2024 – Février
Molly venait de retrouver sa place auprès de ses camarades de Poufsouffle. Elle avait passé le trajet à dormir sur sa sœur et était ravie d'être enfin à table. Mais quand Burak lui demanda gentiment comment elle allait, il comprit que ce n'était pas simplement la fatigue. Sa camarade avait l'air à bout de nerfs.
Vingt-quatre heures plus tôt, Molly était à table au Terrier en train de fêter son anniversaire entourée de sa famille. Le repas avait été délicieux, tout le monde était au rendez-vous – même ses cousins plus âgés qui travaillaient déjà. Et même si Teddy était arrivé en retard, il n'y avait que sa grand-mère Andromeda qui s'en était offusquée.
Mais tout c'était carrément gâté au dessert. Fred apportait le gigantesque gâteau qui ressemblait à une amas géant de fleurs. Molly s'était même mise debout sur sa chaise pour être prête à souffler toutes ses bougies d'un coup.
Mais la joyeuse chanson entonnée par près de trente personnes fut interrompue par des éclats de voix.
— Allez ! Je te donne une chance de t'expliquer alors vas-y ! disait Victoire à sa sœur qu'elle avait acculé contre le mur mitoyen à la cuisine. Il était tellement rare de voir la jeune femme furieuse que c'en était que davantage impressionnant. Victoire avait vingt-quatre ans, de longues et longilignes jambes de mannequin, une chevelure blonde et lisse qui caressait sa poitrine et un calme à toute épreuve. Toute la famille regardait la scène avec un mélange de surprise et de curiosité.
— Me dis pas que t'as perdu ta langue Dominique, continua-t-elle sans relâche. Je te donne l'occasion rêvée !
Pendant plusieurs minutes, plus personne n'osa parler. Molly, comme tous les autres, attendait la réponse de Dominique. C'était sa cousine la plus agaçante, elle passait dix pourcent de son temps à engueuler et insulter les uns et les autres. Le silence émanant d'elle était plus effrayant qu'autre chose. Elle se contentait de regarder sa sœur les yeux ronds comme si elle ne croyait pas à cette scène.
— Depuis quand c'est moins facile de faire la salope quand je te fais face ?
— Victoire ça suffit, intervint leur grand-mère avec agacement. N'insulte pas ta sœur.
Son intervention paraissait avoir calmé Victoire mais elle ne semblait pas pour autant prête à épargner sa sœur.
— C'est pas ma sœur ça, affirma-t-elle avant de disparaître par la cheminée.
Elle laissa derrière elle sa sœur tellement ahurie qu'elle ne pensa même pas à bouger. Il fallut que Louis l'attrape par la manche et lui propose d'aller prendre l'air pour qu'elle s'active.
— Qu'est-ce qui leur arrive encore, souffla leur père Bill d'un air blasé.
— Trois Gallions que c'est une histoire de garçon, renchérit sa femme.
Les adultes essayèrent de ne pas s'attarder sur cette scène et de porter à nouveau leur attention sur la jeune Molly qui fêtait ses quatorze ans.
— Chérie tu as déjà soufflé tes bougies, s'étonna sa mère Audrey.
— La cire allait couler sur le gâteau.
— Approche-le, proposa un de ses oncles, on va les rallumer.
— C'est pas la peine, assura la jeune fille, autant servir les parts.
L'ambiance était comme étouffée désormais, il n'y avait plus de cris dans tous les sens au contraire. Sa famille semblait s'empêcher de parler comme pour s'empêcher de faire tourner cette fête d'anniversaire autour de cette dispute.
Victoire était revenue plusieurs heures après, la plupart des invités étaient partis. Elle avait marché droit sur Molly avec un gros paquet dans les mains. Elle s'était évidemment excusé de la scène qu'elle avait faite et lui avait donné son cadeau. C'était un magnifique chapeau qui allait avec la robe qu'avait offerte Louis et les chaussures de la part de Dominique.
Mais pour Molly, il n'y avait rien à pardonner. Victoire avait toujours était attentionnée et ce n'était pas cinq minutes de détresse qui allait changé ce qu'elle pensait d'elle. Molly rangea précautionneusement son cadeau avec les autres puis continua de ranger le salon avec ses grands-parents, sa sœur Lucy et Victoire qui s'était joint à eux. Lorsque Dominique était finalement rentrée, elle s'était immobilisée net dans la cuisine en apercevant Victoire.
Mais Victoire les avait aidés à ranger le Terrier en ignorant superbement sa sœur.
Alors elle s'était retrouvé à consoler sa cousine de sept ans plus âgée qu'elle avec un câlin ce qui était, de un, ridicule, et de deux, inefficace.
Malgré tout, la jeune fille se redressa et expliqua à son ami qu'elle avait juste besoin de sommeil.
