Cicidy : effectivement j'arrive avec mes gros sabots dans le chapitre précédent sur le mec à moto qu'ils voient, en étant assis en terrasse mdr. Ohhh, je ne sais pas trop si Hermione aurait le rôle de médiatrice que tu lui prêtes…. Mufufu !

Meranath : Woa, tous ces commentaires d'un coup ! Très sympa de voir tes réactions chapitre par chapitre ahahaah ! ET oui, le couple Harry/Hermione est totalement weird. C'est fait un peu exprès, ils s'aiment sans s'aimer, mais la force de l'habitude les faits s'aimer. Ça me paraît plausible, un peu glauque, mais les relations d'amour belles et mignonnes n'auraient pas d'intérêts en fics ahah !


LE GARÇON A LA MOTO
- Saison 02 -
CHAPITRE 10

Comme le temps passe vite ! Les deux semaines avaient filé à une allure folle et il ne restait maintenant que deux petits jours avant qu'ils ne reprennent le train.
Et oh, il fallait bien se l'avouer, le retour de Drago avait totalement chamboulé les envies de farniente et de cocktails au bord d'une piscine.
Chaque soir, Harry quittait le lit qu'il partageait avec Hermione. Cette dernière faisait alors mine de dormir, mais elle savait, du moins se doutait, qu'il partait rejoindre Drago. Elle se demandait avec une rage certaine ce qu'ils faisaient. Parlaient-ils ? S'engueulaient-ils ? Faisaient-ils l'amour ? Elle n'arrivait pas à le déterminer, car Harry en revenant sur le toit du Panama le soir où ils avaient revu Drago, n'avait pas pipé mot. Son expression était qui plus est indescriptible : mélange de larmes, de colère avec ses poings serrés et d'une drôle de joie au sourire cassé. Alors, peut-être qu'ils faisaient tout ça en même temps.

Et que pouvait-elle faire contre un tel garçon ? Elle-même en le voyant en avait eu des frissons dans le fond du ventre. À force de parler de lui avec Harry, elle s'était mise à le fantasmer de plus en plus, à le vouloir tout autant que son amoureux le voulait. En plus, Hermione n'oubliait pas le baiser de prince qu'il avait déposé sur ses lèvres le soir de leur rencontre, ni même l'histoire des coucheries que Drago lui avait laissé entrevoir avec élégance là où Harry avait été plus pragmatique.
Harry, ce garçon solaire d'abord, puis maladroit lorsqu'on le connaissait. Lui qui, lorsqu'ils buvaient trop de vin tous les deux le vendredi soir, ne pouvait pas s'empêcher de lui parler de Drago, de sa peau sous ses doigts, sous ses lèvres. Combien de fois la jalousie lui avait serré la gorge. Combien de fois Hermione devinait l'amour que portait encore Harry à ce fantôme, plus qu'à elle en tout cas. Elle jalousait Drago qui avait l'amour de Harry, jalousait Harry qui avait connu la volupté de tenir un tel personnage dans ses bras. Elle aussi voulait participer de leur duo, le faire devenir trio, s'il le fallait.

Avec un léger désespoir, elle se tourna et retourna dans le lit. Elle enfonça finalement la tête dans son coussin, le serrant entre ses doigts, puis se mit à gémir. Que pouvait-elle faire pour sauver son couple d'un fantôme aussi séduisant ? Il devait bien y avoir une solution ? Cela le tint éveillé au moins jusqu'au retour de Harry, au petit matin à peine levé.

Quand il se coucha dans le lit, jouant d'une discrétion toute relative, Hermione sentit l'effluve délicat d'un parfum. Bien sûr, ce n'était pas le sien. Seuls les oiseaux bleus du paradis pouvaient porter une telle odeur…

. . .

