WELCOME pour la suite du garçon à la moto, disons la saison 02 !
J'avais oublié de préciser que je prenais une semaine de non-postage du coup. Bref.
Je vous invite à relire le chapitre 07, qui a été légèrement modifié suite à un commentaire plutôt juste sur l'enchaînement trop rapide des éventements & co. (Je suis d'ailleurs toujours ouverte à remodife' des trucs si vos critiques sont justes, ça me permet d'ajuster mon style, n'est-cee pass (dit-elle d'un ton guindé, pffr)
Néanmoins pour l'écriture, je doute de faire mieux, puisque le charme de l'histoire venait du fait que tout était conté par Drago. Dans le chapitre 07 on revient à de la narration plus basique du coup : /
De même, le chapitre 08 et 09 seront sans doute plus classiques dans la narration.
Je réécris en ce moment le chapitre 10, prenant le parti d'essayer de retourner au charme des premiers temps (lol)
Cicidy : Tant qu'à faire, Drago n'aurait pas saboté la moto de Harry pour le Fresh Mode, il l'aurait juste poussé dans un puits de la mine ahaha et aurait fait passer ça pour un accident, c'est plus calculateur :p
Oznela : Je suis d'accord, le chapitre 07 avait quelques faiblesses, du coup j'ai pris ton avis en compte et prenant ma flemme à deux mains, j'ai rallongé quelques trucs, histoire de redonner un peu de masse à l'affaire :) !
Ma132: Du sang et des larmes, c'est tout ce qu'on aime ! On aime donc la tristesse… Pardon, j'aime la tristesse ahah.
LE GARÇON A LA MOTO
- Saison 02 -
CHAPITRE 08
Solitude d'une cigarette fumée devant le circuit du Local. Blaise était comme ça : il aimait faire la pose autant que Drago et n'aurait su dire qui avait poussé l'autre à jouer à ce jeu, celui de la fumette, de l'air mystérieux. Peut-être que c'était bien Drago, avec ses faux airs précieux, avec son ambiguïté venue de son mannequinat et ses habits à la Gucci. Peut-être était-ce Blaise parce que lui était vraiment un fils de mannequin et que sa mère l'avait forcément poussé à se faire un bon personnage.
Drago et lui, au-delà de ces airs, au-delà de tout, formaient un bon duo. Ils savaient rire et bosser ensemble. Retrouverait-il un jour un motard aussi complémentaire ? Blaise en doutait. Ça le minait.
Il regretta de ne pas avoir poussé un peu plus leur amitié. S'ils s'étaient vus hors du Local, s'ils étaient allés dans des bars pour bavarder, si Blaise avait osé lui dire qu'il ne fallait pas stresser autant, car il était là. Ah, tout ces si qui lui restaient, n'étaient plus bons à rien.
À présent, il ne restait pas grand-chose de la présence de Drago, si ce n'est quelques coupes, une photo sur un panneau et les journaux entassés dans un coin, qui parlaient de l'affaire.
Tout ça, pensa-t-il en rentrant dans le bâtiment du Local, ce ne sont que de tristes vestiges.
Sans joie aucune, il alla vers un des bureaux. Il croisa Dumbledore qui fit une réflexion sans intérêt sur le temps qu'il faisait, à laquelle Blaise répondit que le Local en effet était terne en ce moment.
Une année était passée. Une année déjà, depuis le Fresh Mode. On était au lendemain du dîner avec Potter et Granger, donc le vingt-quatre Mai. Blaise furetait dans le Local, la tête ailleurs. Forcément, il pensait à Drago. Il y pensait tous les jours, culpabilisait un peu plus, un peu moins, selon. Il repensait surtout au vingt-sept Mai dernier. Ce fameux jour où il avait disparu. Enfin, c'est ce que disait la police, c'est ce qu'avait affirmé Potter.
Blaise n'en avait rien dit à personne, pas même à Potter, mais Drago lui avait envoyé un sms quelques jours après. Il lui avait demandé de le rejoindre au Local, pour l'aider à faire le plein de sa moto et pour qu'il la débride également. Drago ne lui avait rien caché de son départ, parce qu'il avait confiance en Blaise. On était alors le trente Mai au soir à ce moment là. Le Local, depuis le Fresh Mode était fermé, ils ne seraient que tous les deux.
