Heeey !

Je poste directement le chapitre 3, parce que voilà ! ^^ J'espère qu'il vous plaira !

Vlad : je vois tout à fait ce que tu veux dire au sujet de Mina et je dois t'avouer que j'ai pas mal hésité à lui mettre cette "image" d'amie survoltée. ^^ Mais je ne la voyais pas vraiment autrement alors bon ahah j'espère que tu ne la détesteras pas trop ! Bonne lecture pour la suite ! :)

Laissez-moi des petites revieeeews ! Ce n'est pas grand chose, pas long à écrire, et ça me permet d'avoir des avis sur ma ff et de m'améliorer pour pondre des chapitres plus corrects !

MAJ 26/11/2020


Chapitre 3 : Draco dormiens nunquam titillandus

Septembre 1976

Courant aussi vite que mes deux jambes me le permettaient, je bousculai quelques premiers et deuxièmes années dont les camarades s'écrasèrent aussitôt contre les murs froids du château, me faisant par la même occasion une haie d'honneur. Criant des excuses avec le peu d'air dont mes pauvres poumons étaient encore capable de se remplir, je bifurquai au fond du couloir et grimpai rapidement les quatre étages me séparant de ma destination, à savoir la bibliothèque. J'y passais environ les trois quarts de mon temps libre depuis les quatre semaines qui me séparaient de la rentrée. La bibliothèque, c'était mon lieu de prédilection, en quelque sorte. Une ambiance calme et sereine y régnait en permanence, et l'odeur des livres qui embaumait l'immense pièce me gonflait toujours le cœur d'une certaine joie lorsque j'y mettais les pieds.

Une fois arrivée, je saluai la bibliothécaire d'un bref signe de la tête, ignorant son air aigri et ses lèvres pincées alors que je manquai de peu de faire tomber le parchemin en équilibre précaire sur la pile d'objets encombrant mes bras, et me dirigeai aussitôt vers le fin de la bibliothèque, à la recherche de Mina. Je ne mis que quelques minutes à la trouver, assise au bout d'une table où se trouvaient également deux garçons. Plusieurs livres épais étaient ouverts devant elle, et la plongeaient manifestement dans une profonde perplexité.

Je m'assis à ses côtés, déposant Frères de Sang : ma Vie chez les Vampires sur la pile déjà conséquente des bouquins ouverts sur la table. Elle me jeta un coup d'œil interrogateur.

-C'est quoi ?

-Un livre ?, répliqua-je, sur le même ton.

Elle roula des yeux, exaspérée.

-Je vois bien ce que c'est ! Ce que je demande, c'est d'où sort ce bouquin.

-A l'instant T ? De ma malle, mais je vois toujours p-…

-T'as acheté ce truc quand ?

Je soupirai, comprenant où elle voulait en venir.

-Je l'ai acheté cet été.

Elle leva les yeux au ciel et entreprit de refermer tous les ouvrages. Mina entretenait avec les livres une relation amour-haine me laissant perplexe depuis toujours. Comment diable pouvait-on être première de la classe en détestant lire à ce point-là ? Elle n'aimait les livres que lorsqu'ils étaient sagement rangés sur une étagère, et grinçait des dents chaque fois qu'elle n'avait d'autre choix que d'en ouvrir un et de le lire.

-Bon, maintenant que t'es là, on va pouvoir s'y mettre, lança-t-elle à voix basse, alors que je l'aidais à faire un peu de ménage sur la table qui croulait sous toutes sortes de livres, parchemins et objets non identifiés. J'ai trouvé quelques renseignements sur Carmilla Sanguina, très sanglants. Et fun. Tu savais qu'elle se baignait dans le sang de ses victimes pour garder sa beauté ? Autant acheter du maquillage, c'est plus cher mais on perd tout de même moins de temps à mettre du fond de teint qu'à zigouiller quelqu'un…

-C'est original, grimaçais-je, imaginant parfaitement la scène dans mon esprit.

Je n'étais pas trouillarde au point d'avoir une sainte horreur du sang, mais le fait que certaines personnes en torturent d'autres et se servent de leur sang à des fins personnelles et peu recommandées me répugnait. Je ne comprenais pas cette adoration que certains portaient au sang, et ce, dans tous les sens du terme.