Pour l'avant-dernier soir, ils furent de nouveau en soirée sur le toit du Panama.
Harry baillait à s'en décrocher la mâchoire, avait quelques cernes, mais ne s'en formalisait pas.
Deux semaines de soirées, l'avaient rendu beaucoup plus à l'aise avec l'univers guindé de la mode. Il faut dire que la rencontre avec Ron avait pas mal aidé. Il aimait beaucoup Harry et traînait avec lui et Blaise traînait dans les pattes de Ron de ce fait.
Hermione se sentait d'autant plus mise sur le bas-côté. Elle avait bon gré malgré était jetée dans les bras de Pansy qui lui avait dit en riant qu'elle ne pouvait pas espérer grand-chose à traîner avec une bande d'homo. Ce n'étaient pas eux qui la regarderaient comme elle le voudrait. Ce à quoi elle avait répliqué qu'elle était en couple avec Harry et qu'il n'était pas gay. Pansy avait ri d'autant plus, en disant :
« Je ne veux pas jouer la mauvaise, mais quand on le voit regarder le beau blond de Jédusor il a l'air plus gay que Blaise.
- Ce n'est pas pareil.
- Si tu le dis. Mais je peux te présenter d'autres garçons beaucoup plus hétéros si tu veux. Tu verras la différence.
- Je ne veux pas. Je suis avec Harry. Ça fait cinq ans. On veut des enfants.
- Ah bon ? »
Pansy sembla perplexe à ce sujet, mais de la même manière que Blaise avait de ne pas se mêler des oignons des autres, elle ne posa pas plus de questions. Hermione de toute manière était décidée ce soir à défendre bec et ongles son couple. Elle attendait avec impatience l'apparition de la bande à Voldemort. Elle s'imaginait depuis la veille, marcher droit sur Drago, lui jeter son verre au visage et provoquer l'esclandre. Elle lui dirait alors de ne plus approcher de Harry. Qu'il l'avait perdu à disparaître avec sa moto. Qu'il devait se contenter de rester une ombre qui voilerait jusqu'à la mort de Harry, de Blaise et de la sienne aussi, les soirs de la fin mai.
Oh, que c'était simple pour Hermione et jouissif aussi, de tourner et retourner la gamme des insultes qu'elle lui sortirait. La colère à cet instant l'armait de verres de vin qu'elle vidait sous le regard rieur de Pansy.

En prince de conte, il apparut aux alentours de minuit, accompagnant Voldemort, cette drôle de fée qui le chaperonnait, un bras autour de ses épaules. Drago alors, était incapable de se départir de sa beauté. Ses cheveux blonds ramenés en arrière, le regard gris éclatant du reflet en ricochets des loupiottes sur l'eau de la piscine, dans l'eau de ses yeux ; il portait un t-shirt blanc, un jean brut, se la jouait un peu à la James Dean. Il aurait pu être James Dean en fait. La vitesse, les garçons… Il lui manquait la mort.
Il eut un éclat de rire tout léger après quelques paroles de Voldemort. Il s'arrêta, le temps de s'allumer une cigarette. Voldemort avait défait son bras de lui, pour rejoindre son groupe près de la piscine. L'avait-il fait exprès, de se stopper ? En tout cas, il lança un regard vers Harry et les autres. Il ne souriait pas, mais pour la seconde fois, Hermione constata la grâce de cette fumée qui sortait de ses lèvres. Elle ne saurait le haïr ou noyer son visage sous un verre de vin rouge. Elle soupira.
« Franchement, il est beau, mais quel air de faux-cul, quel air de précieux, remarqua Pansy.
- Faux-cul ? Comment tu vois ça en un regard, dit Hermione.
- Il ne faut pas être aveugle ma petite Hermione, pour remarquer qu'il fait exprès de se la jouer, pour faire baver ton Potter.
- N'importe quoi !
- Tu es dans le dénie. C'est tant pis pour toi. »
Pansy accompagna cette phrase d'un joli rire et l'amena à elle dans un câlin faussement réconfortant. Hermione l'écarta légèrement, lançant un dernier coup d'œil à Drago qui se détournait vers son groupe d'italien.
À ses doigts, remarqua-t-elle, brillaient deux bagues en argent.

Le jeu des regards entre Harry et Drago démarra alors.

Hermione toujours en reste, rongea son frein, près du buffet. Elle se disait qu'à un moment, Drago viendrait chercher des verres. Elle en profiterait pour lui parler.
Plus loin, Harry était protégé par la présence de Blaise et Ron. Ce dernier lui parlait de tout et rien, lançait des coups d'œil à tout le monde en même temps, prenant quelques discrètes photos. C'était un journaliste après tout qui se faisait de l'argent sale, avait-il avoué à Hermione il y a quelques soirs, en vendant des photos compromettantes.
Blaise était parvenu à quelques rapprochements vis-à-vis de Ron. Ce soir, il avait un bras autour de sa taille, sans que cela le dérange de trop. Et puis, il y avait Harry qui riait à excès, se donnant des airs de joyeux lurons. Hermione pas bête pour un sou, comprenait qu'il fanfaronnait pour les beaux yeux d'un Drago qui osait par instants coulait un regard sur lui.
Tous, ils l'énervaient. Elle prit un verre de blanc, avec agacement.

