Traduction de la fanfic To Save Others de gluegirl56
Traduite par mes soins, avec la permission de l'auteur
Alta Mar, scènes coupées des épisodes S1E4 et S1E5
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Pour sauver les autres
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Un regain d'énergie et de peur poussa Nicolás à accélérer encore et à gravir les marches deux par deux, tandis que l'impressionnant orage le trempait jusqu'aux os à travers son uniforme, et que des éclairs menaçants illuminaient le ciel autour de lui. Ses doigts froids perdirent temporairement leur emprise sur la balustrade métallique humide, alors qu'il approchait du haut du dernier escalier permettant d'accéder à l'aile du pont. Il jura dans sa barbe en espérant qu'il n'était pas trop tard. Il ne pouvait penser à rien d'autre qu'aux mots de la jeune femme de chambre.
« Officier, je viens de voir Don Aníbal dans le couloir. Il avait un pistolet à la main. Il sortait de sa cabine et je l'ai vu ranger l'arme dans sa poche. »
Il n'avait aucune certitude, il ne pouvait en avoir, mais il savait qu'Aníbal de Souza était en route pour la passerelle. Il était prêt à le parier sur sa vie. Qui d'autre serait-il si déterminé à menacer, à cette heure de la nuit et par ce mauvais temps ? La réaction d'Aníbal n'avait pas échappé à Nicolás lorsqu'il avait informé Fernando et sa famille proche de leur situation actuelle : il était tout sauf ravi. Il savait que l'homme avait investi beaucoup d'argent dans l'entreprise et dans la restauration du paquebot de luxe, afin de ressusciter ses jours de gloire.
S'il y avait une chose dont il était certain, c'était que Fernando et Aníbal étaient prêts à affronter tous les obstacles pour permettre à ce paquebot d'aller au bout de sa traversée, car ils y gagneraient fortune et réputation. Avec le temps, Nicolás en était venu à considérer le Capitaine comme son père. Malheureusement ce dernier, en ayant fait faire demi-tour au navire pour le ramener en Espagne afin de préserver la sécurité des passagers, se tenait maintenant entre les propriétaires du paquebot de luxe et leur avidité.
Ces pensées tournoyaient dans sa tête lorsque, posant enfin le pied sur le pont, il vit Aníbal lever l'arme devant lui, et viser le Capitaine à travers la large vitre de la passerelle.
Santiago, comme s'il avait senti la présence de l'autre homme à l'extérieur, s'était retourné et avait levé son propre pistolet.
La confrontation était inévitable et Nicolás réalisa avec horreur qu'aucun des deux ne céderait. Santiago, particulièrement, semblait ne pas accorder de valeur à sa propre vie mais Nicolás savait que le vieil homme se souciait profondément des autres. Sa femme lui manquait terriblement et pendant un temps Nicolás avait eu peur que le Capitaine atteigne à ses jours pour la rejoindre, mais depuis il semblait avoir retrouvé ses esprits et sa raison. Éminent capitaine, il s'était vu proposer le poste de capitaine du Barbara de Braganza par Fernando Fabregas, une offre qu'il n'avait pu refuser. Cependant, il avait insisté pour embarquer avec ses officiers les plus fidèles : Nicolás et Pierre.
Nicolás avala sa salive. Sa bouche était sèche. Il devait fait quelque chose, empêcher le pire d'une manière ou d'une autre : il devait sauver cet homme à qui il devait tant. Sans y réfléchir vraiment, le Premier Officier se jeta sur Don de Souza, dans le but de l'arrêter avant qu'il ne soit trop tard… mais… pour lui, il était déjà bien trop tard.
Il parvint à arracher le pistolet de la main d'Aníbal. Au même moment, la vitre derrière lui vola en éclat dans une détonation stupéfiante, qui se serait propagée en échos dans tout le navire si elle n'avait pas été couverte par un coup tonnerre. Ce dernier était si puissant qu'on aurait cru que toute la coque du paquebot s'était mise à vibrer.