-Je pense que nous pourrions parler du Comte Vlad Dracula, non ?, ajoutai-je, ignorant la dernière remarque de Mina. Il est né en 1390 et est manifestement toujours en vie. C'est plutôt remarquable pour une… créature comme lui, qu'il ne se soit pas fait tuer. En plus, on pourrait embrayer sur son fils Vlad l'Empaleur et ainsi parler de la reproduction chez les vampires… Par exemple, si on f-…

-Vous devriez également parler d'Herbert Varney. Il était particulièrement… sanglant.

Je tournai vivement la tête, de même que Mina, en direction de la voix qui venait de me couper la parole, prête à m'indigner, lorsque mes yeux rencontrèrent deux perles grises et glacées qui me firent presque aussitôt frissonner.

-Greengrass, salua-t-il alors d'un ton courtois, avec un sourire placide qui disparut aussi rapidement qu'il était apparu.

-Yaxley, répliquais-je, tentant vainement de prendre le même ton – et le même air.

Mais je n'étais décidément pas douée pour prendre une certaine hauteur vis-à-vis des autres, ou même pour témoigner d'un quelconque dédain envers qui que ce soit. Était-ce inné ou fallait-il donc prendre des cours ?

Je connaissais Yaxley depuis quelques années déjà, l'ayant croisé à plusieurs reprises lors des mondanités Sang-Pur auxquelles ma mère me trainait toujours. Je ne le détestais pas, mais je ne l'appréciais pas non plus. Il vivait sa vie et je vivais la mienne et le tout s'arrêtait à quelques rares salutations lorsque cela se révélait inévitable. Il faisait partie du décor de ma vie auquel je ne prêtais aucune attention, et j'occupais sans le moindre doute la même place dans son existence. Mais nous appartenions au même monde et cela, malgré moi, tissait un certain lien entre nous, comme avec tous les autres.

Il lança un bref coup d'œil dédaigneux sur Mina – qui lui renvoya un regard féroce auquel il ne prêta pas la moindre attention – avant de reprendre :

-Comme je le disais, vous devriez parler de Varney. Il possède un tableau de chasse très long et intéressant

Le ton sur lequel il avait prononcé les derniers mots me fit frissonner et ce, malgré l'épais pull aux couleurs de ma maison que j'avais revêtu le matin même.

-C'est répugnant, rétorqua Mina, le front plissé en une mine de dégoût profond. Comment est-ce qu…

Un long « chut » glacial retentit derrière nous, et chacun se préoccupa soudain de ses affaires, le temps que la bibliothécaire ne fasse demi-tour.

-Tu disais ?, demanda poliment Yaxley à Mina, le visage plus froid que jamais.

-Je me demandais comment certaines personnes peuvent aduler le sang au point de commettre des meurtres, chuchota-t-elle avec force, avec un regard peu amène pour le Serpentard.

Le, ou plutôt les Serpentard. Celui qui siégeait aux côtés de Yaxley ne me disait rien. Il possédait d'épais cheveux bruns et bouclés et qui semblaient à la fois désordonnés et parfaitement coiffés. Ses yeux, aussi noirs qu'une nuit sans astres, se posaient tour à tour sur ceux qui prenaient la parole. Sa peau pâle, presque translucide, lui donnait un air lointain de ressemblance avec Binns. Il se tenait droit, bien que légèrement affalé dans le fond de sa chaise, et de sa posture désinvolte émanait une certaine majesté, un éclat qui me fit ciller bien malgré moi. Devant lui, ses affaires étaient disposées d'une manière qui n'avait rien de naturel et, dans un geste qui semblait à la fois inconscient et parfaitement calculé, il faisait tournoyer sa plume entre ses longs doigts fins avec une lenteur exaspérante.

-… problème avec ça ?

Ramenant mon attention sur Mina et Yaxley, je vis ce dernier observer ma meilleure amie avec une curiosité non feinte et un certain air perplexe qu'il tentait, manifestement, tant bien que mal de cacher.

Mina haussa les épaules.

-C'est absolument barbare.