Au bout de ce qui lui sembla une éternité, Drago se détacha de son groupe et vint vers le buffet. Il se mit près d'elle (exprès?) et s'alluma une cigarette. Hermione sut saisir sa chance :
« Drago Malefoy, salua-t-elle. »
Sa voix n'avait pas la morgue qu'elle aurait souhaité avoir. Drago se tourna légèrement vers elle et comme il y a cinq années, il pencha la tête sur le côté.
« Tu te souviens de moi ? reprit-elle.
- Oui. Un fantôme de bord de chemin. »
Que dire à ça ? Hermione se sentit toute chose devant lui. Il était intimidant ce fantasme en chair et en os.
« Alors ? reprit-il. Tu voulais juste me dire bonjour ?
- Non ! Non… Je voudrais te parler.
- Harry m'a dit que vous sortiez ensemble. C'est drôle non ? Une rencontre en bord de chemin et sans le vouloir, des relations qui se font au-delà. Au-delà de moi. »
Sa voix rêveuse, aussi basse qu'il y a cinq ans. Il avait l'air d'avoir pas mal médité ces informations. Drago ne la regardait plus. Pas plus qu'il ne regardait Harry. Ses yeux étaient plantés dans le détail d'une fleur artificielle déposée dans une bouteille de champagne vide.
« Ne me le reprends pas. Laisse-moi Harry, murmura Hermione.
- Quoi ?
- Je voudrais que tu ne le revoies plus. De toute manière, on n'appartient pas au même monde, non ? Alors… Je t'en prie, repars en Italie, là où tu as ta nouvelle vie et laisse-le-moi. »
Drago la regarda d'un air d'abord interloqué, puis il laissa échapper un souffle, comme un rire. Il secoua la tête et s'apprêta à l'abandonner sans un mot. Hermione eut le geste de l'attraper au poignet.
« Plutôt que lui, ce soir… Cette nuit. Plutôt que de rencontrer Harry, accepte de me voir moi. Je veux vraiment qu'on parle.
- Pourquoi je ferais ça ?
- Parce qu'il y a cinq ans, Drago. Il y a cinq ans, j'ai accepté de t'écouter raconter ton histoire. J'ai aussi accepté d'aller le voir à l'hôpital. Juste pour ça, tu me le dois bien.
- Ah. Rah… Pas ce soir. Demain soir.
- Mais nous partons après demain, fit Hermione en secouant la tête.
- Demain soir, à une heure du matin, rejoins-moi à l'allée des roses. Si tu n'y es pas, je ne t'attendrai pas. Ce soir, je ne peux rien. »
Il se défit de sa main et quitta le buffet sans lui laisser le temps d'autre chose.
Hermione remarqua alors le regard inquisiteur de la bande à Voldemort, mais également les éclairs dans les yeux de Harry. Il n'était pas content qu'elle ait osé toucher à son précieux garçon à la moto. C'était sans doute ça.

Elle revint à son groupe et Harry l'alpagua aussitôt :
« De quoi tu lui as parlé ?
- Et toi, Harry. De quoi tu as parlé avec lui, toutes ces nombreuses nuits ? »
Le mouvement de recul de Harry et le rire de Blaise, furent ses seules réponses.

Cette nuit-ci, Harry fut absent de leur chambre et Hermione le détesta.

. . .

La belle allée des roses, au lendemain soir. Hermione avait prospecté dans la journée, accompagnée de Ron, histoire de repérer les lieux. Elle avait farfouillé, craignant malgré elle le guet-apens. Mais l'allée des roses était juste un bel endroit aux airs romantique où, de chaque côté, il y avait des roses et du lierre, des murets en pierres et un sol de cailloux ; des promesses de balades en amoureux.

Le soir, cette allée revêtait quelque chose de plus mystique et Hermione attendait, depuis un quart d'heure, appuyée sur un muret. Elle faisait défiler quelques actualités sur les réseaux sociaux, sans parvenir à se concentrer dessus. Elle avait un peu mal au ventre, ses mains étaient moites. Viendrait-il ?

