Histoire


Résumé: Il a cinq ans, SG1 fut brisée en deux. Trois ans plus tard, la Terre perdit son combat. Aujourd'hui, il ne leur reste qu'une ultime chance pour arranger les choses. Mais parfois, les pièces ne s'emboitent plus.


Note de Annerb:

C'est une vieille fic que je n'ai jamais réussi à publier sur AO3. Publiée à l'origine sur livejournal et ffnet de juillet 2008 à novembre 2010. L'incroyable la-tante était la bêta de cette série.

Note de la traductrice:

Voici une série de récits qui va être ardue à traduire, car très dense. Mais elle vaut le détour.
Je souhaite offrir la possibilité à ceux et celles qui ne sont pas très à l'aise avec l'anglais de découvrir ce travail fabuleux de Annerb.
Cette histoire, avec un grand H, pour son début, est superbement écrite. J'admire beaucoup le boulot d'analyse des personnages qui a été fait, la crédibilité de l'intrigue, la justesse des mot/maux et des sentiments.
J'espère que vous l'apprécierez autant que moi.
Est-il après cela nécessaire de préciser qu'évidement, rien est à moi? Vous pouvez retrouver l'originale ici: s/4377440/1/Down-Here-Among-the-Wreckage

Bonne lecture à tous


Prologue

Au fil des années, Daniel n'avait plus trop pensé à Sam. Premièrement parce cela le faisait souffrir, et ensuite parce qu'il avait franchement d'autres choses plus importantes en tête, comme Anubis ou le fait de rester en vie. Il n'avait simplement pas eu le temps de s'appesantir sur les gens qu'il avait déjà perdu, alors même qu'il devait faire face à de nouveaux deuils, bien plus récents.

Lorsque de temps en temps il s'était autorisé à penser à elle, se demandant ce qu'elle pouvait bien être entrain de faire, où elle pouvait être, il n'aurait pu deviner à quel point il était loin de la réalité. A aucun moment il s'était imaginé qu'elle pouvait être sur une planète aussi primitive que celle-ci, si distante et détachée du sort la galaxie.

Sur Cimmeria, le temps avait stoppé son cours. Rien n'avait changé depuis la dernière fois où il était venu, il y avait de cela douze ans. Dans cette autre vie.

Ici, sur cette insignifiante planète, le Marteau de Thor et le Traité Planètes Protégées permettaient de ne pas se soucier d'Anubis ou du fait que la Terre soit devenue son terrain de jeu favori.

Daniel sent cette colère devenue familière tordre son estomac, alors qu'il se demande avec amertume combien de temps Cimmeria, si fragile et pourtant si à l'abri, pourrait tenir face à Anubis quand celui-ci en aurait terminé avec les Asgards. Espèreraient-ils que les Tau'ri accourent à leur secours ?

Comment se sentiraient ils lorsqu'ils réaliseraient que personne ne viendrait ?

Un sursaut de conscience lui rappelle qu'il ne devrait pas avoir ce genre de pensées. Il repousse ce rappel à l'ordre, car la colère est pour l'heure la seule chose qui le maintient. Il doit en faire abstraction.

Il est pourtant dit de lui qu'il est le plus impartial d'entre eux.

Se concentrant sur la femme devant lui, Daniel observe ses cheveux finement tressés qui retombent sur ses épaules. Ses vêtements sont faits main, d'un tissu rugueux, froncé sur le haut du corps, bouffant au niveau de son torse et finissant resserré autour de sa taille. Elle porte une jupe couleur rouille. Ses orteils nus ressortent sous son ourlet.

Peu de choses permettent d'encore identifier Sam Carter. En fait, le seul élément reconnaissable est l'inébranlable concentration qu'elle met dans la tâche qu'elle accomplit. Mais au lieu d'un ordinateur, d'un livre ou d'un objet technologique, il s'agit ici d'un petit carré de tissu et d'une aiguille en argent sur lequel elle coud de subtils détails.

Les murs de sa petite maison composée de deux pièces sont recouverts de patchworks complexes ressemblants à des étoiles et des fractales. Il est partagé entre le rire et la rage. Est-ce vraiment cela que la grande Sam Carter est devenue ? Une couturière hors pair ?

Ses mains n'ont pas cessé de travailler sur le vêtement depuis qu'ils sont arrivés. Daniel voudrait lui arracher des mains.

