SALUUUUUUUUT !

Bonne année, pour commencer (vaut mieux tard que jamais) ! J'espère que 2021 vous apportera bonheur et réussite dans vos projets !

La deuxième partie du chapitre est donc un peu à la bourre mais comme je l'ai dit, vaut mieux tard que jamais. Je l'ai réécrit approximativement 47 fois (ou c'est l'impression que j'en ai) pour finalement reprendre approximativement la version originale (lol). Tout ça pour dire : j'espère que ça vous plaira.

Bonne lecture !


Chapitre 7 - partie 2 : Zugzwang

Octobre 1976

Je détestais les surprises.

Je détestais les surprises depuis la deuxième année, année durant laquelle Mina avait eu la brillante idée d'en organisée une et où nous nous étions retrouvés tous les quatre, un soir de décembre, à nager dans les eaux froides du lac noir. Nous avions passés une semaine à l'infirmerie, malades comme des strangulots, tandis que Mina vantait les bienfaits d'un bain glacé. Je doutais clairement sur la possibilité d'un Yaxley me trainant de force pour profiter d'un bain nocturne à l'instar de ma meilleure amie mais ma méfiance était à son paroxysme.

Sans lâcher mon poignet, il se faufila dans le petit passage, ne me laissant pas d'autre choix que de le suivre. Derrière nous, la statue de la Sorcière Borgne repris sa place initiale dans un bruit sourd. D'un geste sec de sa baguette, Yaxley éclaira les lieux d'une douce lueur blanche et je ne pus que retenir un hoquet de surprise face à ce qui s'offrait à nous. L'endroit était étroit ; si je pouvais camper fièrement sur mes deux pieds et garder le menton haut, Yaxley devait rentrer la tête dans ses épaules pour ne pas se cogner à la voute. En fond sonore, des gouttes d'humidité tombaient régulièrement dans une petite flaque, résonnant sinistrement contre les parois rocheuses de la caverne. Mais le pire n'était pas là : à nos pieds s'ouvrait un trou béant, un trou qui s'ouvrait sur l'inconnu, l'obscurité reprenant si vite ses droits que nous ne pouvions pas en voir le bout.

Je fis un bond en arrière face au vide qui s'offrait à moi, me cognant contre la Sorcière Borgne qui avait repris sa place initiale.

-Qu'est-ce que-… ?!

Yaxley me lança un regard exaspéré, souhaitant sans doute retrouver toute sa hauteur le plus rapidement possible.

-Je suppose qu' « honneur aux dames » n'est pas pour aujourd'hui, ironisa-t-il, le regard sombre.

Sans prévenir, il s'accroupie difficilement sur le rebord en pierre avant d'étendre ses jambes dans le vide obscur et sans fin qui semblait presque nous appeler à lui. Il dodelina vaguement de la tête, se massant douloureusement la nuque de sa main libre… avant de se laisser glisser dans les ténèbres. Il disparut sans un bruit, emportant avec lui la seule source de lumière et me laissant seule dans le noir terrifiant de la petite cave. Brusquement, le bruit sourd et régulier des gouttelettes d'eaux parut remplir tout l'espace, jouant de concert avec les battements furieux de mon cœur contre me côtes. Je pestai, sentant les larmes me monter aux yeux alors que l'obscurité m'entourait de ses bras étouffants. Ma baguette était restée avec le reste de mes affaires, en potions, et les seuls objets dont j'étais en possession étaient ma protection hygiénique et le sachet de pâtes de fruits que je partageais plus tôt avec Mina. Pas de quoi vaincre les ténèbres.

Fébrile, je tâchai de m'accroupir à mon tour, comme venait de le faire Yaxley, tâtant autour de moi pour retrouver les parois à peine mémorisées qui étaient encore éclairées quelques instants plus tôt. Mais je n'attrapais que le vide. J'étais bien incapable de me souvenir avec exactitude où se trouvait la paroi rocheuse. Serrant les dents, je me penchai un peu plus, mais le mur était cependant beaucoup plus loin que je ne l'avais imaginé. Plus loin… Trop loin. Perdant l'équilibre, je couinai, battant frénétiquement des bras pour tenter de m'accrocher à quelques choses, n'importe quoi… avant de basculer à mon tour dans le néant. Le cri de terreur que je retenais mourut sur mes lèvres.

La chute me parut interminable. J'étais ballotée contre la roche humide et irrégulière sur laquelle ma chair s'écorchait douloureusement. Fermant les yeux avec force malgré les ténèbres, je me roulai en boule, attendant fatidiquement le moment où mon corps viendrait se briser en mille morceaux dans un endroit inconnu. Le tunnel avait-il seulement une fin ? Dire que le dernier visage que j'aurai vu était celui de Yaxley…

Mais le choc ne vint pas. Ma glissade démesurée finit par ralentir – ou du moins était-ce l'impression que j'en avais – et fut finalement stoppée par quelque chose de relativement mou et sur lequel je m'étalais minablement. Incertaine, j'ouvris un œil, puis le deuxième. Mon cœur, incontrôlable, battait la chamade. J'étais nez-à-nez avec une paire de chaussures noires et soigneusement cirées. Je papillonnais des yeux, cherchant à me redresser, avant de remarquer que j'étais vautrée dans un tas de terre battue et passablement humide.

-Oh non !

Me relevant en hâte, j'essayai vainement de frotter mon uniforme tâché par la terre boueuse.

-Oh non, non, non !

Merlin, pourquoi n'avais-je pas ma baguette lorsque j'en avais besoin ?! D'énormes traces brunes recouvraient mes vêtements de toutes parts, donnant presque l'impression que je m'étais moi-même roulée volontairement sur le sol. Me contorsionnant afin de vérifier si mes fesses étaient aussi sales que le devant de mon uniforme, je perdis une nouvelle fois l'équilibre et me retrouvais là où j'étais quelques instants plus tôt, le nez effleurant presque la terre poisseuse.

-On n'a pas toute la journée, lança une vox froide, quelque part au-dessus de moi.

