Yo !

Bonjour, fandom de Voltron.

Bonjour avec un OS écrit pour la Nuit du FoF. La consigne était d'écrire en une heure sur le thème Procrastiner. J'ai peut-être mis quatre heures à écrire ça mais j'ai au moins respecté le thème. Si vous voulez des informations sur le FoF en général ou sur les Nuits en particulier, n'hésitez pas à m'envoyer un MP !

Bonne lecture !

TW : Cringe (comment ça c'est pas un trigger ? Si. Si.)

Procrastinator

C'était juste un gars. Juste un gars comme ça, qu'elle avait rencontré dans un bar alors qu'elle avait pas vraiment le courage de continuer ses lignes de code, parce qu'elle avait un peu mal aux yeux, aussi, malgré ses lunettes contre la lumière bleue.

C'était juste un gars qui s'appelait Lance et qui était un excellent outil de procrastination.

Ça lui arrivait souvent, quand elle l'a rencontré, de descendre au Belushi's en bas de chez elle, de changer, pour une petite demi-heure, sa nuit silencieuse au café et à la lumière du PC pour le boucan, la musique, les couleurs vives et une bière pression.

Elle ne restait pas. Deux heures maximum, si elle sentait le besoin de bouger, de danser, et aussi quand l'équipe d'Italie jouait sur les écrans. Parfois, elle bavardait avec Keith pendant sa pause. Ou plutôt, il s'asseyait avec elle pendant sa pause pour ne pas avoir à parler à qui que ce soit, et elle lui bourrait l'épaule en se demandant comment il avait pu se retrouver là, à bosser dans un bar bondé d'étudiants. Pas qu'elle sache grand-chose de sa vie à part qu'il était en échange à Paris un an pour son école de mode. Et qu'il avait une mine de chaton effaré dès qu'on lui suggérait qu'il pouvait avoir des émotions. Il est de bonne compagnie, Keith.

Le reste du temps elle sirotait sa bière sans piper mot, elle se gorgeait de toute l'agitation, et se souvenait d'un coup pourquoi elle s'isolait autant. Le bruit lui rappelait pourquoi elle aimait le silence.

Elle s'asseyait au bar, buvait sa bière, on la laissait – vaguement – tranquille et puis elle remontait, pleine d'une énergie nouvelle qui lui permettait de continuer son projet en cours.

Mais ce soir là il était sur scène. Procrastinator. Elle trouve que le surnom lui va bien.

C'est le 26 juillet. Six mois déjà. Elle se souvient de la date parce que c'est El Día de la Revolución.

Il y a des drapeaux cubains un peu partout et les cocktails à base de rhum sont mis à l'honneur. Et c'est comme si elle avait su. Comme si elle avait su que ce soir-là serait pas un soir comme tous les autres, pas sa routine mais quelque chose d'un peu plus troublant, de pas vraiment confortable avec un goût de reviens-y qui ne partirait pas. Elle prend un Daïquiri à la place de sa pinte habituelle et la barmaid hausse un sourcil vers elle. C'est presque toujours Allura qui la sert, heureusement souvent trop occupée à faire tourner la maison pour lui poser trop de questions.

Et lui, Lance dit Procrastinator, il joue de la guitare sur une petite scène. Acoustique. C'est que le début de la soirée, alors ça ait l'affaire, mais il est vraiment endiablé sur sa guitare. Comme dans un autre monde. Y a des filles qui le regardent avec des yeux affamés, quelques garçons aussi, et Pidge ne sait pas vraiment si elle-même a ce regard à ce moment-là, parce qu'elle se sent pas affamée, juste, seulement, un peu sous le choc ? Un peu au ralenti, et elle se dit que c'est peut-être le Daïquiri ou la fatigue et qu'elle aurait vraiment besoin d'une longue nuit de sommeil.

Et puis il arrête de jouer, il rend les regards affamés au public et commence à lancer des pick-up lines qui ressemblent à des vannes et l'illusion est dissipée. Elle roule des yeux, soudain désintéressée. Enfin, elle croit. Mais son cœur manque quand même un battement quand il marche vers elle, et elle se demande si la fuite est une option valable. Il ne l'a sans doute pas vue. Elle peut filer très vite et revenir payer demain. Ou s'éclipser vers la piste de danse. Mais elle bouge pas de son tabouret, alors elle descend son Daïquiri d'un coup et elle entend un sifflement. OK. S'il ne l'avait pas vue, maintenant il l'a vue.

