait été installé au milieu. Harry ne put retenir une exclamation de stupeur.

- Ouah ! Vous aviez déjà tout préparé !

- Il faut bien reproduire les conditions de son milieu naturel pour qu'il puisse éclore. Prend l'œuf entre tes mains et imprègne le de ton odeur et de ta magie. Tu feras ça quelques minutes chaque jour.

Harry hocha la tête et s'exécuta, collant précautionneusement l'œuf entre ses paumes. La coquille semblait être bien plus solide que celle d'un œuf de poule mais il était terrifié à l'idée de le briser. Il ferma un instant les yeux et imagina sa magie entourer doucement l'œuf, comme pour le protéger. Son familier… Il allait pouvoir lui parler aussi facilement qu'il le faisait avec Voldemort et Nagini grâce au fourchelang. Hedwige avait été une chouette remarquablement intelligente mais cette fois il allait pouvoir bâtir une relation exceptionnelle avec son futur familier, et tout cela grâce à l'Horcruxe en lui. Après quelques minutes, il plaça l'œuf au milieu du nid et Voldemort referma la porte.

- Est-ce qu'on peut savoir à l'avance quand il va naître ?

- Cela va prendre encore plusieurs semaines, peut-être même plus d'un mois. Quand tu sentiras des mouvements dans l'œuf, c'est qu'il sera sur le point d'éclore.

- Merci ! C'est tellement cool ! J'ai vraiment hâte.

Sa gratitude était sincère. Il avait l'impression de retourner en enfance, lorsqu'il avait regardé avec envie Dudley revenir avec un petit gecko. La pauvre bête n'avait survécu que quelques semaines et Harry avait dû se charger d'enterrer le cadavre car Tante Pétunia avait refusé d'y toucher. Mais désormais, non seulement il n'était plus seul, mais en plus Voldemort lui permettrait d'avoir le meilleur pour son serpent. Alors qu'Edwige avait dû passer les mois d'été presque exclusivement enfermée dans une cage trop petite pour qu'elle puisse ne serait-ce qu'ouvrir les ailes, son futur compagnon allait pouvoir profiter d'un vivarium enchanté et pourrait le suivre partout ou presque sans que personne n'y trouve quoi que ce soit à dire !

- C'est ta récompense pour tes derniers agissements, Harry. Tu te montres obéissant et respectueux, tu protèges Nagini et prend la décision de rester ici pour préserver son confort, tu as travaillé sérieusement et remporté ton duel. Il est normal que je félicite tous ces efforts. J'espère que tu continueras sur cette voie…

Ce soir-là en s'endormant, Harry avait presque oublié les propos perfides du matin même. Il ne parvenait plus à détester Voldemort depuis quelques mois déjà mais pire, il commençait désormais à envisager que peut-être un jour, il finirait arborer cette marque que Voldemort avait dessiné pour lui.

***/***

Les jours suivants, Voldemort avait repris ses activités et il n'était présent que tôt le matin, donnait à Harry une série de devoirs puis disparaissait jusqu'au soir. Harry restait avec Nagini mais il n'avait jamais été un rat de bibliothèque comme Hermione et sa concentration laissait parfois à désirer. Voldemort lui avait laissé plusieurs livres à lire et des essais à rédiger, cependant il devait bien avouer qu'il préférait largement les cours magistraux et la mise en pratique à l'étude en autonomie. De plus, il ne pouvait s'empêcher d'aller plusieurs fois par jour devant le vivarium pour observer son œuf. Dès qu'il se levait, il le prenait délicatement entre ses mains, comme pour le réchauffer, et il se concentrait pour lui transmettre un peu de sa magie, et ce pendant quelques minutes. Mais même en sachant pertinemment qu'il n'était pas près d'éclore, il passait de longues minutes à l'observer à travers la porte du vivarium.

Trois jours plus tard, alors que Harry était encore occupé à dessiner, avachi sur un canapé de la bibliothèque, une force invisible lui arracha son carnet et l'envoya à travers la pièce. Harry se redressa d'un coup, avisant un Voldemort au regard froid qui le toisait depuis le milieu de la pièce.

- Dis-donc, Potter, il me semblait t'avoir donné du travail !

Harry se mordit la lèvre et baissa les yeux. Il n'avait aucune excuse et il se doutait que le mage noir n'allait pas le féliciter, loin de là.