-Mais, intervins-je alors, et trois paires d'yeux se posèrent brusquement sur ma personne, me faisant rougir malgré moi. Les vampires n'adulent pas vraiment le sang. Ils le font couler parce qu'ils en ont besoin pour vivre…

-Le fait qu'ils aient besoin de sang pour vivre ne justifie pas le fait qu'ils se servent de ce besoin pour commettre des atrocités, me coupa Mina. Tu peux siffler un verre de sang pour accompagner ton pudding le matin sans avoir saigner des innocents dans ta cave et avoir une hygiène douteuse comme Sanguina. Ils vendent bien du lait de vache dans les supermarchés, on doit bien trouver une ou deux bouteilles de sang…

Un silence accueilli sa déclaration. Hésitante, je lançai un regard en coin à Yaxley qui semblait se demander comment Mina pouvait aborder un sujet avec autant de gravité que de légèreté.

-Si le mal est injustifiable, selon tes dires, répliqua-t-il d'un ton doucereux en se penchant légèrement vers nous, qu'est-ce que qui peut justifier le bien ?

Persuadée que ma meilleure amie ne trouverait rien à répondre et se contenterait de se lever et tourner les talons en insultant copieusement les Serpentard, je me préparai imperceptiblement à ranger mes affaires en vitesse pour la suivre.

-Le bien est naturel, répondit cependant Mina sans se laisser démonter, alors que le mal non.

Alors que Yaxley s'apprêtait à parler, la bouche à moitié ouverte, deux mains s'abattirent brusquement sur la table, claquant avec force, et me faisant violement sursauter. La main sur la poitrine, à travers laquelle je sentais mon cœur battre la chamade, je pivotai vers la bibliothécaire manifestement énervée.

-Vous quatre !, hurla Mrs Pince avec rage, les yeux écarquillés. DEHORS ! C'est une BIBLIOTHEQUE ici, pas un salon de thé ! DEHORS ! MAINTENANT !

Me confondant en excuses auprès de la bibliothécaire qui se contenta de me lancer un regard meurtrier, je rassemblai rapidement mes affaires, les mélangeant avec celles de Mina et froissant au passage quelques parchemins. Sans réfléchir, et dans un souci de rapidité et d'efficacité, je coinçai ma plume dans l'élastique de ma queue de cheval tout en tentant d'empiler livres et parchemins aussi soigneusement que les yeux furibonds de Mrs Pince me le permettaient.

Quelques minutes plus tard, je me retrouvai avec ma meilleure amie et les deux garçons à l'entrée de la bibliothèque, dans le couloir froid et vide du quatrième étage. Mina à mes côtés, ma plume dans les cheveux, je laissai choir mes affaires sur le sol dans un bruit sourd avant de m'accroupir, dans une volonté de les ranger plus consciencieusement. Quelle idée avais-je eu pour sortir de mon dortoir sans même songer à prendre mon sac ? Exaspérée par ma lenteur, Mina – qui, elle, avait eu l'intelligence d'emmener sa besace – finit par se saisir de l'énorme ouvrage sur les vampires qu'elle cala sous l'un de ses bras avant d'attraper quelques parchemins au hasard.

-Tu vas les froisser !, protestai-je en me relevant enfin, voyant avec quelle désinvolture elle tenait mes écrits.

Elle évita habilement la main que je tendais pour récupérer mon bien.

-T'es une sorcière, par Merlin !, s'exclama-t-elle en levant les yeux au ciel. Un simple sort de défroissage réglera le problème !

-Ce sont des parchemins !, glapis-je, outrée. Pas des vêtements !

Mina ricana avant de m'agiter les documents sous le nez. Levant mollement la main dans le faible espoir de réussir à les saisir, mes doigts se refermèrent sur le vide lorsqu'elle détala en éclatant de rire, me forçant à la suivre autant dans son hilarité que dans sa course.

-Greengrass.

La voix froide de Yaxley me figea et je vis Mina, qui était arrivée au coin du corridor, faire de même en tournant un visage où consternation et énervement semblaient se battre. Ignorant son profond soupire de mécontentement – que je savais exagérément bruyant pour faire comprendre à Yaxley sa réprobation -, je revins sur mes pas avec hésitation, me demandant quelles pensées pouvaient lui traverser la tête pour qu'il en vienne à m'adresser la parole de son propre chef.

-Il faut qu'on parle, Greengrass, lâcha-t-il d'un ton mortellement sérieux tandis que je revenais là où je m'étais tenue quelques instants plus tôt.