Je me figeai, n'osant pas ôter mon regard des grains de terre – que je voyais en gros plan –pour le poser sur celui qui m'avait trainée jusqu'ici. Je serrai les dents, retenant difficilement les larmes qui menaçaient à tout moment de s'échapper et qui auraient laissé place à un torrent de pleurs. Était-ce ce genre d'humiliation que faisaient constamment subir Potter et Black à Rogue ? Merlin, comment faisait-on pour se relever comme si de rien n'était ? Je n'avais même pas ma baguette pour remettre de l'ordre et de la propreté dans mes vêtements, ou même mes cheveux…

Relevant la tête avec le peu d'amour-propre dont j'étais encore en possession, je vis Yaxley, droit comme un i et qui me surplombait de toute sa hauteur. Le voir de là où je me trouvais me donnait presque le vertige. Il semblait presque plus propre que lorsque nous étions encore dans les cachots, sa cravate remise correctement et son uniforme moins froissé. Seuls ses cheveux étaient plus en bataille encore, comme s'il avait oublié la chevelure blonde qui garnissait son crâne. Son visage avait retrouvé toute son impassibilité et ne laissait rien transparaitre et, intérieurement, je le remerciais pour ça. Je n'aurais pas été capable de me remettre debout si son regard m'avait renvoyé tout le dégout qu'il éprouvait pour moi à cet instant précis.

Je me remis une nouvelle fois sur mes deux pieds, chancelante, avant d'épousseter comme je le pouvais mes vêtements. Mon cœur battait irrégulièrement et mes mains, tremblantes, ne m'obéissaient qu'à moitié, me rendant la tâche d'autant plus difficile. Je me sentais si ridicule… J'aurai souhaité être à des lieux d'ici. Qu'on m'éloigne de la vaste blague dont j'étais très certainement la victime et que je ne trouvais pas le moins du monde amusante. Serrant les dents, je tâchai de frotter ma jupe salie par la terre avec le peu de dignité que la situation m'offrait.

Un mouvement brusque attira mon attention, me forçant à relever la tête. Sans que je ne pusse dire quoi que ce soit, Yaxley avait levé sa baguette et, l'instant d'après, mon uniforme était aussi noir que s'il sortait de chez le teinturier. Ne me laissant pas le temps d'ouvrir la bouche et encore moins de formuler un remerciement quelconque – ou même ma surprise –, il tourna les talons et s'enfonça dans le couloir obscur qui faisait la continuation du toboggan rocheux que nous venions d'emprunter. La lumière faiblissait à mesure qu'il s'éloignait, me plongeant à nouveau lentement dans le noir. N'ayant pas le choix, je laissai derrière moi les milles interrogations qui me brûlaient les lèvres et trottinai derrière lui bien malgré moi afin de caler mon pas sur le sien, une fois arrivée à sa hauteur. Il marchait vite. Là où il faisait un pas, je devais en faire le double. Distraitement, je frottais mes mains écorchées par la chute pour en ôter les saletés.

-Où est-ce que ça mène ?

Quoi qu'il puisse en dire, je ne lui faisais pas confiance, même s'il l'avait si gentiment demandé, le souvenir de ce que m'avait dit Graham encore trop présent dans mon esprit. S'il comptait me mener à une nouvelle humiliation, je préférais autant en être tenue au courant à l'avance.

Le chemin de terre battue que nous parcourions était long et inégale. Un courant d'air froid et humide, comme venue d'outre-tombe, nous frappait inlassablement, me glaçant le corps. L'étroit passage – mais suffisamment large pour que je puisse avancer aux côtés de Yaxley – décrivait des courbes qui n'en finissaient pas et je finis par me demander si nous ne tournions pas en rond.

-A Pré-Au-Lard.

-Pardon ?

Je freinai des quatre fers, manquant de peu de tomber une nouvelle fois sur le sol accidenté. Yaxley ne prit même pas la peine de s'arrêter. Imperturbable, il continua sa route, porteur de lumière, et je dû une nouvelle fois prendre sur moi pour ne pas être laissée à la traine et dans l'obscurité glaciale du souterrain.

-Nous n'avais pas le droit d'aller à Pré-Au-Lard !, sifflai-je à voix basse, ma voix résonnant désagréablement contre les parois rocheuse du passage secret. Encore moins la semaine ! Enfin ! Si un professeur l'apprend,…

-Personne ne l'apprendra, coupa-t-il.

Je ne répondis pas, estomaqué par le culot de sa réponse et la confiance qu'il avait mis dans son affirmation. Que croyait-il ? S'il était aussi facile de rallier Pré-Au-Lard que ça en avait l'air, la totalité du château finirait par faire des allers-retours jusqu'au village.

Du coin de l'œil, je voyais le visage imperturbable de Yaxley qui regardait droit devant lui. S'il sentit mon regard posé sur lui, il n'en montra rien, me laissant fulminer en silence.

Au bout d'un certain temps, et qui me parut une éternité, le passage remonta en pente douce pour finir sur un vieil escalier de pierre aux marches usées et qui s'élevait dans l'obscurité du tunnel. Alors que je m'apprêtai à poser un pied sur la première marche, Yaxley m'arrêta d'un geste avant de pointer sa baguette magique droit sur ma tête. Je louchai automatiquement sur le bout de bois.

-Qu'est-ce que tu-…

La seconde d'après, j'avais la désagréable impression qu'on m'écrasait un œuf sur le crâne.

-Sortilège de désillusion, crut-il bon de préciser, avant de faire la même chose sur lui.

Je levai les yeux au ciel, ce qu'il n'eut pas le plaisir de voir. S'il voulait que nous parlions au calme, une multitude de salle de classe vides du château auraient pu faire l'affaire. Pourquoi nous trainer dans un périple si compliqué et insensé ?

