SALUUUUUUUUT !
Ca fait vraiment super longtemps que j'ai pas posté, je sais, allez-y, jetez-moi des pierres:( Je vais me lancer dans un tas d'explications dont tout le monde se cogne donc si vous voulez savoir quelque chose d'intéressant, passez directement au chapitre, vous gagnerez du temps ! Enfin bref. Le truc, c'est que la fic est en "pause" et en réécriture depuis un moment ("réécriture" c'était surtout pour me dire que je l'abandonnais pas, histoire de me donner bonne conscience tout ça tout ça) alors qu'en réalité, et depuis un bon moment, cette fic est bel et bien abandonnée dans ma petite tête. Enfin, "abandonnée" c'est un bien grand mot, je me disais surtout que j'allais la laisser de côté pour me consacrer à mes autres fanfic (ce que je n'ai pas fait non plus mdr oups ?) et que j'avancerais que si vraiment j'avais le temps. ET PUIS ! Pas plus tard qu'aujourd'hui, je suis tombée par hasard sur la dernière review de Vlad (je reçois plus mes notifs par mail, allez savoir pourquoi encore)et elle m'a redonné teeeeellement de motivation, genre wow. Je me suis dit que je pouvais pas laisser cette fanfic dans un état pareil (surtout que lire des fanfics abandonnées ça m'éneeeerve). Oui, voilà, un regain de motivation alors que ce matin-même je voulais supprimer cette fic de ffnet, histoire de pas la voir prendre la poussière.
Du coup, je me relance dans cette histoire ! J'espère que tout le monde n'est pas partie (ce serait dommage mdr). Et aussi, je voulais dire : je vais vraiment réécrire le chapitres (ce que j'avais déjà et que j'ai pas fait ihih oups). Ils sont vraiment vraiment mauvais, j'ai carrément honte en les relisant.
Enfin bon, voilà! J'ai dit tout ce que j'avais à dire (je crois) donc je vous laisse avec le chapitre (que j'avais fini d'écrire en août 2017 me dit mon ordi...). J'espère qu'il vous plaira !
Encore mille merci à Vlad : tu sais pas à quel point ton petit mot m'a donné la motivation pour m'y remettre, alors merci, vraiment ! Merci aussi à lune patronus et à camillebibi, j'espère que la suite vous plaira ! ;)
MAJ 26/11/2020 : la suite arrive bientôt, promis ! ;)
Chapitre 6 : collé(e)s à vie
Octobre 1976
A notre retour dans notre salle commune, nous n'avions croisé qu'Allister. Ce dernier, assit en tailleur dans un sofa, un épais livre posé sur les genoux, nous avait d'abord fixé d'un œil réprobateur en nous voyant nous laisser tomber tous les trois d'un seul et même mouvement sur le canapé d'en face. Il avait ensuite observé le petit Tommy, se demandant sans doute ce que faisait un demi-portion avec nous, avant de reporter son attention sur Mina dont le visage coupable ne faisait aucun doute. Celle-ci, jugeant qu'il était préférable pour elle de se défendre en premier, avait gesticulé dans tous les sens, manquant de crever un œil au pauvre Tommy avec sa baguette, avant d'insulter le concierge de tous les noms d'oiseaux qui lui passaient par la tête. Amusé, All avait ri avant de se tourner vers Graham, prêt à lancer une vanne au sujet de Mina. Mais Graham n'était pas là, et Allister, les yeux emplis de déception tant il avait l'habitude que nous soyons tous ensemble, nous avait à nouveau fait face, croisant au passage le regard sombre de Mina qui avait remarqué son geste.
-Il est toujours comme ça, le concierge ?, babilla Tommy de sa petite voix qui n'avait pas encore mué.
Il gambadait à mes côtés depuis que nous avions quitté notre salle commune, et semblait ravi de faire sa première heure de colle, heure de colle qu'il n'avait pas l'air de trouver plus terrible que ça. Il ne cessait de jacasser, affirmant avec un grand sourire qu'il était prêt à prendre la suite des Maraudeurs lorsque ces derniers auraient quitté Poudlard et qu'il prenait ce fardeau très à cœur.
-Non. Je l'ai trouvé de plutôt bonne humeur, cette fois-ci.
Mais le premier année garda son grand sourire, sautillant dans le corridor faiblement éclairé. Notre détention devait commencer à vingt heures tapantes, horaire à laquelle la bibliothèque fermait, et le petit Tommy m'avait harcelé toute la soirée afin de me convaincre d'arriver en retard, ce à quoi je m'étais fermement opposée. S'il désirait suivre le chemin douteux des Maraudeurs, libre à lui, mais je ne désirais pas le moins du monde qu'il m'entraine dans des coups foireux à deux Mornille. Usant du peu de raison qu'il possédait encore, il avait finalement décidé de faire le trajet avec moi et, par conséquent, d'arriver à l'heure.
Lorsque nous arrivâmes finalement à la bibliothèque, Mrs Pince nous attendait fermement devant son bureau. À ses côtés, se tenaient les frères Black, chacun de part et d'autre d'un Rogue qui, manifestement, aurait voulu être à mille lieux d'ici. Si le petit Tommy parut ravi d'être collé avec l'ainé des Black, il était décidément le seul. Horrifiée de voir avec qui je partagerais mes prochains samedi soirs, je croisai le regard de Rogue qui, manifestement, partageait le même désespoir que moi.
-Vous êtes en retard, grinça la bibliothécaire en tapotant ses ongles longs de manière réprobatrice sur le bois de son bureau.
Sentant Tommy prêt à ouvrir la bouche dans le but très probable de faire remarquer que nous avions tout de même deux minutes d'avance, je lui écrasai le pied et il poussa un couinement suraigu qui fit sursauter la petite assemblée. Incontestablement de mauvaise humeur, Mrs Pince le houspilla vivement avant de lui ordonner de la boucler. Elle nous emmena ensuite dans la réserve où un tas de livres titanesque prenait toute la place. Quelques piles ici et là finissaient de rendre l'endroit quasiment impraticable. Elle ordonna le silence – ce qui était inutile puisque personne ne faisait le moindre bruit – avant de se tourner vers nous.
