Un chapitre beaucoup plus classique dans son style. Eh, je pense qu'il ne reste plus tant de chapitres que ça :3...


LE GARÇON A LA MOTO
- Saison 02 -
CHAPITRE 14

Drago aimait bien ressasser la genèse de son « histoire »…

Sa soif de moto était difficile à expliquer. Cela lui était venu au début de l'adolescence en voyant un de leur voisin rouler sur une Honda. Drago avait trouvé le garçon typiquement cool. Il était plus vieux que lui et paradait comme un coq au milieu de la basse-cour. Peut-être était-il tombé amoureux de ce garçon et par extension de la moto. Il ne savait pas, n'était pas sûr non plus d'apprécier l'idée que son amour d'un deux roues n'était pas totalement pur. Le fait est que son bel adolescent sur une Honda le rendit fou. Il harcelait sa mère à ce propos, lui demanda à être abonné à des magasines spécialisés ; se trouva un goût certain pour la marque Yamaha. S'il pouvait en avoir une, toute noire…

Sa mère était une femme assez laxiste et qui culpabilisait de ne pas être assez présente pour son fils. Si bien qu'elle lui passait tout et pensait que Drago l'aimerait d'autant plus, si elle allait dans le sens de ses envies. Aussi, pourquoi ne pas le laisser rouler ! Son père cultivait le même sens de la culpabilité et lui avait payé ses cours de moto, son premier stage au Local, pensant que cette lubie lui passerait vite. Ça ne fut pas le cas, au contraire. Drago venait de se découvrir une passion dévorante.
Rouler lui apportait une liberté qu'il n'avait encore jamais connu. Il se sentait en pleine maîtrise de lui-même et pour cause : c'était la première fois qu'il choisissait une activité, pas comme les cours de musique, de tennis ou de math… Alors, pas question de lâcher prise.

Ce qui aurait dû rester quelque chose de dilettante devint le moteur de sa vie. Son père lui mit rapidement un hola. Il craignait l'accident, sans oser en faire trop étalage à voix haute. Ce n'était pas très Malefoy d'exposer ses inquiétudes tout de go. Drago lui ne voyait pas le danger. Il était tout jeune, trop immortel déjà et surtout il était doué. Trop doué. Et c'est la raison principale pour laquelle son père le laissa continuer : il fut le plus jeune motard dit « débutant » recruté par la maison Serpentard.
Parce qu'il était fier du talent de son fils et pour pousser un peu plus la surveillance à son égard, son père injecta de l'argent dans le Local. Dumbledore n'apprécia pas le double tranchant de ce don et ne comptait pas se laisser soudoyer par le père Malefoy. Mais lui-même reconnaissait l'étoile montante en la personne de Drago et remarqua très vite son caractère auto-destructeur. Bon gré malgré, il en prit soin, toutes ces années durant, gardant sous silence ses piques de colère et d'angoisse, qui auraient dû le faire renvoyer.

Ses premiers cours de moto, Drago les avait eu à onze ans. C'était à la fois tard et tôt, selon.
Et un an plus tard il était chez les Serpentards. Il n'arrivait pas à se faire une vraie place dans cette équipe. Il était trop jeune et trop imbu de lui-même également. Il faut dire qu'au Local la plus part des gens étaient des types qui avaient tout laissé tomber pour l'amour de la moto. Des Bac + rien du tout. Son père en parlait comme des rebuts de la société et Drago n'était pas loin d'être d'accord, d'autant plus qu'il jalousait leur liberté à venir ici quand bon leur chantait. Lui avait un emploi du temps de ministre où se mêlaient l'école, les activités extra-scolaire et la moto.

Tout ça c'était trop pour lui. Beaucoup trop. Il n'arrivait pas à avoir la tête partout, n'avait aucun moyen de se reposer ou de nouer de réelles amitiés. Car lorsqu'il était à l'école il pensait au Local et lorsqu'il était au Local, il pensait à ses devoirs à rendre.
Comme il n'avait personne à qui se confier non plus, Drago passa une partie de son adolescence à cultiver son angoisse. Ses crises avaient débuté dès ses premières courses remportées, au moment même où son père lui avait dit qu'il ferait mieux de rester au Top du Top sous peine de devoir lâcher totalement la moto : « L'excellence, disait-il. Il faut que tu vises l'excellence Drago, sinon ce n'est pas la peine. »

Et puis Blaise Zabini était arrivé.

Il était déjà technicien chez les Serpentards, mais pas dans la ville où se trouvait Drago. Dumbledore lui ayant proposé un haut poste, il était venu.
Blaise faisait forte impression malgré ses vingt ans à peine. À l'époque il portait déjà une veste en cuir noire et de grosses chaussures. Il instaura très vite son Fight Club. Il le traînait de ville en ville, à croire. Et Drago ne l'aima pas du tout. L'inverse se valait tout autant.
Les techniciens de la maison Serpentard avaient confié à Zabini que Drago avait beau être doué, il n'en était pas moins pédant et solitaire. Du point de vue de Drago, ces techniciens étaient totalement hypocrites à médire sur lui. Il ne les trouvait pas bien chaleureux de leur côté.
Alors soit, il ne parlait pas à grand monde et dès qu'il remportait une compétition, plutôt que de la fêter avec le reste de l'équipe, il disparaissait, mais il avait ses raisons.
Parce que Blaise était le haut technicien, il comprit bien vite qu'on attendait de lui qu'il matte le caractère impétueux de Drago Malefoy.
Ce fut délicat. Ils s'engueulaient tout le temps. Drago se moquait bien qu'il ait cinq ans de plus, de l'expérience ou qu'il puisse l'éclater au moindre coup de poing. Il lui avait lancé un soir d'aller de faire voir avec les autres de l'écurie :
« J'ai pas besoin de vous. J'ai pas besoin que vous veniez me parler. Je suis là pour grimper sur une moto, c'est tout, alors cette pseudo union d'écurie je m'en balance.
- Hé, tu te calmes sale môme. Me regarde pas comme ça, c'est ce que tu es : un môme. Mais tu te prends pour qui sérieusement ? En un claquement de doigt, je peux t'interdir de grimper sur une moto ou de rouler au Local.
- Essaie donc Zabini. Essaie donc… Tu crois que ça m'empêchera réellement de rouler ? Va te faire foutre. »
Rageusement, Drago jeta son casque de moto sur le sol, le cassant dans la foulée. Il s'en alla du Local. Les autres techniciens avaient regardé la scène et n'avaient pipé mot.