Il n'avait pas bougé depuis que nous étions sortis en vitesse de la bibliothèque. Le dos droit, son sac négligemment passé par-dessus son épaule, il avait l'air de celui qui veut se débarrasser le plus rapidement d'un sujet important que rébarbatif, comme lorsque l'on doit s'ôter une écharde du doigt. Légèrement en retrait, son camarade se tenait l'épaule au mur, l'air totalement indifférent à ce qu'il se déroulait devant lui, comme s'il assistait à un mauvais feuilleton sans intérêt.

Haussant un sourcil, et ne voyant pas le moins du monde où Yaxley voulait en venir, je l'invitai d'un regard à expliquer le fond de sa pensée, ce qu'il fit dans un soupir las.

-Ne prends pas cet air ahuri, Greengrass, ça ne te va pas au teint, lança-t-il d'un ton qui me rappela ma génitrice. Ecoute, ajouta-t-il devant mon air impatient, je n'ai rien contre le fait que nous soyons vus ensemble, à parler de l'augmentation des prix des chaudrons ou des réformes du Code du secret de la Confédération internationale des mages et sorciers, mais ne nous affichons pas ensemble à Poudlard, d'accord ? Il est préférable que nous attendions au moins d'avoir quitté l'école pour cela, que ce soit pour toi ou… pour moi.

Il lança un regard dédaigneux à Mina.

-Hein ?

La réponse de ma meilleure amie, qui se tenait quelque part derrière moi, résumait parfaitement tout ce qui pouvait me passer par la tête. Par Merlin, de quoi parlait-il ?

Le regard vide, j'attendais la suite, persuadée qu'il s'agissait d'une farce ou au mieux – et je l'espérais sincèrement – qu'il se soit trompé de personne, même si la probabilité était faible.

-Qu'est-ce que tu baratines, Yaxley ?, lâcha Mina d'un ton mauvais.

Surprise par la hargne dont elle faisait preuve à l'égard d'un Serpentard mesurant facilement deux têtes de plus qu'elle et qui n'éprouverait probablement pas le moindre désarroi à la jeter par la fenêtre, je me tournai vers Mina pour la voir fusiller les deux garçons nous faisant face. Elle était revenue sur ses pas et, bien qu'elle ne soit pas pour autant très proche, son regard courroucé ne faisait aucun doute.

Yaxley ne lui accorda pas le moindre regard, ses yeux gris toujours fixés sur moi.

-Là où je souhaite en venir… articula-t-il lentement, c'est que tu ne devrais pas en profiter pour t'afficher avec quelqu'un d'autre. C'est clair ?

Manifestement, il savait parfaitement de quoi il parlait et était persuadé que moi aussi, ce qui n'était absolument pas le cas. A l'instant, même un cours d'histoire de la magie dispensé par Binns m'aurait paru plus clair et compréhensible que le charabia que Yaxley déblatérait et qui, à ses yeux du moins, semblait couler de source.

Il me fixait, aussi sérieux qu'il était impassible, attendant probablement mon assentiment, alors que mon cerveau était en réalité en train de réfléchir à la manière la plus polie de lui indiquer que je ne saisissais pas le moindre sens à ses paroles.

-De quoi tu parles ?, m'enquis-je finalement, en accord avec mes pensées.

Un éclair de surprise traversa son visage – et dont je doutais de la sincérité tant il se jouait de ce qu'il montrait – et, pendant quelques secondes, ses sourcils tressaillirent, comme s'il livrait un combat intérieur, luttant pour leur interdire de montrer le moindre étonnement.

En retrait, toujours appuyé contre l'immense mur de pierre du château, celui qui devait probablement être l'un de ses amis – bien que je doutasse des liens amicaux qui pouvaient bien lier Corban Yaxley avec qui que ce soit – regardait la scène avec le même air désabusé dont il ne semblait jamais se départir. La violence n'avait jamais fait partie de mon caractère mais, alors que je le voyais ainsi, une envie irrépressible de le secouer, afin d'obtenir la moindre réaction de sa part, me prenait les tripes.

-Ne me dis pas… tu es sérieuse, Greengrass ?

Faisant à nouveau face à Yaxley, je ne voyais plus Mina mais un claquement de pied courroucé contre les dalles du sol glacial se fit entendre derrière moi, et je ne doutais pas le moins du monde de son origine.