Je ne voyais plus Yaxley. La seule chose qui pouvait encore me prouver sa présence à mes côtés était le bruit de sa respiration calme et profonde et qui laissait parfois échapper un petit nuage de buée opaque. Sans prévenir, il s'empara de mon poignet douloureux – il allait finir par me faire un bleu à force ! – et me traina à sa suite, comme il semblait avoir pris l'habitude de le faire mais cela s'avéra plus compliqué du fait de son invisibilité. Je trébuchai à plusieurs reprises sur les marches de pierres et le soupire de Yaxley retentit autant de fois. Probablement arrivés en haut de l'escalier, il s'arrêta sans prévenir, me forçant à faire la même chose, et après avoir éteint sa baguette magique, nous nous retrouvâmes dans le noir complet. Durant quelques secondes, je n'entendis que la respiration posée de Yaxley, les battements frénétiques de mon pauvre cœur qui se demandait où est-ce que je nous avais fourrés, et le doux clapotis sinistre des gouttes d'eau qui semblait nous suivre depuis que nous avions mis un pied dans ce fichu tunnel. L'instant d'après, un trou béant déchirait le plafond, apportant avec lui une faible source de lumière. Tenant fermement mon poignet comme s'il craignait que je ne prenne la fuite – où diable aurai-je pu aller ? –, Yaxley s'extirpa habilement du tunnel et je tâchais de faire difficilement de même, n'étant plus en possession que de l'une de mes mains.

Si la situation ne m'avait pas paru aussi grotesque, j'aurai presque ris. Nous nous trouvions dans une cave. Une cave désordonnée au possible, remplie de cartons en équilibre précaire et qui refermaient avec difficultés toutes sortes d'objets colorés. La faible lumière, qui perçait des fenêtres au ras du plafond, engendrait une multitude de silhouettes immenses et floues et qui semblait presque dansaient sur le sol recouvert de dalle.

-La cave de Honeydukes, lança Yaxley, quelque part à ma gauche.

Merlin, je vivais probablement la journée la plus incompréhensible de mon existence.

Nous sortîmes comme nous étions entrées, Yaxley me tenant le poignet et me tirant derrière lui comme si je n'étais rien d'autre qu'un misérable bagage dont on souhaite se débarrasser le plus vite possible.

La boutique de Honeydukes était sinistrement vide. Une vieille dame et sa petite-fille étudiait avec attention une rangé de sucette au sang frais mais, hormis elles, les allées étaient désertes. Les rayonnages débordaient de nougats moelleux, de cubes de glace à la noix de coco, de caramels dorés…, et que personne ne semblait vouloir acheter. Les élèves de Poudlard avaient beau être une part importante du chiffre d'affaire de la boutique, je me doutais que nous n'étions pas les seuls à avoir désertés le petit commerce coloré. Ambrosius Flume siégeait derrière sa caisse. Tourné vers la rue, il observait le dehors d'un œil absent.

Yaxley ne s'attarda pas. Sans prêter la moindre attention à ce que je pouvais renverser sur mon chemin, il sortit de la boutique en ouvrant brusquement la porte. À l'image du magasin de confiseries, la rue était déserte. Quelques rares passants marchaient à vive allure en direction d'une destination dont eux seuls avait la connaissance, le visage baissé, leur baguette à la main. Le village entier paraissait avoir été englouti sous un brouillard de méfiance. Les éclats de rire des enfants ne remplissaient plus les rues, la jovialité des commerçants saluant leurs clients habituels se résumait à un bref hochement de tête… La vie elle-même semblait avoir quitté les lieux. Même le ciel, désespérément gris depuis de nombreux jours, était terriblement menaçant.

Yaxley nous conduisit dans une ruelle latérale à la grande rue et ne s'arrêta que lorsque nous fûmes devant un petit établissement à l'aspect déplorable. Suspendue à une vieille potence, la tête d'un sanglier se balançait au gré du vent, grinçant sinistrement.

-Sérieusement ? On va boire un verre là ?

Il secoua négativement la tête tout en annulant les sortilèges de désillusion lancés un peu plus tôt.

-Il faut qu'on parle, répéta-t-il, inlassable.

N'avait-il que ça en bouche ? En tête ? Ne pouvions-nous donc pas parler ailleurs que dans un pub ? Le château n'était-il pas suffisamment grand, il fallait nécessairement enfreindre plusieurs alinéas du règlement pour échanger quelques paroles ?

Opinant mollement, je le laissai pénétrer l'établissement en premier.

L'intérieur était aussi miteux que ne le laissait présager l'extérieur. L'endroit était petit, crasseux et une forte odeur d'animal infestait l'air, le rendant lourd et difficilement respirable. Les fenêtres étaient si incrustées de saleté qu'elles en étaient opaque, laissant à peine traverser quelques rayon de lumière. Le pub était aussi vide que le reste de Pré-Au-Lard, bien que l'état des lieux semblait en être la véritable raison, et non l'ambiance morbide qui régnait dans l'air.

Dans un coin, Dumbledore nous observait avec méfiance.

-Oh, Merlin !, laissai-je échapper malgré moi, avant de coller mes deux mains sur ma bouche, terrifié à l'idée de ce que le directeur pourrait bien nous dire.

-C'est son frère, grinça Yaxley, dont la mauvaise humeur semblait augmenter au fur et à mesure que la discussion tant attendue approchait.

Plissant les yeux, j'observais le Dumbledore à la dérobé et, en regardant avec attention, les différences sautaient bel et bien aux yeux. Celui qui nous faisait face, bien qu'il soit aussi grand et mince, avait l'air beaucoup plus grincheux et renfermé. Ses rides paraissaient moins chaleureuses, son visage moins bienveillant. Les années avaient taillé l'homme qui nous observait ostensiblement avec hostilité mais ne l'avait pas adouci pour autant. Il semblait se fondre dans la saleté et l'amertume avec autant d'aisance qu'un chat noir dans la nuit. C'était une pâle copie du directeur de Poudlard.

Nous étions les seuls clients. Yaxley me fit asseoir à une petite table, dans un coin sombre, avant de prendre place en face de moi. Assis au fond de sa chaise, droit comme un i, ses deux mains étaient posées respectivement sur chacune de ses cuisses, il m'observait fixement, me mettant mal à l'aise.

-Il ne dira rien, finit-il par soupirer en voyant les allers-retours que faisait mon regard entre Dumbledore et lui. Un hydromel et un Whisky Pur Feu, ajouta-t-il sans me quitter des yeux à l'adresse du gérant qui s'était rapproché prendre la commande.

-Deux Whisky Pur Feu, en fait, corrigeai-je automatiquement d'une voix que j'espérais ferme.

