Bonsoir tout le monde ! Contente de vous retrouver pour ce nouveau chapitre. Comme d'habitude, merci aux lecteurs, aux reviewers, et ceux qui ont choisi de suivre cette fic ! En particulier aujourd'hui, merci à _sherleek_ sur Instagram qui a créé le fanart couverture de cette histoire :D Je suis vraiment super touchée de voir qu'elle t'ait inspirée à ce point !

Mysty, je crois que Chuck va vite réaliser qu'écarter Castiel de l'équation risque de tourner à son désavantage !

Sans transition, place à la suite.

Enjoy !


Acceptation

Castiel est assis en bout de table, dans la salle de réunion de l'Enfer. D'un doigt distrait, il caresse le bois poli, écoutant à peine le rapport qui lui est fait. Abalam et Ersulie ont évoqué des contrats aux croisement en nette progression, Dulid a relevé quelques légers problèmes d'organisation des tortures, et Madail est en train de proposer des solutions pour un meilleur traitement de toutes les âmes de l'Enfer, entraînant ainsi un large débat entre tous les généraux. De l'autre côté de la table, Rowena écoute la discussion animée, ses mains jointes, sa posture détendue.

Castiel aimerait faire de même… Mais il n'y arrive pas. Trop de choses occupent ses pensées. Depuis que l'Enfer a fait de lui son roi, il a l'impression de ne pas avoir eu une minute à lui. Et pourtant… Il sait qu'il en aurait bien besoin. Quelque chose se tord de douleur au sein de sa grâce. Et il voudrait… Il voudrait laisser libre court à ce sentiment. Accepter de se laisser submerger par cette émotion qui ne lui est pas inconnue. Mais il sait… Il sait que ce n'est pas attendu.

Le souverain des démons ne peut se laisser aller à ses états d'âmes, malgré les hurlements lancinants de son cœur.

« Et je pense sincèrement que… Castiel ? »

Il lève les yeux pour tomber sur Madail, les sourcils froncés, et du coin de l'œil, il réalise que tous ses princes et princesses le fixent avec ce qui ressemble étrangement à de… L'inquiétude ?

« Mmm ? fait-il pour toute réponse en se redressant

- Tu vas bien ? » reprend Abalam

Il se tait une seconde avant de se forcer à sourire et de tous les dévisager, l'un après l'autre.

« Oui. Bien sûr, répond-t-il finalement, L'aménagement des chambres, vous disiez, donc… »

Les démons attablés échangent des coups d'œil pas nécessairement discrets, jusqu'à ce que Dulid n'intervienne.

« Castiel… Ce sujet, c'était il y a un quart d'heure déjà, tu es certain que…

- Mes chers enfants… »

Tous se tournent pour dévisager Rowena qui vient de se lever, époussetant sa robe.

« Je crains que notre cher Castiel ne soit pas en état, et n'ait besoin d'être seul un moment. »

Castiel fait mine de se redresser sur sa chaise.

« Rowena…

- Tss tss mon ange, le fait-elle taire d'une main manucurée, Ce n'est pas une suggestion. Les enfants, laissez votre père tranquille. »

Ersulie et Abalam laissent échapper un éclat de rire tout en rassemblant leurs affaires avant de sortir de la pièce, Rowena sur leurs talons tandis que Dulid se plaint, à moitié sérieux.

« Rowena, pour la dernière fois, cesse de nous appeler « les enfants » !

- J'y penserai mon grand. »

Dulid grogne, et Castiel entend Ersulie et Abalam rire à nouveau.

Il laisse finalement échapper un soupire, s'accoudant sur la table tout en se prenant la tête entre ses mains une minute, avant de relever les yeux et de remarquer que Madail est toujours présente, le fixant avec une intensité qui fait frémir sa grâce.

Ses yeux sombres ressortent sur sa peau métisse, ses cheveux bruns cascadent librement dans son dos. Les manches de son blazer gris foncé, couvrant un débardeur noir et fluide, sont remontées sur ses bras. Du coin de l'œil, il devine les reflets de son pantalon de cuir.

Et malgré son aura presque intimidante, toute sa posture traduit une préoccupation flagrante.

Et pas simplement son corps physique. Son véritable visage, distordu, embrasé, rongé par des flammes sombres, étrangement illuminé par deux orbes blancs, est anxieux. Plus qu'anxieux. Alarmé.

Et il ne devrait pas être étonné. Pas quand, depuis Meg, il sait que les démons ne sont pas dénués de sentiments. Qu'ils sont même capables de… De compassion.

Cependant… Il a toujours cru que Meg était une exception. Mais en voyant l'air désemparé de sa princesse de l'Enfer, il réalise que, finalement, peut-être bien qu'il mérite de la considération de la part de plus d'un démon… Et, sincèrement, est-ce que ce n'est pas triste de réaliser qu'il semble plus digne de l'attention des démons que des anges ?

« Oui Madail ? demande-t-il finalement, ses mains croisées sur le bois de la table, ses épaules affaissées

- Castiel… Qu'est-ce qui ne vas pas ? »

Il hausse un sourcil mais ne répond pas, se contentant de fixer la porte par laquelle sont sortis Rowena et ses autres généraux.

Il entend Madail soupirer avant que sa chaise ne racle le sol, que le claquement de ses talons résonne dans la pièce, jusqu'à ce qu'elle s'installe juste à côté de lui.

