MAJ 25/11/2020


Chapitre 5 : puisse le karma nous être favorable

Octobre 1976

Le seul côté positif du cours d'Études des Moldus n'était pas tant le côté « sans-magie » mais plutôt le fait que ceux qui y assistaient le faisait par intérêt. À deux exceptions près, peut-être : Rogue et moi. Je m'y étais inscrite trois ans plus tôt plus par désire de trouver un quelconque moyen de faire réagir ma mère que par réelle envie et Rogue, pour Lily Evans. Hormis nous deux, tous les élèves présents l'étaient de leur plein gré, ce qui n'était pas plus mal puisque le professeur ne perdait pas de temps à houspiller de potentiels perturbateurs.

Rogue et moi étions, par le plus grand hasard, assis côte à côte deux heures et demi par semaine. En soi, ce n'était pas une corvée, contrairement à ce que la quasi-totalité du château pouvait bien penser. Il n'avait, certes, pas une hygiène remarquable mais il ne sentait pas le Détraqueur en décomposition pour autant. Il parlait peu, excepté pour appuyer les dires de sa chère et tendre Lily Evans qui, manifestement, s'en tapait la baguette ou durant les rares travaux de groupes. Je ne lui vouais pas la moindre sympathie mais, contrairement à d'autres, je ne le haïssais pas non plus, même si quelque chose en lui, que je ne pouvais expliquer, me dérangeait. Lui ne m'appréciait guère pour la simple raison que je ne n'appréciais pas sa bien-aimée. Mais il fallait dire qu'elle m'horripilait. Je la trouvais trop hautaine, trop égoïste. Rogue et Potter lui tournaient autour, l'aimaient, mais elle les avait envoyé paître tous les deux. Qu'imaginait-elle ? Que le sorcier parfait allait brusquement débarquer sur le dernier balais et l'emmener vivre, dans une somptueuse demeure, une vie rêvée loin du chaos générale ? Quelle naïve. Ne pouvait-elle se contenter de ce qu'elle avait, de ce qui s'offrait à elle ? Certes, Potter avait la délicatesse et l'intelligence d'un calamar amputé du bulbe, mais il n'en restait pas moins un Sang-Pur pouvant lui offrir, à peu de chose près, tout ce qu'elle désirait. Rogue, bien qu'il n'ait pas été aussi gâté par la nature que Potter, avait tout de même l'air d'être absolument prêt à tout pour elle, allant sans doute jusqu'à être prêt à sacrifier sa propre vie pour elle. Que voulait-elle de plus ? La vie n'était rose pour personne. C'était sans doute cela, qui m'exaspérait le plus chez elle, cette manie de toujours vouloir le meilleur alors que quelque chose de bien se trouvait déjà sous son nez. En somme, je la trouvais trop parfaite. Pour ma part, j'étais persuadée que nous n'avions que ce que nous méritions. Mais, dans ce cas-là, certains ne risquaient pas d'avoir grand-chose.

Un craquement sec me fit sursauter, me ramenant brusquement à la réalité. Une douleur aigue me traversa la paume et, ignorant la quinzaine d'élèves qui avaient posé leur regard sur moi, je fixai avec surprise quelques gouttes de sang perler de la main dans laquelle je tenais encore les deux morceaux de la plume que je venais de briser. Plume toute neuve, puisque je l'avais acheté quelques jours auparavant, lors de la dernière sortie à Pré-au-Lard.

Marmonnant quelques excuses inintelligibles à l'adresse du professeur qui me lançait un regard houleux, je tachai de me concentrer sur le travail que ce dernier nous avait demandé de réaliser tout en essayant de nettoyer l'encre qui avait giclé sur la table.

-Greengrass ?

Je l'ignorai délibérément. Je n'avais pas la moindre envie de sympathiser avec Rogue, et encore moins de lui parler. S'il voulait discuter, il n'avait qu'à le faire avec le mur à sa droite.

-Greengrass, insista-t-il.

Je me retins de soupirer, plongeant un peu plus mon nez dans mon manuel d'Études des Moldus, ouvert à la page des « centres commerciaux ». Les photos, immobiles, représentaient des bâtiments en verre avec un escalier immense en leur centre qui s'enfonçait dans les étages. Fait surprenant, les Moldus, qui « montaient » les marches, étaient parfaitement droit, comme s'ils s'attendaient à ce que l'escalier les monte tout seul. Je me souvenais vaguement d'un été où Mina avait tenté de nous forcer à aller dans un « centre commercial », mais l'air irrespirable du parking et l'abondance de Moldus m'avaient convaincu de ne pas y mettre ne serait-ce qu'un orteil.

-Greengrass, répéta encore Rogue.

Exaspérée, je relevai la tête avec mauvaise foi, prête à lui enfoncer mes deux morceaux de plume dans chacune de ses narines, mais il prit la parole avant même que je n'ai le temps d'esquisser le moindre mouvement.

-Nous avons fini ce chapitre il y a deux semaines, dit-il d'une voix doucereuse, maintenant nous sommes à celui sur l'importance de l'électricité dans le monde Moldu.

Je senti mes joues s'empourprer malgré moi et, face à son petit air supérieur, j'essayai de reprendre contenance malgré tout.

-Je le savais, répliquais-je en me redressant.