- Euh je l'ai commencé mais je ne l'ai pas terminé…

Sa soumission manifeste ne suffit pas à Voldemort. Harry s'attendait à recevoir un de ces maléfices foudroyant qu'il avait déjà expérimenté, cependant il écarquilla les yeux en entendant la fenêtre s'ouvrir. Il n'eut même pas le temps de réagir qu'une violente bourrasque le projeta à travers la fenêtre comme une vulgaire poupée de chiffon et il atterrit lourdement dans le jardin, un étage plus bas, le corps douloureux et le souffle coupé. Il gémit et essaya de se relever, encore choqué par la brusquerie de l'attaque. Cela faisait longtemps que Voldemort ne s'était pas montré aussi violent envers lui, une chance que la mousse et la boue aient amortis son choc ! Dans le meilleur des cas, il allait tout de même avoir un bel hématome… Il se redressa péniblement et releva les yeux sur Voldemort qui était apparu juste devant lui.

- Je t'avais prévenu que je ne tolérerais pas la paresse. Il faut travailler dur pour acquérir de la puissance ! Tu dois être le meilleur, Potter ! Je ne te laisserais pas sombrer dans la médiocrité ! Défends-toi, utilise ta magie !

À peine eut-il fini sa phrase qu'une grosse branche manqua de peu de s'abattre sur Harry qui n'évita le choc que grâce à ses réflexes d'Attrapeur. Sa tête lui tournait et ses oreilles bourdonnaient, perturbant ses repères spatiaux. Il parvint néanmoins à se relever mais n'eut cette fois pas le temps d'éviter la branche qui était revenue à l'attaque et le frappa à l'estomac, lui coupant à nouveau le souffle.

- A… Arrêtez ! S'il vous plaît… !

- Tu m'implores déjà alors que tu sais pertinemment que je ne suis pas du genre à faire preuve de pitié ! Protège-toi et repousse moi ! C'est la seule manière.

Harry serra les dents. La leçon était dure mais il n'avait d'autre choix que de s'y plier. Il rassembla sa magie et bloqua l'attaque suivante. Voldemort n'avait pas sorti sa baguette mais même sans cela, Harry sentait bien qu'il n'avait pas usé de la moitié de la force dont il était capable. Il voulait donc lui laisser une chance. Harry était toujours à genoux dans l'herbe humide et il décida de mettre en application l'une des dernières leçons du mage noir : utiliser les éléments à son avantage. Il se concentra pour attirer à lui diverses pierres pour essayer de briser l'arme de fortune de son ennemi mais les assauts ne s'arrêtaient pas et dès qu'une branche devenait inutilisable, Voldemort en prenait une autre pour l'attaquer. Même malgré son état, Harry comprit bientôt ce que le mage noir attendait de lui : il devait l'obliger à sortir sa baguette. Il décida de profiter de l'humidité ambiante pour bâtir un mur de boue capable de le protéger, puis il fit léviter une série de pierres autour de lui, comme un champ d'électrons. Le changement d'expression de son mentor l'informa mieux que des mots : son idée était la bonne. L'adrénaline avait momentanément anesthésié la douleur liée à sa chute, il devait en profiter. Il fit tourner les pierres de plus en plus vite, à l'image de Cognards de Quidditch, de manière à empêcher Voldemort de prévoir leur trajectoire. Puis il les projeta toutes en même temps vers le mage noir qui dut utiliser sa baguette pour déployer un bouclier.

- J'ai réussi…

Harry n'eut pas le temps de terminer sa phrase qu'une violente nausée le saisit, le faisant régurgiter son dernier repas. Voldemort pencha la tête sur le côté.

- On dirait bien que tu souffres d'une commotion cérébrale. Très bien, fin de l'exercice. Tu peux te relâcher, je vais soigner tes blessures.

Harry tenait à peine debout et Voldemort dut s'en rendre compte car il le souleva tout bonnement pour le porter jusqu'à la maison. Lorsqu'il arriva dans sa chambre, Harry tremblait de froid et lorsque Voldemort le déposa sur son lit, Harry enleva immédiatement son t-shirt, son pantalon et ses chaussettes pour se glisser sous la couette. Il avait un mal de crâne lancinant et n'aspirait qu'à dormir.

- Shesha est blessé ?

