Sans lance-flammes
Vicky avait été contente pendant cinq minutes de la présence de Hugros, ensuite, ils avaient commencé à se peloter. Pas elle et lui, gros dégueulasse, Jenny et lui. Et mon dieu ce qu'ils étaient niais à se regarder sous les cils, se murmurer des mots doux et se caresser les mains. Ils se caressaient les mains !
Certaines personnes n'avaient aucune décence, conclut Vicky en détournant le regard. Heureusement que la mère de Hugros faisait les meilleurs sandwich sèche-EPS sinon elle l'aurait fait dégagé. Non mais qui pouvait passer autant de temps coller à quelqu'un d'autre ? Même si c'était une petite-amie, c'était crade à force.
Elle fouilla son portable à le recherche d'une occupation. Aucun jeu sympa. Personne dont elle pouvait se moquer sur les réseaux. Elle n'avait même pas envie de se prendre en photo, c'est dire à quel point son état d'esprit était ras les pâquerettes. Elle attendait un message de Mégane qui ne venait pas.
Pourtant Karine lui avait répondu elle, ils ne devaient pas non plus déborder d'activités. Et puis au pire, elle devait bien aller aux toilettes, ça lui laissait deux minutes pour taper une réponse même courte.
Enfin, Vicky se rendait bien compte qu'elle ne pouvait pas y faire grand chose. En tout cas rien qui ne la ferait pas passer pour une folle auprès de sa possible future petite-amie.
Désespérée de cette situation qui semblait complètement bloquée, elle sortit son vernis à ongles et se fit une petite manucure. Elle n'avait guère le temps de bien se dédier à cette activité chez elle où tout le monde débarquait n'importe comment. Elle admira le résultat incapable de se réjouir à cause des bruits de succion du couple à côté.
Vicky envisagea de vomir son repas sur eux, mais la perspective d'avoir faim la dégoûta.
Ennuyée au plus au point, elle sauta presque de joie en recevant un SMS, malheureusement, il venait de sa mère. Il ne contiendrait donc aucune bonne nouvelle. Malgré cela, Vicky prit le temps de le lire complètement (il fallait qu'elle fasse passer ces deux heures de sport de toute façon). Sa génitrice lui annonçait qu'ils allaient faire un déjeuner de famille aujourd'hui même.
Vicky relut plus attentivement. Il devait y avoir un problème quelque part. Sous-entendait-elle réellement qu'elle allait passer du temps avec son père ? Après vérification, c'était exactement ça. Eux quatre, dans un restaurant chic. Pff quelle blague. Ses parents n'en étaient clairement pas capables. Et elle non plus apparemment.
Elle eut des nœuds dans le ventre durant tout le reste de la matinée. Elle était anxieuse à l'idée de se retrouver dans sa famille de tarés. Elle essaya de lister toutes les trucs qui pouvaient lui attirer des problèmes durant ce déjeuner : ses joues, ses mollets, sa taille, ses boucles d'oreille, ses résultats moisis en histoire et en français, ses heures de colles qui s'accumulaient, la plainte d'un élève pour agression sexuelle (son père avait ri donc... ), Mégane, et le fait qu'elle comptait quand même demander un nouveau portable.
Quand elle dut partir (elle avait ajouté les vêtements à la liste des reproches possibles), elle passa devant une pizzeria qui la faisait saliver depuis deux semaines. Si seulement, elle utilisait son argent pour autre chose qu'acheter des sous-vêtements ! (C'était pas dingue que les strings lui aillent encore mieux maintenant ? Elle était vraiment super sexy, les autres devaient être bien malheureuses.)
Elle se disait que quand Mégane serait revenue, elle l'y inviterait. Elle avait bien l'air d'être du genre à ne pas être embêtée d'avoir son rencard dans une pizzeria. Et l'endroit était quand même soigné donc ce n'était pas vraiment dégradant. Fière de cette idée, Vicky écrivit rapidement un texto :
« J'ai hâte de t'inviter ici. »
Elle l'assortit d'une photo de la devanture et poursuivit sa route jusqu'au restaurant proche. Elle passa deux minutes à expliquer au valet qu'elle était la fille de Kate et Will qui avaient réservé. Il lui opposa que n'ayant reçu aucune directives en ce sens, elle allait devoir patienter. Le menacer de lui défoncer le crâne à coups de porte-parapluies ne fonctionna pas.
Et la situation ne s'arrangea pas quand sa famille arriva.
Tout simplement parce que Rebecca était toujours Rebecca. Kate était toujours sa mère. Et bordel, Will qui était le seul à avoir changé réussit à combiner les défauts de ses deux personnalités. Chacun ses réussites.
Tout ça pour dire que sa famille avait été infâme et que Vicky croupissait maintenant dans une flaque de honte. Encore une fois, aucun reproche n'avait été fait à Rebecca ce qui n'avait fait qu'ajouter à sa contrariété. Elle savait bien qu'elle aurait dû rester calme, ses parents étaient en train de se disputer au bar pour l'addition, sa sœur fumait distraitement au mépris du règlement de l'établissement.
— Du coup la punk t'a largué, non ? Je veux dire...
Elle lui lança son regard le plus méprisant, scannant sa silhouette épaisse et ses cheveux un peu emmêlés.
— Y'a des limites à tout Bouboule.
Le problème c'est que sans ses parents sous les yeux et à deux doigts d'être débarrassée de sa mère et de sa sœur, elle s'était senti pousser des ailes de colère. Rebecca pensait qu'elle pouvait lui balancer n'importe quoi ? Rien de plus faux ! Elle saisit le saladier de soupe de tomate qu'un serveur niais avait laissé à proximité et le reversa directement sur Rebecca.
Cette dernière poussa un hurlement strident alors que Vicky ne pouvait s'empêcher de rire de son air défait et poisseux même si ses propres mains étaient maintenant complètement rouges.
— Euh Vicky, appela une voix vers l'entrée.
La dénommée tourna lentement la tête et vit Mégane debout à quelques pas.
— C'est pas du sang, se dédouana-t-elle en souriant.
Défi : 129e Nuit du Fof
Thème : Pizza