Je n'avais jamais goutté d'alcool aussi fort – la bièraubeurre étant probablement la seule boisson alcoolisée dans laquelle j'avais déjà trempé mes lèvres – et doutais même d'aimer cela. Mais je ne voulais pas le laisser gagner, même pour quelque chose d'aussi anodin qu'une boisson. Parce qu'à chaque victoire qu'il remportait, c'était ma volonté qui s'effritait, qui s'échappait imperceptiblement entre mes doigts et dont il prenait possession sans état d'âme. Je ne m'étais jamais défini comme étant indépendante et ne l'était certainement pas mais je chérissais le peu de liberté dont j'étais en possession et comptais bien la conserver aussi longtemps que possible. Et si cela signifiait boire de l'alcool alors que j'étais censée me trouver en cours de potions, alors soit.

Les yeux dans les yeux, la bataille silencieuse que Yaxley me déclara sembla interminable. Je sentais Dumbledore s'exaspérer devant le piètre spectacle que nous offrions sans doute mais je ne pouvais – et ne voulais – pas me détourner si facilement. Quand bien même je l'aurai voulu, j'en aurais été bien incapable. Le regard d'acier de Yaxley aimantait le mien avec une force que je n'étais pas en mesure de combattre et j'avais l'impression dérangeante que son regard impénétrable tentait de sonder mon âme dans ses moindres recoins.

-Deux Whisky Pur Feu et un hydromel, finit-il par lâcher du bout des lèvres, sans bouger.

Je sentis le barman se détourner, irrité.

Aucun de nous ne bougea. La lutte sans merci que nous nous livrions cessa pourtant d'elle-même lorsque Dumbledore revint avec les trois boissons et que nous tournâmes tous deux simultanément la tête vers lui. Alors que je le remerciais d'un faible sourire, récupérant les boissons du plateau, Yaxley déposait quelques pièces du bout des doigts dans la main noueuse de l'aubergiste qui se détourna pour retourner bouder derrière le bar, le visage peu avenant.

-De quoi voulais-tu que nous parlions ?, m'enquis-je poliment, une fois seuls.

Je tapotai délicatement mon verre de Whisky Pur Feu du bout des doigts, faisant teinter mes ongles dans un bruit cristallin. Si Yaxley avait déjà bu une longue gorgée de son breuvage alcoolisé, je redoutais le moment où il me faudrait faire la même chose.

-De nous.

Fébrile, je portais le verre à mes lèvres, cherchant à me donner contenance. Le liquide amer roula sur ma langue et il me fallut mobiliser toute la volonté et la force que j'avais en ma possession pour ne pas grimacer de dégout. J'avalais ma gorgée d'alcool avec difficulté et ma gorge me brula désagréablement. Yaxley n'avait pas détourné le regard un seul instant, ses yeux gris vissés sur ma pauvre personne qui ne demandait qu'à être à des lieux d'ici.

-Je pense qu'il n'y a rien à dire sur nous, répondis-je finalement, fixant résolument mon verre encore trop plein. Ce que tu as dit le mois dernier était on ne peut plus clair.

-Oh, si. Je pense qu'il y a énormément de chose à dire, au contraire.

Un silence pesant s'abattit sur nous. J'attendais qu'il parle, qu'il me dise ce qui lui brûlait les lèvres depuis plusieurs jours déjà, qu'il crève l'abcès dont lui seul semblait souffrir, mais il me regardait comme s'il patientait sagement, attendant que j'ouvre la bouche la première. Je ne le fis pas. Je n'avais rien à lui dire. Je ne désirais qu'une chose, en finir le plus rapidement possible et retourner auprès de Mina.

-Il y a plusieurs choses dont nous devons parler, finit-il cependant par lâcher du bout des lèvres, passant distraitement son index sur le rebord de son verre. Tu te doutes de quoi, j'imagine.

Sa bouche se tordit en un semblant de sourire moqueur, mais ses yeux ne riaient pas. Bien qu'insondable, il avait l'air en proie à une multitude d'émotion contradictoire et qui se livraient en combat à l'intérieur de lui.

Il roula des yeux face à mon mutisme et avala une nouvelle gorgée de Whisky Pur Feu comme s'il avait s'agit de jus de citrouille avant de s'asseoir confortablement au fond de sa chaise.

-Il faut que nous enterrions la hache de guerre, Greengrass, que ce soit pour toi ou pour moi, les choses en seront d'autant plus simples une fois que nous l'aurons fait.

-Quelle guerre nous livrons-nous ?, m'enquis-je, curieuse, oubliant le silence que je m'efforçais de vouloir garder.

-Tu me détestes.

Il paraissait presque soulagé de voir que je prenais part à la discussion qu'il m'imposait et ce, malgré le sujet manifeste de notre conversation.

-Je n'irais pas jusqu'à là, répondis-je en fronçant les sourcils, peu sûre de là où il voulait en venir. Mais ça ne veut pas dire que je t'apprécie pour autant.

-Même après ce que j'ai pu dire l'autre jour ? L'humiliation publique que je t'ai fait subir ?

Je serrai les dents, ne sachant pas quoi dire. Je ne voulais pas en parler, éviter d'aborder le sujet ou même d'y penser. Je voulais l'enterrer dans un coin de ma tête pour ne pas céder à la petite voix qui me hurlait de prendre mes jambes à mon cou et garder autant que possible mes distances avec Yaxley. Surmonter mon envie de fuite n'était pas chose aisée mais celui qui se prénommait désormais mon fiancé avait cherché à me parler durant des jours et ma curiosité avait le mérite d'être plus forte que ma crainte du Serpentard.

-Je ne suis pas sûre de saisir ce que ça a à voir avec… ce dont tu voulais me parler, répliquai-je, les lèvres pincées.

-Ca a tout à voir.

-Alors développe tes pensées au lieu de parler par énigme.

-Je t'ai blessée.

-Non.

-Je vois bien que si.

-Je te dis que non !, m'exclamai-je brusquement, sans vraiment savoir si je perdais réellement patience ou si je craignais seulement qu'il ne mette le doigt là où ça faisait mal. Par Merlin… expliques-toi clairement et viens en aux faits !