-Ta mère ne t'a donc rien dit ?, demanda-t-il avec ce qui semblait être un étonnement non feint, prenant sans doute l'irritation de Mina pour réponse.

-Je pense que tu as déjà pu observer ma mère, Yaxley, répliquai-je avec toute la patience dont j'étais capable et qui caractérisait si bien ma maison. Que tu as pu la rencontrer même. Elle…

-Elle est aussi bavarde qu'une pierre tombale, acheva Mina d'un air sombre en s'avançant à mes côtés.

Les bras croisés sur sa poitrine, le visage fermé, tout dans son attitude laisser entendre que la situation ne la faisait plus rire – si elle l'avait seulement amusé au départ – et qu'y mettre un terme lui semblait plus que nécessaire, ce que je ne pouvais qu'approuver. Tourner autour du pot n'avait jamais permis à une plante verte de pousser plus vite, après tout.

-Tu es tout de même la première concernée…, continua cependant d'éluder le Serpentard, ses deux sourcils froncés de façon à montrer une perplexité qui n'avait rien de naturel, ou même d'honnête.

Son air mi étonné mi inquiet n'aurait pu berner qu'un imbécile. Si son étonnement avait été sincère au début de cette conversation qui semblait n'avoir aucune fin, il se jouait à présent clairement des événements, nous faisant tourner en rond pour son petit plaisir personnel, bien que j'ignorai totalement quelle sorte de satisfaction il pouvait tirer de notre discussion.

-Accouche, tu veux ?, grogna Mina qui, elle, était en train de perdre le peu de patience qu'elle possédait.

Tout à son rang, Yaxley l'ignora superbement. Il lança un regard – et dont le sens m'échappa – à son ami qui haussa les épaules avec une désinvolture qui commençait à me taper sur les nerfs. Par Merlin, ne pouvait-il donc pas cesser d'être aussi impassible que le mur sur lequel il s'appuyait ? Ou t'entait-il de se fondre dans le décor ?

-Tu ne lis même pas la Gazette ?

Je fronçai les sourcils, cette fois-ci de plus en plus intriguée. Qu'est-ce qui pouvait me concerner, concerner Yaxley, et être suffisamment digne d'intérêt pour passer dans le quotidien des sorciers de Grande-Bretagne ?

-J'ai annulé mon abonnement quand ils ont augmenté les prix de l'impression, rétorquai-je avec une ironie dont je ne me savais pas capable. Pourquoi ?

-Et le Poudlardien ?

-Mais de qu-…

Il soupira de ce soupire, au premier abord innocent, mais si caractéristique de ceux qui le font dans l'unique but de vous couper la parole pour en placer une et rajouter une touche de drame à ce qu'ils s'apprêtent à dire. Et l'effet était plutôt réussi puisqu'il avait à présent toute mon attention et celle de Mina, qui avait même cessé de taper du pied et fixait Yaxley avec attention.

-Nos parents ont officialisé nos fiançailles, Greengrass.

A côté de moi, Mina étouffa un hoquet de surprise, alors que l'information faisait lentement son chemin jusqu'à mon cerveau. Nos quoi ?

-Hein ?, fut la seule réponse que je parvins à formuler convenablement.

S'il s'était joué de la situation quelques instants plus tôt, Yaxley ne semblait plus du tout avoir envie de rire. Son visage horriblement sérieux, sa voix trop sérieuse… J'ignorai la raison même de son mécontentement : les fiançailles en elles-mêmes ou que je sois la fiancée ? Toujours était-il que ses deux yeux gris, qui me fixaient avec une insistance presque gênante, me mettaient au supplice. C'était le monde à l'envers, le monde qui s'écroulait, le monde qui implosait sous mes yeux, le monde… Comment ma mère avait-elle pu faire cela sans même m'en parler ? Elle n'était, certes, guère expansive ou bavarde, mais une petite lettre ou un petit mot indiquant : « coucou ma puce, je t'ai fiancée ! bonne journée » aurait été la moindre des choses. J'étais, après tout, la première concernée !

-Vous êtes cousins à quel degré ?, railla Mina qui semblait hésiter entre se payer la tête de Yaxley et me réconforter.