Blaise ne lâcha pas l'affaire, quitte à entrer tout le temps en conflit avec lui. À force d'être toujours sur son dos, il finit par comprendre le réel problème. Si ça calma les tensions, cela fut également le début d'une amitié entre eux… Enfin, le mot amitié ne fut jamais prononcé.

C'était quelques jours avant une grosse course. Drago n'avait pas atteint les states qu'il escomptait et était descendu de sa moto, le visage fermé. Sans même parler aux techniciens, il parti. Dans un soupir agacé, Blaise jeta son casque audio près des moniteurs et se leva pour le rejoindre. Il le suivit jusqu'aux toilettes où il vit Drago vomir.
« Drago, ça ne va pas ? Tu es malade, interrogea-t-il avec calme.
- Non ! Laisse-moi. »
Drago resta un moment dans la cabine. Il tira la chasse et sorti, tombant sur Blaise qui n'avait pas bougé d'un poil.
« Je t'avais dit de partir !
- Oh, tu baisses d'un ton déjà. Et deuxièmement, si tu es malade, je te retire de la compétition, ça pourrait être dangereux.
- Je ne suis pas malade, tu m'écoutes ou pas ?! »
Il partit au lavabo en râlant.
« Parce que tu vas vomir comme ça, par plaisir, peut-être ?
- Non.
- Qu'est-ce que tu as alors ? »
Blaise ne lâchait rien, jamais, jamais, jamais. Il lui posa plusieurs fois la question et d'agacement et de lassitude, Drago se tourna vers lui :
« Je suis bouffé d'angoisse, merde. Voilà pourquoi je vomis, ça te va comme réponse, tu me fou la paix, maintenant ?
- Hm… Et ça t'arrive souvent ? »
Drago ne lui donna aucune réponse ce jour-là, mais à son regard, Blaise devina que oui, c'était récurant.
Alors comme ça, il est du genre nerveux, pensa-t-il. Il fit plus attention au cas Malefoy. Et c'est par là, qu'il parvint à dompter l'animal. Parce que Blaise n'était pas juste un gros bras capable de se bagarrer. Il était un garçon sensible et emphatique et il découvrit peu à peu que Drago n'était quant à lui pas forcément le petit con imbu de sa personne, du moins pas seulement.

À demi-mot, Drago apprit à se confier à Blaise. Il lui expliqua une partie de sa situation, la trouille qu'il avait d'échouer, le stress d'être étudiant et d'avoir un père comme le sien. Blaise écoutait, ne jugeait pas et ça faisait trop de bien à Drago, qui se déridait face à lui.
Blaise fut son sauveur inestimable, celui qui lui apprit à fumer des cigarettes et à mieux gérer son emploi du temps. Celui aussi, qui lui montra que l'homosexualité pouvait se vivre avec nonchalance.
Parce que c'était bête à dire, mais Drago se savait attirer par les garçons, sans trop savoir quoi faire de cette orientation. Il ne se voyait pas jouer les efféminés, mais pas les gros durs non plus. Il n'avait pas envie d'être reconnu en tant qu'homosexuel, mais n'avait pas non plus envie de le démentir. Depuis qu'il était devenu mannequin, vers ses seize ans, il ne savait en vérité plus trop ce qu'il était… Selon lui, c'était la faute à Théodore Nott et deux-trois baisers échangés.
Mais Blaise avait les mots.

Ils étaient dans le Local, à une table. Drago recopiait son emploi du temps de cours dans un tableau tracé sur une autre feuille de papier. Ils préparaient consciencieusement le planning de la nouvelle saison.
« Dis-moi Drago…
- Je t'écoute, dit-il sans le lever la tête de son plan.
- Tu es gay, n'est-ce pas ? »
Drago s'arrêta un instant d'écrire, mais se reprit vite. S'il fit mine de rien, ses joues avaient légèrement rosies.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
- Je ne sais pas. Je le sens, c'est tout.
- Ah ?
- En fait j'ai un radar à gays, plaisanta-t-il. Mais, j'espère que tu ne le prends pas mal ? Je ne te dis pas ça pour te gêner.
- Ça… Ne me gêne pas. »
Il posa son stylo et releva les yeux sur Blaise. Tout le monde savait au Local que Blaise était gay. Il ne s'en cachait pas du tout, plaisantait souvent sur ça et était tellement décomplexé, qu'on pouvait le chambrer sans qu'il ne s'emporte. Comment faisait-il, se demanda Drago.
« Mais pourquoi tu me demandes ça ?
- Écoute Drago… Je vais être honnête : je t'aime bien et je voulais savoir si tu accepterais de sortir avec moi ou au moins un plan. »
Cette fois-ci, une réelle rougeur s'installa sur ses joues. Il était gêné qu'on lui propose ça tout de go.
« L'amour, le sexe tout ça… ça ne m'intéresse pas, Blaise.
- Vraiment ? Tu as déjà essayé ?
- Non. Mais ça m'intéresse pas pour l'instant. Je n'ai pas le temps. J'ai déjà les cours et la moto.
- T'as pas les hormones qui te travaillent à ton âge ? s'étonna Blaise.
- Ils me travaillent pour la moto, rit-il simplement.
- Ça a un nom ça : la mécanophilie.
- Rah, t'es con ahah.
- En tout cas c'est dommage… T'inquiète pas va, je vais pas te harceler non plus. Mais dis-moi si tu changes d'avis. »
Comme promit, Blaise n'insista pas réellement sur ça, juste commença-t-il à lui faire de gentilles blagues à la limite d'une drague douce.