« Sacrée descente, pour un petit gars comme toi. »

Peut-être qu'il se sent classe, à essayer de parler comme dans un vieux film ou peut-être qu'il a juste appris le Français dans de vieux films, en tout cas elle hausse les sourcils bien haut sans répondre. Un verre d'eau glisse sur le comptoir et le type remercie Allura d'un mouvement de tête accompagné d'un grand sourire.

« J'avais si soif, et te voilà. Tu sais que tu es comme un verre d'eau dans le désert, Princesse ? »

Allura le regarde sans sourciller, visiblement habituée, mais reprend son sourire commercial en se penchant vers Pidge.

« Lance ! Je te présente Pidge.

— C'est ton prénom ? »

Elle plisse les yeux, trouve la question un peu stupide. Bon. Ce n'est pas techniquement son prénom. Mais c'est quand même une question stupide.

« Mon prénom complet c'est Pideggiacometto. »

Il la regarde un long moment avec de grand yeux, pas certain de s'il doit rire ou se taire. Alors elle se montre magnanime, sourit juste un peu comme il soupire de soulagement. Elle se tourne vers la barmaid, qui pose ses avant-bras sur le comptoir pour se rapprocher de la conversation.

« C'est un nouveau ?

— Eh ! Je suis juste là ! J'étais au Canal avant, j'ai switché avec un type d'ici la semaine dernière.

— Il a switché avec Keith, souffle Allura en reprenant ses mots. Comme ils sont dans la même classe on n'a pas eu à modifier les shifts. »

Son accent britannique à couper au couteau rappelle toujours à Pidge Jane Birkin, malgré l'absence de ressemblance entre les deux femmes. Allura est plus du côté Royal de la force.

« Quoi ? On a échangé Keith contre lui ? Pourquoi je suis pas au courant ?

— Alors faut aller voir un plombier. »

Le hors-sujet total fait tourner la tête de Pidge vers le guitariste.

« Quoi ?

— Si t'as pas l'eau courante. »

Il sourit. Elle grimace.

« J'ai sincèrement aucune idée de si t'as pas compris ce que j'ai dit ou essayé une blague, en tout cas c'est très gênant.

— Mais !

— Allura ! Je veux Keith back.

— Eh ! T'es ultra-vexant !

— Tu ferais quoi, toi, si on remplaçait tes cookies au beurre de cacahuète par des cookies au chocolat blanc ?

— J'aime bien les cookies au chocolat blanc.

— Allura, j'ai changé d'avis. »

Il se redresse totalement, à nouveau tout sourire, avant qu'elle ne poursuive :

« Il faut l'envoyer sur une autre planète, très, très loin de la Terre.

— Quoi ? Je te manquerais trop.

— On se connaît pas.

— Je m'appelle Lance.

— Je sais.

— Et je sais que tu aimes les cookies au beurre de cacahuète. Et pour ton information, si j'étais un cookie, je serais un cookie au chocolat et au piment. »

Il lui arrache son premier rire de la soirée à ce moment-là. Le premier rire de leur relation, aussi. Il retourne sur scène, et elle commande un deuxième verre. Elle se sent l'envie de danser. Elle reste jusqu'à la fermeture, et quand elle rentre, imbibée comme un canard, elle n'a pas avancé d'un pouce sur ses lignes et elle n'arrive pas à s'en inquiéter.

.

Quand elle revient au bar, après avoir terminé son projet précédent et commencé sur quelque chose de nouveau, été extrêmement excitée par la nouveauté, marathoné une semaine presque sans dormir ou manger, tenant surtout au café, bloqué sur un bug qu'elle ne comprenait pas une nuit entière et trouvé que le projet était de moins en moins intéressant parce que de plus en plus familier, elle ressemble à un ver de terre qui rampe sur le comptoir et il se précipite vers elle. Honnêtement, elle ne pensait même pas qu'il se souviendrait de son nom, pourtant il le crie par-dessus la musique. Elle ne sait même pas quelle heure il est. Elle sait qu'il fait nuit. Depuis longtemps.