C'était un samedi, Blaise était là avec les clefs du Local et fumait une cigarette en l'attendant. Il se souviendrait à vie l'instant où il le vit débarquer, arrêtant sa moto, retirant son casque...
. . .
« Drago, souffla Blaise en venant à lui aussitôt.
- Blaise, merci d'être là. »
Drago faisait peine à voir. Il avait de grosses cernes sous les yeux, les cheveux poussiéreux.
Il descendit de sa moto et rangea son casque. Blaise constata aussitôt ses mains tremblantes. Était-il angoissé ou juste en mauvais état ? Il posa une main sur son épaule et l'interrogea :
« Où tu traînes depuis mercredi ? Trois jours que personne ne sait où tu es…
- Je me suis caché, un peu n'importe où.
- Cela se voit… Viens chez moi, Drago. Tu ne peux pas partir sur les routes comme ça. On est pas dans Easy Rider, c'est terminé le côté Biker sur la route 66… On est même pas en Amérique.
- Et que veux-tu que je fasse ? Je vais me faire arrêter. Et si je me fais arrêter, on va m'envoyer en prison. Plus jamais je ne monterai sur ma bécane. Je ne peux pas, Blaise... »
Blaise fit non de la tête. Si habituellement il trouvait drôle le côté ultra focus qu'avait Drago par rapport à la moto, dans ce cas-ci, il en fut désespéré.
Il lui prit la moto des mains et l'emmena vers le parking. Drago le suivit en s'allumant une cigarette.
« Où as-tu passé tes nuits exactement, insista Blaise.
- Sur ma moto et ailleurs, lâcha Drago d'un ton évasif.
- Le ailleurs, c'est quoi ? »
Drago refusa de le lui dire. Blaise ne sut pas si c'était par fierté ou parce qu'il craignait qu'il le dénonce à la police.
« Et l'hôpital, continua Blaise.
- Quoi l'hôpital ?
- Tu as aussi chuté au Fresh Mode. Dumbledore m'a dit que tu n'as pas passé les examens.
- Je n'ai rien.
- Je ne te crois pas, j'ai vu la chute. Tu t'es bouffé le bitume autant que les autres.
- Et miraculeusement, je suis indemne. Tu le vois bien, je marche, je conduis ma moto. »
Blaise se tut jusqu'à ce qu'ils aient déposé la moto près d'un stand. Il se tourna ensuite vers lui pour le détailler du regard. Il savait que Drago mentait sur son état. Quelque chose dans sa manière de se tenir, laissait supposer qu'il souffrait. Ça et puis son allure générale. Ses vêtements étaient sales, noirs à certains endroits. Il tiqua sur ce dernier point :
« Tu as dormi à la mine, réalisa-t-il brusquement. Tu es fou !
- Pourquoi ? Au moins je suis sûr qu'il n'y a personne là-bas.
- Mais tu peux y mourir ! (et il reprit aussitôt en voyant le regard de Drago) Non, tu ne peux pas avoir aussi peu d'estime pour ta vie, Drago… Drago quoi !
- Je n'ai rien dit, se défendit Drago. Il fallait bien que je dorme quelque part. La mine est un lieu safe, justement parce qu'elle est dangereuse.
- Viens chez moi, proposa-t-il de nouveau.
- Non. N'insiste pas. »
Drago parti s'asseoir sur le muret qui entourait le circuit. Il s'alluma encore une cigarette, l'autre à demi achevée, en regardant au loin. Il avoua à Blaise qu'il ne faisait que fumer clope sur clope en ce moment et lui demanda s'il n'avait pas encore une cartouche en stock au Local.
« Une chance que je fume moins que toi. Il m'en reste deux, dans les vestiaires. Tu iras les prendre quand je serai en train de travailler sur ta bécane.
- C'est terrible oui, je fume trop, j'en fais toujours trop quoi que je fasse, hein… Merci Blaise. »
Blaise s'assit à ses côtés, le regardant fixement.
« Ce n'est pas toi, hein… lâcha-t-il au bout d'un moment.