À cet instant, le temps sembla se suspendre. Nicolás relâcha immédiatement Aníbal lorsqu'il sentit quelque chose le heurter et le faire reculer de quelques pas. Une douleur profonde et fulgurante éclata quelque part entre ses côtes et se répandit comme le feu sur tout son côté gauche. Il serra ses dents en sentant ses jambes fléchir, puis s'écroula sur le pont. La cacophonie des voix qui l'entoureraient sombra lentement dans le néant, alors qu'il glissait dans l'inconscience.
Santiago Aguirre se raidit, à moitié figé par le choc, alors qu'il fixait la forme immobile de l'autre côté de la vitre : une flaque de sang commençait à se former sous le jeune homme étendu sur le pont détrempé. Son regard dériva de Nicolás au pistolet, toujours dans sa main, comme s'il prenait seulement conscience de ce qu'il venait de faire. Il cilla à la pensée qu'il venait de tuer l'homme qu'il chérissait maintenant comme un fils. Le Capitaine jeta l'arme au loin. Elle cliqueta sur le pont et resta là, sans que personne n'ose la toucher.
Pierre fit un pas dans sa direction avant de se raviser.
« Non, non », murmurait le Capitaine avec désespoir, alors qu'il s'éloignait de la fenêtre et traversait la pièce. « Nicolás. »
Le Second Officier fixa son officier supérieur, le visage humide figé dans une expression abasourdie. Il prit une profonde inspiration et se força à regarder la forme immobile sur le pont devant lui, de l'autre côté de la fenêtre de la passerelle. La situation était tellement surréaliste qu'il avait du mal à réaliser les évènements qui venaient de se dérouler. Il sortit de sa stupeur, passa une main sur son front, et en désespoir de cause, attrapa doucement ses courts cheveux bouclés. « Que quelqu'un remplace immédiatement la vitre de cette fenêtre ! » cria-t-il. « Nous devons garder la passerelle au sec. »
« Oui Monsieur », répondirent en chœur deux marins avant de disparaitre en courant.
Une rafale de vent glacé, si froid qu'on aurait dit de la neige, s'infiltra dans le compartiment habituellement chaud et confortable. Pierre remonta le col de son uniforme humide et l'ajusta dans un frisson autour de sa nuque. Il se dirigea au centre de la passerelle et manœuvra les leviers sur la position d'arrêt total, afin de limiter les mouvements du large navire.
« Qu'est-ce qu'il s'est passé, nom de Dieu ? » demanda Fernando en apparaissant en haut des escaliers, Varela sur ses talons. Il courut aux côtés du Premier Officier, et aperçu le mari de sa sœur un peu plus loin, essayant de s'éloigner de la scène. « Aníbal ! » Aboya-t-il en colère.
Inconscient de ce qui se déroulait autour de lui, Santiago plaça précautionneusement ses mains sur les épaules de Nicolás et secoua vigoureusement le jeune homme, comme s'il pouvait, par cette seule action, le ramener au pays des vivants.
Varela ne perdit pas de temps à identifier le coupable. Il fixa le Capitaine et fit un signe de la tête à deux de ses hommes pour remettre ce dernier sur ses pieds tandis qu'il lui passait les menottes. « Avez-vous tiré sur cet homme ? » demanda-t-il ?
Santiago acquiesça d'un mouvement de tête. « Lâchez-moi idiots », dit-il en fixant le détective avec colère.
Varela répondit en faisant un pas de plus en direction de l'homme, maintenant trempé, en face de lui. « Vous êtes en état d'arrestation Capitaine », dit-il d'une voix grave qui ne laissait aucune place à la discussion.
« Don Fabregas », précisa un marin sérieusement, « Le Premier Officier Vázquez a essayé d'empêcher Don de Souza de tuer notre capitaine ».
« Je vois », maugréa Fernando, tentant de comprendre la situation. « Et à la place, il a sauvé Don de Souza du Capitaine. »
Il observa le détective Varela attraper le bras du Capitaine Aguirre et le tirer pour l'éloigner de force, tandis que, plus loin, Aníbal atteignait une porte lui permettant de disparaitre de son champ de vision.
Le Second Officier essayait de restaurer un peu d'ordre dans tout ce chaos lorsque deux hommes apparurent avec ce qui se révéla être une nouvelle vitre pour la fenêtre cassée.
