2017 – Octobre

Albus était trop contrarié pour parvenir à lire. Les mots filaient aux gouttes-à-gouttes sans jamais former un réel ensemble syntaxique. Il s'apprêtait à poser cet objet de malheur mais il entendit des pas et se dit que c'était mieux que rien pour paraître occupé.

Effectivement, il avait besoin d'être occupé. Un coup d'œil lui permit de repérer la silhouette squelettique de cet idiot de Spence. Un malheur n'arrivant jamais seul, il s'approcha directement de lui. Poli, enfin si l'on peut présenter les choses ainsi, il s'arrêta devant le lit d'Albus et l'observa sans rien dire pour attirer son attention sans le déranger. Albus détestait ce genre de politesse.

— Qu'est-ce que tu me veux à la fin ?

— Je viens m'excuser. Je crois que j'étais pas près à te rencontrer personnellement.

Le corps d'Albus se redressa sans même qu'il en soit conscient. Les excuses de cet idiot l'intéressaient beaucoup.

Quand le Choixpeau l'avait envoyé à Serpentard, Albus avait quand même eu la trouille. James avait été le seul à mal réagir mais c'était sûrement parce que pendant deux semaines son petit frère avait reçu plus d'attention que lui. Tous les autres avaient réagi très normalement : les félicitations, les questions sur le degré de confort de sa salle commune et sur ses camarades de chambre.

Hors en voilà un problème : un de ses camarades vouait une véritable admiration à Harry Potter. Il avait un immense poster. Accroché ici dans cette chambre. À chaque fois qu'Albus entrait dans la pièce il le voyait. Quel traumatisme.

Oui, Spence avait pas mal d'excuses à lui présenter.

— Pour moi il y avait aucune chance qu'on se côtoie ou même qu'on soit dans la même maison. D'ailleurs même si je savais que tu serais là, dans ma tête tu m'aurais zappé. Mais finalement on s'entend plutôt bien et je suis perdu.

Albus devait se retenir pour ne pas l'interrompre.

— Et c'est un secret pour personne que mes parents sont très très respectueux et admiratifs de monsieur Potter j'veux dire, ils m'ont quand même appelé Harry. Ils m'ont transmis tout ça. Mais. Je comprends que t'en ais rien à faire alors je parlerais plus de ton père tant que tu me demandes pas explicitement mon avis. Plus d'opinion personnelle. Plus de remarque. Plus de poster. J'veux pas que ce soit chiant pour toi d'être ici.

Pour prouver ses dires, Harry contourna le lit de Scorpius et décrocha le poster du mur. Il le plia précautionneusement et le rangea dans sa malle. Il revint ensuite en face de lui.

— Marché conclu, dit simplement Albus qui était touché par le geste de son ami.

Ce dernier hocha la tête et se retourna pour partir.

— Eh ! attends-moi, lui demanda Al quand il fut au niveau de la porte. Je m'ennuie ici, je préfère vous rejoindre. Et ça te dérange pas trop si je continue de t'appeler Spence ?