Après décompte, placement de chapitre sur docmanage truc, je peux vous le dire, il y aura 7 chapitres. En joie.
(Peut-être 8, si j'y ajoute un OS, but... well -u_u-)

- Gunzy : elle est sereine parce que Drago a au moins son âge, n'est pas sapé comme un clochard et n'a pas une camionnette 8D... ? Puis elle a bu (l'alcool excusera tout ici ohohoh)


LE GARCON A LA MOTO
CHAPITRE 02

Drago reprit son histoire là où il l'avait laissé. Il était donc là, à les défier tous du regard. Dumbledore se dressa de toute sa hauteur et vint devant lui :
« Drago Malefoy, c'est un ordre. Dans mon bureau. Sinon je t'interdis de venir t'entraîner, tout simplement.
- Essayez seulement. »
Parce que c'était un ordre, parce qu'il était en colère, Drago avait de plus en plus envie de tout envoyer balader. Il s'en alla dans les vestiaires pour se changer, bien que rappelé à l'ordre par Dumbledore.
« Blaise… Tu me le tempères et tu le ramènes dans mon bureau. Harry Potter j'espère que de ton côté tu seras plus conciliant.
- Oui, bien sûr... »
Et déjà Harry reprenait cet air légèrement penaud.
« Je vais me changer et je viens. »

Drago dans les vestiaires retira sa combinaison, les mains toutes tremblantes. Il s'assit sur un banc à moitié défroqué et s'alluma une cigarette, en grimaçant à cause de la blessure à ses lèvres. Ses jointures étaient rouges, sa bouche et le filtre de sa cigarette également. Il s'ébouriffa les cheveux d'une main et souffla un long trait de fumée vers le sol. Il était partagé entre l'envie d'éclater en sanglots et celle de tout détruire.
Blaise entra alors et ferma la porte du vestiaire à clef, pour ne pas qu'on vienne les déranger. Il vint jusqu'à lui et posa un pied sur le banc à côté, pour refaire le lacet de sa chaussure. Il soupira en même temps :
« La crise est passée, c'est bon ?
- Me cherche pas Blaise, vraiment.
- Ça veut dire non, ça. »
Blaise resta un moment, le pied sur le banc à le regarder. Drago fixait le vide en tirant sur sa cigarette, toujours tremblotant.
« Tu aurais dû me laisser le fracasser dans le parking. »
Drago lui lança un coup d'œil et un léger rire traversa ses lèvres. Il se prit la tête dans une main.
« Je suis de ton côté, tu sais. Mais je ne pourrais pas te protéger éternellement. Y a un moment où Dumbledore n'acceptera plus ton attitude.
- J'allais pas me laisser insulter comme ça, non plus !
- Non. Mais t'étais pas obligé de lui tomber dessus. Il est nouveau.
- Putain, Blaise !
- Quoi, quoi ? »
Blaise se releva d'un geste, pour mieux venir s'accroupir devant Drago. Il dit :
« Regarde ta gueule deux minutes, Drago. Tu vas dire quoi à ton père ? Que t'es tombé dans un buisson ? Il doit se douter de la merde que tu fais et il va finir par te mettre un stop et finito la moto. T'es notre meilleur atout chez les Serpentards, alors reprends-toi. Si t'en es pas capable, je te mets au banc.
- Fou toi de ma gueule, fit Drago en roulant des yeux.
- Je ne plaisante pas. De toute manière, tu ne remontes pas sur une moto avant que tu te sois calmé.
- Arrête, tu m'en empêcheras pas.
- Ah oui ? Oublie pas Drago, c'est moi le chef tech' ici. Toi t'es juste notre motard. J'ai autant la possibilité que Dumbledore de t'interdire l'accès au Local.
- Alors j'irai m'éclater sur les routes de campagne. »
Il le repoussa vivement, le fit même tomber en arrière, vexé qu'il ne le considère que « comme un motard » et se levât. Il prit son sac en catastrophe et déverrouilla le vestiaire. Il sortit dans le couloir à moitié débraillé, Blaise sur ses talons à tenter de le ramener à la raison.