« Pidge ! Ça va ? T'es passé sous un train ? T'as eu un accident ? »

Elle veut lui mettre un coup de poing dans l'épaule pour le faire taire, mais c'est à peine une petite tape et elle grogne de frustration.

« Passe sous un train toi-même. Et sers-moi un café.

— Euh, on sert plus de boissons chaudes après vingt-deux heures.

— Et on est après vingt-deux heures ?

— Il est presque une heure. »

Elle opine mollement du chef, et son menton qui appuie sur le comptoir lui fait presque mal.

« Alors une bière. Pinte. Grim. »

Sa commande est bientôt devant elle, et ça ne va clairement pas l'aider à se remettre au travail cette fois. Plutôt l'assommer. Au moins, elle dormira.

« Et on a le droit de savoir ce qui t'est arrivé ?

— Rien de spécial. »

Elle doute qu'il apprécie ses explications sur la difficulté à coder un logiciel quantique, de toute façon. Un bol de cacahuètes se pose en face d'elle et elle grimace.

« Tu ne devrais pas poser la tête sur le comptoir, tu sais. Tu vas choper des boutons.

— Ton Français s'est amélioré, non ?

— C'est vrai ? »

Il rayonne. C'est presque trop lumineux pour les yeux de Pidge. Elle se redresse pour prendre une longue gorgée de sa bière, qui finit par descendre la moitié de la pinte.

« Tu prendrais quelque chose à manger ? Autre que les cacahuètes ? »

Elle cligne des yeux et son estomac grogne furieusement. Oui, ça semble une bonne idée.

« Des frites. J'aime pas les cacahuètes. »

Une ombre passe sur le visage du barman, une moue immanquablement déçue, et elle penche la tête.

« Ah ? Comme tu aimes le beurre de cacahuètes je pensais … Bref. Je vais te faire ça.

— Le cuisinier est pas là ?

— On ferme les cuisines à vingt-trois heures. »

Elle plisse les yeux. Si les cuisines sont fermées, il ne peut pas lui faire des frites. Il lui a menti. C'est très méchant. Mais elle n'a pas le temps de le lui faire remarquer qu'il disparaît, et quand il revient il a effectivement des frites pour elles.

« T'as ouvert les cuisines pour une seule commande de frites ? »

Il hausse les épaules, place une main sur son menton avec un sourire fier.

« C'est le genre de type génial que je suis, oui. »

Elle a faim. Elle ne va pas refuser. Et peut-être qu'elle procrastine de dormir un peu plus d'une heure, qu'elle reste trop longtemps. Peut-être même que quand elle part, elle se dit qu'elle a envie de revenir.

.

« Tu tires une de ces tronches. »

Elle marmonne comme seule réponse, et Keith ne pousse pas. Elle avait espéré que Lance l'empêche de penser à la montagne de paperasse qu'elle devait remplir pour son dossier. Dossier de merde.

« Heureux de voir que je t'ai manqué. »

Elle soupire, tourne le visage vers lui.

« J'ai trop de boulot.

— C'est ce que tu as choisi.

— Mais j'ai pas envie de le faire.

— Tu devras le faire à un moment donné.

— T'es le pire procrastination-buddy du monde. »

C'est à lui de soupirer. Il n'a même pas l'air vraiment touché. Tant pis.

.

« Qu'est-ce que tu fais là ? »

Son accent hispanique revient à pleine puissance, avec son timbre fatigué. Pidge rajuste son sac sur l'épaule, les mains dans les poches.

« Keith dit que t'es malade comme un chien. Je viens te sauver de l'horreur d'être malade et seul chez soi. »

Et Keith a pas dû lui mentir. Il a le visage rouge, ça rend bizarre avec son teint, et les yeux humides. Les cheveux sales, aussi, et c'est très mauvais signe. Comme il ne réagit pas vraiment, elle entre en lui tapotant l'épaule, et il met bien cinq secondes avant de refermer la porte derrière elle. C'est étonnamment bien rangé, malgré l'abondance de vêtements, dans une armoire et sur un portant dans la chambre. Mince, si elle avait autant d'affaires, elle n'arriverait jamais à maintenir son studio en état. Elle trouve rapidement la cuisinière, ouvre son sac pour en sortir une thermos de café et du Doliprane. Elle sort aussi une brique de soupe et une bouteille de jus d'orange qu'elle fiche au réfrigérateur. Il s'approche d'elle au ralenti, et elle grimace quand il pose le menton sur son épaule.