-La ferme, North !, siffla Yaxley d'une voix sourde, la mâchoire crispée, oubliant soudain toute la tenue qu'il s'obligeait à conserver en permanence.

Le problème, ce n'était pas la consanguinité. Enfin, pas que. Le problème, avec les mariages arrangés, c'était le manque total d'amour dans ces unions, la domination de l'homme qui croyait avec force de conviction que tout lui appartenait, sa femme comprise. Le problème, c'était que les fiancés étaient toujours considérés comme des objets, dont l'unique utilité était d'assouvir les besoins matériels et financiers de leurs géniteurs. Le « cercle Sang-Pur », c'était une usine d'or où chacun faisait ses affaires, ni plus, ni moins. Il n'y avait pas de place pour les sentiments.

-Évites donc de te laisser aller à des déboires de toutes sortes, hum ?, reprit-il tout de même, son calme presque aussitôt retrouvé. Tu ternirais l'image de ta mère et la mienne par la même occasion. Sans oublier la tienne.

- Merci de penser à moi, répliquais-je d'une voix acide

-Et toi, tu peux t'envoyer en l'air avec tout Poudlard, c'est ça ?, ricana Mina, avec l'air de quelqu'un prêt à se battre à tout moment.

Il ne répondit pas, se contentant de me lancer un bref regard d'avertissement avant de tourner les talons, son camarade à ses côtés. Le silence accueillit leur départ.

-Ta mère, c'est vraiment la pire des garces !, lâcha ma meilleure amie avec un sifflement de dégout, brisant le silence qui avait suivi le départ des deux Serpentard.

Je lui lançai un regard noir, ne souhaitant guère m'aventurer sur ce sujet-là, et elle haussa les épaules comme si cela n'avait pas la moindre importance. Le chemin jusque notre salle commune se fit dans un silence de mort, uniquement rompu par les caquètements de Peeves qui apparaissait parfois au détour d'un corridor sombre. Mais je n'y prêtais pas d'attention. J'étais focalisée sur ce qu'il venait de ce passer et aurait été incapable de réagir face au moindre de danger. Ces fiançailles, c'étaient la dernière et l'ultime barrière que ma mère dressait entre nous. Elle n'aurait pas pu faire pire. Si elle voulait que je déteste ce monde auquel j'appartenais malgré moi, elle avait réussi, et avec brio. L'aspect majestueux et étincelant des Sang-Pur m'avait toujours fait miroiter mille et un rêve lorsque je n'étais encore qu'une enfant mais, plus j'avais grandi et plus j'avais pris conscience de la réalité des choses. Plus j'avais grandis et plus cet univers constitué uniquement d'apparence, chatoyant et remarquable, m'avait paru fade, composé de faux-semblants et d'aspects trompeurs. L'or éclatant recouvrant les fondations de ce monde restait de l'or, mais ces dernières étaient ce qu'elles étaient : malsaines, corrompues à la base, menaçant de s'effondrer à tout moment.

-Qu'est-ce que tu comptes faire ?, lâcha Mina du bout des lèvres alors que nous arrivions devant notre salle commune.

J'haussai les épaules, impuissante.

-Que veux-tu que je fasse ?, marmonnais-je pour toute réponse.

-Je sais pas, moi !, s'exclama-t-elle en faisant de grands gestes vers le plafond. Tu pourrais te rebeller, donner ton avis ! Barre-toi de chez toi ! Fais quelque chose ! Tu ne vas tout de même pas laisser ta mère décider de toute ta vie !

-Et quoi ?, répliquais-je d'une voix aigüe. Je suis supposée faire quoi ? Me barrer comme Black ? Je ne suis pas une Gryffondor, moi ! Désolée de ne pas être courageuse !

Non, je n'étais définitivement pas une Gryffondor. Je préférais sans le moindre doute que l'on décide de ma vie entière à ma place plutôt que de me soulever contre ma mère. C'était lâche sans doute, terriblement lâche, je ne voulais juste pas me dire que, si tout s'émiettait et que ma vie m'échappait, c'était uniquement de ma faute. Je n'avais jamais voulu prendre de grandes décisions dans ma vie, ou faire quoi que ce soit, pour la simple – et bonne ? – raison que je ne voulais pas être responsable de ce qui pouvait en découler. Je préférais mille fois remettre mon existence entre les mains de ma mère que la garder entre les miennes, et regretter ce que je pourrai en faire.

