Fragments
Cinq ans plus tôt.
« Maitre ! »
Un jeune Jaffa impétueux, qui n'a pas encore revêtu son armure complète, fait irruption dans la tente. Bra'tac fronce les sourcils face au mépris du protocole dont fait de toute évidence preuve la jeunesse.
Le Jaffa trébuche puis stoppe, frappant son poing contre son torse, inclinant la tête. « Pardonnes moi Maitre » dit-il, essayant visiblement de contenir son impatience.
Bra'tac grogne, se remettant à contre cœur sur ses pieds. Depuis la mort d'Apophis, éliminé par l'équipe de O'Neill, il était devenu de plus en plus dur de concilier la liberté et la discipline nécessaire dans la vie des Jaffas. C'était une chose de remettre certaines coutumes en question, mais une tout autre d'abandonner toutes des traditions. Encore une difficulté sur le chemin de la liberté, fardeau dont Bra'tac était plus qu'heureux d'être accablé.
Il fut un temps où le vieil homme envoyait de jeunes guerriers à leur mort pour le seul égo d'un faux dieu. Ce temps étaient révolus.
« Parles Arnok » Aboit-il en réponse à l'état d'agitation évidente du jeune homme. Le vieux maitre sourit intérieurement quand Arnok sursaute à son interpellation. Ah, la folie de la jeunesse.
« Maitre » parvient finalement à dire Arnok. « Une femme est arrivée par le chappa'ai. »
« Une femme ? » Répète Bra'tac, tout amusement s'étant évaporé. « Humaine ? »
« Oui Maitre » confirme-t-il.
« Conduis moi immédiatement à elle. »
Bra'tac suit Arnok à travers les tentes d'entrainement, accélérant son pas. Son cœur vibre d'un espoir prudent, souhaitant écarter au plus vites les toiles et courir vers le chappa'ai.
Peut être que la folie n'est pas le seul apanage de la jeunesse après tout, grimace son esprit avec ironie.
Après avoir atteint le sentier forestier et dépassé le camp, Bra'tac exhorte Arnok d'accélérer le rythme. « Je ne suis pas vieux au point de ramper ! »
Il ne leur faut que cinq minutes pour sortir de la forêt. Près de la Porte il peut voir une demi douzaine de Jaffas vaguement regroupés autour d'un individu.
Bra'tac stoppe presque sa course lorsqu'il entrevoit pour la première fois la femme qui est devant lui.
Louez soit les vrais dieux, c'est bien elle.
Elle est assise en haut des marches, son dos appuyé contre le chappa'ai, un endroit bien dangereux si jamais le vortex venait à s'ouvrir.
« Jaffa !» Interpelle Bra'tac, faisant signe aux hommes de reculer.
Un passage s'ouvre devant lui. Il s'approche prudemment de la jeune femme, l'étudiant avec attention. Elle semble indemne, mais Brat'ac reconnait dans ses vêtements décolorés et sans forme ceux des prisonniers de longue date retenus par les Goa'uld.
Elle ne bronche pas ni ne le regarde lorsqu'il s'approche d'elle.
« Major Carter ? » dit-il, une main tendue vers son épaule.
Son regard reste perdu dans le vide, irrémédiablement fixé sur la saleté de ses pieds.
Elle est calme.
Et Bra'tac commence à comprendre.
Ils étaient tous fous d'avoir espéré.
George Hammond replace le téléphone rouge sur son support, sentant la lassitude s'installer dans son corps, une douleur profonde qui le pousse à se demander, une fois encore, s'il n'est pas devenu trop vieux pour ce boulot. Il en a vraiment assez de perdre des gens biens, de s'assoir derrière ce bureau et de remplir de la paperasse.
Deux documents sont posés en face de lui, attendant tous deux une signature qui officialisera la mort présumée de deux membres de son équipe, faisant suite à huit semaines de recherche.