Elle entendit finalement des pas sur les cailloux et releva la tête. Il était là, tout fantomatique, la cigarette aux lèvres, habillé de baskets noires, d'un jean et d'une marinière à longues manches. Elle regretta qu'il ne porte pas le blouson Griffondor, tout en sachant qu'il n'aurait pu se le permettre.
« Tu es venu ! »
Il haussa les épaules et s'arrêta devant elle. Ils se fixèrent un moment. Drago le premier amorça le pas.
« Tu aimes les longues marches en campagne, non ? Alors ce chemin est parfait. Il finit par longer les champs hors de la ville.
- Mais nous n'avons pas ta moto pour rentrer, dit-elle en le suivant.
- Hum, c'est vrai. »
Drago ne parla pas. Il regardait le sol, avait l'air détendu. La rencontre ne le pesait pas, du moins il faisait mine de. Hermione croisa les bras, tournant et retournant des amorces. Elle était avec lui, mais sa tête était vide de tout. Elle ne savait plus vraiment ce qu'elle pouvait lui demander.
Après un moment à marcher dans les cailloux, elle se jeta à l'eau :
« Raconte-moi.
- Hum ?
- Comme il y a cinq ans. Raconte-moi ton histoire. Depuis ta disparition à maintenant.
- Pourquoi je ferais ça ?
- Parce que tu aimes te raconter, non ? Parce que tu me le dois bien.
- Je ne te dois rien.
- Tu m'as volé Harry, qui te rejoint chaque soir, sans rien me dire. Tu me le dois bien.
- Il fait ses choix tout seul. J'étais avec lui, avant toi.
- Malefoy, raconte-moi, se désespéra-t-elle. »
Elle lui prit le bras, se raccrochant comme à une bouée. Son désespoir dégoûta Drago, qui l'écarta.
« Lâche-moi, putain.
- Drago tu as… amorcé quelque chose lors de cette première rencontre sur cette route. Il faut que ça reprenne maintenant.
- Je ne t'ai pas lancé une malédiction à ce que je sache. D'ailleurs, vous êtes bien drôles Harry et toi. Vous jouez les malheureux, mais c'est moi qui devrais pleurer.
- Et tu pleures Malefoy ?
- Non. À quoi bon, hein ?
- Alors il faut bien que Harry et moi on le fasse à ta place. Raconte-moi, tout. »
Il souffla fort et la dépassa, marchant beaucoup plus en avant, mains dans les poches. Hermione le rattrapa, mais ne parla pas.
« C'était le combien déjà, dit-il brusquement.
- Le combien de quoi ?
- Le jour où je t'ai rencontré. C'était le combien, quel soir exactement.
- Vendredi cinq juin dans la nuit… Même, plutôt le six juin vers une heure du matin.
- C'est loin. Ça remonte à beaucoup.
- Beaucoup oui. Mais moi je n'ai rien oublié. Je me souviens de tout Drago. Tu avais l'air tellement malheureux et perdu. J'ai vraiment cru, lorsque tu es parti, que tu allais te tuer.
- C'est quelque chose que tout le monde avait envie de croire.
- Ce n'était pas si faux, hein ? Tu comptais vraiment te tuer, on ne l'a pas imaginé. Je ne peux pas le croire.
- Oh, il y a beaucoup de choses qui seront difficiles à croire, si tu veux m'écouter.
- Raconte-moi. »
Hermione lui toucha le bras, doucement. Il la regarda dans les yeux. Et elle revit, Hermione, ce même air, ce même regard. Drago était encore ce feu follet d'une route de campagne, insaisissable et dangereux… pour lui-même.
« Lorsque je t'ai quitté, commença-t-il. Lorsque je t'ai quitté, j'ai beaucoup roulé. »

. . .

Il était quatre heures du matin, un peu plus, un peu moins. Drago ne se souvenait pas trop bien. Il faisait nuit, mais déjà un peu jour. C'était l'été.
Il avait roulé jusqu'à la mine d'abord, s'y était posé. Depuis qu'il avait fui, la mine était devenue son nouveau quartier général. Il y avait ses habitudes de nouveau clochard.
Comment mangeait-il, demanda Hermione. Drago lui dit qu'il y avait une ferme avec des arbres fruitiers non loin de la mine. Il allait piquer des pommes ou des tomates. La saison, heureusement, le permettait. Après, il n'était pas dans le meilleur état. L'angoisse de la police, ses blessures au côté droit. Il en devenait un peu fou. Si bien que oui, parfois il se penchait dangereusement au-dessus des puits de se disait que ça serait si simple de mettre un terme à tout ça. Jamais il ne sauta le pas. Non que la mort à cet instant lui inspire quelconque terreur. C'est juste qu'il ne se voyait pas disparaître comme ça. Il aurait accepté l'accident de moto, mais la chute dans un puits. Ça, il ne pouvait pas.