- De quoi ? demanda Drago.
- Le sabotage. Ce n'est pas toi.
- Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Si tu viens me voir pour remplir ta moto et la bidouiller un peu, c'est que forcément, tu n'as pas pu le faire sur la sienne. Me prends pas pour un con, Drago. Je sais que tu es une bille en mécanique. »
Drago détourna les yeux. Il ne démentait pas, mais n'ajouta rien non plus. Blaise savait. Il sut qu'il protégeait quelqu'un. Il lâcha un soupir à la limite du râle :
« Il en vaut vraiment la peine ? Il vaut vraiment la peine que tu gâches ta vie pour lui ? S'il est inculpé pour sabotage c'est lui et non toi qui ira en prison. Je témoignerai en ta faveur.
- À quoi bon, Blaise ? Jamais mes parents ne voudront que je refoute le pied sur une moto avec ce qu'il s'est passé.
- Réveille-toi, il y a d'autres choses dans la vie que ça et la compet' ! Tu as Harry, tu as moi, tu as ton école et le mannequinat !
- C'est pas ce que je veux. J'ai besoin de la moto ! J'ai besoin d'elle jour et nuit, Blaise. Potter ou toi, ça ne me suffit pas. Je l'aime, je t'apprécie, mais… C'est pas suffisant. Quant au reste, c'est oubliable.
- Putain... »
Nouveau silence. Drago était entêté. Il avait décidé et Blaise le voyait bien, de s'enfoncer dans son fantasme de motard solitaire, afin d'échapper à toute réalité. Il détesta Harry Potter d'être arrivé un jour dans leur Local et d'avoir tout foutu en l'air.
« Ce fils de pute de Potter… J'aurais du le défoncer dans le parking quand j'en avais l'occasion, murmura-t-il.
- Tu auras tout le temps et les années pour le faire, rit Drago.
- Et toi Drago, que vas-tu faire de tes années maintenant ?
- Je ne sais pas.
- Tu n'es pas fait pour une vie d'errance et de fuite. Tu ne sauras pas vivre comme un clochard. Tu ne sauras pas y faire. »
Drago se redressa et jeta son mégot de cigarette. Blaise l'imita et croisa les bras. Il le vit s'avancer vers sa moto. Il vit briller le griffon doré dans son dos.
« Si je ne descends pas de ma moto, alors tout se passera bien. Tant que je l'ai, elle... »
Il parlait tout bas, son filet de voix plus mince encore que d'habitude. Une voix qui d'ailleurs avait beaucoup changé depuis la fin du C. Leave. Si Blaise avait soupçonné quelque chose, il n'en avait jamais parlé. Ce n'était pas ses affaires… Et en même temps il regrettait. S'il s'en était mêlé un peu plus des affaires de Drago justement, peut-être qu'on en serait pas là maintenant.
« Tu as toujours trop fantasmé ton existence, Drago. La Sainte-Marie n'est pas au-dessus de ta tête à te protéger. Ta moto ne te sauvera pas de la vraie vie. Viens au moins chez moi cette nuit. Si tu veux partir, tu partiras demain matin.
- Blaise, si je passe la nuit chez toi, ils me trouveront.
- Ce n'est pas les U.S.A., les policiers ne sont pas autant au taquet.
- Ils me trouveront, parce qu'il y aura ma moto. Et puis… Il vaut mieux que je parte dans la nuit.
- J'espère que tu ne vas pas rester à la mine, hein ? Dis-moi où tu vas aller, juste ça. Je ne t'en demande pas plus, Drago. Je ne te suivrai même pas, ni rien. Je veux juste savoir, pour être rassuré. »
Mais Drago n'avait rien dit. Il s'était muré dans un silence tel, que Blaise n'avait même pas eu le cœur à insister.
Il vint finalement à sa moto. C'était son plus petit calibre, la plus discrète. Blaise la lui débrida, pour qu'il puisse aller aussi vite qu'il le souhaite. Il lui changea également les roues, pour des neuves et tout terrain au cas où. Puis il lui fit le plein, tout ça, en silence.