-Tu pourrais venir chez moi ! Black est bien parti chez Potter, lui. En plus, maman t'adore ! Elle serait ravie de t'avoir à la maison !

-Je ne peux pas, Mina, OK ? Je… je peux juste pas partir comme ça ! Je ne suis pas comme ça, je-… Écoute, c'est peut-être la pire des garces mais… si je m'en vais, elle n'aura plus personne… et puis…

Je fermais les yeux avec force l'espace d'une seconde. Merlin, comment pouvais-je expliquer cela à voix haute ? Je ne savais pas par quelle idée commencer, quels mots mettre les uns à la suite des autres, comment lui dire que fuir ne changerait rien. J'avais passé ma courte vie à fuir sans pour autant arriver quelque part, à tenter d'échapper à quelque chose que je ne pouvais éviter. J'avais passé seize années à croire que m'enfuir m'emporterait ailleurs alors que, tout ce temps, j'avais fait du surplace. Peu importe ce que pouvait bien dire Black, personne n'échappait à son passé, pas plus qu'à sa famille.

Mina secoua la tête de gauche à droite, ne comprenant évidemment pas où je voulais en venir. Elle me poussa par les épaules à l'intérieur du passage que venaient de libérer les tonneaux et, abattue, je me laissai faire. La salle commune était presque vide, la plupart des élèves étant au parc, afin de profiter de l'un des derniers week-ends ensoleillés du mois de septembre à l'extérieur. Je déposai mes affaires sur la petite table de bois, devant l'immense cheminée surplombée par le portrait d'Helga Poufsouffle, et m'affalai sur le canapé, Mina à mes côtés. Dans son cadre, la fondatrice de notre maison leva un toast, nous adressant son sourire le plus resplendissant.

-On terminera demain, lança Mina en désignant l'épais livre sur les vampires qu'elle n'avait pas réussi à ranger dans son sac.

J'acquiesçai en silence et ramenai mes jambes contre ma poitrine tout en posant ma tête lourde sur l'épaule de Mina.

-C'est moche, ajouta-t-elle.

Elle ne parlait pas de notre devoir de Défense Contre les Forces du Mal sur les vampires à travers les siècles.

-Ouais.

Elle s'agita quelques secondes et un bruit de papiers froissés se fit entendre. Une minute plus tard, elle agitait le Poudlardien devant mon nez. Sur la première page, en gros plan, une photo de Potter et Black bougeait, surplombant le titre « Les nouveaux héros de Poudlard ? ». Surprise, je relevai la tête vers Mina.

-Ils ont encore fait une crasse à Rusard, soupira-t-elle. Mais pas ça ; ça.

De l'index, elle tapota le haut du journal où une écriture en lettres capitales indiquaient : « FIANÇAILLES DE C. YAXLEY ET A. GREENGRASS : COUP DE BLUFF OU COUP DE FOUDRE ? Toutes les infos page 3 ». Deux photos animées, l'une de Yaxley et l'autre de moi-même, faisaient le coin de la une du journal de l'école. Si la mienne semblait être la photographie du trombinoscope de l'an passé – en témoignait mon visage crispé –, celle de Yaxley avait été pise à ce qui devait être la fin d'un match de Quidditch. Il portait l'uniforme de sa maison et une partie du manche de son balais apparaissait parfois dans le cadre alors qu'il se tournait tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, un sourire en coins mais bien sincère éclairant considérablement son visage carré.

-Tu veux que je te fasse la lecture ?, ricana Mina, me sortant de mes pensées par la même occasion.

-C'est bon, grognais-je en lui arrachant le journal des mains.

Je le roulai en boule et l'envoyai dans les flammes hautes de la cheminée. Nous observâmes durant de longues minutes le feu consumer totalement le journal, en silence.

-Graham est venu me parler tout à l'heure, marmonnais-je alors.

Je sentis Mina se raidir contre moi mais elle garda le silence, ce qui, la connaissant, devait lui coûter.

-Il m'a dit qu'il ne sacrifierait pas son bonheur pour notre amitié.

-Mais il est prêt à sacrifier notre amitié pour son bonheur ?, railla mon amie, désabusée.