Tout ça, c'était le bon vieux temps, pensait Drago.
Il rêvait de pouvoir revenir au temps du Local avec Blaise où tout allait à peu près bien. Alors il lui dirait qu'ils pourraient être de vrais amis, qui iraient boire des bières dans les bars en plaisantant sur leur sexualité et les garçons qu'ils trouveraient beaux.
Malheureusement, il ne voyait pas comment une telle chose pourrait arriver. C'était déjà un miracle de pouvoir voir Potter depuis deux semaines, sans que Jedusor ne lui tombe sur le coin du nez. Qui sait quand ça allait arriver d'ailleurs !

. . .

Ressasser son passé du temps du Local ne prit qu'une petite minute à Drago. Ses pensées filées à toute vitesse et dans tous les sens, le catapultant au temps du Local, au temps de Jedusor et au temps présent. Hermione ne voyait rien des nuées d'étoiles qui faisaient chavirer le coeur de Drago. Et pourtant il bouillait de l'envie de tout dire et d'en dire trop. Il avait envie de lui raconter toute sa vie, juste pour qu'elle se rende compte qu'il était unique comme garçon. Mais Hermione s'en rendait déjà compte. Et cependant, unique ne voulait pas dire parfait, ni gentil.

Drago n'avait cure d'avoir blessé des gens dans ses folies de perfection, dans ses obsessions. De toute manière, avec les œillères qu'il avait, il ne se rendait même pas compte que certains souffraient de son attitude. Oui il était égoïste et oui il le savait au moins un peu et alors ?
« Tu sais que tu finiras seul Drago, à force d'être méchant avec les gens ? fit Hermione.
- Méchant ? Je ne suis pas méchant.
- Tu l'es. Avec moi, avec ce Théodore. Avec Harry, Blaise, avec tous ceux qui essaient de te montrer un peu de compassion. Et on dirait que tu ne t'en rends pas compte ou que tu t'en fou.
- Et toi tu te penses altruiste alors ? l'attaqua Drago. Je suis sûr que tu ne m'écoutes pas pour la simple beauté du geste. Tu dois fomenter quelques fantasmes sordides à propos de tout ça. Sortir avec Potter, rien que ça… Tu ne trouves pas c'est dément, complètement malsain ? Je l'ai dit à Potter qu'il était taré d'être avec toi. Je te le dis également : tu es totalement tarée. Crois-moi, je dois être plus compatissant et « normal » que tu ne l'es… C'est même un conseil typiquement amical que je te fais : pars loin de Potter, de moi et de toute cette histoire. Oublie-nous, tu ferais mieux. Ne gâche pas ce qu'il te reste de jeunes années avec tout ça.
- Et si j'ai envie de les gâcher ces années, à t'écouter, ça te ferait quoi ?
- Tu te perdras, c'est tout… Mais ce sont tes choix, pas les miens. Donc je m'en fiche bien. »
Il shoota encore dans la canette qui traînait en bord de chemin et se demanda si raconter sa dernière année avec Jedusor était une bonne idée. Il était tombé dans une forme d'illégalité telle, que la moindre fuite pourrait lui valoir gros. Mais bon, déjà qu'elle le savait en vie tout simplement. Ça de plus, ça de moins.
« Et si tu veux vraiment tout savoir, quitte à pouvoir écrire mes mémoires après ma mort vu comme c'est parti, rit-il, alors autant que tu saches tout. Je n'ai pas de scrupules à m'étaler… Et pour en revenir à ce que je disais tout à l'heure, il était hors de question que je rentre au Panama après ma dispute (il fit des guillemets avec ses doigts) avec Théodore. Je n'avais pas non plus de téléphone, alors j'ai débarqué comme un crétin à deux heures du matin dans l'hôtel de Jedusor, sans me soucier de mes habits en sang. »

. . .

Par chance Jedusor était un homme qui dormait peu et il était occupé à quelques discrètes affaires. En voyant Drago, il congédia les deux personnes avec qui il parlait.
Drago se laissa tomber tout à trac dans le canapé, la respiration sifflante. Il était en pleine crise de panique alors qu'il se rendait compte de tout son fiasco. Qu'avait-il fait à Théodore, se demandait-il. Il l'avait quitté en sang, il espéra que le pauvre garçon ne soit pas défiguré à vie et surtout qu'il n'aille pas tout reporter au commissariat…
Jedusor lui envoya le contenu d'un vase d'eau et de fleurs au visage pour le ramener à la réalité et lui demanda de s'expliquer. Ce qu'il fit en écartant une rose de son t-shirt.
« Je me suis disputé avec mon ami Théodore, parvint à articuler Drago. On s'est battus et je suis parti. Je ne sais plus quoi faire, je ne sais plus du tout quoi faire…
- Et que veux-tu que moi j'y fasse ?
- Je n'en sais rien. »
Trempé jusqu'aux os (une habitude chez lui finalement) et l'air déboussolé, il ne restait rien de la superbe de Drago. Que pouvait-il offrir dans un tel état à Jedusor ? Pas grand chose. Mais ce dernier, plutôt que de le jeter dehors, lâcha un profond soupir et lui dit d'aller se doucher dans la salle d'eau annexe et de dormir dans le canapé ensuite.
« Demain on décidera de ce que tu deviendras. »
S'il bégaya un merci, Jedusor l'intima au silence d'un geste du doigt. Il avait raison de le faire taire, parce que les jours suivants, Drago prit conscience qu'il venait de foncer dans la gueule du loup… Et remercier le loup était de bien mauvais ton.

Jedusor le disait souvent : il était un homme pragmatique. Il ne s'ennuyait pas de sentiments mièvres et ce n'était pas par bonté d'âme qu'il avait bien voulu repêcher Drago.
Avec son identité compromise, Drago représentait une sorte d'esclave idéal, du genre qui ne peut rien refuser. Si le terme d'esclave apparaît fort, ce n'est pas tant Drago qui le trouva, que Jedusor lui-même.