Nagini s'était glissé dans la pièce et était venue près du lit. Harry massait ses tempes douloureuses lorsqu'il sentit la langue de la Maledictus glisser sur son front.

- Je crains de l'avoir un peu violenté. Ton petit frère n'a pas respecté mes ordres. Il devait travailler et a fait preuve de paresse.

- Vous m'avez projeté par la fenêtre du premier étage ! Je sais que j'aurais dû terminer mon travail, mais vous n'étiez pas obligé de me faire aussi mal…

- Je préfère être clair pour ne pas avoir à me répéter. Je ne serais jamais un substitut de père ou de parrain, Potter ! Je ne compte pas te ménager et il serait temps de comprendre que ton bonheur et ta santé mentale sont très secondaires à mes yeux par rapport à ta survie. Tu es mon Horcruxe et il est hors de question que tu sois vulnérable donc tu n'as que deux possibilités : Soit tu deviens fort, soit je t'enferme ici pour l'éternité. À toi de choisir.

Harry enfonça sa tête dans son oreiller. Voldemort n'avait qu'à peine haussé la voix mais l'intérieur de son crâne résonnait comme une cloche. Il savait cependant que le mage noir ne le laisserait pas en paix tant qu'il ne lui aurait pas répondu.

- Je vous prie de me pardonner, je vais travailler sérieusement.

Il ferma les yeux et se détendit en entendant le soupir de Voldemort.

- Et bien je l'espère. Je vais te chercher une potion. Nagini, empêche-le de s'endormir jusqu'à ce que je ne revienne.

La Maledictus lui donna immédiatement un petit coup de tête pour lui faire ouvrir les yeux et Harry s'accrocha autour de son cou.

- J'ai un mal de tête abominable.

- Tu as désobéi au maître. Pourtant il prend soin de toi.

- Je sais. Ne me fais pas la morale, s'il te plait. J'ai compris la leçon.

- Tu es comme un enfant capricieux, Shesha. Je te surveillerai plus attentivement désormais.

Harry se renfrogna. Il n'était pas près de pouvoir à nouveau se détendre. Voldemort revint à ce moment et sourit largement en entendant cela.

- Bonne idée, Nagini. Je suis certain qu'avec toi, Shesha n'osera pas se montrer indolent. Quant à toi, allonge-toi et soulève ton haut.

Harry obéit, dévoilant les impressionnants hématomes qui étaient apparus depuis sa chute. On avait l'impression qu'un centaure lui avait marché dessus. Voldemort ouvrit un pot contenant un baume gras et l'étala sur les contusions qui disparurent peu à peu. Harry avait grimacé par réflexe mais le mage noir s'était montré étonnement précautionneux, appuyant à peine pour ne pas le faire souffrir davantage. Il avait encore un violent mal de crâne qui lui donnait envie de s'assommer mais au moins ses côtes n'étaient plus douloureuses.

- Est-ce que je peux dormir maintenant ?

Les sonorités sifflantes du fourchelang avaient quelque chose d'étrangement apaisantes pour sa tête endolorie.

- Bientôt. Tu vas inhaler cette potion, elle fera effet plus rapidement ainsi.

Voldemort souleva doucement sa tête et s'assit sur le lit pour le surélever. Il versa une généreuse dose d'un liquide rouge vif sur un chiffon qu'il pressa contre son visage. Harry lutta contre l'envie de se débattre et inspira longuement. Il sentit son esprit se faire cotonneux et ferma les yeux, sans se préoccuper du fait qu'il était en train de s'endormir, la tête posée sur les genoux de Voldemort.

***/***

Lorsqu'il se réveilla le lendemain matin, il se sentait en pleine forme et ne ressentait plus aucune douleur. Il s'étira longuement et fit quelques exercices de souplesse mais il avait l'impression d'être à la fois parfaitement reposé et rétabli. Il enfila des vêtements propres et confortables et alla déjeuner. Il eut alors la surprise d'y trouver Voldemort, occupé à boire son thé alors qu'une mine écrivait toute seule sur un carnet devant lui. Harry aurait été curieux de savoir ce dont il s'agissait mais à peine eut-il passé le pas de la porte que le carnet se referma d'un coup sec.

- Ah, Shesha. Comment te sens-tu ?

- Très bien, merci. Vous allez rester ici toute la journée ?

- Il faut bien, j'ai un apprenti quelque peu paresseux qui a besoin d'être mis au pas…

Voldemort avait dit cela avec un rictus mais Harry perdit son sourire.

