Un fan Envahissant
(Arthour)
-Ben un colis pour toi !
Le trentenaire sortit de son studio pour voir le commerciale de maison grise assis au milieu d'une montagne de paquets. Une fois par semaine celui-ci se rendait à la poste, récupérait tous les colis envoyés par les abonnés et les différentes marques voulant travailler avec eux et les distribuait aux différents habitants de la maison. Il n'était pas rare pour Benjamin d'en recevoir, comme les autres il avait son petit fan-club. C'est donc avec le sourire qu'il alla déballer son carton. Guillaume assis à la table de la cuisine essaya de lui faire croire que c'était une bombe mais Benjamin ria.
-Je te rappelle que tous les colis sont vérifiés par la poste avant d'arriver ici. Lui asséna-t-il.
Le plus vieux recula sur sa chaise vaincue mais ne put s'empêcher de crier Boum quand Benjamin eut fini, le faisant sursauter.
-Oh génial j'ai failli l'acheter la semaine dernière ! S'exclama le brun heureux.
-De quoi tu parles ?
Pierre venait de faire son entrée dans la pièce qui servait d'acceuil, de bureau et de cuisine, son éternel pull jaune sur les épaules.
-Ben vient de recevoir un livre de la part d'un abonné. Expliqua Fred en lui prenant des mains pour lire le résumé. Y'a même un petit mot dedans.
-ça dit quoi ? Questionna Croce en se trémoussant.
-Nan mais attends c'est personnel ça ! Décréta Benjamin en essayant de récupérer le cadeau. L'asiatique, plus rapide, envoya prestement l'objet à Pierre qui lut à haute voix.
-Benjamin je t'adore, tu es tellement beau quand tu es sérieux, ce petit regard émerveillé quand tu as vu ce livre était adorable je n'ai pas pu m'empêcher de te l'offrir. Bonne lecture, je t'embrasse. Ta Juliette.
Un silence malaisant suivit cette lecture, chacun s'était un peu rapproché.
-Euh ouai. Après voilà la formulation c'est peut être pas son truc... Chercha à le rassurer Guillaume en posant une main sur son épaule.
-Oui ça partait certainement d'une bonne intention... Compatie l'asiatique les bras croisés.
-C'est vrai Ben on a pas mal de fan jeune, les ados ont un peu de mal à réfréner leur admiration ... Renchérit le blond.
L'humoriste acquiesça en donnant un petit sourire forcé à ses amis. Il posa sa main sur celle de Guillaume avant de se soustraire au contact et d'enfiler sa veste.
-Je ... Je vais aller faire un petit tour moi hein... Prendre l'air un peu...
Il n'attendit pas l'assentiment de ses acolytes et sortit prestement. La température plutôt fraîche le surprit et il resserra son écharpe la remontant jusque sur son nez, mais cela lui fit du bien. Il inspira, expira longuement et s'approcha de la poubelle. Le livre suspendu au-dessus attendait qu'il se décide. Le garder ou le jeter ? Benjamin resta bien une minute entière tiraillé entre l'envie de le lire et le malaise qui l'avait pris au tripes dès la lecture de la "dédicace". Il soupira. Comment pouvait-il se prendre la tête pour rien comme ça... Si ça se trouve les autres avaient raison et c'était juste une formulation maladroite. Il ferma les yeux, se pinça l'arrête du nez et laissa retomber son bras. Une balade dans le parc lui ferait le plus grand bien.
Cela faisait une semaine maintenant que Benjamin avait reçu son livre et celui-ci traînait toujours sur le bureau de son studio sans qu'il n'ait encore réussi à le commencer. A chaque fois qu'il posait les yeux dessus une lourde pierre prenait place dans son estomac sans qu'il ne puisse réellement l'expliquer.
-Ben un colis pour toi !
Son cœur rata un battement. Il n'avait pas vraiment envie d'y aller mais les autres le traiteraient d'enfants à avoir peur comme ça d'une simple marque d'attention. Il prit un instant pour calmer sa respiration et marcha tel un condamné vers le bureau de son ami. Pourvu qu'il se trompe et que "sa juliette " ne lui enverrait rien cette semaine... Guillaume et Pierre étaient là aussi ouvrant leurs propres paquets, personne ne s'occupa du brun qui transpirait à grosse goutte. Les mains moites il dû s'y reprendre à trois fois avant de réussir à déchirer le carton. Fébrilement il ouvrit la carte posée sur la boîte de kinder. Toute la tension dans son corps se dissipa en voyant la gentille attention de Camille et Laura, deux jeunes fans qui ne sauraient jamais à quel point il pouvait leur être reconnaissant à cet instant précis. Il prit plaisir à manger le chocolat, le partageant bien sûr avec le reste de l'équipe et retourna dans son studio. Il se sentait si léger maintenant. Les yeux noisette glissèrent à nouveau sur le roman mais cette fois il ne s'en détourna pas comme il l'avait fait toute la semaine. Non. Cette fois le trentenaire s'installa confortablement dans son canapé, un coussin décoratif sous la tête et les pieds déchaussés sur l'accoudoir il tourna la première page.
20 heures. Il n'avait même pas entendu la maison se vider de ses occupants. Bien sûr il avait conscience qu'on lui avait plusieurs fois souhaité une bonne soirée mais il ne l'avait pas vraiment imprimé ce livre était... wouaw... comment avait-il pu attendre si longtemps pour le commencer ? La sonnette de la porte d'entrée le coupa dans sa réflexion. S'étirant longuement pour essayer de rattraper la position désastreuse qu'il avait donné à son corps toute l'après-midi, il posa le livre sur le bureau de Fred et ouvrit la porte.