Voilà quelques jours qu'il était terré dans la suite de Jedusor, dans un état second. Il ne réalisait pas trop ce qui lui arrivait, ni ce qui se passerait. Sa tête était vide, comme le reste. Il se sentait sans énergie, avait envie de dormir sans interruption. Assit dans le renfoncement d'une grande fenêtre, il somnolait la tête appuyée contre la vitre. Jedusor le regardait en tirant quelques fois sur sa cigarette.
« Drago, je vais te trouver de nouveaux papiers, lâcha-t-il au bout d'un moment.
- Quoi ? s'étonna-t-il en se redressant légèrement.
- Une carte d'identité et un passeport. Un nouveau nom, compléta Jedusor. Tu auras tout ça, ce n'est pas très difficile.
- Vraiment ? »
Oh comme il en aurait pleuré de joie d'entendre ça ! Comme il aurait pleuré d'horreur en entendant la suite :
« Mais ce n'est pas gratuit. Je ne suis pas un SugarDaddy. Ça coûte très cher tout ça et il faudra que tu me rembourses.
- Oui… Oui bien sûr, je trouverai un moyen.
- Ne t'inquiète pas pour ça, c'est déjà pensé. Tu vas travailler pour moi.
- Quoi ?
- Ne joue pas les étonnés. Avec tous les soucis que tu te traînes, estime-toi heureux que je prenne la peine de m'occuper de ton cas. »
Jedusor acheva tranquillement sa cigarette, sans en dire plus pour l'instant. Drago le fixa d'un air médusé. Sa vie ne venait-elle pas de lui échapper en un claquement de doigts, là ? Il ne savait même pas quoi dire ou faire.
Les bras ballants, toujours assit dans son renfoncement de fenêtre, il ne bougea pas quand Jedusor prit la peine de se lever, pour venir devant lui. Il lui fit lever la tête en passant quelques doigts sous son menton.
« L'esclavagisme moderne mon cher Drago Malefoy est toujours à la mode. Et tu es un bon candidat pour ça. Pas de papiers, des problèmes avec la police, un isolement total… Et tu ne trouves rien de mieux que de venir me voir moi, avec tout ça sur tes frêles épaules ? »
Il ne se rendait pas compte de tout ça. Il n'avait pas pensé qu'il pouvait risquer ce genre de dangers. Pour lui, seule la police pouvait lui faire du mal.
« Mais je suis magnanime, je te laisse le choix. Soit je t'amène au commissariat le plus proche, soit tu acceptes d'être mon esclave… Le terme te déplaît peut-être, mais c'est comme ça que j'appelle ceux qui n'ont plus d'identité propre. Alors, que choisis-tu ? »
Il déglutit et la pression des doigts de Jedusor sous son menton, bien que légère, lui apparue suffocante.
« Je t'écoute ? »
Il mit du temps à répondre et le pire, c'est que la seule chose qu'il trouva à répliquer, ne fut même pas de l'ordre d'une décision…
« Est-ce que j'aurais une moto ? »
Dit dans un souffle, cette phrase hésitante, arracha un bref éclat de rire à Jedusor.
Il le relâcha et se saisit d'un petit livre sur la table basse, qu'il lui lança.
« Commence déjà par apprendre l'italien.
- L'italien ? dit-il en attrapant le manuel.
- Je vis en Italie, donc toi aussi à partir de maintenant. Et nous partons ce soir. »

Sa vie changea radicalement et le peu de repères qu'il avait, furent écrasés par la chaleur de l'Italie dont il dut rapidement apprendre la langue.
Jedusor ne lui laissait rien passer. Il n'avait aucun libre arbitre, aucun droit. D'ailleurs, bien qu'assuré d'avoir de nouveaux papiers, il n'en avait encore jamais vu la couleur. Il savait que Jedusor les gardait quelque part, pour éviter qu'il ne décide de plier bagages. C'était un peu bête tout ça, parce que Drago n'était pas assez courageux pour oser s'enfuir dans la pampa italienne.
Et pour aller où en plus ?

Et cependant, il voulait fuir. Il avait très peur de ce qu'allait lui faire vivre Jedusor. Parce que la première chose qui lui avait traversé l'esprit lorsqu'il avait parlé d'esclavage, fut la prostitution. Il passa des nuits d'angoisse à attendre le moment où il serait envoyé comme un gigolo aux bras de vieillards. Mais jamais ça n'arriva. Cela faisait trois mois et personne ne lui avait demandé ses faveurs. Pourquoi un tel tact ? Drago n'en savait rien, mais Jedusor ne le laissa pas non plus tranquille. Il l'envoyait à de basses besognes qui lui parurent plus humiliantes que du sexe avec des inconnus en somme : il dut éplucher des patates, faire la vaisselle, le ménage, servir les invités que recevaient Jedusor ou Voldemort… Voldevie selon l'imagination qui constellait les cervelles des gens qu'il recevait - dont la sienne.

Alors voilà, pensa Drago un matin en regardant son reflet dans le miroir qu'il nettoyait. Sa vie était réduite à de stupides corvées ? De rage, il balança son chiffon sur le sol. Trois mois qu'il était là donc. Trois mois à faire ça, à n'entendre que de l'italien qu'il ne comprenait qu'à demi. Trois mois sans moto surtout. Il n'en pouvait déjà plus et s'il avait envie de hurler sa colère au monde entier, il se retenait bien de le faire. Jedusor le tuerait aussi sec.

Mais Drago restait Drago et la moto son obsession. Il rêvait de bitume, d'odeur de goudron, se plaisait à s'imaginer sur une route italienne, la friche à sa droite et sa gauche.
Et un soir de petit cocktail organisé, il entendit le bruit reconnaissable d'une belle moto. Il se défit de ses occupations de petit commit et descendit observer l'homme qui arrêtait sa Yamaha. Une Yamaha ! Se dit-il. Sa marque de moto préférée. L'homme confia ses clés à un garçon chargé de garer les voitures et s'en alla. Drago vit bien que le garçon était embêté, sans doute ne savait-il pas conduire de moto, ni comment la déplacer tout simplement. Il y vit sa chance et dévala l'escalier de service pour mieux le rejoindre au pas de course.
« Hé, l'interpella-t-il.
- Oui ?
- Tu veux que j'aille la garer ?
- Quoi ? Non, je ne peux pas te laisser faire ça.
- Allons, je suis au service de Voldemort, moi aussi. Ne t'inquiète pas. »
Dans son italien approximatif (mais dont il connaissait déjà tout le vocabulaire lié à la moto !) Drago lui affirma savoir conduire. Il insista longtemps et comme une nouvelle voiture arrivait, le garçon lui confia les clés, lui demandant expressément de faire bien attention.
« Ne t'en fais pas. Je ne suis pas n'importe qui. »
Il empocha les clés et grimpa aussitôt sur la moto. Un frisson de plaisir le saisit et s'il lança un regard au garçon qui commençait à se détourner de lui, un léger éclat de rire traversa ses lèvres et il démarra en trombe, partant dans un dérapage vif qui laissa une marque noire par terre.