-Bien. Votre punition consistera à ranger ces livres à la place qui est la leur. Il est évident que nous les avons mis ici afin de ne pas encombrer la bibliothèque, mais ces ouvrages viennent de toutes les sections.
Elle pinça des lèvres en voyant nos visages horrifiés – et j'en déduisis que c'était sa manière de sourire.
-Donnez-moi vos baguettes, à présent.
-Mais pourquoi ?
Me retenant de jurer, je lançai un regard d'avertissement au petit Tommy mais, puisqu'il se trouvait être plus petit que moi et à mes côtés, il ne vit rien. La bibliothécaire, en revanche, le fusilla du regard.
-Parce que c'est votre punition, Mr Douglas. Cessez donc d'être insolent ou je me verrai dans l'obligation d'en parler à Mr Picott. Votre baguette. Maintenant.
Cela dû lui suffire puisqu'il garda le silence et lui confia sa baguette sans plus faire de commentaire.
-Une dernière chose, lança Mrs Pince, se retournant vers nous juste avant de franchir la porte de la bibliothèque. Vous vous doutez, bien évidemment, que vous viendrez tous les cinq ici tous les samedis de vingt heure à vingt-deux heure jusqu'à ce que tous ces ouvrages soient à leur place. Pas d'exception, à moins que vous soyez mourant. ET EN SILENCE !, hurla-t-elle brusquement en voyant Tommy qui, encore une fois, avait l'air de vouloir en placer une.
Un long silence accueillit sa déclaration, et qui dura bien après son départ. Dépitée, je fixais vaguement Rogue qui fixait l'ainé des Black qui fixait son frère qui fixait Tommy qui souriait bêtement, un air béat sur le visage. Ce ne serait pas de tout repos, décidément.
Je soupirai avant de me pencher et de saisir le premier livre trainant à mes pieds, un exemplaire des Théories de la métamorphose transsubstantielle, songeant que ma véritable punition n'était pas de devoir ranger les livres, mais de le faire avec ces quatre-là. Arriverions-nous seulement à ranger la bibliothèque avant qu'une dispute ne la saccage encore plus ?
-Chouette !, finit par s'exclamer le petit Tommy qui, lui, venait de s'emparer des Dilemmes de la sorcellerie insolite et leurs solutions. On fait quoi, maintenant ?, lança-t-il en regardant l'ainé des Black, s'attendant probablement à ce qu'une farce le sorte de là.
Celui-ci eu un faible sourire avant de se passer une main sur le visage, le regard vide. Il jeta un coup d'œil rapide à sa montre, puis à la fenêtre, avant de reporter son attention sur la pièce.
-Je suis pas Superman, gamin, répondit-il d'une voix fatiguée, un petit sourire espiègle néanmoins collé au visage. On fait ce qu'on a à faire, c'est-à-dire ranger tout ce bordel.
-Rappelle-moi à qui le doit-on, ce « bordel », lançais-je, irritée de ne pas les voir se bouger.
Il eut un regard coupable avant de se reprendre et de ramasser un livre à son tour.
-Si t'es ici, c'est parce que t'as été collée, Greengrass, répliqua-t-il sèchement, et je ne pense pas pouvoir m'en accorder le mérite.
-Ca dépend, rétorquais-je en croisant les bras sur ma poitrine, est-ce que ça t'arrive régulièrement de saccager les toilettes de Mimi ? Parce que je suppose que ce n'était pas une de ses tentatives ratées de re-décoration.
Cette fois-ci, ce fut un sourire victorieux qui éclaira son visage et il me fallu toute la force dont j'étais capable pour ne pas lui balancer les Théories de la métamorphose transsubstantielle à la figure.
-AH ! C'est donc toi et cette petite peste de North qui avez pris pour les chiottes ? James me doit cinq Gallions, ahahah ! Il avait parié que ce serait les Serpentachier qui se feraient prendre ! Triple buses, la parfaite petite Greengrass s'est faite collée à cause de nous ! A cause de moi !
Il éclata de rire, envoyant son livre valdinguer sur le tas qui trembla sous la force du coup, et quelques ouvrages tombèrent dans un bruit sourd sur le sol.
-Bouge donc ton derrière, Black, avant que je ne fasse en sorte qu'il le fasse moi-même.
Me stoppant en pleine action, je raffermi ma prise sur le livre que je m'apprêtais à lancer à la figure du Gryffondor et je jetai un rapide coup d'œil à l'entrée de la bibliothèque avant de reporter mon attention sur chacun des quatre garçons présents. Un grand silence s'était fait et tous les regards convergeaient vers le rouge et or qui se tournait lentement et dangereusement vers son frère. Rogue s'était arrêté en plein mouvement, suspendu au-dessus d'une pile de livres – dont l'équilibre tenait du miracle – et lançait un regard inquiet dans la direction des deux Black, tandis que Tommy, qui avait saisi un second ouvrage, le laissa mollement chuter sur le sol dans un bruit sourd, la bouche et les yeux grands ouverts, son regard allant d'un frère à l'autre avec une lenteur presque exagérée. Regulus, lui se tenait droit, le regard dur, sans aucun doute prêt à affronter son frère à coup de livres s'il le fallait. Frère qui semblait d'ailleurs se retenir de faire flamber la bibliothèque, encore qu'il n'eut pas sa baguette pour le faire.
-Répète un peu, petit atrophié du bulbe, et je te casse la gueule une deuxième fois, menaça l'ainé des Black d'une voix si froide que je me surpris à frissonner.
Son frère ne cilla pas. Au contraire, il serra les poings et je vis ses épaules se mettre imperceptiblement à trembler de rage.
-C'est sûr qu'à quatre contre un…, siffla-t-il. Quel courage ! Je comprends mieux pourquoi tu es à Gryffondor, à présent !