Ensuite, ils allèrent au parking, pour la faire sortir. Blaise le retint par le coude :
« Drago, je te demande juste une chose… N'essaie pas de te suicider. Au moins ça. »
Et Drago lui avait souri.
« Me suicider ? Tu en as de bonne… Je suis immortel, Blaise.
- Tu es… Terrifiant à dire ça comme ça… Drago, je t'en prie, prends soin de toi. Envoie-moi une lettre, une carte, n'importe quoi, quand tu pourras.
- Hum. »
Drago lui embrassa fort la joue. Blaise le retint et le serra contre lui, inquiet.
« Merci pour la moto, tu me sauves, murmura Drago.
- J'aimerais faire plus. Merde, je vais le tuer.
- Le pauvre, il est déjà dans un sale état. Va le voir à l'hôpital, ne l'accable pas trop. Tu sais, je l'aime malgré tout… Et ce qu'il a fait… C'était stupide, mais il l'a fait pour moi, pas contre moi.
- Drago…
- J't'en prie, il aura besoin de quelqu'un à qui parler. Tu auras besoin de quelqu'un, toi aussi.
- Et toi, à qui parleras-tu ?
- Moi je vais bien, dit-il en se défaisant de lui. Je vais bien tant que j'ai de quoi rouler plus vite que le vent…
- Tu ne pourras pas éternellement t'enfermer là-dedans. »
Drago haussa les épaules. Il semblait à la fois serein et désespéré. Cela fit incroyablement peur à Blaise, mais il n'osa rien dire encore une fois. Retenant au maximum l'angoisse qui lui montait à la gorge, il l'accompagna en dehors du parking et le regarda s'éloigner en moto.
En s'allumant une cigarette, Blaise constata que ses mains à lui tremblaient également.
Cette nuit là, il était resté au Local, avec une boule au ventre terrible. Le sourire de Drago était le sourire d'un garçon qui veut en finir, il en était persuadé.
. . .
Un an donc et Blaise continuait à garder cette dernière rencontre pour lui. C'était son petit secret, ce truc qu'il avait de plus que Harry. Ce dernier, il continuait à croire qu'il n'avait pas mérité Drago. Dire qu'il s'était mis en couple avec Hermione Granger. Cela le dégoûtait toujours autant.
Il ne comprenait pas comment il pouvait lui faire ça. Non qu'Hermione soit une mauvaise fille, au contraire, elle était adorable… Mais le contexte était horrible. Ce lien fantomatique entre eux deux, entre eux trois, puisqu'il avait beau en vouloir à Potter, il roulait sa bosse avec lui et elle.
Le club de la déprime en quelque sorte.
Mais si Harry avait eu la chance de trouver un peu de répit en la personne de Hermione, Blaise lui avait eu beaucoup plus de mal à se remettre de la disparition et de la possible mort de Drago Malefoy. Le grand, le terrible Blaise Zabini. La terreur du Local ; le cow-boy aux grosses bottes était en pleine dépression et il ne se l'avouait pas.
Sa mère, elle, l'avait remarqué. Sans pincettes, elle lui avait dit d'aller consulter, alors qu'ils mangeaient ensemble au lendemain du dîner avec Potter et Granger :
« Chéri, vas voir un médecin, tu ne vas pas bien.
- Qu'est-ce que tu racontes, maman. Je vais très bien au contraire.
- Oh, on ne me la joue pas à moi, mon joli cœur. Depuis que ton ami a disparu tu n'es que l'ombre de toi-même. Je n'ai rien dit au départ, parce que je croyais qu'il te fallait un peu de temps. Mais ça fait un an maintenant.
- Ce n'est pas grand-chose.
- Tu ne ramènes même plus de jolis boys à la maison.
- Hum…
- Chéri, ne te laisse pas abattre. »
Elle lui caressa la joue avec toute la tendresse qu'une mère pouvait avoir. Blaise baissa les yeux.
« Tu sais ce qui est le plus terrible, maman ?
- Dis-moi ?
- C'est qu'on ne sait pas s'il est vivant ou mort. On ne sait rien. On aura beau penser qu'il s'est suicidé, comme on a pas de corps, on ne sait pas… Rien que pour ça, je n'arrive pas à tourner sereinement la page. »
Elle se leva, vint près de lui et passa les bras autour de sa tête pour lui faire un câlin.