Pendant un bref instant, mon éclat parut le déstabiliser mais il se reprit si vite que je crus avoir rêvé. Comme lorsqu'il m'avait annoncé l'officialisation de nos fiançailles, il parlait d'une voix condescendante, de ce ton de celui qui sait et qui veut vous enfoncer dans votre ignorance. Mais contrairement à ce jour-là, il semblait plus retenu – quoique agité –, comme s'il pesait soigneusement ses mots avant de les prononcer. Il paraissait vouloir garder la situation sous son contrôle, faire en sorte que notre conversation ne s'éloigne pas du sujet qu'il avait décidé.

-J'ai crus comprendre – voir – que tu étais proche de deux… garçons de ta maison, fit-il, changeant brusquement de sujet.

Je clignais des yeux, incertaine quant à là où il voulait en venir.

-Graham et Allister ? Bien sûr, ce sont mes meilleurs amis.

-Prends tes distances avec eux.

-Je te demande pardon ?

La perplexité et mon éducation m'empêchaient de l'insulter. Où trouvait-il le culot de m'ordonner de m'éloigner de mes meilleurs amis sous prétexte qu'ils étaient de sexe masculin tandis que lui vivait la belle vie avec Parkinson ? Pendant un dixième de seconde, j'envisageai de lui jeter mon verre de Whisky Pur Feu à peine entamé en pleine figure.

-Vous êtes trop proches, répliqua-t-il comme si ce qu'il racontait coulait de source. Vous vous tenez la main, le bras… des grandes embrassades en public… tu te portes préjudice toi-même, Greengrass.

-Oh, je t'en prie !, m'exclamai-je avec ce qu'il me restait de calme. Nous sommes amis depuis plus de cinq ans, je ne vois pas en quoi notre amitié pourrait me porter préjudice. Surtout lorsque toi, tu flirtes sans vergogne avec Anastasia Parkinson !

-La réputation des femmes est fragile, assena-t-il d'une voix froide. Et peu importe à quel point c'est injuste, ajouta-t-il en haussant le ton alors que j'ouvrais la bouche pour protester. Tu n'y changeras rien. Fais avec.

L'impression qu'il se payait ma tête était trop forte. Était-ce une vaste blague ? Je m'attendais presque à ce qu'il hurle « poisson d'avril » dans les secondes suivantes. Pourtant, son visage restait horriblement sérieux.

-Je n'ai pas le droit d'être proche de mes propres amis pour ne pas nuire à ma réputation, murmurai-je, en faisant tournoyer mon verre entre mes doigts. Nuire à ma réputation nuirait à la tienne, après tout… Pourtant, tu n'hésites pas toi-même à m'humilier devant je-ne-sais qui…

Je n'osais pas le regarder. Voir la moquerie et la méchanceté dans son regard gris n'aurait servie à rien, hormis me blesser moi-même. Mais la réponse ne vint pas et le silence pesant qui s'installa m'obligea finalement à lever les yeux sur Yaxley. Yaxley qui ne bougeait pas, toujours assit au fond de sa chaise, me regardant fixement, le visage insondable. Il semblait presque pétrifié, et seul le battement lent et régulier de ses paupières m'indiquait du contraire. M'entendre retourner contre lui ses propres actions semblait le prendre au dépourvu. Tant mieux, songeai-je

-Tu n'es pas obligé de répondre, tu sais, finis-je par dire, brisant le silence. Tu ne me dois rien, après tout. Mais je trouve ça culoté de ta part de venir me faire la leçon sur ma soi-disant réputation alors que tu y nuis toi-même.

-La situation m'a échappée.

Sa voix était hachée, dur comme son regard. Il semblait pris au dépourvu.

-Je ne crois pas, non.

Le calme avec lequel je répondais m'étonnait autant qu'il ne m'agaçait. Je n'avais jamais été une grande fervente des altercations frontales et évitais les conflits si je le pouvais, mais je voulais m'énerver, je voulais balancer à la figure de Yaxley toutes les atrocités qui me démangeaient et l'envoyer balader, je voulais partir, claquer la porte et ne plus me retourner, je voulais…

Je ne fis rien.

Voyant que je ne touchais pas à mon verre de Whisky Pur Feu, Yaxley poussa celui d'hydromel vers moi, m'invitant à boire d'un mouvement du menton.

-Je ne veux pas te forcer à quoi que ce soit, finit-il par lâcher d'un ton prudent. Et je m'excuse si mes paroles ou mes actions ont pu te blesser mais…

Il soupira, se pinçant l'arête du nez et je me demandais contre qui était dirigé son exaspération : lui ou moi ?

Je ne savais plus sur quel pied danser face à son comportement. Depuis que je l'avais croisé à la sortie des toilettes, il semblait tantôt être prêt à tout afin de me plier à sa volonté, calculateur, agacé par mon comportement, tandis qu'à d'autres moments il me paraissait juste… humain. Perdu, hagard, comme si lui-même se demandait ce que nous faisions tous les deux ici, à boire de l'alcool dans un pub malfamé, enfreignant le règlement de Poudlard, à parler de mariage et de toutes ces choses dont sont censés parler les adultes et dont les enfants ne devraient jamais avoir à s'inquiéter.

-Écoute… Je vais être honnête avec toi : tu n'es pas prête et…

-Pas prête à ?

La discussion prenait une tournure que je n'étais pas sûre d'apprécier mais à ce stade-là, rien ne semblait l'empêcher de venir au bout de ce dont il désirait me parler.

-Laisse-moi terminer, Amalia, je te prie, grinça-t-il avant de reprendre une gorgée de Whisky Pur Feu.

Mon prénom sonna étrangement entre ses lèvres, me donnant la chair de poule. Frissonnant, je mis mon malaise sur le compte des quelques gorgés de Whisky Pur-Feu que j'avais difficilement avalé.

-Tu n'es pas prête, répéta Yaxley, pas prête à ce qui t'attend. Pas prête à affronter le monde, la vraie vie. Tu penses peut-être qu'il y aura toujours quelqu'un pour assurer tes arrières, pour te soutenir ou pour te réconforter, mais ce n'est pas le cas. Bientôt, il n'y aura plus personne pour te tenir la main. Tu as passé ta vie à n'être que spectatrice de ce monde, mais aujourd'hui c'est en tant qu'actrice que nous te demandons d'entrer dans le théâtre. Et tu n'es pas prête.