Je soupirai imperceptiblement et Rogue me lança un regard désobligeant, désirant sans doute que les deux frères se cassent la gueule, bien que je me doutais quel parti il prendrait. Ignorant les Black qui semblaient se faire un devoir de s'insulter mutuellement, je ramassai encore deux livres et tournai les talons, m'enfonçant entre les immenses étagères qui ne suffisaient pas à masquer, ne serait-ce qu'un chouïa, la joute verbale qui se déroulait dans la réserve. Je me dirigeai d'abord dans la section consacrée à la métamorphose, afin d'y déposer le premier livre, avant de m'orienter vers celle des sortilèges d'où provenaient les deux autres ouvrages. Lorsque, finalement, je revins sur mes pas, je croisais même un Rogue apparemment exaspéré qui avait finalement opté, lui aussi, pour l'option rangement. Le petit Tommy se trouvait toujours à côté de la dispute, mais un pli soucieux sur le front avait remplacé son sourire idiot.
-HEY !, cria-t-il, pour couvrir le bruit de la dispute, en me voyant arriver. Est-ce qu'ils se disputent parce que l'un a trompé l'autre ?!
Sa question eut pour conséquence de les faire taire. Ne sachant pas si je devais rire ou protéger le petit Tommy d'une attaque simultanée des Black, je vis les deux frères fusiller le premier année du regard avant de partir chacun d'un côté, quelques livres dans les bras.
-Bien joué, je lançai à Tommy, fière que certains enseignements douteux des Maraudeurs portent leurs fruits.
Il fit une drôle de tête.
-C'était une vraie question.
-Ah.
Je le dévisageai, cherchant à savoir s'il se moquait de moi ou non. Mais l'air terriblement sérieux du jeune garçon finit par me convaincre que non. Merlin, les faisait-on de plus en plus bête ? La ressemblance, pourtant frappante, des frères Black ne l'avait donc pas fait tilter ? Si après ça Black voulait encore faire de lui son héritier de la bêtise, c'était que lui-même devait être sérieusement atteint.
-Alors ?, s'impatienta le premier année.
Il avait l'air content d'avoir un potin à se mettre sous la dent.
-Ils sont frères, répliquais-je, blasée.
-Ah. Dommage.
Je levai les yeux au ciel avant de lui enfourner une pile de livres dans les bras et de lui faire promettre de les remettre à leur place. Le tas d'ouvrages à ranger était déjà suffisamment imposant, je n'avais guère envie de prolonger ma souffrance et de devoir supporter les disputes des deux frères plus longtemps que nécessaire. Vacillant d'un pied à l'autre et ne voyant probablement pas où il mettait les pieds, il s'éloigna tout de même entre les rayonnages.
Reprenant moi-même des livres, je songeai alors à Mina qui devait probablement être en train d'astiquer des trophées déjà impeccables avec une brosse à dent et d'insulter copieusement Picott, racontant sans doute toutes sortes d'âneries sur le concierge à qui voudrait bien l'entendre.
-Greengrass, tu comptes observer les bougies combien de temps encore ?, siffla une voix froide derrière moi, me faisant violement sursauter, et je lâchai les quelques livres dont je venais tout juste de me saisir.
Le plus jeune des deux fils Black me faisait face, droit comme un i. Bien que je fusse son ainée d'un an, il me dépassait d'une bonne tête et mes yeux arrivaient directement dans son torse. En levant le regard, je remarquai que, bien qu'il soit le cadet, il semblait beaucoup plus vieux que Sirius. Le visage de ce dernier s'était façonné au cours des années et des sourires, de sa bonne humeur, tandis que celui de son frère était beaucoup plus sombre et cela le vieillissait d'avantage. Sa figure n'avait pas le moindre pli, comme s'il se refusait de montrer la moindre émotion et se forçait à garder un masque de neutralité en permanence. Ses yeux, les mêmes perles grises que celles de Sirius, possédaient une lueur étrange, qui les rendait à la fois plus profonds et plus obscurs. Dans un sens, il me faisait un peu penser à Rosier, le camarade de Yaxley, sans trop savoir pourquoi. Peut-être parce que leur météo sentimentale semblait toujours pluvieuse, toujours grise. En réfléchissant à ce qui pouvait bien leur passer par la tête, j'imaginais l'intérieur de leur esprit comme une pièce carré et vide, peinte en noire, sans lumière.
-Greengrass, lèves le regard je te pris.
Réalisant alors que, perdue dans mes pensées, j'avais baissé les yeux et fixais à présent son entre-jambe avec insistance, je piquai un fard monstrueux et me baissai précipitamment pour ramasser les ouvrages toujours sur le sol, priant pour qu'il tourne les talons rapidement. Mais, bien que prenant tout mon temps – en espérant principalement que mes joues reprennent leurs couleurs normales – ses chaussures parfaitement cirées ne bougèrent pas d'un poil et, toujours horriblement gênée, je due m'avouer vaincue et fini par me relever. Alors que je risquai un coup d'œil vers son visage, je vis avec surprise que ses pommettes, habituellement pâles comme la mort, avaient légèrement rosie. Il m'observait moins froidement qu'auparavant, et une lueur – curieuse ? – brillait dans son regard.
-Félicitations pour tes fiançailles, lâcha-t-il nonchalamment.
-Merci, répliquais-je automatiquement sans vraiment réfléchir, aussi surprise par le fait qu'il m'adresse la parole à Poudlard que par le sujet choisi.
Je connaissais Regulus depuis ma naissance et, comme presque tous les Sang-Pur du château, le côtoyais aux mondanités de la « haute sphère » auxquelles ma mère me trainait de force. En dehors de quelques civilités échangées lors de ces évènements, il ne m'adressait pas la parole – comme presque tous les autres – et j'en faisais de même. Il devait sans doute penser qu'une Sang-Pur côtoyant des Nés-Moldu n'était pas digne d'attention, ce qui me convenait parfaitement. Appartenir à leur monde de dédain ne me donnait pas la moindre envie.
-Je suppose que je suis invité au mariage, lança-t-il avec un faible sourire ironique.
-Quel mariage ?
A son tour, il me fixa comme si j'étais la dernière des imbéciles.
-Manifestement, le choc de la nouvelle est toujours présent, commenta-t-il avec une moue condescendante.