Alors, à défaut d'une mort triste, il resta très longtemps à la mine, devenant dégueulasse de jour en jour. Avec sa moto, il avait tenté de rejoindre un petit lac où il s'était baigné. Mais force est de constater que son égo de joli garçon en prenait malgré tous ses efforts, un gros coup.

Et puis, fin juin, ils arrivèrent. Ce ils, c'était des jeunes. Ils avaient passé le bac ou les partiels de la fac. C'était le début des vacances et ils venaient jouer aux rebelles aux alentours de la mine. Ils y restaient le jour et venaient faire d'autres fêtes le soir. Avec honte, Drago lui avoua avoir piqué des paquets des biscuits à ces bandes de crétins comme il les appela. Il parvint aussi à piquer une batterie externe pour recharger son téléphone.
« On ne pense pas bien, quand on fuit comme ça, dit-il. À prendre tout ce qu'il faut. Ça faisait un moment que mon téléphone était out et il était hors de question que je retourne en ville. Cette batterie m'a un peu sauvé la mise. C'est à ce moment en tout cas que j'ai pris une décision : il fallait que je parte, très loin. »

Il contacta un ami. Enfin, ami est un grand mot. C'était un garçon de leur âge, plutôt fils de riche. Il l'avait rencontré il y a quelques années lors d'une soirée après un shooting – il avait une vie et des secrets hors de la moto, précisa-t-il, même si Blaise, Harry et ses parents pensaient le contraire… Et Hermione devina à ce moment qu'il n'avait pas forcément dit que des vérités dans son premier récit, d'il y a cinq ans. Il avait grossi le trait de cette solitude que lui imposait la moto. Elle ne sut comme le prendre, mais déjà un nouveau Drago se dessinait devant ses yeux.

« Théodore Nott, dit-il. C'est lui que j'ai contacté. »
Il lui demanda de l'aide. Ce dernier sentait l'embrouille, mais il était un riche en quête de frisson et Drago un bon copain. Il accepta de le loger. La seule condition, c'était que Drago se débrouille pour venir jusqu'à chez lui. Il craignait de trop se mouiller, sinon.
« Et il habitait loin. Ma moto n'a pas tenu jusque là. J'avais plus d'essence et pas le moindre sou. J'ai préservé mon téléphone en le gardant éteint et j'ai marché. Pendant une semaine j'ai crapahuté comme une merde sur les routes, pour rejoindre la ville où vivait Théo. Quand je suis arrivé là-bas… J'étais méconnaissable. Je n'osais même pas me regarder dans un miroir. Et vu la gueule que j'avais, je doute qu'un policier ait reconnu en moi le champion de moto, le mannequin ou tout autre garçon de vingt ans... »

. . .

Théodore Nott était un drôle de type, précisa-t-il ensuite. D'une beauté similaire à celle de Drago et aux mœurs plus libres que lui. Il se moqua bien de lui en l'accueillant à sa demeure. Mais son regard troublé en voyant l'allure de Drago, disait tout de l'inquiétude qu'il lui inspirait. Il le fit vite entrer chez lui et le poussa à la salle de bain. Sans pincettes, Théodore lui lança qu'il puait la mort.
Drago n'eut pas la force de répliquer, mais l'humiliation était là.
Blaise n'avait pas tord quand il disait qu'il serait bien incapable de vivre une vie de clochard sans le sou. Le luxe du bain dans lequel il se plongea rapidement le lui prouvait bien.
Théodore le rejoignit alors et sans gêne, s'assit au bord de la baignoire :
« Mon pauvre Drago, tu as perdu de ta superbe, du moins quelques kilos.
- Peut-être et alors ? Qu'est-ce que ma santé peut te foutre ?
- Que t'es arrogant ! Je t'accueille et t'es déjà insupportable.
- C'est vraiment parce que je suis dans la misère et sans aucune idée de comment m'en défaire que je t'ai appelé. Tu sais qu'autrement…
- Tu ne m'aurais pas approché dans un tel état, termina Théo à sa place. Bah, ce n'est pas mon problème tes petites querelles mentales. Maintenant que tu es ici… Que va-t-on faire de toi ? Que comptes-tu faire ?
- Prête-moi de l'argent Théo et je m'en irai. »
Théodore eut un léger rire et se leva.
« Je t'apporte des habits déjà, on parlera de ça plus tard. »