Il roula follement. La première fois depuis trois mois ! Et c'était la première fois depuis quatre ans, qu'il avait l'occasion d'être sur un bel engin.
Dans sa précipitation, il n'avait même pas mis de casque et le vent claquait sur ses tempes. Il adorait. Ça et voir défiler les rues et ruelles. Enivré, il prenait les virages les plus serrés, laissant toujours quelques marques. Un groupe de jeunes gens s'écartèrent en le voyant débouler dans la ruelle où ils fumaient des cigarettes. Drago était un maître devant lequel on faisait place !

Dans sa poche il sentit cependant le téléphone que lui avait acheté Jedusor, sonner. Il n'était pas bête, bien sûr qu'il savait que ce dernier l'appelait dans la promesse des pires supplices pour ce qu'il venait de faire. Mais il refusa d'y penser. Pas encore. Tant qu'il était sur cette moto, Drago était immortel et l'immortalité le conduisit vers le bord de mer. Il empruntait le circuit dont il rêvait depuis trois mois. La grande route bordant les eaux. L'air plus iodé que n'importe où ailleurs et une bande de sable devant le Lanello, un restaurant où parfois Jedusor l'emmenait. C'est là-bas, qu'il s'arrêta et descendit tout tremblant de belles sensations en éclatant encore de rire. Tout était donc si simple ! Une moto et de la vitesse était à ce point là revigorante ? Il leva les bras vers le ciel, rejeta la tête en arrière.
« Mon Dieu… Mio Dio ! »
Le téléphone sonna encore. Il avait reçu beaucoup d'appels, des messages vocaux et des sms. Il n'y échapperait pas. Il marcha un peu sur le sable et se laissa tomber, le ventre noué d'un coup, alors qu'il se faisait force pour rappeler Jedusor. L'escapade se terminait si vite, à peine une demi-heure…
« Drago Malefoy, dit ce dernier d'un ton glacial. Où es-tu ?
- Au bord de la mer… Vers… Vers le restaurant Lanello, dit-il à voix basse.
- Donne-moi une bonne raison de ne pas envoyer quelqu'un t'abattre, tout de suite.
- J'avais besoin de moto. »
Jedusor lui raccrocha au nez et Drago se laissa aller en arrière dans le sable, fixant les étoiles. Il pourrait mourir oui. Maintenant qu'il avait roulé, il n'avait plus de regrets. Enfin, il voulut s'en persuader. Il ferma fort les yeux essayant de calmer son estomac en vrac.

Il pensa à Harry et leurs folles escapades vers la mine. Combien de fois l'avait-il persuadé d'aller de nouveau rouler là-bas ? Qu'est-ce qu'ils s'étaient amusés… Ou plutôt qu'est-ce que Drago s'était amusé à fouler les bords de précipices, pour mieux s'en échapper. Quelques fois Harry lui demandait pourquoi il courrait tellement après la mort.
« Qu'est-ce que tu racontes, je ne cours pas après ça. Je n'ai pas envie de mourir. En fait, je n'y pense même pas à la mort.
- Alors pourquoi tu te mets autant en danger ? »
Drago ne lui répondit pas et se mit à arracher les brins d'herbes autour de lui. Ils étaient assis dans un bout de campagne, pas loin de la mine.
« Tu trouves que je me mets en danger ? reprit-il lentement.
- Evidemment ! Rouler comme tu le fais à la mine… Même sur le circuit. Blaise m'a dit que tu adorais beaucoup trop tester tes limites. Tu prends la moto avec 40 de fièvre, tu roules sur le verglas, tu prends les tournants de la manière la plus serrée possible, au point qu'une fois une de tes genouillères à sauter. Franchement, si c'est pas se mettre en danger gratuitement, je ne sais pas ce que c'est.
- Je ne sais pas, Potter, dit Drago d'un ton suffisant. Je ne sais pas comment on peut appeler ça. Mais je ne cherche pas à mourir, ni rien. J'ai suffisamment confiance en moi pour savoir que je ne me prendrai pas stupidement le bitume.
- Je n'ai pas envie de te voir mourir d'un accident.
- Si jamais je me crashais en moto, crois bien que ça serait voulu. »
Il lui lança une touffe d'herbe qu'il venait d'arracher, dans un sourire. Harry se jeta sur lui, pour l'allonger et l'embrassa légèrement, avant de lui caresser le nez du bout du doigt.
« On va dire que si jamais tu frôles la mort, je serai là pour te retenir in-extremis.
- Ton romantisme glauque me fait hurler de rire ! »
Harry le chatouilla et ils rirent tous les deux, Drago passant ses bras autour de son cou, pour l'amener tout à lui.
« Hé Potter, pense pas trop à ma mort quand tu m'as en vie, d'accord ? Tu perdrais ton temps…
- Ouai, ouai c'est vrai… »
Avec une douceur qui n'était la sienne que dans les moments intimes, Drago défit un bras de son cou pour lui ramener les cheveux en arrière. C'était un temps où il pouvait affirmer être totalement mordu de Potter. À un point tel, qu'il s'imaginait un futur avec lui… Tous les deux dans un appartement à s'embrasser, à regarder des films et parler de moto. Tous les deux, tout le temps. Qu'eux deux surtout.

Ah, comment mourir sans le revoir une dernière fois ?
Drago rouvrit les yeux et se redressa dans le sable. Comment, après quatre ans loin de lui, il ne se faisait que seulement maintenant cette réflexion : il était encore amoureux de Potter et voulait le voir. Il était triste et voulait l'embrasser. Il le détestait et le voulait tout à lui. L'embrasser tout en lui faisant regretter d'avoir gâché sa vie.
Il se jura de le revoir en même temps qu'il entendit une voiture se garer non loin. Oh oui, pensa-t-il, il ne mourrait pas sans avoir revu Harry Potter, pour le gifler et le dévorer en même temps.