Harry n'était pas loin. Il avait entendu toute leur conversation, le vestiaire n'était pas insonorisé.
« Drago, dit-il. Drago je suis désolé pour tout à l'heure. »
Il attrapa Drago par un bras. Blaise en profita pour lui prendre l'autre bras. Les deux essayèrent de le maîtriser.
« Putain, mais lâchez-moi bande de cons !
- Tu ne quittes pas le Local comme ça, imbécile, lui dit Blaise. On ne va pas te laisser sortir de cet état !
- Ouai, ouai et puis quoi, y a deux minutes tu me disais clairement que tu t'en foutais, que je monte plus sur une moto et d'un coup ma gueule te fait de la peine ! Lâche-moi ! Toi aussi Potter, fou le camp, c'est d'ta faute, de ta putain de merde de faute ! »
Et Drago avait passé cinq minutes à s'époumoner avant d'éclater brusquement en sanglots, au milieu du couloir. Blaise poussa Harry.
« Dégage Potter. On a pas besoin de ta gueule ici.
- C'est pas ma faute s'il se fou dans cet état !
- Tu fais partie des problèmes, va voir Dumbledore, lâche-nous. »
Harry en râla, levant les yeux au plafond. Il partit au bureau malgré tout.
Drago se laissa aller contre le mur, se tenant la tête dans les mains, tout en ravalant ses sanglots. Blaise s'accroupit à côté, une main sur son épaule et attendit. Ils n'échangèrent plus aucune parole et une dizaine de minutes plus tard, Blaise l'aidait à se soigner le visage, puis lui commandait un Uber, avant de rejoindre Harry dans le bureau de Dumbledore.
« Je l'ai renvoyé chez lui, expliqua-t-il. »
Blaise temporisa la situation face à Dumbledore et Severus. Harry fit son mea culpa. Si le directeur passa l'éponge pour cette affaire, il leur demanda de se calmer un peu.
« Blaise, combien de fois je vais te le répéter. Ce n'est pas le Fight Club ici. Je comprends que vous soyez sous tension, qu'il y ait une certaine animosité entre vos écuries, mais la moto c'est déjà suffisamment dangereux comme sport, pour que vous ajoutiez la castagne au registre. Je n'ai pas besoin de vous voir défigurés et abîmés par autre chose qu'une chute accidentelle.
- Je comprends monsieur, fit Blaise simplement.
- Écoute bien Blaise et transmet le mot à Drago : à la prochaine incartade, j'appelle son père.
- Hum, je comprends. Je lui dirai... »
Blaise semblait ennuyé par la situation, bien que pas particulièrement apeuré. La menace de Dumbledore vis-à-vis du père de Drago, ce n'était pas la première fois qu'il en entendait parler. Jamais il ne l'avait mise à exécution, sachant pertinemment que ça serait mettre fin à la carrière du dragon des Serpentards.

Enfin, ils sortirent du bureau. Blaise s'alluma une cigarette.
« Blaise… Dis-moi, si j'ai bien compris Drago n'est pas dans cet état juste à cause de moi ? Il n'est pas comme ça, qu'avec moi ?
- T'es bien cute de le demander maintenant, fit Blaise avec froideur. Fallait y réfléchir avant de venir l'humilier en place publique. Pour quelqu'un qui disait vouloir devenir son pote, t'es franchement mal parti.
- Je voulais pas le blesser. J'ai un peu merdé, ok… Mais il ne fait pas d'efforts.
- Des efforts pour quoi ? Eh, je te le redis, il n'est pas là pour se faire des amis. Drago Malefoy est un solitaire. La moto pour lui c'est un truc d'ermite. Pas une fête entre potes. Maintenant si je te vois encore tourner autour de lui, je te défonce la gueule. Tu peux pas te pointer et foutre notre écurie en l'air comme ça… Gryffondor de mes deux.
- Foutre en l'air votre écurie ? Eh, n'essaie pas de tout me mettre sur le dos. Ce n'est pas de ma faute si Drago Malefoy part au quart de tour pour rien. En plus, d'après ce que Dumbledore dit, ce n'est pas la première fois. »
Blaise le saisit au col, se pencha tout sur lui :
« Tu ne connais rien de l'ambiance du Local. Cherche des noises à un autre que Drago et tu te rendras compte comme il est tendre comparé aux autres, comparé à moi. »
Blaise le lâcha.