« Je meurs Pidge.

— Si on doit juger par l'odeur, je dirais que tu as même commencé à te décomposer. »

Il a un souffle court, et elle suppose que c'est un genre de rire.

« T'as mal à la tête ?

— Oui. J'ai mal partout. »

Elle opine du chef et sert un verre de café qu'elle lui tend avec un cachet. Il hausse un sourcil, l'autre trop paresseux pour se lever.

« C'est pas mauvais ?

— La caféine et le paracétamol ont une très bonne synergie. Bois ça et vas prendre une douche. Chaude.

— Avec de l'eucalyptus globulus ? »

Il fait une moue piteuse, comme un enfant qui demande un bonbon.

« Euh, si tu veux. T'es chez toi, mec. »

Un sourire béat prend son visage et il avale le médicament d'un coup, manque de se brûler avec le café avant de disparaître derrière une porte. Quand il revient, il est toujours aussi fatigué, mais plus disponible, moins empêché.

Il volète de droite à gauche, incapable de se poser avant qu'elle ne le colle avec un thé dans la main devant un film d'animation. Elle roule des yeux quand il commence à ronfler et se laisse attendrir suffisamment pour ne pas avoir la cruauté de le réveiller. Elle ferme le film et ouvre une nouvelle fenêtre sur son PC, soupire. Cette flemme.

Il ne se réveille pas. Ni quand elle se dégage, ni quand elle lutte pour l'enfoncer sous les couvertures, il ouvre seulement des yeux endormis et marmonne des mots d'Espagnol qu'elle n'arrive pas à saisir, et c'est seulement quand elle va pour partir qu'il se décide à parler en Français.

« J'ai froid. Viens. Dodo. »

Elle retire ses chaussures, son jean. Elle a besoin de dormir, elle aussi. Pourquoi marcher jusqu'à son lit quand il y en a un en parfait état et déjà chaud juste là ?

Lance dort encore profondément quand elle se lève, quand elle fait réchauffer le café de la veille, et c'est presque inquiétant de le voir comme ça : immobile comme une pierre, silencieux. Il est peut-être mort. Elle garde un œil sur lui, prête à appeler les urgences si son sommeil tourne au coma – et peut-être, oui, que l'inquiétude maladive de son père pour tout ce qui concerne la santé a déteint sur elle. Après avoir découvert un pot de beurre de cacahuète même pas ouvert au frigo, elle ouvre son ordinateur et s'installe sur un des tabourets de la cuisine, commence par vérifier ses mails avec un enthousiasme qui la fait ressembler à Keith.

« T'as dormi là ? »

Elle finit sa ligne avant de lever les yeux vers Lance. Le sommeil aura au moins fait disparaître ses cernes.

« T'as dormi douze heures, elle répond seulement. Y a du café.

— Merci. C'est cool.

— Je sais. »

Il faut bien une vingtaine de minutes à Lance pour pouvoir penser correctement, et dès que c'est le cas il fronce les sourcils.

« J'ai qu'un seul lit.

— Qui fait le double du mien. C'est toi qui me lâchais pas. »

Et maintenant qu'elle le dit à voix haute, c'est comme différent. Inconfortable. Elle referme son ordinateur, le remet dans son sac avant d'aller chercher ses chaussures. Lance ne pipe toujours pas mot. Il va devoir se reposer encore aujourd'hui.

« Y a de la soupe et du jus d'orange au frigo.

— Ah.

— Me remercie surtout pas. »

Il ouvre la bouche. La referme. Ça doit vraiment lui écorcher la gueule alors.

« Merci. Mais pourquoi ?

— Parce que je suis la personne la plus géniale et bienveillante que cette Terre ait jamais porté.

— Nan mais en vrai. »

Elle plisse les yeux. Il affronte son regard. Il était peut-être mieux dans son mini-coma, en fait. Elle secoue doucement la tête.

« En vrai j'avais un mail à envoyer à ma potentielle directrice de recherches.

— Et tu l'as fait ?

— Oui. »

Il plisse les yeux à son tour. Fait la moue.

« Désolé. »

Et elle ricane. Cette tête d'imbécile.