« Cela arrive plus souvent que tu ne le crois, Blaise. Des gens qui disparaissent, dont on retrouve la trace des années plus tard… Fais-toi ta propre version, celle qui t'arrange et peut-être qu'un jour, tu auras des réponses.
- J'aimerais imaginer qu'il est en vie quelque part… Mais je n'arrive pas à y croire moi-même. »
Sa mère haussa les épaules et se retint de lui dire le fond de sa pensée, malgré la franchise dont elle ne se privait jamais. Elle le câlina encore un moment et convint avec lui qu'il devait aller voir un psychologue. Au moins pour se confier.
La mort dans l'âme, Blaise s'y rendit. D'abord peu loquace, il apprit doucement à délier sa langue. Il raconta des choses sur Drago, sur leur relation, sur sa propre relation avec les hommes en général.
Cela l'aida à adoucir ses contacts avec Harry et Hermione. Ils parvenaient tous les trois à avoir des conversations moins en lien avec le drame d'il y a un an… D'il y a deux ans, maintenant.
Le temps passait si vite ! Si vite et Blaise se rendait compte en voyant le calendrier du Local que les mois passaient, que la photo de Drago n'était plus sur le panneau, que les coupes avaient été remplacées part d'autres… Qu'il y avait des motards encore meilleurs que Drago et Harry, dans leurs states.
Harry Potter n'avait pas remis un pied au Local depuis le Fresh Mode, il avait même changé de voie. Les chocs reçus après l'accident ne lui permettaient plus de faire de la compétition. Il avait encore quelques douleurs à la nuque et consultait de temps en temps un ostéopathe ou un kiné.
Blaise, en constatant ces deux années passées bien trop vite, se demanda si comme Harry il ne devrait pas quitter le milieu. Le Local restait douloureux malgré l'aide du psychologue. Et puis, il voyait que ses perspectives d'avenir n'étaient pas folichonnes. Il était déjà le chef technique et Dumbledore lui laissait sous-entendre qu'il pourrait prendre le Local à sa suite. Avait-il envie de ça ? Voulait-il rester à jamais coincé là-dedans ?
Il osa en discuter avec sa mère, qui en profita aussitôt pour lui parler de sa marque de vêtements :
« J'y pense de plus en plus mon chéri. Pourquoi tu ne viendrais pas t'associer à moi ? En plus des sous-vêtements, j'ai monté une marque. Une marque de vêtements féminins, mais avec toi on pourrait s'étendre sur du masculin. Oh, chéri, tu irais si bien dans la mode ! »
Blaise écouta sa mère s'enthousiasmer. Il ne trouvait pas l'idée mauvaise. Il avait toujours eu un œil sur la mode, l'avait déjà secondé sur certains projets et peut-être que ça lui ferait du bien de côtoyer un monde différent, moins homophobe surtout.
« Pourquoi pas, finit-il par lâcher. Après tout, il y a de jolis boys dans la mode.
- Ah ça, c'est sûr. Tu vas voir mon chéri, Zabini mère et fils, ça claquera du tonnerre ! »
Il avait ri.
Blaise ne quitta pas drastiquement le Local. Il se laissa une année pour préparer son départ. Il en avait parlé à Dumbledore, qui comprenait. Il en parla aussi à Harry et Hermione. Cette dernière trouvait son idée assez saine, tandis que Harry voyait là s'effilocher les derniers petits liens concrets qu'ils avaient avec Drago. En l'observant, Blaise se demanda s'il avait vraiment fait son deuil. Ce n'était sans doute pas le cas. Pauvre Hermione.
Il profita de se retrouver un jour seul avec Harry – Hermione travaillant, pour aborder le sujet.
Blaise venait rarement chez Harry et Hermione. Il était mal à l'aise devant l'étagère où trônait une photo de Drago, des magasines de mode et deux bagues en argent lui appartenant. Ce sanctuaire à un mort n'avait rien de bien net dans sa nouvelle relation. Mais, ah, se disait-il, ni Harry ni Hermione n'étaient très sains d'esprit.