Cette même moue que je ne voyais que trop régulièrement sur le visage de Yaxley et qui m'horripilait. Merlin, ne pouvaient-ils se comportaient autrement que comme si la Terre entière leur était inférieure ? C'en était aussi agaçant que pitoyable.
-L'émotion, sans doute, marmonnais-je en me prenant dans une profonde contemplation du premier livre de la pile qui m'encombrait les bras.
Pile qui commençait à devenir excessivement lourde, mais le Serpentard ne sembla pas comprendre le message car il ne bougea toujours pas. Me retenant de soupirer, puisque j'étais peu désireuse qu'il commente mon comportement en plus de cela, je basculai mon poids sur mon pied droit afin de permettre au gauche, qui s'engourdissait, de respirer.
-Tu étais promise à Yaxley depuis ta naissance, Greengrass, fais-toi une raison, gronda-t-il.
Surprise par le ton qu'il venait d'employer, je relevai vivement la tête, me faisant douloureusement craquer la nuque au passage. Le cadet des Black m'observait sombrement, et ç'en était presque effrayant. Je sentis alors mes bras commençaient à trembler – autant sous le poids des livres que sous le regard sombre de Regulus – et les resserrai contre ma poitrine, écrasant durement les ouvrages contre mes seins. Me voyant grimacer, il haussa un sourcil.
-Je le sais ça, grinçai-je. J'aurai juste apprécié ne pas apprendre que ce serait lui en lisant le journal.
Ses sourcils tressaillirent légèrement et, s'il était surpris par ma réponse, il n'en laissa rien paraitre. Peut-être comparait-il nos familles dysfonctionnelles ? Il y avait presque de quoi faire une compétition, à vrai dire…
-De toutes façons, tu n'as guère le choix, lança-t-il d'un ton dur, prenant sans doute ma grimace pour du dégout, ce qui était à moitié le cas.
Je lui lançai un regard farouche qui, de son point de vue, devait surtout avoir l'air effrayé.
-Je peux me suicider, répliquais-je platement, ou tuer Yaxley.
Je ne plaisantais qu'à moitié. Pour le suicide, du moins.
Il eut un faible rire. Étrangement, son visage resta impassible et je me surpris à me demander s'il riait vraiment ou s'il toussait.
-Tu n'as pas le courage de te suicider, Greengrass, tu serais dans la même maison que mon frère dans le cas contraire. Et tuer Yaxley… tu n'oserais même pas tuer ne serait-ce qu'une mouche.
Il n'avait beau avoir que quinze ans, il me sembla indéfiniment plus âgé et, dans un certain sens, plus sage. J'en venais à me demander ce qui était arrivé au petit garçon de huit ans pleurant l'elfe de maison que sa mère venait de décapiter. Regulus l'avait peut-être oublié, mais moi non. Au fond, sous son air froid et distant, il restait un gamin de quinze ans.
-Et toi ?, lançais-je dans une tentative de retourner la situation contre lui. Et Sirius ? Vous n'êtes pas fiancés ?
Il grimaça à l'entente du prénom de frère mais se ressaisit aussitôt.
-Il était promis à Anastasia Parkinson. Évidemment, les fiançailles ont été rompues aussitôt après qu'il soit… partit. Je doute même qu'il en ai jamais eu ouï-dire.
J'hochai la tête. Je ne connaissais Anastasia Parkinson que très peu, mais je savais qu'elle était en septième année et que sa famille se vantait de pouvoir faire partie de la descendance de Perseus Parkinson. De ce que j'en savais, il avait été Ministre de la Magie durant le 18ème siècle et avait tenté de promulguer une loi visant à rendre illégal le mariage entre sorciers et Moldus. Et, pour cela, je ne les appréciais guère, elle et sa famille.
-Et toi ?
Il pinça des lèvres et je cru pendant un instant qu'il allait s'énerver. Mais il se reprit rapidement et haussa les épaules avec désinvolture, les mains dans les poches.
-Je ne le suis pas.
-Allons donc, marmonnai-je, plus pour moi-même que pour lui. J'espère pour toi que tu ne vas pas l'apprendre dans la Gazette. La honte…
Il haussa les épaules une nouvelle fois, me lança un regard curieux et tourna les talons. Merlin, pourquoi fallait-il que les Serpentard se comportent de la sorte ? Ne pouvaient-ils donc pas agir de manière civilisée et ne pas couper court une conversation pour la simple raison qu'ils ne veulent plus y participer ?
-Hey !, lançais-je tout de même en élevant la voix.
Presque aussitôt, je regrettai de l'avoir arrêté. Il s'arrêta et se retourna, me faisant face encore une fois, et je m'empourprai, ne sachant pas quoi lui dire. Pourquoi l'avais-je interpellé ? Je n'en savais fichtrement rien. J'avais tendance à me comporter de manière particulièrement stupide ces derniers temps et je devais bien en payer les frais.
-Qu'est-ce que tu reproches à ton frère ?, je demandais, redoutant le moment où il m'ensevelirait sous les énormes étagères de la section Quidditch.
Mais il ne le fit pas. Il resta calme. Et, avec les années, j'avais appris qu'un Black calme ne signifiait rien de bon, pour qui que se soit.
-D'être parti et de nous avoir abandonné, articula-t-il finalement avec lenteur, la voix aussi réfrigérante qu'un bain de glaçons.
Je fronçai les sourcils.
-Et lui, il te reproche quoi ?
-De ne pas l'avoir suivi.
-De l'avoir abandonné, en somme ?