Les lèvres de Fernando ne formaient plus qu'une fine ligne alors qu'il les serrait, d'humeur sombre, en portant son regard sur la flaque de sang s'étendant sous le Premier Officier — l'homme qui avait sauvé la vie de la sœur de sa fiancée, la veille seulement. « Vite, trouvez un brancard et descendez-le à l'infirmerie. Assurez-vous que le docteur soit là quand il y arrivera ! » Ordonna-t-il.
« Oui Monsieur », acquiesça un marin avant de partir rapidement en courant, alors que deux autres approchaient avec une civière, et y plaçaient précautionneusement leur officier supérieur.
Fernando soupira avec lassitude en passant sa main dans ses cheveux. Il savait qu'Eva appréciait la compagnie du jeune homme. Il les avait vus ensemble à de nombreuses reprises ces derniers jours. Comment allait-il pouvoir lui dire que Nicolas se trouvait entre la vie et la mort ? C'est en redoutant cette conversation qu'il se mit en chemin vers les cabines de première classe.
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Eva s'assit à son bureau. Elle était encore déçue et furieuse envers sa sœur, même si le choc de se retrouver nez à nez avec une femme supposément morte commençait à s'atténuer. Jusqu'ici, Carolina lui avait toujours fait confiance — bon, excepté la fois où Eva avait accusé Fernando d'avoir des problèmes de jeux — pourquoi avait-elle gardé pour elle quelque chose d'aussi important ?
À son propre étonnement, elle se surprit à regretter la compagnie de Nicolás — son nouveau confident et… — elle s'arrêta sur ce point. Ce baiser qui lui avait fait tourner la tête était encore frais dans ses pensées. C'était étrange à quel point il était facile d'interagir avec lui, à quel point elle se sentait en sécurité à ses côtés. Il avait réveillé un désir enfoui en elle depuis longtemps, qui la troublait et la charmait en même temps. Un léger sourire s'esquissa sur ses lèvres rouges alors qu'elle imaginait comment il réagirait aux dernières nouvelles.
« Eva, qu'est-ce que tu fais ? » La voix de Carolina s'infiltra à travers ses joyeuses pensées alors qu'elle commençait à taper à la machine.
« Ce que vous recherchez est en ma possession », lut-elle à voix haute. « Venez demain soir, disons… où peut-on lui dire d'aller ? »
« Cela peut être très dangereux. » Précisa Carolina sérieusement.
« La promenade, » suggéra Louisa, « c'est un endroit discret. »
« Louisa ! » réprimanda Carolina, n'appréciant pas ce qu'elles s'appétaient à faire.
« C'est le seul moyen de savoir la vérité », insista la femme supposée morte. « Si votre oncle se présente au rendez-vous, on pourra en déduire qu'il n'a pas le microfilm. »
Son esprit toujours sous le choc de tout ce qui s'était passé dernièrement, Eva tapa rapidement le lieu sur la feuille de papier, avant de la tirer hors de la machine à écrire. « Il ne nous reste plus qu'à glisser ce message sous sa porte », dit-elle simplement.
Carolina était sur le point de protester lorsque de petits coups secs et rapides frappés sur la porte la firent sursauter. Elle se tourna vers Louisa et lui fit signe.
« Louisa, vite, cache-toi dans la salle de bain. » Elle lui toucha le bras et lui indiqua la bonne direction, afin d'accélérer le mouvement. « De ce côté. »
Surprise de l'intrusion à cette heure tardive, Eva s'approcha de la porte, espérant secrètement que la personne de l'autre côté du battant serait Nicolás. Elle voulait tout lui raconter.
À son crédit, elle réussit à ne pas exprimer sa déception quand ce fut Fernando qui entra dans la pièce, et non Nicolás.
Carolina déglutit en levant sa main vers son menton. Elle n'aimait pas cacher des choses à son futur mari, mais elle ne savait pas comment se sortir de cette situation autrement qu'en gardant le silence. Comment allait-il réagir en découvrant ce qu'elles étaient en train de faire ? Ses préoccupations se changèrent en confusion lorsqu'il se tourna, sans préambule, vers sa petite sœur.