-Bonjour une livraison pour Benjamin Verrecchia.
Benjamin regarda l'homme avec incompréhension. Blond, la vingtaine, celui-ci lissa un pli sur son uniforme sans sembler se préoccuper du trouble du vidéaste.
-Ah... euh... Mais je n'ai rien commandé. Bégaya-t-il.
Le regard bleu perçant de son vis à vis le jugea, l'observant de haut en bas avant de répondre d'une voix peu engageante.
-ça c'est pas mon problème. J'ai un colis pour Benjamin Verrecchia. Tu me montres ta carte d'identité tu es Benjamin Verrecchia je te donne le colis. Tu n'es pas ce Benjamin, je te laisse un avis de passage et tu vois avec mon collègue.
L'italien s'apprêtait à couper le livreur en lui rappelant que le "Tu" était pour les amis et que quand on était poli on vouvoyait les gens mais il n'en n'eut pas l'occasion, l'homme avait posé la main sur son bras et l'avait écarté pour entrée dans la pièce se dirigeant vers le livre abandonné.
-Oh vous l'avez lu ? J'adore ce livre. Je l'ai lu au moins trois fois.
L'homme avait parlé d'une voix chaleureuse déboussolant totalement le pauvre youtuber qui ne savait plus sur quel pied danser. Lui qui était toujours prompt à répondre se retrouvait à court de mots devant autant d'incivilitées. Un sentiment étrange monta en lui. Benjamin se recula un peu, submergé. C'était rare qu'il ressente de l'insécurité. Il se sentait bête. L'homme en face de lui n'avait rien d'hostile et portant tout son corps était tendu comme un arc. Son coeur avait accéléré. Sa vue focalisée sur les mouvements pourtant anodins de l'homme, semblait plus perçante et les bruits que ses pieds faisaient en trainant sur le sol paraissaient rebondir sur tous les murs de la pièce avant de lui parvenir. Son corps était en alerte. Tout lui soufflait de quitter la salle. Pourtant il n'y avait aucune menace. Juste un livreur un peu trop sûr de lui et clairement mal élevé. Benjamin se ressaisit en voyant que l'autre le regardait et prit un inspiration qu'il n'avait pas eu conscience de bloquer.
-Je vous ramène ma carte d'identité tout de suite.
Le vidéaste profita de ce moment seul pour reprendre l'assurance qui était sienne avant de retourner dans l'arène.
-Voilà, je suis bien Benjamin Verrecchia. Je peux avoir mon colis.
Il s'était un peu raclé la gorge avant de commencer mais à son étonnement sa voix était sortie fluide et assurée, peut-être même légèrement agressive. Cela lui donna de l'assurance pour la suite et il reprit le contrôle de la situation.
-Bien sûr, signé là, je vais le chercher. Lui répondit le livreur avec un grand sourire.
Le brun prit le stylo et déposa sa marque sur le papier. C'était la première fois qu'il voyait un bordereau comme ça mais le stress et la fatigue firent qu'il ne s'en aperçut pas. Tout comme il ne vit pas que le livreur avait pris le paquet directement derrière la porte, que son uniforme n'avait pas de logo ou que l'homme était reparti à pied. En y réfléchissant bien même l'horaire de dépôt aurait dû mettre la puce à l'oreille à l'humoriste tout comme le fait que les paquets à leur nom n'arrivaient jamais directement à la maison mais l'attention de Benjamin était focalisé sur le grand papier craft qui avait fait un bruit de verre lorsque le livreur l'avait posé sur le bureau à côté du livre. La curiosité l'emporta et ni tenant plus le trentenaire déchira le papier emballage comme s'il avait huit ans un soir de Noël. Il ne put s'empêcher de rire nerveusement.
-Qu..quoi ?
Un immense bouquet de fleurs se tenait là devant lui dans un vase sur lequel était dessiné un hibou. Le vase en lui-même avait de très jolies finitions et les couleurs des mosaïques étaient magnifiques mais la petite carte qui était tombée du paquet et s'était ouverte à ses pieds lui avait suffit à lui faire monter les larmes aux yeux. Il n'en voyait pas encore le texte mais les deux seuls mots visibles étaient alarmants. "Ta Juliette". Son cœur s'accéléra. Il avait du mal à respirer. Sa bouche devint sèche. Il passa ses mains dans ses cheveux à plusieurs reprises. Comment avait-elle eu l'adresse de la maison ? Personne n'avait cette adresse ! Ils y avaient veillé en prenant une boite postal, jamais ils n'avaient filmé l'entrée ou la rue. Comment ? Est-ce qu'elle le suivait encore ? Benjamin avait pensé que son admiratrice l'avait rencontré par hasard le jour où elle avait acheté le livre mais il commençait à en douter. Le livreur ! Benjamin ouvrit la porte espérant vainement voir l'homme mais bien sûr il était loin maintenant. Il rentra sans même prendre le temps de fermer la porte et la tempe battante se rua vers le moindre indice qui pourrait le renseigner sur le distributeur mais rien. Même le bordereau qu'il avait signé avait disparu avec le blond. D'un geste incertain, il prit le mot.
Je suis vraiment triste que tu n'ais pas apprécié mon cadeau
Un si bon livre ne mérite pas de finir dans une poubelle
Tu m'as déçu
PS: j'ai décidé de quand même envoyer des fleurs
pour ta grand-mère, après tout la pauvre n'y es pour rien,
bonne fête à elle. Love. Ta Juliette.
Non non non ! D'un geste fébrile, Benjamin prit son téléphone et contacta la seule grand-mère qu'il lui restait.
