Note de l'autrice : Bonjour tout le monde ! Voici le nouveau chapitre en ce solstice d'été 2020. J'espère qu'il vous plaira. Pour information, je compte poster le mardi et le vendredi ( à l'exception d'une semaine de pause en juillet) et si tout va bien l'histoire sera complète fin aout !
Bonne lecture...
Chapitre 2
C'est dingue à quel point dans les moments où votre vie est totalement à l'arrêt, vous vous rendez compte comment le monde continue de tourner à une vitesse incroyable. Nous avons enterré mon père une semaine après sa mort. La sensation de choc était passée mais la colère en moi était présente à un point qui m'effrayait. Toute la semaine, du monde défilait à la maison. Marcus Kane était le plus présent puisque c'était le meilleur ami de mon père. Aussi, il n'avait jamais eu l'occasion de fonder sa propre famille alors il était comme l'oncle que je n'avais jamais eu.
Et on arriva au moment de l'enterrement de mon père. Il faisait beau, le printemps avait décidé de pointer son nez et les bourgeons des arbres qui habillaient les allées du cimetière commençaient à fleurir. Toute la mairie de Pittsburgh était là. Chacun y est allé de sa petite anecdote et de son discours. Le seul moment de la semaine où j'ai adressé la parole à ma mère, c'était pour lui informer que j'avais bien l'intention de faire un discours pour mon père. Alors lorsque ce fut mon tour, je m'avançai, face au cercueil de mon père qui trônait sous le soleil. Et ce fut dans un état presque second que ma voix s'éleva au milieu d'une foule silencieuse.
- Tout d'abord, merci à tous d'être venus aussi nombreux aujourd'hui. Cela nous rappelle à quel point mon père était un homme bienveillant et aimé. Il a été pour moi le meilleur ami et le confident que jamais je ne retrouverai. Jake Griffin était un élu au service des droits sociaux et personne d'autre ne pouvait mieux remplir ce rôle que lui. Mon père militait pour le droit de tous, pour l'accès à la connaissance pour tous et pour la liberté de tous. Mon père était un homme bienveillant qui m'a appris à être toujours dans la compassion et non dans le jugement. Excuse moi papa, ces derniers temps, c'est difficile pour moi de conserver les valeurs que tu m'as apprises. Tu me manques tellement. Rien ne pourrait exprimer les émotions que j'ai moi-même du mal à comprendre à cet instant. Tu nous manqueras tous, dis-je la voix tremblante avant de reprendre mon souffle et observer l'assemblée. (Mon regard croisa celui d'Indra et sa fille Gaïa.) Depuis trois ans, mon père et moi prenions des cours de français à l'association des langues étrangères, continuai-je avec assurance. Indra, dont je remercie la présence aujourd'hui, était notre professeur à tous les deux. Comme beaucoup de personnes qui croisaient la route de mon père, elle est devenue une amie. (Des murmures d'approbations s'élevèrent.) Mon père était l'ami de tous et je ne faisais pas exception à la règle. Ainsi, nous avions pour projet d'aller visiter Paris un jour et de parler suffisamment bien français. Grâce à ces cours, j'ai pu passé du temps avec mon père. Temps qui était si précieux pour lui avec cette vie qu'il menait à cent à l'heure ! On s'est intéressés à la culture française et à la musique. Il y avait une artiste qu'on aimait beaucoup tous les deux et je voudrais te donner un dernier hommage papa en chantant cette chanson qu'on aimait tant l'un et l'autre. Et à travers cette chanson, je te promets une chose, un jour j'irai à Paris. Je ferai honneur à nos promesses et je sais que tous ceux dont tu as illuminé la vie feront pareil.
Les mains tremblantes je fis un signe à Gaïa dont le visage était baignée de larmes afin qu'elle m'apporte la guitare. Depuis le début, j'évitais le regard de ma mère ainsi que celui de Wells. Je me mis en face du micro, vérifiai une dernière fois que la guitare était bien branchée et commença à élever ma voix. Mon père et moi aimions beaucoup cette chanteuse qui se nommait Pomme et dont la chanson "Adieu mon homme" était très pertinente pour l'occasion. Adieu mon homme, Promis on se reverra, J'attends juste que le glas sonne, Juste qu'il sonne pour moi. Personne ne connaissait la chanson mais pourtant à la fin, tout le monde reprenait les chœurs avec moi. Il ne s'agissait que d'onomatopée mais c'était tout de même touchant. Pourtant, moi qui croyait que j'allais être effondrée, moi qui avait peur de ne pas réussir à chanter la chanson jusqu'au bout, rien de tout cela ne se produit. Qu'est-ce qui pouvait clocher chez moi ? Alors que ma mère hurlait de tristesse quand le cercueil s'enfonçait dans le sol, je restais endormie. A croire qu'elle prenait des antidépresseur et que ça faisait effet sur moi.