Entre Hermione qui vouait un culte à un garçon a qui elle n'avait parlé que quelques heures et Harry qui était bouffé par son désir de ressasser sans cesse les moments passés avec Drago, quitte à s'enticher de la dernière personne lui ayant parlé, ils faisaient bien la paire. Bande de crétins, se dit encore Blaise en s'arrêtant devant la photo encadrée de Drago, alors qu'il attendait que Harry ramène à boire.
« Alors Blaise, tu voulais parler de quoi ?
- De mon départ du Local. »
Il prit le cadre photo et s'installa dans le canapé. Harry le suivit du regard, peut-être inquiet qu'il touche à son icône. Blaise s'alluma une cigarette, le cadre sur ses genoux.
« Il faut que tu passes à autre chose, définitivement, Potter.
- Fais attention à la photo.
- Je ne vais pas la briser, t'en fais pas, mais vraiment, c'est pas bon de garder tout ça ici.
- Je fais bien ce que je veux.
- Je dis ça pour toi.
- Je me passe de tes conseils, Zabini. »
Blaise s'enfonça dans le canapé. Il leva le cadre au niveau de ses yeux. Sur la photo, on voyait Drago en converses et chemise loose blanches, avec un jean clair. Il avait la veste Gryffondor sur les épaules. Il faisait froid et Harry la lui avait prêté. Appuyé contre une moto, Drago souriait de toutes ses dents. Blaise se rappelait ce moment. Ils étaient tous les trois devant le Local, quelques jours après qu'il ait gagné une course. De bonne humeur, Drago avait accepté de poser devant la moto de Harry. Il avait ri à une blague de Blaise concernant son allure de mignon. Harry avait miraculeusement su capter le moment. C'était rare de voir Drago avec un grand éclat de rire. Si rare, que Blaise trouva que la photo ne lui ressemblait pas. Il la reposa sur ses genoux.
« Tu pourras encore passer au Local même si je n'y suis plus. Mais tu seras déçu, tu sais ? Dumbledore a fait retirer les dernières images qu'il y a de Drago. Il va mener des travaux aussi. Les vestiaires et le reste, ça va bouger.
- Pourquoi tu me dis ça ?
- Parce que deux ans ont passé. Il faut se secouer un peu. Je dis ça pour toi, pour Hermione, pour moi aussi. On doit passer à autre chose, tu ne penses pas ?
- Je ne sais pas… Je me sens coupable. »
Harry ouvrit la bouteille de vin qu'il avait ramené et lui servit un verre.
« Je me sens coupable, reprit-il. Et tu me détestes encore pour ça, je le sais.
- Forcément, si tu n'avais pas saboté ta moto…
- On en a parlé il y a un an, coupa Harry. Ça ne sert à rien de me le redire, je suis le premier au courant de la merde que j'ai causé ! »
Blaise haussa les épaules et prit un verre.
« Hermione m'a dit l'autre jour qu'ils comptaient enfin s'occuper de la mine. Tout raser, reconstruire une usine dans le coin, fit Harry plus bas.
- Tu as peur qu'ils… y déterrent quelque chose ? questionna Blaise.
- Oui… Et non. Tu sais, une fois sorti de l'hôpital, les mois qui ont suivi sa disparition, j'ai pas arrêté d'y aller, croyant l'y trouver. J'ai fouillé pleins de puits…
- T'es taré, lâcha Blaise.
- Je sais, mais je pensais vraiment l'y trouver. Il allait toujours là-bas. Mais rien. C'était désespérément vide. Alors je me dis, qu'il ne doit pas y être. Il doit être ailleurs.
- Peut-être, j'espère… Sinon, on finira par avoir une réponse...
- Une réponse ou un cadavre.
- Sans doute... »
Ils se turent tous les deux et burent en silence. Harry se racla la gorge à un moment :
« Alors tu vas vraiment travailler dans la mode ?
- Oui. Avec ma mère. Ça va me changer. Ça va me faire du bien.
- J'ai jamais rien bité à la mode. Pourtant, c'est pas faute d'avoir essayé.
- Oh, ça se voit que tu n'y connais rien, rigola Blaise. Ça se voit.