À ce stade, Drago décrivit un peu plus Blaise à Hermione. Il lui dit que c'était un garçon plutôt grand, mince et métis. Il avait une allure entre gangster et cow-boy. De grosses chaussures noires, toujours, une veste en cuir été comme hiver et une assurance incroyable. C'était le grand chef technique du local. Le manitou qui savait tout sur tout, n'hésitait sur aucune décision. À côté de l'admiration qu'on pouvait avoir pour son professionnalisme, on savait aussi qu'il ne fallait pas trop s'y frotter. Plutôt bagarreur comme Drago lui-même, il réglait souvent les différends à coups de poings sur le parking. Ayant presque failli se faire embarquer par les flics à cause de ça il y a peu de temps, il se faisait plus discret.
« Mais ça restait un caïd, expliqua Drago à Hermione. Mais un caïd de confiance. Je l'aimais bien.
- C'est fou, quand je te regarde, je n'arrive ni à t'imaginer violent, ni traîner avec des gens violents…
- En un an, il s'est passé beaucoup de choses. J'étais tellement à fleur de peau… Je frappais, je pleurais beaucoup aussi... »

. . .

Drago expliqua ses larmes de l'époque à Hermione. Il lui parla de nouveau des tensions avec son père :
« Il me mettait de plus en plus au pied du mur. Et quand je suis rentré après ma petite différence avec Potter… Enfin petite, on s'entend bien. Bref. Ce soir-là, mon père m'a dit que si ça continuait, c'était la dernière saison que je faisais. Il était sérieux et j'ai commencé à avoir très peur.
- Tu te bagarrais au point qu'il le remarque ? questionna Hermione.
- Oui… Oui. Je t'ai dit que j'adorais ma vie et le succès, mais dans les détails, c'était beaucoup de tensions… À l'époque, j'étais tout le temps angoissé. Face aux études, face à la moto. J'avais peur de me foirer dans l'un ou l'autre. Tout était prétexte pour me défouler. L'arrivée de Potter a juste accéléré ma chute. »

. . .

Au Local on continua longtemps de parler de leur bagarre. C'était devenu la blague récurrente.
On parlait également plus bas lorsque Drago était dans le coin. On l'isolait toujours plus. En soi, ça ne le dérangeait pas. Drago venait au Local pour s'entraîner, pour réviser ses cours parfois, pas pour rigoler avec les autres. Il se contentait de discussions cordiales avec les techniciens de son écurie.
Cependant, il ne pouvait s'empêcher de ressentir une pointe de jalousie envers Potter qui riait avec tout le monde. Il vit même l'équipe technique l'inviter à boire des coups après une course. Personne ne lui avait proposé ce genre de choses, à lui.

Il se rappelait même avoir été pas mal blessé en arrivant un après-midi au Local, en constatant que tout le monde bavardait au sujet d'une soirée qui avait eu lieu la veille. Même Blaise y était. Même lui… Faisant mine de rien, Drago était parti se changer au vestiaire, avant de retrouver Blaise. Ce dernier lui sourit :
« Salut Drago, tu vas bien ?
- Oui, dit-il un peu froidement. Toi aussi j'imagine. J'espère qu'avoir fait la fête ne te rend pas inapte au travail aujourd'hui. »
Il était agressif, s'en rendait compte, n'arrivait pas à faire autrement. Blaise le remarqua, devina sans doute le pourquoi du comment de son attitude. Il posa une main sur son épaule :
« C'était une toute petite fête, dans un bar de la ville. Je m'y suis retrouvé par hasard.
- Ce ne sont pas mes affaires, fit Drago en haussant les épaules.
- La prochaine fois, tu viendras. Ça te fera du bien de voir du monde.
- Tu es mon chef technique ou mon manager, Blaise ?
- Un peu des deux, qui sait, répondit Blaise du tac au tac sans se démonter. »
Drago ne trouva rien à dire et Blaise lui ébouriffa les cheveux, d'un air moqueur.
Plus loin, Harry Potter les regardait.