Quelques heures plus tard, j'étais enfermée dans ma chambre alors que le salon était rempli de monde. On avait certainement de quoi manger jusqu'au mois de juillet. Moi, j'avais juste besoin de calme. On frappa cependant à ma porte. J'avais à peine répondu que Wells entrait dans ma chambre comme il avait pu le faire depuis des années. Pourtant, à cet instant, je me demandai comment est-ce qu'il pouvait avoir le culot de pointer son nez alors que j'avais été très claire.
- Clarke, il faut qu'on parle. Je suis ton ami quoi qu'il arrive, poursuivit-il lorsqu'il ne vit aucune réaction de ma part. Je voulais juste te dire que j'étais désolé et que tu as raison, j'aurais dû être vigilant, j'aurais dû m'apercevoir que tes parents avaient trop bu pour prendre le volant. Je te demande pardon.
Je lui tournai le dos et me positionnai en chien de faïence sur mon lit, attendant simplement qu'il s'en aille.
- J'espère que tes examens se sont quand même bien déroulés. A la fin de la semaine prochaine c'est le spring break, j'imagine que tu n'as plus envie d'aller au ski avec nous et de toute façon on a annulé. Mais en tout cas, sache que la maison est ouverte et tu peux venir quand tu veux. Et puis… Je serai toujours là pour toi.
- Si t'avais été là pour moi tu aurais empêché que mon père disparaisse aussi bêtement, répondis-je sans me retourner, presque dans ma barbe.
Seul le bruit de la porte qui se fermait m'informant que Wells n'était plus là répondit à ma méchanceté. Cela aurait été le parfait moment pour enfin pleurer mais rien hormis cet affreux vide en moi.
Je me décidai à descendre lorsqu'il n'y avait presque plus de bruit. Il ne restait plus qu'Indra, Gaïa, Marcus et évidemment ma mère qui prit la parole :
- Ma chérie, comment vas-tu ? C'était splendide ce que tu as chanté cette après-midi.
- Ne me parle pas. Indra, est-ce qu'il reste du gratin ?
- Clarke, tu devrais répondre plus gentiment à ta mère, se mêla Marcus alors qu'Indra me servait silencieusement une part.
- Tu veux dire celle qui était au volant et qui a tué mon père ?
- Clarke, c'est plus compliqué que ça. L'autre conducteur aussi était alcoolisé, une enquête va avoir lieu. L'important maintenant c'est d'être solidaire.
- Mais qu'est-ce que tu fais là toi d'ailleurs ? Tu veux reprendre le rôle de mon père c'est ça ? On les connaît les rumeurs de ta jalousie mais au point de prendre sa place dans une famille déjà détruite ce serait beaucoup tu ne crois pas ? m'entendai-je dire froidement.
- Clarke arrête ! supplia ma mère en larmes.
- Marcus, je pense qu'Abby a besoin de repos et Clarke d'air, lança Indra en m'attrapant le bras avec douceur mais qui empêchait toute contradiction.
Je posai mon assiette et en un rien de temps, je fus avec Indra dans la voiture tandis que Gaïa s'en alla de son côté avec son scooter pour rejoindre des amis.
- C'est normal d'être en colère, dit-elle au bout d'un moment. Mais tu dois aussi protéger les autres et toi-même de celle-ci.
- J'y arrive pas. C'est juste trop difficile.
- On traversa la ville et les lumières se faisaient de plus en plus lointaine.
- Où est-ce qu'on va ?
- Au restaurant italien. Tu ne mangeras pas de meilleures pâtes que là-bas. Sauf en Italie bien sûr...
Je voulais lui dire que la maison débordait de nourriture mais j'étais trop épuisée pour aller à l'encontre de qui que ce soit. Et finalement, Indra avait raison. C'était les meilleures pâtes de ma vie. Si la situation n'était pas aussi dramatique, j'aurais presque pu dire que c'était un bon moment. Indra ne me parla pas de mon père ni de mes études et encore moins de mes relations catastrophiques avec ma mère ou Wells. On parla d'art, de prochaines expositions qui allaient sortir. On échangea quelques mots en français aussi, comme ça, juste pour s'entraîner.
A la fin de la soirée alors qu'on roulait pour la maison, ma décision était prise.
- Indra, je ne veux pas rentrer chez moi. Je ne veux pas rester chez moi avec ma mère. Tu dis que je dois me protéger de ma colère et je sais que je ne pourrai pas me retrouver en face d'elle toute seule… Est-ce que…
- Tu sais très bien que ma maison est grande ouverte.