Les mots semblaient lui coûtaient. Il ne me regardait plus et ses yeux orageux étaient vissés sur le verre de Whisky Pur Feu qu'il avait terminé depuis de longues minutes déjà.

-Je n'ai rien à t'offrir d'autre que l'alliance contre laquelle nous ne pouvons rien, mais…

Un soupire, encore. Il paraissait lutter contre lui-même, ses sourcils se fronçaient régulièrement et il semblait ne pas savoir quoi dire, ni faire. Il avait l'air d'en avoir oublié même ma présence.

-Écoute, répéta-t-il encore, alors que je ne faisais que ça, l'écouter.

-Alliance dont je ne sais rien, crus-je toutefois bon de le couper.

Il releva la tête avec surprise. J'avais le faible espoir qu'il m'en dise plus, voire même qu'il sorte les parchemins du contrat de sous sa cape, mais je ne m'attendais certainement pas au regard glaciale qu'il m'envoya, une fois l'étonnement passé.

-Je me fiche de savoir quel type de relation tu entretiens avec ta mère, mais ce n'est certainement pas à moi de te donner tous les détails du contrat que nos parents ont passé alors si tu veux savoir quelque chose, demande-le lui.

Je tressailli sous l'effet de la surprise. La dureté de sa voix sortait de nulle part.

Il laissa passer un ange avant de reprendre d'un ton plus mesuré.

-Écoute, je ne voulais pas dire cela comme ça mais… essaies de faire la paix avec ta mère, d'accord ? Si tu entretenais des relations plus… comment dire ? apaisées, avec elle, ça faciliterait les choses pour tout le monde.

Je ne répondis pas, la relation mère-fille que j'entretenais avec ma génitrice faisant partie des dernières choses dont je souhaitais parler avec Yaxley.

-Écoute, répéta-t-il une énième fois, inlassable. J'ai besoin que tu me fasses confiance. Je ne te demande pas de faire aveuglément ce que je te demande, mais j'ai besoin que tu me fasses confiance. Il faut que tu me fasses confiance. Ca n'en a peut-être pas l'air, mais j'essaie de te sauver…

-Me sauver de ?

-De notre monde. De moi. De toi-même, aussi. Je ne suis pas parfait mais j'essaie de faire de mon mieux. Je suis probablement le seul en qui tu peux avoir confiance et…

Il flanchait. Sa voix n'était plus aussi assurée qu'au début, ses yeux gris s'étaient voilés et il semblait à des lieux du pub miteux dans lequel nous nous trouvions. Je ne l'avais jamais vu en proie à une telle lutte interne et dont lui-seul connaissait les conséquences.

-Écoute…

Il reprit contenance si brusquement que j'en sursautais, surprise.

-Dans quelques mois, j'aurai quitté Poudlard et tu passeras l'année prochaine sans moi pour te surveiller, dit-il d'une voix plus dure. Profites-en, mais je tiens à ce que tu te tiennes correctement. Pour ce qui est du temps qu'il nous reste ensemble… aucun mot ne sortira de travers de ma bouche à ton sujet, mais je veux en échange que tu t'éloignes de tes… amis. Ou je me verrais dans l'obligation de prendre des mesures adaptées.

-Tu n'as pas à décider de qui je fréquente ! Ni en qui je peux avoir confiance !, protestai-je, outrée. Encore moins quand il s'agit de mes amis ! Moi, je ne vais pas te faire de leçons sur tes fréquentations alors garde toi de vouloir contrôler les miennes !

Yaxley vida le verre d'hydromel auquel je n'avais pas touché dans le sien, vide, avant de tremper les lèvres dedans.

-Je ne veux pas t'ordonner quoi que ce soit, souffla-t-il, manifestement excédé. Ce que j'essaie de te faire comprendre, c'est qu'être aussi proche d'eux ne t'apportera rien de bon et que, par conséquent, tu devrais garder tes distances physiquement. Lorsque nous serons mariés…

Je ne l'écoutais plus. C'était quelque chose, de savoir que j'étais fiancée à lui, mais je ne songeais jamais aux conséquences de ces fiançailles et l'entendre parler de mariage me faisait l'effet d'une douche froide. Penser à ce que cela impliquait… non seulement vis-à-vis de lui, mais vis-à-vis de moi également. Serais-je toujours en mesure de voir mes amis ? Mina était une Née-Moldue, Graham et Allister des Sang-Mêlés. Si je devais commencer à prendre mes distances avec eux aujourd'hui, que devrais-je faire demain ? Les laisser tomber ? Leur tourner le dos, faire comme s'ils faisaient partie d'un morceau de ma vie qui n'existerait peut-être bientôt plus ? C'était trop cruel…

Je songeais à l'ainé des frères Black. Sirius Black. Le téméraire, l'imprudent, le casse-cou. Le courageux. Celui qui avait eu le courage de claquer la porte lorsque les choses ne lui plaisaient pas, qui avait eu le courage de clamer haut et fort que non, il n'était pas d'accord, ce n'était pas comme ça qu'il voulait vivre alors adieu ! Et il ne s'était pas retourné. Il vivait comme il le voulait, libre. Si courageux… J'aurai donné cher pour une once de son courage, pour oser partir, ne plus avoir peur du regard des autres.

-Je te propose un deal, dit Yaxley d'une voix plate et sans émotion, me sortant brusquement de mes pensées. Ne fais pas de vague, tiens tes distances avec les hommes, évites la racaille. De mon côté, je tâcherais d'améliorer ta réputation auprès des nôtres.

Il lança un regard à demi méprisant à mon verre de Whisky Pur Feu tristement plein.

-Et par pitié, Greengrass, cesse de vouloir te faire passer pour quelqu'un que tu n'es pas.


Le retour se fit en silence. Chacun respectivement plongé dans ses pensées, personne ne parla et Yaxley m'abandonna devant ma salle commune avant de s'enfoncer dans l'obscurité des profondeurs du château pour rejoindre la sienne. « Fais-moi confiance », murmura-t-il avant d'être dévoré par les ombres. Ce n'était ni un ordre ou une menace et encore moins un conseil. Cela sonnait comme une supplication. Pourquoi faire ? De quoi avait-il peur, pour peu qu'il ait peur de quelque chose ?