Cela ressemble trop à un abandon, à une trahison. Mais quand le téléphone rouge parle, c'est son job de s'y conformer.
Il imagine pendant un instant Jack O'Neill assis devant lui, dans une posture décontractée mais une expression intense clouée au visage.
« Conneries Georges, et vous le savez »
« Vous avez raison » répond Georges au fantôme, prenant son stylo avec regret.
Avant que la première signature n'ait eu le temps de sceller le destin de quiconque, le voyant rouge s'est enclenché, une alerte est énoncée dans le haut parleur « Activation de la Porte non programmée »
Georges n'ose pas espérer, mais se lève de sa chaise.
« Nous recevons le code d'identification de Maitre Bra'tac Monsieur » L'informe Walter lorsqu'il parvient à la salle de contrôle.
« Ouvrez l'iris »
Une fois débarrassé de la protection, deux personnes émergent du vortex, deux personnes bien familières.
Dès le franchissement du premier individu, Georges pense pendant un instant avoir des hallucinations, ses propres espoirs se matérialisant dans cette apparition. Mais il prend conscience des remarques de ses comparses autour de lui et cela confirme bien la même chose.
« Faites venir SG1 » Ordonne-t-il.
Ecoutant à moitié le haut parleur, Georges regarde la femme qu'il était sur le point de déclarer morte.
La lumière du vortex qu'elle vient de traverser l'éclaire. Bra'tac se tient à ses côtés, sa main planant près de son dos, sans la toucher, comme s'il avait peur du contact, mais pas sûr non plus qu'elle puisse rester debout par elle-même. Georges a rarement vu le Maître Jaffa si déconcerté.
Elle ne semble pas blessée, mais quelque chose dans sa posture n'est pas naturelle. Ils avaient tous appris il y a bien longtemps que les blessures n'étaient sont pas toujours visibles. Du moins les blessures du corps.
« Faites venir une équipe médicale » commande-t-il à Walter.
Quand la Porte se referme derrière les deux silhouettes, il ne reste que le silence.
En bas, Daniel vient d'atteindre la salle d'embarquement. Il stoppe sa course au bas de la rampe, la même incrédulité mêlée de soulagement plantés sur son visage. Ils n'ont pas revu Sam depuis huit longues semaines. Et à l'évidence, au vu des documents sur le bureau de Georges, ils commençaient à penser que cela ne se reproduirait plus.
« Sam ? » Demande Daniel, ses mains se tordant sur ses hanches comme pour repousser l'envie de monter la rejoindre sur la rampe.
Aucune réaction de la part de Sam, même pas un coup d'oeil dans sa direction. Elle reste debout, un bras plié en travers de sa poitrine, ses yeux fixant aveuglément la rampe.
Teal'c se place à côté de Daniel, le docteur Fraiser les ayant également rejoints. Elle retient Daniel. D'un regard, Teal'c et elle s'échangent un message muet avant qu'elle ne s'approche lentement de la rampe. Elle avance vers Sam, lui touche le bras mais ne reçoit aucune ombre de réponse en retour.
Georges regarde le Docteur Fraiser convaincre sans difficulté sa patiente de s'allonger sur la civière, ce qui démontre une fois de plus que quelque chose cloche. Tandis qu'elle sort de la pièce, Georges rejoint SG1 et Bra'tac dans la salle d'embarquement.
« Maitre Bra'tac » dit il en guise de salutation, suite à son hochement de tête respectueux.
« Où l'avez-vous trouvé ? » Demande Daniel d'une voix rauque.