La veille, à la soirée, Harry avait suffisamment bu pour se rapprocher un peu de Blaise. Il lui avait reparlé de son envie d'être ami avec Drago malgré leur bagarre et les disputes récurrentes. Blaise ne saisissait toujours pas quelle folie masochiste poussait le Potter à jouer à ça. Ce à quoi, il avait répondu qu'il avait découvert Drago dans un magasine de moto. Il était déjà dans un club à l'époque. Il aimait la moto sans en faire une passion et puis une interview de Drago l'avait charmé au plus profond de lui. Il y racontait une partie de sa passion, l'excellence qu'il visait, le bien que ça lui faisait. La langue déliée grâce à l'alcool, Harry en avait dit plus :
« J'ai pas arrêté de chercher d'autres trucs sur lui après ça. C'était facile, il y a tellement de photos de lui sur internet... Et à chaque fois que je tombais sur une interview, j'en devenais un peu plus fan. J'ai jamais été studieux moi… Alors, voir quelqu'un comme lui se donner tellement à fond. Ça m'a forcé à me bouger moi-même. En me mettant à fond dans la moto j'ai fini par atterrir ici, à Gryffondor. J'aurais voulu tomber chez Serpentard, tu sais… Et en même temps, Drago Malefoy me faisait flipper. Même dans ses interviews, même dans ses photos, il puait le mec inapprochable…
- Et il l'est. C'est bien de l'admirer, mais tu peux faire ça de loin.
- Non ! J'ai fait beaucoup de chemin pour l'atteindre. Pour l'instant j'ai l'impression que la seule manière d'obtenir quelque chose de lui, c'est de l'énerver. Viendra bien un moment où on passera à autre chose. »
Blaise avait ri, puis s'était penché sur Harry, pour parler plus bas :
« Ton obsession pour mon motard, ne serait-ce pas un peu trop de... L'amour ? J'ai spotted le gay dès que je t'ai vu. Si tu en es amoureux, bonne chance. Drago est aussi peu intéressé par l'amour ou le sexe qu'un ermite dans un monastère isolé dans le désert. Crois-moi j'ai déjà tenté le coup, il m'a envoyé chier. »
Harry l'avait regardé dans les yeux, n'avait pas su quoi répliquer et avait détourné la tête. Blaise avait vu juste. Blaise n'en fut que plus hilare. Il lui promit cependant de ne rien en dire à Drago :
« Ce ne sont pas mes affaires de toute façon. Débrouille-toi avec lui. Mais encore une fois, si tu me l'abîmes aussi bien physiquement que mentalement, le Fight Club dont parlait Dumbledore, tu vas en goûter.
- J'ai l'impression Blaise, que ça t'arrangerait bien qu'il arrive un truc du genre. T'as l'air d'avoir envie de te battre.
- Ah ça… Tu n'es pas encore au courant de l'ambiance du Local. »
Blaise n'en avait pas dit plus, bien que harcelé par Harry qui ne comprenait pas.

. . .

Hermione elle-même ne comprit pas :
« Tu en parles beaucoup, mais c'est quoi au juste, l'ambiance du Local ?
- On n'est pas des enfants de chœur au centre d'entraînement. Dumbledore et Severus ont toujours plus ou moins fermé les yeux sur ce qui se tramait, tant que ça ne se déroulait pas à même le Local, mais dans le parking.
- Un vrai Fight Club ? rigola Hermione.
- Un vrai Fight Club… lui confirma Drago dans un sourire complice. »

. . .