- J'ai compris la leçon, vous n'avez pas besoin de me surveiller, je travaillerais sérieusement.

- Je l'espère bien. Mais je plaisantais. J'avais prévu de t'apprendre un sort bien particulier aujourd'hui et sa pratique requiert ma présence. Connais-tu le Feudeymon ?

- De réputation seulement. C'est un sortilège de magie noire !

Le mage noir leva un sourcil et Harry soupira. Il n'allait très probablement pas avoir le choix quant au fait de l'apprendre et de le maîtriser, cependant cette fois il en connaissait très exactement les effets et rien ne pourrait lui faire jeter ce sort sur un être humain.

- Je suis sûr qu'il finira par te plaire. Le lancer est à la portée d'à peu près n'importe qui. Mais pour contrôler et révoquer la créature qui en sort, c'est autre chose. Tu verras, c'est un peu l'équivalent du Patronus. La créature que tu feras apparaître sera la plus pure expression de ta magie, j'ai hâte de voir quelle apparence elle va prendre. Prends le temps de déjeuner. Ce matin tu étudieras la théorie et cet après-midi je t'emmène sur une île au nord de l'Écosse pour que tu puisses essayer sans provoquer trop de dégâts.

Harry rejoignit sa place, perdu dans ses pensées. Voldemort avait utilisé un Feudeymon contre Dumbledore lors de son duel au Ministère et il se souvenait avoir ressenti un mélange de frayeur et de stupeur face à la gigantesque créature qui en était sortie. Même Dumbledore avait eu un mouvement de recul. Quelque part, il se sentait assez fier que Voldemort le pense capable de maîtriser un tel sort, mais d'un autre côté, il avait peur de sombrer toujours plus dans la magie noire.

Lorsqu'il rejoignit Voldemort dans la bibliothèque, il était un peu nerveux. Dumbledore lui avait dit que se plonger dans la magie noire avait des conséquences et il se demandait jusqu'où Voldemort comptait le mener. Même si son mentor était plutôt séduisant dans son physique actuel, il n'avait lui-même pas très envie d'avoir les yeux rouges ou un teint blafard. Sortant de ses pensées, il remarqua que Voldemort était penché au-dessus d'une bassine en pierre posée sur la table.

- Une Pensine ?

- Tout à fait. Le meilleur moyen pour t'apprendre est de te montrer comment j'ai moi-même appris à maîtriser ce sort. Qu'en connais-tu exactement ?

- Je sais juste que ça fait apparaître un feu vivant particulièrement destructeur.

- Oui, vivant est le mot qui convient. Lorsque tu invoques un Feudeymon, c'est comme si tu libérais une créature de l'Enfer. D'ailleurs la formule est « Ignis Inferni Esuriit ». C'est un monstre de flammes particulièrement affamé qui traquera tes ennemis et détruira tous les obstacles devant toi. Il n'y a presque rien qui puisse l'arrêter. Pour un sorcier faible, il sera tout bonnement incontrôlable et ne se dissipera qu'à la mort de son lanceur ou à la destruction pure et simple de toute chose à des kilomètres à la ronde. Je le maîtrise parfaitement et grâce à moi, ce sera bientôt aussi ton cas.

Et sans un signe avant-coureur, Voldemort l'attira contre lui et lui fit plonger la tête dans le souvenir. Harry rouvrit les yeux qu'il avait fermé par réflexe. Il se savait dans le passé de Voldemort et il regarda tout autour de lui avec curiosité. Il reconnut sans peine la silhouette du mage noir qui devait être âgé d'une vingtaine d'années tout au plus. Ils se trouvaient sur un bout de roche au bord de la mer et le paysage n'était composé que de falaises abruptes et stériles. Le Voldemort du souvenir leva sa baguette devant lui et inspira longuement avant de crier la formule, faisant apparaître un véritable Basilic de flammes. La créature était époustouflante et Harry recula par réflexe, se rencognant contre Voldemort qui l'avait accompagné dans son propre souvenir. Le Feudeymon tourna son regard ardent sur son invocateur mais le jeune mage noir fit un pas en avant avec un air farouche et se mit à parler en fourchelang, s'adressant à la créature.

- Obéis-moi et je te nourrirais des corps de mes ennemis !