- Mais quand je voyais ses photos, quand je le voyais tout simplement… La mode ce ne sont pas que des vêtements, c'est une attitude. Ah… Je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'il était vraiment beau.
- Potter, arrête tu te fais du mal.
- C'est pas ma faute, tout me rappelle à lui, il se cacha le visage d'une main. Qu'est-ce qu'il me manque.
- Tu n'as été en couple avec lui que six mois à peine…
- Mais je l'ai connu d'avant. Ses interviews, les magasines. Je le suivais depuis au moins deux ans. Il me manque.
- Tu as Hermione.
- Hermione ce n'est pas Drago. Ce n'est pas pareil. Avec lui, c'était tellement passionnel tu sais.
- Je n'ai pas envie de le savoir.
- Je veux te le dire quand même.
- T'es malaisant, Potter.
- Il faut que je le dise à quelqu'un qui pourra comprendre. Hermione elle a du mal.
- T'es sérieux, t'as essayé de lui expliquer ça ? Et le tact, tu connais. La pauvre fille, quoi.
- Je l'aime, mais elle et moi on sait que c'est pas pareil. Tu vois, avec Drago c'était… Fou. Parce qu'il était fou. Ses crises de colère contre moi, j'aimais ça… Parce que ça voulait au moins dire qu'il ne pensait qu'à moi.
- Misère, pas un pour rattraper l'autre… Mais tu sais Potter, il préférait la moto à toi. »
C'était vicieux de lui dire ça, mais Blaise le trouvait trop obnubiler par son fantôme. Si seulement il pouvait le laisser reposer en paix.
« C'est pas pareil.
- Potter, s'il n'est pas resté c'est parce qu'il préférait rouler sur sa moto, plutôt que d'être à tes côtés. Réveille-toi un peu, Drago Malefoy était plus égoïste que tu ne le crois. Il t'a aimé, je ne dis pas le contraire, mais il pouvait concevoir sa vie sans toi, pas sans sa bécane, tu comprends ça ? T'es au second plan. Ça ne vaut pas la peine de le mettre lui, au premier plan de ta vie.
- La ferme Blaise !
- Je connais mieux Drago que toi. Cela faisait plusieurs années qu'il venait au Local. Crois-moi, il a toujours été amoureux de sa moto, de la sensation de vitesse qu'elle lui procurait, du vent de liberté. Pourquoi tu crois qu'il allait tout le temps à la mine, alors qu'on lui disait de faire gaffe ? Parce que là-bas, définitivement, il se sentait plus libre et tranquille qu'ailleurs. C'est tout, Potter. Drago voulait juste ça, de la liberté et de la tranquillité. S'il t'a détesté c'est sans doute parce qu'il a eu l'impression que tu pourrais atteindre et dépasser la liberté qu'il se gardait jalousement. S'il t'a aimé, c'est parce que tu avais un deux roues, parce que tu le laissais te détester suffisamment. Jaloux, haineux, solitaire… Ce sont ses défauts Potter.
- La ferme ! Je sais tout ça, cracha Potter. Je le sais, il me l'a dit, il m'a dit ses défauts ! Je ne vais pas cesser de l'aimer pour autant ! J'ai eu mes meilleurs moments, mes meilleurs coups avec lui ! Au Local, chez moi, sur une moto ou dans la mine, je l'ai eu pour moi partout ! Dans tous les sens, dans toutes les humeurs ; je connais tout de lui, alors n'essaie pas de me faire une leçon de morale ! Je sais qui est Drago Malefoy et il était à moi.
- Je n'essaie pas de te voler son souvenir, alors pas la peine de me faire le tableau de vos baises. J'essaie simplement de te faire prendre conscience que tu as une vie au présent. Et que tu ne peux pas, par respect pour ta nouvelle meuf, te terrer dans tes souvenirs d'il y a deux ans. »
Il lui tendit la photo de Drago.
« Et cette photo, continua-t-il. Sérieux Potter… Cette photo ne le représente pas. T'en as conscience j'espère. »
Il se leva après avoir avalé son verre de vin d'une traite.