Du coin de l'œil, je tentai d'apercevoir le numéro de la page à laquelle son propre livre était ouvert mais, encore une fois, il me prit de court et me l'indiqua avant de se reconcentrer sur les paroles de notre professeur. Mon manuel ouvert à la bonne page, je pu voir le nouveau chapitre que nous avions manifestement commencé depuis plusieurs heures. En haut à gauche, « L'ÉLECTRICITÉ ET LES MOLDUS » en lettres majuscules surplombait une écriture plus petite qui indiquait « Quelques objets électriques indispensables des Moldus ». Les deux premières pages étaient occupées par plusieurs photos d'un homme au nez triangulaire et par sa biographie. « Thomas Alva Edison », disait son nom. Les pages suivantes étaient réservées pour les inventions de cet homme : la photo d'un télégraphe ici, celle d'une ampoule là… Feuilletant encore les pages suivantes, je vis d'autres photos encore, toujours fixes, avec le nom de la personne photographié et quelques anecdotes en dessous, accompagnés par des dessins ou d'autres photos encore. C'était à vous en donner mal au crâne. Autant de noms et d'inventions… Dans quel but ? Se faciliter la vie ? J'étais bien heureuse d'être une sorcière, dans ce cas-là…

-Miss Evans, nous vous écoutons, lança le professeur d'une voix haute, couvrant les quelques bavardages qui s'amplifiaient et, par la même occasion, me ramenant une nouvelle fois à la réalité.

-Le problème, dit la concernée, c'est que nous blâmons sans cesse les Moldus pour je-ne-sais-quelle-raison, mais nombreuses sont leurs inventions qui sont très utiles. Regardez le téléphone ou l'imprimerie, par exemple…

-Où les armes à feu, marmonna quelqu'un dans le fond de la classe.

Notre enseignant lui lança un regard d'avertissement – il ne supportait pas la prise parole spontanée durant ses cours – avant de reporter son attention sur la rousse au premier rang.

Exaspérée par ce qui s'annonçait être un débat sans fin sur la légitimité des Moldus à inventer toutes sortes d'objets plus farfelus les uns que les autres, je plongeai la tête dans l'énorme livre ouvert devant moi et entreprit de gribouillait sur ce qu'il me restait de plume. Dire qu'elle m'avait couté une petite fortune ! Après avoir terminé le coloriage du schéma de ce qui était manifestement une pile électrique, je m'essayai à tenter de reproduire celui d'un téléphone, mais la tâche se révéla beaucoup plus ardue qu'au premier abord.

A ma droite, même sans le regarder, je sentais Rogue assit droit comme une baguette, ses yeux de chauve-souris grands ouverts et fixés sur l'objet de sa convoitise. Le coude qu'il m'infligea, en plein dans les côtes, me força à relever le nez de mes chef-d'œuvres. Le professeur, debout devant son bureau, inspectait la classe de son regard de vautour, tandis que Lily Evans continuait de déblatérer un flot discontinu de paroles qui n'avaient pas le moindre sens pour moi. À quoi, par Merlin, pouvait donc servir une imprimante ?

-Je comprends où vous voulez en venir, indiqua notre enseignant lorsque le débit de parole s'arrêta, mais tentez de développer un peu votre pensée. Je crains que certains…

Tout en parlant, il s'avançait vers le fond de la salle, s'arrêtant devant la table de deux Gryffondor qui parlaient à voix basses, penchés l'un vers l'autre. Ils ne levèrent même pas le regard lorsque l'enseignant de planta devant eux.

-… n'aient pas tout suivit !, hurla-t-il brusquement, mais la sonnerie, qui choisit le même instant pour retentir, couvrit la fin de ses paroles.

Un énorme brouhaha s'éleva alors que tout le monde raclait sa chaise sur le sol avant de se ruer vers la sortie.

-PETTIGREW ! LONDUBAT !, s'égosilla tout de même le professeur, réussissant dans un exploit à attraper les deux Gryffondor par le bout de leur cape.

La salle se vida complètement et, inconsciemment, je rangeai mes affaires avec plus de lenteur qu'à l'accoutumé, prêtant une oreille attentive au sermon que les deux rouge et or recevaient. Je n'aurai pas dû, évidement, question de bon sens et de principe, mais cette fois-ci j'éprouvai tout de même le désir de fouiner un peu, de m'intéresser plus aux autres habitants du château qu'à moi-même.

-Mr. Londubat, tançait notre enseignant d'un ton menaçant, les yeux plissés, si vous prêtiez attention à mes cours au lieu de bavarder avec votre camarade et d'espionner Miss Fortescue, vos résultats seraient sans aucun doute à la hauteur de mes espérances ! Personne ne vous a forcé à vous inscrire à mon cours, que je sache, ayez donc l'obligeance de suivre nos leçons !

Celui-ci hocha la tête, l'air un peu ailleurs et les joues colorées d'une jolie teinte pivoine.

-Et vous !, tonna l'autre, en se tournant à présent vers le plus petit des deux qui se ratatina aussitôt sur lui-même. Si vous cessiez de suivre vos amis casse-cou dans leurs sottises et que vous travailliez un peu plus, vous pourriez sans aucun doute avoir un très bon niveau, que ce soit dans ma matière ou dans une autre !

Puis, voyant l'air guère rassuré de Pettigrew qui avait l'air de ne plus savoir sur quel pied dansait, il baissa d'un ton et son visage crispé et furieux se fit plus agréable.

-Vous êtes intelligent, Mr. Pettigrew, n'en doutez pas, d'accord ? Mais ne vous laissez pas détourner du droit chemin…

Ce dernier hocha la tête précipitamment, remerciant silencieusement le professeur qui se redressa, reprenant par la même occasion son expression sévère.

-Cependant, messieurs, ce n'est pas la première fois que je vous réprimande – loin de là d'ailleurs – et par conséquent, je me dois de vous sanctionner. Il me semble que Mr. Picott est à la recherche d'élèves pour laver la salle des trophées ainsi que pour ranger les livres de la bibliothèque sur lesquels quelques petits imbéciles (il lança un regard appuyé à Pettigrew) se sont amusés à lancer des sortilèges déroutants…

Londubat, qui parut reprendre contact avec la réalité, parut horrifié, et demanda combien de temps la punition durerait.

