Petit mot de l'auteure : ce texte a été écrit en une heure pour la 134e nuit du FoF sur le thème "Joli". Ca a été l'occasion d'écrire plus ou moins Bronn x Jaime (qui a crié "enfin, depuis le temps que tu nous soûles avec ce ship!" dans le fond de la salle?) Plus ou moins car... euh bah vous verrez.
Contexte : saison 8 ep4, comme dans la série sauf que Jaime n'est pas avec Tyrion quand Bronn débarque.
Tyrion retint son souffle.
Ce qui n'était guère étonnant, avec une arme pointée devant soi – ce n'était certes loin d'être la première fois, mais tout de même. Se voir être menacé était chose qui continuait de vous surprendre, quand bien même vous y seriez habitué. Tyrion demeura donc dans un état figé quelques secondes significatives, avant de se forcer à reprendre sa respiration.
- Tu vas me tuer ? Laisse moi deviner, c'est ma chère sœur qui t'as envoyé ?
Sa voix se voulait être déterminée, mais même lui l'entendit vaciller. Cela n'échappa évidement pas à Bronn, toujours résolument planté derrière l'arbalète qu'il dirigeait vers lui.
- Ouais, confirma le mercenaire. Elle me paie plutôt bien, d'ailleurs. Faut dire que vous l'avez pas mal agacé.
- Vous ? releva Tyrion.
Une ombre passa dans les yeux de Bronn lorsqu'il confirma ses propos.
- Je n'arrive pas à y croire, murmura le lion. Moi... c'était certain. Mais Jaime ? Ça n'a pas de sens.
- C'est vos histoires. Moi, je veux juste mon...
- Château. Fric. Butin. C'est ça que tu veux ? Je te l'ai dit, qu'importe ce que te proposent les autres, je double la somme.
- Et avec quel argent ? Ironisa le brun. Désolé, mais t'es plus vraiment en état de négocier comme avant. Alors même si c'était sympa, je dois te dire au revoir.
Comme pour appuyer ses dires, il raffermi sa prise sur l'arme de tir. Tyrion plongea ses yeux dans les siens, à la recherche d'une quelconque hésitation, en vain. Le regard de Bronn était empli de regrets, d'une certaine tristesse, mais était résolument déterminé. Alors c'était donc ici que cela allait se terminer ? Avec la victoire de sa sœur et la trahison de celui qu'il avait longtemps considéré comme un ami ?
Sauf que Bronn n'était pas son ami, ne l'avait jamais été. Il n'était resté à ses côtés que par intérêt, c'était détaché de lui dès que la situation était devenue trop périlleuse. Et Tyrion ne pouvait lui en vouloir – après tout, Bronn avait toujours été clair là-dessus, il ne demeurait à ses côtés que pour l'argent. Tyrion ne pouvait que s'en prendre à lui-même d'avoir oublié cette vérité, de s'être laisser croire que le mercenaire restait pour autre chose que de la cupidité.
Le carreau pointé vers lui était un cruel rappel que cela n'était pas le cas, et rien ne changerait le fait que Bronn n'avait jamais témoigné de loyauté à quelque chose d'autre qu'à l'or. Après tout, à quoi pouvait-il s'attendre d'autre ? Il ne l'avait jamais vu faire un acte désintéressé, à part...
- Jaime, murmura Tyrion.
- Quoi ? demanda le brun.
- Jaime, répéta-t-il, plus fortement cette fois-ci. Tu vas vraiment le tuer ?
- Cela fait partie du contrat. Pourquoi je ne le ferai pas ?
Bronn avait haussé les hauts en répondant cela. Toutefois, il y avait une lueur dans ses yeux qui lui confirma qu'il ne c'était pas trompé.
- Tu es amoureux de lui, se contenta-t-il de dire.
- Je... articula le brun avant d'éclater de rire. Je quoi ? Qu'est-ce qui te fait croire ça ? Amoureux, et puis quoi encore...
Il repartit sur une nouvelle quinte de rire, qui lui parurent atrocement fausses. Tyrion attendit toutefois patiemment qu'elles cessent avant de lui répondre, le plus calmement possible :
- Tu as sauté devant un dragon pour le sauver. Un dragon. Qui était en train de cracher du feu. Car c'était bien toi, n'est-ce pas ?
- Ouais, et alors ? Je voulais juste mon putain de château, prend pas tes désirs barjos pour des réalités.
- Tu as refusé de combattre la Montagne à mon procès, pour le danger que cela représentait. «Je ne pourrais pas avoir mon château si je suis mort ». C'est ce que tu m'as dit, et je l'ai compris. À vrai dire, j'aurais sûrement fait de même à ta place. Alors que tu me dises que tu as sauté devant un dragon juste pour un château... Je n'y crois pas, tu comprends ?
Les épaules de Bronn se voûtèrent et il abaissa son arme un instant, avant de se reprendre.
- Et alors ? Qu'est-ce que ça change ? J'ai sauté devant un putain de dragon pour cet abruti, et alors ? On s'en fout !
- Si par on s'en fout, tu veux dire Jaime... je ne crois pas qu'il s'en foute, répondit calmement Tyrion. Je connais suffisamment mon frère pour savoir que non, il ne s'en foutrait pas. Et toi aussi, tu le connais suffisamment pour le savoir. Alors pourquoi tu veux te persuader du contraire ?
- Cersei, lâcha finalement Bronn.
Cela n'étonna guère Tyrion. Après tout, Cersei avait toujours été si étroitement liée à Jaime qu'il n'était pas surprenant que son nom revienne dans un moment aussi crucial.
- J'ai bien vu comment il a réagit à ce qu'elle est devenue. L'exposition du Septuaire... ça l'a dévasté. Et il était contre. Tout comme il était contre la mort qu'avait prévu Cersei pour Olenna Tyrell. Il trouvait son idée barbare, alors il lui a permis une mort douce. Et malgré toute sa désapprobation, il est resté à ses côtés.
- Certes. Mais là... il n'y est plus, il me semble. Alors... Ca veut peut-être dire quelque chose.
- Il n'est certainement pas là pour moi.
- Non. Mais il est là, toi aussi, et Cersei non. Tu ne trouves pas que cela est une jolie équation ?
Avant qu'il ne puisse répondre, la porte de la chambre s'ouvrit.
- Tyrion, j'ai trouvé une...
La voix de Jaime mourut en voyant la scène se déroulant sous ses yeux.
- Mais qu'est-ce que... Bronn ? Et tu... qu'est-ce que tu fais là ?
Sa question demeura suspendue dans les airs, jusqu'à ce que le brun abaisse son arbalète.
- Rien. Paraît qu'il y a de beaux châteaux dans le Nord. Bref. Vous avez de quoi boire ?
Jaime ne sembla guère convaincu par cette réponse mais un sourire de Tyrion le rassura, conduisant le blond à hausser les épaules.
- J'étais justement allé chercher une bouteille. Tiens, dit-il en lui tendant la dite bouteille.
Lorsque les doigts de Bronn effleurèrent les siens, Bronn ne put retenir un léger frisson, qui n'échappa à Tyrion. Lorsqu'il surprit le sourire en coin du nain, il dû se retenir de toutes ses forces pour ne pas lui ôter cette mine satisfaite d'un coup de poing baladeur. Mais après tout, même si cela le tuait de se l'avouer, il n'avait peut-être pas entièrement tord.
Cersei dans le Sud, Jaime et lui dans le Nord...
C'était peut-être en effet une jolie équation. Prometteuse, du moins.