« Je ne l'ai pas trouvé » répond Bra'tac. « Elle a été découverte errant à côté du chappa'ai sur Chulak. Un de mes élèves l'a reconnu et est venu directement me chercher. »
« Elle est juste apparue sur Chulak ? » s'étonne Daniel. « Avez-vous une idée de la façon dont elle est arrivée là ? Où elle pouvait se trouver durant tout ce temps ? »
Bra'tac secoue la tête. « Vous voyez dans quel état elle est. Elle n'a pas dit un mot. Je ne suis même pas certain qu'elle m'ait reconnu. J'ai pensé qu'il était préférable que je la ramène chez elle le plus tôt possible. »
« Et nous vous en sommes reconnaissants » Confirme Georges. « J'espère qu'avec un peu de temps, le Major Carter sera capable de nous répondre par elle-même. »
« C'est aussi ce que j'espère » répond Bra'tac dans un faible sourire.
« Et Jack ? » Intervient Daniel, posant la question que personne n'ose verbaliser.
Le visage de Bra'tac devient grave une nouvelle fois. « Aucune nouvelle ».
Un silence oppressant ponctue sa déclaration.
Daniel est assis dans un coin sombre de l'infirmerie, observant les mouvements réguliers et compétents que prodiguent les mains de Janet alors qu'elles parcourent efficacement la forme immobile de Sam. Ses gestes sont source de réconfort. Familiers. Tout comme l'odeur aseptisée et la sensation du béton froid et rugueux contre son dos. Beaucoup pensent que Daniel déteste l'infirmerie, mais la vérité est que, peu importe le nombre de choses horribles qui s'y sont passées, la logique et l'organisation de l'infirmerie, sous l'égide de Janet, garde quelque chose de fondamentalement rassurant pour lui.
Aujourd'hui Daniel cherche du confort là où il peut en trouver, parce que Sam est toujours si étrangement silencieuse, les yeux fixes et écarquillés. Survivante, mais pas vivante. Pas vraiment.
La dernière fois où il avait vu Sam, c'était à travers un champ brumeux, alors qu'elle lui criait pour la deuxième fois de franchir la Porte.
« Ne discutez pas avec moi Daniel ! Allez vous en ! Nous serons juste derrière vous. »
Seulement ils ne l'étaient pas.
Jack et Sam n'étaient jamais revenus de cette planète.
Ni Daniel, ni Teal'c n'avaient pu voir quels Jaffas leur avait tendu une embuscade. Les Tok'ra ne savaient rien, ils étaient seulement capables de confirmer que Jack et Sam n'étaient prisonniers d'aucun Grand Maître. Où étaient ils censés les chercher ? Ils n'avaient aucune idée d'où commencer.
C'était comme s'isl avaient tous les deux disparus dans le brouillard de cette satanée planète.
Même maintenant que Sam était revenue, c'était comme si elle était toujours enveloppée par la brume, aucun signe extérieur ne les aidant à comprendre d'où elle venait et ce qu'elle avait pu endurer.
« Vous allez sentir une légère piqure ici Sam » annonce Janet tandis qu'elle lui prélève un échantillon de sang. Elle poursuivait son monologue depuis l'arrivée de Daniel.
Comme d'habitude, Sam ne répond pas mais elle tressaille, jetant un œil à son bras, presque surprise.
Daniel se relève, l'observant de plus près, sentant l'espoir l'envahir suite à ce bref signe de vie, mais Sam se contente de se rallonger sur son lit et fixe à nouveau le plafond.
« Je suis désolée » murmure Janet.
Daniel laisse retomber sa tête contre le mur de dépit.
Teal'c et le général Hammond les rejoignent quelques instants après, Georges posant une main inhabituellement paternelle sur l'épaule de Daniel. Il sait que Hammond est aussi secoué qu'eux.
« Comment va-t-elle ? » Demande-t-il.
« Toujours pareil » Rétorque Daniel. « Elle n'a pas dit un mot ».
Hammond s'installe sur le banc à côté de Daniel, se mettant à son aise. Jetant un oeil à l'horloge, Daniel sait qu'ils devraient être tous rentrés chez eux à cette heure ci. Aucun d'eux n'est assez idiot pour le suggérer.
Quand Janet a terminé son inspection de Sam, elle fait signe à ses collègues de la suivre dans son bureau.