Jedusor lui-même descendit de la voiture, accompagné de son chauffeur, un type que Drago avait déjà vu et qui était toujours armé. Son coeur se mit à battre à la chamade tandis qu'il se levait et époussetait ses habits plein de sable. Il craignait de se recevoir une balle dans la tête. Il n'était pas prêt pour ça et franchement, qui le serait ?
Il remonta vers la route, parce que Jedusor ne daignerait pas salir ses chaussures et se posta non loin d'eux, le visage pâle et la salive lui manquant.
« Drago Malefoy » dit Jedusor en faisant un signe de la tête à son chauffeur qui sorti comme s'y attendait Drago, son pistolet.
« Je ne l'ai pas abimée, la moto, fit Drago d'une petite voix.
- Est-ce que cela change quelque chose ?
- Non, avoua-t-il. »
L'autre défit le cran de sureté et Drago ferma fort les yeux. Il n'était pas un garçon courageux, au contraire. Il se mit à genoux devant eux et joignit ses mains devant lui.
« Je vous en supplie Jedusor, j'vous en supplie ! »
Son estomac avait cette capacité à se mettre en vrac plus vite que tout. Il avait envie de vomir, de s'évanouir mais surtout pas de mourir.
« Je ferai ce que vous voulez ! »
Et Jedusor lâcha un mince rire :
« C'était déjà le cas. Tu ne m'offres rien de plus, qu'une grosse déception. Pourquoi m'encombrerai-je encore de toi ?
- Je voulais juste rouler. Il fallait que je roule ! »
Les larmes se mirent à couler sur ses joues. Il n'allait pas s'en sortir et Jedusor semblait beaucoup trop calme à l'idée de le tuer, comme si c'était quelque chose de simple, d'habituel.
« A-attendez ! » dit-il en sentant le coup venir.
« Je peux faire de la moto pour vous ! Je suis bon conducteur, je pourrai vous être utile ! Il me faut juste une moto et je ferai ce que vous voulez ! Tout ce que vous voulez ! »
Disant cela, il appuya son front contre le sol. Drago avait ravalé toute sa dignité et il était à deux doigts de faillir totalement. Et Jedusor qui ne disait rien. Du moins, rien qu'il n'entendit. Par contre on tira une balle juste à côté de lui. Et il se fit dessus, mais ça, il ne le confia pas à Hermione. L'humiliation était déjà suffisante.

« J'ai eu beaucoup de chance qu'il m'écoute, lâcha-t-il à Hermione. Après… ça n'a pas non plus été la fête. En rentrant chez Jedusor je me suis fais défoncer à la demande du type à qui appartenait la moto. J'avais des bleus partout, la bouche en sang, une côte pétée. Mais au moins, j'ai eu ma moto après. Pas une Yamaha, pas encore… Mais c'était une bonne moto : une Ducati… Noire et jaune, débridée en plus. Le luxe.
- Et c'est à partir de là alors, que tu as commencé à transporter de la drogue, conclut Hermione.
- Hum… En effet. »

. . .

Les premières fois qu'il dut transporter des sacs d'héroïne, Drago n'en menait pas large. Il était suant et noué d'angoisse. Il avait peur de se faire pincer. Mais tout se passa bien évidemment. Les gars à qui il ramenait la « came » n'étaient pas aussi terrifiants qu'il l'aurait cru. Bah, il s'imaginait des caïds en dur, comme dans les films et il se retrouva plutôt face à des hommes en costume trois pièce, la bouche sertie de gros cigares. En soi, ils avaient beau être moins dangereux dans leur style, Drago ne doutait pas de leur puissance et il ne se la ramenait pas trop.
À côté, Jedusor ne le lâchait toujours pas d'une semelle et il devait se débrouiller pour rentrer aux heures qu'il lui imposait.
« Il l'a fait un bon moment pour me tester, m'envoyant à perpette en me disant d'être rentré maximum une heure plus tard. C'était impossible en soi… Sauf si je roulais au-delà du mur du son et je l'ai fait. J'ai roulé à plus de cent cinquante… Et je n'ai jamais eu d'accident. Par contre à cause de ça, j'ai commencé à avoir les flics aux trousses… Et tu sais… j'ai plus peur de la police que de n'importe quel mafieux. »

C'était euphorisant de rouler comme un dératé. Il parvenait à relier des villes entre elles, en moins de deux. Et à rouler si vite, les paysages devenaient imprenables…. Il devenait lui-même imprenable. Jamais la police ne parvint à l'attraper ni même voir son visage et Jedusor lui mit à disposition plusieurs motos, de plusieurs marques et aux couleurs différentes, pour qu'il ne soit pas reconnaissable trop facilement. Cela dit ça ne servait pas à grand-chose. Il n'y avait pas trente six motards défiant comme lui les limitations de vitesse et ce, même dans les tournants.

Il para la ville de traces noires. Il se faisait un jeu de défier les motards de la police et n'importe quel autre personne qui osait le courser. Personne ne pouvait l'avoir, lui et son style. Et le plus beau, c'était lorsqu'en se baladant en ville, il entendait parfois quelqu'un parler de lui…
Le garçon à la moto, disait-on, avait encore été aperçu en pleine journée, roulant comme un fou. Un inconscient du danger, mais qui faisait rêver certains, parce qu'il était libre - mais peut-être était-ce Drago qui extrapolait cette vison alors qu'il faisait le fier devant Hermione.
« Un fantôme, un oiseau libre, un dieu. Voilà ce que je suis devenu. Le plus rapide transporteur de Jedusor. Je suis devenu ça, il ragazzo in moto… Le garçon à la moto. »

Jedusor était comblé de son efficacité, d'autant plus que même s'il ne lui imposa plus un temps raccourcit pour livrer et rentrer, Drago garda le pli d'aller toujours plus vite. Il n'arrivait même pas à se dire que c'était dangereux. La vitesse était devenue sa drogue à lui. Le besoin de voir le sol devenir aussi liquide que la mer… Voilà, il était juste un esthète qui se plaisait à voir le paysage pareil à un tableau impressionniste.