-Oh, aussi longtemps que Mr. Picott le jugera nécessaire, dit doucement le professeur avec un faible sourire compatissant. Peut-être qu'après cela, vous jugerez plus important de vous concentrer tous deux sur vos études…

Il se détourna des deux Gryffondor, qui bougonnèrent en se dirigeant vers la sortie, quand il remarqua alors ma présence. Surpris, il haussa un sourcil.

-Miss Greengrass ?, s'étonna-il, je peux vous être utile, peut-être ?

Maudissant les battements emballés de mon cœur que l'on pouvait sous aucun doute entendre jusque Saturne, je tentai d'afficher un sourire assuré sur mon visage mais je compris rapidement que ma tentative était peine perdue en sentant mon visage s'empourprer et en voyant le visage de l'autre perdre le peu de bienveillance qui était apparu sur sa figure lorsqu'il avait remarqué ma présence. Paniquée, je tentai vainement de trouver une excuse plausible pour être toujours là, furieuse contre moi-même de ne pas y avoir pensé avant.

-Je... en fait, je cherche l'autre morceau de ma plume, lançais-je piètrement en brandissant celui qui me servait à écrire. J'ai dû le faire tomber, mais je ne le trouve plus… Enfin, ce n'est pas gra…

-Il me semble que vous venez tout juste de le mettre dans votre sac, pourtant, coupa-t-il brusquement en me montrant du menton ma sacoche.

Je me figeai, maudissant mon inexistante discrétion, avant de sourire de toutes mes dents à mon professeur qui, lui, ne souriait pas le moins du monde.

-Merci pour votre aide, professeur, lançais-je en tournant les talons, au revoir !

Ma main se posait sur la poignée de la porte lorsque, encore une fois, il m'interpella. Tâchant de garder le même sourire affirmé sur ma figure, je lui fis face. L'expression à la fois fatiguée et inquiète de son visage me frappa brusquement. Ce que j'avais appris au sujet du professeur McQuarie en trois ans ne se résumait qu'à peu de chose. Il était souvent strict, bien que toujours compréhensif, et ne laissait pas presque jamais une autre émotion que la neutralité apparaitre sur son visage. Le voir ainsi, presque faible, me percuta de plein fouet.

-Tout va bien, professeur ?, m'enquis-je, légèrement inquiète.

Il parut surpris par la question. Ses paupières papillonnèrent furieusement, comme s'il tentait de reprendre contact avec la réalité.

-Pardon ? Moi ? Oui, oui, très bien… Non, je voulais vous parler de vous, Miss Greengrass…

Il sembla hésiter et je me contentai d'attendre patiemment la suite. Les yeux perdus dans le vague, il sembla oublier une nouvelle fois mon existence quelques secondes et, sautant sur l'occasion, j'ouvris la porte et sortis à l'air libre. Le cours qui suivait était celui de potion et je me devais d'arriver à l'heure afin de rester dans les bonnes grâces du professeur Slughorn. Bonnes grâce qui ne suffisaient toutefois pas à ce qu'il m'enjoigne à rejoindre son fameux Club. Mina, qui rêvait d'y entrer depuis notre première année, m'avait longtemps tanné pour que je m'y fasse une place, croyant sans doute que seul mon nom parviendrait à pousser Slughorn à m'inviter. Force était d'admettre qu'il ne le ferait pas et qu'au lieu de se focaliser sur qui j'étais, c'était le trou de mon arbre généalogique qui faisait défaut à ma personne. Elle avait finalement abandonné l'an passé, lorsqu'après avoir tenté de nous faire inviter par la quasi-totalité des élèves du Club, elle avait essuyé autant de refus qu'elle avait fait de demande, ce qui l'avait agacé au plus haut point.

Jetant un bref coup d'œil à ma montre, je compris que je n'arriverai jamais à l'heure aux cachots, étant donné qu'il aurait fallu pour cela que je traverse tout le château et que je descende cinq étages en deux minutes quarante ce qui, je devais l'admettre, était tout bonnement impossible. Vouloir fouiner dans la vie d'autrui n'était manifestement pas très positif, surtout si cela m'apportait les mauvaises grâces de tous mes professeurs.

Souhaitant tout de même y mettre de la bonne volonté, je marchai à grandes enjambées, aussi vite que mes jambes me le permettaient. Regardant à intervalles réguliers les aiguilles de ma montre bougeaient à une vitesse alarmante, je dévalais les escaliers sur deux étages avant de reprendre un autre couloir, m'enfonçant dans les méandres du château. C'était ce que je détestais le plus à Poudlard, cette façon dont les escaliers, les portes, les portraits, et tant d'autres choses, bougeaient sans cesse. Vous pouviez être à deux pas de l'infirmerie et brusquement, par la volonté d'un stupide escalier, vous retrouvez en direction des toilettes de Mimi Geignarde, ce qui, en soi, était potentiellement problématique. Si le château était de bonne humeur, vous pouviez espérer faire un quelconque trajet en dix minutes. Dans le cas contraire, vous pouviez très bien mettre le triple de ce temps, voir pis, si la malchance était de votre côté.

Malheureusement, excepté les cuisines, je ne connaissais aucun passages secrets ou un quelconque raccourci dissimulé par un tableau, et devais donc me coltiner jour après jour les couloirs et escaliers interminables du château. Le côté positif dans tout cela, disait Mina, était qu'à défaut de faire du Quidditch, nous faisions tout de même un peu de sport.

Perdue dans mes pensées, je tournai au bout d'un couloir, essoufflée et prête à m'adosser quelques secondes contre un mur avant de reprendre mon chemin, quand je percutai violement quelque chose de mou et me retrouvai les deux fesses sur le sol.

