Hey !
Et voilà un nouvel OS pour ce recueil, écrit sur le thème Bateau de la 134e nuit du FoF. J'ai vu le thème, j'ai pensé à Luka (qui a la maison la plus cool du monde), bref. Et cette fois, c'est pas juste du point de vue de Marc ! J'essaie de varier un peu.
(TW en fin de page !)
Merci à Micha et à Wizzette pour leurs reviews sous l'OS précédent !
Bonne lecture !
Résumé : Luka le lui a sans doute déjà dit. Peut-être même que Juleka l'a mentionné. Mais vraiment, un bateau ?
Rating : T
Genre : Romance/Hurt/Comfort.
Univers : Canon
Personnages : Luka, Marc, Nathaniel.
Pairing : Luka/Marc/Nath
Il était un petit navire
.
Ah. D'accord. Un bateau.
– C'est là que t'habites ?
– C'est ça.
Marc fixe la "maison" qui flotte devant lui, ses grands yeux verts ouverts comme une fenêtre un jour d'été.
Luka le lui a sans doute déjà dit au cours d'une conversation qu'il écoutait distraitement. Peut-être même que Juleka l'a mentionné. Il aura pris ça pour une plaisanterie aussitôt oubliée. La faute à ceux qui se jouent de sa crédulité.
Mais vraiment, un bateau ?
– Mais ça tangue pas quand tu dors ?
– J'ai l'habitude.
Nath s'est déjà avancé pour admirer le lieu. Lui, il ne se pose pas de question. Il dévore l'embarcation d'un regard émerveillé, dégage son visage et s'assoit à même le sol pour croquer la bête de fer de quelques coups de crayons. Il en dessine la forme allongée, l'étrange tête peinte à l'expression figée.
Dressé sur les vagues, le Liberty fait l'effet d'un drôle d'animal.
Le soleil couvre l'eau de reflets attrayants, que le noiraud que le noiraud observe de loin, hanté par une angoisse flottante. Et s'il tombait en grimpant sur la passerelle ? c'est vrai qu'il sait nager, mais… non. Il faut qu'il arrête de toujours anticiper le pire le plus improbable. Il ne tombera pas. Il n'y a pas de raison, la planche de fer est courte, il lui suffira d'une enjambée pour la dépasser. Et s'il titube, Luka aura bien le réflexe de le rattraper, hein ?
A cette idée, il n'a plus tant peur de tituber.
– Je vous fais visiter ? le concerné propose.
xoxoxox
C'est vrai qu'on s'habitude.
D'abord, Marc s'est étonné de sentir le sol se mouvoir sous ses pieds comme un gros serpent endormi. Les blanches roulaient sous lui, le bateau remuait sans jamais avancer. C'était bizarre, inconnu, effrayant. Mais un peu excitant, aussi. Il a eu la nausée, à un moment. Mais il n'a pas vomi. Encore heureux. Vomir devant Luka - ou pire, sur Luka - il ne s'en serait sans doute jamais remis.
Mais ce n'est pas arrivé. Alors il doit arrêter d'y penser.
Au bout de la troisième visite, le rouli du bateau ne le surprend qu'au moment où il y pose les pieds. Puis il l'oublie.
– Vous avez avancé ? Luka demande en refermant la porte de sa chambre.
– J'ai découpé tout le storyboard, Nath répond en s'installant à même le sol. Je vais attaquer les animations.
– Cool ! Je peux voir ?
Sans répondre, le rouquin lui tend son carnet. Un bloc de feuille qu'il utilise pour le projet d'art visuel. Marc serre contre lui son propre cahier, celui où il a découpé le scénario et noté la voix off qu'ils envisagent avec Nathaniel. Il a peur du moment où Luka va le lui demander. Où il lira. Peur que ce soit nul, mauvais, peur d'être mauvais lui, médiocre aux yeux d'un type qui joue si bien. Il se sent maladroit et débutant, minuscule.
– C'est cool ! Mais t'auras le temps d'animer tout ça ?
– On a cinq mois pour finir, c'est à rendre pour le troisième trimestre. Puis j'ai noté les scènes que je peux faire sauter si on est trop justes.
Le jeune homme explique tout en se levant. Il pointe les cases qu'il vient d'évoquer. Sa main effleure parfois celle du musicien, sans qu'aucun des deux ne semble s'en préoccuper. Il n'y a que Marc pour frissonner d'un contact qui n'est pas le sien. Mordre sa lèvre et l'aspirer aussitôt, et ramener ses jambes sur le lit.
L'odeur de Luka est partout, ici. Ou bien c'est celle de son déo, il ne sait pas. Mais ça lui plait. C'est comme un cocon, quelque chose qui rassure et qui l'enveloppe. Un autre monde loin de l'angoisse et des problèmes.
Il observe la décoration de sa chambre. La guitare rangée dans un coin. Le plafond plein de planches.
–Et toi ?
Même sa voix s'enroule autour de lui comme une main qui protège, quand l'aîné du groupe se tourne dans sa direction. Il se sent tout petit.
– J'ai vu le scénario avec Nath, et… e-et…
Il inspire. Luka ne va pas le juger. Nathaniel encore moins. Il peut parler, ici. Il peut même ne pas parler, s'arrêter, remplir ses poumons et mettre de l'ordre dans sa tête avant d'ouvrir la bouche. Il est en sécurité, alors il ne doit pas s'inquiéter.
Il tend son cahier.