« T'inquiète, tu m'as aidée à procrastiner avant. Mais j'ai dû écrire le mail pendant que tu bavais sur mon épaule, alors si elle me refuse, ce sera entièrement ta faute.

— Je suis passé de Procrastinator à bouquet mystère ?

— Je suis à peu près sûre que c'est bouc-émissaire. T'as plus qu'à apprendre à jouer de la flûte.

— Quoi ?

— Laisse tomber. Bon, je file. Et même si t'es adorable quand t'es malade repose-toi.

— Oh mais c'est le plan. Y a que toi pour continuer à travailler contre toute recommandation médicale.

— Meh. »

.

Et peut-être qu'après ça elle vient au bar même quand elle ne procrastine pas. Peut-être même qu'elle se tape le froid de janvier pour aller squatter chez Lance, et qu'elle se met à sérieusement travailler en sa présence. C'est parce que c'est rassurant, elle se dit. Parce que si elle en a vraiment marre elle peut lever la tête et elle sait qu'il aura toujours de quoi la distraire. Et puis, on lui a toujours dit que relever la tête du guidon était important pour maximiser sa concentration. Elle applique seulement cette théorie. C'est pour ça que même chez elle, elle se repasse leurs soirées dans la tête. C'est à des fins expérimentales. Pour La ScienceTM.

« J'ai trouvé pire que Lance, Pidge.

— Dis-moi ? »

Même après avoir changé de bar, Keith traîne souvent dans le coin, et si Pidge aimerait bien penser qu'elle lui manque, elle suspecte fortement qu'il vient plutôt voir le nouveau serveur. Il dit que c'est pour le plaisir de pouvoir parler Japonais avec quelqu'un. Elle dit « Meh ».

« Lance en pleine crise existentielle. »

Elle penche la tête sur le côté. Elle est à peu près certaine qu'elle passe plus de temps avec Lance que Keith. Pourtant elle n'a rien remarqué. Et il n'a rien dit non plus.

« Ah.

— Tu ne veux pas savoir ? »

Elle hausse les épaules.

« S'il ne veut pas me dire.

— Il vit une grande crise sexuelle pourtant.

— Une quoi ?

— Il dit qu'il crushe sur un mec. Que ça lui était jamais arrivé. Et que si sa grand-mère l'apprend elle ne lui fera plus jamais de Dulce de Leche et apparemment c'est un désastre. »

Elle soupire. Elle imagine qu'elle ne peut pas lui tenir rigueur de ça. Forcément, il serait plus confortable d'en parler avec quelqu'un d'ouvertement gay. Logique. Elle ne doit pas. Le prendre. Personnellement.

« C'est une drama queen. Forcément il fait du drama.

— Il m'a demandé conseil.

— Et du coup tu décides de l'outer. T'es une personne horrible. »

Et Keith sourit, l'air d'avoir quelque chose derrière la tête, et elle ne sait honnêtement pas s'il a véritablement quelque chose derrière la tête ou si c'est le seul sourire qu'il se permet pour ne pas briser son image d'émo qui se prend pour un cool kid.

« C'est que tu ne sais pas sur qui il crushe.

— Non. Parce qu'il ne me l'a pas dit. Duh.

— Il dit que c'est … un petit mec, avec beaucoup de répartie, et dont il s'étonne qu'il arrive à faire autant de choses à la fois alors qu'ils procrastinent tout le temps ensemble. Il m'a demandé si je savais s'il était gay. Comme, tu sais, c'est mon meilleur ami. »

Elle ouvre la bouche. La referme. Cligne des yeux.

« Non.

— Si.

Shut. Up.

— Je te jure.

— On a dormi dans le même lit. Deux fois.

— Une fois il était malade. Et l'autre il a soigneusement évité de toucher autre chose que ton dos. Il se demande jusqu'où vont tes grains de beauté. Et j'avais pas besoin de savoir ça.

— Non ci crederò. L'abruti.

— Je sais. Je peux lui dire que tu es hétéro, si tu veux.

— Laisse tomber. J'ai une autre idée. Allura ! Viens me voir pendant ta pause.

— Qu'est-ce qu'il y a ? »

Pidge sent qu'elle va le regretter. Mais c'est beaucoup trop drôle pour ne pas être tenté.