-Mais c'est pas vrai !, pestais-je en tirant ma sacoche, qui était tombée plus loin et s'était, vers moi. J'ai pris un abonnement pour que vous me pourrissiez tous la vie ou quoi ?!

Énervée, je tentai de me relever tant bien que mal, une main tenant mon sac, l'autre prenait appuie contre le sol.

-Oui, répliqua une voix moqueuse, d'ailleurs c'est le numéro spécial du mois, aujourd'hui.

Grinçant des dents à l'entente de cette voix familière, je le fusillai du regard tout en me remettant sur mes deux pieds mais, basculant en arrière au dernier moment, je vis le sol se rapprocher dangereusement une nouvelle et fis de larges moulinets avec les bras en paniquant, envoyant au passage mon sac valdinguer plus loin. Une large main froide et assurée s'empara brusquement de mon avant-bras, m'arrachant un bref cri de douleur, et un dixième de secondes plus tard, je me retrouvais la tête dans son torse, humant un parfum de menthe que je me fis un devoir de détester sur le champ. Repoussant aussitôt mon pseudo sauveur, je reculai et louchai derrière lui pour voir que – heureusement ou étrangement – il était seul.

-Depuis quand tu connais l'humour ?, grinçais-je, me surprenant moi-même de lui répondre sur ce ton.

Je tâchai de reprendre contenance, lissant ma jupe et remettant ma chemise correctement, et faisais tout pour ne pas croiser son regard, avant de récupérer mon sac et de remettre à l'intérieur tout ce qui s'en était échappé. Sans Mina à mes côtés, je me sentais terriblement faible, presque en infériorité.

Il haussa un sourcil circonspect, manifestement surpris lui aussi par le ton de ma réponse. Mais je devais bien avouer que sa présence me fatiguait et que, plus son être se trouvait loin de mon espace vital, mieux je me portais.

-Oh, je t'en pris, Greengrass, lâcha-t-il, faisons au moins semblant de nous apprécier, non ? Ou, du moins, de nous supporter.

-Quand Merlin sera Moldu, répliquais-je, acide, avant de le contourner en prenant soin de ne pas l'effleurer.

Je ramassai mon sac, vérifiant qu'il était toujours fermé – et que, par conséquent, rien ne s'était échappé – avant de le remettre sur mon épaule.

-Si j'étais toi, je n'irai pas par-là !, lança-t-il d'une voix forte dans mon dos alors que je m'éloignais le plus rapidement possible.

Suspicieuse, je tournais les talons et le fixai d'un air mauvais depuis l'endroit où je m'étais arrêtée. Un petit sourire ironique flottait sur son visage, brisant l'harmonie froide de sa face taillée à la serpe.

-Et pourquoi donc ?, sifflais-je.

En jetant un coup d'œil à ma montre, je vis que j'avais déjà plusieurs minutes de retard. Si je continuais ainsi, je pouvais dire bonjour à un devoir supplémentaire.

-Black et sa clique ont fait exploser une bombabouse dans le couloir. Je ne sais pas ce qu'ils ont fait avec… mais enfin, le couloir est impraticable.

Maudissant les Gryffondor sur plusieurs générations, je revins sur mes pas, contournant Yaxley une seconde fois, et repris le couloir que je venais de traverser en sens inverse quelques minutes plus tôt. Mais c'était sans compter sur le Serpentard, bien décidé à imposer sa présence dans ma vie jusqu'u bout, qui m'attrapa le poignet au passage, me forçant à m'arrêter et à lui faire face.

-Qu'est-ce que tu veux ?, fulminais-je en agitant mon bras dans l'espoir vain qu'il finisse par me lâcher.

-Je t'ai connu plus douce et docile, commenta-t-il de la même façon que s'il analysait un match de Quidditch.

Dans un sens, il avait raison. Moi-même, je ne me connaissais pas si… méchante ? Je me décrivais volontairement avec les caractéristiques de ma maison – loyale, patiente, sincère, tolérant… – mais en présence de Yaxley, de mon fiancé, puisque je ne le voyais plus que de cette façon désormais, je me sentais dériver, comme si quelque chose d'autre prenait possession de moi et me poussait à ne plus être qui j'étais, c'est-à-dire une digne Poufsouffle.

-Viens, finit-il par lâcher platement avec un regard condescendant en me voyant à demi amorphe au milieu du couloir, les bras ballants de chaque côté du corps. Je connais un raccourci pour aller aux cachots.

Je fronçai les sourcils à l'entente de ma destination. Comment savait-il où je me dirigeais ? Mes yeux croisèrent les siens, rieurs, et je me retins à la dernière seconde d'ouvrir la bouche pour sortir une question que je savais inutile : il l'aurait dévié ou se serait moqué de moi. Mais savoir que Yaxley connaissait mon emploi du temps par cœur avait quelque chose d'effrayant, ou du moins, n'était guère rassurant. A quoi cela pouvait bien lui servir ? Je me promis intérieurement de ne pas en parler à Mina : elle me forcerait à me plaindre pour harcèlement auprès du corps enseignent et je préférais de loin me coltiner Yaxley à tous les coins de couloirs que de voir nos professeurs s'intéresser à ma vie privée.

Mettant une main légère dans le creux de mon dos, me faisant sursauter au passage, Yaxley me poussa dans un corridor sombre. Docile, j'obéi à chaque pression, me murant dans un silence de plomb, bien décidée à ne pas lui adresser la parole. Lui-même n'ouvrit pas la bouche bien que je puisse sentir le poids de son regard sur moi. Lorsque nous arrivâmes aux cachots, quelques minutes plus tard, ma joie de ne pas avoir croisé âme qui vive était à son apogée et, me dégageant de sa main sans le regarder, je marmonnai un bref remerciement inintelligible. Cette fois-ci, il ne me retint pas et je me dirigeai vers le cachot n°5 avec toute la nonchalance et la légèreté dont j'étais capable, sentant parfaitement le poids de son regard de glace toujours posé sur moi. Et pourtant, lorsque j'arrivai à l'entrée de mon cachot, tournant la tête en direction de l'endroit où j'avais laissé Yaxley, je me retrouvai face à un couloir sombre et vide.