– J'ai commencé à voir pour la voix off. C'est juste un début.
Il sait aussi qu'il doit arrêter de minimiser son travail. De tasser ces efforts qu'il fait. Mais c'est dur. Ça prend du temps de trouver l'assurance qui lui a toujours manquée. Il a du mal.
Même si le sourire bienveillant du guitariste, la main de Nath qui attrape la sienne alors que l'autre lit, ça aide.
xoxoxox
Mars approche, et déjà le printemps qu'il apporte se fait sentir. Février n'est pas terminé qu'un soleil éclatant réchauffe le pont du bateau. Luka s'avance en débardeur. Rose et Juleka restent à l'ombre à l'intérieur, alors que ses propres invités profitent du soleil. Marc et Nathaniel parlaient - et s'embrassaient, peut-être - quand il est parti chercher la limonade. Maintenant, le gribouilleur s'est installé jambes croisées pour pratiquer son art, alors que son petit ami s'est assis au bord de l'embarcation, le cul sur une caisse, les jambes dans le vide.
Il d'habitude au bateau. Luka sourit. Ça le rassure.
– T'en veux ? il lui demande en agitant la bouteille.
– Oh ?
Le noiraud se retourne sur un sursaut.
– Oui. S'il te plait.
Il a toujours cette petite voix quand il lui parle. Mais il ne l'observe plus derrière ses mirettes inquiètes. Au contraire, il a comme un trait de joie sur le visage qui fait plaisir à voir. Lentement, il gagne en assurance.
L'hôte lui remplit un gobelet de limonade qu'il lui tend, avant de poser la bouteille au pied de la caisse. L'autre se décale comme pour lui faire de la place, alors il s'installe près de lui.
Il note, sur ses épaules, la veste lourde qu'il porte. Ses bras recouverts. Il comprend, mais ça lui fait un pincement au cœur. C'est le seul, qui ne se balade pas les bras nus.
– Tu peux l'enlever si tu veux, il propose. Personne te fera de remarque, ici.
Le chaton hésite, tire doucement sur le bord de ses manches. Il hausse les épaules.
– Je… c'est juste…
Il attrape son petit poignet, et Luka comprend.
– C'est récent ?
– Oui.
Sur le papier, ça ne le dérange pas plus que ça. Il en faut plus pour lui tordre l'estomac. Mais il imagine bien la gêne que ce doit être. La peur du moindre regard. Le stress.
– Je peux ?
Le garçon s'étonne en voyant les deux grandes mains approcher la sienne. Mais il hoche la tête.
Luka découvre sa peau. Il ne grimace pas à la vue des coupures, pas plus qu'il ne s'inquiète. C'est un poids dont ils n'ont ni l'un ni l'autre besoin. Il s'assure juste que ça ne remonte pas trop haut, puis il détache le bracelet de cuir qui pend à son propre bras avant de le serrer délicatement autour du poignet du noiraud.
Et voilà. Ne reste plus que les vieilles cicatrices. Ce sera peut-être plus simple comme ça, pour Marc. Marc au minois plein de surprise, qui effleur l'objet du bout des doigts.
– M-mais ça risque de s'abîmer !
– Et ? C'est qu'un bracelet. J'en rachèterai un.
L'adolescent caresse le cuir, la bouche entrouverte. Luka sent qu'il cherche à dire merci sans trouver le mot. Il l'entend à sa manière, ça lui suffit. Délicatement, il referme ses mains autour de la sienne.
– Tu fais comme tu veux pour ta veste. Mais ici, t'es en sécurité. Te prends pas la tête là-dessus. Au pire, je te préviens si quelqu'un approche, d'accord ?
– D'accord.
Le cadet hoche la tête. Baisse les yeux. Mais ses lèvres se tirent doucement.
Le musicien n'est pas dupe, il sait que ses doigts liés aux siens font de l'effet à Marc. Et lui aussi, il lui fait de l'effet. Ce garçon le touche, réveille des notes tendres qu'il aime jouer le soir, quand ses deux visiteurs le quittent pour rentrer chez eux. Il s'imagine l'embrasser, parfois, et ça lui plait. C'est comme du bonheur qu'il ajoute à ses mélodies.
Mais il sait aussi comment Marc le voit. Il sent qu'il a envie de s'accrocher à lui comme un naufragé qui a besoin d'être sauvé. Il l'impressionne, trop, sans doute. C'est trop tôt.
Luka ne peut pas encore lui donner autant qu'il le voudrait. Pas tant que le chaton ne sera pas plus autonome. Un jour, quand il arrivera à marcher droit, à être heureux par lui-même, quand ce déséquilibre ne planera plus au-dessus de leur tête, peut-être qu'il pourra lui offrir plus. Un jour. Pas aujourd'hui.
Tant pis. Il sait se montrer patient.
En attendant, il le regarde rougir, et il fait comme s'il n'avait pas remarqué qu'à quelques mètres d'eux, Nathaniel était en train de les dessiner.
(TW : Scarification)
(Techniquement ça peut-être vu comme une suite de l'OS précédent. Si on oublie que Marc est déjà allé chez Luka dans l'OS précédent, et que donc il sait qu'il habite sur un bateau - chose que j'avais d'ailleurs oubliée en l'écrivant. Oups.)
Voilà. J'aime bien faire du fluff hurt/comfort avec eux. Marc se prête bien au genre. Chaton.
A une prochaine fois !