A la lueur des bougies, son visage presque translucide faisait ressortir ses yeux, deux perles orageuses annonçant la tempête. Une petite partie de moi-même souhaitait comprendre la relation tumultueuse des deux frères que j'avais côtoyés durant des années, et l'autre, beaucoup plus importante, souhaitait juste qu'il s'énerve. Quelques heures auparavant, j'ignorais même que cette part existait et, pourtant, à ce moment-là, je voulais qu'il cri, qu'il hurle, qu'il me balance n'importe quel manuel de Quidditch à la figure en m'insultant de tous les noms d'insectes existant. Parce que moi aussi, j'avais envie de m'énerver et de crier, moi aussi j'avais envie de faire sortir toute cette amertume qui me hantait depuis quelques semaines déjà, depuis que Graham et Mina se disputaient sans raison, depuis que Yaxley m'était fiancé. Depuis que j'avais l'impression de ne plus contrôler ma vie. J'avais l'horrible impression qu'il s'était passé plus de chose en quelques semaines qu'en cinq années. Et la silhouette de Regulus Black, droit comme un i à l'autre bout d'une allée de la section sur le Quidditch, ne faisait que confirmer mes peurs.
-Je pense que la vie de ma famille ne te regarde en rien, Greengrass, assena Black de sa voix froide.
Sur ces dernières paroles, il tourna définitivement les talons et disparu dans l'obscurité de la bibliothèque, me laissant aussi frustrée que peinée. Quelques secondes après son départ, je me décidai finalement à partir dans la direction opposée. Avant de me stopper brusquement. L'ainé des Black se tenait à l'autre bout de l'allée. Il semblait plus avachi sur lui-même que d'habitude. Remerciant le faible éclairage des bougies de masquer mes joues brulantes, je lui jetai un regard interrogateur auquel il ne répondit pas. A la place, il disparut à son tour derrière une étagère. Maudissant les Black sur cent générations, je pris la direction de la section des potions, mes livres toujours dans les bras, en me jurant de supplier Picott d'alléger ma peine, dussè-je mettre les genoux à terre.
Lorsque vingt-deux heures sonna, tout le monde se rua vers la sortie où Mrs Pince attendait, nos baguettes à la main. Le tas de livres était toujours monstrueusement conséquente et semblait n'avoir guère diminué. Après le chacun pour soi, nous avions tenté le rangement à la chaine qui s'était révélé catastrophique : les frères Black et Rogue n'avaient pas tenu plus de cinq minutes avant de s'envoyer des ouvrages à la figure, et le petit Tommy avait tenté de prendre part au combat avant de se prendre violement un épais ouvrage sur la tête, le dissuadant de continuer. J'avais ensuite faiblement émit l'hypothèse que chacun couvre une section, mais la bibliothèque était bien trop grande et les sections bien trop nombreuses pour que nous puissions les couvrir à seulement cinq en étant efficace. Les deux Serpentard avaient par la suite arpenté la bibliothèque de long en large à la recherche de chariots nous permettant de ranger plus de trois livres à la fois, mais ils étaient revenus bredouilles et, après plus d'une heure à chercher un moyen de nous débarrasser de notre corvée le plus rapidement possible, nous avions du nous avouer vaincus et recommencer le rangement lent et fastidieux des précieux ouvrages. Plus personne n'avait parlé et un silence morbide s'était installé, rendant notre tâche plus pénible encore.
Après avoir récupéré ma baguette et salué la bibliothécaire, je m'élançai dans le couloir, courant aussi vite que possible et oubliant le petit Tommy derrière moi. Je voulais prendre Mina en chemin, avant d'aller implorer le concierge de m'assigner une autre punition que celle de ranger la bibliothèque avec des garçons qui se détestaient presque tous mutuellement et qui finiraient probablement par s'entretuer avant la fin de notre corvée commune. J'en aurai presque préféré récurer le vomis de quelques malades à l'infirmerie.
La bibliothèque était séparée de la salle des trophées uniquement d'un étage et l'atteindre serait relativement rapide. Descendant les marches deux à deux, je m'agrippais à la dernière seconde à la rambarde des escaliers, m'évitant une chute douloureuse, et poursuivis mon chemin aussi vite que la fatigue me le permettait. Arrivée au troisième étage, il me fallut encore traverser quelques couloirs, priant pour ne pas croiser de professeur et, lorsque j'arrivai à destination, Mina sortait tout juste de la salle, maussade. Derrière elle, Potter, Londubat et Pettigrew sortirent à leur tour, guère plus heureux que ma meilleure amie. Me voyant à quelques mètres de là, pliée en deux et les mains sur les genoux dans le faible espoir de reprendre une respiration normale, Mina se précipita sur moi, manquant de me faire tomber.
-Ah, t'es là !, lâcha-t-elle abruptement avant de me serrer dans ses bras. Merlin, j'en peux plus ! J'ai mal partout et j'empeste le produit à nettoyer ! Ça fait deux heures que je me retiens de tuer quelqu'un et tu sais le pire ? Remus n'était pas là ! Un cau-che-mar, Amy, un CAUCHEMAR !
Derrière elle, Potter lui lança un regard en coin avant de s'éclipser rapidement avec ses camarades.
-Heu ?
Déstabilisée face à son flot de parole ininterrompu, je l'observai les yeux écarquillés. Ses cheveux en pétard autour de son crâne lui donnaient presque un air d'échappée d'asile…
-Tu étais en retenue avec Lupin… ?
-Mais non !, s'impatienta-t-elle en tapant du pied. Il n'était pas là ! Il aurait dû être là, pourtant ! A la place, c'est ses trois zouaves d'amis que je me suis farcie pendant deux heures !
-Il est peut-être malade, suggérais-je, optant pour une réponse courte et qui répondrait à ce qui la tracassait probablement le plus. Après tout, il n'avait pas l'air bien hier, en potions…
-Non, aboya Mina alors que nous prenions la direction du bureau de Picott. Pettigrew me disait qu'il était indisposé avant que Potter ne gueule qu'il était malade. Au début, je croyais qu'il voulait dire qu'il avait un rencard avec une nana aux gros n-… Eh, on va où là ?
Plusieurs tableaux la rabrouèrent, la priant de baisser d'un ton, ce à quoi elle répondit par un majeur bien en évidence.
-Peut-être que « indisposé » et « malade » veulent dire la même chose, murmurais-je en levant les yeux au ciel. Et ça m'étonnerait franchement que Picott le laisse sécher une colle pour son plaisir personnel.
Elle me lança un coup d'œil étrange mais ne fit pas de commentaire.