Je franchis le seuil de la salle commune des Poufsouffle au moment au sonnait dix-neuf heure. La pièce de vie était bondée, des groupes d'élèves éparpillés un peu partout et qui dévoraient les plats appétissants posés à chaque endroit où il y avait de la place.

-Amy !, hurla une voix claire par-dessus le brouhaha.

Mina fondit sur moi tel un oiseau de proie. Derrière elle, Allister et Graham la suivaient difficilement, jouant des coudes pour se frayer un passage.

-Ça va ?, s'énerva ma meilleure amie, m'examinant sous toutes les coutures après m'avoir serré dans ses bras. Un petit Serpentard est venu dire à Slughorn que tu étais partie à l'infirmerie ! Qu'est-ce qu'il s'est passé ? T'avais mal au ventre ? T'as vomi ? Tu t'es fait attaquer ?

Je vacillai sous le flot de paroles ininterrompu qui sortait de sa bouche. Yaxley avait donc dit vrai en m'assurant qu'il trouverait une excuse auprès du professeur de potions…

-Laisse-la donc parler, Mina, coupa Graham d'un ton réprobateur en arrivant vers nous. Ca va ?, s'enquit-il à son tour en tournant vers moi.

Cette dernière – n'ayant pas respiré une seule fois – pris une grande inspiration avant de lancer un regard noir à notre ami tout en soufflant d'agacement.

-J-je… euh-…

Les trois paires d'yeux posées sur moi avec insistance m'oppressaient sans raison apparente. Qu'étais-je censée répondre ? J'avais volontairement passé sous silence mes dernières altercations avec Yaxley, ne souhaitant pas inquiéter mes meilleurs amis outre mesure. Lentement mais sûrement, je m'étais enlisée dans le terreau de mes mensonges, esquivant certaines questions, inventant lorsque cela s'était avéré nécessaire. J'avais menti sans vergogne aux trois personnes en qui je faisais le plus confiance. Confiance... Yaxley avait-il dit vrai en affirmant que je ne pouvais me fier qu'à lui ? Non, bien sûr non… Il s'agissait de Mina, tout de même. De Graham et d'Allister. Je leur aurais confié ma vie sans la moindre hésitation, après tout. Non ? Je n'avais qu'une chose à faire pour contrer la sombre affirmation de Yaxley, une toute petite chose, une simple vérité et des excuses… Perdue dans les abysses de l'hésitation et du doute, je fis face aux choix qui s'offraient à moi, aux deux options d'une simplicité élémentaire mais qui me paraissaient pourtant impossibles.

Je choisi la facilité, m'embourbant un peu plus dans un océan de mensonges, creusant toujours plus profondément le trou qui, lentement mais sûrement, me séparait de mes amis.

-Je ne sais pas, bredouillai-je d'une petite voix, retenant avec une aisance surprenante les larmes qui menaçaient de déborder à tout moment. Je ne me sentais pas très bien, et puis, j'ai eu un vertige alors…

Mina hocha la tête, les sourcils froncés d'inquiétude.

-Slughorn m'a donné ça, dit-elle en tendant un bout de parchemin. Il a gardé tes affaires parce qu'apparemment il veut te parler...

Je saisis le document d'une main tremblante, ce qui n'échappa pas à Mina qui ouvrit la bouche, mais se retint au dernier moment d'émettre le moindre son.

Sur la petite missive, Slughorn m'indiquait d'une écriture maladroite qu'il souhaitait me faire part d'un sujet important dans les plus brefs délais. Il n'indiquait rien d'autre, si ce n'est qu'en cas de dépassement du couvre-feu, son petit mot me servirait d'attestation.

-Tu veux qu'on vienne avec toi ?, dit Mina d'une voix précipitée. Ou juste moi ? T'as vraiment pas l'air bien, tu sais !

Je secouai négativement la tête, froissant le morceau de parchemin dans la poche de ma jupe.

-Ca va aller, répondis-je, la voix cependant moins ferme que je ne l'aurais souhaité. Ca me fera du bien de prendre un peu l'air.

Elle haussa les épaules, dubitative.

-Comme tu veux. Je te garde deux-trois cuisses de poulet, d'accord ?

J'acquiesçai avant de tourner les talons, le cœur serré. Le silence me frappa de concert avec le froid lorsque j'émergeais du tonneau menant à notre salle commune et que le passage se refermait derrière moi. Les torches magiquement embrasées faisaient danser les ombres sur les murs de pierre et les silhouettes obscures me suivirent alors que je m'enfonçais dans les profondeurs du château, là où il faisait toujours froid, où les rayons du soleil ne perçaient jamais les ténèbres étouffantes. Mes pas résonnaient contre les dalles glaciales, brisant le silence à intervalles réguliers. Traverser les cachots jusqu'à celui du professeur Slughorn me parut beaucoup plus long seule, comme si les couloirs traversés et les escaliers dévalés s'allongeaient interminablement lorsqu'un élève avait la solitude pour seule compagnie.

Assit au fond de sa chaise en bois sombre, le professeur Slughorn fixait d'un œil morne un chaudron fumant, son index boudiné tapotant lentement son menton tandis qu'il marmonnait des paroles que lui seul comprenait.

-Euh… professeur ?, hésitai-je en m'avançant dans la faible lumière de la salle de classe.

-Heum ? Oh ! Miss Greengrass ! Comment allez-vous ? Bien ? Tant mieux, tant mieux… Approchez donc, approchez…

-Je viens récupérer mes affaires, professeur, lançai-je d'une petite voix. Et, euh, Mina m'a donné votre petit mot, comme quoi vous vouliez me parler… ?

-Hmm… Miss North ? Oui, oui, une sorcière brillante… Mais prenez donc vos affaires d'abord, Miss Greengrass.

Ces dernières avaient été soigneusement rangées – probablement par Mina – et, une fois la fermeture fermée, je jetai mon sac par-dessus mon épaule avant de récupérer ma baguette qui m'avait tant fait défaut avec Yaxley.