« Dites nous ce que vous pouvez docteur » Annonce Hammond
« Et bien, ce que je peux vous dire c'est qu'elle est déshydratée, souffre de malnutrition mais rien de bien alarmant. »
Daniel sait qu'il devrait se sentir soulagé, mais il ne peut décemment pas croire que Sam est sortie de huit semaines de captivité sans une seule égratignure.
« Elle ne présente aucun signe de trauma » Continue Janet.
« Mais s'ils ont utilisé le sarcophage… » rétorque-t-il
Janet hoche la tête, la fatigue visible sur son visage. Ils savent tous qu'un sarcophage peut cacher d'innombrables maux causés au corps. « Au moins elle ne montre aucun signe de sevrage ».
« Pas encore » assène Daniel sans pouvoir s'arrêter. Il ne sait pas bien pourquoi il ne perçoit que le pire des scénarios. Ce ne serait pas le job de Jack d'habitude ?
Janet confirme à nouveau d'un mouvement de tête. « Son bilan sanguin devrait nous le dire avec certitude. »
« Existe-t-il une raison physique à son mutisme Docteur ? » Demande Hammond.
« Aucun que je ne puisse voir Monsieur » Répond-elle en secouant la tête. Sa voix est un peu enrouée comme si elle était en colère contre son incapacité à leur fournir des réponses.
« Devrions nous faire appel au Docteur MacKenzie ? » Interroge délicatement Hammond, essayant de rendre les mots moins douloureux qu'ils ne le sont.
Malgré tout, cela reste difficile à entendre pour Daniel. Cette demande signifie que le général veut savoir si Sam a perdu la raison.
Janet ouvre la bouche, ses yeux croisant ceux de Daniel. « Je pense que ce serait une bonne idée mon général. »
Celui-ci se détourne, braquant son regard sur Sam, toujours silencieuse.
Trois jours de silence plus tard, les psychologues leurs expliquent avec des termes complexes que son état figé est dû aux effets d'un stress post-traumatique. Mais Daniel pense qu'il y a plus qu'un simple trauma. Sam a de bonne raison de garder le silence, même s'il ne sait pas vraiment de quoi il s'agit. Les gens ont peur qu'elle ait des dommages au cerveau ou qu'elle ne soit plus capable de vivre dans le monde réel.
Daniel pense différemment.
Quand Sam est remontée à la surface la première fois, ses yeux étaient restés vides. Il soupçonnait qu'elle n'avait pas vraiment pris conscience de son retour, qu'elle ne réalisait pas être à nouveau en sécurité, au SGC. Mais le temps lui avait fait comprendre. Il sait qu'elle a accepté cette idée à présent, parce qu'au-delà de son absence de paroles et du bouclier qu'elle a soigneusement érigée autour d'elle, Daniel peut voir qu'elle pense, que son cerveau fonctionne.
Hammond questionne Sam depuis maintenant plus de vingt minutes, sans obtenir de réponse.
La seule réaction visible de sa part est le resserrement de ses doigts quand Hammond lui pose des questions à propos de Jack.
Daniel ne pense pas que grand monde l'est remarqué.
« Sam » Dit Daniel, brisant un long silence. « Nous avons besoin de savoir. »
Il peut lire sa réticence alors qu'elle s'obstine à fixer les draps, sa respiration devenant difficile.
« Sam »
Elle comprend ce qu'il cherche à lui demander, il en est certain. Est-ce que Jack est en vie ? Peut on le sauver ? Existe-t-i encore un espoir ?
Sam lève les yeux vers lui pour la première fois depuis son retour. Elle garde le contact un long moment, créant une connexion muette entre eux. Il n'est pas prêt pour ce qu'il y lit : l'air vide et sans vie que reflètent ces yeux si familiers autrefois.
Elle semble hantée par ses pensées. Résignée. Il ne sait pas bien ce qui est pire.