« Un truc de filles. »

Les lumières dans le regard d'Allura ne lui plaisent pas du tout.

.

Elle avait craint de devoir se batailler plus que ça avec Allura mais finalement, la britannique a été bien plus à l'écoute que prévu. A force de traîner avec Lance, Pidge a malgré elle ingéré une quantité de connaissances en mode qui ne lui avait pas semblé utile avant qu'elle se découvre capable de mettre un nom sur ce qu'elle n'aime pas. A commencer par les jupes boules, les vestes cintrées et les imprimés texturés.

Et finalement, ce qu'Allura avait fort peu modestement appelé la make-over session of the century avait été assez agréable, plus pour la compagnie de la barmaid et de ses cocktails à base de thé — Lady Grey ? — que pour l'activité en elle-même. Après avoir essayé une quantité impressionnante de robes et de jupes, elles étaient finalement restées sur l'idée d'un jean taille haute qui faisait vaguement moins unisexe que ceux qu'elle mettait le plus souvent, et à ce moment-là Allura avait sorti Les Bottes. Talons carrés, faux cuir vert pomme et fermeture éclair, 37. Allura les avait commandées sur un site Chinois et les avais reçues à un moment où elle était trop occupée pour les renvoyer – c'était la plus grande taille et ils appelaient ça un 39. C'était presque un message de Dieu. En tout cas Allura l'avait dit plusieurs fois.

Mais même en talons, avec un pull court à col V, elle était certaine que Lance arriverait à ne pas comprendre. Bon sang, s'il est capable de crusher sur elle et donc de la regarder, vraiment et beaucoup, sans capter … Alors boucles d'oreilles et rouge à lèvres. Et si elle se sent mal à l'aise elle pourra toujours dire qu'elle est Katie, la sœur jumelle de Pidge. Le pire, c'est qu'elle est certaine qu'il le goberait. Peut-être même qu'il lui demanderait si elle sait si son frère est gay.

Tentant.

Mais non.

Elle s'est assise au bar et regarde la scène, où il joue encore ce soir. Allura fait glisser une pinte vers elle et elle y noie la petite chose dans son ventre qui commence à ressembler à une angoisse. Le rouge à lèvres se dépose sur le verre et le brouhaha familier du bar la berce jusqu'à ce qu'il vienne vers elle. Plisse les yeux à mi-chemin. Regarde autour. La regarde. Continue d'avancer. Et quand elle rit en le regardant dans les yeux, son visage perd un peu de son incertitude. Il n'est plus qu'incrédule. Elle tape sur le bar du plat de la main, effondrée de rire et il a les bras croisés quand il arrive.

« Tu te moques de moi.

— Tu verrais ta tête.

— Moi ? Pardon mais t'as vu ta tête ?

— Ma tête est aussi merveilleuse qu'en temps normal, Lance.

— Et … y a une raison particulière ?

— J'ai un date.

— Ah. »

Il déglutit. Elle le voit déglutir. Et d'accord, elle n'est pas la plus douée pour lire les comportements humains mais elle se demande comment elle a pu manquer ça. Sans doute parce qu'ils n'ont jamais vraiment parlé de romance. Du coin de l'œil, elle voit Allura les épier, et quand leurs regards se croisent elle lui envoie un sourire encourageant. Mais Pidge n'a pas tant besoin de courage. Plutôt de retenir son rire, et pour ça, Allura n'aide pas.

« Avec un mec que j'aime bien. »

Il plisse les yeux, et elle est incapable de savoir ce qu'il pense exactement. Il est frustré. Et confus. On croirait qu'il va commencer à taper du pied en criant dans une minute.

« Lance. Keith t'a balancé.

— Il a quoi ? Je vais le – quoi ? Et c'est pour ça que tu viens ? Pour me dire que t'es gay mais pas intéressé quand même ?

— Lance ! »

Il va le prendre mal. Il va le prendre très mal mais elle ne peut pas ne pas rire au point de se recourber totalement sur son siège. Elle prend une gorgée de bière pour se calmer, fait signe à Allura de venir. Et la Princesse est là en une seconde.

« Allura. Il a pas compris. »

Elle est toujours aussi impolie, et ça le met toujours autant en colère.

« Je suis là !

— Oh non. Il n'est pas … à ce point ?