Le dimanche était le jour où on nettoyait le circuit et bichonnait les motos. Drago vint tôt le matin avec son sac de sport. Blaise n'était pas là. Il ne venait jamais le dimanche. Il alla se changer, enfila de quoi faire un jogging. Lui, le dimanche en profitait pour courir sur le circuit.
Harry Potter aussi était là, en tenue de sport. Son équipe lui avait suggéré de faire comme Drago, c'est-à-dire du running autour du circuit.
Se croiser dès le matin, avait mis Drago de mauvais poil. Il pensa d'abord l'ignorer, mais n'y tint pas et déboula sur lui, un écouteur à l'oreille :
« Tu fou quoi ici, Potter ?
- Je viens courir.
- Qui t'as donné cette bonne idée, pourquoi ici, pourquoi le dimanche, hein ? l'agressa-t-il.
- Roh, Malefoy c'est bon, le circuit ne t'appartient pas. Je peux venir y courir moi aussi. Mais si tu veux tout savoir, c'est mon équipe. Ils te voient courir le dimanche, ils pensent que c'est une bonne idée.
- Ah, tu ne peux pas te trouver une personnalité, merde ?
- Que veux-tu, j'aime mettre mes pas dans les tiens. »
Drago avait haussé un sourcil, pas sûr de saisir la pique, si tentée qu'il y en ait une. De bonne humeur autant que Drago lui fût énervé, Harry rigola et reprit :
« Puisque nous sommes tous les deux à vouloir courir. Tu ne veux pas qu'on fasse la course ? Voir qui prend l'avantage à pieds. »
Du défi. Drago en eut des frissons dans le ventre. Toujours cette crainte de se rétamer devant lui. Il hocha cependant la tête.
« Je veux bien… Mais d'abord je m'échauffe. Je te défonce à la course, après.
- Quelle confiance monsieur Malefoy !
- Petit con... »

Ils s'échauffèrent très éloignés l'un de l'autre. L'équipe technique, en apprenant leur petite course, décida de lancer les paris. On misait davantage sur Harry que sur Drago. On l'avait déjà vu courir, il était rapide. Drago l'était également, mais on se disait que sa fureur habituelle pourrait le perdre face à quelqu'un et puis… Il avait bien perdu une course en moto contre Harry.

Les deux garçons allèrent finalement sur la piste. Drago avait déjà les joues légèrement rouges et les yeux éclatants devant le soleil du matin. Harry Potter le regardait sans mot, mais avec une insistance qui agaça Drago qui lui demanda ce qu'il avait :
« Je contemple ton beau visage avant qu'il ne soit tordu par la défaite.
- Va te faire foutre. »

Faisant un aparté dans ce qu'il racontait, Drago rebondit sur le regard qu'il avait saisi de la part de Harry :
« Je ne suis pas du genre naïf même si à l'époque je n'avais jamais eu de copain ou copine. Je soupçonnais déjà Potter d'être attiré par moi. Puis je suis beau, donc ça ne m'étonnait qu'à moitié.
- Tes chevilles enflent, Drago Malefoy, se moqua Hermione.
- N'est pas mannequin qui veut. »

. . .

L'un à côté de l'autre sur la piste, c'est un technicien qui donna le départ. Harry et Drago partirent au quart de tour. L'un comme l'autre, ils voulaient se prouver des choses.
Ils étaient au coude à coude. Par instant, l'un ou l'autre prenait l'avantage, ça ne durait que quelques secondes à peine.
Drago avait le regard fermé ; dans sa tête tournait en boucle son envie de gagner.
Harry était tout aussi rapide. Ses enjambées étaient plus grandes. À les voir courir, on devinait l'un bondissant avec souplesse et l'autre gravissant les roches comme un géant.

Ils soufflaient de plus en plus fort, tout en sueur. Exprès, ils s'étaient lancés dans un grand défi : celui de cinq tours de circuit. Ils avaient démarré en sprint, sur la fin ils étaient plus lents, sans vouloir se démonter pour autant. Les poings de Drago étaient serrés. Le t-shirt de Harry trempé.