-Et, en parlant de Picott, c'est là où nous allons. Je préfère récurer les cachots plutôt que de passer encore ne serait-ce qu'un dixième de secondes avec les frères Black et Rogue. Le seul à être à peu près sain d'esprit, c'est Tommy, mais je ne suis pas sûre que ça dure encore très longtemps…
-T'as qu'à te hara-kiri au milieu de la section botanique, suggéra Mina, ça peut être marrant, et avec un peu de chance ton nom figurera dans l'Histoire de Poudlard comme le suicide le plus bête de l'histoire du château.
Il y eu un léger flottement durant lequel personne ne parla et seul le ronflement des quelques tableaux brisait le silence. Je tentai d'éclairer le couloir de ma baguette sans réveiller ces derniers, mais suffisamment pour voir où nous mettions les pieds, ce qui n'était pas chose aisée.
-Il n'empêche, finit par reprendre ma meilleure amie. C'est super suspect. Ça se trouve, il a fait une orgie et Picott était invité, c'est pour ça qu'il n'a rien dit, il a dû se sentir flatter. Je comprends tout à fait, moi aussi j'aurai été émue que Remus me propose une orgie avec lui…
Je levai les yeux au ciel en comprenant qu'elle parlait une nouvelle fois de Lupin. Merlin, ne voulait-elle pas le laisser respirer quelques secondes, le pauvre garçon ? De plus, son imagination débordante aller finir par me dégouter. Imaginer des ébats sexuels comprenant Lupin, Picott et elle-même…. Merlin, je ne préférais déjà pas y penser, alors l'imaginer…
-D'ailleurs, ton mec était avec nous, ajouta-t-elle, comme s'ils s'agissait de la suite logique de ses pensées.
-Qu-quoi ?, m'étouffais-je en avalant ma salive de travers. Quel… m-mec ?
Elle me jeta un coup d'œil en coin.
-Yaxley.
Quelques secondes s'écoulèrent pendant lesquelles je tentais de mettre les paroles de ma meilleure amie bout à bout. Et de ne pas lui faire de croche-pied pour avoir insinué que Yaxley était mon « mec ».
-Avec vous… dans quoi ?
Craignant le pire, je priai Merlin de m'épargner une réponse crue de sa part.
-Mais dans la salle des trophées !, s'énerva Mina en gesticulant. Est-ce que tu m'écoutes quand je te parle, nom d'une petite baguette ?! En tant que préfet, il nous surveillait, puisque Remus-le-Préfet était indisposé. Il était avec… C'est quoi son nom déjà ? La préfète-en-chef de Serdaigle… grande… blonde…
J'haussai les épaules, lui signifiant que je n'avais pas la moindre petite idée de qui elle pouvait bien parler.
Elle sembla réfléchir quelques instants.
-Peu importe, finit-elle cependant par lâcher. Toujours est-il que c'est déjà suffisamment chiant d'être collé, j'imagine pas ce que ça doit faire de devoir surveiller ce qui le sont ! Juste pour ça, je suis bien contente que Dumbledore ne m'ait pas nommé préfète.
-Mouais, ça doit être pénible à surveiller mais au moins n'ont-ils pas à se casser le dos pour ranger des livres, marmonnai-je.
-Ou à se casser des ongles en lavant des foutus trophées déjà propres, compléta Mina d'un ton entendu en brandissant sa main devant elle, l'ongle de son index étant effectivement coupé très court. D'ailleurs, ajouta-t-elle brusquement. Puisque Picott n'était pas là, ça veut dire qu'il avait tout le temps d'aller à l'orgie de Remus… A part s'il vous surveillait à la bibliothèque ?
Je levai les yeux au ciel, hésitant entre soupirer d'exaspération devant son fanatisme du Gryffondor ou rire face aux scénarios invraisemblables qui pouvaient bien lui passer par la tête.
Je secouai négativement finalement la tête avant de lui confier que Mrs Pince était partie juste après nous avoir briefé quant à nos consignes, et que personne ne s'était présenté.
-C'est bizarre ça, marmonna-t-elle. Il me semble qu'Evans surveillait les petits à l'infirmerie, en plus…
J'haussai les épaules.
-Peut-être que nous, on est plus mature, lançais-je en tirant la langue sous son regard éberlué. Ou peut-être que la personne en question a juste rejoint Lupin et son orgie !
Mina s'arrêta net, les yeux froncés et les deux poings sur les hanches. Persuadée que je l'avais vexé, je revins sur mes pas, prête à m'excuser, mais elle parla la première, la voix beaucoup plus grave que normalement.
-Qui êtes-vous et qu'avez-vous fait à ma meilleure amie ?, tonna-t-elle.
Son visage en forme de cœur était crispé, comme toutes les fois où elle tentait de paraître menaçante mais se retenait en réalité de rire. Soulagée, je la pris par le bras et la tirait vers le bureau du concierge, éclatant de rire avec elle. Celui-ci nous attendait d'ailleurs de pied ferme devant la porte de son petit cagibi, un air mauvais sur le visage, comme s'il savait parfaitement à l'avance ma requête.
-Vu sa tronche, il n'était pas à l'orgie de Remus, me chuchota Mina avant de se détacher de moi, me laissant faire les quelques mètres restants seule.
Je fis encore quelques pas avant de m'arrêter à une distance raisonnable du concierge, préférant garder un espace de sécurité entre nous dans l'hypothèse où il déciderait de me crever un œil avec sa baguette.
-Qu'est-ce que vous voulez, Greengrass ?, aboya-t-il. Être collée à vie ?
-Euh, non, monsieur, bredouillais-je en cherchant mes mots. Je me demandais si… enfin, vous savez bien que je ne suis pas une élève perturbatrice ! Je veux dire, c'est la première fois que je me fais coller, et à tort mais…
-Vous comptez y passer la nuit ?, aboya-t-il, plus méchamment que nécessaire.
Je sentis mes joues rougirent. Je n'avais pas l'habitude de me tirer des fleurs auprès du personnel de Poudlard afin de m'octroyer une quelconque faveur de la part de qui que ce soit, et ne l'avais jamais fait, mais à situation désespérée moyens désespérés.