Encore une fois, précisa Drago, Théodore était un garçon étrange, dont il se méfiait maintenant qu'il n'avait pas d'échappatoire. Habituellement, lorsqu'il le rencontrait, ils passaient de bons moments ensemble, parce que Drago savait partir à temps, parce qu'il évitait les regards insistants. Il marqua une pause et s'alluma une nouvelle cigarette.
Hermione le fixait.
« Je crois que Harry et toi, vous vous faites une image de moi qui n'est pas la vérité.
- Que veux-tu dire ?
- Que crois-tu Hermione, ça fait deux semaines que Harry m'emmerde avec son idéal sur ma personne. J'ai mes secrets, mes précieux petits secrets et je sais mentir quand je le veux.
- C'est-à-dire ?
- Que ce n'est pas grâce à Harry que je sais que j'aime les mecs. Je le savais avant. Bien avant. Théodore y est pour beaucoup. C'est bien pour ça que c'est lui que j'ai appelé pour m'aider. On partageait déjà un peu d'intimité. Je ne dis pas que je baisais avec Théodore avant Harry. Ce dernier a vraiment été mon premier. Mais Théo et moi c'était autre chose. Le souci c'est qu'après le Fresh Mode, je me suis retrouvé coincé chez lui, que j'étais dans un état merdique, aussi bien physiquement que mentalement. J'ai cru que Théo allait me foutre dehors ou me lapider. »
S'il rit en disant cela, sur le coup, ça l'était moins.

. . .

Théodore était inquiet, vraiment et cela pesait sur les épaules de Drago. Il voyait bien qu'il avait l'air d'un chaton à l'abandon. Un chaton malfamé et parano. Il avait du mal à rester en place, ses doigts le démangeaient de faire de la moto. En parlant de moto d'ailleurs, il avait abandonné la sienne dans un fourré, arrachant sa plaque d'immatriculation au cas où on aurait la bonne idée de l'amener chez les flics.

Bref, il ne sortait pas de chez Théodore. Il ne pouvait pas, il avait trop peur qu'on reconnaisse sa tête. Et puis, ça arrangeait bien Théo de le garder à demeure. Il n'avait pas envie de surveiller son poulain maigrelet dans les rues. Il le tannait pour qu'il mange plus, pour qu'il se calme un peu aussi. En reprenant du poil de la bête, Drago redevint le garçon qui partait au quart de tour… Et Théodore n'était pas Harry. Il n'acceptait pas leurs prises de bec et la violence de Drago avec le sourire.
« J'éclatais souvent. Pauvre Théodore. Il ne savait pas gérer la situation. Je piquais des crises de colère et deux secondes après je me mettais à chialer ou alors j'allais vomir (il fit un grand geste du bras). Avec Potter j'avais fini par trouver plutôt normale mon attitude et dans tous les cas je pouvais me venger sur lui quand ça n'allait pas. Théo était trop précieux pour que je lui balance mon poing à la gueule et puis… Je ne pouvais pas. Je ne pouvais tout simplement pas... »