Je secouai la tête, fatiguée. Depuis l'incident de la salle commune où nous avions découvert Graham embrassait à pleine bouche la sœur de Rhéa, Mina ne le supportait plus. Elle refusait catégoriquement de lui adressait la parole et acceptait de manger avec lui que s'ils ne parlaient pas. Ce qui, de mon point de vue, était totalement ridicule, un simple « passes moi le sel » pouvant rapidement tourner au drame si Allister ou moi-même n'intervenions pas pour calmer les hostilités.

-Pourquoi tu es aussi… susceptible, cette année ?, répliquais-je, ne m'attendant pas vraiment à une réponse.

Cette fois-ci, je la sentis prendre une grande inspiration, mais uniquement le silence me répondit. Pendant quelques minutes, seul le crépitement des flammes parvint jusqu'à mes oreilles, me berçant d'une douce et réconfortante mélodie. Assise contre moi, Mina semblait prise dans une profonde réflexion intérieure, le regard vide, la bouche entrouverte.

-Je ne sais pas, finit-elle par lâcher du bout des lèvres, d'une voix sérieuse que je ne lui connaissais guère. Mais cette année… tout est différent. Tout est devenu beaucoup plus sombre...

-Tu ne fais pas confiance à Graham ?, grinçai-je, à la fois surprise et offusquée. C'est notre meilleur ami, Mina. Lui et All sont nos meilleurs amis. Tu ne peux pas leur tourner le dos de la sorte sous prétexte que le monde change. Ça n'a rien à voir.

Elle sembla réfléchir quelques instants et, voyant son regard dans le vague, je ne pus m'empêcher de me demander si elle envisageait sérieusement que l'un de nos amis puisse nous trahir, d'une quelque façon.

-Est-ce que tu pourrais les trahir ? Nous trahir, tous les trois ?, finit-elle par demander du bout des lèvres.

-Non, assurais-je immédiatement d'une voix forte. Jamais.

Elle hocha la tête et passa un bras derrière mes épaules.

-Tant mieux, moi non plus.

Évidement que je ne pouvais pas les trahir. C'était mes amis, mes meilleurs amis. J'aurais préféré mourir que de les trahir. Je les considérais même comme ma famille. Nous ne nous connaissions certes pas depuis notre naissance – mais depuis notre arrivée à Poudlard – mais ça n'avait aucune importance. Les liens que nous avions liés étaient si forts qu'ils semblaient exister depuis toujours. Seulement, et ça n'aurait pas dû, l'hésitation de Mina me faisait douter. Ressentaient-ils la même chose à notre égard ? Je ne m'étais jamais posé la question, persuadée que je n'avais pas à le faire. Après tout, pourquoi l'aurais-je fait ? Ils étaient mes meilleurs amis, je leur faisais confiance, point, à la ligne.

Autour de nous, la salle commune prit soudain vie, et plusieurs Poufsouffle se levèrent, tandis que d'autres sortirent de leurs dortoirs, indiquant qu'il était probablement l'heure du diner.

-On devrait y aller, marmonna Mina en se redressant légèrement. J'ai faim.

-Tu as toujours faim, ris-je doucement en faisant de même. On retrouvera les garçons dans la Grande Salle.

Elle grimaça mais ne fit aucun commentaire.

Je ne savais pas d'où lui venait cette étrange suspicion envers tout le monde, elle qui, habituellement, était toujours gentille et adorait tout le monde. Cette méfiance qui grandissait en elle ne valait rien de bon, pour qui que ce soit.

-Au fait, lançais-je pour lui changer les idées. Je me demandais, c'était qui le Serpentard avec Yaxley, à la bibliothèque ? Je veux dire, tu sais qui c'est ?

Elle me lança un regard surpris en enjambant le passage secret qui masquait notre salle commune.

-C'est un Sang-Pur, répondit-elle comme une évidence. Très mignon, d'ailleurs. Tu devrais le connaitre, non ? Enfin, de nom, au moins…

Je secouai négativement la tête, attendant une explication. Si son visage ne m'avait rien dit, je ne connaissais certainement pas son identité. Jamais je n'avais rencontré, ou même croisé, quelqu'un possédant un flegme tel que le sien.

-C'est Rosier. Evan Rosier.