Daniel comprend alors, il en est certain, que seul une part de Sam est revenue.
« Jack ? » Demande-t-il encore, sa voix dérapant sur son nom tandis que la peur lui enserre la poitrine.
Délibérément, Sam secoue la tête, ses yeux se détournant des siens.
Il se demande alors si ce désespoir est ce qui l'a privé de sa voix.
Teal'c observe de loin l'interrogatoire du Major Carter. Il voit Daniel Jackson prendre conscience que même si Sam leur a été rendue, elle ne sera peut être plus jamais la même personne.
Teal'c est le seul à vraiment pouvoir comprendre les souffrances qu'elle a subi durant sa captivité. Il garde précieusement cette information pour lui. Il suppose que le silence du Major Carter doit lui être fondamentalement nécessaire. Il ne le trahira pas en spéculant au sujet d'une histoire qu'il ne peut pas connaitre.
Il reconnait cependant cet état pour en avoir été témoin. Cette façon d'être qu'ont les prisonniers dont la volonté a été brisée par tous les moyens possibles.
Il le voit et comprend ce que cela signifie.
Quand elle a été prête à sortir de l'infirmerie, une brève discussion a débuté pour savoir si elle devrait être transférée dans un établissement davantage capable de répondre à ses « besoins particuliers », comme si sa vulnérabilité devait être cachée de la vue de tous. Pourtant, cela aurait pu être eux, à sa place. Seul le destin les avait épargné.
Daniel Jackson objecte avec véhémence « Vous ne la mettrez pas dans une fichue cellule »
Le docteur Fraiser appuie ses paroles « Elle n'est pas un danger pour elle-même. Elle est avec nous. Elle n'interagit simplement pas avec le reste du monde. Elle sera bien mieux ici, auprès des gens et des choses qu'elle connait, et avec lesquels elle est à l'aise. »
En fin de compte, le Major obtient une chambre sur la base, juste à côté de celle de Teal'c. Un accord tacite qui lui permet de garder un œil sur elle la nuit, au cas où elle aurait besoin de quelqu'un.
Elle ne passe d'ailleurs pas une seule nuit dans sa propre chambre.
Chaque soir, elle frappe à la porte de Teal'c. Elle recule presque toujours dès qu'il ouvre la porte, ses yeux scrutant la pièce derrière lui.
« Votre compagnie est la bienvenue si vous le souhaitez. » dit il à chaque fois, reculant pour la laisser prendre sa décision.
Le choix était certainement la première chose que ses ravisseurs lui avaient enlevé.
Après quelques secondes d'hésitations, elle entre.
Elle sursaute un peu lorsque la porte se ferme derrière elle, se dirige vers le mur du fond et s'y adosse. Lorsque Teal'c reprend sa place sur le sol, elle se laisse glisser le long du mur jusqu'à ce que ses genoux soient ramenés contre son torse.
Jamais elle n'a paru aussi fragile à ses yeux, que durant ces heures qu'elle passe blottie dans la lueur vacillante des bougies, comme si les ombres pouvaient l'avaler entièrement.
Elle attend, les yeux fixés sur lui, son corps tendu, jusqu'à ce qu'il commence à parler.
Il lui raconte des choses banales. Il n'a pas besoin de la questionner, ni de chercher à savoir combien elle a souffert. Elle y a survécu, et y fait face du mieux qu'elle le peut. Il n'en attend pas plus d'elle.
Il lui parle aussi des 8 dernières semaines, des évènements étranges qui l'ont interpelé, des conversations entendues dans la base ou, lui raconte de simples anecdotes. Il ne sait pas si elle entend ses mots ou si elle s'accroche juste au son de sa voix. Peu importe, il continue de parler jusqu'à ce qu'elle s'assoupisse, recroquevillée sur le béton froid du sol.
Chaque nuit, le rituel est le même.