Vers la ligne d'arrivée, ils accélèrent comme des diables. Les dernières forces en jeu. Pour plus d'objectivité, un technicien filmait l'arrivée, comme on le ferait pour une course de moto.
Quelques enjambées, l'un bondissant, l'autre écrasant, ils passèrent la ligne en même temps. Tous les deux ralentirent sans se stopper complémentent. Enfin, Drago s'arrêta. Il appuya ses mains sur ses genoux, reprenant son souffle. Il faisait dos aux techniciens. Harry l'approcha, se passa le poignet sur le front.
« Alors, dit-il aux techniciens. »
Ces derniers, attroupés derrière l'ordinateur, passèrent les images au ralenti. Ils ne dirent rien. Drago se redressa lentement. Il vint aux écrans. Sur l'image arrêtée, on voyait qu'Harry avait passé la ligne d'arrivée avant lui. Ce n'était même pas une enjambée de différence. Quelques centimètres d'os en plus. Une foulée riquiqui. Un truc tout petit, une poussière, qui donna l'envie de vomir à Drago.

Les techniciens qui avaient misé sur Harry lâchèrent enfin un cri de joie. Harry en voyant le résultat rayonna d'autant plus, comme un grand soleil. Devant la mine déconfite de Drago, il s'adoucit cependant :
« Ne fais pas cette tête, j'ai gagné à quasi rien. C'est presque un hasard si on n'a pas passé la ligne en même temps, dans un accord parfait. »
Drago ne le regarda même pas. Il ne dit rien. Livide, il s'en alla.
« Mais quel putain de mauvais perdant, se moqua un des gars.
- Ouai, Malefoy c'est bon quoi, c'est qu'une course !
- Je vais le voir, dit plus doucement Harry. »
Drago était parti dans les w.c.. Là, il rendit tout, à genoux devant une cuvette. Harry l'avait rejoint sans bruit. Il ouvrit la porte et tint le battant en le fixant, l'air presque incrédule.
« Drago… T'es sérieux ? »
Secoué de spasmes, il garda un bon moment la tête dans la cuvette. Harry s'éclipsa et revint avec une grande bouteille d'eau. Si Drago s'en saisit d'un geste fébrile pour boire et cracher dans les toilettes avant de tirer la chasse, il ne daigna ni le regarder ni le remercier.
« Drago, reprit Harry. Tu te mets trop la pression, c'est dingue.
- Ta gueule, ragea d'avance Drago.
- M'agresse pas ! Putain, c'était une course amicale, pourquoi tu le prends si personnellement !
- Arrête de faire mine de ne pas comprendre !
- Je fais pas mine, je ne comprends vraiment pas ton attitude ! »
Et Drago serra la bouteille entre ses doigts. Il se tourna lentement vers lui. Il était encore un peu pâlot et toujours cet air entre rage et pleures imminent. Sans crier gare, il bondit sur Harry. Encore une fois, il ne pouvait pas retenir cette envie de laisser exploser sa rage.

Harry se le reçut de plein fouet et recula jusqu'au mur. Drago lui envoya des droites auxquelles il répliqua comme à leur première bagarre. Il le saisit aux poignets, la bouteille d'eau tomba. Drago envoya un coup de genou, il le lâcha. Alors les coups plurent de plus belle.
Harry lui fit un croche-patte, tout en le tenant par le t-shirt pour qu'il ne s'éclate pas le crâne sur le carrelage des toilettes. Ils basculèrent tous les deux, Harry au-dessus.
Si ça calma Drago ? Aucunement, il enfonça ses ongles dans ses épaules, tenta un coup de tête, qui fut évitée.
Harry d'une main tâta le sol autour jusqu'à récupérer la bouteille d'eau. Il en défit le bouchon avec ses dents, lui renversa tout au visage, le laissant s'étouffer dans cette cascade. Enfin, il le relâcha un peu. Drago se tourna légèrement sur le côté en toussant. Il était trempé, ses tempes lui battaient, le sang pulsait fort dans son cœur.
Harry semblait aussi furieux que lui à cet instant. D'un coup, il lui fit tourner la tête vers lui. Drago ne le regardait pas vraiment, toussait encore. Alors Harry l'embrassa. Et vu son expression, il y avait de l'ambivalence entre baiser et coup de poing.

En le disant à Hermione, Drago réalisa à quel point c'était attendu. Sur le coup, il avait été affolé par son geste, furibond également. Mais maintenant, tout ça lui apparaissait comme une évidence. Il aurait été à la place de Potter, il aurait fait pareil.