Troublée, je frappai à la porte et l'ouvrit en entendant la réponse affirmative du professeur.

-Excusez-moi…, dis-je d'une petite voix en passant la tête par l'entrebâillement du panneau. Bonjour, désolée du retard, je, je parlais d'un devoir avec le professeur MacQuarie et…

Ma manie aux mensonges – bien qu'ils ne soient guère crédibles – me surprit et, après un petit geste de la main du professeur Slughorn, j'entrai dans la salle. Nous avions cours commun avec les Gryffondor. Ma première surprise fut de voir Mina, qui me fit un sourire désolé, partager sa paillasse avec Lupin et, la seconde, d'apercevoir un James Potter me faire de grands signes de la main en me désignant le siège libre à ses côtés. Je fis quelques pas dans sa direction, lorsque le regard haineux de Rhéa croisa le mien. Stupéfaite, cherchant à savoir la raison d'un tel coup d'œil alors que nous avions toujours été en bons termes, je m'arrêtai au milieu de la salle, figée.

-Miss Greengrass, allons, asseyez-vous à côté de Mr. Potter, lança Slughorn d'un ton brusque en relevant le nez du chaudron d'un Gryffondor. Vous voyez bien qu'il n'y a plus de place.

Tâchant d'ignorer Rhéa comme je le pouvais – ce qui n'était pas chose aisée tant l'intensité de son regard était forte – je me glissais aux côtés de Potter, ignorant volontairement son grand sourire de bienvenue. Mais, à mon plus grand damne, il ne se laissa pas plus démonter que Yaxley.

-Pourquoi tu tire cette tronche ?, lança-t-il en se penchant vers moi, le même sourire d'abrutie fini collé au visage.

-C'est quoi, la potion que nous sommes censés faire ?, répliquais-je.

Il se redressa, m'étudia longuement du regard, avant de reprendre la parole.

-Si c'est à cause de Rhéa, ignore-là, on a rompu. Elle ne comprend pas que je puisse avoir des amies.

-On n'est pas amis, Potter, tranchais-je d'une voix que je voulais ferme.

Si ? Non, nous n'étions pas amis. Nos relations se résumaient à quelques discussions cordiales, parfois des petites piques, mais pas plus. Pourtant, qu'il me considère comme une « amie », me fit chaud au cœur. L'impression de compter pour quelqu'un qui, je le pensais jusqu'à lors, ne me vouait que de l'indifférence, me donna la sensation d'être importante. Non pas que Mina, Allister et Graham ne comptent pas pour moi, ou l'inverse, mais notre attachement coulait tellement de source que nous ne nous le disions jamais. Nous nous contentions de nous le montrer. Alors, que quelqu'un d'autre, que le grand James Potter adulé de tous, me considère comme son amie me mettait du baume au cœur, bien que je ne le considérais pas le moins du monde comme un ami. Et puis, me voyait-il réellement comme une amie, ou sa définition de l'amitié se résumait à de simples connaissances ?

-Tiens, me dit Potter en changeant volontairement de sujet face à mon air troublé. Il faut les écraser.

Il me tendit un couteau et un petit sac des figues. Obtempérant, je me saisis des fruits avant d'entreprendre de les écrabouiller.

Un silence lourd s'installa, uniquement rompu par les « plouf » que faisaient les figues aplaties que Potter lançait dans le chaudron. Le manuel de potion, posé derrière le chaudron, était couvert de taches en tout genre et je m'étonnais qu'il puisse encore feuilleter les pages sans qu'elles ne soient collées les unes ou autres.

-Le fait que tu ais des amies est la seule raison pour laquelle tu as rompu ?, lançais-je finalement, sur le ton de la conversation, avec un semblant d'intérêt.

Il me jeta un coup d'œil avant de regarder à sa droite, où Rhéa partageait sa table avec Lily Evans. J'haussai un sourcil, dubitative.

-Lily Evans est la seule dans mon cœur, lâcha-t-il d'un ton beaucoup trop sérieux pour être crédible.

Je pouffai légèrement avant de jeter la dernière figue dans le chaudron.

-Potter, grinçais-je soudain en lisant son manuel de potions, ce ne sont pas des figues écrasées qu'il fallait mettre, mais du jus de figues, triples buses !

-Parce que, tu vois, continua-t-il sur sa lancée, j'aime Rhéa, elle est géniale, qu'on soit d'accord. Bien sûre, il ne faut pas s'arrêter à son petit air supérieur et à ses défauts et creuser plus loin, ce que les gens ne font jamais, mais…

-Mais tu es amoureux d'Evans, complétais-je. Donnes-les-moi !, le grondais-je en me saisissant des épines de porc-épic qu'il s'apprêtait à balancer dans le chaudron. Elles doivent être en poudre ! La potion est censée être jaune à cette étape, pas marron !

Pendant quelques minutes, je m'attelais à la concoction de la potion, éloignant d'un coup de louche les mains trop baladeuses de Potter qui voulait à tout prix participer. Mais si la métamorphose et l'étude des Moldus n'étaient pas mes matières de prédilection, je ne m'en étais jamais trop mal sortie en potions et refusais qu'un sombre idiot baisse ma moyenne dans cette matière pour le plaisir de faire le malin.