Le Feudeymon siffla férocement mais le Voldemort du passé ne sembla aucunement impressionné et un bruit de claquement de fouet retentit dans l'air, faisant reculer la créature vers l'eau. Les deux êtres se fixèrent pendant de longues secondes mais finalement le Feudeymon s'inclina, semblant accepter Voldemort comme maître. Le mage noir révoqua la créature avant de pousser un cri de joie qui ressemblait bien peu au Voldemort actuel et Harry sourit en songeant qu'il y avait bien eu un moment où le mage noir se laissait aller à manifester ses émotions. Le souvenir s'arrêta, libérant Harry qui revint au présent dans la bibliothèque de leur demeure. Il ne pouvait s'empêcher de repenser à l'expression extatique du Voldemort dans le souvenir.

- Vous aviez l'air si heureux !

Le mage noir leva les sourcils.

- C'est tout ce que tu as retenu ?!

- Non. C'était très impressionnant. Vous avez dit que c'était comme un Patronus, donc ça ne sera pas forcément un serpent qui va apparaître pour moi ?

- Ce n'était pas un simple serpent, je te ferais remarquer. Quant à ta question, cela dépend de ta sensibilité. Ça peut être un manticore, un dragon, un phénix… Nous verrons bien. La plupart des sorciers font apparaître se simples animaux, mais je gage que toi, tu feras apparaître une créature à la hauteur de ta magie !

- Oui, je n'ai pas manqué de reconnaître un Basilic. J'ai pu l'observer d'assez prêt quand je lui ai transpercé la gorge avec l'épée.

Voldemort secoua la tête.

- Quel gâchis ! C'était une majestueuse créature. Enfin… Tu as retenu la formule ?

- Ignis Inferni Esuriit.

- C'est cela. Tu dois la prononcer distinctement. Tu sentiras immédiatement une grande puissance venir en toi car la créature veut sortir, elle se laisse donc facilement invoquer. Si tu ne la diriges pas immédiatement sur une cible, elle voudra s'attaquer à toi et c'est à ce moment que les choses deviendront difficiles. Tu vas devoir mettre toute ta force et ta volonté pour la soumettre. Ton esprit doit être clair et ne surtout pas hésiter. Il te faut ce pouvoir et tu dois t'en emparer coûte que coûte.

Harry hocha la tête. Des doutes, il en avait déjà. Serait-il capable d'en faire abstraction le moment venu. Une pointe de peur lui noua brièvement l'estomac.

- Pourquoi vouloir faire quelque chose d'aussi dangereux ?

- Outre l'attaque, ce sortilège peut aussi servir à te défendre. Imaginons que tu te trouves submergé par des ennemis, un Feudeymon est un moyen radical pour tous les faire fuir.

- Mais il existe un moyen de le faire disparaître, n'est-ce pas ? Face à vous au ministère, Dumbledore était parvenu à le stopper.

- C'est vrai. Ce vieillard a fait preuve d'une certaine créativité. Le feu a besoin d'oxygène pour brûler et il a créé un mur de vide devant lui. Face à cet obstacle infranchissable, le Feudeymon s'est retourné contre moi, je me suis donc empressé de le révoquer. La plupart de tes adversaires seront simplement démunis face à ta créature. Si tu n'as plus de question, tu vas me rédiger un paragraphe sur les propriétés du feu, tous les sortilèges que tu connais qui lui sont liés et ce qui permet de le stopper et pourquoi. Tu vas t'aider de ce livre… qui parle du Feudeymon et de celui-là… qui traite du feu dans la magie offensive et défensive. Il y a tout un chapitre sur le Protego Diabolica mais inutile de le lire pour l'instant, nous en parlerons une prochaine fois.

Tout en parlant, il avait attiré deux livres jusqu'à une table sur laquelle se trouvait déjà une pile de parchemins et du matériel d'écriture. Harry s'assit et se mit au travail, commençant par lire les livres en prenant des notes. Il n'avait que la matinée, soit quelques heures pour terminer son devoir et même s'il n'était pas très pressé à l'idée de devoir lancer le sort, il savait que Voldemort ne serait guère enclin à se montrer indulgent, surtout suite à son attitude de la veille.

Étonnement pourtant, Voldemort le stoppa peu avant 13 heures. Harry n'avait pas tout à fait terminé son devoir et il aurait sans doute encore eu besoin d'une heure pour le faire, mais Voldemort avait refermé d'un geste les livres et la bouteille d'encre.