La Terre n'existe plus. Ils ont perdu. Cela ne signifiait donc rien pour elle ? Est-ce qu'avoir une dernière chance pour changer tout ça n'a pas d'importance ?

« Sam » dit-il, freinant sa colère suffisamment pour s'agenouiller devant elle, une main tendue vers son genou. Elle se crispe à son contact, le laissant déçu. Il pensait que années suffiraient…à quoi ? La guérir ? La ramener à la raison ?

Son éternel optimisme pouvait mourir avec le reste de la Terre.

Imbécile.

Il retire sa main, s'assoit sur ses talons et tente d'attirer son attention, à la recherche d'un signe lui indiquant qu'elle l'entend. « Nous avons vraiment besoin de votre aide. »

Elle ne le regarde pas, ne répond pas, ses yeux fixés sur les mouvements méthodiques de ses doigts.

« Bon sang Sam ! » Finit-il par s'exclamer, sa main saisissant le tissu. Il résiste de justesse à l'envie de lui arracher des mains. Il y a eu trop de nuits sans trouver le sommeil, trop d'amis et collègues morts pour perdre maintenant son sang froid. « Entendez-vous seulement ce que je dis ? »

« Daniel Jackson » Intervient Teal'c, l'avertissement grondant clairement dans sa voix.

Daniel se redresse et s'éloigne d'elle, détournant son regard en direction d'un mur, inspirant lentement pour tenter de maitriser son agacement, ses nerfs mis à vif.

Teal'c prend la parole, lui exposant d'une voix égale leur plus récent plan, un peu fou il doit l'admettre, pour défaire Anubis. Il lui explique calmement qu'ils ont besoin d'elle. Daniel laisse les mots couler sur lui, essayant d'ignorer leur urgence. Il examine de plus près un des patchworks de Sam qui lui fait face. Il se concentre sur les minuscules points de couture, sur leur surface plissée et leurs motifs abstraits.

Les glyphes, les équations et les constellations sont reportés avec précision, à travers les longueurs de fil. Il passe la main sur leur surface.

Oh Sam. Sa colère disparait, laissant place à une profonde angoisse. A présent il se rappelle pourquoi la colère lui est si fondamentale. Sans elle, il est facile de s'effondrer. Tout comme Sam.

Comment les choses ont pu aller aussi loin ?

Derrière lui, Teal'c stoppe brutalement sa phrase et Daniel se retourne pour voir la main de Sam sur le bras de son ami, ses yeux plongés dans les siens. S'étant assuré d'avoir attiré l'attention des deux hommes, elle tend sa main et trace des mots invisibles au creux de sa paume.

Daniel fouille son sac, en sort un cahier et un stylo, le cœur battant.

Peut être que…

Sam s'en saisit précautionneusement, caressant le papier de ses doigts comme s'il s'agissait d'un objet précieux. D'un mouvement de tête, elle sort de ses pensées et commence à écrire avec hésitation une ligne de mots, puis referme le carnet une fois terminé.

Se redressant, Sam rend le cahier et le stylo à Daniel. Elle décroche le patchwork de tissu que celui ci observait plus tôt, le plie soigneusement avant de le remettre à Teal'c.

Ce dernier le reçoit d'un air solennel, sa main pressant doucement les siennes pendant leurs quelques secondes de contact. Sam tend sa main et touche alors sa joue, ses yeux parcourant le visage du Jaffa.

Teal'c est celui qui finit par rompre le contact, et recule.

La jeune femme hoche la tête, le regard triste, puis se retourne pour disparaitre à l'arrière de la maison.

Daniel suit Teal'c à l'extérieur, plissant les yeux le temps de se ré-habituer à la lumière.

« Alors ? » demande Cam en venant à leur rencontre, bondissant de la souche sur laquelle il était assis.

Daniel secoue la tête, l'éternel optimisme de Cam le hérissant.

« Elle ne va pas nous aider ? » Comprend-il. Il avait entendu un tas d'histoires sur la grande Sam Carter pendant des années, ses exploits ayant pris d'énormes proportions au fil du temps. Il voulait croire que cette femme était capable d'absolument tout.

Daniel l'avait cru lui aussi.

« Pourquoi non ? » Interroge-t-il, jetant un œil vers la modeste habitation.

Alors qu'ils descendent la colline en direction de la Porte, Daniel lui tend le carnet, laissant les mots de Sam parler à sa place.

« Certaines choses ne peuvent pas revenir »

A suivre