Pour le féliciter, Jedusor finit par lui offrir sa moto tant rêvée : une Yamaha noire, complètement noire et débridée bien sûr. En même temps, par orgueil, Jedusor fit déposer son logo sur les motos que Drago utilisait : le fameux crâne et le serpent. Puisque son motard ne se faisait jamais pincer, il trouvait d'autant plus charmant de se montrer. Ça ne dérangeait pas Drago, au contraire. Il avait autant d'arrogance que le « maestro ».

Après… était-il libre pour autant ? Pas vraiment. Jedusor ne lui avait toujours pas donné ses papiers et il le faisait demeurer de plus en plus près de lui, l'affichant à ses côtés aux soirées. Il se rendit compte qu'il en était prisonnier le soir où Jedusor posa sa main dans le bas de son dos, alors qu'ils étaient à un cocktail.
Tout le monde vit le geste. Drago garda le sourire mais il se tendit. Plus tard, quand ils rentrèrent, il lui demanda tout bas, une explication. Jedusor trouva assez risible qu'il s'étonne et lui caressa la joue, d'une main légère.
« Je ne peux plus me passer de toi et de ton talent sur un deux roues, tu le sais… Alors autant t'accrocher à moi, totalement. »
Drago s'écarta vivement de lui en faisant non de la tête.
« Tu t'y habitueras. Comme au reste.
- Vous rêvez Jedusor, dit-il d'une voix qu'il voulut vaillante. Je roulerai autant que vous voulez, mais il est hors de question que je… Je sois autrement attaché à vous. »
Jedusor haussa les épaules, pas vraiment impressionné.

Drago essaya tant bien que mal de s'éloigner de lui, mais comment s'éloigner de celui qui gérait toute sa vie ? Et puis…
« Et puis, dit-il à Hermione. Jedusor n'est peut-être pas une icône de beauté, il n'en reste pas moins quelqu'un de fascinant… »
À devoir le côtoyer davantage dans le cercle des réceptions, Drago s'avoua très vite hypnotisé par son éloquence. C'était un homme qui savait parler. Il avait un vocabulaire incroyable et trouvait toujours quoi dire à qui. Chaque parole qui sortait de sa bouche était une lame ou une plume, selon. On le craignait, on l'adorait aussi à cause de ça. Drago ne fit pas exception. Il était plus impressionnable qu'il ne le laissait paraître au premier abord.
Le charme de cet homme plus vieux mêlé à l'angoisse de pouvoir mourir de sa main l'euphorisa sans qu'il ne l'admette de vive voix et Jedusor en en faisant son chiot de compagnie en public, l'obligeait à remarquer sa maîtrise de toute situation.

De plus, on ne pouvait pas accuser Jedusor de ne pas le gâter. Il lui avait offert la Yamaha… Il lui offrait de beaux habits. Quoiqu'encore c'était plus un effet de logique qu'un vrai cadeau, puisqu'il était officiellement styliste et le traînait dans chaque cocktail. Mais le fait était là, Drago devenait beaucoup trop à l'aise avec lui.

Sa main dans son dos devint une habitude, les mots qu'il lui glissait à l'oreille en public, aussi. Drago échangea son malaise contre la fascination et c'est deux mois avant leur venue dans le sud, qu'il passa sa première nuit dans la chambre de Jedusor.
Quand il dit ça à Hermione, elle ne put s'empêcher de le regarder avec de gros yeux.
« Tu… Avec ce type, sérieusement Malefoy ? Il pourrait être ton père… Ton grand-père ! »
Il haussa les épaules, tirant sur sa cigarette.
« Le sexe est inintéressant avec lui, comparé à ce que c'est avec Potter, Nott ou n'importe quel autre type de mon âge, mais je joue franc jeu avec toi, en te l'avouant : on abuse de ma liberté, pas de mon cul. C'est au moins une chose que je choisis.
- Hum, fit-elle pas persuadée. »
Drago n'en avait rien à faire qu'elle soit perplexe devant sa relation avec Jedusor. Et cependant, il pouvait au moins admettre une chose : s'il ne se faisait pas abuser physiquement, il était conscient que Jedusor jouait de ses sentiments et de la relation qu'il mettait en place avec lui. Sans le dire à Hermione, il était au moins un peu, beaucoup au courant, que le jeu avec Jedusor était malsain. Non pensa-t-il. Il ne fallait pas qu'il prenne trop à coeur tout ce qu'il faisait avec Jedusor. Hors de question de se laisser aller au poids du dégoût qui lui montait jusqu'aux lèvres certaines nuits… Pourquoi était-il si sensible ?

Il essayait de se dire que c'était un échange de bons procédés. Il avait la moto et il remerciait Jedusor comme il le pouvait… Ah, penser comme ça le dégouta plus qu'autre chose et il ferma longuement les yeux, pour se débarrasser de la sensation visqueuse qui lui tordait les entrailles.
Pourquoi, maintenant qu'il racontait tout ça à Hermione, l'existence qu'il menait depuis un an lui donnait à ce point là envie de vomir ? C'était sûrement de la faute à Potter ! Depuis qu'ils s'étaient revus, il n'avait eu de cesse de lui reprocher la main de Jedusor dans le bas de son dos, le reste aussi. Et malgré lui, Drago en venait à se rapprocher de nombreuses choses… Jedusor notamment.