- Va manger. Je te veux en pleine forme pour t'exercer. Tu termineras ton devoir ce soir si tu en as l'énergie.

Harry fronça les sourcils mais se leva immédiatement. Il était toujours étonné lorsque le mage noir se montrait prévenant mais il se doutait qu'il savait mieux que personne ce qui lui était nécessaire. Après son repas, il enfila sa cape et rejoignit Voldemort dans le hall d'entrée. Le mage noir les fit transplaner jusqu'à une lande au bord de la mer, très semblable à la scène du souvenir. Il ne semblait y avoir nulle vie à la ronde et Harry en fut brièvement soulagé : Au moins s'il perdait le contrôle de son Feudeymon, personne ne serait tué.

Voldemort était resté contre son dos après le transplanage et il le força à se positionner face à la mer. Il sortit ensuite la baguette en bois de houx de sa robe et la mit entre les mains de Harry.

- Tu vas d'abord faire comme si tu voulais jeter le sort, mais dès que je te dirais "stop", tu t'arrêteras immédiatement. Tu vas sentir la créature qui essaye de se manifester. Reste calme et contentes toi de me faire confiance. Je vais guider ton bras pour les premières fois, le temps que tu intègres le mouvement.

Harry expira longuement pour calmer son anxiété et ferma brièvement les yeux en sentant l'étreinte désormais familière de Voldemort. Le mage noir était comme toujours très sérieux dans sa pédagogie et Harry lui en était reconnaissant. Il savait que Voldemort ne le laisserait jamais mourir de son propre Feudeymon et puisqu'il n'y avait rien à proximité, il n'avait pas à s'angoisser à l'idée de faire du mal à qui que ce soit. Cette pensée le réconforta et il se concentra. Voldemort lui fit répéter le mouvement sans la formule, puis avec celle-ci, le stoppant avant qu'il ne prononce le dernier mot. La première fois qu'il avait commencé à incanter, il avait immédiatement compris ce que Voldemort avait voulu dire quelques instants plus tôt. C'était comme entrouvrir une porte sur l'Enfer et Harry aurait sans doute cédé à la panique s'il ne s'était tenu entre les bras du mage noir. Il comprit aussi pourquoi ce sortilège appartenait au domaine de la magie noire car ce qu'il impliquait était si foncièrement mauvais qu'il en eut la chair de poule.

- Je… Je l'ai senti. Le démon… Il veut sortir…

- Ne sois pas effrayé, fais honneur à ta maison, mon courageux Gryffondor. Tu as besoin de cette force. Dompte-la et tu pourras faire en sorte que ton Feudeymon ne s'attaque qu'à tes ennemis.

Harry esquissa un sourire.

- Ne vous ai-je pas déjà dit que le Choixpeau voulait m'envoyer à Serpentard ? C'est moi qui ai insisté pour ne pas y aller.

- C'est vrai, tu as de nombreuses qualités propres à ceux de ma maison. Mais rassure-toi, tu es aussi un digne représentant de Gryffondor. Absurdement courageux et extrêmement borné. Tu l'as bien trop prouvé face à moi. À présent, lance-toi. Et crois-moi, la satisfaction que tu ressentiras lorsque tu l'auras maîtrisé vaudra toutes les récompenses.

Harry resserra sa poigne autour de sa baguette. Comme pour le Patronus, il ne devait pas se laisser envahir par le doute ou la peur. Sans compter que Voldemort ne le laisserait sans doute pas tranquille avant qu'il ne le maîtrise.

- Ignis Inferni Esuriit !

Le cœur battant la chamade, Harry eut l'impression de se jeter dans le vide. Comme lorsqu'il descendait en piqué à l'aide de son balai, l'euphorie côtoyait la peur et provoquait une brusque montée d'adrénaline. Une langue en fusion était sortie de sa baguette pour former un dragon incandescent qui s'était immédiatement élevé dans le ciel.

- Ne le laisse pas s'échapper. Impose-lui ton contrôle !

Le baguette tendue droit sur son Feudeymon, Harry imagina un lasso pour attraper la créature, mais comme s'il avait essayé de tenir un véritable dragon au bout d'une laisse, il sentit sa magie lâcher prise.

- C'est trop dur ! Il est trop fort !

- Réessaye.