-Tu n'aimes pas beaucoup Lily, hein ?, me lança Potter, essoufflé après avoir abandonné la courte lutte dans laquelle nous nous étions engagés et qui consistait à s'emparer du pot de fèves sopophoriques.

-Tout comme tu n'aimes pas beaucoup Rogue, répliquai-je.

Il ne parut pas apprécier la comparaison, ses lèvres fines si pincées qu'elles disparaissaient presque, et, pendant un certain temps, il n'ajouta rien, se contentant de m'observer verser du jus de figue dans notre chaudron. Slughorn passa près de nous, jeta un bref coup d'œil à notre potion avant de tourner les talons vers une autre paillasse, sans faire le moindre commentaire.

Attendant que notre potion chauffe, je jetai un coup d'œil à Mina en pleine discussion avec Lupin. Ce dernier n'avait guère l'air en forme et semblait répondre faiblement à ma meilleure amie qui, elle, faisait de grands gestes tout en parlant, faisant parfois naître un faible sourire sur les lèvres du Gryffondor.

-Eh, chuchota Potter en se penchant vers moi, l'air conspirateur. A ton avis, qu'est-ce q… Par le caleçon de Merlin !, s'écria-t-il brusquement en se redressant, s'attirant un regard désobligeant de Slughorn. Pourquoi tu me frappes ?!

-Ne-mets-rien-dans-la-potion, articulais-je lentement, ponctuant chaque syllabes par un coup de louche sur son épaule – ou n'importe quelle partie de son corps que j'étais en mesure d'atteindre, en fait.

Se frottant les membres que j'avais frappé, un air douloureux sur le visage, il me fusilla du regard avant de rouvrir la bouche. Par Merlin, ne se taisait-il donc jamais ?

-Ta copine Mina, elle veut quoi à Remus ?, finit-il par demandé, la voix plate mais les yeux menaçants.

J'haussai les épaules.

-Lui parler ? Ils sont à côté.

-Et tu sais pourquoi ils sont à côté ? Parce qu'elle s'est précipité sur lui ! Ta copine est malade !

-Et alors ?, répondis-je en fronçant les sourcils. Parce que toutes les filles de l'école vous tournent autour avec Black, une seule n'a pas le droit de parler à Lupin ? S'il est en possession d'une langue et d'un cerveau, ce qui est le cas, il me semble qu'il est très bien capable de tenir une conversation avec n'importe qui. Le monde ne tourne pas autour des grands Potter et Black, que je sache.

-Non, mais attends !, s'insurgea le binoclard. North sort avec des gars juste pour s'amuser ! Qu'elle ne blesse pas Remus juste pour son plaisir perso…

-Tu t'entends parler, Potter ?, m'enquis-je, le plus sérieusement possible.

-Quoi ?

Sa tête d'ahuri me fit soupirer.

-Tu es son meilleur ami, à Lupin, pas sa nounou. Je doute qu'il ait besoin d'être materné ou protégé de la sorte sous prétexte qu'une fille lui parle. Mina ne va pas le mordre.

Il fit une drôle de tête mais je ne relevai pas, décrétant qu'il s'agissait probablement de son air habituel, ce qui ne devait pas être tout à fait faux après tout, et la sonnerie marqua la fin de notre discussion. Attrapant une fiole, je versai une louche de potion – censée être jaune mais qui restait résolument marron – à l'intérieur et l'apportai sur le bureau du professeur Slughorn avant de récupérer mes affaires et de sortir. Avant de franchir la porte, je vis tout de même Potter se précipiter sur son ami, le visage tendu.

Mina m'attendait déjà dans le couloir, un grand sourire sur le visage. En me voyant sortir, elle sautilla jusqu'à moi, me saisit par le bras et me traina dans un couloir.

-Désolée de t'avoir lâché, babilla-t-elle pas désolée du tout, me tirant à moitié afin que j'avance à la même vitesse. Mais comme tu as pu le voir, j'ai décidé de sympathiser avec Remus ! Et la première impression était vraiment la bonne ! Il est intelligent, drôle, gentil…

-Il n'avait pas l'air très bien, crus-je bon de commenter.

Un sourire… protecteur ? s'étala sur son visage.

-Oui, le pauvre… il est un peu malade ces temps-ci et sa grand-mère ne va pas très bien… Vous parliez de quoi avec Potter ?

-Oh, rien, soupirais-je en levant les yeux au ciel. Mr. Potter est d'avis qu'il doit décider qui fréquente ses amis.

Mina éclata de son rire si joyeux et communicatif, me forçant presque à la suivre. Prises dans notre conversation, nous continuions de nous enfoncer dans les étages, en direction de notre dernier cours de la journée, avant le souper. Faute de place dans notre emploi du temps, notre cours d'études des runes anciennes s'était retrouvé coincé en fin de journée, au plus grand malheur de la totalité des élèves suivant cette classe. Du cours d'études des Moldus, je ne retrouvais que Lily Evans. Lupin remplaçait Pettigrew, mais tous les autres, de Rogue à Londubat, ne suivaient pas cette option.

Passant pour la première fois, auprès de Mina, quelque chose sous silence, je ne lui mentionnais volontairement pas la brève altercation avec Yaxley. Après tout, elle n'avait pas besoin de se faire plus de soucis que cela, non ? L'entendre traiter le Serpentard de tous les noms m'aurait sans aucun doute fait rire, mais je savais qu'elle l'aurait pris trop à cœur et je doutais fortement qu'elle ait besoin de se soucier d'un problème en plus, ces derniers temps. A la place, je préférai lui parler de la prochaine sortie à Pré-Au-Lard qui devait avoir lieu trois semaines plus tard. Mina, à qui il n'en fallait pas plus, se lança dans un briefing de notre programme de l'après-midi.