« J'ai une très mauvaise nouvelle Eva », commença-t-il lentement.
Carolina sentit facilement sa gêne, et réalisa rapidement qu'il se passait quelque chose de grave, très grave.
« Qu'est-ce qu'il y a ? » demanda Eva, à la fois confuse et curieuse de savoir ce qui avait bien pu amener Fernando à venir les trouver aussi précipitamment. Mais elle n'était pas prête pour sa réponse.
« C'est Nicolás », dit-il sérieusement.
L'expression du visage de Fernando, alors qu'il prononçait ces mots, lui noua le ventre. Elle ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sortit. Elle voulait demander comment, quoi, quand, mais elle échoua misérablement. C'est Carolina qui finalement réussit à poser la question.
Fernando esquiva leurs regards pendant quelques instants. « Il… » Il hésita. « Il s'est fait tirer dessus ».
Eva sentit soudainement que ses jambes allaient la lâcher, mais elle parvint à rester debout. « Non… » Murmura-t-elle d'une voix blanche.
« Fernando », plaida Carolina, « Que s'est-il passé ? »
Il ouvrir la bouche pour répondre, mais Eva le prit de vitesse.
« Où est-il ? » demanda-t-elle d'une voix forte. « Fernando, où est-il ? »
« À l'infirmerie », répondit-il.
Eva le dépassa rapidement et courut dans le couloir, oubliant temporairement Oncle Pedro, Louisa et tout le reste. À ce moment-là, la seule chose qui avait de l'importance pour elle était d'être avec Nicolás.
« Eva » l'appela Carolina. « Eva, attends ! »
« Il y a eu une sorte d'affrontement entre le Capitaine et Aníbal », expliqua Fernando. « Apparemment, Nicolás s'est interposé ».
Carolina le regarda avec désespoir et refusant d'y croire, tout en commençant à s'éloigner pour rattraper sa petite sœur. Elle s'arrêta au milieu du passage, un peu plus loin dans le couloir, et se tourna vers celui qui deviendra son mari. « Est-il vivant ? » réussit-elle à demander, redoutant la réponse.
Au grand soulagement de Carolina, Fernando acquiesça immédiatement, mais son expression était solennelle, et il semblait n'avoir que peu d'espoir. « Ça ne se présente pas bien Carolina… » Dit-il.
Des larmes commençaient à couler le long de ses joues alors qu'elle laissa son mari derrière elle pour rejoindre Eva. Sa petite sœur avait besoin de quelqu'un dans sa vie, et elle avait remarqué la façon dont Eva regardait Nicolás. Si Eva le perdait maintenant, Carolina craignait qu'il emporte avec lui un morceau du cœur de sa sœur.
Au détour de l'ultime couloir, elle vit Eva, fixant la porte de l'infirmerie, troublée et nerveuse. Carolina parcourait les derniers mètres qui la séparaient d'elle, prête à la prendre dans ses bras, lorsque la porte s'ouvrit sur l'infirmière sortant précipitamment.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Eva.
« Je suis au bord du malaise. » Dit-elle les yeux vitreux. « Allez aider le docteur, s'il vous plait. »
Avant que Carolina n'ait pu réagir, Eva avait déjà pénétré dans la pièce à grandes enjambées.
« Eva » implora-t-elle. Sa petite sœur ne pouvait pas simplement débouler comme ça.
Carolina la suivit, et s'arrêta au bout de quelques pas dans la chambre semi-éclairée, fixant le Premier Officier du Barbara de Braganza. Sa chemise blanche en pièce révélait une vilaine blessure par balle sur son flanc gauche. Carolina frissonna lorsque du sang en jaillit, et remarqua la douceur du geste d'Eva alors qu'elle caressait tendrement la joue de Nicolás.
C'est à ce moment-là qu'elle réalisa que sa petite sœur était profondément amoureuse de cet homme, pâle comme un fantôme, étendu sur la table d'opération devant elles. Carolina espéra désespérément, pour le bien de sa sœur, que Nicolás s'en sortirait.