-Je-voulais-vous-demander-de-m'envoyer-faire-ma-colle-ailleurs, marmonnais-je à toute vitesse.
Il me lança un regard noir, me signifiant clairement qu'il n'avait pas compris un traitre mot de ce que je venais de dire.
-Je voulais vous demander de m'envoyer faire ma colle ailleurs, répétais-je en prenant sur moi pour parler à vitesse modérée.
Il haussa un sourcil.
-D'échanger avec Potter, en fait, lança Mina derrière moi en me lançant un regard entendu.
Le concierge ricana, avant de nous regarder d'un air mauvais. Personne ne bougea jusqu'à ce qu'il nous sommes de rejoindre nos dortoirs, menaçant de nous pendre par les pouces dans les cachots si nous ne rentrions pas dans nos dortoirs immédiatement. Consternée, je laissai Mina me pousser dans le corridor sombre, en direction de notre salle commune.
Le lendemain matin, alors que je savourai mes œufs brouillés après une longue nuit passé sur le lit de Mina à discuter, un exemplaire du Poudlardien tomba violement dans mon assiette, aspergeant la table de nourriture. Je relevai la tête, hésitante, craignant de m'en prendre un autre sur la tête, pour voir qu'il ne s'agissait que de Mina. Une Mina passablement agitée, d'ailleurs. Sans ménagement – et sans faire attention – elle s'assit brutalement face à moi, séparant Graham et sa copine Adhara, tous deux abasourdis.
-Lis, m'ordonna-t-elle. Page huit.
Je roulai des yeux, avalai ma bouchée d'œufs et enlevai le journal de mon assiette pendant qu'Allister, assit à ma droite, jetait un bref Recurvite au quotidien de l'école. Le remerciant, j'ouvrai à la page indiquée. Dans le titre de l'article en question, le nom de Remus Lupin était écrit en gras et en majuscule.
-Euh, Mina…, lançais-je en relevant la tête.
-C'est pas au sujet de l'orgie, brailla Mina en commençant à découper violement un toast avec son couteau.
-Une orgie ?, répéta Graham avec des yeux de merlan fris.
-T'es un peu flippante, ajoutais-je d'une petite voix. On dirait une fanatique.
Mais elle ne parut pas m'entendre, ou, si elle m'avait entendu, elle m'ignora, et se tourna vers Graham, menaçante.
-Qu'est-ce que tu fiches là, toi ?, grogna-t-elle, son couteau dans une main et un morceau de bacon dans l'autre.
-Je déjeune ?
-Non mais pourquoi tu déjeunes ici ?
Tournée face à Graham, elle entendit Adhara avant de la voir. Cette dernière, pour faire remarquer sa présence, fit une petite toux aigue et afficha un petit sourire hypocrite lorsque ma meilleure amie se tourna vers elle. Contrairement à sa sœur, Adhara était plus petite et possédait des formes avantageuses. Ses cheveux noirs de jais tombaient en cascade dans son dos et sa peau était nettement plus pâle. Ses yeux, en revanche, étaient à l'identique de ceux de Rhéa : bleu électrique.
Lorsque Mina lui fit finalement face, son visage se décomposa. Pendant un court instant, je crus qu'elle allait lui planter son couteau dans un œil mais, se connaissant autant que je la connaissais, elle le posa sur la table et prit une grande inspiration avant de parler.
-Pourquoi t'es là ?
-Bon, passe-moi le journal, finit par s'impatienter Graham en me l'arrachant des mains sous le regard sévère d'All. La partie cul-cul la praline, tiens, ça m'étonne pas, marmonna-t-il en voyant la page à laquelle il était ouvert.
-Et pourquoi tu bouffes pas avec les gens de ta maison ?, aboyait Mina à sa gauche, si bien que plusieurs personnes s'étaient tournés vers elle. T'es pas une Poufsouffle !
-Des fois, je me demande si elle l'est vraiment, elle, murmura Allister en se beurrant un toast.
J'hochai vaguement la tête. Leurs cris me donnaient mal au crâne. Comme toute personne se respectant un minimum, je détestais être dérangée le matin – surtout le dimanche – et qu'une dispute éclate juste en face de moi me mettais dans une humeur de chien.
-« Aujourd'hui, nous nous attaquons à l'un des plus célèbre célibataire de Poudlard », lut Graham à voix haute. « Neuf étapes pour faire tomber Remus Lupin dans ses filets » ? C'est une blague ?
Je lançai un rapide coup d'œil à la table des Gryffondor, mais les Maraudeurs y étaient absents.
Mina s'était tut, tout comme Adhara et les quelques personnes nous prêtant attention s'étaient détournés.
-Dous les dibanges, lâcha All, la bouche pleine, y'a une bage gepégial « gédial-lofeur » foug les figes.
-Tu baves, commentai-je avant de me resservir en œufs brouillé.
-Hein ?
-Tous les dimanches, répéta notre ami qui avait finalement réussi à avaler son toast sous le regard inquisiteur de Graham, y'a une page spécial « sérial-lover » pour les filles. Ou les mecs, même. Bref, chaque dimanche, tu as neuf étapes pour séduire un mec… T'étais dans celui de la rentrée je crois, d'ailleurs.
Il prit une nouvelle bouchée et Graham nous regarda, effaré. Il semblait même avoir oublié sa dispute avec Mina qui, elle, n'avait pas le moins du monde oublié la sienne avec la petite sœur de Rhéa.
-Mais on n'est pas des animaux dans un cirque !, se révolta alors Graham, presque affolé.
-Oh, c'est au même niveau que le tableau de conquêtes que des mecs de Serdaigle avaient mit en place l'année dernière, lança une fille de notre maison, et qui écoutait tout ce qu'il se passait.
L'ignorant, Graham se replongea aussitôt dans sa lecture de la double page.
-« N.B. : s'il vous résiste, vous n'êtes sûrement pas à votre avantage. S'il résiste à plusieurs filles, il est sûrement gay », mais c'est horrible ! Qui écrit ce torchon ?!