-Oh, et tu as vu dans La Gazette ? Il y a ce nouveau magasin de farces et attrapes qui a ouvert cet été ! Zonko, je crois, on pourrait y faire un tour, non ? Et puis…

Elle allait continuer sur sa lancée lorsqu'un énorme « SPLASH » retentit, nous faisant sursauter. Je lançai un coup d'œil étonné à Mina qui me répondit par un haussement d'épaules, ne sachant pas plus que moi ce qui avait provoqué un tel vacarme. Curieuses, nous nous dirigeâmes vers l'origine du bruit, au bout du couloir. Celui-ci était complètement inondé. Marchant sur la pointe des pieds, je sentis rapidement le liquide froid s'insinuer dans mes chaussures et mouiller mes chaussettes hautes, rendant chaque pas plus désagréables les uns que les autres. Le bout du corridor s'ouvrait sur les toilettes de Mimi Geignarde, d'où provenaient eau et gémissements à souhait. Mina, guère désireuse d'avancer plus loin, s'arrêta à l'entrée, m'indiquant qu'elle m'attendrait ici. Prenant garde où je mettais les pieds, je m'avançai dans les toilettes en ruines, appelant Mimi d'une voix peu sûre. A ma plus grande surprise, je ne vis que le petit Tommy, debout et trempé au milieu des dégâts. M'avançant vers lui, je ne vis pas Mimi surgir brusquement d'un toilette en criant, m'arrachant un hurlement de frayeur.

-Par Merlin ! Mimi ! Ca va pas ?!, couinais-je, baissant les mains avec lesquelles je venais de me couvrir le visage par reflexe.

-Ils ont détruit mes toilettes !, s'écria-t-elle de sa voix pleurnicharde et insupportable pour quiconque souhaitant garder une bonne ouïe. Ils embêtent toujours Mimi ! Pourquoi s'en prennent-ils toujours à Mimi ? C'EST MARRANT, HEIN, D'EMBETER LA PAUVRE MIMI, PUISQU'ELLE EST MOOOORTE !

Je grimaçai alors que le son perçant de son cri atteignait mes pauvres tympans, me faisant violence pour ne pas me boucher les oreilles et l'offenser plus qu'elle ne l'était déjà.

-Qui ça, « ils » ? Lui ?, demandais-je en pointant Tommy du doigt.

Ce qui me laissait relativement perplexe, doutant de la capacité du petit Tommy – ou même d'un quelconque premier année – à faire exploser des toilettes, et en particuliers ceux de Mimi Geignarde. En plus d'une certaine puissance magique pour produire un tel carnage, c'était surtout une force mentale qu'il fallait pour subir les geignements et la colère de Mimi une fois sa demeure détruite.

-AH ! ENIFN JE VOUS TIENS !, hurla une voix mauvaise dans mon dos.

-Mais arrêtez, vous me faites mal !

Me retournant en même temps que Mimi replongeait dans ses toilettes, je vis Picott, un excès de rage au visage, tenant Mina qu'il trainait par l'oreille. J'aurai presque pu rire si le l'air menaçant du concierge et celui, douloureux, de ma meilleure amie avaient été autre. A côté de moi, je sentis Tommy se recroqueviller sur lui-même.

-On s'amuse à détruire le bien commun, maintenant ?, aboya le concierge. Si vous croyez vous en sortir comme ça ! COLLÉS ! TROIS SEMAINES ! PROTESTEZ ET VOUS FINIREZ AUX CACHOTS SANS EAU NI NOURRITURE ! …

-Mais monsieur, couina Tommy dans un acte de pure détresse – ou peut-être était-il simplement devenu suicidaire –, c'était déjà comme ça quand on est arrivé !

Abasourdie, j'observai le concierge déblatérer des menaces sans queues ni têtes, sa baguette dans une main, l'autre tenant l'oreille de Mina qu'il tordait dans tous les sens, en fonction des mouvements qu'il faisait. Grimaçant en voyant son visage douloureux, je m'empressai d'obtempérer lorsqu'il nous fit jurer sur plusieurs générations que nous nous présenterions dès le lendemain afin de commencer nos colles et sans rechigner. Après quoi, légèrement plus calme, il lâcha l'oreille de Mina et, sans un regard en arrière, tourna les talons et disparut dans le couloir. Après quoi, Mina, qui se tenait le côté de la tête à deux mains, s'écroula sur le sol trempé en poussant un cri de soulagement.

Excédée par la fontaine d'eau qui jaillissait d'un lavabo brisé en deux, je lançais un bref reparo et les toilettes reprirent approximativement leur aspect normal, une cuvette de toilettes ayant toutefois échangé de place avec un lave-main.

-Je suis d'avis qu'on sèche l'étude des runes, lâcha alors Mina, désormais les deux fesses sur le sol toujours mouillé, son visage fin toujours tordu de douleur.

-Moi aussi, lança Tommy, un peu au hasard.

Mina le regarda avec des yeux ronds, comme s'il venait de sortir la pire bêtise au monde.

-Toi, tu vas en cours, mon coco, et ne t'avises pas de suivre l'exemple des quatre imbéciles de Gryffondor, ça ne t'apportera que des ennuis. Allez, oust !, s'écria-t-elle en voyant qu'il ne bougeait pas.

Elle le chassa d'un geste de la main, menaçant de se servir de sa baguette, et le pauvre premier année n'eut ainsi pas d'autre choix que de disparaitre de notre vue, trainant les pieds et ronchonnant sous le regard à la fois réprobateur et amusé de Mina.

-Ne t'avise même pas de faire ça, grogna cette dernière en me voyant pointer ma baguette sur le sol inondé, tu vas éborgner quelqu'un, et j'aimerai autant que ce ne soit pas moi.