Drago était souvent à fleur de peau. Il restait à la fenêtre plusieurs heures d'affilée, à rêvasser ou simplement regarder chaque voiture qui passe en se disant que les flics savaient où il était. L'angoisse qui lui bouffait le ventre l'empêchait de reprendre suffisamment de force. Il loquait donc.
Théodore un soir d'août vint près de lui et alluma deux cigarettes (une pour chacun).
« Plus je te vois à cette fenêtre et plus tu me donnes l'impression d'être un chien fidèle.
- Fou toi bien de moi, Théo.
- Détends-toi un peu. Aucun flic ne va te pourchasser, tu sais ? On ne parle plus de toi ou du Fresh Mode dans les réseaux. Les gens passent à autre chose. Fais-en de même.
- Comme si c'était si simple…
- T'es buté.
- J'ai envie de moto. »
Théodore soupira et lui passa une main sur la joue, la descendit dans son cou, sa nuque l'attira près de lui. Des gestes qui servaient à apprivoiser Drago. Dans la situation où il était, avoir un quelconque contact lui faisait du bien. Mais jamais il ne l'avouerait.
« J'ai dit que les gens passaient à autre chose, ok, mais c'est un peu tôt pour la moto.
- Sur une moto, aucun flic ne me verra.
- Allons…
- Je roulerai encore et encore, jusque dans le sud, jusque sur les plages. »
Théodore se mit à rire.
« Tu passeras la frontière italienne, roumaine, etc., jusqu'à l'autre bout du continent, aussi ?
- Totalement.
- T'es mignon, hein. Mais totalement irréaliste.
- Ta gueule, Théo.
- Totalement vulgaire aussi. »
Théodore se serra près de lui. Une main tenant sa cigarette et l'autre l'entourant de plus en plus. Il lui embrassa la joue et le cou.
« Je vais me barrer de chez toi. Paie-moi une moto, je te rembourse dès que je peux.
- C'est ça ouai, je l'aurai dans le cul, mon fric perdu. »
Depuis quelques jours, Drago le harcelait à ce sujet. Il voulait une moto, il voulait rouler et ne plus penser à rien. Il ferma les yeux et se mit dos contre la fenêtre. Théodore alla écraser leurs deux cigarettes et revint à lui en gestes tendres.
En même temps qu'il embrassait Théodore, il se demandait comment allait Potter. Était-il sorti de l'hôpital ? pensait-il à lui ? pleurait-il ? Le croyait-il mort ? Pourrait-il remonter sur une moto ? Il espéra que non. Cela lui ferait bien chier que Potter puisse faire tranquillement de la moto alors que lui…

. . .

Drago donna un coup de pied dans un caillou, jetant son mégot au loin. Il lança un regard à Hermione, pouffa de rire, très légèrement.
« Je me demande si Potter pense à moi quand il couche avec toi.
- Non, dit aussi sec Hermione.
- Je suis sûr que si. Au moins au début.
- Harry m'aime, ça fait cinq ans et on veut des enfants.
- Qui essaies-tu de persuader ? Moi ? Ou bien toi ?
- Les deux, avoua-t-elle tout bas.
- Quand je me suis mis à coucher avec Théodore, je pensais beaucoup à Potter. Pas par amour, plutôt… Hum, par haine ? J'ai beaucoup repensé au moment où je l'ai abandonné dans la chambre d'hôpital, au moment où j'ai dit à Blaise qu'il ne faudrait pas lui en vouloir… Parce que tout ça, c'était fait par amour (il leva les yeux au ciel en disant cela). Mais franchement, quel petit enculé, non ? »
Hermione détourna les yeux un instant, puis lui toucha le bras :
« Il ne pensait pas à mal. Tu sais mieux que moi comment il est.
- La blague. S'il avait eu un cerveau, ce petit fils de pute n'aurait pas réduit ma vie à néant. »
Hermione serra sa main sur son bras, le regardant d'un air étonné. Elle dit :
« Tu le détestes ? Tu détestes Harry, maintenant ?
- Vire ta main. »
Il repoussa sa main avec un profond agacement et s'alluma une cigarette. Ses doigts tremblaient. À fleur d'émotion, ses yeux, remarqua Hermione, brillaient. Non de larmes, mais d'un flot de tout plein de choses. Il mit entre ses lèvres sa cigarette et l'alluma. Dans la flamme du briquet, il y avait la flamme de ses yeux.
« Finalement t'as raison petite conne (Hermione fut choquée qu'il lui dise ça). J'aime bien me raconter. Et je vais profiter de t'avoir ce soir, pour tout te dire de l'enfer que je vis à cause de lui. Et après on verra. On verra quelle échappatoire restera à Potter. Car ne crois pas qu'il partira d'ici, indemne.
- Drago Malefoy… Tu es fou.
- Il faut bien que je sois fou. Pour avoir tenu jusqu'ici. »


Hola !
On repars sur du « je raconte ma vie » by Drago !
C'est un peu délicat, d'écrire cette partie-ci, puisqu'elle se centre sur Drago et non sur du Drago/Harry. J'espère cependant que c'est pas trop ennuyeux du coup .3. !
J'essaierai de pas faire une histoire trop chronologique dans ce que raconte Drago, mais de le faire switcher avec des moments plus récents ou plus vieux avec le Potter~

Prochain chapitre dans environ une semaine !