Potter donc l'embrassa. C'était chaotique, pas forcément agréable. Un truc d'instinct sans doute, au goût d'eau minérale.
Harry se redressa, chercha son regard fuyant, abandonna et se leva lentement. Toujours à terre, Drago détourna la tête qu'il cacha sous son bras en finissant de patauger dans sa flaque.
« Malefoy… Tu ne vois même pas à quel point t'es intouchable… Ce ne sont même pas des défaites contre moi que tu essuies, que contre toi-même…
- Laisse-moi seul. »
La voix de Drago était coincée dans sa gorge. Harry devina qu'il pleurait ou allait pleurer. Sa rage retomba aussi sec. Il s'excusa à voix basse et sortit. Dans le couloir, Drago entendit un technicien demander à Harry s'ils s'étaient battus. Harry se contenta de lui dire de ne pas entrer dans les w.c. tant qu'il n'était pas sorti. Drago le remercia silencieusement pour ça.

Il resta un bon quart d'heure à terre. Un peu plus calme, il se releva et se regarda dans le miroir. Les yeux rouges, l'air hagard, les habits trempés. Il renifla fort et se rinça dans le lavabo avant de partir aux vestiaires. Il se changea silencieusement et s'alluma une cigarette, assit sur le banc. Il décida de rentrer chez lui sans demander son reste.

Blaise eut vent de leur nouvelle incartade. Il soupira en voyant Drago quelques jours plus tard. Ce dernier ne fit aucun commentaire, juste, haussa-t-il les épaules et s'alluma une cigarette.
« Tu n'as rien à dire pour ta défense ?
- Hum ? Quelle défense ? On peut parler moto, steup' ? Et faire mon emploi du temps pour les semaines à venir. J'ai bientôt mes exams', j'aurais moins de temps.
- Oui, oui... »
Ils se posèrent à une table. Drago n'était pas venu pour faire de la moto ce jour-là, juste pour planifier les prochains entraînements. Plus tard dans la journée, il devait même aller faire une séance de shoot pour un magasine. Après un stress comme celui qu'il avait vécu avec Potter, retourner à quelque chose de plus maîtriser : la photo et les exams, lui faisaient un bien fou.
« Tu as ton look de mignon aujourd'hui, Drago, lui fit remarquer Blaise.
- Hum, ah, c'est vrai. »
Il lui sourit, content de parler de choses plus légères. Et c'est vrai qu'il s'était fait joli comme un cœur. Pour se rassurer, encore. L'apparence le protégeait. Il avait donc enfilé une marinière un peu loose, un jean brut retroussé aux chevilles , une veste en jean également et des baskets blanches.
« Tu sais que les marinières, ça fait très homo', lança Blaise comme ça. »
Drago laissait généralement couler ses remarques à propos d'homosexualité. Mais là, il repensa au baiser de Potter et en fut légèrement mal à l'aise.
« Pas forcément. C'est un cliché, Blaise.
- Fais pas ton ingénu. Les marins ont toujours été un symbole homoérotique. Et même sans porter une marinière comme celle-ci, toi-même Drago tu sais faire tourner les têtes des garçons.
- Arrête…
- Hum ? D'habitude ça te fait rire quand je t'embête avec ça, dit Blaise en se penchant.
- Et ça me fait toujours rire, mais t'exagères. »
Drago lui offrit un de ses sourires discrets pour la forme, tandis qu'au fond de lui, il se demandait si Harry Potter ferait de nouvelles tentatives d'approches sur sa personne. Il le chercha du regard dans la salle principale du Local. Mais il n'y était pas. Il était peut-être vers le circuit.
« Bon, reprit Drago. On le fait ce planning ?
- Très bien. Je t'écoute Drago... »
Ils mirent presque une heure à tout planifier. Ils avaient fumé plusieurs cigarettes. Drago lui dit qu'il viendrait réviser au Local aussi souvent que possible, histoire de rester dans l'ambiance.
« Oui c'est ça, tu viendras nous bercer de ta beauté homoérotique.
- Tu fais chier, rit Drago. »
Ils allèrent ensuite photocopier le nouveau planning et Drago en rangea un dans son sac, laissant les autres à Blaise. Il en scotcha un sur le tableau des emplois du temps.