M'offusquant face à son manque de confiance, je l'aidais tout de même à se relever. Après s'être frotté l'oreille avec le même air pénible collé au visage, elle lança un rapide recurvite sur sa jupe et sur le sol. Chose faite, nous sortîmes des toilettes, préférant partir avant que quelqu'un d'autre ne nous tombe dessus et nous accuse à nouveau, à tort, d'avoir ravagé les toilettes de Mimi Geignarde. Nous prîmes le chemin inverse que celui que nous venions de prendre, quelques minutes auparavant. Après tout, quitte à arriver en retard en études des runes anciennes, autant ne pas y aller du tout. Ce que – je m'en rendais lentement compte – je n'aurais jamais osé faire auparavant. Mais, comme d'habitude, la présence de Mina à mes côtés me donnait un courage que je ne possédais pas lorsque j'étais seule.


Le samedi matin, assise sur le sol froid d'un couloir où se déversait les premiers rayons du soleil, j'attendais patiemment que Mina sorte du bureau de Picott. Elle y était entrée la première, plus par obligation que par réel sens du sacrifice, et subissait manifestement son mécontentement depuis de longues minutes. Quelques fois, des cris inaudibles me parvenaient à travers le panneau de bois, tant masculins que féminins, et je me demandais combien de temps il faudrait avant que quelqu'un d'autre n'ouvre la porte en bois et ne tombe sur un cadavre.

La file des élèves attendant résolument leur tour était longue, bien plus longue que ce à quoi j'avais pu m'attendre pour la première colle de ma scolarité. A ma gauche, les Maraudeurs et Londubat se tenaient debout en cercle, chuchotant entre eux. Le petit Tommy s'était assis à mes côtés et fixait le mur d'en face comme si celui-ci allait lui offrir une quelconque échappatoire au sort qui l'attendait. A ma droite, se tenant le plus loin possible des cinq Gryffondor, Regulus Black et Rogue parlaient à voix basse, jetant des coups d'œil méfiant à quiconque les regardait plus de trois secondes. Le premier avait les traces de ce qui semblait être un ancien œil au beurre noir et lançait des regards meurtriers à son frère qui, lui, semblait satisfait pour une raison qui m'échappait. Le reste des élèves collés se composait de quelques élèves plus jeunes de Gryffondor, Poufsouffle et Serpentard, et ces derniers fixaient les autres d'un œil mauvais, les massacrants sans doute un par un dans leur tête.

Au bout de longues minutes, je vis tout de même Mina sortir du bureau de Picott, un air sombre sur le visage. Tout le monde tourna son regard vers elle, désireux de savoir si le concierge était de bonne humeur ou non, bien que personne ne se fasse de grandes illusions sur ce sujet-là. Y avait-il seulement une seule fois où il l'avait été ? Probablement pas.

-Je crois que je l'ai un peu énervé, dit-elle d'une toute petite voix.

Elle me fit un faible sourire, tandis que les autres élèves se regardaient, le visage défait. Car si Picott était sur les nerfs, les probabilités pour qu'il redouble d'imagination pour nos colles étaient très élevée.

-Je te conseille de pas l'ouvrir, ajouta-t-elle, plus à l'intention du petit Tommy qu'à moi. Sauf si tu veux finir un mois pendue par les pouces aux cachots à avaler l'eau croupie qui goutte du plafond.

Ce dernier, dont le visage horrifié en disait long, glapit, sans vraiment savoir si Mina plaisantait ou non. Celle-ci, fidèle à elle-même, eu un sourire condescendant et lui tapota le sommet du crâne.

-Tu sais à qui t'en prendre, mon petit.

-POTTER !, hurla alors la voix de Picott. VOUS COMPTEZ ENTRER OU PRENDRE RACINE DANS LE COULOIR ?!

Potter, qui avait l'air de sérieusement songer à la deuxième possibilité, semblait être arrivé à sa dernière heure et passa le pas de la porte le menton exagérément haut, un air presque solennelle collé au visage.

Finalement, la sentence tomba pour chaque personne présente dans le couloir. Si j'ignorais de quoi avaient écopé les autres, Mina se retrouva à devoir nettoyer la salle des trophées – « toujours mieux que de récurer l'infirmerie ou les chaudrons de Slughorn » grimaça-t-elle avec dégout – tandis que le petit Tommy et moi-même étions envoyés à la bibliothèque. Nos sanctions, qui devaient débuter le soir-même, consistaient à être accomplies sans baguette – et donc sans magie – au plus grand bonheur du concierge qui observait le désespoir et l'horreur s'inscrire lentement sur nos visages, un grand sourire victorieux s'étalant sur le sien. Lorsque tout le monde fut sorti de son bureau, et que chacun eut détaillé son châtiment aux autres, les deux Black – pour une raison inconnue – s'engouffrèrent de concert dans le petit cagibi servant de bureau, se rentrant dedans au passage et s'insultant.

Accompagnée par Mina et Tommy, je pris la direction de notre salle commune, en pouffant devant le ridicule des deux frères avant de croiser le regard noir de Potter auquel je répondis avec étonnement, le cours de potion de la veille toujours à l'esprit.

-Mais c'est une vaste blague, pleurnicha Mina en trainant des pieds. La salle des trophées, quoi ! Je vais encore me farcir des vrais trous de balles pendant des heures, je veux paaaas !

Riant, je lui tapotai l'épaule avec compassion, guère étonnée que nous ne soyons pas collées ensemble mais aussi rassurée que Mina sur l'identité de mes compatriotes de détention. Le petit Tommy, rassuré au possible d'être collé en ma compagnie, semblait avoir retrouvé toute sa joie et marchait d'un air satisfait en direction de notre douillette salle commune.