Si j'avais pu, j'aurai pleuré de soulagement. Un poids en moi en moins, je fila à la maison pour rassembler mes affaires. Pendant ce temps, Indra expliqua la situation et je cru comprendre que ma mère était également soulagée.
- Ne restes pas toute seule, lui dis-je avant de partir sans me retourner.
Lors de mon retour au lycée, rien n'avait changé. Les gens me regardaient toujours aussi bizarrement. Certains venaient me voir avec gentillesse pour me dire que mon père était quelqu'un de génial, qu'ils étaient désolés. Je savais que cela partait d'une bonne intention mais rien n'y faisait, je n'avais pas envie de parler de tout cela. Je croisa Wells plusieurs fois aux interclasses. Il m'adressait des sourires timides qui demeuraient sans réponse de ma part.
Alors que je mangeais seule sur un banc à l'extérieur, Raven et Echo apparurent de nulle part pour faire causette avec moi.
- Tu ne devrais pas rester seule.
- Raven à raison. On se disait que tu pourrais venir avec nous à Miami lors du Spring Break.
- Pardon ? m'étonnai-je.
- Bah pourquoi pas ! En plus il y aura des beaux mecs ! Oh et des belles meufs aussi d'ailleurs, il me semble que tu joues sur les deux terrains nan ?
Raven rigola seule tandis que mes joues prenaient feu.
- On n'a jamais été amies.
- Oh regardez-moi ça comme elle est sérieuse ! Tu pourrais rigoler un peu non ? Tu sais il faut toujours voir la vie du bon côté.
Je m'arrêtai net. On était dans la troisième dimension là ou quoi ? Je lui lançai un regard noir et avant même que j'ouvre la bouche, une voix résonna derrière Clarke.
- Hey Raven, Echo, je crois que la coach de cheer vous cherche.
Les filles semblaient hésiter mais se décidèrent finalement à partir me laissant seul avec Bellamy. Car c'était bien Bellamy qui venait de me sauver d'une discussion particulièrement désagréable.
- C'est relativement calme ici, est-ce que je peux me joindre à toi ? Je te promets de ne pas parler plus que de raisons, précisa-t-il alors que je me disais précisément que je n'avais pas envie de parler.
J'hochai alors simplement la tête encore trop énervée par la scène précédente.
- Non mais voir la vie du bon côté ? Sérieusement ? Elle est vraiment conne cette Echo ou quoi ? lâchai-je finalement au bout de quelques minutes de silence.
Bellamy croqua dans son sandwich avant de me répondre dans un calme olympien.
- T'es la nouvelle attraction du moment. Je pense que dans le fond elles voulaient bien faire les choses. Tu sais parfois les gens essaient de bien faire les choses mais ils se trompent.
- Ah oui super, dis-je avec amertume, un élu de la ville est mort dans un tragique accident de voiture et sa fille devient soudainement intéressante !
- C'était maladroit.
Il dit ça parce qu'il se les tape régulièrement. Je me pinçai l'arrête du nez et entama de rassembler mes affaires.
- Écoute Clarke, ces filles là sont loin d'être mauvaises. C'est juste qu'elles ont une vie relativement fade ou au contraire trop horrible et voir la petite Griffin si privilégiée souffrir bah…
- Oui, j'ai compris, je suis la bête de foire, coupai-je en enfilant mon sac à dos.
- Loin de là ! Au contraire… Elles te trouvent sûrement bien plus humaines.
Je leva les yeux devant tant d'imbécilité et fourra le reste de mes gâteaux dans les mains de Bellamy.
- J'en veux plus. T'as vu, je peux même être généreuse, dis-je avec sarcasme.
Je ne m'attendais pas à ce qu'il me lance ce sourire amusé.
- Par contre évite de faire le même numéro que tu nous as fait lors de l'examen de math de la dernière fois. Ce serait bête que tu gâches tes études à vouloir faire comme tout le monde même si effectivement c'est très humain.
Mon cœur s'accéléra et un frisson voyagea le long de ma colonne vertébrale. Ce serait bête que tu gâches tes études à vouloir faire comme tout le monde. Cette phrase tourna en boucle toute l'après-midi dans ma tête. Combien de fois mon père m'avait dit cela ? Et elle était ressortie exactement de la même façon qu'il le disait dans la bouche de Bellamy ! Je ne suis pas croyante pourtant à cet instant il n'y avait aucun doute que c'était mon père qui avait envoyé un signe depuis là où il était. Cela ne pouvait pas en être autrement.
Et après cette discussion avec Bellamy une grande décision fut prise. J'avais décidé d'avancer et de faire honneur à mon père en réussissant les examens. Et par dessus tout j'irai à l'université.