-Vous êtes douée en potions, Miss, me lança Slughorn alors que je revenais vers lui. Vos concoctions ne font certes pas des étincelles lorsque vous êtes assistée par l'un de vos camarades, mais vous avez du potentiel, oui…

-Merci, monsieur…

Être complimentée par Slughorn me paraissait irréel, ce dernier n'ayant habituellement d'yeux que pour Mina et Lily Evans, son attention toutefois régulièrement attirée par les pitreries des Gryffondor.

-Vous avez commencé à réfléchir à ce que vous allez faire après Poudlard, Miss ? Bien sûr, c'est à Pomona de s'occuper de votre orientation, mais vous voyez, un talent comme le vôtre en potion…

Il me regarda, l'œil vide, et j'eu la désagréable impression qu'il ne me voyait pas, comme s'il regardait à travers mon corps sans réussir à saisir où je me trouvais exactement dans la pièce.

Derrière lui, une fumée argentée s'élevait au-dessus de son chaudron, emplissant le cachot d'une odeur sucré qui me chatouilla les narines.

-Monsieur ?

-Miss ?

Ses petits yeux ronds m'effleurèrent sans s'arrêter sur moi. Il semblait perdu, à des lieux d'ici, tentant tant bien que mal de se raccrocher à l'idée qu'il était pourtant bien là, debout, dans son cachot sombre et froid.

-Vous allez bien, monsieur ?

Il avait l'air tout sauf bien. Une goutte de sueur perla sur sa tempe, achevant de me convaincre que notre professeur de potions n'était pas dans son état normal.

-Miss ?, répéta-t-il d'une voix absente. Brillante… Élève brillante… Miss Greengrass…

-Professeur ?

Si mon être entier me hurlait d'aller chercher de l'aide, mes pieds me désobéirent, me faisant reculer de quelques pas sans pour autant me lancer à la recherche de Mrs Pomfresh, de Dumbledore ou de quiconque aurait pu venir en aide au professeur Slughorn. Ce dernier ne bougeait pas, debout devant son bureau, vacillant dangereusement sans avoir l'air de s'en compte.

-Professeur ?!

Ma voix sembla le ramener sur terre. Interdite face à son comportement, je l'observais tandis qu'il posait ses yeux sur moi comme s'il venait de remarquer ma présence.

-Miss Greengrass ?, s'étonna-t-il, les yeux écarquillés.

L'instant d'après, il perdait à nouveau pied et son regard se voila brusquement. Il marmonna quelques mots inintelligibles, se tapota une nouvelle fois le menton de son index dodu.

-Miss Greengrass… Méfiez-vous… de…

-Me méfier de quoi, professeur ?

Mon cœur battait la chamade. Si la situation m'échappait complètement, elle m'intriguait aussi et ce, même si une petite partie de moi tremblait de peur et me criait de partir en courant.

-… vous…

-Pardon ? Me méfier de moi ? Mais…

-Vous devriez rejoindre vos camarades maintenant, Miss Greengrass, coupa brusquement Slughorn en se redressant de toute sa hauteur, la voix soudain ferme. Il se fait tard et il n'est pas très recommandé de trainer dans les couloirs la nuit, hm… Bonne soirée, Miss Greengrass…

Sans un mot ou même une explication, je me retrouvais dans le couloir sombre, mon sac sur le dos, ma baguette en main, et rien d'autre qu'un milliard de questions et d'incompréhension. Par Merlin, que venait-il de se passer ? Qu'était-il arrivé au professeur Slughorn ? Étais-je censée aller chercher une quelconque aide et ce, même s'il semblait aller mieux ? Je fronçai les sourcils, perdue, me promettant de raconter notre altercation dans ses moindres détails à Mina.

Slughorn avait claqué la porte de son cachot, m'invitant poliment à retrousser chemin et à rejoindre mes amis, probablement chaudement réunis au coin du feu.

Ressassant en boucle ma discussion avec Yaxley, puis celle avec Slughorn, je laissai mes pas me conduire à travers le dédale de couloirs, traversant les cachots silencieux lorsqu'un murmure étouffé me tira de mes pensées. Mes pieds s'arrêtèrent automatiquement à l'entrée d'un cachot d'où émanaient une faible lueur et le chuchotement étranglé de plusieurs voix. Instinctivement, je tendis l'oreille, songeant que je venais probablement de vivre la journée la plus étrange de mon existence et qu'écouter aux portes n'était plus qu'un détail parmi d'autres, à présent.

-… s'impatiente…, souffla une voix aigüe, glaciale, et dont je ne comprenais pas la moitié des paroles. N'avancez… Plus vite… Résultats…

-Chaque petit pas est une victoire, coupa une autre voix, plus grave et plus proche que la première.

-Cela sera terminé avant la fin de l'année, ajouta doucereusement une troisième. Il ne peut pas se cacher éternellement.

Le bruit de flammes crépitant dans un foyer combla le silence qui s'installa durant de longues secondes, avant que la voix lointaine ne reprenne :

-… personne… savoir… échouez…

Plaquée contre le mur, je retenais mon souffle comme je le pouvais, tentant de décoder chaque mots, comme si quoi que ce soit dans cette discussion pouvait bien me regarder. Je songeai alors à Mina, qui aurait été on ne peut plus ravie de jouer les espionnes avec moi.

-Non, disait la deuxième voix alors que je me concentrais pour saisir les paroles échangées. On ne change rien, ne t'en mêle pas.

-… lent…

-J'avance lentement mais sûrement.

-Tu as besoin d'aide, contredit alors la troisième voix, la plus mélodieuse.

-… mort … !

Malgré moi, je ne pus retenir un hoquet de surprise et de peur. Le silence me répondit et, instinctivement, je compris que quiconque était dans ce cachot m'avait entendu. Mon cœur s'emballa, battant contre mes tympans, mes côtes, et l'espace d'un instant, ma vision se troubla.

-… quelqu'un… !

Un bruit de pas, imperceptible, retentit, et sans réfléchir, je pris mes jambes à mon cou, laissant derrière moi les corridors emplis de ténèbres, le regard hagard du professeur Slughorn et les murmures glaçants porteurs de mort.


Spoilers du prochain chapitre : novembre, Sirius, livres, Evan, enquête (entre autres) !

Gardez la pèèèche !