Harry essaya à nouveau, imaginant cette fois de lourdes chaînes s'enrouler autour du cou de la créature, et le dragon de feu poussa un rugissement terrifiant. Il fit demi-tour et fonça droit sur eux. Harry eut l'impression qu'ils allaient se faire engloutir mais Voldemort avait sorti sa baguette et érigé un bouclier impénétrable pour les protéger de la créature. Voyant qu'il ne parvenait à les atteindre, le Feudeymon battit des ailes, envoyant de brûlantes bourrasques dans leur direction tout en prenant de l'altitude.

- Je n'y arrive pas… Il résiste…

- C'est parce que tu hésites. Tu ne veux pas vraiment maîtriser ce sort car tu as peur de son pouvoir destructeur. Mais nous ne sommes pas au beau milieu d'un désert, Harry. Il y a un village moldu juste en contrebas. Et si tu ne le maîtrises pas, je ne ferai rien pour l'arrêter.

Harry tourna la tête et fronça les sourcils. Il pouvait voir des habitations au loin, mais elles étaient bien suffisamment proches pour qu'il les remarque ! Il regarda Voldemort qui avait une expression perfide et il fut soudain pris d'un doute.

- Vous les aviez cachées ! Vous saviez que je n'aurais jamais jeté un tel sort à proximité d'un village ! Vous avez utilisé une illusion pour m'empêcher de m'en rendre compte !

- Va savoir… Tu as un problème plus urgent à régler, il me semble !

En effet, le Feudeymon s'était tourné vers les habitations moldues et il allait les atteindre d'un instant à l'autre ! Harry sentit son sang se glacer.

- Non ! NON ! Arrête-toi ! MAINTENANT!

Cette fois, il imagina des harpons transpercer les ailes et les pattes du Feudeymon pour le ramener devant lui. La créature hurla et se débattit avant de finalement se soumettre à sa magie pour revenir sagement à ses ordres. Harry se sentait minuscule face à l'immense dragon de flamme pourtant il ressentit soudain une étrange euphorie en contrecoup de la frayeur que Voldemort lui avait provoqué. Ce Feudeymon était totalement en son pouvoir, il lui était soumis et n'attaquerait plus personne à moins d'en recevoir l'ordre. Il comprit en même temps la fierté que pouvait ressentir Voldemort et dû bien reconnaître combien toutes ces sensations étaient dangereusement séduisantes.

- Bien ! Magnifique… Maintenant révoque-le. Il t'obéira toujours à présent.

- Feudeymon, disparaît !

À peine la créature s'était-elle dissipée que Harry s'écroula à genoux, s'écorchant sur le sol rocheux. Il se sentait aussi épuisé que s'il avait couru un marathon. Il avait l'impression que chacun de ses membres étaient courbaturés et il ressentait nettement la sueur glacée qui dégoulinait le long de sa colonne vertébrale. Malgré son état, il n'avait rien oublié de sa fureur contre Voldemort. Le mage noir l'avait encore une fois manipulé en jouant avec ses émotions. Il se retourna péniblement et pointa sa baguette sur Voldemort mais ce dernier le désarma d'un geste.

- Qu'est-ce que tu crois faire, Potter !?

- Vous vous êtes encore moqué de moi ! Je vous hais tellement ! Si je n'avais pas réussi, tous ces gens auraient été en danger ! Vous avez failli me faire détruire un village juste pour un putain de test ! J'ai failli tuer des gens à cause de vous !

Sa fureur était trop grande, trop forte. La terreur aussi menaçait de lui faire perdre pied. Il avait été si proche de commettre un meurtre ! Alors que ça ne lui était plus arrivé depuis des mois, son énergie magique commença à s'agiter autour de lui, prenant la forme de bourrasques de vent. Mais Voldemort ne se laissa pas impressionner.

- Oh, tu as encore assez d'énergie pour faire ça ! C'est impressionnant, je l'admets, mais j'ai dompté seul mon propre Feudeymon, Harry. Dompter un Gryffondor rebelle ne me fait pas peur.

Il fit un mouvement négligeant de sa baguette et Harry sentit comme un violent coup de poing en plein dans son estomac, qui le fit se recroqueviller sur lui-même et lui coupa la respiration. Mais Voldemort ne s'arrêta pas là. Alors que Harry était déjà allongé au sol, il posa son pied sur sa gorge et y appuya de tout son poids.