Pendant la journée, Teal'c la surveille de près. Il remarque qu'elle se nourrit régulièrement et qu'elle se lance dans des activités physiques à corps perdu. Lui peut voir par delà son silence. Eux ne devinent pas ce qu'elle a enduré.
Elle se tourne parfois vers lui, consciente de son regard, craignant que ce dernier puisse percer son secret. Qu'il puisse interférer.
« Je vais vous aider » lui dit il, se rapprochant d'elle tandis qu'elle lève des poids, ou bien tournant autour d'elle pendant ses courses effrénées sur le tapis roulant.
Dans ces moments, elle ferme les yeux brièvement, ses doigts effleurent les siens. C'est le seul contact physique qu'elle s'autorise. Quand le moment passe et qu'elle le regarde à nouveau, il ne reste dans ses yeux que la volonté de fer du guerrier qui s'est donné une mission.
Teal'c ne reconnait que trop bien ce sentiment.
Il ne sait pas bien ce pour quoi elle se prépare, quel but elle s'est fixé. Il ne peut que le supposer. Il respecte cette décision et l'aidera à l'atteindre.
Trois semaines plus tard, quand Jacob Carter arrive à la base, elle surprend tout le monde en le laissant la prendre dans ses bras.
« Je voudrais la ramener avec moi quelques temps, si elle est d'accord. » Finit par dire Jacob Carter, déconcerté par son état.
Ils protestent, mais le Major Carter prend la main de son père, attend qu'il la regarde et approuve fermement de la tête.
C'est maintenant que cela commence, pense Teal'c.
Il aura pris soin d'elle autant qu'il le pouvait.
Une petite foule s'est rassemblée pour voir Sam partir. Daniel la regarde entrer, les gens murmurent des adieux sur son passage. Elle n'y répond pas, ne s'arrête pas. Elle marche droit vers son père qui l'attend.
Jacob prend les affaires de Sam et guide sa fille sur la rampe, mais Sam résiste, recule de quelques pas. Il se tourne vers elle, l'inquiétude imprimée son visage.
Daniel se demande si elle a changé d'avis.
Mais Sam se contente de se diriger vers lui et de se positionner à un pas de distance. Comme il s'en doutait, elle ne lui dit rien, mais elle prend son visage entre ses mains, et il sent la fraicheur de ses paumes contre ses joues. Ses yeux lui disent tout ce qu'il a besoin de savoir et Daniel sait, sans qu'un seul mot ne soit échangé, que c'est un au revoir. Cet adieu est transmis avec amour et gratitude.
« Sam » soupire Daniel, réprimant son envie de la garder ici.
Le visage de Sam se voile pendant un instant, et il profite de ce moment pour appuyer son front contre le sien, dans un dernier contact.
Elle finit par le libérer, se tourne vers Teal'c en tendant son bras en un salut Jaffa. Teal'c la rapproche pour la prendre dans ses bras. Sam se tend avant de l'enlacer.
« Puissiez vous trouver ce que vous cherchez » l'entend Daniel lui murmurer à voix basse.
Elle hoche la tête contre son torse, ses doigts se serrant sur sa prise.
Puis, comme si un nouveau mode s'était enclenché en elle, son expression change et elle s'éloigne de lui.
Elle recule sur la rampe, prenant le temps de jeter un dernier regard en direction de toutes ces personnes qui sont venues lui dire au revoir. Devant le vortex, elle hésite, se tourne vers Hammond et lui lance un ultime salut.
Puis elle franchit la Porte.
Seulement trois jours plus tard, Jacob est de retour au SGC.
« Elle est partie » déclare-t-il, l'air perdu.
Teal'c n'est pas surpris et Daniel se demande si c'est ce que signifiaient ses mots d'adieu.
Les trois hommes se regardent, tous conscients de la même chose.
Elle ne sera pas retrouvée. A moins qu'elle le décide.
Et c'est ainsi que Sam Carter disparait à nouveau au fin fond de l'univers.