Il se frotta les bras, se sentant sale et fragile d'un coup. Loin de sa moto il n'était plus immortel. Il était juste perdu et… et il ne savait pas quoi faire. Hermione sut poser les mots et ça l'enragea :
« Drago, il t'a détruit hein. Jedusor… Il t'a cassé jusqu'à l'os… Tu devrais y réfléchir un instant et te demander si tu n'es pas en train de te voiler la face en prenant la défense de ton bourreau. »

Il ne supporta pas qu'Hermione lui fasse la morale, comme si elle savait tout, comme si elle lisait entre ses lignes ! Il l'attrapa par son sac et la poussa vers le muret, contre lequel elle se cogna, dans un cri.
« Qui t'es pour me dire ça ?! »
Rageur, il lui donna un coup de pied, la faisant totalement tomber, alors qu'elle le suppliait de se calmer. Il n'écouta pas et se jeta sur elle, comme il se jetait sur Potter, sur Nott, sur Zabini. Il lui donna un coup de poing et Hermione le griffa aux bras, le tira par les cheveux et le pull se défendant mieux que d'autres. Ils roulèrent dans le gravier, Hermione lui hurlant d'arrêter et lui l'insultant en retour.
Par chance, elle parvint à le repousser et lui décocher un coup de talon dans le ventre. Il se rétama en arrière, raflant les cailloux. Cela eut le don de le calmer. Il se redressa juste, les cheveux en pagailles, des griffures dans le cou, la lèvre inférieure en sang, parce qu'il s'était mordu, en basculant en arrière. Hermione était toute aussi sauvage, de la terre et des larmes sur les joues, du gravier et de la poussière dans ses cheveux, un coquard qui faisait son chemin sur son oeil droit.
« Je suis désolée Malefoy que ta vie soit devenue un enfer, hoqueta-t-elle. Mais c'est pas ma faute ! Tu comprends, c'est pas à moi de payer pour ça ! Alors arrête ! Fuis donc encore une fois, si ça peut t'aider, mais viens pas pourrir la vie des autres, de ceux qui veulent bien t'écouter… »
Par folie, Drago éclata de rire tout en sanglotant. Il se prit le visage dans les mains.
« J'en peux plus ! J'en peux plus de tout ça !
- Rends-toi à la police. »
Hermione se redressa et s'essuya le visage avec la manche de son pull, avant de lentement venir à lui, dotée d'un courage certain face à l'animal imprévisible qu'était Drago. Elle posa sa main sur son genou et approcha encore. Osa quelques doigts dans ses cheveux d'abord, puis lui retira les mains qui cachées son visage, les tenant fort dans les siennes.
« Drago, reprit-elle. Il faut que tu ailles à la police… C'est ta seule chance de pouvoir un peu souffler, de mettre un terme à tout ça.
- Jamais, dit-il en reniflant. Jamais de la vie.
- Tu seras forcé.
- Quedal. J'irai jamais aux flics. Je… Je reprendrai ma moto.
- Drago… Demain ils t'auront.
- Quoi ?
- Demain, la police te cherchera. J'ai fait envoyer des photos de toi à la presse… Demain, ils sauront que tu es en vie et en fuite. Je suis désolée, mais… C'est la seule manière pour moi de… De garder Harry et de t'évincer... De te sauver de toi-même aussi. »
Drago se sentit vidé de toute émotion brusquement. Il ne sut pas comment réagir face à ce qu'elle venait de lui avouer. Larmes, colère, rire, folie… ? Il se défit de ses mains et inspira à fond.
« C'est n'importe quoi, lâcha-t-il enfin. Tu auras pas Potter quoi que tu fasses. La police m'aura jamais non plus. »
Il la repoussa encore plus et parvint à se relever, un peu chancelant.
« N'importe quoi » répéta-t-il. Comme si lui, le garçon à la moto était encore régit par les lois des hommes.
« Je… Je regrette un peu, mais c'est la meilleure chose à faire… J'en suis convaincue maintenant que tu m'as parlé de Jedusor. Vraiment. Vraiment… »
Disant cela, Hermione resta au sol et baissa les yeux. Oui, c'était la meilleure chose à faire, pensa-t-elle encore. En l'obligeant à se faire arrêter, elle l'aidait en quelque sorte… Le sortait de ce cadre malsain dans lequel il s'était enfermé, non ?
« Qui es-tu pour juger de ce qui est bien pour moi ? Qui êtes-vous tous pour régir ma putain de vie ?! Je vous ai rien demandé !
- Je ne sais pas ce que nous sommes pour toi Drago Malefoy… Mais toi… Pour nous, t'es insaisissable, alors on fait ce qu'on peut pour t'attraper… On fait ce qu'on peut… »
Drago se recula de quelques pas et lâcha un cri rageur.
« J'ai tout de suite su, en voyant vos noms sur le registre du Panama, que ma vie allait de nouveau s'écrouler ! Je le savais, je le savais… Je le savais ! »

Il était trois heures du matin sur l'allée des roses. Et la presse lâcherait son affaire dans le courant de la matinée.
Trois heures du matin et Drago se retrouvait prisonnier des choix des autres, comme il y a cinq ans. Heureusement, sa Yamaha l'attendait à l'entrée du chemin. Il pourrait ainsi redevenir immortel.
« Personne ne m'attrapera. Ni la police, ni personne d'autre, t'entends ? »
Il commença à revenir sur leurs pas et Hermione ne chercha pas à le rattraper. Elle sortie son téléphone et demanda à Ron de venir la chercher.
Elle se releva quelques minutes plus tard et chercha des yeux la silhouette de Drago. Mais il avait disparu. La situation lui parut irréelle, alors qu'elle appelait Harry. Il répondit si vite, d'une voix claire (sans doute ne dormait-il pas) qu'elle en eut un sursaut.
« Hermione, t'es où ? T'es avec lui ? Où vous êtes ?
- Je suis toute seule Harry, dit-elle lentement. Drago Malefoy est parti… Il ne reviendra plus cette fois-ci.
- Quoi ?
- Il est parti, c'est tout.
- Qu'est-ce que tu as fait ?
- J'ai mis un terme à cette histoire complètement ahurissante, Harry. Ron va venir me chercher et je rentrerai à l'hôtel et… Et toi et moi on pourra de nouveau reprendre notre vie, comme avant.
- Je ne comprends pas, merde t'as fait quoi ? Où est-il allé ?
- Harry, Harry, laisse tomber Drago, il est pas pour nous.
- Merde, Hermione ! »
Et puis Harry raccrocha. Hermione serra son téléphone dans ses mains et regarda de nouveau le chemin. Que venait-il de se passer ?


Hola, hola, ça continue de vriller je sais ^^'
Qu'en sera-t-il de Drago, de ce qui lui arrivera ?

J'ai toujours pas amorcé sur ce qui s'est passé avec Harry durant les deux semaines dans le suddd… Prochain chapitre ça sera dessus du coup !