-Y'a ça à la fin de chaque « sérial-lover », expliqua Mina qui tentait visiblement de contrôler ses excès de rage.
-Parce que tu lis cette merde ?, s'exclama violement Graham, renversant un gobelet de jus de citrouille.
Mina eu la décence de ne pas répondre. A la place, elle avala un morceau de bacon trainant toujours dans son assiette. En réalité, elle ne le lisait pas vraiment par intérêt, mais pour voir qui serait la prochaine victime de l'auteur de la section « sérial-lover » du journal du château et de quelle sorte il serait traité.
-Des fois, c'est tellement ridicule que c'en est marrant, dis-je d'une toute petite voix, tentant de voler au secours de Mina comme je le pouvais
-Non…, marmonna Graham en m'ignorant à mon tour.
-Quoi, encore ?
-C'est pour Remus… Triple buses, tu veux vraiment draguer Remus !
Ce n'était pas une question mais une affirmation.
-Qu'est-ce que ça peut te faire ?, riposta Mina en s'emparant du journal, ne tentant même pas de nier puisqu'elle savait comme moi que ça ne servirait à rien.
Oui, après tout, qu'est-ce que ça pouvait bien lui faire ?
En observant Graham avec plus d'attention, je remarquai que malgré la colère qui dessinait ses traits, il semblait… déçu ? Non, pas déçu. Pourquoi serait-il déçu que Mina veuille draguer l'un des Maraudeurs, après tout ? Parce qu'il était ami avec eux ? Pourtant, cela ne l'avait pas embêté lorsque Mina s'était mise en tête, l'an passé, de draguer Bryan Powell, l'attrapeur de l'équipe de Quidditch de Poufsouffle et qui avait à présent quitté Poudlard. De la jalousie, alors ? Non, définitivement non. Graham sortait avec Adhara et, bien que je ne l'appréciais pas le moins du monde, je ne doutais pas un seul instant qu'il lui était fidèle. Mais alors quoi ? Pourquoi diable l'idée que Mina puisse draguer Lupin mettait Graham en rogne de la sorte ?
-Attends, pourquoi ton nom est mentionné dans l'article ?
Mon regard navigua entre mes deux amis. De quoi parlait-il ?
-RENDS-LE-MOI, PUTAIN !
Un silence pesant s'installa dans la Grande Salle. Tous les regards s'étaient tournés vers Mina qui, furieuse, tentait de reprendre le journal que Graham lui avait lui-même reprit.
-Cinq points en moins pour Poufsouffle !, beugla le professeur McGonagall qui passait à côté au même moment, se dirigeant vers la table des professeurs. Miss North, enfin, comportez-vous comme une personne civilisée, nom d'un hibou !
-Allons, allons !, s'exclama alors joyeusement le directeur en tapant dans ses mains. Pourquoi tant d'agressivité ? Reprenez donc tous vos activités ! Il fait beau aujourd'hui ; profitez-en !
Le brouhaha habituel de la Grande Salle mit plusieurs minutes avant de reprendre, minutes durant lesquels Graham regardait Mina avec des gros yeux qui elle-même fixait le dernier morceau de bacon de son assiette avec insistance.
-Il y a écrit quoi dans l'article ?, questionnais-je, intriguée.
-Je vais te le lire, attends.
-T'avais pas à t'en mêlé, marmonna Mina à l'intention de notre ami, mais celui-ci ne l'entendit pas, sans doute trop occupé à retrouver le passage en question.
-« Étape quatre : ne vous comportez surtout pas comme une petite peste superficielle et hyperactive ! Effectivement, il est de notoriété public que le plus timide des Maraudeurs (mais de loin le plus mignon !) n'apprécie pas les personnes intrusives qui pensent que la société de Poudlard doit leur tourner autour. Restez calme, gentille et laissez-le respirer ! En bref, n'agissez surtout pas comme Willehlmina North. Qui donc, me direz-vous ? Eh bien, la petite Poufsouffle de sixième ayant une liste d'ex aussi longue que la Tour d'Astronomie est haute, criant en permanence et agressant pratiquement tout le monde ! Vous l'avez forcément déjà vu ou entendu… ».
-Oh, Mina…, murmurais-je en voyant le visage décomposé de ma meilleure amie.
Elle fixait toujours son morceau de bacon, ses cheveux blonds tombant de chaque côté de son visage, mais je savais qu'elle se refusait à croiser le regard de qui que ce soit pour dissimuler le sien probablement remplie de larme.
-Dis-toi qu'il ou elle s'en prend à tout le monde, ajouta Allister.
-On me traite de pute, All, répliqua durement Mina, la voix étrangement rauque, ce que personne ne sembla remarquer.
-Mais non…
-Parce que tu ne sais pas lire entre les lignes, Merlin ! Il te faut quoi pour que tu le comprennes ? Que ce soit écrit noir sur blanc ?!
-Et puis, continua Allister comme si elle n'avait rien dit, je ne vois franchement pas en quoi c'est une insulte. Regarde Bryan Powell, en quittant Poudlard il avait probablement autant d'ex qu'il y a eu d'habitant dans ce château en mille ans ! Ca ne fait pas de lui quelqu'un de moins bien
-Attends, coupa Graham alors que j'hachai la tête pour appuyer le propos d'Allister, tu sais qui écrit des conneries comme ça tous les dimanches ?
-Mais de quoi je me mêle, toi ?, s'exclama-t-elle en reprenant le journal et en tapant avec force sur Graham. Prends ta copine et allez vous rouler des patins dans un coin !
Hésitant, le regard de Graham se posa sur All, sa copine, Mina puis moi. Il n'avait pas l'air de savoir quoi faire, ni s'il devait rester fâcher contre Mina, mais rester aboutirait probablement à un meurtre au couteau à bacon. Il posa alors une main large sur l'épaule de ma meilleure et lui chuchota quelques mots à l'oreille avant de se lever. Plus que de la colère ou de la rage, ce fut de la surprise qui se peignit sur le visage de Mina, une surprise si soudaine et réelle que je me demandai ce que Graham avait bien pu lui dire.