— Pidge ! »

Elle se retourne vers lui. Bon, il ne l'a pas seulement mal pris. Il a même l'air un peu blessé, et elle grimace. C'était pas le but.

« Lance …

— Tu pourrais au moins faire ça en douceur. Même si c'est pas ton style. Si tu veux pas sortir avec moi c'est OK, je comprends, et je m'en doutais, tu vois, et c'est pour ça que j'ai rien dit. Parce que je voulais pas te mettre mal à l'aise parce que notre amitié j'y tiens. Mais on dirait que toi, non. »

Et il se tire. Comme ça. Il passe même pas au vestiaire récupérer son manteau, il sort du bar et sort de la bouche de Pidge un rire pas très drôle. Qu'est-ce qu'il est con. (Et qu'est-ce qu'elle est con.) Elle échange un regard avec Allura, finit sa bière d'un trait. Si elle doit être directe elle aura peut-être un peu besoin de courage.

« Lance !

— Je veux pas te parler. »

Elle court pour le rattraper, mais il presse le pas et elle s'essouffle plus vite que lui. Bientôt il court. Ils courent. Comme des cons.

« Attends !

— Laisse-moi !

— J'ai le numéro de Hunk et je sais qu'il me prêtera le double de tes clés si je lui demande !

— Il me ferait pas ça !

— Si ! Parce qu'il m'écouterait, lui, et il saurait qu'on se plaît et que t'es stupide !

— Moi ? »

Il s'est arrêté. Seigneur elle est essoufflée. Lui aussi. Elle avait un peu prévu cet état, mais pas exactement dans ces circonstances.

« Tu te fous de ma gueule et tu me cours après pour m'insulter ? Taré. »

Un coup dans le ventre, ce mot. Et Lance le sait. Elle sait qu'il sait. Il sait que les gamins de sa classe l'appelaient comme ça. Pas exactement comme ça mais le même sens, le même ton de dégoût et de peur. Il peut pas avoir retourné ça contre elle. Il halète, comme s'il venait de s'entendre, et elle ne sait pas s'il va s'excuser ou la repousser encore mais Pidge tend la main devant elle pour le faire taire.

« T'es stupide parce que je viens de dire qu'on se plaît et tout ce que tu retiens c'est que j'ai dit que t'étais stupide. Le gars du date c'était toi, clairement, et je suis désolé d'avoir cru que ce serait évident quand ça l'était visiblement pas. Et ouais, je m'exprime mal. Y a plein de trucs dans les interactions sociales que je comprends pas. Genre, comment te dire que je suis une fille.

— Que, quoi ?

— Mais si tu m'appelle tarée à chaque fois que je merde, ou attardée sociale, ou quoi que ce soit du genre c'est pas possible.

— J'aurais pas dû dire ça.

— Non, t'aurais pas dû. »

Il grimace. Elle le regarde, et c'est impossible de savoir ce qu'il pense. Sans doute qu'il ne sait pas lui-même. C'est le bordel. Les papillons dans le ventre qui butinent des blessures toutes fraîches, la surprise, tout ce qu'i comprendre et à enregistrer.

« Je suis désolé. »

Elle opine du chef. C'est déjà ça. C'est important.

« Moi aussi.

— Je sais pas quoi faire.

— Moi non plus. »

Elle sait qu'elle n'a pas envie de rentrer chez elle toute seule. Elle est à peu près certaine que ses pensées l'empêcheront à la fois de dormir et de travailler. Et comme un coup de génie.

« On peu remettre ça à plus tard ?

— Quoi ? T'es sérieux ? Ze ?

— Ouais. J'ai grand besoin de procrastiner de prendre une décision. Et on n'a toujours pas regardé Le château de Cagliostro. »

Il est un peu pris au dépourvu. Peut-être qu'elle a merdé encore. Il plisse les yeux, tente :

« Ça peut être un date quand même ? Un procrastination-date ? »

Elle sourit. Ça lui va. Tant qu'elle peut procrastiner en bonne conscience, ça lui va.

.

.

.

Voilà ?

Nan mais c'est si rom-com. J'ai l'impression de lire un truc que j'aurais pu écrire au lycée c'est très bizarre.

Anyway.

Première fois que je poste sur ce fandom, mais j'espère pas la dernière.

Salut !