- Arr… arrêt… s'... plaît…

- Soumets-toi ! N'oublie pas où est ta place ! Tu m'appartiens et si je t'enseigne la magie, c'est uniquement pour me servir. Est-ce clair ?

- O...ui.

Des larmes silencieuses coulaient désormais de chaque côté des yeux émeraude. Harry était épuisé, il n'était plus capable de bouger un membre, encore moins de repousser Voldemort. Le regard éteint, il étendit ses bras de chaque côté de son corps, paumes vers le ciel en signe de reddition. Malgré toute sa volonté, lutter était trop dur, trop douloureux. La pression sur sa gorge disparut bientôt, cependant il ne fit pas un geste, trop assommé par la fatigue et la douleur. Il sentit Voldemort s'agenouiller contre lui et lui surélever la tête.

- Mon Shesha… Tu es si puissant, si farouche… Ta fureur était sublime. J'ai cru un instant que tu oserais lancer ton Feudeymon contre moi. Mais tu as réagi exactement comme j'avais prévu. Allons… rentrons à la maison. Nagini nous attend.

Il pressa le goulot d'une fiole contre ses lèvres pour verser le contenu d'une potion dans sa gorge et Harry l'avala docilement. Il reconnut le goût particulièrement amer de la potion qui l'obligeait à rester conscient envers et contre tout.

- Pourquoi vous continuez à me torturer ainsi… Je déteste vos méthodes… Je ne pourrais jamais vouloir devenir Mangemort.

- Pour l'instant tu vois les choses ainsi, mais bientôt tu comprendras que je fais tout cela pour ton bien. Si je n'avais pas fait cela, tu n'aurais jamais eu la motivation suffisante pour réussir ce que tu as fait ! Tu es parvenu à puiser dans tes ressources comme jamais auparavant. J'étais persuadé que tu réussirais.

Voldemort le redressa en position debout et Harry s'accrocha à lui avec la peu d'énergie qu'il lui restait, incapable de se tenir par lui-même. Mais loin de le repousser, Voldemort referma ses bras autour de son corps avant de les faire transplaner.


Bon ! Chapitre 12, 117 lecteurs, 2 reviews. OK ! Apparemment il ne vous a pas plu, ou alors je sais pas. Honnêtement j'ai l'impression de pleurer pour des reviews mais c'est mon seul "salaire" et surtout ça me permet vraiment de revenir sur mon chapitre, de savoir si les lecteurs ont apprécié ou pas et dans le cas contraire, d'essayer de m'améliorer. Mais j'accorde peut-être une trop grande importance à ça...

Bref voilà le chapitre 13 terminé, j'espère qu'il vous aura plu (et plus que le 12, du coup ;)). Dans ce chapitre j'ai un peu extrapolé concernant le Feudeymon. J'espère que ça ne dérangera pas les plus puristes d'entre vous concernant le lore de la saga. ^_^

Je suis dans un état de fatigue avancée mais les vacances scolaires débutent enfin ! Par contre la période de noël n'est jamais très reposante, j'ai pas mal de copies à corriger et comme en plus je ne suis pas vraiment fan des réunions de famille, c'est plus une corvée pour moi d'y aller qu'autre chose. Pour la première fois depuis le début de cette histoire, je préfère donc ne pas m'avancer concernant le délai d'écriture. Il faut se rendre compte que pour terminer ce chapitre à temps, j'ai travaillé dessus TOUS les jours à chacune de mes pauses repas, les samedi, dimanche et la plupart de mes soirées ! Pendant les fêtes, je ne serais pas chez moi, donc loin de mon ordi et on me reproche bien assez d'être une sale gothique/geek/associable (cochez la bonne case) pour que je me permette de sortir mon carnet d'écriture... (c'est dingue comme certaines choses ne changent jamais malgré que j'ai passé 30 ans XD). Donc j'espère pouvoir écrire la suite en deux semaines mais je ne garantis rien. N'hésitez pas à follow la story pour reçevoir un mail dès la publication du nouveau chapitre. En plus vous pourrez le lire dès sa publication, sans avoir à attendre qu'il n'apparaîsse sur mon profil ou parmi les nouveautés. Prochain chapitre, la suite du quotidien de Harry et Voldemort, l'éclosion du Runespoor et le retour à Poudlard pour les ASPIC ! :D