En attendant, comme il avait du temps, Drago descendit au circuit. Il se posa non loin de la piste et se ralluma une nouvelle cigarette. Très vite, il reconnut la moto de Potter et sa tenue rouge et or. Il le suivit du regard, jalousa une nouvelle fois sa manière se prendre les virages, sa rapidité et le reste. Il s'améliorait trop vite à ses yeux.
Il ne détacha pas ses yeux de lui, même lorsqu'il revint du circuit. Potter retira son masque. Lui aussi le regardait. Il dit :
« Alors comme ça tu fumes, Malefoy. »
Pour toute réponse, Drago tira un long trait sur sa cigarette, laissa glisser la fumée hors de ses lèvres sans forcer, la bouche légèrement entrouverte. Il y avait dans son geste une provocation, l'air de dire qu'il se savait beau et observable. Blaise se glissa à ses côtés, un bras autour de ses épaules. Peut-être pour ennuyer Potter, peut-être pour se donner de l'allure. Cela marcha : Potter fit la moue.
« Alors, tes scores ? envoya Blaise à Potter.
- Hum, ça se maintient, je crois...
- Il progresse vite, appuya Drago en détournant la tête vers le circuit. »
Cela fit plaisir à Harry qu'il le remarque et le reconnaisse surtout. Drago se défit du bras de Blaise.
« J'y vais Blaise.
- Déjà ? »
Il haussa les épaules, abandonna le reste de sa cigarette à Blaise et s'en alla sans même un au revoir. Harry fixait son dos et le reste. Blaise capta son regard. Il rit sous cape.
« Tu fumes Potter ?
- Parfois, pourquoi ?
- Alors, tiens. »
Il vint lui donner la clope de Drago. Harry tira dessus sans se poser de questions. Blaise se pencha à son oreille :
« Un baiser interposé ! Si ce n'est pas romantique. Bravo Potter, un pas vers ses lèvres, bientôt vers son cul. Tes regards ne sont pas discrets, tu sais. »
Heureusement, personne autre que Harry ne l'entendit dire ça. Harry gêné, se racla la gorge, puis se tourna vers les écrans.

. . .

La nuit avançait. Hermione ne put se retenir de bâiller.
« Tu es sûre que tu ne veux pas terminer le chemin sur ma moto ?
- Non, non, je t'ai dit, j'ai peur en moto… Et puis si on arrive trop tôt, je n'entendrai pas la fin de ton histoire, rit-elle.
- Ah oui, l'histoire ne t'ennuie toujours pas donc ?
- Au contraire ! Puis, dis-moi, tu faisais quoi comme études ?
- Hum… Rien de bien passionnant à mes yeux. Mon père voulait que j'intègre une école de commerce, alors c'est que j'ai fait, après une année de prépa. Quand j'ai rencontré Potter, j'étais dans ma seconde année. Je tenais bien le rythme et j'avais des dérogations pour ne pas participer à tous les cours et passer davantae de temps au Local… Mon père gérait tout ça pour moi. Pour le reste, il me faisait confiance tant que j'avais de bonnes notes.
- Oh… Tu aurais voulu faire autre chose que commerce alors ?
- Si je m'écoutais, j'aurai tout lâché pour la moto… Ou du moins je me serai contenté de suivre un cursus bateau à la fac. Mais avec le père que j'ai, même pas la peine d'y penser.
- J'ai cru comprendre qu'il est plutôt strict…
- Totalement. Il est obsédé par le contrôle. C'est pour ça je crois que j'ai commencé à me battre au Local… J'en pouvais plus d'être son soldat, de devoir bachoter les cours, de devoir tenir le premier rôle dans la moto, d'être beau et parfait pour les photos. Je n'avais jamais un moment à moi. Mon père a toujours détesté les périodes creuses. »


Prochain chapitre mercredi 5 août ou bien Jeudi 6 très tôt le matin, toujours dans les eaux de 1 ou 2 heures du matin. En joie.