« Je suis désolé Blaise… »
Disant cela, Harry éclata en sanglots. Blaise soupira. Il ne lui fit pas le plaisir d'aller lui faire un câlin. Par contre, il se resservit un verre et fit un tour du salon, pour feuilleter les magasines où on voyait d'anciennes photos de mode de Drago.
« Qu'on fasse au moins un effort pour évoluer. Qui sait, le vingt-trois Mai de l'année prochaine on pourra au moins parler de nos nouveaux projets.
- Ouai… Ouai. »
Et Harry avait encore pleuré.
. . .
Harry Potter eut du mal à se défaire de son petit sanctuaire. Chaque image lui rappelait des moments avec Drago. Quant aux deux bagues, il les cacha dans un tiroir mais ne les jeta pas. Il se souvenait du jour où Drago les lui avait donné. Ils étaient chez lui, ce même chez lui qu'à présent. Dans le canapé, Harry lui embrassait les doigts.
« La première fois que je t'ai vu avec ces bagues, c'était quand tu es arrivé au Local sous l'averse.
- Ah ? Je ne m'en souviens pas.
- Le jour où un technicien t'a emmerdé pour les photos de mode, pour te faire exploser avant le Bishop.
- Ah oui, quel enculé ce type, râla-t-il.
- C'est vrai et t'as démarré au quart de tour, ahah ! »
Tout en le regardant dans les yeux, Harry s'amusa à lui retirer ses bagues avec ses dents. Le geste était un brin obscène et les doigts de Drago tremblaient légèrement.
« Tu vas les abîmer, à faire ça, murmura Drago du bout des lèvres.
- Mais non, regarde j'y fais attention. »
Il essuya les deux bagues dans son t-shirt et les lui montra.
« Tu vois ?
- Hum… »
Ils s'embrassèrent doucement, les joues de Drago un peu plus rouges.
« J'adore chaque détail de ta personne, souffla Harry. Tes bagues, tes vêtements, ta manière d'être toujours soigné…
- Tu m'aimes en mannequin, rigola tout bas Drago.
- Je t'aime en tout. Je t'imagine le matin en train de te préparer, le moment où tu choisis de mettre tes bagues… Le moment où moi je vais te les retirer avec mes dents. »
Ses mots amusèrent Drago qui pencha la tête sur le côté. Harry lui toucha l'oreille du bout des doigts.
« Si tu veux, tu les gardes ici. Je ne les mettrai que pour toi, que chez toi et tu me les retireras quand tu voudras.
- Tu m'offres de l'exclusivité… Si je te demande tes oreilles, tu me les donnerais également ?
- Oui. »
Harry lui sourit et lui embrassa l'oreille.
« Tes yeux ?
- Aussi, murmura Drago, alors qu'il embrassait ses yeux maintenant.
- Ton nez ?
- Oui.
- Tes lèvres ?
- Ce que tu veux…
- Alors shht, elles sont à moi, ne parle plus. »
Il l'embrassa longuement et continua de lui demander l'exclusivité de son cou, de ses épaules, ses bras et le reste. Drago lui répondit par des hochements de tête, ne répondit plus rien au bout d'un moment.
Alors ces deux bagues dont Harry ne voulait pas se séparer, c'était un peu son trésor pour avoir tout obtenu de Drago au cours d'une nuit. À chaque fois qu'ils avaient joué à ça, Drago s'était offert tout entier. S'il avait pu, Harry aurait voulu ne l'avoir que pour lui, qu'il ne sorte jamais, qu'il ne pose plus dans les magasines, que personne autre que lui ne puisse le voir. Cela, peut-être l'aurait gardé en vie. Peut-être qu'il l'aurait mis en première position dans sa vie, si Harry avait su le défaire de sa foutue bécane.
Harry était incapable de se mettre au présent.
Un chapitre assez calme, n'est-ce pas, mais... ça bouge un peu plus après :D
Je pense poster une fois par semaine environ, à partir de cette "seconde saison"... Enfin c'est flex', tous le jours mettons.
Bonne rentrée pour ceux qui reprennent, pour les autres qui n'ont jamais arrêtey, ben, continuez ainsi, vous êtes comme moi lol.