« Castiel…

- Madail. »

Il n'a pas besoin de la voir pour savoir qu'elle doit rouler des yeux.

« Sérieusement... Tu sais que ce n'est pas un crime d'avoir des émotions ? »

Il se tend à la question, mais refuse toujours de fixer la démone.

« Je sais ce que tu dois penser… »

Et c'est lui ou sa voix est… Apaisante ?

Quelque chose vibre au sein de sa grâce.

« Tu es un ange. On t'a répété durant toute ton existence que les émotions étaient une faiblesse. Ce sont elles qui ont précipité ta… »

Un sourire triste courbe ses lèvres en réalisant ce qu'elle voudrait dire. Et elle n'a pas tort. Cependant, l'entendre hésiter est suffisant pour qu'il comprenne l'étendue de sa considération.

« Ta… Ta chute, articule-t-elle finalement, Et finalement, tu te retrouves ici. Roi de l'Enfer. Souverain des démons. »

Son cœur accélère dans sa poitrine.

« J'imagine que tu dois te dire que, parmi nous, tes sentiments sont encore moins les bienvenus… »

Il hoche la tête sans y prendre garde.

« Mais Castiel… La plupart des démons ici… Nous étions des âmes humaines. »

Il ouvre la bouche pour répliquer avant de froncer les sourcils. Elle n'a pas tort… Mais qu'est-ce qu'elle essaie de…

« Et je sais que nous sommes des âmes perverties. Torturées. Dénuées de toute humanité. Mais au fond de nous… »

Sa grâce se réchauffe.

« Notre origine humaine ne peut être détruite. Elle est peut-être enfouie très profondément, et peut-être bien que certains d'entre nous aiment oublier qu'elle est là. Mais on ne pourra jamais effacer qui nous étions. »

Son cœur cogne avec plus de force.

« Et je pense sincèrement que c'est ce qui fait de toi un… Un bon roi de l'Enfer. Tu nous rappelles qui nous étions. Et tes émotions font de toi quelqu'un de… De profondément juste. »

Elle soupire et il serre davantage ses mains l'une contre l'autre.

« Tu rééquilibres cet endroit en étant qui tu es. Un ange, doué de sentiments, choisi par l'Enfer et respecté par les démons. Et… »

Il sent une main sur son épaule et quelque chose se fissure en lui.

« …Je comprends que tu ne veuilles pas nécessairement en parler. Je ne peux qu'imaginer ce que tu traverses. Ton fils, ton père, les Winchester… »

Un silence.

« Dean. »

Son souffle se coupe.

« Mais s'il te plaît, sache que ce que tu éprouves ne sera jamais vu comme une faiblesse ici. »

Il tourne son visage pour fixer Madail qui ne le lâche pas de son regard… Doux et compréhensif.

Il esquisse un sourire triste.

« Nous te connaissons trop bien. Et ces émotions font partie du roi que nous avons accepté… »

Sur ces mots, elle resserre sa prise sur son épaule, et lui offrant un dernier sourire encourageant, elle se lève, et sort à son tour de la pièce.

Et il accueille la solitude avec gratitude. Parce que les paroles de Madail ont déclenché quelque chose… Quelque chose de trop gros pour qu'il réussisse à le contenir.

Son cœur s'emballe. Sa grâce se tord. Il sent sa puissance infernale grandir, s'intensifier, calmer ses états-d'âmes. Il voudrait hurler sa frustration. Parce qu'il aimerait… Pour un instant… Se défaire de cette froide distance qui semble perpétuellement accompagner ce pouvoir offert par son royaume. Il ne veut pas… Il ne veut pas que ces vagues infernales submergent son être, il a besoin de… De ressentir. De renouer avec qui il était. Il a besoin… Il a besoin…

Il écarquille brutalement les yeux quand sa puissance bat subitement en retraite. Qu'elle se recroqueville, perd en force, libère sa grâce et son cœur jusqu'à n'être qu'une petite flamme au sein de son corps. Elle pulse gentiment, le rassurant sans s'imposer, et il laisse échapper un éclat de rire étranglé quand son cœur se serre brutalement dans sa poitrine.

Et les émotions qu'il refusait d'affronter l'envahissent sans qu'il ne puisse plus les contrôler.

La mort de Jack qui l'avait déjà mis à genoux.

Le mépris de son père qui, s'il ne l'étonne pas vraiment, le déçoit et le touche plus que ce qu'il ne le croyait.

La rupture avec les Winchester qui a été douloureuse. Bien trop douloureuse.

Et Dean…

Son cœur hurle dans sa poitrine. Sa grâce agonise.

Dean…

Dean était tout. Sa mission. Son allié. Son ami. Son meilleur ami.

Son…

Il baisse la tête.

Dean était tout. Et tellement plus. Et il… Il a dû le laisser. Pour son propre bien. Mais…

Il s'est amputé d'une part de lui. Marquant sa grâce d'une cicatrice qui ne guérira jamais.

Sa gorge est serrée. Bien trop serrée.

L'image du dernier sourire sincère de Dean broie son être.

La chaleur de leur dernière étreinte est une brûlure au fer rouge.

Les vestiges de leur relation laissent un goût de cendre dans sa bouche…

Les larmes coulent.

Et tant pis si quiconque le voie ainsi…


A suivre.


Les démons ne sont pas si mal finalement :P En espérant que vous avez apprécié, je vous dis à la prochaine.

Fictivement vôtre,

Arielmine